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Histoire du Bas-Empire. Tome 01 cover

Histoire du Bas-Empire. Tome 01

Chapter 26: LIVRE V.
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About This Book

A systematic chronicle of the late Roman and Byzantine period that organizes events in strict chronological order and synthesizes information from Byzantine, Greek, Latin, legal and medieval sources alongside available oriental writings. The narrative compiles imperial affairs and interactions with neighboring Asian peoples, highlighting gaps, corrupted names and contradictions in the primary texts. The edition interleaves corrections, additions and explanatory notes drawn from Armenian, Syriac, Arabic and Persian materials where possible, and emphasizes source criticism and annotation to clarify, supplement and restore the historical record presented by earlier compilers.

LIVRE V.

I. Changement dans le gouvernement. II. Dédicace de C. P. III. Précautions de Constantin pour la subsistance de C. P. IV. Chrysargyre. V. Priviléges de C. P. VI. Autres établissements. VII. Nouvel ordre politique. VIII. Nouvelle division de l'empire. IX. Quatre préfets du prétoire établis. X. Des maîtres de la milice. XI. Patrices. XII. Des ducs et des comtes. XIII. Multiplication des titres. XIV. Luxe de Constantin. XV. Suite de l'histoire de Constantin. XVI. Guerre contre les Goths. XVII. Sarmates vaincus. XVIII. Delmatius consul. XIX. Peste et famine en Orient. XX. Mort de Sopater. XXI. Ambassades envoyées à Constantin. XXII. Lettre de Constantin à Sapor. XXIII. Préparatifs de guerre faits par les Perses. XXIV. Constantin écrit à saint Antoine. XXV. Constant César. XXVI. Consuls. XXVII. Les Sarmates chassés par leurs esclaves. XXVIII. Consuls. XXIX. Tricennales de Constantin. XXX. Delmatius César. XXXI. Partage des états de Constantin. XXXII. Comète. XXXIII. Consuls. XXXIV. Mariage de Constance. XXXV. Ambassade des Indiens. XXXVI. Rappel d'Arius. XXXVII. Retour d'Eusèbe et de Théognis. XXXVIII. Déposition d'Eustathius. XXXIX. Troubles d'Antioche. XL. Eusèbe de Césarée refuse l'épiscopat d'Antioche. XLI. Athanase refuse de recevoir Arius. XLII. Calomnies contre Athanase. XLIII. Accusation au sujet d'Arsénius. XLIV. Eusèbe s'empare de l'esprit de l'empereur. XLV. Concile de Tyr. XLVI. Accusateurs confondus. XLVII. Conclusion du concile de Tyr. XLVIII. Dédicace de l'église du Saint-Sépulcre. XLIX. Concile de Jérusalem. L. Athanase s'adresse à l'empereur. LI. Exil d'Athanase. LII. Concile de C. P. LIII. Efforts d'Eusèbe pour faire recevoir Arius par Alexandre. LIV. Mort d'Arius. LV. Constantin refuse de rappeler Athanase. LVI. Lois contre les hérétiques. LVII. Loi sur la juridiction épiscopale. LVIII. Lois sur les mariages. LIX. Autres lois sur l'administration civile. LX. Les Perses rompent la paix. LXI. Maladie de Constantin. LXII. Son baptême. LXIII. Vérité de cette histoire. LXIV. Mort de Constantin. LXV. Deuil de sa mort. LXVI. Ses funérailles. LXVII. Fidélité des légions. LXVIII. Inhumation de Constantin. LXIX. Deuil à Rome. LXX. Honneurs rendus à sa mémoire par l'église. LXXI. Caractère de Constantin. LXXII. Reproches mal fondés de la part des païens. LXXIII. Ses filles.

An 330.
I. Changement dans le gouvernement.

La fondation de Constantinople peut être regardée comme le commencement d'un nouvel empire. La seconde Rome éclipsa la première. Un grand nombre de gens de mérite, qui font en tout genre le principal ornement et le véritable nerf de l'état, suivirent la cour, et portèrent leurs talents et leurs services dans la sphère des faveurs et des récompenses. Rome, abandonnée des empereurs, devint semblable à un grand et superbe édifice, qui, cessant d'être habité par le maître, perd d'abord ses ornements, et enfin sa solidité même. Il lui arriva ce qui arrive à nos climats, quand le soleil s'en éloigne: tout s'y refroidit et s'y glaça peu à peu, et un siècle après on ne trouvait plus de Romains au milieu de Rome. Le court intervalle pendant lequel l'empire divisé en deux branches lui laissa des souverains propres, mais qui ne furent la plupart que des fantômes de princes, ne lui rendit pas sa première fécondité. Ce ne fut pas là le seul effet de cette nouveauté; elle en produisit une autre dans la personne des empereurs: le gouvernement devint plus despotique. L'ancienne Rome avait créé ses maîtres; elle se flattait du moins de les avoir créés: quoiqu'ils l'eussent asservie, ils conservaient pour elle des égards; leur puissance était entée sur la république; ils y avaient trouvé des lois: les bons princes respectaient la majesté de Rome dans celle du sénat; les méchants ne la maltraitaient pas sans danger, et dans leurs emportements ils ne lui refusaient guère ces dehors de bienséance, que des fils dénaturés conservent souvent à l'égard de leurs mères. Mais les empereurs ayant créé Constantinople n'y virent d'autre autorité que la leur; plus anciens qu'elle, ils crurent ne lui rien devoir. Les uns la gouvernèrent en pères, les autres en tyrans; mais tous n'eurent dans l'ordre public d'autres lois que celles qu'ils se faisaient eux-mêmes. Ils en furent plus absolus et moins obéis.

II. Dédicace de C. P.
Idat. chron.
Hesych. Miles.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 285.
Niceph. Call. l. 10, c. 23.
Cod. Or. Const. p. 25.
Baron. in an. 330.
Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 3, 4.

La dédicace de Constantinople fut célébrée le 11 mai de l'an 320, sous le consulat de Gallicanus et de Symmachus. La fête dura quarante jours. C'était chez les païens une cérémonie mystérieuse et remplie de superstition; ce fut pour Constantin une pompe toute chrétienne. Les évêques et le clergé sanctifièrent par des prières le berceau de la nouvelle ville. L'empereur en fit une fête annuelle, dans laquelle on donnait, comme cette première fois, des jeux dans le Cirque; on faisait des largesses aux soldats et au peuple, et, sous les empereurs suivants, l'on promenait sur un char la statue de Constantin, suivie des officiers du palais et des soldats, portant des cierges, et chantant des hymnes. Le prince régnant, assis sur un trône dans l'hippodrome, saluait avec respect cette statue lorsqu'elle passait devant lui; tout le peuple l'honorait par des acclamations, jusqu'à ce qu'elle fût replacée sur la colonne de porphyre. Elle tenait en main une autre petite statue qu'on appelait la Fortune de Constantinople. La ville fut dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, qui en fut toujours honorée comme la patrone et la protectrice.

III. Précautions de Constantin pour la subsistance de C. P.
Eunap. in Ædes. p. 22, ed. Boiss.
Hier. Chron.
Anony. Vales.
Socr. l. 2, c. 13.
Philost. l. 2, c. 9.
Edict. Just. 13, c. 4, 6.
Claud. de bell. Gildon.
Soz. l. 2, c. 3.
Zos. l. 2, c. 32.
Cod. Th. lib. 14, tit. 16 et ibi Godef.
Suid. in. Παλατῖνοι.
Vales. ad Amm. l. 14, c. 6.

Constantin, ayant épuisé ses trésors et dépeuplé plusieurs autres villes pour peupler la sienne, songea à la subsistance de cette multitude d'habitants. Nous avons déja dit[56] que la flotte d'Alexandrie, qui portait auparavant du blé à Rome, changea de destination, et fut employée à nourrir Constantinople. C'était au préfet d'Égypte à y faire tenir, avant la fin du mois d'août, la quantité de blé nécessaire; il en répondait sur ses propres biens. On en donnait au peuple quatre-vingt mille mesures par jour. Constance irrité contre la ville en retrancha la moitié. Théodose Ier ajouta encore à ce que Constantin avait réglé. On distribuait aussi de l'huile, de la chair de porc et du vin. Ces largesses ne se faisaient qu'aux familles qui avaient des maisons dans la ville, afin d'engager à y bâtir.

[56] Liv. 4, § 83.

IV. Chrysargyre.
Zos. l. 2, c. 38.
Evagr. l. 3, c. 39.
Cedren. t. I, p. 357.
God. ad Cod. Th. t. 5, p. 4.
Suet. Calig. c. 40.
Lamprid. in Alex. c. 24.
Theod. jun. nov. 18.
Euseb. vit. Const. l. 4, c. 2, 3.

Quelques auteurs prétendent que, pour soutenir tant de dépenses, Constantin établit de nouveaux impôts. Le plus odieux était celui qu'on appela chrysargyre, mot grec, qui signifie or et argent, parce que les taxes ordinaires ne se payant qu'en or, celle-ci se pouvait payer en or ou en argent. Si l'on en croit Zosime, Constantin en fut l'auteur. C'était une taxe imposée sur les marchands de quelque espèce qu'ils fussent, jusqu'aux plus vils détailleurs, jusqu'à ces misérables qui faisaient ou avaient fait le honteux trafic de prostitution: on ajoute que les esclaves et les mendiants n'en étaient pas exempts; qu'il fallait payer pour les chevaux, les mulets, les bœufs, les ânes, les chiens même, soit dans les villes, soit dans les campagnes: ce tribut se percevait jusque sur les plus sales ordures; on achetait la permission de les faire enlever. On le recueillait tous les quatre ans. A l'approche de cette exaction, dit le même Zosime, ce n'était que larmes et désolation; et dès que les collecteurs commençaient à paraître, on n'entendait plus que coups de fouet; on ne voyait que tortures employées pour forcer la misère même à donner ce qu'elle n'avait pas. Les mères vendaient leurs enfants, les pères prostituaient leurs filles. Il y a grande apparence que cette peinture est une exagération de Zosime pour noircir la mémoire de Constantin: il est le seul qui attribue à ce prince l'établissement de cet impôt. La taxe imposée sur les femmes publiques était presque aussi ancienne que l'empire: elle fut imaginée par Caligula; on voit qu'elle existait encore sous Alexandre Sévère. Elle fut abolie par Théodose le jeune, qui chassa de Constantinople tous les courtiers de débauche; et après lui, Anastase anéantit tout-à-fait le chrysargyre. Tout ce qu'on peut reprocher à Constantin, c'est de n'avoir pas prévenu ces deux princes, et d'avoir laissé subsister un ancien impôt, moins cruel sans doute que ne le veut faire entendre Zosime, mais qui portait un caractère honteux. Loin que Constantin se soit montré avide de nouveaux subsides, il déchargea ses sujets du quart de la taxe qu'il trouva imposée sur les terres; et comme l'ancienne répartition passait pour injuste, et qu'elle excitait beaucoup de plaintes et de murmures, il en fit dresser une nouvelle avec une exactitude scrupuleuse.

V. Priviléges de C. P.
Socr. l. 1, c. 16; lib. 6, c. 2.
Soz. l. 2, c. 3. et 32, l. 4, c. 22, l. 7, c. 9.
Zos. l. 2, c. 32.
Anony. Vales.
Themist. Or. 3, p. 48, et 14, p. 183.
Conc. Constant. can. 3.
Godef. ad Cod. Th. lib. 14. tit. 13.
Vales. ad Amm. l. 26, c. 6.
Le Quien, Or. Christ. t. 1, p. 66.
Till. art. 67.

Dans le dessein de donner à sa ville tout le lustre de Rome, il lui accorda de grands priviléges, entre autres celui qu'on appelait le droit italique. C'était l'exemption de capitation et de taille, et le droit de suivre dans les actes et dans les contrats les mêmes lois et les mêmes coutumes que suivait l'Italie. Le peuple y fut divisé comme à Rome, en curies et en tribus. Il institua la même distinction entre les ordres, les mêmes magistrats, revêtus des mêmes droits et des mêmes honneurs. Il y établit un sénat: mais quoique ces sénateurs fussent créés sur le modèle de ceux de Rome, leur autorité ne fut jamais égale. Les offices exercés pendant un certain temps dans la cour des empereurs, y donnaient entrée. Selon quelques auteurs, ce n'était qu'un sénat du second ordre, et les membres n'avaient que le titre de Clari, au lieu que les sénateurs de Rome étaient appelés Clarissimi. Thémistius va jusqu'à dire que, vingt-cinq ans après Constantin, ce sénat avait encore si peu de considération, que l'ambition d'y parvenir était taxée de folie; et du temps de Théodose Ier, il avoue que ces sénateurs, qu'on appelait Pères Conscripts, étaient fort au-dessous de ce titre. Ce n'est pas que les empereurs n'eussent tâché de donner à leur sénat tout l'éclat qu'ils pouvaient lui communiquer; mais ce ne fut jamais qu'une lumière réfléchie: celui de Rome brillait de son propre fonds, et par l'antiquité de sa noblesse. Cette distinction primordiale, entre les deux sénats, se maintint dans l'opinion publique, malgré tous les efforts de la puissance souveraine pour la faire disparaître. Ajoutez que les empereurs firent tout pour relever le nouveau sénat, excepté la seule chose qui peut vraiment illustrer une compagnie politique; ils ne lui donnèrent aucune part dans le gouvernement, et ne le respectèrent pas assez pour le rendre respectable à leurs sujets. Constantin fit une espèce de partage entre Rome et Constantinople: il déclara celle-ci capitale de toute l'étendue comprise du Septentrion au Midi, entre le Danube et les extrémités de l'Égypte, et d'Occident en Orient, entre le golfe Adriatique et les frontières de la Perse. Il y mit le siége du préfet du prétoire d'Orient, et la détacha de la province d'Europe[57], et de la métropole d'Héraclée, pour la juridiction civile et ecclésiastique. Mais son église ne fut érigée en patriarchat qu'au concile de Chalcédoine en 451; ce qui fut jusqu'au commencement du treizième siècle un sujet de contestation entre cette église et celle de Rome. Constance établit ensuite un préfet de la ville; et la coutume s'introduisit que des deux consuls l'un résidât à Rome, l'autre à Constantinople.

[57] L'une des divisions administratives de la Thrace.—S.-M.

VI. Autres établissements.
Cod. Th. l. 13, t. 3.
Hist. Misc. l. 21, apud Murat. t. 1, p. 151.
Zonar. l. 14, t. 2, p. 52.
Euseb. vit. Const. l. 4, c. 36, 37.
Just. nov. 43 et 59.
Leon, nov. 12.
Ducange, Const. Christ. l. 2, c. 9, p. 150 et 151.
Till. art. 65.

Le fondateur voulut encore que sa ville partageât l'empire des sciences. Il y institua des écoles célèbres, dont les professeurs jouissaient de grands priviléges. Elles subsistèrent jusqu'à Léon l'Isaurien. La bibliothèque commencée par Constance, augmentée et placée dans un bel édifice par Julien, mise par Valens sous la garde de sept antiquaires, montait à cent vingt mille volumes quand elle fut brûlée sous Basilisque. Zénon la rétablit, et elle était déja fort nombreuse, lorsque ce même Léon, destructeur barbare de toute science, comme il eût voulu l'être de toute orthodoxie, la fit brûler avec le chef et les douze savants associés qui en avaient la direction. Constantin s'était contenté de fournir les églises de Constantinople d'exemplaires de l'Écriture sainte. Eusèbe nous donne la lettre par laquelle ce prince le prie de faire copier sur du parchemin bien préparé, par les plus habiles écrivains, cinquante de ces exemplaires, et de les lui envoyer dans deux chariots, sous la conduite d'un diacre de Césarée. Il chargea en même temps le receveur général de la province de faire les avances nécessaires. Ses ordres furent promptement exécutés, et l'empereur accoutumé à donner à ses peuples la subsistance corporelle, distribua aux églises avec encore plus de joie cette divine nourriture. Sa prévoyance s'étendit jusque sur les morts. Pour leur procurer gratuitement la sépulture, il fit don à l'église de Constantinople de neuf cent cinquante boutiques exemptes de toute imposition. Le loyer, dont cette exemption augmentait la valeur, était employé à gager un pareil nombre de personnes destinées au soin des funérailles dont ils faisaient tous les frais. On les appelait Decani, Lecticarii, Copiatæ. Ils étaient au rang des clercs. L'empereur Anastase en augmenta le nombre jusqu'à onze cents. Cette institution paraîtra peut-être de peu de conséquence, mais elle épargnait aux pauvres un surcroît de larmes; et la sépulture de ceux qui mouraient dans l'indigence, n'était plus pour leurs enfants un second dommage.

VII. Nouvel ordre politique.
Vict. epit. in Hadriano, p. 204.

C'est au temps de la fondation de Constantinople, qu'on doit, ce me semble, rapporter le nouvel ordre établi dans l'empire. Hadrien avait introduit des changements dans les emplois, tant civils que militaires: il avait réglé les offices de la maison des princes. Dioclétien et Constantin y firent encore quelques innovations. Les détails ont échappé à l'histoire: ces objets ne lui appartiennent en effet, qu'autant qu'ils intéressent l'administration publique. Ce sont aussi les seuls auxquels nous allons nous arrêter.

VIII. Nouvelle division de l'empire.
Euseb. hist. eccl. l. 8, c. 13.

Jusqu'à l'abdication de Dioclétien, l'empire n'avait formé qu'un corps indivisible. Le partage qui se fit alors entre les deux empereurs et les deux Césars, le sépara en quatre départements, dont chacun avait son préfet du prétoire et ses officiers. Constantin et Licinius étant restés seuls souverains, ce vaste empire ne fut plus divisé qu'en deux parties: Constantin réunit à sa domination ce qu'avait d'abord possédé Sévère, et ensuite Maxence; Licinius joignit à l'héritage de Galérius tout l'Orient, après la défaite et la mort de Maximin. La première guerre contre Licinius fit acquérir à Constantin la plus grande partie de ce que son rival possédait en Europe; et par la seconde il devint seul maître de tout l'empire. Le titre de capitale donné à Constantinople, sans être ôté à la ville de Rome, produisit la nouvelle division d'empire d'Orient et d'empire d'Occident: c'était à peu près le même partage que celui des états de Constantin et de Licinius, avant la bataille de Cibalis.

IX. Quatre préfets du prétoire établis.
Zos. l. 2, c. 33.
De la Barre, Mém. de l'Αcad. des Inscrip. t. 8, p. 450.
Giannone, Hist. de Naples, l. 2, c. 1.

Constantin sentit bien que, pour faire obéir ces deux grands corps, et les rendre, pour ainsi dire, plus flexibles, il était nécessaire de les subdiviser encore. L'exemple de Dioclétien lui avait appris à ne pas se donner des collègues ou des subalternes qui fussent eux-mêmes souverains. Il se réserva la souveraineté toute entière, et se contenta de créer quatre préfets du prétoire, au lieu des deux qui avaient servi de lieutenants aux empereurs, depuis que la puissance avait été réunie entre les mains de Constantin et de Licinius. Ces quatre préfets avaient à peu près le même district qu'avaient eu les deux empereurs et les deux Césars, selon la division de Dioclétien. Ces districts étaient ceux d'Orient, d'Illyrie, d'Italie et des Gaules. Ils se subdivisaient en plusieurs parties principales qu'on appelait diocèses, dont chacun comprenait plusieurs provinces. L'Orient renfermait cinq diocèses: l'Orient propre, l'Égypte, l'Asie, le Pont, la Thrace. L'Illyrie n'en contenait que deux: la Macédoine et la Dacie. Sous le nom de Macédoine était comprise toute la Grèce. Ces deux préfectures formaient l'empire d'Orient. Celui d'Occident contenait les deux autres. L'Italie comprenait trois diocèses: l'Italie propre, l'Illyrie occidentale, et l'Afrique. Les Gaules en avaient le même nombre: savoir, la Gaule proprement dite, la Bretagne, et l'Espagne à laquelle était jointe la Mauritanie Tingitane. Chacun de ces diocèses était gouverné par un vicaire du préfet, auquel les gouverneurs immédiats des provinces étaient subordonnés. Le diocèse d'Italie avait seul deux vicaires, dont l'un résidait à Rome, l'autre à Milan. Le rang des gouverneurs variait aussi bien que leur nom, selon les divers ordres de dignité qu'il avait plu à l'empereur d'établir entre les provinces. Les plus considérables de celles-ci donnaient à leurs gouverneurs le titre de consulaires; à la tête de celles du second rang étaient les correcteurs; les présidents gouvernaient celles du dernier ordre.

[Malal. l. 13, part. 2, p. 3 et 5.
Amm. l. 14, c. 8.
Reland. Palæstin. l. 1, c. 34.]

[Constantin fit aussi quelques changements dans la division et la circonscription des provinces de l'empire. La Commagène qui séparait la Syrie de l'Osrhoène, et qui avait formé autrefois un état particulier, fut séparée de la Syrie, avec quelques autres portions de territoire, et elle fut érigée en province. L'Euphrate qui la bornait à l'Orient dans toute sa longueur, lui fit donner le nom d'Euphratèse; elle fut aussi appelée Césareuphratense, et la ville d'Hiérapolis, célèbre par ses superstitions et par le culte qu'elle rendait à la grande déesse des Syriens, sur lequel nous avons un traité curieux de Lucien, devint la métropole de ce nouveau gouvernement. La troisième Palestine, ou la Palestine salutaire, formée de l'ancienne Idumée et des portions de l'Arabie qui s'étendent entre l'Égypte et la Syrie, ainsi que la Phrygie salutaire, furent aussi des provinces de la création du même empereur]—S. M.

X. Des maîtres de la milice.
Zos. l. 2, c. 32, et 33.
Notit. Imp.
Till. art. 83.

Les préfets du prétoire qui n'étaient dans leur institution que les capitaines de la garde du prince, étaient devenus très-puissants dès le règne de Tibère. C'étaient eux qui levaient, payaient, punissaient les soldats; ils recueillaient les impôts par leurs officiers; ils avaient le maniement de la caisse militaire, et l'inspection générale de la discipline des armées. Les troupes leur étaient dévouées, parce qu'ils les tenaient sous leur main. Constantin leur laissa la supériorité sur les autres magistrats; mais il les désarma; il en fit des officiers purement civils, de judicature et de finance. Il leur ôta l'autorité directe sur les gens de guerre, qu'ils continuèrent pourtant de payer. Pour remplir toutes les fonctions qui concernent le maintien de la discipline, il créa deux maîtres de la milice, l'un pour la cavalerie, l'autre pour l'infanterie. Ces deux emplois se réunirent dans la même personne sous les enfants de Constantin; mais le nombre des maîtres de la milice s'accrut ensuite; on en trouve jusqu'à huit dans la notice de l'empire, faite du temps de Théodose le Jeune. Ils n'avaient au-dessus d'eux dans l'ordre des dignités, que les consuls, les patrices, les préfets du prétoire et les deux préfets de Rome et de Constantinople. Zosime accuse Constantin d'avoir affaibli la discipline, en séparant l'emploi de payer les troupes du droit de les punir: ces deux fonctions réunies auparavant dans le préfet du prétoire, contenaient les soldats dans le devoir, en leur faisant appréhender le retranchement de leur solde. Un autre inconvénient, selon lui, qui me paraît plus réel, c'est que ces nouveaux officiers, et plus encore leurs subalternes, dévoraient par de nouveaux droits la substance du soldat.

XI. Patrices.
Zos. l. 2, c. 40.
God. ad Cod. Th. t. 2, p. 75.
Ducange, Gloss. Lat. Patricius.

Pour rabaisser d'un degré les préfets du prétoire, et diminuer d'autant leur puissance et leur fierté, l'empereur institua une nouvelle dignité qu'il éleva au-dessus d'eux: c'était celle des patrices. Ce n'était qu'un honneur sans fonction. Le patrice cédait le rang aux consuls; mais il conservait ordinairement ce titre pendant toute sa vie. Il pouvait y en avoir plusieurs: Aspar, sous Théodose le Jeune, est appelé le premier des patrices.

XII. Des ducs et des comtes.
Zos. l. 2, c. 33.
Aurel. Vict. Proc. Ædif. l. 4, c. 7.
Amm. l. 27, c. 5.
Euseb. vit. Const. l. 4, c. 1.
Pancirol. in notit. or. c. 4, 36, 139.
God. ad Cod. Th. t. 2, p. 101.
Till. art. 84.

Sous les empereurs précédents, le nom de duc qui, dans l'origine, signifiait un chef, un conducteur, avait été particulièrement appliqué aux commandants des troupes distribuées sur les frontières, pour les défendre contre les incursions des Barbares. Ces troupes, placées de distance en distance dans des camps retranchés et dans des forts, formaient comme une barrière autour de l'empire. Zosime loue Dioclétien d'avoir fortifié cette barrière, et reproche à Constantin de l'avoir dégarnie, en retirant une grande partie des soldats dans des villes qui n'avaient pas besoin de garnison: ce qui causa, dit-il, plusieurs maux en même temps; l'entrée fut ouverte aux Barbares; les soldats par leurs rapines et leur insolence vexèrent les villes jusqu'à en faire déserter plusieurs, et les villes par leurs délices et leurs débauches énervèrent les soldats. Mais d'autres auteurs, même païens, louent ce prince d'avoir multiplié les forts des frontières; et l'histoire en nomme entre autres un des plus considérables, qu'elle appelle Daphné de Constantin, qu'Ammien Marcellin place au-delà, Procope en-deçà du Danube dans la seconde Mésie[58]. Les ducs, dont nous parlons, veillaient chacun à la défense d'une frontière. C'était une dignité supérieure à celle de tribun; ils étaient perpétuels; et afin de les attacher au département qu'ils défendaient, on leur assignait aussi-bien qu'à leurs soldats les terres limitrophes des Barbares, avec les esclaves et les bestiaux nécessaires pour les mettre en valeur. Ils les possédaient en toute franchise, avec droit de les faire passer à leurs héritiers, à condition que ceux-ci porteraient les armes. Ces terres s'appelaient bénéfices; et c'est, selon un grand nombre d'auteurs, le plus ancien modèle des fiefs. Quelques-uns de ces commandants de frontière furent honorés par Constantin du titre de comte, plus relevé alors que celui de duc. Les comtes étaient d'ancienne institution: dès le temps d'Auguste on voit des sénateurs choisis par le prince pour l'accompagner dans ses voyages, et pour lui servir de conseil. Ils furent ensuite distingués en trois ordres, selon le plus ou le moins d'accès qu'ils avaient auprès du prince: on les appelait comites Augusti; ce qui ne désignait qu'un emploi. On en fit ensuite une dignité. Ce titre fut donné aux principaux officiers du palais, au gouverneur du diocèse d'Orient, et à plusieurs de ceux qui commandaient les armées dans les provinces.

[58] Des médailles avec la légende CONSTANTIANA. DAFNE. furent frappées en mémoire de la fondation de cette forteresse. La Notice de l'empire fait mention de corps de troupes soumises au maître de la milice de Thrace, nommée Balistarii Dafnenses et Constantini Dafnenses. Ils étaient sans doute chargés de la défense de la même place. Elle fut probablement construite après les victoires remportées par Constantin sur les Goths. Voyez ci-après, § 16.—S.-M.

XIII. Multiplication des titres.
Pancirol. not. Or. c. 2.

La qualité de noble était depuis près d'un siècle attachée à la personne des Césars. Celle de nobilissime était née quelque temps avant Constantin: il la donna à ses deux frères Julius Constance et Hanniballianus, avec la robe d'écarlate brodée d'or. Ce nom fut ensuite affecté aux fils des empereurs, qui n'avaient pas encore celui de César. Ce fut vers ce temps-là qu'on vit se multiplier les titres fastueux, qui s'attachèrent aux divers grades de dignité, de commandement, de magistrature. Les noms d'illustres, de considérables (spectabiles), de clarissimes, de perfectissimes, de distingués (egregii), eurent entre eux une gradation marquée. C'était une grande affaire de les bien ranger dans sa tête, et une faute impardonnable de les confondre. Le style se hérissa d'épithètes enflées, et se chargea d'une politesse exagérée. On convint de s'humilier et de s'enorgueillir tour à tour en donnant et recevant les noms de sublimité, d'excellence, de magnificence, de grandeur, d'éminence, de révérence, et de quantité d'autres dont le rapport était toujours frivole et souvent ridicule. Le mérite baissa en même proportion que haussèrent les titres.

XIV. Luxe de Constantin.
Jul. in Cæs. p. 318 et 336 ed. Spanh.
Vict. epit. p. 224.
Cedren. t. 1, p. 295.
Ducange, de numm. inf. ævi, c. 17.
La Bléterie, note sur les Césars de Julien, p. 212 et 213.

Quoique toute cette vanité eût commencé avant Constantin, et qu'elle se soit augmentée après lui, il mérite qu'on lui en attribue une partie. Fondateur de Constantinople, il en pouvait être le législateur: c'était l'occasion la plus favorable de réformer les mœurs, et de les ramener à l'ancienne sévérité. Au lieu d'orner ses sénateurs et ses magistrats de tant de pompe extérieure, il eût pu les décorer de vertus en resserrant les nœuds de la discipline. Sa ville n'eût rien perdu de son éclat; elle aurait gagné du côté de la solide et véritable grandeur: Rome et tout l'empire auraient profité de cet exemple. Mais Constantin aimait l'appareil; et les reproches que lui fait Julien quoique envenimés par la haine, ne paraissent pourtant pas destitués de fondement. Il multiplia sur l'habit impérial les perles, dont Dioclétien avait introduit l'usage; il affectait de porter toujours le diadème, dont il fit une espèce de casque ou de couronne fermée et semée de pierreries. Il donna cours au luxe en enrichissant trop certains particuliers, dont la fortune excita une dangereuse émulation de faste et d'opulence. Cependant, quoiqu'il ne fût pas ennemi des plaisirs honnêtes, il n'en fut rien moins que l'esclave, tel que Julien le représente. Il s'occupa toute sa vie des affaires de l'état et peut-être un peu trop de celles de l'église. Il composait lui-même ses lois et ses dépêches; il donnait de fréquentes audiences, et recevait avec affabilité tous ceux qui s'adressaient à lui; et s'il porta trop loin la magnificence des fêtes et la pompe de sa cour, c'était un délassement qu'on peut pardonner à ses travaux et à ses victoires.

XV. Suite de l'histoire de Constantin.
Idat. chron. Zos. l. 2, c. 31.
An. 331.
An 332.

Après avoir rassemblé sous un seul aspect ce qui regarde la fondation de Constantinople et les principaux changements que cet établissement produisit dans l'ordre politique, nous allons reprendre la suite des faits. L'année 331, sous le consulat de Bassus et d'Ablabius, fut employée à faire des lois et à régler plusieurs affaires de l'église, dont nous parlerons ailleurs. Dès l'année suivante 332, Pacatianus et Hilarianus étant consuls, l'empereur reprit les armes, d'abord pour défendre les Sarmates, et ensuite pour les punir. Zosime avance que depuis que Constantinople fut bâtie, le bonheur de Constantin l'abandonna, et qu'il ne fit plus la guerre que pour y recevoir des affronts. Il raconte qu'un parti de cinq cents cavaliers Taïfales s'étant jeté sur les terres de l'empire, Constantin n'osa en venir aux mains avec eux; mais qu'ayant perdu la plus grande partie de son armée (il ne dit pas comment), effrayé des ravages de ces Barbares, qui venaient l'insulter jusqu'aux portes de son camp, il se crut trop heureux de se sauver par la fuite. Ce récit ne s'accorde ni avec le caractère de Constantin, ni avec tous les autres témoignages de l'histoire, qui nous montre ce prince toujours victorieux.

XVI. Guerre contre les Goths.
Idat. chron. Anony. Vales.
Euseb. vit. Const., l. 4, c. 5.
Socr. l. 1, c. 18.
Soz. l. 1, c. 8.
Themist. or. 15, p. 191.
Cod. Th. lib. 7, t. 22. leg. 4 et ibi Godef.
[Julian, or. 1, p. 9, ed. Spanh.
Aurel. Vict. de Cæs. p. 177.
Eutr. l. 10.]

Il le fut encore deux fois cette année. Les Sarmates attaqués par les Goths implorèrent le secours des Romains. Le prince leva une grande armée pour les défendre, et renouvela à cette occasion la loi qui obligeait les fils des soldats vétérans, au-dessus de l'âge de seize ans, à porter les armes, s'ils voulaient profiter des priviléges accordés à leurs pères. Il s'avança lui-même jusqu'à Marcianopolis dans la basse Mésie, et fit passer le Danube à son fils Constantin à la tête de ses troupes. Le jeune César remporta le 20 avril une glorieuse victoire[59]. Près de cent mille ennemis périrent dans cette guerre par le fer, par la faim et par le froid[60]. Les Goths furent réduits à donner des ôtages, entre lesquels était le fils de leur roi Ariaric. Cette défaite les tint en respect pendant le reste de la vie de Constantin et sous le règne de son fils Constance. La pension annuelle que les princes précédents s'étaient engagés à leur payer, au grand déshonneur de l'empire, fut abolie; les Goths s'obligèrent même à fournir aux Romains quarante mille hommes, qui étaient entretenus sous le titre d'alliés[61]. La religion chrétienne s'étendit chez eux, et avec elle l'humanité et la douceur des mœurs. Comme la nation était partagée en un grand nombre de peuples, tous n'eurent pas le même sort. Constantin sut gagner, par des négociations et des ambassades, ceux qu'il n'avait pas réduits par les armes. Il se fit aimer de ces anciens ennemis de l'empire, et porta peut-être un peu trop loin la facilité à leur égard, en élevant les plus distingués aux honneurs et aux dignités. Il fit même ériger une statue dans Constantinople à un de leurs rois, père d'Athanaric, pour retenir ce prince barbare dans les intérêts des Romains.

[59] Gibbon, rapporte (t. III. p. 448) que Constantin fut vaincu par les Goths dans une première bataille. Aucun auteur ancien ne fait mention d'un tel événement. C'est sans aucun doute une erreur de Gibbon.—S.-M.

[60] Il existe des médailles frappées à l'occasion des succès que Constantin obtint dans cette guerre. Elles portent la légende VICTORIA GOTHICA. Voyez Eckhel, Doct. num. vet., t. VIII, p. 90.—S.-M.

[61] Selon Jornandès (de reb. Get. c. 21), ce sont les rois des Goths, Araric et Aoric, qui fournirent à Constantin un corps de quarante mille auxiliaires.—S.-M.

[Constant. Porphyr. de adm. imp. c. 53.]

—[Pendant que Constantin et son fils combattaient les Goths dans la Thrace et sur les bords du Danube, une diversion s'était opérée sur un autre point en faveur des Romains. L'empereur se rappelant des relations d'amitié qui avaient existé autrefois entre son père Constance et les Chersonites[62], peuple grec qui avait conservé une existence indépendante au milieu des Barbares de la Tauride, il eut l'idée de s'adresser à leur république pour en obtenir des secours. La situation de leur pays était tout-à-fait avantageuse pour attaquer les Goths, sur leur propre territoire. La proposition de Constantin fut bien accueillie par Diogène, fils de Diogène, qui était à cette époque chef et stéphanéphore[63] de Cherson[64]. Un armement fut préparé; on envoya aussitôt des chars de guerre et des arbalétriers[65] sur les bords du Danube, où les Goths furent défaits par les Chersonites. Constantin, touché du service que ces Grecs lui avaient rendu, manda après la guerre leurs chefs dans la ville impériale, où il les combla d'honneurs et de distinctions flatteuses. Il ne borna pas là sa reconnaissance; des distributions de vivres et de matériaux, pour la construction de machines de guerre, furent faites aux Chersonites, qui obtinrent en outre pour leurs bâtiments de commerce, et pour tous les particuliers de leur nation, des immunités et de grands priviléges dans toutes les parties de l'empire.]—S.-M.

[62] La ville de Cherson nommée d'abord Chersonesus, avait été fondée par une colonie venue d'Héraclée en Bithynie, dont elle avait aussi porté le nom. Long-temps indépendante et riche par son commerce, elle fut obligée, pour échapper à la domination des Scythes, de se mettre, environ un siècle avant notre ère, sous la protection du célèbre Mithridate Eupator, roi de Pont, qui prit le titre de Prostate de cette ville (Strab., l. 7, p. 308). Elle fut ensuite soumise aux rois du Bosphore; et plus tard, au premier siècle de notre ère, elle avait recouvré sa liberté, par l'intervention des Romains (Plin., IV, c. 12).—S.-M.

[63] Στεφανηφοροῦντος και πρωτέυοντος τος τῆς Χερσωνιτών Διογένους του Διογένους. Presque toutes les colonies grecques répandues dans la Chersonèse taurique et sur les côtes de la mer Noire, étaient d'origine ionienne et pour la plupart venues de Milet. Le premier magistrat de cette ville avait le titre de Stéphanéphore, ou Porte-Couronne, ce qui se pratiquait aussi dans d'autres cités ioniennes. On ne doit donc pas être surpris de voir désigné de la même façon le suprême magistrat d'une république, qui, quoique d'origine dorienne, étant environnée partout de républiques ioniennes, a pu imiter leurs usages.—S.-M.

[64] Gibbon (t. III, p. 449) a confondu les habitants de la ville de Cherson, l'antique Chersonesus, avec les peuples de la Chersonèse taurique. S'il avait lu avec plus d'attention le chapitre de Constantin Porphyrogénète, d'où ce récit est tiré, il y aurait vu que cet auteur distingue bien la république de Cherson, du reste de la presqu'île Taurique, possédée alors par les rois du Bosphore cimmérien, et que la ville de Cherson fournit seule des secours aux Romains. L'historien anglais se trompe encore en disant que le stéphanéphore des Chersonites était un magistrat perpétuel, tandis qu'il est si facile de reconnaître, par la grande quantité des stéphanéphores de Cherson mentionnés par Constantin Porphyrogénète, que ces magistrats étaient annuels, comme presque tous ceux qui gouvernaient les républiques grecques.—S.-M.