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La jeune Inde

Chapter 33: LA HANTISE DES ÉCOLES ET DES COLLÈGES UNIVERSITAIRES
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About This Book

Selected political essays and editorials from 1919–1922 set out a practical philosophy of satyagraha: disciplined nonviolent resistance combined with ethical self-discipline, civil disobedience, and constructive social work. The pieces argue against violent methods, report on pragmatic experiments in resistance, criticize colonial authority, and propose economic and social reforms such as village self-reliance. They address communal unity, moral education, and personal sacrifice as prerequisites for political freedom, offering direct, instructional prose that blends religious language with political strategy and frames national emancipation as an ongoing moral experiment.

LA HANTISE DES ÉCOLES ET DES COLLÈGES UNIVERSITAIRES

On a beaucoup parlé et beaucoup écrit contre notre intention de boycotter les écoles et les collèges universitaires placés sous le contrôle du Gouvernement. On dit que notre proposition est «malfaisante», «nuisible» et «contraire aux intérêts les plus importants du pays»...

J’ai fait tout mon possible pour découvrir mon erreur, mais ces efforts n’ont abouti qu’à fortifier ma conviction; ce serait une faute aussi grave de recevoir du gouvernement une éducation quelconque, toute supérieure qu’elle puisse être, que de boire le lait le plus crémeux s’il renfermait du poison.

 

... Les adversaires de ma suggestion ne se rendent pas suffisamment compte des injustices commises envers le Califat et au Pendjab. Ils ne sentent pas que ces injustices démontrent d’une façon concluante comment l’activité du gouvernement actuel dans son ensemble est nuisible au progrès national... Je suis absolument certain qu’ils n’enverraient pas leurs enfants à une école où ils risqueraient de recevoir une éducation qui les avilisse au lieu de les ennoblir. Je suis également certain qu’ils n’enverraient pas leurs enfants à une école gouvernée, dirigée ou même influencée par un voleur qui leur aurait pris ce qu’ils possédaient. Je considère que les enfants de la nation sont avilis dans les écoles et collèges du gouvernement. Je considère que ces écoles et ces collèges sont sous l’influence d’un gouvernement qui a volontairement dépouillé la nation de son honneur et par conséquent qu’il est du devoir de la nation d’en retirer ses enfants. Il est possible que même dans ces écoles certains résistent à cet avilissement; mais il serait mal d’encourager l’humiliation nationale qui s’y poursuit parce que quelques-uns se sont élevés au-dessus de leur entourage. A mon avis il est trop évident à l’heure actuelle que les chefs révérés de la nation ne se rendent pas compte de cette corruption des écoles placées sous le contrôle du gouvernement.

On alléguera que les écoles ne sont pas pires qu’elles ne l’étaient avant le tort fait au Pendjab ou avant la trahison du Califat et que nous les tolérions alors. Je l’admets. Cependant en ce qui me concerne personnellement, les événements du Pendjab et du Califat, ont complètement changé mon opinion sur le système actuel de gouvernement. L’ignorance où j’étais de sa perversité inhérente me le rendait suffisamment tolérable pour ne pas m’opposer à ses écoles. Aussi je crains... que les adversaires du projet de boycottage ne donnent pas aux injustices commises la même importance que moi...

Le jour où garçons et filles videront les écoles du gouvernement marquera une révolution dans la pensée nationale. Il indiquera que nous ne nous laisserons plus halluciner par ses écoles et par ses collèges. La nation n’est-elle pas capable de se charger de sa propre éducation sans l’intervention du gouvernement, sans sa protection, ses conseils ou ses subventions? Abandonner les écoles actuelles c’est avoir conscience que nous sommes capables d’organiser notre propre enseignement malgré des difficultés himalayennes.

29 septembre 1920.