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La jeune Inde

Chapter 86: SI L’ON M’ARRÊTE
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About This Book

Selected political essays and editorials from 1919–1922 set out a practical philosophy of satyagraha: disciplined nonviolent resistance combined with ethical self-discipline, civil disobedience, and constructive social work. The pieces argue against violent methods, report on pragmatic experiments in resistance, criticize colonial authority, and propose economic and social reforms such as village self-reliance. They address communal unity, moral education, and personal sacrifice as prerequisites for political freedom, offering direct, instructional prose that blends religious language with political strategy and frames national emancipation as an ongoing moral experiment.

SI L’ON M’ARRÊTE

Le bruit court à nouveau que mon arrestation est imminente. Quelques fonctionnaires prétendent, paraît-il, que ce fut une erreur de ne pas m’arrêter à l’époque où on l’avait décidé, c’est-à-dire le 11 ou 12 février, et que la décision prise au sujet de Bardoli n’aurait pas dû influencer le programme du gouvernement. On rapporte également que le gouvernement ne peut vaincre l’agitation croissante qui réclame à Londres mon arrestation et ma déportation. Je ne vois pas moi-même comment le gouvernement pourrait faire autrement que de m’arrêter, s’il veut que la Désobéissance Civile individuelle ou en masse cesse complètement.

 

 

Dans ce cas, il ne faut pas qu’il y ait de Hartal, de démonstrations bruyantes ou de processions. Je considérerais un calme parfait comme une haute marque d’estime de la part de mes compatriotes. Ce qui me ferait grand plaisir par exemple, ce serait de voir l’œuvre constructive du Congrès se poursuivre avec la régularité d’une horloge et la rapidité de l’express du Pendjab. J’aimerais que ceux qui jusqu’à présent ne l’ont point fait, renoncent volontairement à leurs tissus étrangers et en fassent un feu de joie. Qu’ils remplissent tout le programme constructif élaboré à Bardoli, et non seulement ils obtiendront ma liberté et celle d’autres prisonniers, mais ils inaugureront le Swaraj et assureront la réparation des injustices faites au Califat et au Pendjab. Qu’ils se souviennent que les quatre piliers fondamentaux du Swaraj sont: la Non-Violence, l’Union Hindoue-Musulmane-Sikh-Parsi-Chrétienne-Israélite, la suppression totale de l’Intouchabilité, et la fabrication du khaddar filé et tissé à la main pour supplanter complètement le tissu étranger.

J’ai idée que ce ne serait pas un mal pour le peuple si on m’enlevait à lui. Tout d’abord la superstition que je suis doué d’un pouvoir surnaturel s’effondrerait; l’erreur de croire que mon influence seule a fait accepter le programme de Non-Coopération serait démontrée; en poursuivant notre activité malgré le départ d’un des auteurs du programme nous prouverions que nous sommes capables d’avoir le Swaraj. Enfin, et égoïstement, cette circonstance me procurerait un peu de calme et de repos physique, que je crois avoir mérités.

9 mars 1922.