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La manière de bien traduire d'une langue en aultre cover

La manière de bien traduire d'une langue en aultre

Chapter 4: NOTES DU TRANSCRIPTEUR
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About This Book

The author argues for elevating the vernacular and offers practical guidance for translating between languages, stressing five essentials including perfect comprehension of the source, fidelity, and clarity. The text treats orthography, punctuation, accents, pronunciation, grammar, and rhetorical and poetic technique, supplies examples drawn from Latin authors such as Cicero to illustrate rendering difficult passages intelligibly, and discusses regional pronunciation differences and apostrophe usage. Prefatory letters explain the motive to promote and refine the native tongue and announce a larger planned treatise on oratory, while the present volume functions as a handbook and stimulus for future collective refinement.

h
N'empesche poinct l'apostrophe en quelcques dictions.

Et si d'aduanture il se commence par, h, cela n'empesche poinct quelcquefoys l'apostrophe: car nous disons, & escripuons sans uice, l'honneur, l'homme, l'humilité: & non le honneur, le homme, la humilité. Au contraire nous disons sans apostrophe le haren, la harendiere, la haulteur, le houzeau, la housse, la hacquebute, le hacquebutier, la hacquenée, le hazard, le hallecret, la hallebarde. Et si ces mots se proferent sans grande aspiration, la faulte est enorme. h
Mal pronuncée par aulcunes prouinces.
De laquelle faulte sont pleins les Auuergnats, les Prouuencaulx, les Gascons, & toutes les prouinces de la langue d'oc. Car pour le haren il disent l'aren: pour la harendiere, l'arendiere: pour la haulteur, l'aulteur: pour le houzeau, l'ouzeau: pour la housse, l'ousse: pour la honte, l'onte: pour la hacquebute, l'acquebute: pour la hacquenée, l'acquenée: pour le hazard, l'azard: pour le hallecret, l'allecret: pour la hallebarde, l'allebarde. Et non seulement (qui pis est) font ceste faulte au singulier nombre de telles dictions, mais aussi au plurier. Car pour des harens, il disent des arens: pour les hacquenées, les acquenées, pour mes houzeaux, mes ouzeaux: pour il me fault, ou ie me uois houzer, il me fault ouser. Or ie laisse le uice de ces nations, & reuiens a ma matiere.

ce
Auec apostrophe.

Exemple de, ce. C'est grand' follie, de prendre pied à ses paroles. Sans apostrophe il fauldroit dire: Ce est grand' follie. Entends toutesfois, que souuent cest
Sans apostrophe.
ce mot, cest, n'a point d'apostrophe: comme quand nous parlons ainsi. Cest oeuure est digne de louange. Cest homme n'est pas en son bon sens. Cest Allemant est trop glorieux.

se
Auec apostrophe.

Exemple de, se. S'aduanturant de passer la riuiere à pied, il s'est noyé. Pour, se aduenturant: & pour, il se est noyé. Note icy, que non seulement ceste diction, se, repcoit apostrophe, mais aussi ces mots la son, mon, ton
Recoipuent apostrophe.
recoipuent: c'est asscauoir, son, mon, ton. Et par cela nous disons m'amye, pour mon amye: & m'amour, pour mon amour: & t'amour, pour ton amour: & s'amour, pour son amour. Et usons de tel parler tant en prose, qu'en rhythme: mais plus souuent en rhythme. Et aussi m'amye, & m'amour, sont dictions plus usitées, que les deux aultres.

si
Auec apostrophe.

Exemple de, si. S'il estoit possible, ie uouldrois bien faire cela. Pour, si il estoit possible. Toutesfoys Exception de cela. tu ne uoirras guieres, qu'il recoipue apostrophe auec aultre mot, que ce mot, il. Exemple de toutes aultres uoyelles. De la uoyelle, a. Si audace estoit prisée, chascun seroit audacieux. De la uoyelle, e. Si eloquence est en luy grande, ce n'est de merueille: car il a ung esprit merueilleux: & puis il estudie continuellement en Ciceron. De la uoyelle, i. Si ignorance uient a regner, tout est perdu. De la uoyelle, o. Si orgueil est en ung homme, ie ne le puis frequenter. De la uoyelle, u. Si ung homme diligent peult paruenir à richesses, i'espere quelcque iour estre riche. En touts ces exemples ie confesse, que l'apostrophe y peult escheoir: mais auec apostrophe le parler sera plus rude, que sans apostrophe. Ce que peult facilement iuger ung homme d'oreilles delicates. I'excepte tousiours les licences poëtiques, & les laisse en leur entier. Car ung poëte pourra dire (à cause de sa rhythme) s'audace, s'eloquence, s'ignorance, s'orgueil, s'ung homme.

si
Pour tant.

D'aduantage il te conuient scauoir, que ceste particule, si, est aulcunesfoys conditionnale, ou demonstratiue. Et lors elle peult recepuoir apostrophe, comme tu as ueu aux exemples precedents. Aulcunesfoys elle se mect pour tant, ou tant fort. Et lors elle ne recoipt aulcune apostrophe. Exemple. Il est si ambitieux, si enuieux, si iniurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Aultre exemple. Ce lieu est si umbrageux, que le fruict n'y peult meurir. C'est adire, tant ambitieux, tant enuieux, tant iniurieux, tant oultrageux, tant umbrageux. Allors garde toy de l'apostropher: car il n'y auroit rien si aspre en prolation, que de dire s'ambitieux, s'enuieux, s'iniurieux, s'oultrageux, s'umbrageux.

ni
Ne recoipt pas souuent apostrophe.

Tel est l'usage de ceste particule, ni. Car elle ne recoipt pas bonnement apostrophe, si elle se rencontre deuant ung mot commencant par uoyelle. Exemple. Ie ne ueis iamais ni Amboise, ni Enuers, ni Italie, ni Orleans, ni umbrage en ce champ. En toutes ces locutions l'apostrophe seroit indecente, & lourde.

te
Auec apostrophe.

Exemple de, te. Ie serois marry de t'auoir offensé. Il t'eust bien recompensé, si tu eusses faict cela. Il t'interrogue. Il t'oultrage. Il t'use ta robbe. Pour de te auoir: il te eust: il te interrogue: il te oultrage: il te use.

me
Auec apostrophe.

Exemple de, me. Il m'assault. Il m'entend bien. Il m'irrite. Il m'oultrage. Il m'use touts mes habillements. Pour, il me assault: il me entend bien: il me irrite: il me oultrage: il me use.

que
Auec apostrophe.

Exemple de, que. C'est bonne chose, qu'argent en necessité. Qu'est ce que richesse, sans santé? Il fault qu'il s'y trouue. Ô qu'orgueil est desplaisant à Dieu! Il n'est scauoir, qu'usage ne surmonte. Pour, que argent: que est ce: que il se y trouue: que orgueil: que usage.

ne
Auec apostrophe.

Exemple de, ne. Ie n'ay que ce uice. Il n'est rien si sot. Il n'ignore cela. Cela n'orne poinct le parler. Ie n'use iamais de parfums. Pour, ie ne ay: il ne est: il ne ignore: cela ne orne: ie ne use.

ie
Auec apostrophe.

Exemple de, ie. I'ay tousiours peur des calumniateurs. I'entends bien, que tu demandes. I'interpreteray ce liure de Ciceron. Ie te donneray à entendre, comme i'ouys cela de luy. I'use souuent de telles figures. Pour, ie ay: ie entends bien: ie interpreteray: ie ouys: ie use.

re
Auec apostrophe.

Exemple de, re. Il fault r'assembler ces pieces. Ie te r'enuoye ton seruiteur. Il seroit bon de r'imprimer ses Oeuures. Il fault r'ouurir ce coffre. Il seroit bon de r'umbrager ce ply. Pour, re assembler: re enuoye: re imprimer: re ouurir: re umbrager. Et note que, re, signifie de rechef.

le
Auec apostrophe.

Exemple de, le. L'auoir n'est rien en ung homme, s'il n'a uertu. L'entendement trop soubdain ne faict pas grand fruict. L'interpreteur de cecy ment. L'orgueil de luy me desplaist. L'usage de tel art est faulx. Pour, le auoir: le entendement: le interpreteur: le orgueil: le usage.

la
Auec apostrophe.

Exemple de, la. L'amour est bonne, quand elle est fondée en uertu. L'enfance de luy a esté terrible. L'interpretation de ce lieu est difficile. L'oultrecuidance est grande. L'usance est telle. Pour, la amour: la enfance: la interpretation: la oultrecuidance: la usance.

de
Auec apostrophe.

Exemple de ce mot, de. C'est grand' charge d'auoir tant d'enfants. Par faulte d'entendre le Grec, il a failli. Cela part d'inuention bien subtile. Ceste responce est pleine d'orgueil, & oultrage. Par faulte d'user de bon regime, il est retombé en fiebure. Pour, de auoir: de entendre: de inuention: de orgueil: de user.

'
Apocope.

Ie ne parleray plus de l'apostrophe, & uiendray maintenant à declairer, que signifie ung petit poinct semblable à celuy de l'apostrophe. Ce petit poinct est signe d'une figure nommée des Grecs, & Latins Apocope. Et ainsi la nomment aussi les Francoys par faulte d'aultre terme à eulx propre. Ceste figure oste la uoyelle, ou syllabe de la fin d'ung mot pour la necessité du uers: ou affin, que le mot soit plus rond, & myeulx sonnant. Exemple. Pri', suppli', com', hom', quel', el', tel', recommand', encor', auec'. Pour, prie, supplie, comme, homme, quelle, elle, telle, recommande, encores, auecques. En prose l'exemple peult estre, grand' chose: quelle quel' soit: pour grande chose: quelle, quelle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce, & plus ronde.

Au demeurant, il fault entendre, que les Francoys usent, oultre ce que dessus, de deux sortes de characteres: lesquelz sont de telle figure.

^
¨

^
Signe de coniunction de uoyelles.

Touts deux se signent sur uoyelles: mais au reste ilz sont bien differents. Le premier est signe de coniunction: le second de diuision. ^
R'assemble en troys facons.
Le premier r'assemble, r'unit, & conioinct les parties diuisées: & ce en trois facons. La premiere, quand par une figure Syncope. fort usitée nommée Syncope, concision, ou couppure (car ainsi se peult dire en Francoys) ung mot est syncopé, c'est à dire diuisé, & diminué au milieu, puis les deux parties sont reioinctes ensemble: la diuision, & reünion d'ycelles est signifiée par ledict charactere. Exemple. Lai^rra, pai^ra, urai^ment, hardi^ment, don^ra. Pour, laissera, paiera, uraiement, hardiement, donnera. Et ainsi font souuent les Latins, comme lon uoit aux bonnes impressions, esquelles on treuue diu^um, du^um, uiru^m. Pour, diuorum, duorum, uirorum. La seconde facon de ceste figure est, quand deux mots (desquelz l'ung est detroncqué) sont r'assemblés en ung. Exemple. Au^ous, pour auez uous: qu^auous, pour qu'auez uous: m^auous, pour m'auez uous: n^auous, pour n'auez uous: n^auons, pour nous ne auons. Tel est le commun usage de la langue Francoyse. La tierce facon de ceste figure est, quand deux uoyelles sont r'accoursies, & proferées en une: ce qui se faict souuent en rhythme principalement. Exemple. Pensées: ou ées
Syllabe double reduicte en une.
les deux e^e se passent pour ung proferé par traict de temps asses longuet, quasi comme si lon disoit pensés. Et note, que cecy est general en toutes dictions feminines, qui sont formées des dictions masculines ausquelles la derniere uoyelle est masculine: & ce seulement au plurier nombre. Et si tu signes ceste figure sur les deux, e^e, il n'y fault poinct d'accent aigu sur le penultime, e. Exemple. Courroucé, courroucée, courrouce^es: irrité, irritée, irrite^es: suborné, subornée, suborne^es. En telle sorte doibt on escrire en rhythme: mais en prose auec ung accent aigu sur le, é, penultime, ainsi: courroucées, irritées, subornées. Par ceste figure aussi on dict aise^ement, Synerese. nomme^ement, a^age ou e^age: en faisant de deux syllabes une par synerese, & r'accoursissement.

¨
Dyerese signe de diuision de uoyelles.

Le second charactere dessus mentionnè, qui est, ¨, noté sur les uoyelles, est celuy, par lequel on faict au contraire de l'aultre, duquel sortons de parler. Car il signifie diuision, & separation, & que d'une syllabe en sont faictes deux. Exemple. Païs, poëte: pour pa^is, po^ete.

Ce sont les preceptions, que tu garderas quant aux accents de la langue Francoyse. Lesquelz aussi obserueront touts diligents Imprimeurs: car telles choses enrichissent fort l'impression, & demonstrent, que ne faisons rien par ignorance.

´
Accent enclitique.

Quant à l'accent enclitique, il n'est point recepuable en la langue Francoyse, combien qu'aulcuns soient d'aultre opinion. Lesquelz disent, qu'il eschet en ces dictions, ie, tu, uous, nous, on, lon. La forme de cest accent est telle, ´: par ainsi ilz uouldroient estre escript en la sorte, qui sensuict. M'attenderai´ie à uous? fairas´tu cela? Quand aurons´nous paix? Dict´on tel cas de moy? Voirra´lon iamais ces meschantz puniz? De rechef ie t'aduise, que cela est superflu en la langue Francoyse, & toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur uigueur, encores qu'ilz soient postposés à leurs uerbes. Et qui plus est, l'accent enclitique ne conuient qu'en dictions indeclinables, comme sont en Latin, ne, ue, que, nam. Quainsi soict, on n'escript poinct en Latin en ceste forme: Feram´ego id iniuriæ? Eris´tu semper tam nullius consilii? Auersabimini´uos semper à uobis pauperes? Tiens doncques pour seur, que tel accent n'est propre aulcunement à nostre langue. Qui sera fin de ce petit Oeuure.



AV LECTEVR
Francoys Dixain de Saincte
Marthe.

Pourquoy es tu d'aultruy admirateur,

Vilipendant le tien propre langage?

Est ce (Francoys) que tu n'as instructeur,

Qui d'iceluy te remonstre l'usage?

Maintenant as en ce grand aduantage,

Si uers ta langue as quelcque affection:

Dolet t'y donne une introduction

Si bonne en tout, qu'il n'y a que redire,

Car il t'enseigne (ô noble inuention)

D'escrire bien, bien tourner, & bien dire.




DOLETVS

Durior est spectatæ uirtutis,
quàm incognitæ,
conditio.



NOTES DU TRANSCRIPTEUR

L'orthographe de l'original a été conservé scrupuleusement. On a cependant remplacé les abréviations usuelles (ã, q;, etc.) par les lettres correspondantes (an/am, que, etc.).

Les coquilles probables ont été conservées (exemples: «à este» [a esté], «Creatur» [Createur], «Quant aut modernes» [aux], «estimè» [estimé], «Laultre» [L'aultre], ...)

Le mot représenté ici par ô, Ô, figure dans l'original avec une sorte d'accent grave très pentu, un peu comme ceci: ò, O`.