WeRead Powered by ReaderPub
Les Parisiennes d'à présent cover

Les Parisiennes d'à présent

Chapter 1: LES PARISIENNES D’A PRÉSENT
Open in WeRead

About This Book

A sequence of short dated sketches and journal-like notes that chronicle Parisian women's public and private lives during the late nineteenth century. The entries combine social observation, satire, and reportage to examine changing fashions, leisure, and sexual mores alongside the growth of feminist demands for political and legal equality. Scenes range from society portraits and theatrical anecdotes to discussions of bicycling, equestrian and automotive independence, civic ceremonies, women's congresses, and concerns about birthrates and maternity. The work mixes personality sketches of social types with moral and statistical reflections to map evolving gender roles in urban life.

The Project Gutenberg eBook of Les Parisiennes d'à présent

This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.

Title: Les Parisiennes d'à présent

Author: Georges Montorgueil

Illustrator: Henri Boutet

Release date: November 5, 2019 [eBook #60635]
Most recently updated: October 17, 2024

Language: French

Credits: Produced by Clarity, Hans Pieterse and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES PARISIENNES D'À PRÉSENT ***

Au lecteur

LES PARISIENNES
D’A PRÉSENT

JUSTIFICATION DU TIRAGE


Cet ouvrage et été tiré à huit cent dix exemplaires numérotés:

Nos 1 à 60.—Exemplaires sur papier des Manufactures impériales du Japon avec tirage à part sur chine de toutes les illustrations.

Nos 61 à 810.—Exemplaires sur beau papier vélin.

No [684]

Tous droits réservés.

L’ANNÉE FÉMININE
(1896)

LES PARISIENNES
D’A PRÉSENT

TEXTE DE GEORGES MONTORGUEIL

ILLUSTRATIONS
DE

HENRI BOUTET

PARIS

H. FLOURY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
1, BOULEVARD DES CAPUCINES, 1

1897

 

La femme était la femme et s’estimait ambitieuse à prétendre l’être assez. Elle se gardait de disputer à l’homme ses apanages, ne se souciant que des siens. Il lui était suffisant de s’exercer à l’art de plaire ou d’aimer: par expériences et récits d’aïeules, connaissant que l’amour est le souverain maître qui asservit à ses lois jusqu’aux lois. Il lui est venu d’autres visées. Elle prétend à une émancipation sociale et politique qui l’égalera à l’homme en droits. C’est l’assaut livré au vieux code et au vieil usage.

Les années 1896-97 marquent une étape décisive dans cette direction.

Cependant le mouvement féministe n’est pas tout le mouvement féminin. La vie parisienne a sacrifié comme devant aux agitations qui lui sont chères, aux imprévus de la mode, du goût et du scandale. L’observateur qui note, au jour le jour, les multiples épisodes dans lesquels la femme a joué un rôle essentiel n’a été que surpris de voir quelle place la campagne émancipatrice tenait tout à coup dans les esprits et dans les faits.

En sorte que son carnet, pour ce qu’il est simplement fidèle, pourrait être dit le Carnet d’un féministe.

Et maintenant, pour les revendicatrices et les autres, Boutet, à votre crayon! Enlevez de verve vos croquis, durant qu’elles passent...

—J’ai toujours pris mon temps, répond Boutet. La femme est complaisante à qui s’attarde pour elle; et j’en suis encore à trouver celle qui, se sachant regardée, ne pose pas.

 
 

2 Avril.—Les femmes demandent, et ce n’est que justice, à prendre leur part de l’élaboration des lois. Il y a des lois qui président au mouvement de leur toilette, à la forme de leurs chapeaux, à l’arrangement de leurs chignons, à la mode de leurs bijoux, elles les connaissent, les subissent, et ne les font pas.

3 Avril.—Le cheval est la plus noble conquête de l’homme; la femme est la plus noble conquête du cheval. Ces deux êtres: la femme et le cheval, étaient faits pour se rapprocher. Chez chacun, belle prestance, amour du collier, goût de l’éperon et confiance dans les rênes à ne savoir, sans rênes, où se diriger. Amazone, la femme est la centauresse. En voiture, l’harmonie est parfaite entre sa personne et l’attelage. Nul mécompte n’était venu refroidir des rapports que les hippodromes n’avaient que resserrés. Les nouvelles idées d’émancipation—au cheval inconnues—ont accusé quelques divergences de caractère. La femme refuse le mors, regimbe contre l’éperon et prétend se conduire seule.

Elle va en bicyclette. Elle ira demain en automobile—automobile à son tour, indépendante et se suffisant, sans maître, ni dieu.

5 Avril.—Un prestigieux poète, M. Jean Lorrain, a conté un conte délicieux que de belles filles miment aux Folies-Bergère, l’Araignée d’or. L’araignée est Mme Liane de Pougy.

Elle n’est pas de Pougy. En entrant en galanterie, après un court noviciat sous son nom d’épouse, elle a pris ce titre. Mais si elle n’est de Pougy elle est bien Liane pour sa souple beauté et ses enlacements.

Elle a tendu sa toile sur Paris. Les moucherons s’y prennent, fascinés, englués, dans les fils invisibles et ténus, depuis le petit fondeur chaud comme caille, jusqu’à l’immortel qui donne le spectacle depuis qu’il n’en fait plus.

Oh! oui, l’araignée d’or, fait de tout l’or qu’elle aspira et qu’elle dégorge.

Sa fonction est nettement sociale. Un tel être inassouvi et charmant est appelé à l’heure voulue. Une fortune s’est édifiée, scandaleuse, de l’épargne de tous perfidement drainée. L’habileté financière en a fait un bloc qui échoit à quelque héritier naturel mais médiocre. Pour le mériter, il ne s’est donné que la peine de naître. Il est riche et connaît l’embarras des richesses. Attends, petit, elle va venir. Elle tendra sa toile. Tu y tomberas. Elle sucera ton or. Et c’est par là qu’elle est nécessaire, car elle le dégorgera ensuite aux quatre coins de sa toile, de Paris, du monde. Liane est un puissant moteur de justice sociale; elle refait la répartition. Les tiens ont pris: elle rend.

 

8 Avril.—A Maisons-Laffitte, les jeunes filles ont élu une rosière. Cette localité goûte la vie conjugale: on s’y marie avec empressement. On n’a pu trouver que trente et une demoiselles au-dessus de vingt ans qui fussent en état de célibat, ce qui est tenu pour état de virginité. Réunies à la mairie, après quelques échanges de vues, elles sont allées au scrutin.

Les électeurs mâles imiteront ces mineures électrices à qui l’exercice des droits civiques est refusé. Ils connaîtront d’elles ce qu’est une campagne électorale sans calomnies ni injures. Des femmes que la loi n’admet pas à voter, ils apprendront à pratiquer sagement le vote. Au second tour, sans s’être couvertes de fange, les électrices avaient désigné leur élue. Elle méritait cet honneur, travailleuse, d’irréprochables mœurs, soutien des siens et, de plus, jolie fille.

Les femmes, en leurs comices, n’égarent point leurs suffrages. Elles vont droit à celle que la logique patronne: blanchisseuses de Paris qu’elles élisent leur reine, ou célibataires de Maisons-Laffitte leur rosière.

9 Avril.—Les femmes sont réunies dans la salle des Sociétés savantes. Elles tiennent un Congrès. C’est un spectacle que les esprits superficiels espéraient folâtre. Quelques jeunes gens, en hostilité de la femme émancipée ou par amour du boucan, se groupent au sommet de l’amphithéâtre, dans l’ombre. Ils s’en tiendront au rôle d’interrupteurs. Il s’essaient dans quelques facéties; ils sont quelconques. Les cris de bête leur sont plus naturels; on s’y méprendrait.

Au bureau, l’on voit déjà s’empresser l’active et ordonnée Mme Potonié-Pierre, la souple slave Marya Cheliga, la fougueuse Mme Bonnevial, l’intrépide Mme Vincent, si affairée qu’elle est toujours en sueur. Les voix de la salle désignent pour la présidence Mme Pognon, à côté de Mme Feresse Deraisme.

Mme Pognon est en sa plénitude agréablement blonde; la voix douce et persuasive, élégante d’expression. Son nom soulève une protestation véhémente; deux bras se lèvent et s’agitent: une vieille dame les mène. C’est Mme Léonie Rouzade lançant l’anathème. Elle dénonce le bourgeoisisme de Mme Pognon, propriétaire d’un Family Hotel. Elle est tragique et sombre, et dans toute sa petite personne sèche vêtue d’alpaga fait penser à un drapeau noir flottant sur une barricade.

A son côté, un vieillard se tient coi, peureux comme un enfant. Il s’efface, très timide, les yeux à terre, les mains aux genoux: c’est M. Rouzade. Mme Rouzade parle de l’état de servitude dans lequel la femme est tenue par l’homme, ce despote,—et son geste désigne M. Rouzade pelotonné et muet.

10 Avril.—Notre statisticien officiel, M. Bertillon, jette un cri d’alarme. La colonne des naissances est cette année, pour la première fois, inférieure à celle des décès. Au train où nous allons, calcule-t-il, il n’y aura plus de Français en France dans deux siècles.

 
 
 

La faute en est aux mœurs. On n’a point d’enfants parce qu’on n’en veut point. Le couple est un maximum; au-dessus, le gendre est suspect d’inconvenance et la bru se fait remarquer.

La maternité n’impose plus le respect. Les anciens s’écartaient sur le passage des femmes enceintes; nous faisons des mots sur leur tournure. Les femmes ne sont pas les dernières à ridiculiser les déformations physiques d’une taille que la maternité élargit. Elles raillent autrui et sont confuses, d’elles-mêmes. «Non, moi, ce que j’ai l’air, ma chère, avec ça. Je n’ose pas sortir.»

Les femmes plus actives à se répandre en des tâches qui les appellent à l’extérieur, assujetties aux heures fixes et publiques des emplois, sans même les scrupules frivoles de la coquetterie, affectent la crainte des maternités répétées. Ce sont des accidents dont leur situation risque de souffrir, tuant leur gain. Quand leur cercle d’action se restreignait au foyer, elles ignoraient ces affres légitimes.

Une autre cause d’émancipation a frappé la femme de stérilité. Elle a repoussé comme humiliantes et seulement dignes d’Agnès les pudeurs réservées à l’épouse. Elle s’est affranchie du respect par où le mari la distinguait des cyniques maîtresses. Il lui épargnait les privautés stériles et les bonheurs énervants, et tout le piment des étreintes blasées. Soupçonnant d’autres choses, éduquée par les propos des coureuses d’avant-garde, ouverte aux sous-entendus du livre, elle a voulu être initiée. Elle l’est. Si savante désormais, elle ne redoute plus le plaisir que le devoir complique. Sa maternité est une surprise. «Les enfants qui nous viennent, disait l’une d’elles, sont vraiment des petits rusés.»

A chaque siècle sa philosophie. Les femmes du XVIIIe lisaient Jean-Jacques. C’est la brochure de Malthus-Robin qui occupe le chevet des nôtres. Elles ont une excuse: ce sont les hommes qui la leur ont apportée.

11 Avril.—Le congrès féminin épuise un ordre du jour trop copieux. Il a mis à l’étude des questions qui ne se passent point de la connaissance du Code. D’où des discussions âpres et confuses. Les étrangères, venues nombreuses, sévères et dignes, point banales, emporteront de cette assemblée une impression désenchantée. La faute en est aux hommes plus qu’aux femmes. Ils sont envahissants. Ils discourent, sonores, fastidieux et vides, et allongent les débats sans les éclairer.

Les femmes les souffrent, par orgueil. L’émancipation, qui passa longtemps pour disgraciée et inapte à plaire—si ce n’est à M. de Gasté—n’est point fâchée de ses conquêtes. Ses congrès ne sont encore que des flirts, et elle y affiche volontiers ses amants.

17 Avril.—Au banquet qui a suivi les travaux du congrès féminin, Mme Pognon a porté un toast à la bicyclette.

C’est par la bicyclette que se fera l’émancipation de la femme. L’œuvre d’affranchissement est en bonne voie. La bicyclette égalitaire et niveleuse a créé un troisième sexe.

Ce n’est pas un homme, que ce passant en culotte bouffante, le mollet libre, la taille dégagée et coiffée d’un canotier ou d’une tyrolienne, ou même d’une simple casquette de chef de gare. Est-ce une femme?

Le pied hardi, la démarche vive, les mains dans les poches, vaquant à son gré et sans compagnon, s’attablant aux terrasses, les jambes croisées, le verbe osé: c’est une bicycliste.

C’est la femme affranchie du décorum, délivrée de la tapisserie de Pénélope qui n’avançait pas; lancée à l’aventure, loin du nid; agrémentée d’organes de métal préjudiciables aux autres. Elle a gagné sur sa bécane le procès du costume. Elle se vêt en homme, et ses jambes devenues manivelles ont activé la roue qui la déplace.

«A la bicyclette! a dit Mme Pognon, qui a le toast spirituel et franc; à celle qui nous libérera!»

30 Avril.—«VERNISSAGE, s. m., action de vernir, résultat de cette action. Vernir, enduire de vernis. Vernir des cuirs, vernir un parquet, vernir des tableaux.» (Dictionnaire Larousse.) J’ai été au vernissage—comme tout le monde. Je n’ai vu vernir ni des tableaux, ni des cuirs, ni des parquets. Qu’est-ce qu’un vernissage où l’on ne vernit point? Attendez. Le dictionnaire nous révèle encore que vernir se dit au figuré et signifie donner une apparence flatteuse, brillante: «les éloges des journaux vernissent les auteurs et leurs ouvrages».

C’est bien un vernissage que la répétition générale du Salon, seulement ce ne sont pas les tableaux, mais les peintres que l’on vernit—Vernir, donner une apparence flatteuse, brillante.—«Mon cher, tous mes compliments: c’est un morceau admirable.—Tu sais... là, sans blague... eh bien, ta machine, ça y est!»

C’est dans le grand hall, dont les jours sont comptés, l’éclosion annuelle de fleurs rares, de fleurs étranges, de nuances qui affolent, de parfums qui grisent. La mode, ce jour-là, est là, toute audace dehors. Elle se lance. Ce que la fantaisie peut rêver, elles l’ont rêvé, les Parisiennes si excentriques avec tant de justesse et si mesurées dans ce qui est sans mesure. On les regarde; non les œuvres.

Les statues ne sont point jalouses des hommages prodigués aux modèles. Elles disent: «Faites-vous admirer, beautés éphémères: vous n’avez qu’un jour. Le temps a pris hypothèque sur vos lignes orgueilleuses. Nous avons l’immortalité possible. Les ans destructeurs ne nous réservent pas le chagrin des décrépitudes. Nous irons aussi loin qu’il plaira à la destinée, toujours aussi jeunes, et si nous fûmes conçues dans la perfection, toujours aussi parfaites. Vous serez moins qu’une poignée de cendres, que nous nous dresserons encore pour l’admiration des hommes dans la splendeur intégrale de nos chastes nudités.»

On pourrait répondre à ces filles de marbre qu’elles sont bien vaines de s’imaginer revivre pour elles seules. Elles ne seront que le reflet de la beauté défunte de nos contemporaines. Elles témoigneront devant les siècles futurs quelles enchanteresses de l’art étaient les femmes à chapeaux extravagants, en robes fourreau et à plis mystiques, qui vivaient en l’an 1895, quand, devant l’artiste, elles n’avaient ni chapeaux extravagants, ni robes à fourreau à plis mystiques.

On chuchote, on se pousse devant la Danseuse de Falguière, qui n’a que ses oreilles vêtues et de leurs bandeaux. On dit le nom du modèle, célèbre à l’Opéra. C’est un portrait. «Nue, toute nue... Oh! serait-ce possible? elle aurait posé nue!»

Et tout le corps de ballet, saisi d’une pudeur collective, pique un fard.

 
 

9 Mai.—Des fleurs qui font peur, ces orchidées. Magnifiques et hideuses. Leur turgescente splendeur est comme l’aveu éhonté d’un sexe. Elles ont des couleurs nacrées d’entrailles, des bleus gris d’intestins chauds, des pourpres de sang fumant. On ne saurait dire si elles sont nées sous les baisers du printemps ou le scalpel de Dupuytren. Elles ne fleurissent pas: on les opère. Elles sont comme autant d’exceptions pathologiques. Il y a là des anomalies et des interversions. Dans la tiédeur moite des serres fiévreuses, comme des rêves malsains ont rampé leurs tiges; la fleur s’y ouvrit, quelque désir l’y invitant. Et elle apparut dans sa gloire, obscène et pâmée.

Une femme approche-t-elle sa bouche de ces corolles de luxure, sans que passe devant nos yeux l’image des cités maudites aux caresses perdues?

12 Mai.—Il y a une question de Mérode, comme il y a une question d’Orient. Cette «danseuse» du Salon dont le corps frissonnant de vie est d’une humaine, est-ce Mérode sans voile? La ballerine a-t-elle renouvelé, pour Falguière, l’audace de Pauline Borghèse posant devant Canova? Le sculpteur le nie, et le modèle, en pleure, toute confuse de ces clameurs, qui atteignent à l’aigu.

Elle ne cherchait point le scandale, c’est le scandale qui l’a cherchée. Petit être d’ingénuité et de charme, dans ses clairs regards, où la calomnie met des perles, on lit la sérénité persistante d’une âme d’enfant.

Elle s’effarouche de ce fracas malveillant, car son front apparu entre les rideaux noirs de ses cheveux est un front qui rougit encore.

Elle n’a point posé. Elle le dit. Sa dénégation esquisse les gestes grêles et un peu javanais que nous connaissons à la danseuse de marbre. Eût-elle même posé que nos railleries se devraient taire—nos railleries banales qui la harcèlent.

Se dévoiler? Et après? N’est-ce pas revenir à la chaste et robuste nature? Mérode se lamente, et de quoi? Vêtue, elle est belle; nue, elle serait la Beauté.

20 Mai.—Mlle Couesdon prédit toujours, monorime, l’avenir entre ses repas.

Un trésor est caché
De grands maux vont arriver
Un prince blanc s’est montré
Y a du sang sur le plancher;
C’est dans l’estomac que vous souffrez;
Bonsoir, l’ange est fatigué.

Le public aussi, semble-t-il. Puis, à Tilly, on parle d’une vachère à qui la Vierge est apparue. La foi qui court au nouveau miracle délaisse un peu l’ancien.

22 Mai.L’Avant-Courrière obtient de la Chambre une significative réforme. La femme, dans un prochain avenir, pourra disposer de son salaire.

N’était-il point choquant de penser qu’un homme paresseux et brutal, fût-ce pour l’aller boire au cabaret, pouvait exiger du patron le gain de l’épouse?

Il convient de distinguer entre ce que la loi permet et ce que les mœurs réprouvent. Le peuple a sa moralité particulière qui est sa loi constante, sa jurisprudence usuelle; et il était admis que l’ouvrière touchât son gain. Le mari, usant d’un droit inique, passait à l’état d’exception. L’exception même c’était trop: d’accord. Les femmes la font disparaître: c’est une victoire.

Mais cette victoire n’aura de résultat qu’en ce sens qu’elle sera symbolique.

 

27 Mai.—Quelles sont les trois plus belles de nos actrices? a demandé l’Éclair. Paris, s’étant mis un accent circonflexe sur l’a, a consenti, comme jadis le berger du Mont Ida, à attribuer la pomme à la plus belle. Le suffrage universel a désigné Cléo de Mérode, Vanda de Boncza et Sybil-Sanderson,—trois étrangères de naissance ou d’origine.

Les juges s’en sont tenus aux traits d’une photographie, Brantôme voulait, pour se prononcer, un plus vaste champ de comparaison. Il ne disait belle femme que celle qui avait trois choses blanches: le teint, les jambes et les dents; trois rondes: le cou, l’avant-bras et les chevilles; trois larges: le front, les yeux, les hanches; trois petites: les oreilles, la poitrine et... Si minutieux, rencontrait-il jamais la beauté parfaite? Non, sans doute, mais il se donnait tant de plaisir à la seulement chercher—surtout la dernière.

28 Mai.—Le miracle est à Tilly-sur-Seules. Une gardeuse de vaches a audience de la Vierge. Le rendez-vous est dans un champ, près d’une haie qui se vêt d’une vapeur mystérieuse. La voyante n’est point quelque nonne diaphane qui, d’avoir fleuri la mère immaculée, dans son rêve enfantera la virginale image; c’est une fille épaisse et vulgaire, libre en ses propos d’étables. Elle vaque aux soins des bestiaux, remue son fumier, et sa fourche au repos, vient au champ. Elle s’y agenouille, et l’expression commune de sa face s’éclaire, s’idéalise. Dans l’extase qui la transfigure, ses yeux s’emplissent du divin. Elle commence, entre ses dents qui se choquent, des mots entrecoupés dans lesquels on croit comprendre que la Vierge est là. La vierge s’en retourne, et les prunelles de la voyante suivent, angoissées, sa fuite dans le ciel.

C’est fini. L’extatique est redevenue la vachère. Les fervents la pressent de questions. Elle s’y dérobe, rude et brutale. De son extase, il ne lui reste qu’une lourde migraine.

O jeune fille élue entre les élues, ô toi, à qui la vierge apparaît; ô toi, qui as l’ineffable douceur de recueillir le son de sa voix, donne-nous de ta jouissance céleste une impression qui te vienne du souvenir.—«J’ai qu’la tête è m’pète! et pis v’là!»

30 Mai.—Le Congrès féminin de Berlin est, disent les journaux, d’une tenue parfaite. Les femmes de France y sont allées; elles s’y expriment convenablement. L’auditoire, privé du concours des spirituels de profession, écoute, faisant crédit aux doctrines confuses, aux rêves nébuleux. Les congressistes motionnent, fiévreuses, touchantes par leurs bonnes intentions. C’est un grand pas en avant.

Si la femme tout de même triomphait, qu’adviendrait-il?

On se le demandait, en lisant les dépêches de Berlin, ce soir, dans une brasserie du faubourg Montmartre, où les noctambules s’achèvent. L’un après l’autre, on dévisageait sous le masque blafard des stériles fatigues les buveurs qui étaient là, stupides, niais, alcooliques invétérés. Pas un qui se souciât des fiers problèmes que, là-bas, les femmes agitaient, pas un que l’avenir de sa race troublât.

C’étaient des électeurs—à part deux ou trois récidivistes qui, ayant fait pis que pendre, en étaient réduits à être traités comme des femmes. Tout ça votait; mais les mères exactes, les épouses régulières et les jeunes filles instruites ne votent pas. Elles n’ont pas à prétendre à un privilège dont la loi n’écarte ni les imbéciles, ni les ivrognes, ni tous ces mâles qui étaient là et qu’on n’aurait pas voulu rencontrer la nuit au coin d’une urne.

1er Juin.—Ce ne sont point les idées qui manquent aux femmes: quand elles n’en ont pas, il y a toujours quelqu’un qui leur en donne.

Mme Duclerc se flatte d’en avoir une qui est macabre mais peu banale.

 
 
 

Au concert baptisé du nom de la dame de céans, la chanteuse qui commence la série des chants reste la bouche ouverte, sans émettre la fausse note qui constitue l’originalité de son répertoire. Là, devant elle, un pendu se balance.

C’est une trouvaille de la patronne. Son pendu est resté vingt-huit jours pendu à Marseille; mais il est aujourd’hui dans la territoriale des pendus, et il ne fera que treize jours. Après quoi, quand on le décrochera, peut-être bien qu’il ne sera pas mort.

Le monde distingué accourt à cette merveille. On s’informe auprès de Mme Duclerc des particularités physiologiques de ce phénomène. Les dames surtout sont avides de détails précis. «Dis donc, Duclerc, est-ce que c’est vrai, ce qu’on dit des pendus?—Oui, ma chère, répond la brune enfant, mais seulement quand il me regarde.»

4 Juin.—De s’être serrée à l’excès, une Anglaise est morte. Le coroner a défini cet accident: «Lent suicide par coquetterie».

C’est le procès du corset, un bien vieux procès et, comme tant de choses dont le corset s’autorise pour se dire utile, toujours pendant. Montaigne le prouva qui disait: «J’en ai vu se travailler à poinct nommé de ruyner leur estomach pour acquérir les pasles couleurs. Pour faire un corps bien espagnol quelles géhennes ne souffrent-elles. Guindées et cenglées a tout de grosses coches sur les costés jusqu’à la chair vive? Ouy, quelquefois à en mourir».

Beaux raisonnements mais superflus, d’autant que la médecine n’est pas hostile au corset. Le docteur Lutaud le permet. La doctoresse Gaches-Sarraute aussi, s’il est de sa façon. Torturée, la femme sourit à sa torture. En matière d’atours, pour elle, même où il y a de la géhenne il y a du plaisir.

6 Juin.—Le boulevard est consterné. Sur le mode mineur, les camelots crient le suicide de Liane de Pougy. Est-ce possible? On veut douter. L’évidence impose son crédit. C’est vrai, notre courtisane nationale, dans une crise de dégoût, a résolu de quitter le monde. Elle a dit adieu à sa femme de chambre. Et comme les oiseaux se cachent pour mourir, elle est allée demander à une honnête amie un lit honnête. Elle a écrit à sa mère, de sa plume bien stylée, un billet signé de son nom d’enfant. Et à ses lèvres, qui avaient fait du baiser une entreprise fructueuse, elle a porté la fiole mortelle.

 

... Elle se coucha: elle attendit. Les amants, au rendez-vous de ses draps, se hâtaient d’accourir, la mort est plus capricieuse. Au petit jour, elle s’étonna de vivre et en fut charmée. L’amie stupéfaite, manda un médecin. Paris, plusieurs fois dans cette journée, fit prendre des nouvelles. Elle sourit à tout ce dont elle avait dit avoir la nausée, remercia les rivaux sans jalousie de son cercle d’adorateurs, s’amusa des dépits que sa fausse sortie lui fit connaître. Elle reparut aux flambeaux du festin peut-être un peu plus pâle, mais soulagée d’un gros poids: elle avait vomi.

Pour ces natures délicates, le désespoir a du bon. Elles se suicident et n’en meurent pas; mais elles se purgent.

7 Juin.—C’est une chose bien connue des étalagistes. Les mêmes objets par le groupement gagnent en intérêt. Une boîte de sardines isolée n’est rien: des boîtes de sardines alignées, c’est une féerie. Une petite Barrison toute seule, c’est aimable sans plus; cinq sœurs Barrison ensemble, c’est ravissant.

Cette grâce de la multiplication avait échappé aux mathématiciens, non aux impressionnistes. Cinq têtes blondes qui dodelinent, cinq jupes qui se retroussent, cinq paires de jambes qui jacassent, cinq paires d’yeux qui marivaudent, cinq bouches qui sourient juste et ne chantent pas de même. Mais surtout, j’imagine, cinq femmes qui s’accordent—c’est pour mettre une salle en délire.

 

Quel homme eut l’idée géniale d’exploiter l’attrait de la similitude? Son nom? Son nom: M. Fleron flaira le succès dans les rues de New-York en voyant passer cinq petites filles vêtues toutes de même. C’étaient les sœurs Barrison.—Déjà!—Il fit des propositions à la famille, obtint d’exhiber ces enfants. Il leur enseigna auparavant le pouvoir d’un bas bien tiré, d’un pantalon bouffant aux bons endroits, d’une chemise dont l’épaulette retombe et s’arrête à temps. Il les produisit. On applaudit.

Elles grandirent, et leur perversité innée de fillettes puisa dans sa science une grâce toujours plus ingénue. Il épousa alors l’aînée, Lona, et fut le barnum des quatre autres, Sophia, Inger, Olga et Gertrude.

Tous les soirs, dans les coulisses, sa vigilance précieuse s’attarde aux plus minutieux détails. Rien n’échappe à son œil attendri. Il remonte une jarretière, descend un fichu, fait répéter le geste du jupon dont la dentelle encadrera l’encre des bas et la sauce crevette du maillot, qu’il veut très fidèlement tendu sur les cuisses.

N’est-ce point sa femme? Sont-ce point ses belles-sœurs? Direz-vous encore que l’esprit de famille se perd?

 

6 Juin.—On ne porte que du bleu. Le bleu est décrété. C’était du moins l’opinion à midi. Mais il est le quart, et l’on édicte que le rouge—tel rouge d’un ton précis de truite et d’orangeade—est seul admis aux honneurs du chic. Le vert, cependant, marié au violet...

—Où cours-tu si vite, jeune modiste?

—Je me hâte toujours à l’aller, Monsieur, de crainte que la mode du chapeau que je livre ne passe en chemin.

7 Juin.—Ce jour-là fut livré, en un bois situé à Boulogne, près Paris, un combat mémorable.

On s’attendait à un engagement sérieux dans l’après-midi. Les curieux étaient venus en grand nombre, alléchés par le spectacle de la lutte. L’affaire promettait d’être chaude, surtout qu’il faisait 25 degrés à l’ombre. La prévoyance des assaillants avait installé d’énormes dépôts de munitions. Vers quatre heures se dessinèrent les premiers mouvements de troupes. Alors, chacun de se dire: «Tout à l’heure, ce ne sera pas tout roses.» Ce qui était d’autant plus exact qu’il devait y avoir d’autres fleurs.

La lutte était circonscrite entre les troupes à pied, celles à cheval et celles en voiture. Il n’était que cinq heures quand le premier projectile décrivit une courbe élégante, à trajectoire qui sentait bon. Il atteignit en plein corsage une admirable jeune fille, victime du devoir, dont le nom est resté inconnu.

L’élan était donné, l’assaut fut impétueux. On se criblait avec un zèle infatigable. Les troupes féminines se faisaient remarquer par la maladresse charmante de leur tir et par leur grâce. Un vieux stratégiste constatait—lorgnette à l’œil—qu’il n’est pas nécessaire qu’il pleuve toute la nuit pour que les troupes soient fraîches.

Qu’elles étaient jolies et joliment équipées. La vieille garde même, à défaut d’admiration, imposait le respect pour sa vaillance et sa tenue.

Le champ de bataille présenta bientôt l’aspect d’un véritable champ de carnage. On se battait presque corps à corps. Quelle lutte est plus excitante, quand les deux sexes sont en présence! Pivoines cramoisies, timides bleuets, obèses hortensias, délicates roses rosées, étoilées marguerites: c’était un feu roulant.

 

Les munitions s’épuisaient, les assaillants aussi. Puis le jour baissait. On avait aux lèvres la prière de Josué: «Soleil, arrête-toi sur la vallée du Bas-Meudon».

Mais ce fut la lutte qui s’arrêta. Elle avait duré trois heures. La victoire resta au Bien. Mais la terre était jonchée des cadavres sanglants des roses, et les œillets blessés agonisaient...

16 Juin.—Une femme vieille, laide et sordide a été assassinée sur un grabat.

En 1840 parut un livre intitulé: les Belles Femmes de Paris, chapelet de laudatifs en l’honneur des jolies Parisiennes de ce temps-là. Il y est parlé d’une nouvelle venue dans la capitale qui est baronne et bas-bleu. Lancée dans l’émancipation, amie de George Sand, elle passe pour écrire des vers et des œuvres en prose. Les thuriféraires qu’elle prie à souper disent son esprit et sa beauté. Ils tiennent sa noblesse pour irréductible. N’a-t-elle pas pour oncle l’ancien ministre de Charles X? C’est un Montbel; il l’ignore, mais elle ne l’ignore pas. Elle porte, jeune fille, ce nom de Montbel; son mari y joint le sien aussi ronflant, M. de Valley. Personne ne s’avise de gratter le blason de l’époux. Sa femme est baronne, va pour baronne. Une jolie femme, à Paris, a les titres qu’elle veut,—il lui suffit de les prendre.

Rentrons chez la vieille assassinée, morte dans la sanie, rongée de vermine, hideuse.

La loi sait son nom. Cette morte, étranglée par une société d’adolescents, est la baronne de Montbel-Valley. C’est la muse au salon littéraire qui fut, par ses charmes, reine de Paris sous Louis-Philippe.

Que de traités superflus sur l’art d’être belle, quand il n’en est point sur l’art de vieillir!

14 Juin.—On ne savait pas saint Médard si parfaitement acquis aux courses. Pour le Grand Prix, il a cru devoir suspendre le jeu de ses œuvres et de ses pompes. Aurait-il d’autres tuyaux que des tuyaux d’arrosage? Pas d’eau! Les femmes n’ont fleuri l’hippodrome que de parasols.

Foule inouïe, empressée et élégante. Le monde officiel au grand complet; il ne manque pas un bouton de guêtre... présidentiel. Est on venu pour le gagnant? C’est douteux. Il n’est plus le héros de jadis dont le nom se répercutait dans une acclamation sans fin. On en parle comme d’un personnage ordinaire. Les heureux qui ont eu le nez de sa veine le traitent comme un billet de loterie sorti au tirage. Cette année, ils sont courroucés. «Quoi! ont-ils l’air de dire, nous avons aventuré la forte somme sur un candidat si médiocre, et c’est tout ce qu’il rapporte! Jouez donc des veaux!»

 

Ce n’est pas le noble coursier qui nous vengeait de Waterloo. D’ailleurs, les Anglais s’abstiennent. Le Jardin de Paris s’en plaint. L’insulaire qui augmentait les tarifs, prodigue dans le gain et généreux dans la perte, ne franchit plus la Manche. Tout s’en va, jusqu’au respect montré au vainqueur. Qui se soucie de ses traits? Qui colle à la muraille le portrait de sa monte. Autrefois, il suffisait de l’avoir bouchonné pour être illustre. Un palefrenier de Gladiateur faisait un beau mariage. Approcher du vainqueur, le flatter, passer sur sa croupe en sueur ses gants frais étaient une faveur insigne. Les femmes n’adoptaient de couleurs que les siennes. Qui d’elles portera cette année les couleurs d’Arreau? Victorieux à peine applaudi, célèbre une seconde, qui passe, qui est déjà passé...

25 Juin.—Lona Barrison s’est détachée du peloton. Elle se montre seule, montée sur un bidet blanc. Elle chante d’une voix acidulée comme un bonbon anglais.

A pied ou à cheval, les petites Barrison inspirent des folies. Un gentilhomme autrichien s’est suicidé. Avant de mourir, il exprima le vœu que l’une des cinq sœurs Barrison accompagnât son convoi. Il a été exaucé. La gazouillante oiselle a déposé sur son cercueil un bouquet d’oranger. Cette fleur était le commentaire du refus dont l’amoureux était mort. C’était «l’impossible, mille regrets» des demandes sympathiques qui excèdent la mesure.

 
 
 

8 Juillet.—Devant la beauté sans voile de la femme, M. Pierre Loys a chanté un cantique renouvelé de la volupté grecque. Hymne des pamoisons et des enlacements, chœur des fatalités charnelles, prière des lèvres d’elles à elles incendiées, en la symphonie littéraire qui a pour titre Aphrodite, il a donné aux Parisiennes le regret de n’aller ni assez amoureuses, ni assez nues.

Ces éphèbes sont sévères; ce sont des ingrats. Au vrai, son pastiche des anciennes est conçu d’après les modèles que la vie plaça à portée de ses sens. Ce qu’il sait de l’Aphrodite antique est ce qu’amoureuses et nues, apprirent à ses curiosités printanières les divers Chryséis que héla son baiser.

Aphrodite: c’est l’antiquité vue par le trou de serrure d’une chambre d’hôtel du quartier Latin.

10 Juillet.—La Parisienne adopte en marchant un nouveau geste. De la main gauche, elle saisit largement l’étoffe des jupes dont elle se ballonne. La marche accuse ce moulage callipyge dont on devine que la fermeté n’est pas exempte de douceur.

Henry Somm qui, par ses croquis au jour le jour, continue La Mésangère, remarque que le mouvement de coquetterie, chez la femme, s’est déplacé depuis cent ans. Le XVIIIe siècle était tout à la gorge qui était nue et s’offrait. La femme aujourd’hui n’est préoccupée que de sa croupe. La croupe est le centre de sa toilette, et par là même de ses préoccupations.

13 Juillet.—Sous la protection du comte Robert de Montesquiou, Douai a rendu un délicat hommage à une femme, Marceline Desbordes Valmore.

Ce fut une âme aimante qui souffrit. Elle souffrait de qui souffrait. Elle avait mal à la douleur d’autrui. Trop haute pour être d’un parti, elle fut avec les vaincus de tous les partis, et, insouciante de ses propres blessures, se pencha sur tous les blessés. En poésie, elle n’était pas parmi ces ciseleurs qui n’oublient, leur coupe ciselée, que d’y exprimer le sang des grappes. Mais en la sienne elle se plut à n’exprimer que le sang de ses veines.

Paris l’a connue et méconnue. Cette muse éplorée l’exaspérait. Quoi, toujours des sanglots, des demandes de secours et des appels à la pitié! L’importune qui troublait la noce! Toutefois, il a voulu que sa pierre s’ajoutât à l’édifice douaisien. Il ne l’a pas apporté d’une main pieuse, il l’a lancée avec sa ronde. Il s’est acharné à démontrer pour la circonstance que l’épouse du pauvre Valmore avait flirté avec M. de Latouche. Ce scandale fut la souscription de Paris. C’est bien parisien.

Coppée, Anatole France, Sarah Bernhardt ont racheté cette action laide en parlant, tour à tour, devant l’image qui représente la poétesse, «la tête inclinée à gauche, a dit Coppée, pour écouter son cœur».