WeRead Powered by ReaderPub
Les Touâreg du nord cover

Les Touâreg du nord

Chapter 101: CHAMPIGNONS.
Open in WeRead

About This Book

The narrative records an exploratory mission across the central Sahara among northern Tuareg and neighboring oases, combining geographical surveys, route reconnoissances, and ethnographic observations of languages, customs, and social organization. The author recounts travel itineraries between key desert towns, interactions with indigenous authorities and guides, and the practical difficulties of extended desert stays, while presenting maps, illustrations, and analyses of caravan routes and commerce. The account aims to inform future political and commercial relations and to serve as preparation for further exploration toward the southern regions.

Récolté, le 9 février 1860, dans la vallée de l’Ouâdi-Târât, seule station où je l’aie rencontré.

Allium Cepa L.

Boçla (arabe) ; Efelêli (temâhaq).

Cultivé dans les oasis.

L’oignon est non moins nécessaire dans la cuisine monotone des Sahariens que dans celle plus variée des Européens. Ici, il n’est qu’un auxiliaire dont on se passe facilement ; là, il est souvent l’unique élément de la digestion.

Allium sativum L.

Thoûm (arabe) ; Têskart (temâhaq).

Je n’ai pas pris le soin de constater si l’ail, vendu sur tous les marchés, était cultivé dans toutes les oasis ou provenait du Nord ; cependant je crois, sans en être certain, qu’il est le produit des cultures locales. Pour l’oasis de Ghadâmès, je puis l’affirmer.

Toute la matière médicale, à l’usage du chameau, comme application interne, se résume dans l’unique emploi de l’ail.

MÉLANTHACÉES.

Erythrostictus punctatus Schlecht.

Kaïkoût (arabe) ; Afahlêhlé-n-ehedan (temâhaq).

Récolté entre les dunes d’El-’Arefdji et Hassi-Ma’ammer, le 21 février, et dans la plaine d’Ihanâren, au pied des montagnes du Tasîli, le 1er avril 1851.

L’oignon de cette plante répand une odeur aromatique agréable. Les ânes fuient cette odeur, d’où son nom, poison des ânes, en temâhaq.

La fécule de cet oignon est quelquefois introduite dans le pain ou dans le couscoussou pour l’aromatiser.

JONCÉES.

Juncus maritimus Link.

Semâr (arabe) ; Talegguît (temâhaq).

Récolté, le 18 septembre 1860, près la source de Tagotta, et le 8 mai 1861, près de la source de Serdélès.

Commun autour des sources, mais rare comme elles.

TYPHACÉES.

Typha... ?

Berdi (arabe) ; Tahelé (temâhaq).

Reconnu en beaucoup de points, à peu près partout où il y a de l’eau permanente. Commun dans les montagnes, autour des lacs et des sources.

Les chaumières des serfs des Touâreg sont presque toutes couvertes avec la feuille de cette plante.

CYPÉRACÉES.

Cyperus conglomeratus Rottb.

Sa’ad, Se’ad (arabe).

Récolté, le 29 juillet 1860, dans les sables de l’’Erg, autour du puits de Mâleh-ben-’Aoûn, entre El-Ouâd et Berreçof ; reconnu sur d’autres points de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès et autour de Ghadâmès.

Cyperus rotundus L.

Azejmîr (mezabite).

Récolté à Ghardâya, dans les mares d’irrigation des dattiers (août 1859).

Cyperus lævigatus L.

Récolté autour de la source de Tagotta, le 18 septembre 1860.

Cyperus lævigatus L. var. distachyus. Cyperus junciformis Cav.

Merga, le plongeur (arabe).

Récolté dans les sources de l’Ouâd-Nafta, le 8 mars 1861.

Scirpus Holoschœnus L.

Sommîd (arabe) ; Iregga, Ilegga (temâhaq).

Récolté près de la source d’Ahêr, le 28 février, et près de celle de Serdélès, le 3 mai 1861.

Scirpus maritimus L.

Leoulîoua (arabe et temâhaq).

Récolté, le 1er janvier 1861, autour du Rhedîr de Sâghen. Reconnu en trois autres stations, entre Ghadâmès et Rhât.

GRAMINÉES.

Lygeum Spartum Lœfl.

Senrha, dans l’Ouest ; Halfâ, dans l’Est (arabe).

Récolté dans le Djebel-Nefoûsa et entre Chefî et Djâdo,le 1er novembre 1860.

Au Sud de l’Algérie, le senrha croît dans les mêmes régions que le halfâ (Stipa tenacissima), et, à première vue, quand les deux plantes n’ont pas atteint tout leur développement, on peut les confondre ; mais dès que l’épi se montre, les deux espèces apparaissent bien distinctes.

En Algérie, on préfère le halfâ au senrha pour les travaux de sparterie, parce que le chaume du premier est trois fois aussi long que celui du second. En Tunisie, le senhra est plus estimé, parce qu’on le croit plus solide.

Les chameliers, conducteurs des caravanes, qui font grand usage de cordes en sparterie pour l’arrimage de leurs chargements, ne règlent leur choix entre le halfâ et le senrha que par le prix de vente. La préférence est toujours acquise au meilleur marché.

Phalaris minor Retz.

Seboûs (arabe) ; Tanâla (temâhaq).

Trouvé et récolté en une station unique à Sâghen.

Panicum turgidum Forsk.

Boû-rekoûba (arabe) ; Afezô (temâhaq).

Échantillons récoltés sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn et à Ouarâret, le 1er avril 1851. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, et en six stations, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.

Plante commune dans tout le Sahara central, où elle concourt à la nourriture des chameaux. Ses graines sont récoltées par les Touâreg et mangées comme celle du drîn (Arthratherum pungens).

Setaria verticillata P.B.

Oulâffa (mezabite).

Récolté dans les jardins de Ghardâya (août 1859), autour des mares formées par les canaux d’irrigation.

Pennisetum dichotomum Delile.

Boû-roukeba (arabe) ; Tehaoua (temâhaq).

Récolté à Sâghen, le 2 janvier 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès, entre Ghadâmès et Rhât, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.

Plante fourragère, mais en général peu recherchée par les animaux.

Imperata cylindrica P.B.

Dîs (arabe) ; Bastô, Taïsest (temâhaq).

Récolté dans la plaine d’Ihanâren, le 1er avril 1861. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât ; en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, dans la montagne et sur le plateau de Tâdemâyt.

Comme le gueçob du Tell (Phragmites communis Trin.), celui du Sahara croît en touffes épaisses et couvre souvent de grands espaces. Ses feuilles droites, vertes, servent également à la nourriture des troupeaux.

Andropogon laniger Desf.

Lemmâd (arabe) ; Tiberrimt (temâhaq).

Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb, et le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.

Cette Graminée a une odeur aromatique prononcée.

Piptatherum miliaceum Coss. Agrostis miliacea L.

Récolté le 27 octobre 1860 dans les rochers de Djâdo.

Stipa tenacissima L.

Halfâ, en Algérie ; Gueddîm, Bechna, en Tripolitaine (arabe).

Récolté entre Zintân et Riâyna, le 27 septembre 1860, et dans les montagnes de Guettâr, le 23 mars 1861.

La solidité des fibres de cette plante textile, avec laquelle on fait tous les travaux de sparterie dans le Sud de l’Algérie, a l’inconvénient, comme plante fourragère, de ne pas se prêter facilement à la digestion. Son usage, chez les animaux, amène des constipations qui réclament l’emploi d’eaux laxatives. Ces eaux se trouvent heureusement être assez communes dans les parties du Sahara algérien où croît le halfâ. Aussi, tous les quatre ou cinq jours, les bergers de chameaux et ceux de moutons conduisent-ils leur troupeaux à ces sources pour combattre les effets constipants du halfâ.

La limite méridionale de cette plante, qui couvre de si grands espaces dans la région des steppes, me paraît être : au Sud de l’Algérie, au point de partage des eaux du bassin de l’Ouâd-Djédi et de celui de l’Ouâd-Miya ; au Sud de la Tunisie, la limite de l’’Erg ; au Sud de la Tripolitaine, un point mitoyen entre Chefî et Djâdo.

La connaissance de cette limite a son importance, car souvent les caravanes qui doivent la franchir sont forcées de changer de relais de chameaux. La loi de la circulation dans le Sahara, subordonnée à celle de la végétation, sera l’objet d’un examen particulier dans le deuxième volume de cette étude, spécialement consacré au commerce.

Aristida Adscensionis L.

Neçi-oueddân (arabe) ; Arhemmoûd-ouân-ihedân (temâhaq).

Récolté dans l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès et entre Ghadâmès et Rhât.

Arthratherum pungens P.B.

Drîn, en Algérie, Sebot en Tripolitaine (arabe) ; Toûlloult (temâhaq).

Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu dix-neuf fois entre El-Ouâd et Ghadâmès, quarante-trois fois entre Ghadâmès et Rhât, deux fois entre Tîterhsîn et la Cherguîya, en de nombreuses stations entre Golêa’a et Methlîli. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, ainsi qu’au Touât.

C’est incontestablement la plante la plus répandue et celle qui couvre le plus d’espace dans la partie du Sahara au Nord des montagnes des Touâreg, car dès qu’il y a un peu de terre végétale sur le sol, on est assuré de la voir paraître.

C’est incontestablement aussi la Graminée qui rend le plus de services aux Sahariens, car, si son chaume nourrit les troupeaux, son grain est souvent le seul aliment de l’homme.

Le grain de l’Arthratherum pungens se nomme loûl. Chez les Touâreg, comme dans tout le reste du Sahara, on le récolte, et après l’avoir réduit en farine, on le mange, soit en bouillie, soit en galette. Je me suis trouvé moi-même, faute d’autres provisions, dans la nécessité d’en faire usage, et je reconnais volontiers, la faim aidant, que ce n’est pas un aliment à dédaigner.

Le loûl se vend comme les autres céréales, mais son prix est toujours inférieur. Dans le Sahara algérien, trois mesures de loûl sont échangées contre une mesure d’orge.

Quand on se préoccupera d’améliorer les voies de communication dans le Sahara, en y creusant des puits et en créant autour de ces puits des pacages pour les caravanes, on fera bien certainement des semis de loûl, car on ne peut trouver une plante qui convienne mieux au climat du Sahara que l’Arthratherum pungens.

Arthratherum plumosum Nees var. floccosum.

Neçi (arabe) ; Arhemmoûd (temâhaq).

Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, dans les montagnes de la Sôda. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, en deux entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé en quelques stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.

Plante fourragère, basse, croissant en touffes, recherchée par les animaux.

Arthratherum obtusum Nees.

Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb.

Arthratherum brachyatherum Coss. et Balansa ?

Seffâr (arabe) ; Imateli (temâhaq).

J’ai reconnu cette plante en cinq stations, dans les dunes de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais je ne l’ai pas récoltée, de sorte que sa détermination exacte reste douteuse.

Cette Graminée est mangée par les animaux comme fourrage.

Agrostis verticillata Vill.

Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).

Polypogon Monspeliensis Desf.

Seboûl-el-fâr, Dheïl-el-fâr (arabe), syn. Coss. ; Tamatasast (temâhaq).

Récolté près de la source de Serdélès, le 4 mai 1861.

Polypogon maritimus Willd.

Seboûl-el-fâr (arabe).

Récolté, le 5 juin 1860, sous les dattiers de Sîdi-Khelîl.

Phragmites communis Trin.

Gueçob (arabe).

Récolté à Hassi-’Arefdji, le 20 février 1861, et dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1861.

Cynodon Dactylon Rich.

En-nedjem (arabe) ; Ajezmîr (mezabite) ; Aoukeraz (temâhaq).

Récolté à Ghardâya, autour des dattiers et des petites mares formées par les canaux d’irrigation. Commun autour des sources, dans les montagnes des Touâreg.

Cette plante toujours verte, parce qu’elle choisit toujours des endroits humides, est d’une grande ressource pour les troupeaux, quand tout le reste de la végétation est desséché par le soleil.

Plus d’une fois, les troupeaux de l’Algérie, comme ceux du Sahara, lui ont dû leur salut dans les mauvaises années.

On en fait des tisanes diurétiques.

Danthonia Forskalii Trin.

Aharay (temâhaq).

Récolté à Tîterhsîn le 5 mars 1861.

Hordeum murinum L.

Zer’a-el-boû-’Aoud (arabe) ; Imendi-n-boû-’Aoud (mezabite).

Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).

Hordeum vulgare L.

Ch’aïr (arabe) ; Tîmzin (temâhaq).

Cultivé dans toutes les oasis, alternativement avec le blé, de manière à ne pas épuiser les terres.

Hordeum vulgare var.

Ch’aïr-hamra (arabe) ; Tarîda (temâhaq).

Spécialement cultivé au Fezzân.

On donne la préférence à l’orge noire parce qu’elle craint moins l’action du soleil.

Triticum durum Desf. ?

Guemh (arabe) ; Tîmzîn (temâhaq).

Le blé est cultivé dans toutes les oasis, mais sa culture exige le concours des irrigations, ce qui en restreint nécessairement l’étendue.

La récolte se fait ordinairement au mois de mai.

En 1861, le cheïkh du Ahaggâr, El-Hâdj-Ahmed, a fait entreprendre des cultures assez importantes à Tâzeroûk, au Sud-Est d’Idélès. Elles paraissent y avoir parfaitement réussi, puisque le cheïkh, pour sa part de dîme, a reçu trente-deux charges de chameaux de grains.

Cet exemple a engagé le Cheïkh-’Othmân à acheter à Alger un chargement de pioches, en vue de donner plus d’extension à la culture, car chez les Touâreg les céréales sont cultivées à la pioche.

A Rhât, où l’espace cultivable est grand, on compte quelques attelages de zébus pour les labours ; mais les Touâreg n’ont aucune bête de travail qui puisse leur venir en aide, si ce n’est l’âne, qui est heureusement de première force. On rendrait un immense service à ces peuplades en introduisant parmi elles des charrues légères avec des colliers d’ânes, le tout confectionné de manière à ce que leurs ouvriers puissent en copier les modèles.

Penicillaria spicata Willd.

Bechna (arabe) ; Abôra (temâhaq).

Cultivé dans toutes les oasis, surtout par les nègres, qui affectionnent cette céréale.

Sorghum vulgare Pers. Holcus sorghum L.

Gafoûli (arabe) ; Gafoûli (temâhaq).

La graine de cette plante entre pour une part considérable dans l’alimentation de ceux des Sahariens assez éloignés pour ne pas recevoir le blé du Tell méditerranéen.

On la cultive dans les oasis, mais en quantité inférieure aux besoins. On tire généralement cette graine de l’Afrique centrale.

Les Touâreg distinguent trois variétés de sorgho : le gafoûli, l’abôra, le tâbsout.

Panicum miliaceum L.

Gueçob-el-abiodh, Gueçob-hamra (arabe) ; Enelî (temâhaq).

Le millet blanc et le millet noir sont également cultivés dans les oasis, mais la plus grande partie de celles de ces graines que consomme le Sahara vient du Soûdân.

Dans les oasis, on sème le gueçob en août et on le récolte en octobre et novembre.

Lolium Italicum A. Br. ?

Khortân (arabe).

Pendant mon séjour à Rhât, ma jument a été nourrie avec le chaume vert d’une Graminée cultivée dans l’oasis et que j’assimile, à raison de l’identité du nom indigène, au Lolium Italicum récolté aussi dans le Soûf.

BALANOPHORÉES.

Cynomorium coccineum L.

Tertoûth (arabe) ; Aoukal (temâhaq).

Reconnu, mais non récolté, en trois stations, entre Ghadâmès et Rhât.

La fécule fournie par la racine de cette plante est souvent mêlée aux aliments pour en relever le goût.

Chez les Touâreg, quand le tertoûth se dessèche et devient noir, signe de maturité, on le réduit en farine et on en fait une galette au beurre. Ce mets est considéré comme un spécifique contre les engorgements de la rate.

FOUGÈRES.

Adiantum Capillus-Veneris L.

Rafraf (arabe).

Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân le 28 octobre 1860. Croît sur les racines des dattiers et sur les pierres qui bordent les rigoles des canaux d’irrigation.

Les médecins arabes emploient les feuilles de cette plante en fumigations.

CHARACÉES.

Chara gymnophylla A. Br.

Récolté le 4 février à ’Aïn-ed-Dowwîra, et le 7 novembre 1860 à Tânout-Tirekîn.

Cette petite plante affectionne le voisinage des sources.

CHAMPIGNONS.

Cheiromyces leonis L.R. Tul. Tuber niveum Desf.

Terfâs (arabe) ; Tirfâsen (temâhaq).

Commun après les pluies dans tous les terrains sablonneux du Sahara, surtout dans les environs de Ghadâmès.

Ben-’Abd-en-Noûri-el-Hamîri-et-Toûnsi, auteur d’un traité de géographie saharienne, prétend qu’autour de Ghadâmès les terfâs deviennent assez grosses pour que des gerboises et des lièvres puissent y aller faire leurs nids.

Pline indique comme originaire de la Cyrénaïque une truffe blanche, probablement le terfâs, d’un goût et d’un parfum exquis, qui était très-renommée dans l’antiquité sous le nom indigène de misy.

J’avoue n’avoir jamais trouvé dans le Sahara des terfâs ni aussi grosses que celles de Ben-’Abd-en-Noûri, ni aussi parfumées que celles de Pline. Celles que j’ai mangées avaient un goût intermédiaire entre la truffe et le champignon, goût agréable, sans doute, mais perdant beaucoup de sa valeur par le sable qui pénètre dans la chair du tubercule et qui craque désagréablement sous la dent.

Quoi qu’il en soit, des tribus entières font une grande consommation de ce champignon, dès qu’il devient abondant.

ALGUES.

Danga (arabe fezzanien).

Parmi les produits rencontrés dans mon voyage, je ne dois pas oublier une plante Cryptogame qui croît dans les lacs producteurs de vers comestibles du Fezzân et que les indigènes appellent danga.

On récolte ce fucus, soit seul, soit en mélange avec les vers. Quand ces derniers sont nombreux, le danga est rare, et vice versâ. Les riverains disent que les vers en font leur pâture. A l’époque de ma visite aux lacs, la plupart de ces insectes étant formés en chrysalides, le danga était plus abondant.

Le danga, pêché avec les vers, entre dans la conserve alimentaire préparée avec ces larves. Quand il est récolté seul, on en fait des petits pains qui, desséchés, ont la couleur brune de l’aloès, une cassure vitreuse, et sont employés comme condiment. (Voir page 244.)

PLANTES INDÉTERMINÉES.

Aucun échantillon des plantes suivantes n’a été rapporté : par conséquent, la détermination scientifique de ces espèces n’a pu être faite.

PLANTES DE HAMADA.

Goçeyba (arabe) ; Tikamayt (temâhaq).

Entre El-Ouâd et Ghadâmès ; indiquée aussi dans le Ahaggâr.

Cette plante fourragère est incontestablement une Graminée.

Beresmoun (arabe).

Entre Ghadâmès et Rhât.

Probablement un Hypericum. Beresmoun est, en effet, le nom que les indigènes du Tell donnent au Millepertuis officinal.

’Aggâya (arabe) ; Tabelkost (temâhaq).

Trouvé dans le Fezzân. Indiqué aussi dans le Ahaggâr et au Touât.

Techt-edh-dheba’ (arabe).

L’échantillon de mon herbier, après trois années de voyage, est arrivé dans un état qui n’a pas permis de le déterminer. Heureusement, c’est le seul.

Khorîdh (arabe).

Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.

Sedna (arabe).

Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.

Gueçob (arabe) ; Tisendjelt (temâhaq).

Roseau à canne trouvé autour des sources.

Commun au Fezzân, au Soûdân et dans les montagnes des Touâreg.

Probablement le Phragmites communis Trin. ou une espèce voisine.

Gueçob (arabe) ; Alemès (temâhaq).

Trouvé comme le précédent autour des sources.

Plus grand et plus fort que le tisenguelt, probablement l’Arundo donax.

Ces deux roseaux me sont indiqués comme existant sur plusieurs points du territoire des Touâreg.

Comme dans le Tell, ils servent à dresser les murailles et les toitures des cabanes. Les serfs en font des manches de ligne ; les nègres et les bergers, des chalumeaux.

La tabatière à priser des Touâreg consiste en un tube de ces roseaux, plus ou moins couvert de dessins ou d’inscriptions en langue temâhaq.

Fers (arabe et temâhaq).

Reconnu en plusieurs points de ma route.

Assimilé à une Anabasis.

Nota : Les neuf plantes indéterminées qui précèdent ont été reconnues par moi, et leurs stations sont indiquées dans mon journal de voyage ; celles qui suivent me sont connues seulement par les renseignements des indigènes.

PLANTES DE MONTAGNES.

Taroût (temâhaq).

Thuya articulé ? Thuya articulata Desf. ?

Forêt sur le versant Sud du Tasîli, entre Rhât et Djânet.

Échantillon de planche rapporté.

La forêt qui produit cette essence paraît considérable, car tous les bois employés dans les constructions de Rhât et de Djânet en proviennent.

Les dimensions des planches, la couleur, la finesse et la solidité du bois, rappellent celles du thuya.

Le nom de taroût, forme berbérisée du mot ’ar’ar, employé dans le Tell pour désigner le Thuya articulata, m’engage à identifier, provisoirement, le taroût des Touâreg avec l’’ar’ar des Arabes.

Cet arbre fournit une résine, du nom de tighanghert, qui est employée pour rendre sonores les cordes des rebâza ou violons du pays.

On en extrait du goudron.

Ces deux faits viennent à l’appui de l’identification du taroût avec le Thuya articulata.

D’après les indigènes, quelques sujets atteignent 24 coudées de circonférence.

Cet arbre commence à se montrer à Tarharha, dans le haut de l’Ouâdi-Tarât, et à Eriey, dans le haut de l’Ouâdi de Rhât.

Yâbnoûs (temâhaq).

Grand arbre, probablement l’ébénier, auquel on assigne comme station plusieurs points du mont Ahaggâr.

Jusqu’à ce jour, le bois d’ébène n’avait été fourni au commerce que par des plaqueminiers originaires de l’Inde et de l’Amérique du Sud. D’après M. le docteur Barth, l’ébénier aurait été rencontré par lui sur son parcours de Kanô à Timbouktou, dans le bassin du Niger, mais il n’indique pas le nom botanique de l’espèce.

Le Cheïkh Mohammed-et-Toûnsi, dans son Voyage au Darfour, dit que les Fôriens reçoivent l’ébène du Dâr-Fertît.

« Ce qu’on appelle l’ébène, dit-il, est le bois d’un arbre de grandeur moyenne, dont l’écorce est d’un vert foncé. Lorsqu’on l’enlève, on met à découvert un bois noirâtre qui, par la dessiccation, acquiert une nuance plus franche et plus noire. La plus belle ébène, ajoute-t-il, est celle qu’on retire des racines. »

Mohammed-et-Toûnsi, si scrupuleux pour indiquer le nom indigène de toutes les plantes signalées par lui, ne donne pas celui de l’ébénier, ou plutôt le traducteur n’aura pas jugé nécessaire de mettre yabnoûs à côté du mot ébénier, ces deux noms étant les mêmes.

La synonymie du nom, la découverte de l’ébénier plus au Sud, la coloration en noir du bois, sa dureté et sa finesse, l’emploi qui en est fait, permettent de penser que le yabnoûs du mont Oudân (prolongement Nord du Ahaggâr) est l’ébénier.

Le bois de cet arbre est principalement employé pour faire des hampes de lance et des manches de poignards.

Le yabnoûs n’existerait pas seulement dans le Ahaggâr ; on le trouverait encore sur le Tasîli, mais toujours isolé et jamais en massifs.

Aleo (temâhaq).

Grand arbre, dit-on, en tout semblable à l’olivier, à l’exception que son fruit n’est pas une olive. Il se montre par petits groupes dans quelques stations du Ahaggâr.

Je suis d’autant plus disposé à identifier l’aleo au Phylliræa, que, d’après le rapport de Valentin Ferdinand, le phylliræa existerait dans une île au Sud de celle d’Arguin sur la côte de l’Océan.

Rien d’étonnant, d’ailleurs, de trouver cet arbre là où vivent le thuya et le laurier rose. L’altitude explique la présence de ces arbres dans ces stations méridionales.

Nerion oleander L.

Defla (arabe) ; Elel (temâhaq).

En quelques points, sur les rives des ouâdi.

Le delfa est trop facile à reconnaître pour que des Touâreg, ayant beaucoup voyagé, puissent se tromper en assimilant l’elel de leur pays au Nerion si caractéristique des berges des ouâdi du Tell.

El-iatîm (arabe) ; Adjâr (temâhaq).

Grand arbre, sans épines, unisexuel, à fruits petits qui n’appellent pas l’attention. L’arbre mâle se dit adjâr ; l’arbre femelle se dit tâdjart ; ce dernier est toujours moins développé que le mâle.

Les Touâreg recommandent de ne pas le confondre avec l’agâr du Tasîli dont j’ai récolté un échantillon et qui a été reconnu être le Mærua rigida.

Les deux noms s’écrivent d’ailleurs avec une orthographe différente.

Cet arbre est commun dans le Ahaggâr ; il se montre quelquefois sur les points les plus élevés du Tasîli.

On l’exploite comme l’ébénier pour la monture des armes. Son bois est couleur marron, fin, léger et souple.

Isarhêr (temâhaq).

L’isarhêr, disent les Touâreg, appartient à la même famille que le tamât et le talha (Acacia Arabica), mais il ne peut pas être confondu avec cette espèce, parce que, vivant ensemble sur les flancs du Ahaggâr, leurs caractères distinctifs sont trop faciles à constater.

Les Arabes donnent à l’isarhêr le nom de talha.

Kînba (temâhaq).

D’après les Touâreg, le kînba est une variété d’acacia (talha) qui croît plutôt en gaulis qu’en arbre, très-commun dans le pays d’Aïr, mais qu’on trouve aussi dans le Tasîli et le Ahaggâr et dont les gaules sont employées, concurremment avec les branches du Mærua rigida, à faire les hampes des javelots et des lances.

El-bergou (arabe) ; Ekaywod (temâhaq).

Roseau, le même que celui du Niger, produisant une sorte de miel. Il croît autour des sources et des mares.

Amateltel (temâhaq).

Plante grasse grimpante.

Kermâyet-edh-dhîb (arabe) ; Tâhert-n-abeggui (temâhaq).

Plante à fruits en forme de grappe de raisin.

Les Arabes de l’Algérie donnent le nom de kermâyet-edh-dhîb (petites figues de chakal) au Solanum nigrum.

Myrtus communis.

Rehân (arabe).

D’après les Touâreg, le myrte existe en assez grande quantité sur le plateau de Tâderart dans l’Akâkoûs.

Gaota (fezzanien).

A Trâghen, les indigènes cultivent sous le nom de gaota un fruit légumineux, de la grosseur d’une tomate. On le mange cru. J’en ai goûté. Il est sucré et légèrement amer. On le dit très-digestif.

Wortemès (temâhaq).

Broussaille, peu commune dans les montagnes des Touâreg, mais abondante au Touât où elle porte le nom de chaliât.

Aharadj (temâhaq).

Plante herbacée, grimpante, venant mêler ses feuilles jaunes à la verdure foncée des bois de tamarix, d’où lui est venu son nom arabe d’es-soffâr-el-ahrech, le jaunissant les arbres verts. Probablement une clématite.

Adal (temâhaq) ; El-khozz (arabe).

Mousse aquatique.

Tânedfert (temâhaq) ; El-’attâsa (arabe).

Commune. Pas de renseignements.

Farsîga (arabe et temâhaq).

Commune dans les montagnes du Ahaggâr et au Touât.

Akerfal (temâhaq) ; El-iadhîdh (arabe).

Quelques stations.

PLANTES DE PLAINES.

Tassak (temâhaq) ; Askâf (arabe).

Commune. S’élève quelquefois dans la montagne.

Afessôr (temâhaq) ; Et-tolîha (arabe).

Commune.

Tameddoûnet (temâhaq) ; Oumm-es-sîma (arabe).

Commune.

Tahenna (temâhaq) ; Et-tehenna (arabe).

Herbe toujours verte. Commune.

Afarfar (temâhaq) ; El-Foûla (arabe).

Légumineuse.

Rhassâl (arabe).

Commune sur le plateau de Tâdemâyt.

CONCLUSION.

Je le répète, si, dans cet inventaire, figure le plus grand nombre des plantes qui composent la végétation persistante du pays, celle sur laquelle comptent ses habitants pour la nourriture de leurs troupeaux, il est hors de doute que la végétation annuelle, celle qui naît, vit et meurt dans une courte saison, n’y est représentée que pour une très-minime partie. Mon exploration directe ou indirecte ne comprend d’ailleurs que le versant méditerranéen des montagnes des Touâreg ; quand on pourra explorer le versant nigritien de ces montagnes, quand surtout on pourra pénétrer dans le massif du Ahaggâr, plus élevé que le Tasîli, plus riche en eau, mieux boisé, il est probable que la flore du plateau central comprendra presque autant de plantes que celle du Sahara algérien aujourd’hui parfaitement connue par les voyages botaniques de M. le docteur Cosson et de ses collaborateurs.

Plus on avance dans l’étude de la région désertique, et plus le désert, tel que notre imagination l’avait créé, disparaît pour faire place à une région exceptionnelle, sans doute, mais plus aride par le fait de l’homme que par l’abandon du Créateur.

Tous les voyageurs chargés d’explorer le Sahara ont constaté que la morte-saison des végétaux correspondait aux mois des plus grandes chaleurs, et qu’après chaque pluie le sol se couvrait presque instantanément de plantes qu’on n’aurait pas soupçonnées s’y trouver en germe. Mon témoignage doit confirmer le leur. J’ai eu l’occasion de me trouver chez les Touâreg au moment où, après neuf années de sécheresse absolue, des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, et j’ai vu se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. On donne à cette production spontanée le nom d’’acheb ou celui de rebîàa, printemps.

Mon exploration confirme aussi une loi bien connue de la géographie botanique : celle qui subordonne les stations des plantes bien plus à l’altitude des lieux qu’à leur latitude. Ainsi, alors que dans les vallées au Nord du Tasîli je trouvais des représentants de la flore intertropicale, au sommet de la montagne, au Sud, les plantes des environs de Montpellier n’étaient pas rares.

Le lecteur comprendra pourquoi j’ai donné autant de développement à cette étude :

Le pays, objet de mon exploration, est réputé un désert sans végétation ; j’ai tenu à constater que la Providence avait, même pour les lieux les plus arides, des ressources spéciales.

Les botanistes qui avaient exploré le Sahara algérien avaient prévu, par la comparaison de leurs herbiers avec ceux du Sénégal, de la haute Égypte et de l’Arabie, qu’à partir de la zone reconnue par eux jusqu’à la limite des pluies tropicales, la végétation saharienne ne pouvait pas se modifier sensiblement ; j’avais à démontrer cette vérité.

Enfin la marche des caravanes est souvent subordonnée aux lois naturelles du développement des plantes qui alimentent les chameaux ; j’avais à mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’appréciation des causes qui règlent les départs et obligent à avoir des relais d’animaux.

J’ose espérer que ces motifs feront excuser l’aridité d’une nomenclature très-étendue.


CHAPITRE III.

ANIMAUX.

La faune du pays des Touâreg est en rapport avec sa flore. En général, les animaux y sont relativement plus rares que dans les parties du Sahara rapprochées du littoral. Cette remarque s’applique aussi bien aux animaux domestiques qu’aux animaux sauvages.

§ Ier. — Animaux domestiques.

Les animaux domestiques que possèdent les Touâreg sont :

Le chameau, Amadjoûr[90] ;
Le cheval, Aïs ;
Le zébu, Esoû ;
L’âne, Eyhad ;
Le mouton, Akerêr ;
La chèvre, Tîrhsi, plur. Oûlli ;
Le chien, Eydi.

On trouve, dans les villes seulement :

Le chat, Akârouch ;
Le pigeon, Tidebîrt, plur. Idebîren ;
Le coq, Ikahi ; la poule, Tîkahit.

Inutile de dire que le porc est exclu pour des motifs religieux.

Les Touâreg n’ont aucun oiseau domestique, par la raison qu’ils n’en mangent pas.

Chameau.

La vie des Touâreg, plus encore que celle des autres Sahariens, est intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est non-seulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane, l’express qui fait disparaître l’espace, ce grand ennemi de l’habitant du désert, mais encore il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.

Son lait est presque l’unique aliment de la famille dans la saison des pâturages ;

Sa viande est le nec plus ultra de l’hospitalité offerte à l’hôte de distinction ;

Son cuir, l’un des meilleurs qui existe, donne le tissu de la tente, la matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart des ustensiles de ménage ;

Son poil fournit la matière textile des cordes d’arrimage des convois ;

Sa fiente, récoltée, sert, ici, d’engrais fécondant pour les palmiers ; là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec lequel on fait cuire les aliments ;

Enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit qu’elle annonce le voisinage pacifique d’un troupeau au pacage, soit qu’elle signale le passage d’individus, isolés ou en caravanes, chargés ou non, amis ou ennemis ; car la largeur du pied, la longueur des ongles, la nature des déjections, révèlent à l’homme expérimenté tout ce qu’il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la même route ou la traversent.

La nécessité de pourvoir à la nourriture d’un animal si utile, on le comprendra sans peine, a obligé les Touâreg à adopter la vie nomade pour aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l’eau, là les pacages que le chameau réclame.

On distingue le chameau de selle du chameau de bât, qui diffèrent l’un de l’autre comme le cheval de course du cheval de trait :

Le chameau de bât (taouti, plus communément âmis, fém. tâlamt, plur. imenâs, hongre, indân) constitue la base des troupeaux, l’élément des transports par caravanes ;

Le dromadaire de selle (arhelâm, fém. tarhelâmt, hongre aredjdjân) est un animal presque de luxe, que les riches seuls possèdent.

A son défaut, les pauvres montent souvent dans leurs courses des chameaux de bât dressés pour la marche accélérée auxquels on donne le nom spécial de imenâs-wân-terîk.

La chamelle laitière, tasaghârt, providence des ménages, et l’étalon, amâli, objet de soins particuliers, représentent encore des individualités distinctes, ainsi que le chameau ayant la moitié de la tête blanche et l’autre moitié noire, azerghâf, considéré avec raison comme appartenant à une race en dégénérescence.

Tandis que, pour les différents âges de l’homme, on ne connaît que l’enfance, la virilité, l’âge mur et la vieillesse, pour le chameau et la chamelle, il y a une série de périodes qui n’en finissent pas.

Voici, par sexes, cette nomenclature :

Mâle. Femelle.
A la naissance Aoura, Taouraït.
Avant un an Asâka, Tesâkaït.
A un an Aledjôd (âledjôd), Tâledjot.
A deux ans Aleggès (âleggès), Tâleggest.
A trois ans Akkanafoûd, Takkanafoûd.
A quatre ans Arhâir, Tarhâirt.
A cinq ans Egg-essîn, Ouelt-essîn.
A six ans Egg-ekkôz, Ouelt-ekkôz.
A sept ans Ameçadîs (âmeçadîs), Tâmeçadîst.
A huit ans Ouân-tahelât, Tahelât.

Ces distinctions ont leur importance pour la détermination des charges à mettre sur le dos des animaux. Des proverbes qui, dans le Sahara comme ailleurs, formulent les préceptes de l’expérience, règlent les questions de poids à porter suivant l’âge des animaux.

Mon intention n’est pas de faire ici une monographie du chameau, quoique l’importance du rôle de cet animal dans la vie saharienne exigerait quelques développements ; je me bornerai à dire que le chameau des Touâreg, de selle ou de bât, comparé à celui du Nord, a généralement les formes délicates, le poil ras, la robe d’un ton clair, se rapprochant de la couleur des sables ou des plaines jaunâtres au milieu desquels il vit.

Sa sobriété aussi est plus grande, il endure mieux la faim et la soif ; cependant sept journées sont la plus grande limite d’abstinence qu’il puisse supporter en été, lorsqu’il est en marche et chargé. En hiver, quand les herbes sont aqueuses, il peut rester au pâturage un et deux mois, même plus, sans avoir besoin d’être abreuvé.

Par les immenses quantités de chameaux que possèdent les tribus du Sahara algérien, on serait tenté de croire que ces animaux doivent être plus nombreux encore chez les Touâreg ; il n’en est pas ainsi. Le plus riche propriétaire de chameaux, dans tout le pays d’Azdjer, n’en a qu’une soixantaine environ. Il y a lieu d’ajouter que la sécheresse et le manque de pâturages, dans les neuf dernières années, y ont beaucoup diminué la richesse cameline.

Le chameau, chez les Touâreg, est abattu comme bête de boucherie, et sa viande, avec celle du mouton et de la chèvre, est à peu près la seule qu’ils mangent, soit fraîche, soit salée, soit séchée. J’ai dû m’en nourrir souvent dans mon voyage et je lui ai reconnu de bonnes qualités.

Quoique le lait des chamelles soit la principale nourriture des familles pendant la saison des pâturages, il est toujours rare dans les tribus, parce que les bonnes laitières, sans pacages suffisants, sont difficiles à trouver dans l’espèce cameline comme dans toutes les autres races d’animaux : aussi les Touâreg croyaient-ils me faire un grand cadeau en m’envoyant un litre de lait.

Cheval.

Le cheval est aujourd’hui très-rare chez les Touâreg, la période de sécheresse que le pays vient de traverser en ayant réduit beaucoup le nombre. Jadis quelques chefs avaient des juments poulinières et faisaient des élèves, maintenant ceux qui veulent avoir des chevaux les tirent du Touât où l’espèce chevaline paraît être belle.

En temâhaq, le cheval se dit aïs, la jument tâbedjoût, tâbedjooût, le poulain ahoûdj, la pouliche tahôk.

Quoique les chevaux soient rares dans le Sahara, et quoiqu’il soit très-difficile de les y nourrir et de les y abreuver, j’ai acquis, par expérience personnelle, la preuve qu’un voyageur, avec des provisions d’eau et d’orge suffisantes, n’est pas obligé d’adopter exclusivement la monture incommode du chameau, même dans les régions sablonneuses.

Si je dois en croire le marabout Sîdi-el-Bakkây et le Cheïkh-’Othmân, deux autorités indiscutables dans les questions sahariennes, les Arabes nomades des rives de l’Océan viennent avec des chevaux, jusque sur la route d’In-Sâlah à Timbouktou, pour y piller les caravanes. Des chameaux, chargés d’eau et de suif, accompagnent ces expéditions. On nourrit d’abord les chevaux avec le suif, et dès qu’un chameau est déchargé, on le tue, et sa viande est employée à nourrir hommes et chevaux. Ainsi approvisionnés, ces pillards peuvent attendre, pendant des mois entiers, dans les solitudes les plus arides.

Des expéditions de cavalerie ont été entreprises par les sultans de Mourzouk contre le Kânem, dans l’Afrique centrale, et elles ont surmonté les difficultés de la nourriture des chevaux.

Le cheval s’habitue très-bien à ne boire que tous les deux jours.

Zébu.

Le zébu ou bœuf à bosse, très-commun dans le Soûdân, est représenté, chez les Touâreg, par quelques individus dont les habitants de Rhât font usage pour leurs labours.

On lui donne, dans le pays, le nom d’esoû, pl. tisita. La vache s’appelle têsout, le veau tahârhôlt, le veau qui tette alôki.

Cet animal doux, intelligent, sobre, facile à manier, sert maintenant comme bête de somme ; autrefois on l’employait comme bête de trait.

Avant l’importation du chameau dans le Sahara, à une époque incertaine, mais qu’on peut fixer approximativement du IIIe au IVe siècle de notre ère, tous les transports entre le Nord et le centre de l’Afrique étaient faits par des zébus, non pas à dos, ainsi que cela se pratique aujourd’hui encore dans la zone des pluies tropicales et à l’exclusion du chameau, qui n’est même plus connu au delà du Niger, mais au moyen de chariots que les zébus traînaient.

Sur la route que suivaient les Garamantes, de Djerma au pays d’Aïr, route encore parfaitement tracée, comme sont les anciennes voies romaines, on trouve, à la station d’Anaï[91], de grandes sculptures sur le rocher, qui représentent très-distinctement des chariots avec roues, traînés par des bœufs à bosse.

Je n’ai pas pu visiter cette contrée, mais d’après les renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis douter de la signification de ces sculptures.

En traversant la vallée de Telizzarhên, sur la route directe de Mourzouk à Rhât, M. le docteur Barth a trouvé plusieurs sculptures analogues à celles d’Anaï, dans lesquelles le bœuf à bosse joue le principal rôle. Il est à remarquer qu’aucune des sculptures de l’époque garamantique trouvées jusqu’à ce jour ne rappelle le chameau, et que cet animal n’apparaît, à l’exclusion du bœuf, que dans les épigraphies grossières des Touâreg modernes.

L’emploi exclusif du bœuf pour les transports, dans les temps anciens, implique une richesse en eaux et en pâturages beaucoup plus grande que celle de l’époque actuelle. J’aurai l’occasion de faire remarquer, dans le cours de ce chapitre, qu’il a dû en être ainsi.

Ane.

En temâhaq, l’âne s’appelle eyhad, l’ânesse têihêt, l’ânon amâïnou.

Après le chameau, l’âne est l’animal domestique qui rend le plus de services aux Touâreg, surtout aux serfs, dont le plus grand nombre est réduit à cette unique bête de somme.

Les ânes du pays des Touâreg sont remarquables par leur taille élevée et leur sobriété, presque égale à celle du chameau. Ils ont le pelage gris cendré sur le dos, blanc sous le ventre, avec une croix très-marquée, d’un beau noir, sur les épaules.

L’âne existant encore à l’état sauvage, dans quelques contrées du pays, il en est beaucoup, parmi ceux domestiqués aujourd’hui, qui ont été arrachés à la liberté depuis peu de temps : aussi sont-ils généralement peu dociles et se ressentent-ils de l’état sauvage dans lequel ils ont vécu.

Mouton.

Les seuls troupeaux de bétail de rente, chez les Touâreg, se composent de chèvres et de moutons à poils comme ceux du Soûdân.

Le mouton, en général, s’appelle akerêr en langue temâhaq. Les Touâreg distinguent le mouton à laine des Arabes du Nord du mouton à poil de leur pays, en donnant au premier le nom d’akerêr-âjelbi ou ouân-tedoûft, et au second celui de akerêr-Emmôhagh ou mouton des Imôhagh.

Cette variété de la race ovine se distingue surtout de ses congénères par la hauteur de ses membres : c’est pourquoi les zoologistes lui ont donné le nom d’Ovis longipes, ou mouton à longues jambes.

A la taille il joint un développement considérable de toutes les parties de son corps.

La tête est allongée, le nez arqué, les oreilles pendantes, la queue longue et fine.

Sa toison, blanche et noire ou de couleur fauve, à poil long et rude, ne rappelle nullement celle des moutons à laine.

Le mâle seul a des cornes, et il en a souvent quatre.

La brebis se dit tâheli, l’agneau âbedjoûdj, le petit qui vient de naître, âkarouât, le mouton bistourné, adjoûr.

Ce mouton supporte la marche du cheval, sans doute par suite de l’habitude qu’il a contractée de parcourir de grands espaces pour trouver sa nourriture.

Les Touâreg n’élèvent le mouton que pour sa viande et son cuir ; sous ce double rapport, l’animal ne laisse rien à désirer, car il donne autant de viande et un cuir aussi grand que deux moutons de l’Algérie. J’ai trouvé sa viande bonne : il est vrai que je n’ai pu la juger comparativement.

Chèvres.

Les Touâreg distinguent deux espèces de chèvres : celle à poils ras, tîrhsi, pl. oûlli, et celle à longs poils, tâjelbît. Ils nomment le bouc ahôlagh, le chevreau aboûledj, le petit erheïd ou tirheïdet, suivant son sexe.

Les troupeaux de chèvres sont beaucoup plus nombreux que ceux de moutons, parce que leur aptitude à aller dans tous les terrains et à vivre de broussailles leur permet de trouver plus facilement leur nourriture.

Les chèvres du pays des Touâreg n’ont rien qui les différencie sérieusement de celles de l’espèce commune du Nord de l’Afrique ; elles sont d’une grande ressource pour les serfs auxquels elles donnent viande, lait, poil et cuir, qu’ils utilisent.

Chiens.

Les Touâreg possèdent trois sortes de chiens : le lévrier, ôska, le chien arabe, à long poil, âbar-hoûh, très-rare, et un bâtard de ces deux espèces, à poil ras, qui porte le nom commun de l’espèce, eydi teydît, suivant les sexes. Ce dernier, de beaucoup le plus nombreux, sert à la fois de chien de garde et de chien de chasse.

Quand j’aurai ajouté à cette liste le chat ordinaire, quelques poules et des pigeons, mais seulement dans les villes, j’aurai énuméré tous les animaux domestiques qui se trouvent dans le pays.

Sans aucun doute le nombre des espèces, et, dans chaque espèce, le nombre des individus, pourraient être plus considérables malgré l’aridité générale du sol ; mais le servage est un obstacle presque insurmontable à l’accroissement des animaux domestiques. Le serf n’a aucun intérêt à accroître les troupeaux de son seigneur ; car leur augmentation doublerait son travail de garde. Quant à ceux qui lui appartiennent en propre, il aurait un bénéfice réel à les multiplier, si le seigneur n’était là, prélevant une sorte de dîme et quelquefois plus que la dîme, puisqu’il peut prendre tout ce que possède et produit l’homme attaché à la glèbe.

§ II. — Animaux sauvages.

Si la nomenclature des animaux domestiques laisse à désirer, celle des bêtes fauves, quoique plus riche, dénonce également un pays pauvre.

Mammifères.

Parmi les mammifères on compte :

La chauve-souris, watwat, thîr-el-lîl (ar.) ;

La hyène, irkenî, bêtfen (tem.), dhebaá (ar.) ;

Un carnivore ? tahoûri (tem.) ;

Le chacal, âbaggui (tem.), dhîb (ar.) ;

Le loup ? adjoûlé (le mâle en temâhaq) ;

 Id.  tarhsît (la femelle), pl. tirhés ;

Le fennec (Fennecus Brucei), akhôr-hi, akôzhekkal, khônchekki, arhôleh (tem.), el-fenek (ar.) ;

Le renard, abârrân (tem.), thaáleb (ar.) ;

Le guépard (Felis jubata) amayâs (tem.), fehed (ar.) ;

Le chat sauvage (Felis catus) târhda (tem.) ;

 Id.  bârheda (tem.) ;

 Id.  el-gatt (tem.) ;

Le rat rayé (Mus barbarus) akoûnder (tem.), djird (ar.) ;

Le rat ordinaire, akôteh (tem.), fâr (ar.) ;

Le Ctenodactyle de Masson, têlout (tem.), goundi (ar.) ;

La gerboise, idhaoui (tem.), djerbouá (ar.) ;

Le lièvre isabelin, tîmerouelt (tem.), arneb (ar.) ;

L’onagre, ahoûlil ( tem.) ;

Le hérisson, tikanêsit (tem.), ganfoûd (ar.) ;

L’antilope addax, amellâl (m.), tamellâlt (fém. tem.), el-meha(ar.) ;

L’antilope mohor, êner (tem.), el-mohor (ar.) ;

L’Alcelaphe bubale (ant. orix) tiderît (tem.), beguer-el-ouahch (ar.) ;

Le mouflon à manchettes, oûdad (tem.), laroui (ar.) ;

La gazelle commune, akankôd, pl. ihinkâd (tem.), ghozâl (ar.) ;

La gazelle des dunes, tedemît (tem.), er-rîm (ar.) ;

Un petit mammifère ? akaokao (tem.) ;

Un rat des champs (au Fezzân), koroumbâko.

Le lion âhar ; la panthère, anâba, dâmesâ ; le sanglier, azhîbara (appelé adaouiydaouay dans l’Aïr et aganguera dans le Ahaggâr) ; l’éléphant, êlou, le buffle, tahâlmous, ainsi que le rhinocéros et l’hippopotame, quoique connus des Touâreg du Nord, dans leurs voyages au Nord et au Sud, ne sont pas des animaux propres à leur pays, trop pauvre en eaux, en végétaux ou en gibier, pour qu’ils viennent s’y aventurer.

Quelquefois les Touâreg rapportent du Soûdân, soit comme articles de commerce, soit comme objets de curiosité, des singes, adâguel (tem.), guerd (ar.), connus sous le nom de Guenon patas (Cercopithecus ruber) ; j’en ai acheté deux qui sont au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Oiseaux (îguedâd).

Parmi les oiseaux figurent :

Un aigle noir et blanc, îhadar (tem.) ;

Un aigle à tête blanche, azhîzh (tem.) ;

Le néophron, tarhâldji (tem.) ;

Le gypaète, tamîdda ( tem.) ;

Le faucon, imestarh (tem.) ;

La chouette, taouîk (tem.) ;

Le hibou, bôinhên (tem.) ;

Le corbeau, arhâlidj, arhâla (tem.) ;

Le moineau des arbres, çiden-n-izelán (tem.) ;

Un motteux, belrhô (tem.), boû-bechîr (ar.) ;

Une bergeronnette, meçîçi (ar.) ;

L’hirondelle, amêstarh (tem.), khotteïfa (ar.) ;

Le pigeon ramier, tîdebîrt (tem.) ;

Le flamant, adjâïs (tem.) ;

Le Pteroclurus alchata, erak (tem.) ;

Le ganga, tîkedouin (tem.), gatâ (ar.) ;

La bécassine, tenêq (tem.) ;

Le canard sauvage, tenêq-en-âman (tem.) ;

La demoiselle de Numidie, arhellendjoûm (tem.) ;

L’autruche, ânhil (m.), tânhîlt (fém.), plur. tînhâl (tem.).

Tels sont, sauf quelques omissions, les seuls oiseaux que nourrit et que peut nourrir le pays, oiseaux voraces pour la plupart, et qui trouveraient à vivre là où il n’y a rien.

Quant aux autres espèces, celles qui aiment l’ombrage, les fleurs, les eaux, le voisinage de l’homme, la vie et le mouvement, que feraient-elles au milieu d’une nature désolée, aride, où la mort règne sur d’immenses espaces ?

Un des caractères du désert, celui qui surprend le plus les voyageurs européens, est l’absence d’oiseaux. On peut voyager une semaine, dans certaines contrées, sans en rencontrer un seul.

Souvent les caravanes rapportent aussi du Soûdân des perroquets, akoû (tem.).

Reptiles.

La série des reptiles est plus complète, quoique la famille des chéloniens manque entièrement.

Parmi les sauriens, on compte :

Le crocodile, arhôchchâf (tem.) ;

Le gecko des murailles, amazregga (tem.) ;

Le gecko des sables, timakouert (tem.), boû-kechâch (ar.) ;

Un lézard vert et rouge, ametarhtarh (tem.) ;

Un lézard jaune, tîmekelkelt (tem.) ;

Le scinque, tân-ahâlmouit (tem.), zelgâg (ar.) ;

Le même (jeune), imechellerh (tem.) ;

Le fouette-queue (Uromastix), aguezzarâm (tem.), dhobb (ar.) ;

Le varanus, arhâta (tem.), el-ourân (ar.).

Les batraciens n’ont que deux représentants : la grenouille, âdjeroû, autour des sources et des lacs, et le crapaud des joncs, autour des oasis.

Les ophidiens venimeux sont très-connus, et même au delà du chiffre de leur nombre réel, car la nomenclature locale comprend deux espèces dont l’existence est au moins douteuse.