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Les Touâreg du nord

Chapter 3: INTRODUCTION
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About This Book

The narrative records an exploratory mission across the central Sahara among northern Tuareg and neighboring oases, combining geographical surveys, route reconnoissances, and ethnographic observations of languages, customs, and social organization. The author recounts travel itineraries between key desert towns, interactions with indigenous authorities and guides, and the practical difficulties of extended desert stays, while presenting maps, illustrations, and analyses of caravan routes and commerce. The account aims to inform future political and commercial relations and to serve as preparation for further exploration toward the southern regions.

Le deuxième volume auquel il est fait allusion n’a jamais été publié.

EXPLORATION DU SAHARA


LES TOUAREG
DU NORD

PAR
Henri DUVEYRIER

Membre honoraire de la Société de géographie de Paris
Membre étranger de la Société royale de géographie de Berlin
Membre correspondant honoraire de la Société royale de géographie de Londres
Membre correspondant de la Société archéologique de Constantine
Chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur.


AVEC 31 PLANCHES ET UNE CARTE


OUVRAGE QUI A VALU A L’AUTEUR LA GRANDE MÉDAILLE D’OR DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
DE PARIS, EN 1864

PARIS
CHALLAMEL AINÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
COMMISSIONNAIRE POUR L’ALGÉRIE ET L’ÉTRANGER
30, RUE DES BOULANGERS


EXPLORATION DU SAHARA


TOME PREMIER

PARIS. — IMPRIMERIE DE J. CLAYE,
RUE SAINT-BENOIT, 7.


Pl. I. Fig. 1.

HENRI DUVEYRIER.

NÉ A PARIS, LE 28 FÉVRIER 1840.

D’après une photographie de M. Bertall.

EXPLORATION DU SAHARA


LES TOUAREG
DU NORD

PAR
HENRI DUVEYRIER

CHEVALIER DE L’ORDRE IMPÉRIAL DE LA LÉGION D’HONNEUR
MEMBRE ÉTRANGER DE LA SOCIÉTÉ ROYALE
DE GÉOGRAPHIE DE BERLIN

PARIS
CHALLAMEL AINÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
COMMISSIONNAIRE POUR L’ALGÉRIE ET L’ÉTRANGER
30, RUE DES BOULANGERS


1864

Tous droits réservés.


A LA MÉMOIRE
DE MA MÈRE,
MADAME C. DUVEYRIER, NÉE CLAIRE DENIE,

HOMMAGE DE PIÉTÉ FILIALE ET D’ÉTERNEL SOUVENIR
DES SOINS DONT TU AS ENTOURÉ MON ENFANCE.


A MON PÈRE,
CHARLES DUVEYRIER.

Que la publication des travaux de mon exploration soit la récompense de la sollicitude que tu as eue pour moi pendant toute sa durée, et des soucis qu’une séparation prématurée, un voyage lointain, les dangers d’une maladie mortelle, ont pu te causer.


A M. LE DOCTEUR
AUGUSTE WARNIER,

OFFICIER DE LA LÉGION d’HONNEUR, MÉDECIN MILITAIRE EN RETRAITE,
ANCIEN MEMBRE DE LA COMMISSION SCIENTIFIQUE DE L’ALGÉRIE,
ANCIEN DIRECTEUR DES AFFAIRES CIVILES DE LA PROVINCE D’ORAN,
ANCIEN MEMBRE DU CONSEIL DU GOUVERNEMENT DE L’ALGÉRIE.

Vous avez guidé et protégé, à distance, mon exploration du Sahara, pendant les vingt-neuf mois de sa durée ;

Vous avez eu pour moi les soins attentifs d’une mère dans la cruelle maladie qui m’a atteint au retour de mon voyage ;

Depuis, pendant que vous suiviez, comme médecin, les progrès de ma longue convalescence, vous avez consacré près de deux années au dépouillement de mes Notes et Journaux de voyage, ainsi qu’à la rédaction d’un premier volume : Les Touâreg du Nord, et d’un second : Le Commerce du Sahara et de l’Afrique centrale.

Acceptez, avec ceux qui me sont le plus chers au monde, la dédicace de ces deux volumes.

Je ne puis les placer sous un patronage plus dévoué.

Henri DUVEYRIER.


AVANT-PROPOS

Le voyage d’exploration que j’ai accompli entre El-Golêa’a à l’Ouest, Zouîla à l’Est, Biskra au Nord et Rhât au Sud, avait le triple but de recueillir sur le Sahara des données géographiques qui manquaient à nos connaissances ; d’ouvrir avec les peuplades de cette région intermédiaire des rapports indispensables avant de nouer des relations politiques et commerciales entre l’Algérie et l’Afrique centrale ; enfin, de me préparer moi-même, par une longue épreuve de la vie africaine, par l’étude des hommes, des mœurs et des dialectes, à un second voyage ayant pour objet plus spécial l’exploration des régions soudaniennes.

J’ai voulu avancer avec lenteur, afin d’opérer plus sûrement ; je n’ai pas craint de séjourner sur les points où je le jugeais nécessaire pour assurer le succès de mon entreprise, et je me suis toujours efforcé d’élargir ma zone d’action, en visitant les pays situés à l’Est et à l’Ouest de la ligne embrassée par mes études. Avant de pénétrer plus dans le Sud, j’ai donné à mes travaux une base large et solide, par une reconnaissance nouvelle du Sahara algérien, tunisien et tripolitain.

Commencée dans les limites modestes d’un voyage privé, avec des ressources dues à la libéralité de mon père, de M. Arlès-Dufour et de M. Isaac Pereire, mon exploration n’a pu prendre le caractère étendu qu’elle devait avoir, pour donner des résultats utiles, qu’à l’aide du bienveillant et généreux appui du gouvernement.

Sous le puissant patronage de Son Excellence M. le maréchal duc de Malakoff, si bien secondé, dans sa sollicitude, par M. le général sous-gouverneur de Martimprey, ma mission fut entourée d’une protection et d’encouragements qui ont rendu tout facile et qui me feraient craindre d’être resté au-dessous de la responsabilité que j’ai acceptée, si je n’avais l’avenir devant moi pour répondre aux espérances du gouvernement.

Sa Majesté l’Empereur Napoléon III, souverain éclairé et jaloux de l’extension de l’influence civilisatrice de la France, a voulu que les subsides accordés fussent à la hauteur des besoins.

Mes très-humbles et très-respectueux remerciements Lui sont tout d’abord acquis.

Je ne dois pas oublier, dans les témoignages de ma gratitude, Leurs Excellences M. le maréchal Vaillant, M. le maréchal comte Randon, M. Rouher, M. le comte de Chasseloup-Laubat, M. Thouvenel, ministres de Sa Majesté l’Empereur, qui, tous, dans la limite de leurs attributions, ont prêté à ma mission le concours le plus efficace.

M. le général Desvaux, commandant supérieur de la province de Constantine, a droit aussi à toute ma reconnaissance, car c’est à lui que je dois le précieux appui du marabout Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, chef de la confrérie religieuse des Tedjâdjna, qui compte tant d’affiliés dans le Sud.

Aux postes officiels dont ma mission relevait, j’ai eu le bonheur de rencontrer partout des homme de cœur :

A Tripoli de Barbarie, M. P. E. Botta, consul général de France, et ses collaborateurs, MM. Gauthier et Lequeux ;

En Algérie, MM. les colonels Séroka, Lallemand, Wolf, Marguerite, le commandant de Forgemol, le lieutenant Auer, commandant la garnison de Tougourt, qui, tous, m’ont honoré de la même bienveillance affectueuse et ont aplani, autant qu’il dépendait d’eux, les difficultés de mon entreprise.

Des savants français et étrangers, les uns, dans la phase préparatoire de mon exploration, les autres dans la partie active, ont éclairé ma jeunesse des lumières de leur science : les docteurs H. Barth et A. Petermann ; les professeurs Fleischer, A. Duméril et Cherbonneau ; MM. Renou, Yvon-Villarceau, Malte-Brun et O. Mac-Carthy.

Je dois à M. le docteur Millon, l’un des chefs du service de santé de l’armée d’Afrique, un protectorat plus personnel.

Plusieurs chefs indigènes m’ont également secondé de tout leur pouvoir : Sîdi-Hamza, khalîfa du Sud de la province d’Oran ; Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, grand maître de la confrérie des Tedjâdjna ; le marabout Si-’Othmân-ben-el-Hâdj-el-Bekri, chef de la tribu des Ifôghas ; l’émîr El-Hâdj-Mohammed-Ikhenoûkhen, chef des Touâreg Azdjer ; le marabout Sîdi-el-Bakkây, cousin du célèbre cheïkh de Timbouktou ; Si-Selimân-el-’Azzâbi, moûdîr de Faççâto, dans le Djebel-tripolitain.

Que tous reçoivent, ici, mes sincères remerciements.

Qu’il me soit aussi permis de donner un témoignage public de l’inaltérable dévouement d’Ahmed-ben-Zerma, du Soûf, homme droit, intelligent, énergique, qui fut mon compagnon pendant la partie la plus difficile de mon voyage.

Parti de la province de Constantine, en mai 1859, je me dirigeai d’abord sur le pays des Benî-Mezâb, dans l’espoir de trouver chez les Cha’anba des guides pour aller au Touât.

L’état politique du pays, la présence du chérîf Mohammed-ben-’Abd-Allah à In-Sâlah ne me permirent pas de réaliser ce projet.

Après plusieurs mois consacrés à l’étude de l’intéressante contrée qu’habite la confédération Mezâbite, je risquai, muni d’une lettre de recommandation impérative du khalîfa Sîdi-Hamza, une reconnaissance aventureuse sur El-Golêa’a, ville dans laquelle aucun autre Européen n’a encore pénétré.

J’y fus très-mal accueilli, mais probablement un voyageur qui s’y rendrait aujourd’hui serait mieux reçu. Désormais nous connaissons les deux routes qui y conduisent de Methlîli.

Le reste de l’année 1859 fut consacré à des reconnaissances dans les différentes parties du Sahara dépendant des provinces d’Alger et de Constantine, de Laghouât au Soûf, et de Biskra à Ouarglâ.

La sécurité dont jouit le voyageur, même le voyageur privé, européen ou indigène, dans ces contrées gouvernées, à de grandes distances, par l’autorité française, est digne de remarque et fait un contraste frappant avec la situation qui a précédé leur soumission.

Les six premiers mois de l’année 1860 furent employés à explorer le Sahara tunisien : le Djérîd, le Nefzâoua jusqu’à Gâbès sur la petite Syrte. Protégé par des amer du Bey Sîdi-Sâdoq, obtenus par la bienveillante entremise de M. F. de Lesseps et de M. Léon Roches, consul général de France à Tunis, je fus toléré partout ; mais je dois à la vérité de constater les préventions et la fierté blessante dont les sujets algériens sont victimes dans le Sud de la Tunisie.

En juin, j’étais de retour à Biskra. C’est là que je reçus des instructions et des subsides du gouvernement, ainsi que de nouveaux instruments, pour entreprendre l’exploration du pays des Touâreg. La saison des plus grandes chaleurs était arrivée ; elle rendait pénible la traversée d’El-Ouâd à Ghadâmès, mais l’expérience du marabout târgui Si-’Othmân et des guides Souâfa me fit surmonter cette difficulté, non sans fatigues, car j’étais à peine convalescent de fièvres contractées dans l’Ouâd-Rîgh.

A Ghadâmès, je reconnus bientôt la nécessité de m’appuyer sur l’autorité et le crédit dont jouit dans toute la Tripolitaine le consul général, M. P. E. Botta, et, après une courte station dans l’antique Cydamus, je me rendis sur le littoral, en prenant, à l’aller et au retour, des routes différentes, notamment celle, jusqu’alors inexplorée, qui longe le Djebel-Nefoûsa.

Sur la demande de M. Botta, Son Excellence Mahmoud Pacha, gouverneur de la Tripolitaine, voulut bien me délivrer un bouyourouldi, ou ordre général à tous les fonctionnaires relevant de son autorité de me protéger et de me donner l’hospitalité.

Cet appui inespéré me fut très-utile dans la suite de mon voyage.

Rentré à Ghadâmès, je dus bientôt partir pour Rhât, avec l’émîr Ikhenoûkhen, qui regagnait sa tribu. Ayant rencontré les campements des Orâghen dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, au milieu de bons pâturages, nous y séjournâmes pour refaire les chameaux ; aussi, les premiers jours de 1861 nous trouvèrent-ils à l’entrée du pays habité par les Touâreg. Après bien des retards, dus à différentes causes, mais très-précieux pour mes études, je pus atteindre Rhât, où je ne séjournai que quinze jours, extra muros.

A Rhât, je me trouvais au foyer des ardentes rivalités d’intérêt qui divisent les commerçants de ce grand marché et les Touâreg maîtres des routes qui y aboutissent ; je crus prudent de ne pas m’immiscer à leurs querelles, et je m’empressai de continuer à explorer le Nord du pays des Azdjer.

Diverses raisons m’engagèrent à aller à Mourzouk, siége d’un kâïmakâmlik turc, d’où je pouvais me mettre plus facilement en relation avec le consulat général de France, à Tripoli ; je déterminai Ikhenoûkhen à m’y accompagner. Ce n’était pas chose facile. Le chef târgui n’avait pas mis les pieds dans cette ville depuis l’occupation du Fezzân par les Turcs.

Nous fîmes le voyage de Rhât à Mourzouk très-lentement, ce qui me permit d’aller visiter les lacs si curieux de Mandara, Gabra’oûn et autres.

Une réception très-honorable nous fut faite à Mourzouk par l’autorité politique de cette ville.

Je venais de passer plus de six mois sous la tente ; je pris, dans la capitale du Fezzân, un repos devenu nécessaire ; malheureusement, je n’avais pas le choix d’un lieu plus salubre.

Pour m’accompagner, Ikhenoûkhen avait négligé ses intérêts ; d’ailleurs, dans l’Ouest, Mohammed-ben-’Abd-Allah, aujourd’hui interné à Bône, préparait une nouvelle attaque contre le Sahara algérien ; le chef târgui sentait la nécessité de se rapprocher du centre des intrigues, pour préserver ses sujets de la contagion. Nous nous séparâmes.

Je crois que mon voyage à Mourzouk, en compagnie d’Ikhenoûkhen, servit notre influence et nos intérêts, plus que tout ce que j’avais pu faire jusque-là.

Bientôt, je fis une nouvelle excursion dans l’Est, vers Zouîla, petite ville de chorfâ, marabouts très-fanatiques.

Enfin, je revins à Tripoli par la longue route de Sôkna.

Les difficultés qui se sont présentées à moi sont de deux ordres : les unes tiennent à la nature des lieux parcourus ; les autres, au caractère particulier des hommes avec lesquels je me suis trouvé en contact.

Les premières, inhérentes au climat, au manque d’eau, à la stérilité du sol, aux fatigues et aux privations du voyage, sont de beaucoup les plus faciles à surmonter, avec de la prévoyance et une bonne santé.

Les secondes, de natures essentiellement variables, sont dues à des circonstances que le voyageur doit préalablement connaître et apprécier, pour ne pas les voir se transformer en insurmontables écueils. Ici, ce sont des zâouiya, communautés religieuses, les unes passives, les autres militantes. Là, principalement dans les centres commerciaux, on a à lutter contre des intérêts mal compris, placés entre les mains de gens méfiants et égoïstes, qui trouvent un point d’appui dans l’intolérance religieuse.

Tous ces obstacles, il faut l’espérer, disparaîtront graduellement avec l’élément indispensable du temps et la puissance de la vérité.

Dans cette dernière voie, je crois avoir avancé l’état des choses, en procédant à des levés topographiques qui permettent de donner plus d’exactitude au tracé des routes ; en appuyant sur mes propres travaux de nombreux renseignements oraux, recueillis avec le soin le plus scrupuleux ; en étudiant la nature des lieux, le caractère des hommes ; en affermissant des relations déjà préparées ou en en créant de nouvelles ; enfin, en faisant partout une étude spéciale du commerce et des moyens d’échange.

A mon retour à Alger, après un voyage qui avait duré près de trois ans, j’allais rentrer en France pour me mettre en mesure d’utiliser les bonnes dispositions de Sîdi-Mohammed-el-Bakkây et aller avec lui à Timbouktou.

Mais le gouvernement de l’Algérie m’avait demandé auparavant de m’occuper, à Alger, de l’impression d’un rapport sommaire, avec une Carte à l’appui, sur les résultats de mon voyage.

Déjà la Carte était gravée et mon manuscrit en partie imprimé, lorsque tout à coup je tombai gravement malade, atteint d’une fièvre typhoïde compliquée d’accidents pernicieux.

Dans mon malheur, j’avais heureusement trouvé l’hospitalité chez un second père, M. Warnier, lequel, assisté du concours dévoué de MM. les docteurs Léonard et Dru et de tous les membres de la bonne et excellente famille Bougenier, parvint à m’arracher à la mort.

Que tous, y compris les Sœurs de l’Espérance, qui veillèrent au chevet de mon lit, reçoivent ici le témoignage de ma plus affectueuse reconnaissance.

Après trois mois de maladie et de traitement j’étais sauvé, grâces à Dieu, mais je n’étais que convalescent et j’avais le plus grand besoin d’être en parfaite santé, car un Traité de Commerce allait être conclu avec les Touâreg, un appel était fait à toutes les Chambres de commerce de France, en vue de l’organisation de caravanes d’essai à expédier dans l’intérieur de l’Afrique, et la publication des études faites pendant mon exploration était considérée par le gouvernement comme urgente.

La Providence, qui m’avait fait arriver à Alger pour y trouver les soins que ma santé allait réclamer, permit qu’après ma guérison M. le docteur A. Warnier pût mettre à ma disposition, avec le temps nécessaire pour la rédaction de deux volumes, l’expérience spéciale qu’il avait acquise en Algérie par vingt-huit années de séjour et d’études.

Grâces à ce concours, je pus faire marcher de front la partie littéraire avec la partie graphique de mon œuvre.

Mais mon exploration embrassait une contrée presque inconnue, et toutes les collections que je rapportais ne pouvaient être classées avec précision et certitude que par les maîtres de la science ; de même toutes mes observations, soit astronomiques, soit météorologiques, avaient besoin d’être comparées aux observations correspondantes faites dans d’autres contrées.

A l’honneur des savants de notre pays, je dois le déclarer hautement, tous ceux dont j’invoquai l’expérience répondirent avec une bienveillance extrême à mes demandes.

MM. Des Cloizeaux, de Verneuil, Deshayes, le docteur Marès, pour la géologie ; Berthelot, pour la minéralogie ; Renou, pour la météorologie ; le docteur Cosson, Kralik, pour la botanique ; A. Duméril, pour l’ichthyologie et l’erpétologie ; Léon Rénier, pour l’archéologie ; H. Zotenberg, pour la linguistique ; Vivien de Saint-Martin, pour la géographie ancienne ; Radau, pour les calculs de quelques positions astronomiques, furent assez bons pour m’éclairer ou me guider, chacun dans leur spécialité, et chaque fois que j’eus recours à l’autorité que leur donne leur haute position dans le monde savant.

Pour la réduction de mes itinéraires et le dressement de mes cartes, deux habiles dessinateurs, MM. E. Dubuisson et Picard, ont bien voulu me prêter leur concours, le premier pour la Carte du pays des Touâreg qui accompagne ce volume ; le second pour la Carte commerciale du Sahara et de l’Afrique centrale destinée au volume relatif au commerce.

Enfin, aujourd’hui, je puis répondre à tant de sollicitude, en livrant au public le premier résultat de mes travaux.

Puisse-t-il l’accueillir avec indulgence et bienveillance, en raison des difficultés de l’entreprise !

Peut-être ai-je trop présumé de mes forces en abordant des questions dont la solution eût demandé plus d’expérience. Le désir d’être utile sera mon excuse.

Henri DUVEYRIER.


INTRODUCTION

L’étude complète de toute société humaine est inséparable de celle du milieu habité, car souvent les conditions de l’existence, la raison des mœurs, sont fatalement subordonnées à la loi des nécessités de la nature.

Quand le milieu est une contrée exceptionnelle, comme le plateau central du Sahara, inhospitalière, même pour la plupart des végétaux et des animaux, réputée avec raison inhabitable pour l’homme, il devient indispensable de faire préalablement connaissance intime avec elle, avant de parler des peuplades qui, après de nombreuses migrations, l’ont adoptée pour patrie et s’y trouvent tellement heureuses, dans une indépendance à l’abri de toute convoitise, que, pour rien au monde, elles n’échangeraient leur sort contre celui de tout autre peuple.

Ces quelques lignes suffisent à l’exposé des motifs de la division de cet ouvrage :

Un premier Livre fait connaître le milieu habité : terre et ciel, géographie physique, hydrographie, géologie, météorologie, positions astronomiques ;

Un second donne l’inventaire de la production dans les trois règnes de la nature : minéral, végétal et animal ;

Un troisième Livre, intermédiaire entre les précédents et le suivant, consacré aux centres de rayonnement, autour desquels gravite toute société nomade, ajoute un complément à l’influence du milieu matériel, celui de deux attractions sociales : les centres commerciaux et les centres religieux ;

Enfin un quatrième et dernier Livre, exclusivement consacré aux Touâreg du Nord, traite en autant de Chapitres particuliers de leur origine, de leur division en tribus, de leur constitution sociale, de l’historique des tribus, de leurs caractères distinctifs, de leur vie intérieure et extérieure.

Un Appendice très-succinct, sous forme de simples notes, répond à un des vœux de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : rapprocher et comparer les connaissances des anciens avec celles que les explorations modernes ajoutent aux notions, de plus en plus positives, sur la géographie du Nord de l’Afrique.

J’espère que cet ordre logique obtiendra l’approbation du lecteur, car il procède du connu à l’inconnu.

Contrairement à l’usage généralement adopté par les voyageurs, de publier d’abord les résultats de leurs explorations sous forme de Journal de voyage, j’ai préféré l’ordre méthodique des matières, pour ne pas compliquer un sujet, déjà abstrait par lui-même, de questions qui lui sont étrangères, bien qu’elles ajoutent souvent beaucoup d’intérêt au récit.

Si les circonstances le permettent, je publierai ultérieurement ce Journal ; mais, avant, j’ai à donner satisfaction aux besoins du gouvernement.

La question commerciale du Sahara et de l’Afrique centrale n’est pas traitée dans cette première partie. Elle forme la matière d’un second volume, qui paraîtra prochainement.

La transcription, en caractères romains, des lettres ou des sons des langues sémitiques et africaines est un point qui embarrasse toujours les travailleurs consciencieux. Plusieurs systèmes ont été adoptés ; je ne citerai que celui de la Commission scientifique de l’Algérie et ceux des diverses Sociétés asiatiques de l’Europe.

Malheureusement, tous ont le défaut de n’être pas applicables à l’usage général, à cause des caractères spéciaux, pointés ou accentués, que les imprimeries ne possèdent pas. D’un autre côté, les accents employés dans les transcriptions ont le défaut de dérouter le plus grand nombre des lecteurs, qui ne tiennent pas à une accentuation aussi scrupuleuse.

Voici à quoi je me suis borné :

Les voyelles longues ont été distinguées par un accent circonflexe ;

Le ث arabe est rendu par th qui a le son de la même lettre en anglais ;

Le ح et l’ه sont rendus par l’h ;

Le خ par kh ;

Le ط et le ت par t ;

Le ظ, le ض et le ذ par dh ;

Le ص presque toujours par ç ;

Le ع par ’a, ’e, ’i, ’o ;

Le غ tantôt par rh, tantôt par gh, selon que la prononciation se rapproche plus de l’r ou du g, ce qui varie suivant les dialectes ;

Le ڧ par q ;

Le و par le w anglais, quand la prononciation oblige à lui garder sa valeur comme consonne ;

Le ي tantôt par y, tantôt par ï.

Provisoirement, j’ai transcrit les noms de la langue temâhaq comme s’ils étaient écrits en arabe.

Pour les noms de lieux, d’hommes et de choses, dont l’orthographe, en français, est consacrée par un long usage, j’ai respecté, dans le texte, le fait accompli, mais, dans l’Erratum, je restitue à chacun de ces noms sa véritable orthographe.

De même, pour les noms de la nomenclature géographique, soit arabes, soit berbères, je les ai écrits tels qu’ils sont en usage dans les contrées dont je parle. Ainsi, j’ai appelé, en arabe, les rivières tantôt ouâd, tantôt ouâdi, et, en berbère, les montagnes adghagh et adrâr, suivant que les indigènes se servent eux-mêmes de ces différentes expressions.

Les gravures qui accompagnent cet ouvrage ont été dessinées par M. Bertall, soit d’après des photographies[1], soit d’après des croquis pris sur les lieux, souvent à la hâte et sans aucune prétention artistique. Dans la reproduction des types originaux par la gravure, j’ai tenu essentiellement à ce que l’art ne pût pas les modifier, quoique je reconnaisse mon infériorité comme dessinateur.

La Carte que je livre à la publicité comprend une partie positive et une partie hypothétique.

La partie positive est la réduction de mes itinéraires, avec tous les détails que la vue peut embrasser à droite et à gauche des lignes parcourues. Ces lignes sont indiquées. Les routes des autres voyageurs ont été fidèlement tracées.

La partie hypothétique est basée sur de nombreux itinéraires recueillis à diverses sources. Pour me guider au milieu de renseignements qui ne concordaient pas toujours entre eux, j’ai été assez heureux pour obtenir du Cheïkh-’Othmân qu’il me fît, sur le sable, le plan en relief des parties du territoire des Touâreg que je ne pouvais explorer, et quand j’étais bien d’accord avec mon informateur sur l’ensemble et les détails de sa composition, je la dessinais et j’en faisais ensuite la critique avec lui.

Cette manière de procéder m’a permis de contrôler d’une manière plus certaine les divergences de mes itinéraires par renseignements.

Pour la construction des routes que j’ai levées, chemin faisant, j’ai souvent vérifié les distances parcourues. J’y suis arrivé en mesurant la longueur moyenne du pas de chaque monture, et la moyenne du nombre de pas faits en une minute. Une réduction était faite ensuite pour les petits détours de la ligne droite et pour les facilités ou les difficultés de la marche, d’après la nature des terrains, dont il est impossible de tenir compte avec la boussole.

La moyenne des distances, entre une observation et une autre, est de 2,000 mètres ; dans les terrains accidentés, elles ont été multipliées, quelquefois, de 200 en 200 mètres.

Pour les itinéraires par renseignements, les distances générales sont prises par journées de marche de caravane, estimées suivant la nature des lieux, entre 24 et 32 kilomètres et subdivisées, autant que je l’ai pu, en demies et en quarts de journée. Souvent, j’ai été assez heureux pour obtenir de mes informateurs des détails de 4 en 4 kilomètres.

Je ne publie pas ces itinéraires, mais la Carte en donne le tracé fidèle, avec les corrections qu’un contrôle sévère a dû faire subir à chacun d’eux.

Partout où j’ai pu appuyer mes renseignements sur des itinéraires relevés par mes devanciers, je l’ai fait, en donnant toujours religieusement la préférence à leurs indications, sur celles fournies par les renseignements des indigènes, si précis qu’ils aient été.

Ces itinéraires sont également indiqués sur la Carte avec les noms de leurs auteurs.

Tous les travaux graphiques préparatoires de la Carte sont mon œuvre, mais le dessin définitif a été confié à M. E. Dubuisson, dont la réputation, comme cartographe, est faite depuis longtemps. L’ouvrage tout entier a été rédigé sur cette base fondamentale.

La Carte a été gravée après l’impression du texte, afin qu’il y eût harmonie parfaite dans les deux ordres de travaux.

En résumé, en publiant les nombreux matériaux recueillis pendant la durée de mon exploration, j’ai compris que le sujet était neuf pour beaucoup de personnes, et, tout en restant dans les limites d’une exposition scientifique, j’ai fait mes efforts en vue d’être clair et intelligible pour le plus grand nombre.

Puissé-je avoir atteint le but proposé !


[1]Quelques-unes des photographies dont je me suis servi ont été prises dans le Sahara algérien par M. Puig, pharmacien militaire. Quelques autres ont été exécutées à Paris par divers artistes, quand les marabouts Touâreg y sont venus ; enfin, d’autres ont été prises par moi, sur les lieux, malgré la difficulté de modifier l’instrument suivant l’intensité de la lumière. La plupart de mes épreuves sont brûlées, mais lisibles cependant.


RAPPORT
SUR LE
PRIX ANNUEL POUR LA DÉCOUVERTE LA PLUS IMPORTANTE
EN GÉOGRAPHIE

AU NOM D’UNE COMMISSION DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS
et composée de

MM. D’AVEZAC, J. DUVAL, V. MALTE-BRUN, QUATREFAGES,
et VIVIEN DE SAINT-MARTIN, Rapporteur.

Messieurs,

Le 8 mai 1859, un jeune voyageur, un Français, débarquait à Philippeville, cette antique station maritime de l’Algérie orientale, qui est redevenue, sous son nom moderne, le port de Constantine.

Ce voyageur était M. Henri Duveyrier.

A l’âge où, parmi ceux que la fortune n’a pas astreints aux rudes nécessités du labeur quotidien, tant d’autres préludent par une oisiveté périlleuse aux devoirs sérieux de la vie, M. Henri Duveyrier avait conçu le projet d’une grande et difficile entreprise. Il voulait pénétrer dans les contrées, peu et mal connues, qui bordent au Midi nos trois provinces algériennes ; il voulait étudier, sous la tente, au milieu de leurs habitudes à demi nomades, les populations indépendantes de ces contrées incultes qui ne sont pas encore le Désert, mais qui déjà en offrent l’image ; il voulait, en poussant, aussi loin que possible, dans toutes les directions, rattacher par une série d’observations physiques et astronomiques ces plaines du Sahara algérien et leurs nombreuses Oasis aux positions extrêmes où s’arrêtait alors l’action politique et militaire de l’autorité française ; il voulait étendre par les conquêtes de la science les conquêtes du drapeau.

Telle était la tâche que le jeune voyageur n’avait pas craint de se proposer.

Il ne s’en dissimulait ni les difficultés, ni les dangers ; mais pour ceux dont une éducation virile a développé de bonne heure les forces morales, les difficultés et les dangers deviennent un stimulant de plus, quand il s’agit d’atteindre un but utile ou d’accomplir un devoir.

M. Duveyrier, d’ailleurs, s’y était fortement préparé. Il possédait les connaissances qui permettent d’étudier utilement le sol et ses productions naturelles ; il s’était rendu familier l’usage des instruments qui déterminent avec précision les phénomènes physiques et les conditions climatologiques, ou qui fixent par l’observation des astres les positions terrestres ; il avait acquis la pratique de la langue arabe ; il s’était rompu, en un mot, à ces études préalables sans lesquelles on a des touristes, mais qui, seules, font l’observateur exact, le véritable voyageur.

Il n’a pas été donné à M. Duveyrier d’accomplir, dans son immense étendue, le plan qu’il s’était tracé. L’état du pays ne lui a pas permis de pénétrer dans les parties du Sahara algérien qui prolongent au Sud notre province d’Oran[2], encore moins d’arriver jusqu’au Sahara marocain, qui jusqu’à présent est resté fermé aux chrétiens. Il n’a guère dépassé, à l’Ouest, le prolongement du méridien d’Alger. Mais s’il a dû laisser en dehors de ses courses (et peut-être faut-il nous en féliciter) une partie de son plan, la moitié occidentale, l’autre moitié, la partie orientale, celle qui embrassait les contrées situées au Sud de nos provinces d’Alger et de Constantine, en poussant plus à l’Est encore, jusqu’au Sahara tunisien et tripolitain ainsi qu’au Fezzân, toute cette partie orientale, dis-je, a été admirablement remplie, avec une intelligence, une intrépidité, une persévérance, et aussi avec un succès qui font de ce voyage une des plus belles et des plus fructueuses explorations du continent africain.

M. Duveyrier avait donc pris pied à Philippeville au mois de mai 1859. Il se dirige immédiatement au Sud, pour atteindre au plus vite le champ projeté de ses opérations. Il traverse Constantine, coupe le plateau, touche aux ruines de Lambèse que nos archéologues ont si heureusement explorées, traverse les gorges du mont Aurès, qui domine de son massif élevé toute l’Algérie orientale, et de là descend à Biskra, qui est, de ce côté, la porte du Désert. C’est là que commence pour notre voyageur le travail topographique. A partir de ce point, toutes les routes parcourues sont relevées à la boussole, les détails en sont fixés comme sur nos reconnaissances militaires, les positions sont fréquemment corrigées par des hauteurs méridiennes, et, toutes les fois que cela est possible, par des observations de longitude. Et ainsi se forme, d’heure en heure, jour par jour, presque sans interruption, pendant vingt-neuf mois, un large réseau de lignes bien étudiées, à travers des pays dont une partie considérable n’avait été vue jusque-là par aucun Européen, et dont la carte nous est maintenant parfaitement connue, au moins dans ses traits essentiels.

Je ne veux ni ne puis suivre ici M. Duveyrier dans ses courses multipliées. Il nous faudrait sillonner, à diverses reprises, une vaste étendue de plaines arides, semées d’Oasis et coupées d’Ouâdi, en nous portant alternativement : de Biskra sur El-Golêa’a par El-Guerâra et Ghardâya, en remontant de là sur Laghouât ; puis, de nouveau, de Biskra sur Ouarglâ par Tougourt ; sur Ghadâmès, par la dépression marécageuse du Melghîgh ; sur Gâbès, en Tunisie, par la longue ligne de Sebkha ou lacs temporaires que l’antiquité a connus sous le nom de lac Triton. Il nous faudrait, en outre, rayonner de tous les points principaux sur les positions intermédiaires ; il nous faudrait enfin suivre, plus à l’Orient, les longues lignes qui relient entre elles les positions de Tripoli et de Ghadâmès, de Ghadâmès et de Rhât, de Rhât et de Mourzouk, de Mourzouk et de Tripoli. C’est sur la Carte qu’il faut étudier ce vaste réseau, dont les points extrêmes laissent entre eux un intervalle de plus de deux cent cinquante lieues, soit qu’on le mesure de l’Ouest à l’Est, soit qu’on se porte du Nord au Sud. Ajoutons que, dans ce réseau, une dizaine de points des plus importants, et, parmi ceux-là, El-Golêa’a, Ghardâya, El-Ouâd et Ghadâmès, sont fixés par des observations directes de latitude et de longitude ; et que, pour une trentaine d’autres points au moins, notamment pour Ouarglâ, Tougourt, Tôzer et Rhât, le voyageur a rapporté de bonnes latitudes. Quelques-unes de ces positions, Ghadâmès, par exemple, et celles qui se rapprochent de nos frontières, ainsi que les points principaux de la grande ligne du Fezzân parcourue par la mémorable expédition de 1849, étaient déjà connus d’une manière exacte ou très-approximative ; mais d’autres, particulièrement dans l’Ouest, éprouvent un déplacement considérable. Et d’ailleurs, des observations répétées, dans une géographie qui, comme celle-ci, est encore en voie de formation, sont toujours extrêmement utiles, ne serait-ce qu’à titre de contrôle et de vérification. En résumé, les tracés de routes de M. Duveyrier constituent une véritable triangulation qui couvre de ses lignes croisées toute la partie orientale du Sahara algérien, triangulation dont la base, dans le sens des parallèles, s’étend de Ghardâya à Ghadâmès, et qui se prolonge au Sud jusqu’aux oasis d’El-Golêa’a et d’Ouarglâ, en se rattachant, vers l’Est, aux positions déjà fixées de Ghadâmès, de Mourzouk et de Tripoli.

Les détails topographiques de cette vaste reconnaissance, je veux dire les itinéraires du voyageur, relevés à la boussole et au chronomètre, et rectifiés fréquemment par des observations astronomiques dont les éléments et le calcul ont été soigneusement vérifiés, ces détails, dis-je, sont contenus dans une longue suite de feuilles tracées jour par jour sur le terrain, dont elles expriment tous les accidents. Le nombre de ces feuilles, y compris les études par renseignements qui s’y rattachent, ne s’élève pas à moins de 74. Ce sont ces minutes, ces feuilles de détail, remises à Paris entre les mains d’un habile dessinateur, qui ont servi à la construction de la Carte définitive où vient se résumer la partie la plus importante des travaux de M. Henri Duveyrier.

Le temps n’a pas permis encore d’achever la gravure de cette grande et belle Carte ; mais le dessin terminé a été communiqué à votre commission, qui a pu en apprécier la construction selon la nature des matériaux sur lesquels elle repose dans ses diverses parties.

M. Duveyrier, se prêtant au désir que nous lui avons exprimé, a mis aujourd’hui ce beau dessin à notre disposition, pour le placer ici même sous les yeux de l’assemblée.

Il faut y distinguer deux ordres de matériaux différents : ceux qui proviennent des reconnaissances directes et personnelles du voyageur, et ceux qui proviennent, soit de reconnaissances européennes antérieures, soit de renseignements reçus des indigènes.

Ces différentes sources de documents n’ont pas, on le conçoit, une valeur égale au point de vue de l’exactitude absolue. L’immense Ouâdi qui s’étend de Tougourt à Rhât sur une longueur de près de trois cents lieues, et que les Touâreg désignent sous le nom d’Igharghar (ou Igharghâren à la forme plurielle, et qui signifie les Rivières), cet Ouâdi qui, à certains moments, offre dans quelques parties l’aspect d’un grand fleuve, avec ses débordements, a été tracé, partie d’après les relevés de M. Boû-Derba en 1858, document précieux, bien qu’il n’ait pas la précision rigoureuse des levés de M. Duveyrier, partie d’après une reconnaissance personnelle de ce dernier voyageur, dans une exploration spéciale de la vallée basse, entre El-Ouâd et Ouarglâ. A l’Ouest et au Sud de l’Igharghar, à l’exception des lignes parcourues par M. Boû-Derba, M. Colonieu[3] et M. Henri Duveyrier, tout repose sur les informations indigènes. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de cette distinction.

Cette réserve faite, embrassons d’un coup d’œil l’ensemble de la Carte de M. Henri Duveyrier.

Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est l’aspect du pays.

Voici une vaste région, une région presque égale en étendue à la France ou à l’Espagne, et qui était, il y a cinq ans à peine, absolument en blanc sur nos cartes ; aujourd’hui, non-seulement elle nous apparaît couverte d’une multitude de noms et de détails, mais ces détails renversent toutes les idées que l’on se formait naguère de ce qu’on nomme, d’un terme générique, le Sahara. Il n’y a pas longtemps, nous étions encore, sur l’intérieur du Nord de l’Afrique, à la notion des anciens poétiquement exprimée par un de leurs géographes : une plaine toujours unie, partout sablonneuse, « dont les vents du Midi fouillent et tourmentent les flots arides pareils aux vagues de la mer[4]. » Nos idées se sont déjà bien modifiées. Le Sahara est toujours un immense désert, sans doute, et il reste comme le type et le point de départ, à la fois, de la longue zone de pays incultes qui court à travers l’ancien continent, depuis l’Atlantique jusqu’au fond de la Tartarie ; mais ce n’est plus le désert monotone et nu que notre imagination se représentait avec terreur. Déjà, l’expédition anglo-allemande de 1849, par la découverte de la vaste oasis d’Aïr que le docteur Barth décrit comme une véritable Suisse, entre le Fezzân et la Nigritie, aussi bien que les explorations de plusieurs de nos officiers dans le pays des Maures, entre le bas Sénégal et le Maroc, nous avaient pu donner une première impression de la diversité qui se rencontre au sein de ces solitudes africaines ; cette notion est singulièrement agrandie par les informations de M. Duveyrier, et enfin par la Carte qui les résume. Là où nous n’imaginions que des sables éternellement arides, nous avons sous les yeux d’innombrables Ouâdi ou cours d’eau temporaires, et parmi ces Ouâdi, nous l’avons déjà vu, le lit tantôt à sec, tantôt rempli, d’un fleuve de trois cents lieues ; bien plus, nous voyons là des lacs nombreux, des sources et de véritables rivières, des rivières permanentes avec de vraies cascades, au rapport des indigènes, et, à l’origine de ces rivières, des massifs élevés, des groupes de hautes montagnes surmontées de pics sourcilleux, et, sur plusieurs de ces pics, des neiges qui se maintiennent durant plusieurs mois de l’année, tout comme dans les gorges de l’Aurès. Des lacs, des neiges et des rivières dans le Sahara ! il était impossible de nous apporter un tableau plus inattendu. Là où se présente cette nature alpestre, la vie est répandue à profusion. La flore et la faune ont fourni au voyageur les éléments d’une longue nomenclature, et encore n’en a-t-il pas vu les centres les plus actifs. L’observation personnelle de M. Duveyrier a confirmé ce que d’autres témoignages avaient déjà fait connaître. « J’ai vu, nous dit-il, au moment où des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. »

Le noyau principal, le centre où vient aboutir cette configuration si remarquable du Sahara intérieur, et qui la détermine en quelque sorte, est un massif situé à environ quinze journées vers l’Ouest de Rhât. Les informations de M. Duveyrier le représentent comme un plateau échelonné, coupé de nombreuses vallées, hérissé de sommets élevés, et d’où rayonnent, en diverses directions, de vastes Ouâdi dont le lit large et profond se remplit à certaines époques de l’année d’un volume d’eau considérable. Le principal de ces Ouâdi, ou du moins le mieux connu, est celui qui se porte droit au Nord sur Tougourt : c’est l’Igharghar que nous avons déjà nommé et dont une branche considérable vient de Rhât. Les informateurs de M. Duveyrier (car il n’a pu pénétrer jusque-là) lui désignèrent cette région montagneuse sous le nom d’Ahaggâr. Elle avait été déjà signalée par le docteur Barth, mais d’une manière moins circonstanciée, d’après ce qu’il en avait appris à Rhât et à Timbouktou. Le nom, chez M. Barth, est écrit Hogâr ou Hâgara ; mais ces formes, dit-il, sont des formes arabes, et le véritable nom indigène, c’est-à-dire le nom berbère, sera Atakôr[5]. C’est le siége d’une des quatre grandes divisions entre lesquelles se partage la nation des Touâreg. M. Barth ajoute : « Mon intelligent ami, le Cheïkh-Sîdi-Ahmed-el-Bakkây de Timbouktou, qui avait vécu quelque temps chez les Hogâr, ainsi que chez les tribus du pays d’Aïr, m’assura de la manière la plus positive que ce groupe de montagnes, et en particulier une longue chaîne qui en fait partie, est beaucoup plus élevé que les montagnes d’Aïr, et que les rochers, dont la couleur est rougeâtre, en sont très-escarpés. On voit, dans l’intérieur de ces montagnes, de très-belles vallées et des gorges pittoresques, et quelques-unes de ces vallées, où il y a de belles eaux courantes qui ne tarissent jamais, produisent des figues et du raisin[6]. »

Ces informations, on le voit, viennent complétement à l’appui de celles qu’a recueillies M. Duveyrier ; seulement ces dernières sont infiniment plus détaillées. Elles mettent hors de doute qu’au centre même du Grand Désert, sous le méridien de Sétif et vers le 25e degré de latitude, c’est-à-dire à mi-distance environ entre l’Algérie orientale et le grand fleuve de Timbouktou, il existe une région montagneuse très-abrupte, très-variée, très-pittoresque et d’une étendue considérable ; que dans cette région, habitée par une forte et belliqueuse fraction de Touâreg, il y a des montagnes assez hautes pour y conserver de la neige durant trois mois de l’année ; qu’on voit là, comme dans l’oasis d’Aïr décrite par le docteur Barth, de belles et fraîches vallées avec des sources vives et des eaux courantes ; et qu’enfin des Ouâdi larges et profonds, qui seraient de grandes rivières, si les pluies, dont le Désert est privé, leur apportaient des eaux permanentes, divergent de ce noyau montagneux en se portant vers tous les points de l’horizon, au Nord (c’est l’Igharghar), à l’Ouest et au Sud. Tel est, dans son expression générale, le résumé des informations recueillies par M. Duveyrier, et qui sont parfaitement d’accord avec celles du docteur Barth.

Si M. Duveyrier avait pu s’avancer jusque-là ; s’il avait pu examiner de près et de ses propres yeux cette curieuse région, en étudier la structure géologique et la conformation extérieure, se rendre précisément compte, par des observations directes, des conditions climatologiques particulières au pays, du régime de ses eaux permanentes et de la direction de ses vallées sèches ; si M. Duveyrier, disons-nous, avait pu faire cela, il aurait ajouté une conquête bien précieuse à toutes celles qu’il a rapportées de son beau voyage. Ce n’est pas faute d’y avoir aspiré assurément, et d’y avoir fait tous ses efforts ; c’est une tâche dont lui-même ne se tient pas quitte envers la science, car son plus vif désir est de retourner promptement sur le théâtre de ses premiers travaux, et d’y poursuivre ses explorations si bien commencées. En attendant, il a étudié et combiné avec une profonde attention la masse considérable de renseignements qu’il a pu recueillir de la bouche des Arabes et des Touâreg, et en les rapprochant du précieux itinéraire de M. Boû-Derba, il en a tiré toute la partie inférieure de sa Carte à l’Ouest de Rhât. C’est une acquisition déjà fort importante, quoique provisoire, pour cette région intérieure du Sahara. Si votre commission, messieurs, avait à faire une observation sur cette partie de la Carte qui repose, non sur les reconnaissances personnelles de M. Henri Duveyrier, mais sur la combinaison de renseignements, cette observation porterait seulement sur l’aspect net et précis que le dessin leur donne. Peut-être y pourrait-on désirer, dans l’intérêt de la vérité rigoureuse, un aspect et des contours moins arrêtés. Ce qui appartient en propre au voyageur se distinguerait mieux de ce qui n’a qu’une valeur de combinaison. Quand on sait à quel point les renseignements indigènes les plus dignes de confiance se sont, pour la plupart, profondément modifiés lorsqu’ils ont subi le contrôle direct de l’observation européenne, on éprouve le besoin d’apporter une grande réserve dans l’emploi de cette nature de documents. Notre remarque, au surplus, ne porte en aucune façon sur la valeur spéciale des informations réunies par M. Duveyrier, ni sur l’application générale qu’il en a faite : c’est une question de mesure dans l’expression du dessin, rien de plus.

En définitive, il y a un grand fait qui ressort de la vue de cette Carte, au total si remarquable, aussi bien que de l’ensemble des informations déjà nombreuses que les observateurs européens nous ont apportées dans ces derniers temps sur les diverses régions du Grand Désert : c’est la diversité d’accidents et de configuration que présente sa surface dans toutes les parties jusqu’à présent visitées. Une carte qui représenterait, dès à présent, ce qu’on en connaît au Centre, au Nord et à l’Ouest, une carte surtout, telle que la marche aujourd’hui si active des explorations permettra de la construire d’ici à moins de dix ans peut-être, présenterait, au lieu de cette immense étendue de plaines uniformes qui occupe la moitié du Nord de l’Afrique sur nos cartes actuelles, presque autant de particularités de configuration, sauf l’absence des villes et de rivières permanentes, qu’une région quelconque de l’Asie et de l’Europe. La nature ne fait rien d’inutile, rien qui n’ait sa cause. Ces Ouâdi sans nombre, ces rivières sans eau qui sillonnent le Désert comme les rivières et les ruisseaux sillonnent nos campagnes, indiquent évidemment, dans le passé sinon dans le présent, un état de choses que la pensée a peine à concilier avec la privation presque absolue d’eaux courantes qui caractérise le Désert. C’est là un sujet d’études déjà plus d’une fois touché sans doute, mais qui appellera de plus en plus l’attention des voyageurs instruits et des géologues.

De tous ces grands Ouâdi intérieurs, le plus étendu et maintenant le plus accessible, l’Igharghar, devra être, dans son immense développement, l’objet d’une investigation et d’une étude toutes spéciales. Il y aura là, sans aucun doute, des questions du plus haut intérêt à examiner et à résoudre. Cet objet seul justifierait et récompenserait pleinement une expédition spéciale.

Au point de vue physique, cette immense vallée de l’Igharghar, presque partout à sec ou qui n’a que des eaux temporaires, mais qui présente, selon l’expression de M. Duveyrier, l’aspect du lit d’un grand fleuve, offre un curieux phénomène. Partant de la région élevée de Rhât et de l’Ahaggâr, et recevant de droite et de gauche, à mesure qu’elle avance dans le Nord, un grand nombre d’Ouâdi secondaires pareils aux affluents de nos fleuves, elle vient enfin se perdre, au Nord de Tougourt, dans une large dépression marécageuse qu’on appelle le Chott-Melghîgh, où vient aussi aboutir un grand courant, une véritable rivière, le Djedî, qui a ses sources à l’Ouest, dans le Djebel-’Amoûr, et longe, depuis Laghouât, le pied des montagnes. Les premiers observateurs qui de l’Algérie descendirent au Melghîgh, il y a une dizaine d’années, reconnurent avec étonnement, aux indications concordantes de leur baromètre, que le sol où reposent ces vastes lagunes s’enfonce au-dessous du niveau de la mer. M. Paul Marès a trouvé une altitude de − 13 mètres pour le fond du Chott dans sa partie Nord-Ouest. Ces observations seront-elles confirmées par celles de M. Duveyrier[7] ? Si l’Igharghar fut autrefois un véritable fleuve, il n’a donc pu, comme le pense M. Duveyrier, aller déboucher dans le fond de la petite Syrte par le fleuve Triton, à moins d’un changement complet dans la configuration et le niveau du pays, changement qui, dans tous les cas, serait antérieur aux temps historiques.

Cette condition physique, particulière à la région orientale du Sahara algérien, de deux longues vallées parties des deux points opposés, l’une de l’Ouest, celle du Djedî, l’autre du Sud, celle de l’Igharghar, et venant l’une et l’autre aboutir à la même dépression du sol, le Melghîgh, cette particularité physique, dis-je, nous fournit l’explication d’un ancien texte géographique dont la rédaction avait dû jusqu’à présent paraître assez bizarre. Je veux parler de la description du cours du Gir dans Ptolémée. Le Gir, ou, comme le nomment les auteurs latins, le Niger, a été longtemps une pierre d’achoppement pour les critiques. Trompés par les énormes aberrations des latitudes du géographe alexandrin, on voulait retrouver très-loin dans le Sud une rivière qui appartient à la région de l’Atlas ; on allait la chercher jusque dans le Soûdân, où les anciens n’ont jamais pénétré. C’est de là qu’est venue l’application que l’on fait encore tous les jours du nom de Niger au Dhioliba ou Kouâra, c’est-à-dire au grand fleuve de Timbouktou, application qui se perpétue même après que l’erreur est reconnue ; car, en géographie, comme en bien d’autres choses, rien n’est plus difficile à déraciner qu’un abus. Habituellement, il y a dans une rivière deux choses assez distinctes, une source et une embouchure ; dans Ptolémée, le Gir n’a pas de débouché, et il a deux sources opposées, deux sources placées aux deux extrémités du fleuve, l’un au Nord-Ouest dans l’Atlas, l’autre au Sud-Est dans une vallée nommée la Gorge garamantique, c’est-à-dire au voisinage du Fezzân qui est le pays des Garamantes. Rapproché des notions actuelles, des notions fournies par M. Boû-Derba et complétées par M. Duveyrier, tout cet agencement devient parfaitement clair, et, qui plus est, parfaitement exact ; ce qui nous montre une fois de plus qu’en bien des cas le progrès de nos propres découvertes confirme, en les appliquant, celle des anciens. L’identité du Niger avec les deux vallées confluentes du Djedî et de l’Igharghar, identité que votre rapporteur a le premier nettement affirmée, même avant le voyage de M. Duveyrier, est désormais un fait hors de discussion.

Ce n’est pas seulement dans sa Carte que M. Duveyrier a condensé les résultats physiques et mathématiques de ses vingt-neuf mois d’explorations, il les a développés dans un volume d’une étendue considérable auquel s’ajoutera plus tard un complément qui sera consacré à la partie commerciale du voyage. Ce premier volume se compose tout entier de faits et d’observations. L’hydrographie, la géologie, la climatologie, les déterminations astronomiques, l’hypsométrie, l’histoire naturelle et l’ethnographie, y sont l’objet d’une suite de chapitres d’un grand intérêt scientifique, sans préjudice de l’archéologie monumentale et épigraphique, sans oublier non plus les informations utiles au commerce. Une notice très-détaillée sur les Touâreg ajoute bien des particularités importantes, bien des faits nouveaux, à ceux que d’autres investigateurs, M. Carette, M. Daumas, M. Devaux, le docteur Barth, M. Hanoteau, nous avaient déjà donnés sur ce peuple remarquable, qui garde au cœur du Sahara, où l’invasion arabe du XIe siècle l’a repoussé, la pureté du sang berbère et l’idiome inaltéré de sa race.

Dans cet aperçu encore bien restreint, malgré son étendue, du caractère de cette exploration et de l’importance extrême de ses résultats, j’ai eu surtout pour objet, messieurs, comme organe de votre commission, d’exposer les raisons qui, d’une voix unanime, nous ont fait décerner à M. Henri Duveyrier la grande médaille d’or que la Société a jusqu’à présent consacrée chaque année à la découverte la plus importante en géographie. Nous n’avons pas oublié non plus, messieurs, que les longues investigations de M. Duveyrier, en même temps qu’elles ont puissamment servi la science, ont eu aussi des résultats fort importants pour l’extension de nos rapports avec les tribus intérieures. Servir à la fois l’honneur scientifique et les intérêts de son pays est un double titre que réunit M. Duveyrier.

Je n’aurai pas à m’étendre beaucoup, messieurs, sur les voyages qui auraient pu, en dehors de celui de M. Duveyrier, balancer les suffrages de votre commission. Il est une classe de travaux et d’explorations d’une nature tellement spéciale, tellement circonscrite dans leur nationalité et dans les intérêts qu’ils représentent, les explorations australiennes, par exemple, et celles des Russes dans l’Asie centrale, qu’elles restent nécessairement en dehors de nos concours. Parmi les explorations d’un caractère plus général qui auraient pu entrer cette année en balance avec celles de notre jeune compatriote, il n’en est qu’une, une seule, sur laquelle a dû se porter l’attention de votre commission : c’est le voyage si important du capitaine Speke et de son compagnon le capitaine Grant à travers la région des sources du Nil. Les capitaines Speke et Grant ont été les intrépides pionniers de cette difficile exploration de l’Afrique équatoriale, qui attend maintenant des investigations plus approfondies. Ils ont, pour la première fois, traversé la zone inexplorée où se trouvent les sources encore inconnues du fleuve d’Égypte ; leur voyage restera toujours comme une des entreprises mémorables de notre époque, comme un des faits importants de l’histoire des découvertes. Mais, d’une part, les droits de M. Henri Duveyrier avaient été réservés l’année dernière ; d’autre part, c’est un devoir pour votre Société d’attendre, avant de prononcer ses jugements, qu’une lumière complète se soit faite sur les questions. Il est d’ailleurs permis d’espérer que les deux voyageurs anglais ne s’arrêteront pas en si brillant chemin, et qu’ils auront quelque jour de nouveaux titres à ajouter à celui que nous avons cru devoir ajourner pour cette fois.

Déterminée par ces considérations, messieurs, votre commission décerne sa grande médaille d’or de 1864 à M. Henri Duveyrier, pour ses explorations du Sahara algérien, tunisien et tripolitain, ainsi que du pays des Touâreg. Nous honorons ainsi tout à la fois et l’importance des résultats obtenus, et la rare énergie en même temps que les hautes qualités scientifiques dont le voyageur a fait preuve, à un âge où il est si rare de trouver de tels mérites développés à ce point. En décernant ce prix si bien acquis, votre commission, messieurs, a obéi à une double pensée : c’est une récompense pour le passé ; c’est une espérance pour l’avenir.