Récolté dans l’Ouâd-Mezâb, pendant l’été 1859.
Echiochilon fruticosum Desf.
Ras-hamrâ (arabe).
Récolté le 7 mars 1860, entre El-Ouâd et Nafta.
Commun dans les terres de heycha.
Sans importance.
Lithospermum callosum Vahl.
Ralma (arabe).
Récolté dans la plaine d’El-Bâla entre Methlîli et El-Golêa’a le 8 septembre 1859.
Plante des sables, sans importance.
Trichodesma Africanum R. Br.
Tâlkaït (temâhaq).
Récolté le 1er mars 1861 à Tîn-Arrây.
SOLANÉES.
Physalis somnifera L.
Farhaorhao (temâhaq).
Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubâri et à Mourzouk. Commun dans toutes les oasis du Fezzân.
Grande plante ; narcotique comme les autres Solanées vireuses.
Lycium Mediterraneum Dunal.
Aoused (arabe).
Récolté dans les rochers de Djâdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el-Hâdj, le 18 octobre 1861.
Les Arabes font avec une décoction concentrée de Lycium et le blanc d’Espagne (Biodh-el-Ouedj) une pâte dont on couvre les yeux, dans la petite-vérole, pour éviter qu’ils soient atteints.
La même pâte est employée dans les ophtalmies graves.
Hyoscyamus Falezlez Coss. sp. nova.
Goungot (arabe tripolitain) ; Falezlez (arabe saharien) ; Afahlêhlé (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Gueráa-ben-’Aggiou, le 20 septembre 1860 ; commun entre Ghadâmès et Rhât, dans tout le pays des Touâreg ainsi qu’au Fezzân.
Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du Sahara, portent le nom de cette plante, Falezlez ou In-Afahlêhlé, notamment sur les routes de Rhât à Agadez et d’In-Sâlah à Timbouktou.
Le désert de Tânezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus au Sud. Cette plante nouvelle paraît exclusivement saharienne.
Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que les ruminants. Il engraisse les chameaux, les chèvres et les moutons, et donne la mort, en quelques heures, à l’homme, au cheval, à l’âne et au chien.
J’ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des circonstances qui doivent être relatées.
Un jour, mon cheval qui, pour la première fois dans le Sahara, rencontrait des feuilles vertes et tendres, se jeta avec avidité sur cet Hyoscyamus. Les Touâreg témoins de son inexpérience m’annoncèrent la mort très-prochaine de la pauvre bête.
Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d’un chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m’en rapporter au pronostic de mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m’abstenir, je goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les Touâreg avaient raison.
Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.
Peu après l’expérience, je fus pris d’un engourdissement et d’un froid général, avec la vue voilée, tendance et disposition au sommeil. Je me remis d’abord en prenant quelques gouttes de rhum, mais, pendant plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.
Mon cheval, qui avait été moins réservé que moi, commença à se coucher sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de tête convulsifs. L’œil devint terne tout de suite.
En vain je lui administrai de l’ammoniaque et de l’alcool étendu d’eau, puis, sur le conseil des Touâreg, une boisson faite avec du poivre rouge et des dattes : rien n’y fit. En quelques heures, l’animal était ballonné, il n’ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la nuit il mourut gonflé comme une outre.
Qui le croirait ? malgré les dangers de l’usage de cette plante, les indigènes l’emploient comme aliment et comme médicament ! Ses feuilles récoltées sont transportées, vendues et recherchées sur le marché de Timbouktou.
Je ferai connaître le mode d’emploi du falezlez en passant en revue les pratiques médicales des Touâreg.
D’après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l’altitude des lieux où elle croît. Presque inoffensive aux environs de Tripoli, déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif dans les montagnes des Touâreg. J’ignore si mes informateurs ne confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés différentes.
Quoi qu’il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont qualifiés de folie par les gens du pays.
L’Hyoscyamus Falezlez s’élève à 1/2 mètre de hauteur et met deux années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans, montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la végétation annuelle.
En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson, voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :
Racine simple, s’enfonçant verticalement à une certaine profondeur.
Feuilles larges, charnues, succulentes, d’un vert peu foncé, avec larges nervures presque blanches ;
Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;
Fleur violette ;
Solanum Melongena L.
Badindjâl (arabe).
L’aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.
Lycopersicum esculentum Dunal.
Tomâtich (arabe).
La tomate, plus encore que l’aubergine, est commune dans les jardins des oasis.
Capsicum annuum L.
Felfel-el-ahmar (arabe) ; Chitta (temâhaq).
Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour l’approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.
Nicotiana rustica L.
Doukhkhân (arabe) ; Tâba, Tâberha (temâhaq).
La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est très-fort et dont l’odeur est très-piquante.
C’est au Soûf et au Touât que les cultures sont les plus étendues.
L’usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans le Tell, et on le prend sous toutes les formes, per fas et nefas.
Chez les Touâreg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.
Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et par la bouche.
Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt, employent le tabac comme aphrodisiaque en s’en saupoudrant certain organe.
Pour l’honneur de l’humanité, je m’empresse de dire que cet usage exceptionnel et impudique, inconnu des Touâreg, est circonscrit dans le Sud-Est du Sahara algérien, de Laghouât au Soûf, particulièrement chez les arabes Nemêmcha. Là, ce mode d’emploi semble si naturel que la femme n’attend pas, dit-on, d’être hors de la vue de l’homme pour utiliser la prise qui lui a été offerte.
En raison de ces nombreux usages, le tabac est l’objet d’un grand commerce dans le Sud.
SCROFULARINÉES.
Linaria fruticosa Desf.
Tâzeret (temâhaq).
Récolté le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
Plante presque ligneuse.
Linaria laxiflora Desf.
Récolté le 1er mars 1860 à Mouï-el-Ferdjân, entre l’Ouâd-Rîgh et le Soûf.
Commun dans les terres de heycha.
Petite plante sans importance.
OROBANCHACÉES.
Phelipæa violacea Desf.
Dhânoûn (arabe) ; Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên (temâhaq).
Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles, haute de 60 centimètres, n’apparaissant que dans les sables, est mangée dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine. La fécule ainsi obtenue est mélangée à d’autres substances alimentaires.
LABIÉES.
Lavandula multifida L.
Kammoûn-el-djemel, Kerouïet-el-djemel (arabe) ; Djey (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân, près de Djâdo, le 28 octobre 1860 ; dans le pays des Harâba, le 12 novembre 1860 ; à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861. Signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
Cette plante est recherchée par les chameaux à raison de ses propriétés aromatiques.
Thymus hirtus Willd.
Za’ater (arabe).
Récolté entre Hâmma et Gâbès, le 18 mars 1860.
Tous les thyms auxquels les indigènes donnent le nom de za’ater sont récoltés et employés pour aromatiser les aliments. Les habitants des pays où ils croissent les échangent dans les oasis contre des dattes.
Dans la médecine arabe, les thyms sont employés comme stomachiques.
Thymus capitatus Link et Hoffm.
Za’ater (arabe).
Récolté sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
En général, dans le Sahara, les thyms marquent les lignes des bas-fonds par lesquelles s’écoulent les eaux pluviales.
Salvia Ægyptiaca L.
Récolté sur les berges de l’Ouâd-Mezâb, le 18 juillet 1859.
Les feuilles et les sommités fleuries de toutes les sauges sont employées par les indigènes en infusion théiforme, comme excitant digestif.
Beaucoup d’entre eux mettent volontiers des feuilles de sauge dans leurs fosses nasales pour y maintenir la fraîcheur.
Rosmarinus officinalis L.
Kelîl (arabe) ; Ouzbîr (berbère).
Récolté dans le pays des Harâba, le 12, et sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
Les feuilles de romarin, récoltées dans le Sahara, sont transportées par les caravanes dans l’Afrique centrale comme article d’échange.
On s’en sert pour aromatiser les aliments.
La médecine arabe leur attribue des propriétés vulnéraires : aussi toutes les plaies récentes sont-elles couvertes de poudre de romarin.
GLOBULARIÉES.
Globularia Alypum L.
Tâselrha (arabe et temâhaq).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
Dans toutes les contrées où pousse cette plante, ses branches et ses feuilles sont employées en tisane concentrée, et avec succès, contre les fièvres intermittentes et les éruptions furonculeuses.
PLOMBAGINÉES.
Statice Bonduellii Lestib.
Châchîet-edh-dhobb (arabe).
Récolté sur l’Ouâd-Mezâb, dans l’été 1859.
Statice globulariæfolia Desf.
Messâs (arabe).
Récolté dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 novembre 1860.
Statice pruinosa L.
Guedhâm-el-ghozâl (arabe).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859.
En général, toutes les Statice sont recherchées par les animaux comme plantes salées.
Limoniastrum Guyonianum DR.
Zeïta (arabe) ; Tafonfela (temâhaq).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; à El-Faïdh, le 31 mai 1860 ; signalé comme étant commun dans les oasis du Touât et dans les montagnes du Ahaggâr.
Cet arbuste atteint quelquefois les proportions d’un petit arbre et couvre d’assez grands espaces pour former des bosquets.
Bubania Feei de Girard.
Melhafet-el-khâdem, Râs-el-khâdem (arabe).
Reconnu en 1859, entre Methlîli et El-Golêa’a.
L’herbier de cette course, ainsi que d’autres parties de mon bagage, a été confisqué par les habitants de la ville alors inhospitalière d’El-Golêa’a.
PLANTAGINÉES.
Plantago ovata Forsk.
Halma (arabe).
Reconnu en quatre stations de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès, du 26 juillet au 12 août 1860.
Plantago albicans L.
Inem (arabe).
Récolté le 7 mars 1860, aux environs de Nakhlet-el-Mengoûb.
Affectionne les terrains de heycha.
Plantago Psyllium L.
Récolté le 13 mars 1860, aux environs du Chott-Melghîgh.
La poudre de tous les plantains est employée comme astringent pour cicatriser les ulcères.
SALSOLACÉES.
Beta vulgaris L. var. Cicla.
Selk (arabe).
Cultivé comme plante alimentaire dans les oasis.
Atriplex mollis Desf.
Jell, Djell (arabe).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; reconnu en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya.
Les Arabes attribuent au suc de cette plante la propriété d’amener la stérilité : aussi les femmes trop fécondes en font-elles souvent usage.
Atriplex Halimus L.
Guetof (arabe) ; Aramâs (temâhaq).
Récolté en mai et en octobre 1860, à El-Faîdh et à Djâdo. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
Cette plante est recherchée par tous les animaux à cause de la saveur saline de ses jeunes pousses. L’homme lui-même ne la dédaigne pas comme aliment. De plus, les Touâreg récoltent ses graines qu’ils mangent en bouillie.
Le bois de sa racine sert de brosse à dent ; on lui attribue des vertus antiscorbutiques.
On extrait de sa tige une soude que les indigènes appellent melh-el-guetof. Cette soude, quelquefois employée en médecine, sert principalement à la saponification de l’huile.
Cette plante frutescente, qui forme d’énormes buissons, déjà commune sur les côtes de Provence, s’étend sur le continent africain du littoral aux confins les plus reculés de mon exploration. Partout où le sol est un peu salin, on est à peu près certain de la retrouver.
Chenopodium murale L.
Lessîg (arabe) ; Tîbbi (mezabite).
Récolté à Ghardâya, en 1859, sur la lisière des jardins et sur les murs d’enceinte.
Chenopodina vera Moq.-Tand. ?
Souïd (arabe) ; Tirbâr (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1860.
Suæda vermiculata Forsk.
Souïd (arabe) ; Tirbâr (temâhaq).
Récolté dans les dunes d’El-’Arefdji, près de Negoûsa, le 20 février 1860. Reconnu aux environs de Ghadâmès.
Traganum nudatum Delile.
Dhomrân, Souïd-Ahmar (arabe) ; Tirehît (temâhaq) ; Tâsra (mezabite).
Échantillons de l’Ouâdi-Saádâna (19 août 1859), entre Methlîli et El-Golêa’a ; reconnu depuis en deux stations, autour de Ghadâmès ; en cinq, entre Ghadâmès et Rhât ; en trois, entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé dans le Ahaggâr, plaine et montagne, ainsi qu’au Touât.
Cette plante frutescente est recherchée avec avidité par les chameaux.
Caroxylon articulatum Moq.-Tand.
Remeth (arabe) ; Ouân-Ihedân (temâhaq).
Récolté, en 1859 et 1860, dans le Sahara algérien et tripolitain, où il est très-commun. Reconnu en six stations, plus au Sud, entre Ghadâmès et Rhât.
Salsola vermiculata L. var. microphylla. S. brevifolia Desf.
Guedhâm (arabe) ; Adjerwâhi (temâhaq).
Récolté dans les sables de Mouî-er-Robáâya, le 29 juillet 1860. Signalé comme étant commun dans les montagnes des Touâreg et dans l’oasis du Touât.
Salsola longifolia Forsk.
Semommed (arabe).
Récolté, le 12 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tînzeght.
Par l’incinération, cette plante, comme la précédente, donne une soude employée dans la fabrication du savon.
Anabasis articulata Moq.-Tand. var. gracilis.
Bâguel, Belbâl, Belbâla (arabe) ; Abelbâl, Tâza (temâhaq).
Récolté, le 20 novembre 1860, à Dhâhar-el-Djebel, et le 23 novembre 1859, à El-Mogherreb, au N.-O. d’El-’Alîya. Reconnu en cinq stations, dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès. Commun aux environs de Ghadâmès.
Cette plante ligneuse, quoique peu riche en matière alimentaire, est mangée par les chameaux.
Les Sahariens prétendent qu’on peut creuser des puits avec sécurité partout où croît le belbâl, parce qu’on est certain de trouver l’eau à peu de profondeur.
Ainsi, entre El-Ouâd et Ghadâmès, au milieu des dunes de l’’Erg, mes guides et le Cheïkh-’Othmân ont été unanimes à me signaler Haoudh-el-Belbâlât comme un point d’élection pour doter cette route de l’eau qui lui manque.
La disposition de la localité m’a paru correspondre aux indications des khebîr.
Cornulaca monacantha Delile.
El-Hâdh (arabe) ; Tâhara (temâhaq).
Récolté à Chaábet-Lekkâz, le 21 novembre 1859. Reconnu en cinq stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en trois stations, de Ghadâmès à Rhât ; en deux, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Indiqué comme étant commun dans les plaines au pied du Ahaggâr.
Cette plante sous-frutescente couvre de très-grands espaces sur les versants Sud des montagnes des Touâreg. Elle constitue un des fourrages recherchés des chameaux, malgré ses épines.
AMARANTACÉES.
Aerva Javanica L.
Tamakerkaït, Timekerkest (temâhaq).
Récolté à Aghelâd, le 8 février 1861. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
SALVADORACÉES.
Salvadora Persica L.
Siouâk (arabe vulgaire) ; Irâk (arabe littéral) ; Têhaq (temâhaq du Nord) ; Abezgui (dialecte d’Aïr) ; Teguî, Tijat (dialecte de Timbouktou).
Récolté en fleurs et en fruits à Afara-n-Wechcherân, le 1er janvier 1861. Commun partout au delà de la région de l’’Erg.
Cet arbre de la région tropicale, très-répandu dans le bassin du Niger, vient cependant en troisième ligne comme importance de la végétation ligneuse de la partie du territoire des Touâreg que j’ai visitée. Toutefois on ne l’y trouve que dans les vallées abritées et de préférence dans celles où les alluvions sablonneuses abondent.
C’est un bel arbre, de deuxième grandeur, dont le feuillage d’un beau vert tendre repose agréablement la vue fatiguée de la couleur sombre du pays.
Son fruit, d’un goût délectable, est employé comme aliment et comme médicament.
Ce fruit consiste en petites baies, semblables aux raisins de Corinthe, dit M. le docteur Barth, lesquels offrent un léger supplément au frugal menu du désert ; frais, il a un goût de poivre assez prononcé.
Comme l’illustre voyageur, j’ai mangé ce fruit, et mes impressions sur son mérite sont les mêmes.
Son bois odorant et solide, susceptible de se diviser en fibres très-fines, fournit les cure-dents et les brosses à dents si recherchés par les musulmans pour l’entretien de leur bouche. On sait que pour tous les peuples d’Orient la question du cure-dents est une grave affaire pour laquelle il est fait d’importantes recommandations dans les ouvrages de religion et de jurisprudence.
L’écorce de l’arbre, légèrement épispastique, est appliquée par les indigènes sur les blessures d’animaux venimeux.
Les chameaux mangent volontiers les feuilles fraîches de cet arbre, mais mélangées avec celles d’autres plantes à cause de leur goût d’amertume prononcé.
Dans toute la région où croît ce Salvadora, ses feuilles sont employées comme antisiphylitiques. A cet effet, on les réduit en poudre avec les épices connues sous le nom de râs-el-hânout (tête de la boutique), et chaque matin on en prend une dose en breuvage.
Calligonum comosum L’Hérit.
Arta, Resoû, Ezâl (arabe) ; Aresoû, Isaredj (temâhaq).
Récolté dans l’Ouâdi-Sa’adâna, le 21 août 1859 ; sur l’Ouâdi-Izêkra, le 5 février ; à Tîn-Têrdja, le 2 mars ; à Ouarâret, le 11 mars 1861. Reconnu en treize stations dans l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en onze stations, de Ghadâmès à Rhât ; en trois, de Tîterhsîn à la Cherguîya ; en plusieurs stations, de Methlîli à El-Golêa’a. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que dans tout le Touât.
Le Calligonum comosum forme d’épais buissons auxquels les chameaux donnent toujours un coup de dent en passant. Le bois de cette broussaille est souvent la seule ressource des caravanes pour cuire les aliments. Dans l’’Erg, cet arbuste devient un véritable arbre.
POLYGONÉES.
Polygonum equisetiforme Sibth. et Sm.
Récolté dans la Djefâra, 16 octobre 1860.
Rumex vesicarius L.
El-Hommîz (arabe) ; Tânesmîm (temâhaq).
Récolté au Rhedîr de Sâghen, dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, le 3 janvier, et dans l’Ouâdi-Alloûn, le 19 février 1861.
Plante comestible dont le goût rappelle celui de l’oseille.
THYMÉLÉACÉES.
Thymelæa hirsuta Endl. Passerina hirsuta. L.
Methenân (arabe).
Récolté dans l’Ouâd-Biskra, en janvier 1860.
Croît dans les sables. Commune sur le littoral de la Syrte.
EUPHORBIACÉES.
Euphorbia calyptrata Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Oumm-el-leben (arabe) ; Tellâkh (temâhaq).
Récolté le 3 janvier 1861, à Sâghen.
Euphorbia Guyoniana Boiss. et Reut.
Lebbîn (arabe).
Récolté dans les sables du Soûf, entre El-Ouâd et Sahên, le 5 mars 1860.
Euphorbia Paralias L.
Lebbîn, Lebeïna (arabe).
Récolté près de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Le suc de ces diverses Euphorbiacées est employé contre les morsures des vipères.
CANNABINÉES.
Cannabis sativa L.
Kerneb, Tekroûri, Hachîcha (arabe).
Cultivé dans quelques oasis, notamment dans le Fezzân, à Trâghen.
Les sommités fleuries de ce chanvre sont fumées dans des pipes ou mangées en confitures en vue de déterminer une sorte d’extase que les amateurs de hachîch (hachchâchîn) appellent kîf.
L’hébétude résulte souvent de ces pratiques qui heureusement ne sortent guère du cercle des fainéants ou de ceux qui ont voyagé en Orient. Les Touâreg entre autres ne font jamais usage du hachîch.
MORÉES.
Ficus Carica L.
Kerma (arabe) ; Ahar, Tâhart (temâhaq).
Après le dattier, le figuier est l’arbre le plus cultivé chez les Touâreg. Non-seulement on en trouve quelques pieds dans chaque jardin des oasis, mais encore on compte çà et là, dans les montagnes, quelques vergers exclusivement peuplés de figuiers.
Les figues provenant de ces cultures sont généralement mangées fraîches. Les figues sèches sont principalement tirées du littoral : cependant, on m’en a donné provenant de Mîherô.
SALICINÉES.
Populus alba L.
Safsaf (arabe).
Signalé sur un point du plateau de Tâdemâyt, à Hamâd-el-’Atchân, près de Tîn-Fedjaouîn.
Le peuplier blanc, très-commun dans le Tell, est une exception unique à cette latitude.
CONIFÈRES.
Ephedra alata Dcne.
’Alenda (arabe) ; Tîmatart (temâhaq).
Reconnu en douze stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès.
Les chameaux mangent ses jeunes pousses, à défaut d’autre nourriture.
Ses tiges et ses sommités, douées de propriétés astringentes, sont employées dans la matière médicale indigène.
Ses fruits sont comestibles.
Les branches de cet arbuste atteignent quelquefois trois mètres de hauteur. Près d’El-Arba-Tahtanîya, M. le docteur Cosson en a découvert « un magnifique pied dont le tronc, jusqu’aux ramifications principales, mesurait au-dessus du sol près d’un demi-mètre et dont la circonférence, prise au niveau du sol, atteignait 48 centimètres. »
Il y en a de plus grands encore sur l’Ouâd-el-’Alenda, dans le Soûf.
POTAMÉES.
Potamogeton pectinatus L.
Récolté dans la source de Tagotta.
Plante aquatique submergée.
PALMIERS.
Phœnix dactylifera L.
Nakhla (arabe) ; Tâzzeït (temâhaq).
Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation saharienne, non-seulement par le nombre des ghâbâ qu’il constitue, mais encore par l’importance des services directs ou indirects qu’il rend à l’habitant de la région désertique.
On donne, dans tout le Sahara, le nom de ghâbâ ou forêt à toute plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu’on appelle une oasis.
Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux groupes d’oasis appellent l’attention : celui de Ghadâmès, celui de Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
A Ghadâmès, on compte, m’a-t-on dit, 63,000 palmiers ; à Rhât, y compris les plantations des villages voisins, le nombre de ces arbres n’est pas moins considérable ; quant à ceux innombrés et presque innombrables du Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les unes aux autres sur d’immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud pour le Touât, quarante lieues de l’Est à l’Ouest pour le Fezzân.
En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de petites oasis dans les montagnes des Touâreg : à Djânet, à Idelès, et autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut-être pas un total de 6,000 palmiers.
Les produits directs du dattier sont les suivants :
La datte, themer des Arabes, teïni des Touâreg, aliment farineux et sucré, d’une conservation et d’un transport faciles, immense ressource pour des populations nomades et voyageuses ;
La palme, djerîda en arabe, taratta en temâhaq, comprenant le pétiole, ahebêr, et la feuille, takôla des Touâreg, employés, l’un sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l’autre comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs, de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus sous le nom d’articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier nain et le halfâ ;
La bourre, sa’af, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
Le noyau de la datte, a’lef, que l’on écrase et que l’on donne à manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
La sève, lâgmi, obtenue par incision et de laquelle on retire :
A l’état frais, le lait de palmier, boisson fade, quoique sucrée ;
Fermentée, le vin de palmier, dont le goût rappelle celui d’une jeune bière ;
Distillée, un alcool très-inférieur ;
Les fleurs, nouâr, réputées aphrodisiaques ;
L’involucre des fleurs, kemmamîn, aussi employé en médecine ;
Enfin, la tige du palmier, khechba, débitée comme le bois des autres arbres, et qu’à raison de ses services on a appelée sapin du Sahara. On l’emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne, le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de longueur.
En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut s’empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays, elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu’à lui seul il peut remplacer tous les autres arbres.
Mais le dattier n’est pas seulement utile par les produits directs dont il comble l’habitant des oasis, il l’est encore, au même degré, par les produits indirects qu’il permet d’obtenir à l’ombre de sa cime parasolaire qu’on peut comparer, contre la chaleur, à l’effet des serres contre le froid.
Les extrêmes se touchent en tout : dans nos climats tempérés, les plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu’à l’aide d’une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’une chaleur excessive et d’une lumière intense ; et cet abri, le dattier le donne en permettant à l’air de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu’ils couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l’excès de la chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l’excès du froid.
Sous l’abri protecteur des palmiers, l’Oasien peut cultiver une cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait complétement privé sans l’auxiliaire que la Providence a mis si libéralement à sa disposition : j’ai donc raison de dire que le dattier rend à l’habitant du Sahara autant de services par ses produits indirects que par ses produits directs, si nombreux qu’ils soient.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que le dattier, dans le Sahara, soit l’objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre pays du monde.
J’estime à l’égal des plus grandes conquêtes de l’homme sur la nature les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les conditions nécessaires à son existence.
Dans l’Ouâd-Rîgh et le bassin d’Ouarglâ, des puits artésiens creusés à bras d’homme jusqu’à la couche d’eau jaillissante ; dans l’Ouâd-Mezâb, d’immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l’’Erg, la lutte de tous les instants contre les envahissements des sables, constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la science et l’industrie dans nos États civilisés.
Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits, avoir la tête dans le feu et les pieds dans l’eau.
Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ; l’homme doit procurer à ses racines l’eau qu’elles réclament. Ce n’est pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert, d’une manière ou de l’autre, l’eau nécessaire.
Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de fontaines aménagées, l’irrigation est facile et se pratique à eau courante ; mais là où il n’y a que des puits ordinaires, l’eau doit être élevée par des machines ou à bras d’hommes, et l’arrosage, dans ce cas, impose des peines considérables.
Dans l’oasis du Soûf, où l’eau se trouve au-dessous du sol à des profondeurs variables de 0m 85 à 2m 55 et 4m 10, on plante le dattier de manière à ce que ses racines plongent dans l’eau. Là, du moins, le planteur est exonéré de l’obligation d’irriguer, mais cet avantage est chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre l’envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux engrais.
La charge d’engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le Soûf, 10 francs, et on n’hésite pas à donner, à un seul palmier, douze charges d’engrais, d’une valeur de 120 francs, ce qui, à raison d’une fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr. par an la dépense d’engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le même fruit que le pied de l’arbre d’où elle a été extraite, tandis qu’avec le noyau on n’est jamais certain de la qualité du fruit.
Cependant, c’est par les semis de noyaux qu’on a obtenu les nombreuses variétés de dattes du Sahara. On n’en compte guère moins de quarante. Il est vrai de dire qu’elles ne sont pas toutes également bonnes.
Les boutures provenant d’arbres faibles et maladifs paraissent mieux reprendre ; on leur donne le nom de arhedd.
On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent en voyage plus d’aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en bon état, de leur enlever leurs feuilles.
Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles portent le nom de zalloûch. On se borne à éviter de blesser les racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans mâchures ni déchirures.
On plante les boutures à l’automne, et, pour cette opération, on reconnaît plusieurs procédés.
Le plus sûr est celui appelé mechtoûla : il consiste à planter les boutures auprès d’un puits qui en permet l’arrosage. Au bout de six mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains défoncés, nommés toloûa’.
Au Soûf, on emploie un procédé appelé hachchâna : à cet effet, on met de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et qu’on a préalablement creusés jusqu’à apparition de l’eau. La bouture est plantée de manière à ce qu’elle ait le pied dans l’humidité. Quand elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites branches, djerîdât, et, au bout de trois ans, l’arbre est assez développé pour qu’il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
Au Soûf, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui n’est pas usité dans les autres oasis.
Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol sous ses racines, on supporte le tronc pendant l’opération et, sans le faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier et d’eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les palmiers ainsi restaurés sont appelés meseggueta.
En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, dhokkâra, des dattiers femelles, nakhla. Il suffit de quelques mâles pour féconder une plantation entière de femelles.
On distingue deux sortes de dattiers mâles : le sersâr, dont les spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe dès qu’on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes avortées, sîch. L’autre espèce, appelée khowwâr, produit des spathes d’une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
Inutile d’ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs dattiers par la caprification.
Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant aucun soin de l’homme, au lieu de s’élever en un tronc élancé, comme le dattier cultivé, ils se développent en broussailles, à la façon des palmiers nains (Chamærops humilis) du Tell. On donne à ces palmiers le nom de hachchâna. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des gazelles laisse les régimes intacts.
Cucifera Thebaica Delile.
Doûm (arabe) ; Tâgaït (temâhaq).
Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân, celle de Tedjerri.
LILIACÉES.
Asphodelus tenuifolius Cav.
Tâzia (arabe) ; Iziân (temâhaq).