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Missions au Sahara, tome 1 cover

Missions au Sahara, tome 1

Chapter 26: Conclusions générales.
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About This Book

The author presents a synthetic account of multiple expeditions across the northern Sahara, combining field observations, maps, photographs, and bibliographic synthesis to analyze geology, stratigraphy, hydrography and prehistoric ethnography. He distinguishes northern sedimentary terrains from the metamorphic central regions and contrasts Quaternary remnants: incised riverbeds in the north and fossil dunes in the south. Chapters treat place-names and onomastics, a monograph of a former river, and interpretations of stratigraphic architecture, while appendices collect survey, astronomical and topographical data. Photographs and maps accompany the discussion and paleontological material is acknowledged but largely deferred to specialists.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLIV.

Cliché Pichon

82. — A OUAN TOHRA. — LE BATEN AHNET, grès éo-dévoniens

(falaise terminale de l’Ahnet « falaise de glint »).

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLV.

Cliché Pichon

83. — OUED ARAK (Mouidir) ; UNE PAROI DU CANYON.

Au sommet, grès éo-dévonien : sous les éboulis, on retrouve aisément sur le terrain des roches cristallines (gneiss ?) en place.

Phototypie Bauer, Marchet et Cie, Dijon Cliché Pichon

84. — OUED TIBRATIN (près de Taoulaoun, Mouidir) ; — LARGE VALLÉE DANS LES ARGILES ÉO-DEVONIENNES.

Bon type de nebka, et de maader ; les arbustes sont des tamaris.

La falaise à gauche est en grès éo-dévonien ; au fond, silhouette de gara.

A quelques kilomètres à l’ouest de Tadjemout, il y a des cipolins. A Tadjemout même des grès à grain très fin, très durs, tout à fait semblables à ceux de l’Adr’ar Ahnet.

Adoukrouz et Adr’ar Ahnet. — On retrouve les roches prédévoniennes dans la cuvette d’Adoukrouz (extrémité orientale de l’Ahnet). Au puits d’Adoukrouz, il y a des schistes cristallins et ce qui m’a paru être un puissant filon de quartz. Mais à 500 mètres de là, on rencontre, dans l’est, des phyllades très puissantes et des grès, analogues aux formations de Bled el Mass. Ces couches sont violemment plissées : au Mouidir les plis sont orientés nord-sud, à Adoukrouz N.-O.-S.-E.

A H. Macin, nous avons noté en 1903 une roche cristalline d’allure schisteuse. A Foum Lacbet, on a trouvé en 1905 des calcaires bleus et blancs avec schistes, phyllades et quartz ; on observe des ripple-marks. L’affleurement des couches dessine un dôme anticlinal orienté N.-O.-S.-E., fermé vers le sud.

Fig. 56. — Au nord de l’Adr’ar Ahnet. — 1/600000.

Éodévonien : 6, grès ; 5, argiles ; 4, grès. — Silurien : 3, schistes cristallins ; 2, quartz ; 1, phyllades.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 211, fig. 3.)

L’énorme masse de l’Adr’ar Ahnet dans sa partie nord-orientale, qui a été directement observée, est constituée par des assises très puissantes de grès et de quartzites. Ces grès roses clairs sont très énergiquement plissés, injectés de filons de quartz, comme d’ailleurs toutes les formations siluriennes, tandis que les filons de quartz font tout à fait défaut dans le Dévonien de la région. Dans les grès de l’Adr’ar Ahnet les ripple-marks abondent. Le long de l’O. Tedjoudjoult on chemine plusieurs kilomètres dans cette formation sans en sortir, dans une direction pourtant à peu près perpendiculaire à l’axe de l’affleurement. Dans le lit de l’oued il est vrai, on rencontre quelques cailloux roulés cristallins. Toute la formation est affectée de plissements N.-O.-S.-E.

Les affleurements d’Adoukrouz, H. Macin, Foum Lacbet, Adr’ar Ahnet, simplement séparés les uns des autres par un placage d’alluvions anciennes ou récentes constituent un seul et même affleurement continu, où le Silurien est représenté, à l’est par des grès et des schistes, à l’ouest par des cipolins et des schistes cristallins.

Que ces grès et ces phyllades soient siluriens, cela est démontré, en l’absence de fossiles, par les relations stratigraphiques des couches avec l’Éodévonien, qu’on voit, en particulier dans des garas avoisinant Foum Lacbet, reposer horizontal sur la tranche des plis arasés.

D’autre part, que les schistes cristallins (cipolins, etc.) soient du Silurien métamorphisé, cela ressort de leurs relations avec les grès et les phyllades, dont ils sont la continuation et avec lesquels ils s’enchevêtrent.

Pourtant le Silurien sédimentaire et le métamorphisé sont, partout où l’observation a été possible, séparés par des failles avec dénivellation consécutive ; c’est le résultat, j’imagine, d’une différence de compacité et de massivité.

Le Silurien métamorphique constitue une pénéplaine recouverte d’un manteau troué d’alluvions, au-dessus de laquelle le Silurien sédimentaire se dresse en horsts abrupts, fraîchement disséqués par l’érosion.

Que s’il y a là une généralisation hâtive, du moins est-il certain que les phyllades à l’est d’Adoukrouz et les grès de l’Adr’ar Ahnet constituent des massifs montagneux déchiquetés de 100 à 300 mètres d’altitude relative au-dessus du socle de la pénéplaine.

L’Adjerazraz, qui a été vu de loin seulement, est un petit massif, très isolé et individualisé, qui a toutes les apparences d’un horst silurien plus petit que ses voisins, mais analogue[233].

Sud et Nord d’Aït el Kha. — Les affleurements siluriens de Tadjemout et de l’Adr’ar Ahnet sont des promontoires avancés, jusqu’au cœur du Mouidir-Ahnet, de cette grande pénéplaine, en grande partie silurienne, qu’est le Tanezrouft. Un troisième promontoire, du même genre, ou, si l’on préfère, un golfe, pénètre sous le méridien d’Aït el Kha au moins jusqu’à la hauteur de Foum Zeggag.

Au sud d’Aït el Kha, le manteau alluvionnaire est crevé de longues rides de schistes cristallins, étirées N.-O.-S.-E., et qui représentent apparemment le Silurien métamorphique.

Au nord d’Aït el Kha, à la hauteur de Foum Zeggag, on rencontre un filon éruptif d’une roche granulitique.

L’Éodévonien. — Ce substratum silurien, et sans doute aussi, pour quelques parcelles, archéen et éruptif, qu’on peut étudier sur de grandes étendues dans le sud du Mouidir-Ahnet est recouvert par des grès éodévoniens, de facies très uniforme, et dont l’extension dépasse d’ailleurs de beaucoup les limites de la région étudiée.

L’âge de cette formation est déterminée par des fossiles provenant de nombreux gisements (Tikeidi, Taloak, Taguerguera, etc.). Tous ces gisements sont à la partie tout à fait supérieure de la formation. Les fossiles ont été étudiés par M. Haug[234].

Spirifer cf. Hercyniæ Gieb. Wilsonia Henrici Barr.
Spirifer nov. sp. Pterinæa fasciculata Goldf.
Tropidoleptus rhenanus Frech. v. Sahariana. Edmondia.
Tentaculites aff. spiculus Hall.
Pentamerus cf. vogelicus de Ver. Homalonotus cf. Herscheli Murch.

Ces fossiles sont caractéristiques « de l’étage coblentzien ».

M. Chudeau a établi comme suit la succession des couches éodévoniennes dans l’Açedjerad et l’Ahnet, numérotées de la base au sommet.

1. Grès grossier et poudingue rougeâtre 30 mètres.
2. Poudingues, arkoses et psammites en bancs bien lités (galets de 4 à 5 centimètres dans le poudingue) 40
ÉODÉVONIEN INFÉRIEUR 3. Grès formant muraille verticale d’un seul bloc. On y distingue cependant sur la cassure fraîche des arkoses, psammites, etc., le tout intimement lié 80
4. Grès en bancs irréguliers hétérogènes ruiniformes 20
5. Argiles blanches et violettes 30
6. Grès bien lités bancs minces 80
ÉODÉVONIEN SUPÉRIEUR bancs plus épais 2-3 mètres
grandes dalles minces de 0,20 (4 mètres)
7. Argiles bariolées 10
8. Grès en bancs irréguliers fossilifères (Ripple-marks, Bilobites) 10
Épaisseur totale de la formation éodévonienne 300 mètres.

1, 2, 3, n’affleurent pas dans l’Açedjerad. On ne les a vus que plus à l’est près de l’Adr’ar Ahnet. 4 affleure à Ouallen et à l’ouest de Meghdoua (croupe d’Insemmen). Les argiles 5 jouent un rôle important ; elles correspondent à des vallées très larges (Ouallen), ou à des dépressions comme entre Iglitten et Taksist (fig. 59). Par leur plasticité, elles expliquent l’indépendance des compartiments supérieur et inférieur entre eux.

Sauf à la partie supérieure, peu ou pas de fossiles, mais toujours des ripple, des stratifications obliques. Aucune roche éruptive, pas même un filon de quartz.

Les éléments de cette analyse serrée ont été recueillis dans l’Açedjerad et dans l’Ahnet ; mais dans ses grandes lignes cette analyse est valable pour le Mouidir occidental.

A coup sûr, les termes principaux de la série sont représentés ; en particulier les argiles médianes sont très développées dans la cuvette de Taoulaoun, qu’elles conditionnent ; les fossiles se trouvent dans les couches supérieures et ne se trouvent que là ; on y trouve aussi, dans la pâte de la roche, des colonnettes gréseuses bien individualisées, ayant parfois la grosseur du poing, et que le lieutenant Besset a signalées le premier. Ces lusus naturæ qu’on a pris pour des fossiles végétaux font défaut, semble-t-il, dans l’Ahnet.

En somme une formation, presque entièrement gréseuse, très uniforme, et qui, vue superficiellement, le paraît davantage encore parce que tous les grès sont revêtus d’une patine désertique noire de poix sous laquelle la moindre égratignure fait apparaître le cœur plus ou moins clair de la roche.

Fig. 57. — Taloak à l’Adr’ar Ahnet. — 1/750000.

S, Silurien ; γ, Granulite, D1-8, Dévonien, inf. ; q, Tuf quaternaire.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 213, fig. 4.)

Dans tout le Mouidir-Ahnet, l’Éodévonien affleure, à l’exclusion de toute formation postérieure, à une seule exception près : un lambeau méso-dévonien s’est conservé dans la cuvette d’Igliten.

Stratigraphie. — Les relations stratigraphiques de l’Éodévonien et du Silurien s’observent avec une admirable netteté sur tout le pourtour de la cuvette de Tadjemout. Le Dévonien horizontal repose sur la tranche des couches siluriennes ou archéennes.

C’est bien net, en particulier à Tahount Arak (voir pl. XLV, phot. 83), ou encore aux environs de Tin Teraldji, voire même à Tadjemout, quoique le sommet de l’arête silurienne qui domine le puits ait été découronné du Dévonien.

L’Éodévonien en plateaux tabulaires délimités par des falaises reposant sur la pénéplaine silurienne, telle est la règle générale le long de la ligne de contact entre les deux formations dévonienne et silurienne.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLVI.

Clichés Pichon

85. — OUED ADJAM : Porte qui donne accès dans le horst silurien d’Adoukrouz.

Dans l’échancrure, au fond, très floues, les collines siluriennes ; au premier plan, de part et d’autre de l’échancrure, mais bien visibles surtout à droite, les grès éo-dévoniens, basculés le long de la faille.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLVII.

Cliché Pichon

86. — PRÈS DE L’OUED ADJAM, au nord d’Adoukrouz ;

grès éo-dévoniens basculés le long de la faille ; vue de détail.

Cliché Pichon

87. — Même sujet que 86, vue d’ensemble.

A la limite extrême du premier plan, un redjem.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLVIII.

Cliché Pichon

88. — Près de l’Oued Adjam ; la muraille de grès éo-dévonien basculée au nord d’Adoukrouz.

La muraille est double par intercalation d’un horizon argileux.

Cliché Pichon

89. — L’ADRAR AHNET.

Profil déchiqueté de sierra, caractéristique des collines siluriennes ;

à gauche un Talha (faux gommier).

L’Éodévonien se termine sur la pénéplaine silurienne par ce qu’on appelle ailleurs des falaises de glint ; c’est ce que les Arabes appellent le baten Ahnet. (Voir pl. XLIV, phot. 82.) Les lacs de glint ne font même pas défaut, représentés par des maader (maader Arak, par exemple).

La continuité du baten est pourtant interrompue assez souvent lorsque la ligne de contact coïncide avec une ligne de faille. C’est le cas par exemple au voisinage d’Adoukrouz.

Autour d’Adoukrouz, on l’a déjà dit, l’ancienne pénéplaine constitue un horst en relief très marqué de 100 à 300 mètres, énergiquement disséqué et formant une masse montagneuse confuse.

Sur la face nord et nord-ouest du horst, l’Éodévonien a basculé le long de la faille, formant un placage continu de couches redressées à 45°, suivant une ligne en arc de cercle. (Voir pl. XLVI, phot. 85 et pl. XLVII, phot. 86 et 87.)

L’Éodévonien tout entier est représenté, de sorte que l’arête est double, les argiles s’étànt accusées en creux, comme on le voit sur la coupe d’Adoukrouz (fig. 56). (Voir pl. XLVIII, phot. 88.)

La coupe de Taloak à Ouan Tohra montre à Foum Lacbet un cas analogue ; un paquet de grès éodévonien redressé le long de la faille limite de la pénéplaine (fig. 57).

Entre Haci Macin et le bord de la hammada dévonienne on observe le contact des deux terrains sous une forme nouvelle : la hammada se continue par la pénéplaine sans accident topographique, horizontalement. La faille a amené les couches éodévoniennes au niveau exact de la pénéplaine. Ces failles, ou, plus exactement, vu leur faible amplitude, ces diaclases expliquent le relief du Mouidir-Ahnet.

En général le Dévonien est dans l’ensemble horizontal ou affecté d’une inclinaison générale très régulière et très faible. Voir par exemple les coupes Ouallen Meghdoua et Taloak-Ouan Tohra (fig. 59 et 57).

Parfois les couches dévoniennes apparaissent brusquement avec une inclinaison très forte, égale ou supérieure à 45°. Ainsi dans les deux coupes précitées on est frappé de la juxtaposition des couches horizontales avec des couches complètement basculées. C’est que les argiles rendent les deux masses gréseuses indépendantes et facilitent ces mouvements locaux de bascule le long des diaclases.

On se rend un compte bien net de la structure du Mouidir occidental en jetant un coup d’œil sur la coupe (fig. 58) de Tadjemout à l’erg Timeskis par Foum Tebalelt ; de part et d’autre de la pénéplaine à Tadjemout et à Foum Tebalelt l’Éodévonien est représenté par les mêmes couches horizontales ; mais il s’en faut qu’elles soient au même niveau, il y a une différence d’au moins 100 mètres. Au-dessus du niveau à peu près uniforme de la pénéplaine la falaise de Tadjemout est deux fois plus élevée que celle de Tebalelt. La muraille de Tadjemout avec ses à-pics de plus de 200 mètres ne forme pas seulement la bordure de la pénéplaine à l’est, elle se prolonge très loin au nord sur la rive droite de l’O. Tiratimine, au moins jusqu’à la cuvette de Taoulaoun. C’est un gigantesque gradin qui sépare le petit Mouidir occidental que nous étudions d’un autre Mouidir, oriental, beaucoup plus étendu et beaucoup plus élevé. On ne conçoit pas qu’il puisse y avoir là autre chose qu’une longue diaclase.

Fig. 58. — Coupe de l’erg Timeskis à Tadjemout. — Long. : 1/600000 ; haut. : 1/20000.

4, Grès éodév. sup. ; 3, Grès éodév. inf. ; 2, Silurien ; Schistes cristallins ; 1, Quartzites.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 216, fig. 5.)

Dans le Foum Tebalelt j’ai noté des couches éodévoniennes horizontales, mais gondolées et qui semblent attester que le soubassement a été affecté de très petites failles.

Enfin à l’extrémité de la coupe, entre l’ennoyage de l’oued Timeskis et l’erg on voit pointer des couches éodévoniennes violemment redressées à quelques centaines de mètres à peine de distance et, à une centaine de mètres en contre-bas, des grès dévoniens horizontaux. La diaclase est donc évidente.

Ces couches redressées de l’O. Timeskis sont à la limite ouest du Mouidir comme celles de l’O. In Belrem dont elles sont l’évidente continuation.

En somme, cette partie du Mouidir est un premier gradin occidental, encadré entre deux grandes failles nord-sud, à regard ouest, ayant amené chacune une dénivellation d’une centaine de mètres.

La route suivie entre Timeskis et l’O. Souf Mellen ne sort pas de l’Éodévonien. Il est vrai que la limite des roches anciennes ne doit pas être éloignée, car on trouve, en assez grand nombre, dans le lit de l’O. Souf Mellen, des cailloux roulés cristallins.

Ce sont des couches généralement horizontales, mais affectées au voisinage de l’O. Timeskis, de petites failles qui ont dérangé l’horizontalité.

La structure de l’Ahnet-Açedjerad est aussi conditionnée par des diaclases, quoiqu’il puisse n’y pas paraître au premier abord. En effet, les accidents éodévoniens isolés de Tikeidi et de Timeguerden sont des dômes anticlinaux fermés.

Entre l’O. Takçis et l’O. Meraguen, l’Açedjerad projette une longue arête anticlinale. La cuvette d’Iglitten est nettement synclinale.

Fig. 59. — Coupe transversale de l’Açedjerad. — 1/250000.

D4-8, Éodévonien ; D8, Grès fossilifères, 10 ; D7 Argiles, 10 ; D6, Grès, 80 ; D5, Argiles, 30 ; D4, Grès ruiniformes, 20 ; — Dm, Dévonien moyen, Argiles et Calc. à Orthocères.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 217, fig. 6.)

Sous les ergs Tessegaffi et Ennfouss, l’extrémité méridionale de la pénéplaine méso-dévonienne, se raccordant aux dernières pentes de l’Ahnet et de l’Açedjerad, a tout à fait les allures d’une cuvette synclinale fermée au sud.

Il y a donc toutes les apparences d’un système de plis. Et ce n’est pas particulier à la région considérée ; le Mouidir oriental, tel que la carte du lieutenant Besset nous l’a révélé[235], présente ces mêmes apparences à un plus haut degré encore ; il se termine au nord par un chapelet de dômes anticlinaux, et sa forme générale est curieusement symétrique à l’Ahnet-Açedjerad.

C’est que l’Éodévonien a une faible épaisseur, 300 mètres environ ; à travers cette mince couverture, se trahissent en surface les plis calédoniens sous-jacents, qui ont dirigé les diaclases. Un coup d’œil sur les coupes Ouallen-Megdoua (fig. 59) et Taloak-Ouan Tohra (fig. 57) montre qu’on n’a pas affaire à des couches proprement plissées, mais à des formations dont l’horizontalité a été dérangée seulement par des diaclases.

Jeunesse des diaclases. — Ces failles et ces diaclases sont très jeunes ; on ne s’expliquerait pas autrement la jeunesse du relief. Les hammadas dévoniennes sont entaillées de canyons étroits et profonds dans lesquels les oueds s’ils coulaient, auraient des allures torrentielles (voir pl. VI, phot. 11 et 12, pl. XLV, phot. 83) ; tout à fait torrentielles sont également les vallées qui entaillent les horsts siluriens, disséqués et déchiquetés comme des sommets alpestres. (Voir pl. XLIX, phot. 91, pl. L, phot. 92.)

Avec ces tronçons de lits aux pentes rapides contrastent les allures des oueds au débouché des canyons et des torrents sur les pénéplaines. Là ils s’étalent en larges maaders, qui seraient des lacs ou des marais sous un climat humide. Le réseau hydrographique est évidemment loin de la maturité. Il est vrai que sous le climat actuel il ne peut mûrir que lentement, mais on sait que le climat quaternaire était bien plus humide que l’actuel.

Les oueds du Tadmaït ont exactement les mêmes allures (O. Aglagal, par exemple). (Voir pl. XLIII, phot. 81.)

Conclusions générales.

En résumé on voit assez nettement dans son ensemble la structure de toute cette région (Tidikelt, pénéplaine carbonifère, Mouidir-Ahnet).

Les oasis du Tidikelt jalonnent un long fossé d’effondrement entre les causses crétacés du Tadmaït et les plateaux gréseux Touaregs. L’existence de ce fossé est conditionnée par de grandes failles orientées est-ouest, et dont l’âge récent n’est pas douteux, puisqu’elles ont affecté toutes les couches crétacées ; il est encore attesté par la jeunesse de l’érosion.

Tout cela est donc tertiaire et en relation évidente avec la surrection de l’Atlas.

Par ailleurs la structure du pays est en rapport étroit avec de très anciens accidents hercyniens et calédoniens.

Ou est frappé d’abord de voir au fond du fossé courir la vieille suture entre les deux zones hercynienne et calédonienne. Tout se passe comme si la vieille cicatrice avait imposé sa direction aux jeunes failles ; il y a là apparemment une ligne de moindre résistance dans l’écorce terrestre. Non seulement au Tidikelt, mais encore au Touat, il y a une concordance entre les limites des plissements hercyniens et celles de la transgression cénomanienne.

Les plis hercyniens et calédoniens ont tous une direction oscillant autour de nord-sud. Cette direction s’est ainsi imposée à beaucoup de failles récentes ou de plis posthumes, et elle joue un grand rôle dans la configuration actuelle du pays.

Tout d’abord le nord de l’Afrique tout entier, dans la région qui nous intéresse est parcouru par un grand axe orographique orienté nord-sud ; un chapelet de sommets.

C’est, au sud, le Hoggar, puis en allant vers le nord, l’Ifetessen, point culminant du Mouidir, au Tidikelt même c’est le dj. Idjeran, et le dj. Azzaz, qui prolongent le Mouidir jusqu’au contact du Tadmaït.

Si mal connus que soient les causses crétacés on ne peut pas mettre en doute l’existence d’un bombement anticlinal très accusé qui sépare les ergs orientaux et occidentaux, les oasis d’Ouargla et du Touat. Enfin, en Algérie même, on retrouve peut-être un dernier écho de ce grand axe nord-sud. Dans sa prolongation, en effet, se trouvent les hauts plateaux miocènes de Médéa, qui contrastent curieusement avec le niveau très bas des dépôts contemporains dans la vallée du Chéliff à l’ouest et dans celle de l’O. Souman à l’est.

En somme, une grande arête, très accusée et très bien marquée, un trait tout à fait essentiel de l’orographie nord-africaine, sépare les bassins de l’Igargar et de l’O. Messaoud.

Il faut noter au Tidikelt que les oasis apparaissent à l’ouest du dj. Azzaz. — A l’est le fossé d’effondrement semble se prolonger très loin mais il est désert.

La direction nord-sud joue donc un rôle considérable dans la structure générale ; elle se retrouve à chaque instant dans les détails du modelé.

Chaque oasis du Tidikelt aligne ses palmiers au fond d’une cuvette synclinale dont le grand axe court nord-sud. La coupure d’In R’ar a cette même direction ; de même que presque toutes les diaclases de l’Açedjerad, de l’Ahnet, du Mouidir.

En somme, un pays d’architecture tabulaire où le contre-coup de la surrection de l’Atlas s’est fait sentir énergiquement ; les failles, les diaclases, les plis posthumes tertiaires, ont suivi les directions qui leur étaient imposées par celles des plis et des failles primaires.

Toute la région est drainée par l’O. Djar’ét, dont le réseau compliqué est aujourd’hui bien connu dans ses grandes lignes. — La contribution de Tadmaït est très faible, le seul affluent considérable qu’il envoie au Djar’ét est l’O. Souf qui a creusé la coupure d’In R’ar. Du Mouidir, de l’Ahnet, de l’Açedjerad, de grandes artères (le Bota, le Nazarif, le Souf Mellen, l’Adrem, le Meraguen) convergent et viennent se perdre dans la grande sebkha Mekhergan. Il est probable que cette grande sebkha avait à l’âge quaternaire un émissaire encore inconnu qui rattachait tout le système à celui de l’O. Messaoud. On s’est expliqué là-dessus dans un chapitre antérieur.

Inutile de dire que ce grand réseau quaternaire n’a plus un intérêt actuel, on ne sait même pas dans quelle mesure il est susceptible d’être animé accidentellement par de grandes crues.

Ce qui est certain c’est que les grandes artères, toute la partie basse du réseau, tout ce qui, dans un pays humide, serait particulièrement vivant, tout cela aujourd’hui est un désert, un Tanezrouft. La vie s’est réfugiée à la périphérie, de part et d’autre de l’artère centrale, d’un côté au Tidikelt et de l’autre sur les plateaux touaregs.

Le Tidikelt.

Le Tidikelt a certainement de grandes affinités déjà signalées avec le Touat et le Gourara. Il les continue linéairement, c’est l’extrémité de la « rue de palmiers ». Notons pourtant que la continuité au Tidikelt est interrompue par des brèches fréquentes et notables.

Ici comme au Touat et au Gourara les oasis sont en général sur la plus inférieure des couches crétacées, les grès albiens ; ces grès sont recouverts par place par des terrains d’atterrissement récents, en un point (pourtour de la coupure d’In R’ar) ils font défaut et sont remplacés par des calcaires crétacés d’étage indéterminé. Mais la nappe d’eau est bien dans le Crétacé. Il a été souvent question de la « r’aba » du Tidikelt, qui est naturellement non pas une forêt, comme le sens usuel du mot arabe r’aba semblerait l’indiquer, mais un pâturage de chameaux, maigre et piteux d’ailleurs. C’est un long ruban de verdure rare et grise qui s’étire exactement à la limite du Crétacé et du Primaire, mais toujours exclusivement sur le Crétacé.

La r’aba est un lieu de sources ou de points d’eau ; elles sont particulièrement abondantes autour de la grande trouée d’In R’ar mais, plus ou moins serrées, elles se retrouvent partout dans la r’aba. Ainsi donc, au sommet de la falaise secondaire, des sources, une brousse de zita et d’autres arbustes sahariens ; en bas, sans transition, sur la pénéplaine carboniférienne, l’aridité absolue, le désert maximum. Ce contraste saisissant est le même partout.

C’est ainsi d’ailleurs que les assez beaux pâturages du Gourara méridional (Bel R’azi, Deldoul, Lella R’aba) sont sur le Crétacé et s’arrêtent brusquement à la limite des terrains primaires.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. XLIX.

Cliché Laperrine

90. — BLED EL MASS.

Couches siluriennes (phyllades) très énergiquement plissées et arasées, sur le terrain on les voit supporter le dévonien horizontal.

Cliché Gautier

91. — Dans l’Adrar Ahnet (guelta d’Ouan Tohra), une gorge sauvage au fond de laquelle la progression n’est pas possible sans corde. — Grès quarziteux.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. L.

Cliché Pichon

92. — ADRAR AHNET ; UN RAVIN DANS LES GRÈS SILURIENS.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl. LI.

Cliché Pichon

93. — ADRAR AHNET ; OUED TEDJOULJOULT. — Grès Siluriens.

Il n’est pas possible de se soustraire à la conclusion que la nappe d’eau se trouve dans le Crétacé.

Mais d’où vient-elle ?

M. Flamand attribue à l’eau d’In Salah une origine méridionale ; il la croit venue du Mouidir et l’hypothèse n’est pas invraisemblable ; les grès du Mouidir sont, assurément, un gros réservoir d’humidité, avec lequel il est facile d’imaginer que le Tidikelt puisse être en communication.

Il est certain que le dj. Azzaz et le dj. Idjeran, affleurement de grès dévonien qui borne à l’est le Tidikelt, sont des lieux de sources (Aïn Kahla, etc.) et ces sources sont alimentées par le Mouidir. A l’autre bout du Tidikelt Aïn Cheikh jaillit de même dans un affleurement de grès éodévonien. Il semble donc bien que la nappe souterraine des grès méridionaux doive trouver son chemin jusqu’au Tidikelt où l’existence de failles facilite son ascension. D’autre part pourtant, on ne peut guère supposer que l’oasis d’In R’ar soit, par une coïncidence purement fortuite, précisément au débouché d’un grand oued descendu du Tadmaït. Il faut apparemment se garder de conclusions absolues et supposer que le Mouidir et le Tadmaït collaborent à la prospérité du Tidikelt.

Il en a grand besoin, car il se trouve dans des conditions défavorables pour utiliser la nappe d’eau du Tadmaït, qui manifestement d’après la pente générale du terrain est surtout drainé au profit des autres groupes d’oasis (Ouargla, Gourara, Touat).

N’oublions pas il est vrai que le Tidikelt, comme importance numérique en palmiers et en âmes, est inférieur de moitié au Touat ou au Gourara. Un coup d’œil sur la carte montre que, au Tidikelt, la distribution des oasis est assez particulière.

Tandis que les palmeraies du Gourara et du Touat s’étendent bout à bout, en formation linéaire, les palmeraies d’In Salah, d’In R’ar, d’Aoulef, etc., sont parallèles l’une à l’autre, en colonne de compagnie.

Cela revient à dire que chacune a son originalité propre, et sa nappe d’eau particulière. Il serait désirable d’en avoir des monographies.

Quoique ces études de détail fassent défaut on peut affirmer cependant, en règle générale, que chaque palmeraie est en relation avec une petite cuvette syndicale, allongée nord-sud, petit pli posthume déterminé par un effondrement local du substratum hercynien ou calédonien. Cette petite cuvette synclinale est une poche où l’eau s’est accumulée comme le montre non seulement l’existence de l’oasis mais encore en général celle d’une ou plusieurs sebkhas.

La carte ci-jointe, dressée par M. le lieutenant Voinot, et qui m’a été communiquée par M. le commandant Lacroix, rend sensible cette disposition à l’oasis d’Aoulef-Timokten. La cuvette synclinale n’est pas marquée seulement par les courbes de niveau, mais encore par des foggaras, naturellement normales à la pente, et qui viennent de l’ouest à Timokten et de l’est au contraire à l’Aoulef. Cette disposition des foggaras en auréole ou en rose des vents autour d’une sebkha centrale ne se retrouve nulle part ni au Touat, ni même je crois au Gourara, où le parallélisme des foggaras entre elles est la règle générale.

Fig. 60. — Carte d’Aoulef, dressée par M. le lieutenant Voinot.

(Les traits noirs convergents sont les foggaras.)

Notons pourtant que certaines oasis du Gourara, en petit nombre (par exemple Ouled Mahmoud), sont elles aussi en relation avec de petits plis posthumes.

Cette similitude apparaîtra accentuée si on se rappelle que le Gourara a quelques puits artésiens (Ouled Mahmoud en particulier). Depuis notre installation aux oasis nous avons fait des efforts infructueux pour en forer au Touat — couronnés de succès au contraire au Tidikelt, au moins sur certains points.

D’après M. le lieutenant Voinot le Tidikelt a 8 puits artésiens : 1 à Foggaret ez Zoua, 4 à In Salah, 1 à Akabli, 1 à Tit, 1 à In R’ar. Evidemment l’accumulation des eaux dans des cuvettes synclinales explique le succès de ces forages.

Le Tidikelt a donc une hydrographie assez originale. D’autre part on sait déjà qu’il partage avec le bas Touat le privilège regrettable d’être ensablé. In Salah est très menacé par les dunes. Aoulef l’est aussi comme en témoigne la carte. D’après les traditions, dans un certain nombre de ksars l’homme a été chassé par le sable.

Notons cependant que dans le fossé d’effondrement, qui a le monopole des dunes, le Tidikelt est bien loin d’être le point le plus ensablé. Les grosses agglomérations de dunes se trouvent dans les maaders du Bota (erg Tegant, erg Iris), et de l’O. Adrem (erg Ennfous, erg Tessegafi), c’est-à-dire au point précis où il est naturel qu’ils soient, si on admet un rapport entre les alluvions et les dunes.

Histoire. — C’est au point de vue humain que le Tidikelt se distingue franchement du Touat et du Gourara.

A ce point de vue la meilleure monographie a été rédigée il y a plusieurs années déjà par M. le lieutenant Voinot. Elle n’a pas été publiée encore, et il est à craindre qu’elle ne le soit jamais ; c’est une raison de plus pour lui faire de larges emprunts[236].

Dans le travail de M. Voinot, la partie historique est très neuve et très intéressante.

Dans le haut Touat, au Gourara, dans l’O. Saoura il ne subsiste pas de traditions indigènes concernant le premier aménagement hydraulique du pays ; aussi loin que va la mémoire humaine on retrouve les oasis déjà existantes. Elles sont probablement préislamiques ; en tout cas il est impossible d’affirmer qu’elles ne le sont pas.

Au bas Touat, d’après Watin[237], des traditions un peu confuses assignent une date à l’établissement des premières foggaras. Elles auraient été creusées par les Barmata, au IIIe siècle de l’hégire, c’est-à-dire au Xe siècle de J.-C. Auparavant il n’y aurait eu au Reggan que des puits de caravane, creusés par les Arabes Moakel, nomades du Sahel, qui « avaient établi un courant commercial entre le Soudan et le Maroc ». Ces traditions sont, il est vrai, fâcheusement associées à l’étymologie Ouatin Touat, ce qui n’est pas pour leur donner un caractère d’authenticité ; elles méritent pourtant attention.

Au Tidikelt le doute n’est plus permis, les traditions recueillies par Voinot sont nombreuses, précises et concordantes. Partout le souvenir s’est conservé d’une époque où le pays entier était un pâturage, parcouru par les troupeaux touaregs, et dont la r’aba est aujourd’hui le dernier vestige. Dans chaque oasis on indique exactement la date de la fondation.

In Salah serait la plus ancienne ; ce fut un pâturage des Touaregs Kel Amellen jusqu’au XIIIe siècle environ, époque où les premières foggaras auraient été creusées par un nègre nommé Salah, et un certain Mohammed el Hedda, venu de Deldoul (Gourara). De là évidemment l’étymologie Aïn Salah, inventée après coup par les Arabes, puisque le nom véritable est In Salah, et que la particule Berbère In est fréquente dans l’onomastique (In R’ar, In Belrem, etc.).

Viennent ensuite par ordre d’ancienneté :

Akabli, — autrefois pâturage de Hacci Debder — l’oasis a été fondée en 1230 — agrandie en 1235, 1255, 1273, 1303.

Aoulef, puis Tit, puis In R’ar.

L’oasis de Timokten n’a été mise en culture qu’aux environs de 1700.

Les oasis de l’extrême est, Haci el Hadjar, Milianah, Foggaret el Arab, Igosten, datent du XVIIIe siècle. A Foggaret el Arab, la foggara la plus ancienne, foggara el Guedima, est de 1720 ; la plus récente, celle de Hadj Ali, est de 1800.

Ce sont là des souvenirs précis, souvent datés, quelques-uns tout récents, et qui ne peuvent pas être mis en doute.

Aussi bien les défricheurs du Tidikelt sont venus très souvent du Touat et du Gourara.

A Aoulef la migration de 1303 est celle des Ouled Meriem du Reggan. Les Ahl Azzi qui fondèrent Tit venaient de Fenourin (Touat). Parmi les fondateurs de Timokten, les uns (Ouled Yahia) venaient de Deldoul, les autres (Ouled Dehane) du Timmi.

Il est clair que parmi les trois groupes touatiens, le Tidikelt est le plus récent de beaucoup, c’est une idée toute nouvelle et que nous devons entièrement à M. Voinot.

On sait anciennement que les inscriptions tifinar’ ne sont pas rares au Tadmaït[238], et les Touaregs affirment que le Tadmaït fut jadis leur domaine. Tout confirme donc le recul des Touaregs au Tidikelt dans les derniers siècles.

La grande poussée d’arabisation, venue de l’ouest, du Maroc et de la Seguiet el Hamra, ce qu’on pourrait appeler la poussée andalouse, a donc eu sa répercussion jusqu’ici. Elle a refoulé les Berbères hors du Tidikelt, et du même coup elle y a apporté l’agriculture. Nous saisissons ici sur le fait, beaucoup plus nettement qu’ailleurs, le lien qui existe entre la poussée andalouse et le progrès économique au Sahara, et sans doute il n’est pas surprenant que les fugitifs des huertas espagnoles aient été en Afrique de bons professeurs d’hydraulique agricole.

Démographie et organisation politique. — Le Tidikelt est sur la frontière des deux langues et des deux cultures, arabe et berbère ; c’est une marche où l’influence arabe est encore mal assise. On s’en rend compte en étudiant avec M. Voinot sa démographie et son organisation politique.

J’emprunte d’abord à M. Voinot un tableau intéressant et inédit.

BLANCS HARATIN TOTAL des habitants
Foggaret ez Zoua 333 137 470
Foggaret el Arab 39 36 75
Igosten 204 107 311
Haci el Hadjar 116 47 163
Sahela Fokania 190 83 273
— Tahtania 63 38 101
Miliana 32 19 51
In Salah 1090 610 1700
In R’ar 437 45 482
Tit 412 110 522
Aoulef 1813 1978 3791
Akabli 471 421 892
Total général 5200 3631 8831

Ce tableau fait ressortir d’un coup d’œil un certain nombre de faits intéressants.

Il nous donne la proportion exacte à la population générale des haratin, c’est-à-dire des paysans. Je ne crois pas qu’on la connaisse au Touat et au Gourara. Ici elle est assez faible. Sur 8831 habitants 3631 seulement cultivent, et nourrissent les autres. Il est vrai que le nombre des esclaves n’est pas indiqué, on ne nous dit pas s’il est inclus dans celui des haratin. On verra en outre que l’agriculture n’est pas la seule ressource alimentaire du Tidikelt.

Sur douze ksars il en est deux beaucoup plus importants que les autres qui renferment à eux seuls plus de la moitié de la population totale, ce sont In Salah et Aoulef ; autour de l’un se groupe le Tidikelt oriental, autour de l’autre l’occidental : ce sont les deux capitales, comparé au Touat et au Gourara le Tidikelt est centralisé.

De ces deux centres le plus important n’est pas le plus connu, In Salah (1700 habitants) ; mais c’est de beaucoup Aoulef (3791 habitants). Je n’imagine pas pourquoi la plus petite agglomération est précisément celle dont le nom s’est imposé au public européen ; c’est apparemment une notoriété de hasard, mais qui a eu ses conséquences puisque In Salah, après avoir été notre objectif stratégique, est aujourd’hui notre capitale administrative. Ce n’est pas sans conséquences fâcheuses pour Aoulef, et même au Sahara une réclame insuffisante eut un désavantage économique.

L’hydrographie de détail au Tidikelt n’ayant pas été étudiée, il est impossible de savoir si Aoulef dispose d’une nappe d’eau plus puissante ; faut-il invoquer, pour expliquer l’infériorité d’In Salah, le fait incontestable que les dunes y sont bien plus agressives ? ou faut-il trouver naturel que le centre le plus occidental soit aussi le plus évolué, puisque la colonisation est venue de l’ouest ?

Le tableau ne distingue pas les Arabes des Berbères, mais le texte du rapport Voinot est explicite sur la question.

La prédominance politique appartient incontestablement aux Arabes.

Dans l’est, à In Salah, les maîtres sont les Ouled Ba Hammou, Ouled Baba Aïssa et Ouled Mokhtar, qui se rattachent à un ancêtre commun venu du dj. el Akhdar en Tripolitaine.

Dans l’ouest, à Aoulef, ce sont les Ouled Zenana venus de Tlemcen en 1690. Ces deux groupes de familles arabes, chacune dans son domaine, exercent leur autorité d’une façon assez particulière.

Et d’abord ils l’assoient sur la force et la crainte, et non pas sur le respect religieux. Il existe au Tidikelt des zaouias, qui ont été fondées au XVIIe et au XVIIIe siècle comme dans les autres groupes d’oasis. Des chorfa du Touat (Sali) ce sont établis à Aoulef au commencement du XVIIe siècle. Des Kounta se sont fixés à Akabli en 1749, mais ces personnages religieux sont bien loin de jouer dans le Tidikelt occidental le rôle prépondérant qui est dévolu aux gens de poudre, les Ouled Zenana.

La prééminence des familles arabes guerrières a eu pour conséquence certaines tendances monarchiques. A In Salah la famille Badjouda, des Ouled Ba Hammou, exerçait une sorte de royauté.

En somme, sans que les djemaa aient disparu, il existe au Tidikelt, dans chacun des deux centres, une concentration de l’autorité entre les mains de familles arabes militaires. Nous sommes loin de l’anarchie touatienne et cela sent la marche frontière.

Les Berbères d’ailleurs, quoique subordonnés, ne sont pas ici dans une situation humiliée comme les Zenati du Touat et du Gourara, ils ne font pas figure de vaincus et d’annexés.

Le groupe berbère le plus important est celui des Ahl Azzi, ils se disent issus du Tafilalet en faisant étape au Touat. Ils sont m’rabtin (marabouts), c’est-à-dire qu’ils constituent une noblesse religieuse très respectée, dont l’arbre généalogique remonte aux premiers temps de l’Islam. En réalité, j’imagine que leur rôle social est le suivant. Comme Berbères ils sont bilingues, et comme marabouts, dans un pays où toute l’instruction est religieuse, ils ne peuvent pas être tout à fait analphabets. Auprès des Touaregs de marque on trouve généralement un secrétaire Ahl Azzi. Ils constituent une tribu d’interprètes, et ils jouent donc un rôle considérable dans un pays Arabe qui a des voisins et l’on pourrait presque dire des maîtres Berbères.

Car les Touaregs sont chez eux au Tidikelt, ils en sont restés en quelque sorte les suzerains. A 30 kilomètres au sud d’In Salah, Haci Gouiret est dominé par une petite gara couverte d’inscriptions tifinar’ ; ç’a été la guérite des guetteurs touaregs, beaucoup d’inscriptions y sont récentes, grafitti de sentinelles dans un corps de garde, et sa seule existence atteste des prétentions de surveillance et de domination.

L’influence touareg au Tidikelt s’atteste dans le costume, par la prédominance des cotonnades bleues, tout à fait inconnues au Touat et au Gourara où les blanches sont seules en usage.

Quelques tribus ou fragments de tribus Touaregs sont fixés au Tidikelt, à Akabli. — Les Settaf y sont devenus ksouriens, ce sont des nobles Azguers.

Autour d’Akabli gravitent d’autres Touaregs, agrégés aux tribus de l’Ahnet, les Sekakna, les Mouazil et les Kenakat ; ce qui explique pourquoi Sidi Ag Gueradji, chef des Taïtoq et de l’Ahnet, a eu longtemps à Akabli une sorte de maison de plaisance.

Les Sekakna, les Mouazil et les Kenakat sont des nomades, et ce ne sont pas les seuls au Tidikelt — nomades aussi, parmi les Arabes, les Oulad Zenana d’Aoulef, les Oulad Bahamou et les Oulad Mokhtar d’In Salah, les Ouled Yahia et les Ouled Dahane de Timokten, les Zoua de Foggaret ez Zoua. En somme, une fraction assez considérable du Tidikelt continue à nomadiser. Cela s’accuse d’ailleurs dans le tableau, dressé par Voinot, du cheptel au Tidikelt.

600 chameaux, 16 chevaux, 20 mulets, 700 ânes, 2500 moutons et chèvres.

La proportion des chameaux est tout à fait anormale pour un pays d’oasis et atteste la persistance des habitudes nomades. On se rappelle que le Touat n’a pas un seul nomade et que le Gourara en a pour mémoire (les Kenafsa). Voici donc une autre originalité du Tidikelt, et si on peut y voir une survivance de l’époque où tout le pays était en pâturages, il est surtout légitime de noter la relation entre le nomadisme et les vertus guerrières tout particulièrement nécessaires au Tidikelt.

La pénéplaine déserte.

La pénéplaine, hercynienne et calédonienne, qui sépare le Tidikelt des plateaux touaregs est une région naturelle nettement individualisée, un petit Tanezrouft, un désert d’une intensité maximum ; les caravanes la traversent à marches forcées, d’une sorte de bond stratégique ; quitte à souffler et à flâner, quand elles l’ont laissée derrière. Elle fait valoir par le contraste les pays qu’elle sépare, les palmeraies du Tidikelt et les pâturages touaregs.

Et c’est à peu près tout ce qu’on peut en dire. Il est clair qu’une région à travers laquelle on fuit nuitamment se prête mal à une étude de détail et d’ailleurs un pays parfaitement inhabité présentera toujours un intérêt presque exclusivement géologique.

L’homme ne laisse pas cependant d’y avoir marqué sa trace.

A H. Ar’eira, à 500 mètres au sud des superbes gommiers qui voisinent avec le puits, et qui frappent davantage dans un pays aussi nu, les rochers portent de mauvaises gravures rupestres et des inscriptions en tifinar’.

Auprès de Haci Tirechoumin on voit une msalla (mosquée en plein vent) et le tombeau très vénéré de Sidi Abd et Hassani.

Dans toute la partie orientale de la pénéplaine d’ailleurs, les puits ne sont pas très rares, — sur la route d’In Salah, Haci Gouiret et H. el Kheneg sont séparés par 70 kilomètres — Haci el Kheneg et Afoud Dag Rali par une quarantaine.

Sur la route d’Akabli par Baba Ahmed les étapes de puits à puits (Tirechoumin, Ar’eira, O. Adrem) ne dépassent guère une cinquantaine de kilomètres. — Ce sont des distances insignifiantes au désert et pour des méharis. Il est vrai que l’eau ne suffit pas, il faut des pâturages, et c’est leur absence ou leur insuffisance qui impose aux caravanes une allure accélérée.

Les puits se trouvent invariablement dans le lit des grands oueds Bota, Nazarif, Souf Mellen, dans des poches d’alluvions en arrière de barrières rocheuses ; il est difficile de ne pas conclure que ces grands oueds coulent quelquefois, encore qu’on n’ait pas là-dessus un seul renseignement positif. Il est donc possible que des crues exceptionnelles fassent pousser au voisinage des puits des pâturages temporaires, susceptibles de fixer pendant quelques semaines à de longs intervalles un peu de vie humaine.

A mesure qu’on s’avance à l’ouest, c’est-à-dire en aval, l’aridité augmente. La route de Taourirt est extrêmement dure, 140 kilomètres sans eau de Hacian Taibin à Tikeidi. — 165 par la route directe de Hacian Taibin à Ridjel Imrad ; car le point d’eau intermédiaire de Azelmati est intermittent et insuffisant. Ce sont là de vraies étapes de Tanezrouft, dangereuses en été.

Ce grand couloir de l’O. Djar’et est libre de sable au milieu, presque partout on marche sur un sol de roche nette, ou de reg, en un mot sol décapé. Les dunes sont rejetées de part et d’autre, au pied du Tadmaït d’une part, et de l’Ahnet de l’autre (dunes du Tidikelt, erg Timeskis, erg Enfouss, Tessegafi, Fisnet).

Pourtant la sebkha Mekhergan, qui est dans une position tout à fait centrale, est partiellement recouverte et bordée de dunes.

En somme, là comme ailleurs, il semble bien que les dunes se trouvent précisément là où le ruissellement des oueds quaternaires a accumulé les plus grandes masses d’alluvions — à la surface et auprès de ce grand lac desséché qu’est la sebkha Mekhergan, et le long des grandes lignes de rupture de pente.

Plateaux Touaregs.

La partie étudiée des plateaux touaregs est l’extrémité occidentale d’une région beaucoup plus étendue et très uniforme, qui embrasse le Mouidir tout entier, et le Tassili des Azguers. C’est une auréole de grès éodévonien, qui s’étire d’est en ouest sur douze degrés de longitude, et qui joue au Sahara un rôle tout à fait considérable au point de vue humain.

La section étudiée embrasse le Mouidir occidental, l’Ahnet et l’Açedjerad, de Aïn Tadjemout à Ouallen soit une bande de 300 kilomètres de long.

On s’est efforcé déjà d’en décrire par le menu la composition géologique et la structure, qui expliquent sa richesse en eau et en pâturages ; et par conséquent son importance en géographie humaine.

C’est un pays montagneux, les sommets de l’Adr’ar Ahnet doivent approcher de 1000 mètres. Il y pleut à coup sûr un peu plus que dans les plaines basses, quoique là-dessus nous n’ayons ni une observation, ni a fortiori une série d’observations précises. A coup sûr le climat reste saharien, il n’y a pas de pluies régulières, saisonnières et annuelles. En 1903, 1904, 1905, au dire des indigènes, corroboré par la baisse des sources, il n’est pas tombé une goutte d’eau.

Ces montagnes sont en grande partie gréseuses. Les grès reposent sur un soubassement silurien à peu près imperméable ; ils sont très perméables, malgré leur âge, parce qu’ils n’ont jamais été plissés et métamorphisés ; ils sont médiocrement épais ; et interstratifiés de couches argileuses qui les divisent en compartiments étanches ; enfin ils sont faillés et dénivelés. C’est un ensemble de conditions merveilleusement favorables à la création de nappes souterraines et à leur utilisation par l’homme.

Aussi les plateaux touaregs ont une vieille réputation d’humidité et de verdure ; et ils ont incontestablement un caractère désertique moins accusé que les effroyables plateaux crétacés du Mzab et du Tadmaït.

En tous pays les montagnes gréseuses sont plus verdoyantes que les causses.

Le Mouidir-Ahnet n’a pas d’eau courante ; ses oueds, au lit si profondément encaissé, ne coulent que par métaphore, sauf au moment des orages qui donnent naissance à des torrents brusques et éphémères. Pourtant, sur certains points favorisés, et sur des étendues plus ou moins médiocres, un filet d’eau vive survit longtemps à l’orage.

Ainsi, à Tahount Arak, le commandant Laperrine, lors de sa première tournée (en 1902), a vu un ruisselet d’eau courante. En 1903 il avait disparu.

En revanche, il y a ce qu’on pourrait appeler de l’eau libre, de l’eau superficielle, accessible sans outillage de terrassier et sans corde à puits. C’est une grande nouveauté pour qui vient du Tadmaït. Dans ces affreux plateaux crétacés du Sahara algérien les puits sont la seule ressource et ils atteignent souvent de grandes profondeurs (20 à 30 mètres en moyenne sur la route d’el Goléa à Ouargla ; 60 mètres au M’zab). Ils sont souvent creusés en pleine roche, dans le calcaire dur, et ils représentent un grand effort humain collectif. L’eau se soustrait à l’utilisation humaine dans les entrailles du sol.

Le Mouidir-Ahnet a ses puits ; mais quelle différence avec ceux de la hammada crétacée ! Ceux du Mouidir-Ahnet ont quelques mètres à peine de profondeur, ils sont creusés, non pas dans la roche, mais dans les dépôts meubles. Ils représentent une somme de travail si médiocre que, au cas fréquent où la caravane trouve le puits bouché par les éboulis, elle a souvent avantage, au lieu de déblayer le vieux puits, à en creuser un nouveau à côté.

Des puits semblables sont déjà un acheminement aux abankor.

Le mot touareg abankor, dont le représentant arabe est tilmas, n’a pas de traduction française ; on l’applique à une couche de sable humide, où il suffit de creuser à la main un trou de 20 ou 30 centimètres pour qu’il se remplisse d’eau. Il y a par exemple un abankor à Taloak.

Ainsi aux points d’eau du Mouidir, même lorsque l’eau est souterraine, elle est accessible sans grand effort. La plupart ou la moitié du temps on la trouve à l’air libre sous la forme d’une mare. Il y en a deux catégories, les unes sont des sources et les autres des aguelman (en arabe r’dir). Les sources sont parfois reconnaissables sur la carte au nom qu’elles portent, Aïn Tadjemout, Aïn Tikedembati : Tin Senasset, Tin Taggar, Tikeidi et Iglitten sont aussi des sources ; elles sont donc très nombreuses. En général, les sources n’arrivent pas à ruisseler, ce sont de petites vasques, où l’ascension lente de l’eau souterraine contre-balance l’évaporation.

Les aguelman (en arabe r’dir, guelta) sont des mares, voire même des lacs.

L’un des aguelman, Taguerguera (celui d’amont), a près de 100 mètres de long sur 5 ou 6 de large. Il est très pittoresque, une gigantesque vasque de roc nu. Il avait, en 1903, 4 ou 5 mètres de profondeur. (Voir pl. VI, phot. 11.)

C’est incontestablement le géant de tous les aguelman dans la région étudiée, le seul auquel on puisse appliquer le nom de lac.

Les petits aguelman ne sont pas rares : celui de Tamama, en amont de Taguerguera dans l’oued Tar’it (Ahnet) ; celui de Taoulaoun au confluent des oueds Tibratin et Tiratimin ; deux autres sont échelonnés dans les gorges de l’oued Tibratin ; un autre est à Tahount Arak (tout cela au Mouidir). Un autre, que les Touaregs nous ont simplement désigné sous le nom générique de guelta, et qui est apparemment anonyme, mérite une mention spéciale ; il est juché à une altitude d’une centaine de mètres dans les grès siluriens de l’Adr’ar Ahnet presque au sommet d’une vallée torrentielle, étroite et sauvage, et de pente si raide, accidentée de ressauts si brusques, que l’ascension exige des cordes. (Voir pl. XLIX, phot. 91.) La guelta a 4 ou 5 mètres de diamètre et 2 mètres de profondeur, elle est logée dans une anfractuosité de roc nu.

Le trait commun de tous ces aguelman, grands ou petits, c’est de jalonner des lits d’oued ; il est impossible pourtant de les considérer tous comme des flaques, résidus de la dernière crue, des citernes naturelles. M. le lieutenant Besset signale au Mouidir un aguelman alimenté par des sources visibles[239]. Sur l’itinéraire suivi je n’ai rien vu de semblable ; mais il est impossible d’imaginer que Taguerguera par exemple, ou la guelta de l’Adr’ar Ahnet ne soient pas en relation avec une nappe d’eau souterraine. Dans une vasque de roc nu, sous le ciel du Sahara, l’eau ne se conserverait pas indéfiniment si elle n’était renouvelée par l’afflux de sources invisibles.

Je crois que, au Mouidir-Ahnet, la majorité sinon la totalité des aguelman sont des sources, dont on méconnaît la nature parce qu’on les rencontre dans le lit d’un oued. Et d’ailleurs l’érosion, entamant le sol jusqu’au niveau de la nappe, explique la fréquence des sources dans les lits desséchés.

Un raisonnement analogue peut s’appliquer d’ailleurs aux tilmas et aux puits. Au fond du puits d’el Kheneg, par exemple, j’ai noté que l’eau sourd dans la roche même. Il est clair que les expressions, puits, tilmas, aguelman, nous renseignent sur l’aspect extérieur du point d’eau, mais non pas sur l’origine de la nappe. Un puits peut être un mode de captage d’une source, un tilmas peut être une source trop faible pour s’affirmer franchement en surface.

Un coup d’œil sur la carte montre que la distribution générale des points d’eau est indépendante des oueds. Ils jalonnent non pas les cours d’eau, mais bien les lignes de contact géologiques.

Sur la limite supérieure de l’Éodévonien s’alignent Afoud Dag Rali, H. Bel Rezaim, H. In Belrem, Taguerguera, Tikedembati, Taloak, Tin Taggar, Tezzaï, Meghdoua, Tikeidi, Iglitten, Taguellit.

Taoulaoun et Ouallen sont au contact des deux étages éodévoniens.

Le contact inférieur de l’Éodévonien (avec le Silurien) est, lui aussi, assez riche en points d’eau, Aït el Kha, Tin Senasset, Ouan Tohra, Haci Macin, Tahount Arak, H. el Kheneg.

Aïn Tadjemout et Haci Adoukrouz sont au contact du Silurien sédimentaire et métamorphique, sur des failles évidentes.

En somme le Mouidir-Ahnet est par excellence une région de sources ; alimentées par de grandes nappes profondes, les points d’eau sont presque tous pérennes. La longue période sans pluie 1902, 1903 et 1904 en avait asséché plus ou moins complètement un petit nombre dans le haut pays (Tin Senasset, Aït el Kha, surtout aguelman Tamama, qui n’avait plus une goutte d’eau dès 1902). Le grand aguelman Taguerguera avait beaucoup baissé, mais il était loin d’être à sec. Et d’une façon générale la grande majorité des sources ne tarissent jamais.

En géographie humaine, le pâturage est au moins aussi important que le point d’eau, et sans doute les deux vont ensemble, au moins dans une certaine mesure. On constate en tout cas que les pâturages, au Mouidir-Ahnet, tendent à se distribuer eux aussi, suivant les lignes de contact géologique, plutôt que le long des oueds.

A la traversée des plateaux Touaregs, les oueds sont extrêmement pittoresques, ils se sont taillé des canyons étroits, aux murailles perpendiculaires de grès nu, parfois très élevées. Ces gorges sauvages ne sont pas seulement superbe matière à photographies, elles ont pour les Touaregs quelque intérêt alimentaire ; la preuve en est que, en certains points privilégiés, on y observe des groupements de gravures rupestres, trace la plus durable d’ancienne fréquentation — dans le Foum Zeggag par exemple, dans l’O. Tar’it surtout, ou encore dans les gorges de Tiratimin (Mouidir, d’après le colonel Laperrine).

La verdure des canyons pourtant se réduit à une bande étroite au fond du lit, on mène paître de préférence dans les bas-fonds largement étalés, où les bêtes s’égaillent sur de grands espaces, et où le pâturage s’épuise lentement.

A l’intérieur de la zone gréseuse les points les plus fréquentés sont les vallées très ouvertes, — au contact argileux des deux étages gréseux éodévoniens, Ouallen par exemple, Taoulaoun (voir pl. XLV, phot. 84) ; — ou bien encore la cuvette synclinale d’Iglitten où s’est conservé un lambeau méso-dévonien.

Mais c’est de préférence la lisière de la zone gréseuse qui est vivante, au nord et au sud, en aval et en amont de l’auréole éodévonienne.

En aval de l’Ahnet, par exemple, s’étend la grande plaine d’el Ouatia, colmatée d’alluvions plus ou moins transformées en dunes. Cette masse alluvionnaire, qui voile la pénéplaine méso- et néodévonienne est très humide, semée de puits ; sur une grande étendue c’est un pâturage utilisable, on y rencontre toujours des tentes sur un point ou l’autre, et cette plaine pourrait bien être le cœur économique de l’Ahnet, encore qu’elle lui soit excentrique et simplement tangente, à parler littéralement.

A l’autre frontière, celle d’amont, la méridionale, au pied et en arrière des falaises dévoniennes terminales (baten Ahnet), s’étendent sur la pénéplaine silurienne des plaques considérables d’alluvions humides, maader et erg : — ce sont les résidus ou les représentants de ce qu’on appelle en Russie les lacs de glint ; — pâturages d’Aït el Kha, de Ouan Tohra, de Haci Masin, d’Adoukrouz, dans l’Ahnet ; de maader Arak et de Tadjemout au Mouidir.