| E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. | Pl. LII. |
Cliché Laperrine
94. — TOUAREG ARMÉ.
Cliché Laperrine
95. — TOURNOI TOUAREG, ou plus exactement fantasia.
Cliché Laperrine
96. — UN AUTRE TEMPS DE LA FANTASIA TOUAREG
Les Taïtoq et leurs Imr’ads restent néanmoins mêlés intimement à la vie commune de la confédération Hoggar dont ils font partie. Il leur serait d’ailleurs géographiquement impossible de s’en abstraire. Les pâturages de l’Ahnet, comme tous ceux du Sahara d’ailleurs, sont trop incertains pour qu’on puisse compter exclusivement sur eux. Taïtoq et Kel Ahnet sont propriétaires ou usufruitiers de districts étendus dans l’Adr’ar des Ifor’ass, où ils voisinent avec les Kel R’ela.
Actuellement pourtant les Taïtoq ont obtenu des autorités françaises la consécration de leur autonomie ; leur chef Sidi ag Gueradji est un aménokal indépendant.
Ce que nous avons appris de plus neuf dans ces dernières années sur les Touaregs en général et les Taïtoq en particulier, c’est leur faiblesse numérique. D’après Bissuel les tribus qui habitent la région de l’Ahnet « pourraient armer deux cent cinquante combattants, auxquels viendraient se joindre dix guerriers de Sekakna et quinze des Mouazil, soit un total de 275 hommes, dont la répartition par tribus nous reste inconnue ».
Ce sont des chiffres bien modestes, 275 soldats sur 15000 kilomètres carrés ; et combien suggestive la mention de dix guerriers des Sekakna. Ces chiffres sont encore exagérés de plus de moitié.
D’après M. Benhazera les Kel Ahnet peuvent mettre sur pied une cinquantaine d’hommes ; et c’est de beaucoup la fraction la plus intéressante ; qu’on lise, chez M. Benhazera, la liste nominative des Taïtoq, comportant 28 numéros. Ce sont des pays où les recensements se font sur les doigts de la main.
Avec le travail de M. Benhazera pour base on peut essayer de tracer un tableau économique de l’Ahnet.
| CHAMEAUX | MOUTONS OU CHÈVRES | BŒUFS | PALMIERS | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Taïtoq | 375 | 1000 | 0 | ||
| Kel Ahnet | 600 | 1500 | 0 | ||
| Iouarouaren | 225 | 600 | 0 | 300 | (près de Silet). |
| Mouazil et Settaf | 100 | ? | 0 | ? | (Akabli). |
| 1300 | 3100 | 0 | |||
En somme environ 1300 chameaux et 3000 moutons, c’est là-dessus exclusivement que les Touaregs de l’Ahnet doivent vivre. Il faut souligner l’absence à peu près totale de cultures ; à défaut de céréales on moissonne méthodiquement des graminées sauvages (le drinn) ; ce qui nous reporte en quelque sorte avant Triptolème. Les Touaregs de l’Ahnet sont plus pauvres que leurs cousins du Hoggar ; ceux-ci ont quelques bœufs et quelques cultures ; Motylinski énumère au Hoggar 35 ar’rem (oasis rudimentaires) ; l’Ahnet n’en a pas un seul. C’est encore un élément d’individualisation. Plus pauvres que les Kel R’ela, les Taïtoq sont aussi des bandits plus redoutables ; ils représentent ce qu’on pourrait appeler la fleur de la chevalerie Touareg ; redoutés et légendaires pour leur humeur batailleuse. Il leur en a cui d’ailleurs. La tribu s’est épuisée à courir les aventures. La dernière fut particulièrement tragique.
En 1906 sur une quarantaine de Touaregs, en majorité Taïtoq, partis en rezzou au Sahel marocain, 4 seulement sont revenus.
Les Touaregs[266] ont vivement excité l’intérêt des voyageurs, depuis Duveyrier jusqu’à M. Benhazera : ils sont une admirable matière à monographie ; celle en particulier qu’a écrite Duveyrier reste excellente, il serait absurde de vouloir la refaire.
Je crois seulement qu’un côté de la question mériterait d’être mis en lumière. Les Touaregs sont incontestablement de race caucasique. Je crois bien que certains caractères physiques, la taille colossale chez beaucoup d’hommes, le stéatopygie chez quelques femmes, témoignent d’un mélange avec le sang nègre qui est d’ailleurs avoué. Dans l’ensemble pourtant le sang caucasique semble s’être défendu admirablement. M. Desplagnes qui le constate l’explique par les usages matrimoniaux (matriarcat) ; le Touareg a des négresses pour concubines, mais comme « le ventre teint l’enfant », les métis qui résultent de ces unions sont considérés comme nègres et restent étrangers à la tribu. Ce point de vue est peut-être juste, au Soudan en particulier. Au Sahara une autre explication me paraîtrait possible. On a remarqué au Soudan que le nègre boit énormément, sans doute parce que sa peau est conformée pour évaporer énormément, en conséquence il a horreur du désert, le pays de la soif. La soif joue peut-être au désert, parmi les nomades, le même rôle que la malaria aux oasis. Sous les palmiers la race noire, résistante à la malaria, élimine la blanche. Dans les pâturages et sur les grands chemins la race blanche, résistante à la soif, éliminerait la noire ? Cette explication repose, il est vrai, sur une hypothèse incomplètement prouvée, — que l’organisme caucasique serait plus spécialement susceptible d’acquérir « une structure xérophile », comme disent les botanistes.
Quoi qu’il en soit de l’explication le fait est constant. Il a été souvent mentionné. Un trait de ressemblance avec la race blanche, que je ne me souviens pas d’avoir vu noter ailleurs, est la précocité de la calvitie et de la canitie chez les Touaregs. Elle est d’autant plus frappante que le corps, entretenu par des exercices violents, conserve sa souplesse jusqu’à un âge avancé. Quand le vent soulève les voiles bleus, on aperçoit souvent des barbes incultes, grises ou blanches, qu’on eût été tenté de situer plutôt entre un faux col et un chapeau rond.
Les intelligences et les caractères nous font aussi une impression caucasique, fraternelle ; on a comparé les Touaregs aux chevaliers du Moyen âge (voir pl. LII, phot. 95, 96) ; on sait combien fut vive la sympathie de Duveyrier ; des personnalités comme celle d’Ikhenoukhen, le contemporain de Duveyrier, ou bien de Moussa ag Amastane et de Sidi ag Gueradji[267], qui jouent aujourd’hui les premiers rôles, nous sont pleinement intelligibles et nous attirent vivement ; tandis qu’un héros noir ou jaune, Béhanzin ou le Dé-Tham nous paraît toujours par quelque côté monstrueux ou inquiétant.
M. Chudeau voudrait rattacher les Berbères à la race de Cro-Magnon[268] ; en tout cas tout se passe comme s’ils étaient relativement près de nous, du moins comme individus, comme organismes humains.
Comme société au contraire, ils sont prodigieusement loin au delà de la barbarie, encore en pleine sauvagerie primitive. On a dit qu’ils sont à peine dégagés du néolithisme, — (bracelet de pierre polie, emmanchure néolithique de la hache en fer). — Le totémisme chez eux est encore tout frais, ils ont de nombreux tabous, le lézard de sable, la poule, le poisson ; et ils en rendent compte par des considérations de parenté : « Nous ne mangeons pas l’ourane, parce qu’il est notre oncle maternel. » Le voile qui n’est pas du tout une mesure hygiénique ne peut pas être autre chose qu’une survivance d’un vieux tabou[269]. On a beaucoup admiré, par opposition à l’asservissement de la femme arabe, la situation élevée que la femme tient dans la famille et dans la société : cette admiration est très justifiée ; mais l’égalité des sexes qui sera peut-être une conquête de l’avenir était réalisée au berceau de l’humanité ; la famille Touareg a pour base le matriarcat, comme la famille primitive[270] ; « le ventre teint l’enfant », c’est-à-dire qu’il suit sa mère et qu’il ignore son père ; son plus proche parent mâle est l’oncle maternel ; les mœurs sont très libres, polynésiennes.
En effet cette coexistence d’institutions aussi anciennes, néolithisme, totémisme, matriarcat, avec une cérébralité individuelle très développée, rappelle la Polynésie. Aussi bien y a-t-il peut-être quelque analogie géographique entre des montagnes isolées au milieu du désert et les atolls du Pacifique.
Nous allons nous trouver mieux outillés maintenant pour comprendre ce que fut au Tidikelt, au Touat, etc. la conquête arabe et si l’on veut andalouse des XVe et XVIe siècles. Ces « nazaréens » dont on voit dans la Saoura les villages détruits, ces Zénètes Juifs du Gourara et du Touat, ces Barmata du bas Touat, toutes ces populations qui furent islamisées et arabisées par les marabouts de la Seguiet el Hamra, appartenaient sans doute à ce type d’humanité qui s’est conservé en pays touareg.
Ibn Khaldoun nous apprend que les Sanhadja du Sahara se convertirent à l’islamisme au IIIe siècle de l’hégire[271], lors de la conquête almoravide dont ils furent les instruments et les bénéficiaires. Mais cette conversion fut superficielle, les Touaregs n’ont ni mosquée, ni clergé, ils ne pratiquent pas la prière et le jeûne ; ils ont une réputation d’impiété parfaite auprès de leurs voisins arabes, chez qui le R’amadan par exemple bouleverse une fois l’an toute la vie domestique et publique.
Aujourd’hui encore l’Islam et la langue arabe, l’un portant l’autre, après avoir conquis le Maurétanie et le Touat, s’attaquent au bloc Touareg. Les personnages influents au Hoggar sont des marabouts kounta, le fameux Abiddin, ou bien encore Baÿ de Teleyet, qu’on pourrait appeler le directeur de conscience de Moussa ag Amastan.
Il faut définir ainsi les Touaregs : ce sont ceux des Berbères Sanhadja, qui ont échappé jusqu’ici au grand mouvement d’expansion islamique, parti au XVe siècle de la Seguiet el Hamra. On trouve en présence au Sahara, sur deux domaines très distincts, d’une part des Touaregs, et de l’autre des Arabes nomades, des Maures. Il y a entre eux d’énormes différences de langue, de culture, de mœurs, de costume, d’armement, sans parler de haines inexpiables. Ce sont deux peuples différents à coup sûr et l’on voudrait dire deux races. L’histoire nous montre que ce fossé si profond est creusé d’hier ; de part et d’autre il y a les mêmes Berbères Sanhadja, mais les uns sont franchement convertis à l’islamisme, et les autres ont conservé dans la famille, dans la société, dans les mœurs, une énorme quantité de survivances préislamiques ; disons que les uns sont des civilisés et les autres des sauvages. Nous avons vu que le Tidikelt est la dernière conquête arabe, et que le résultat de la conquête fut la création des palmeraies. Comme représentants de la civilisation, c’est nous qui avons succédé aux marabouts marocains. Réussirons-nous à créer des oasis dans l’Ahnet ?
D’une façon générale, les plateaux touaregs et les causses du Tadmaït ont actuellement à peu près la vie économique qu’ils méritent. Les causses sont le pays classique des très grosses sources qui concentrent la vie sur un petit nombre de points. Les plateaux gréseux, qui sont en Europe pays de bois, semblent naturellement appelés au désert à devenir pays de pâturages.
Il semble incontestable pourtant que les Touaregs, aussi longtemps qu’ils furent les maîtres au Tidikelt y ont entravé la culture. On se rend très bien compte d’ailleurs qu’ils l’entravent au Hoggar, où elle semble appelée à prendre un certain développement[272]. L’avenir agricole du Mouidir-Ahnet est plus incertain en ce sens que les indigènes, dont la connaissance du pays est la base même de tout progrès, ne nous donnent ici aucune indication. L’avenir dépend d’un forage heureux de puits artésien, et le choix de l’emplacement est délicat.
[219]Voir la carte p. 315 et la grande carte géologique en couleurs.
[220]M. Flamand a constaté l’existence de cette faille dès 1900, ainsi qu’il a bien voulu me l’affirmer oralement.
[221]Je répète qu’une partie de tout ceci est empruntée aux conversations de M. Flamand.
[222]C. R. Ac. Sc., 23 juin 1902. M. Flamand ne précise pas la provenance des fossiles qui lui ont été envoyés par M. le capitaine Cauvet.
[223]C. R. Ac. Sc., 2 juin 1902.
[224]Documents, etc., p. 588, fig. 152.
[225]Id., p. 755.
[226]Il s’ensuit que l’expression de plissement calédonien est inexacte, puisque ce plissement n’affecte pas le Silurien supérieur. Mais cette expression est provisoirement commode encore qu’inadéquate.
[227]G.-B.-M. Flamand, Sur l’existence des schistes à graptolithes à Haci el Kheneg C. R. Ac. Sc., t. CXI, p. 954-957, 3 avril 1905.
[228]Une phrase de deux lignes dans G.-B.-M. Flamand : Mission au Tidikelt. La Géographie, 1900, p. 361.
[229]MM. Flamand et Ficheur, après un examen très sommaire, avaient rattaché ces fossiles au Carboniférien (voir E.-F. Gautier, le Mouidir-Ahnet, dans La Géographie, juillet 1904). Ce qui rend tout à fait certain, d’après M. Haug, l’âge supradévonien c’est la présence de Spirifer Verneuilli, accompagnée de Productella cf. dissimilis, etc.
[230]C. R. Ac. Sc., 4 décembre 1905.
[231]L. c.
[232]Mussel, Renseignements coloniaux, juin 1907. (Voir appendice I, p. 340.)
[233]Sur la carte géologique, il a été marqué Dévonien par erreur.
[234]C. R. Ac. Sc., 19 mars 1906.
[235]Besset, Bulletin du Comité de l’Afrique française, 1904. — E.-F. Gautier, Le Mouidir Ahnet, La Géographie, X, 1904.
[236]Je saisis cette occasion de remercier M. le commandant Lacroix, qui a bien voulu me communiquer ce travail ; — et M. Voinot lui-même à qui j’ai d’ailleurs d’autres obligations.
[237]L. c., p. 212.
[238]J’en donne en appendice. M. Flamand en a signalé : il en existe auprès du fort Miribel, d’après le colonel Laperrine.
[239]Bulletin du Comité de l’Afr. fr. Supplément de décembre 1902.
[240]Foureau, Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens. Paris, Challamel, 1896. A l’user de ce catalogue on s’aperçoit que les Arabes et les Berbères ont parfois réuni sous un même nom des espèces voisines mais nettement différentes (drinn, diss par exemple). On reviendra là-dessus dans le second volume.
[241]Canis Zerda.
[242]Duveyrier, p. 222 et 225.
[243]Renseignements coloniaux, etc., 1903, no 8, p. 213.
[244]Bissuel, Les Touareg de l’Ouest, p. 67.
[245]Je sais naturellement que ces chameaux sont des dromadaires ; mais l’appellation de chameaux est aussi courante que défectueuse.
[246]Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1904, no 1.
[247]La Géographie, 15 juillet 1904.
[248]Schirmer, Journal de voyage d’Erwin de Bary, p. 56.
[249]Bulletin du Comité de l’Afr. fr. Supplément d’octobre 1907.
[250]Lieutenant Voinot, A travers le Mouidir, dans le supplément du Bulletin du Comité de l’Afr. fr. de septembre 1904.
[251]Maurice Benhazera, Six mois chez les Touareg du Ahaggar, Bulletin de la Société de Géographie d’Alger, 1906, 2e et 4e trimestre.
[252]Voir Bulletin du Comité de l’Afr. française : renseignements coloniaux, septembre 1904 ; et Géographie, 15 octobre 1905.
[253]Voir appendice IV.
[254]Les Touareg de l’Ouest, Alger, 1888.
[255]Exploration scientifique de l’Algérie, Études sur la Kabylie, par E. Carette, 1848.
[256]Thomas Shaw, Relating to several parts of Barbary, Oxford, 1738.
[257]Bulletin du Comité de l’Afr. fr. Renseignements coloniaux, janvier 1907, p. 15. Le capitaine Dinaux écrit Ehenfous, et sans doute a-t-il de bonnes raisons pour cela. Comme d’habitude en matière de noms touaregs l’orthographe usuelle (?), si tant est qu’on puisse invoquer un usage, a bien des chances d’être incorrecte.
[258]M. Flamand a contesté que In Ziza fût un volcan éteint (Supplément au Bulletin du Comité de l’Afrique française de mars 1905, p. 137) ; et M. Mussel revient longuement sur cette question en s’appuyant sur l’autorité de M. Flamand dont il adopte les conclusions (Supplément au Bulletin du Comité de l’Afr. fr. de juin 1907, p. 149). Une contradiction aussi formelle avec un géologue de la valeur de M. Flamand serait grave s’il avait vu In Ziza ; le jour où il ira y voir cette contradiction disparaîtra. Sur la nature volcanique d’In Ziza les nombreux échantillons de laves rapportés ne laissent aucune espèce de doute ; ils sont à l’étude au Muséum. D’ailleurs l’appareil du volcan est très reconnaissable, on voit l’emplacement de la cheminée marqué par des dykes, on distingue les coulées qui constituent la masse même de la montagne ; la roche encaissante est du gneiss. Notons pourtant que l’aguelman d’In Ziza, que j’ai donné pour un cratère lac adventice, pourrait bien être comme le veut M. Flamand une marmite de géants.
Il est naturel de rattacher l’étude de ce volcan à celle des volcans du Hoggar, dont M. Chudeau se chargera dans le second volume de la présente publication.
[259]Deporter, Extrême-Sud de l’Algérie.... Alger, 1890.
[260]Mussel, Du Touat à l’Achegrad. Bulletin du Comité l’Afr. fr. Renseignements coloniaux, mars 1907, p. 57.
[261]L. c., p. 57.
[262]L. c., p. 57.
[263]L. c., p. 371.
[264]Ahaggar est l’orthographe correcte en même temps qu’inusitée.
[265]La description la plus détaillée qui en ait été faite est celle de Motylinski. Supplément au Bulletin, etc., octobre 1907. On y trouvera une photographie du Tombeau.
[266]Il est bien entendu que Touareg (singulier Targui) est probablement dérivé du berbère Targa, qui fut au Moyen âge le nom d’une tribu Sanhadja ; — mais que aujourd’hui, les intéressés ont rejeté ce nom, qui leur a été conservé par les Arabes ; — les Touaregs se donnent à eux-mêmes le vieux nom d’Imohar ou Imochar (berbère Imaziren, Tamazirt, latin Mazyces). On trouvera tout cela et bien d’autres choses dans Duveyrier et Benhazera.
[267]Voir Benhazera, l. c., E.-F. Gautier, La Géographie, 1er semestre 1906, p. 9.
[268]Il n’est point seul. Voici un curieux passage extrait du journal Le Temps (8 mars 1904). M. Pierre Mille, écrivant de Tombouctou, décrit des Touaregs, et il note « leurs traits réguliers, leurs lèvres fines, leurs nez arrondis du bout, comme ceux des montagnards pyrénéens ».
[269]Voir là-dessus : Frazer, Le Rameau d’or, traduction Stiébel, t. I, p. 243.
[270]Voir Frazer, The golden Bough, 3e édition, part IV, p. 383 et suiv.
[271]Duveyrier, p. 325.
[272]Motylinski, Supplément au Bulletin de l’Afr. fr., octobre 1907.
APPENDICES
APPENDICE I
ITINÉRAIRES ET OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES
Pour dresser les cartes de l’oued Messaoud (hors texte) et du Tidikelt-Mouidir-Ahnet (p. 315), on s’est appuyé sur trois itinéraires originaux qui sont : du Touat à Haci Sefiat, — de Zaouiet Reggan à Haci Rezegallah, — de Taourirt à Tin Senasset, par la route d’Ouallen.
Ces itinéraires ne sont pas présentés isolément, on les a reportés sur la carte générale, autrement dit on les a rapprochés des autres itinéraires antérieurement publiés.
Les itinéraires sont basés sur un nombre malheureusement petit d’observations astronomiques. Les instruments utilisés sont, outre les trois montres, un sextant et une lunette. Le sextant était en mauvais état, on a dû le faire réparer par le forgeron nègre de Taourirt (!). La lunette, par une étrange vicissitude, est celle de Cazemajou, rapportée par les tirailleurs après le massacre de la mission, et que le Comité de l’Afrique française a mis à la disposition du colonel Laperrine.
Les calculs ont été faits à l’Observatoire d’Alger, où la haute compétence et l’inépuisable complaisance de M. Trépied ont remédié en quelque mesure à la défectuosité du sextant. L’erreur instrumentale a pu être déterminée, du moins pour la période postérieure à l’opération chirurgicale de Taourirt.
Les itinéraires ont été établis à la boussole et reportés chaque jour au 1 : 100000 sur un carnet spécial. Pour l’utilisation de ce carnet on a adopté la méthode recommandée par M. Trépied[273], et on a calculé directement d’après le carnet les principales positions. On les donne ci-dessous.
Itinéraire de Haci Sefiat. — Le point de départ, Adrar, capitale administrative du Touat est assez bien déterminé ; d’après plusieurs séries d’observations de hauteurs de la polaire la latitude est : 27° 52′,6.
Une occultation observée par M. Niéger donne la longitude 2° 39′,5 (ouest).
En prenant ces chiffres pour base et en calculant d’après le carnet de route on trouve :
| Haci Sefiat | φ 27° 16′,5 | L. 3° 3′,1 ouest. |
D’autre part j’ai observé en ce point quelques hauteurs de polaire qui donnent, sans correction, φ 27° 16,3. Malgré le mauvais état du sextant, cette concordance laisse à supposer que l’observation est valable.
Le point ainsi déterminé n’est pas exactement le puits de Sefiat c’est notre campement à 1500 mètres environ au nord du puits.
Enfin le puits de Sefiat n’est pas le seul de ce nom, si tant est qu’il y ait bien réellement droit. Le colonel Laperrine, revenant de Taoudéni, a trouvé un autre haci Sefiat, beaucoup plus important par φ 27° 20′ 42″ et L. 3° 12′. On l’a placé sur la carte, il se trouve à une assez faible distance au nord-ouest de son homonyme, c’est-à-dire dans la même région et peut-être dans le même oued ?
| On aura donc : | φ | L |
|---|---|---|
| Tesfaout | 27° 43′,0 | 2° 42′,8 |
| Campement d’H. Sefiat | 27° 16′,5 | 2° 3′,1 |
| Puits d’H. Sefiat | 27° 15′,7 | 3° 3′,1 |
Itinéraire de Haci Rezegallah. — L’itinéraire de Zaouiet Reggan à H. Rezegallah est celui qui présente les moindres garanties d’exactitude précise. Le point de départ Zaouiet Reggan est suffisamment déterminé puisqu’il est tout voisin de Taourirt dont les coordonnées ont été fixées astronomiquement.
En admettant pour Zaouiet Reggan φ 26° 40′,5 et L. 2° 10′,5 le calcul des positions données par le carnet de route donne :
| Haci Boura | φ 26° 8′,3 | L. 3° 1′,1 |
| Haci Rezegallah | φ 25° 51′,3 | L. 3° 25′,0 |
Itinéraire à travers l’Ahnet (Taourirt-Ouallen-Tin Senasset). — Entre Taourirt et In Ziza, en passant par Ouallen, Ouan Tohra, et Tin Senasset l’itinéraire a été levé à la boussole, et reporté au jour le jour au 1/100000 sur un carnet spécial.
Mon propre carnet d’itinéraire de Taourirt à Ouan Tohra a été souvent complété d’après celui de M. le lieutenant Mussel, mon aimable compagnon de route, qui commandait le détachement.
Au delà d’Ouan Tohra il l’a été d’après le carnet de M. le lieutenant Clore ; ce sont des garanties supplémentaires d’exactitude.
D’ailleurs il a été possible de contrôler et de corriger l’itinéraire avec l’aide d’observations astronomiques. A Taourirt, avec la lunette Cazemajou nous avons observé l’occultation de k de la Vierge (immersion du 15 mai 1905) ; calculée à l’Observatoire d’Alger cette occultation a donné — 8s 26m,9 soit 2° 6′,5 ouest. La latitude, d’après des observations anciennes de M. le commandant Deleuze est 26° 42′,0. Avec le sextant réparé à Taourirt et dont l’erreur instrumentale, restée immuable puisque là soudure n’a pas bougé, a pu être être déterminée, j’ai pris à la traversée de l’Açedjerad trois séries d’observations de hauteurs de Polaire qui ont donné les latitudes suivantes :
| Haci bou Khanefis | 25° 8′,0. |
| Iglitten | 24° 53′,3. |
| Aïn Tezzaï | 24° 46′,0. |
L’état de l’instrument pourrait laisser quelques doutes sur la valeur des conclusions, mais ces doutes sont levés par la comparaison avec les observations de M. Villatte, dont l’itinéraire croise le mien en deux points, Tadounasset et Tin Taggaret.
Les observations de M. Villatte et les miennes donnent cinq latitudes qui toutes ont ceci de concordant qu’elles offrent avec les données du carnet un écart à peu près constant de 5 à 7 minutes. On a donc des données sérieuses pour corriger les latitudes du carnet entre Taourirt et Tin Taggaret.
D’autre part les observations de M. Villatte permettent d’apporter une correction aux longitudes dans la même section de l’itinéraire.
Dans la seconde section, au delà de Tin Taggaret on peut s’appuyer sur la position d’In Ziza, qui a été déterminée par M. Villatte en latitude et en longitude. Moi-même en 1903 j’avais obtenu au théodolite une latitude d’In Ziza[274] tout à fait concordante avec les observations ultérieures de M. Villatte.
La correction à apporter à l’itinéraire est très forte, beaucoup plus que dans d’autres tronçons ; ce n’est pas surprenant si on considère la nature du terrain au nord de Tikeidi et au sud de Tin Senasset. Il s’étend là de grandes superficies tout à fait arides, qu’on est forcé de traverser à marche forcée de jour et de nuit.
En répartissant l’erreur ainsi obtenue, on obtient pour les points successifs de l’itinéraire les résultats indiqués au tableau de la page suivante.
Ces itinéraires ont été reportés sur deux cartes jointes au deuxième et au septième chapitre.
La première n’est pas à proprement parler une carte, puisqu’elle n’est pas construite suivant un système de projection déterminé. C’est un simple tableau graphique de positions. Pour la seconde carte on a adopté la projection de l’itinéraire Villatte (La Géographie, 15 octobre 1905.)
En cas de discordance entre l’itinéraire graphique et les listes de coordonnées, ce sont ces dernières qui doivent faire foi.
Ces trois itinéraires ont été levés en 1905.
Dans le voyage de 1903, muni d’un théodolite qui appartenait à M. le baron Pichon, j’avais fait un certain nombre d’observations de latitudes dont le voyage ultérieur de M. Villatte a rendu inutile la publication détaillée ; mes résultats concordaient avec ceux de M. Villatte d’une façon satisfaisante ; j’ai fait connaître dans La Géographie du 15 juillet 1904 (p. 99) la latitude vraie d’In Ziza, qui est de 23° 31′. Le chiffre de M. Villatte publié le 15 octobre 1905 dans La Géographie (p. 229) est exactement le même.
| LATITUDE D’APRÈS CARNET | LATITUDE CORRIGÉE | LONGITUDE D’APRÈS CARNET | LONGITUDE CORRIGÉE | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Hacian Taïbin | 26°34′,5 | 26°33′,9 | 1°54′,8 | 1°54′,1 | ||
| Dj. Aberraz (extrémité Sud) | 26°34′,8 | 26°34′,3 | 1°49′,3 | 1°48′,6 | ||
| Bord occidental du Horst silurien | 26°28′,7 | 26°27′,8 | 1°37′,1 | 1°35′,4 | ||
| Sebkha Mekhergan (coucher 18-19 mai) | 26°21′,2 | 26°19′,8 | 1°21′,9 | 1°19′,3 | ||
| O. Arris (sortie de la Sebkha) | 25°48′,9 | 25°45′,2 | 1°10′,1 | 1° 6′,7 | ||
| Tikeidi | 25°34′,1 | 25°29′,4 | 1° 2′,5 | 0°58′,7 | ||
| Haci bou Khanefis | 25°14′,8 | 25° 8′,0 | 1° 5′,0 | 1° 1′,3 | ||
| Tête de l’oued Ifisten | 25° 2′,2 | 24°56′,2 | 1°12′,3 | 1° 9′,1 | ||
| Oued Tazelouaï (un point dans l’). | 24°55′,2″ | 24°49′,2 | 1°12′,4 | 1° 9′,2 | ||
| Ouallen | 24°44′,6 | 24°38′,6 | 1° 5′,2 | 1° 1′,3 | ||
| Sommet du plateau | 24°52′,3 | 24°46′,3 | 1° 1′,8 | 0°57′,9 | ||
| Taguellit | 24°54′,9 | 24°48′,9 | 0°55′,2 | 0°50′,9 | ||
| Iglitten | 25° 0′,2 | 24°53′,3 | 0°53′,4 | 0°49′,0 | ||
| Éperon d’Insemmen | 25° 0′,2 | 24°54′,0 | 0°44′,4 | 0°39′,5 | ||
| Meghdoua | 25° 3′,1 | 24°57′,0 | 0°31′,9 | 0°26′,4 | ||
| Tezzai | 24°52′,8 | 24°46′,0 | 0°25′,2 | 0°19′,2 | ||
| Tadounasset | 25° 0′,2 | 24°54′,2 | 0°25′,9 | 0°21′,9 | ⎰ ⎱ |
Villate. |
| Tin Tagar | 24°53′,9 | 24°48′,6 | 0°13′,7 | 0° 6′,4 O | ||
| Taloak | 24°49′,2 | 24°43′,2 | 0° 6′,8 O | 0° 0′,3 E | ||
| Dunes d’Aït el Kha | 24°41′,7 | 24°35′,7 | 0° 4′,5 E | 0°11′,4 | ||
| Foum Lacbet | 24°41′,6 | 24°35′,6 | 0°18′,3 | 0°24′,9 | ||
| Ouan Tohra | 24°34′,6 | 24°28′,6 | 0°21′,9 | 0°28′,4 | ||
| Tin Senasset | 24°19′,7 | 24°13′,7 | 0°24′,9 | 0°31′,4 | ||
| In Ziza | 23°40′,2 | 23°31′,0 | 0° 5′,3 | 0°11′,6 | ||
A la suite de mon voyage de 1902 j’ai publié, dans les Annales de Géographie, tome XII, 1903, une liste de longitudes qui, à ce moment, apportait aux cartes existantes une correction intéressante.
| LIEUX | LONGITUDES OUEST | CARTE à 1 : 800000. Service géographique. | CARTE à 1 : 500000. DU COMMANDANT LAQUIÈRE |
|---|---|---|---|
| ° ′ ″ | ° ′ ″ | ° ′ ″ | |
| Haci el Mir | 3 58 06 | 4 06 15 | 4 01 15 |
| Tar’it | 4 13 57 | 4 30 00 | 4 22 15 |
| Igli | 4 31 06 | 4 49 45 | 4 34 45 |
| Beni Abbès | 4 31 00 | 4 44 30 | 4 25 00 |
| Ksabi | 3 16 56 | » | 3 16 00 |
| Timimoun | 2 05 54 | 2 27 15 | 2 06 00 |
La carte Prudhomme, qui fait autorité, a adopté des positions voisines des miennes. Si j’insiste sur ces résultats, qui n’ont plus d’intérêt aujourd’hui, c’est d’abord par piété pour la mémoire de M. Trépied, directeur de l’observatoire d’Alger, à qui seul je suis redevable d’avoir pu faire une besogne astronomique où il y avait une part de travail utile.
C’est aussi pour apporter ma contribution à la solution d’un petit problème souvent agité. Un voyageur qui n’est pas astronome n’a-t-il pas un meilleur emploi à faire de son argent que d’acheter des instruments coûteux, et de son temps que de s’astreindre à la discipline méticuleuse des observations ? Je ne pense pas que la question puisse recevoir une solution absolue, mais au Sahara du moins et sous la direction de feu Trépied, un non-professionnel rapportait des observations utilisables. Elles eussent été beaucoup plus nombreuses, si j’avais eu un meilleur outillage.