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Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours cover

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours

Chapter 14: Mots avec TH d’un usage exceptionnel.
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About This Book

A detailed study examines the difficulties and inconsistencies of French orthography, traces reform efforts from the fifteenth century to the author's present, and evaluates past proposals and their reception. It analyzes the Academy's authoritative role, the practical effects of spelling on teaching, printing, and foreign learners, and discusses specific orthographic irregularities and proposed simplifications. The work combines historical narrative, critical observations, and supplementary appendices offering examples and possible reforms aimed at easing learning and unifying practice.

[35] Mot dont la formation est absurde; il eût fallu chrysoïde, χρύσου είδος, ayant l’apparence de l’or. Chrysocale qui veut dire bel or, est donc un mensonge; le vrai mot était similor, mais il indiquait trop bien la chose.

Ainsi, dans tous ces mots dérivés du grec, et qui pour la plupart sont de formation récente, on voit figurer à la première colonne: 1o ceux qui, écrits d’abord par ch, tels que charactère, charte, chorde, mélancholie, méchanique, etc., au nombre de 38, ont successivement perdu l’h et s’écrivent caractère, carte, corde, mélancolie, mécanique, etc., avec le c dur ou ses représentants alphabétiques.

2o Dans les colonnes du milieu sont rangés 72 mots écrits avec ch, dont le Dictionnaire indique, du moins pour la plupart, que ce ch doit être prononcé k.

3o Dans la quatrième colonne, qui contient 36 mots, ce même signe binaire ch se prononce pour tous à la française, CHE: alchimie, architecte, archidiacre, charité, etc.

J’ai donc marqué, à la seconde et troisième colonne, avec un * les mots qui devraient être écrits par un c, afin de les faire rentrer dans la première série; ils sont au nombre de 51, et j’ai marqué de deux ** ceux qui pourraient rentrer dans la troisième série en conservant le ch et qui dès lors se prononceraient à la française: ils sont au nombre de neuf.

En effet, à côté des mots qui, à la première colonne, ont perdu successivement le ch pour être écrits par le simple c dur: caractère, carte, colique, colère, mécanique, mélancolie, patriarcal, scolastique, sépulcre, et exarque, monarque, etc., on peut ranger sans inconvénient acromatique, anacronisme, arcaïsme, catécumène, clore, clorure, crôme, cronologie[36], psycologie, comme Victor Cousin voulut qu’on imprimât ce mot dans ses ouvrages, et non psychologie. Pourquoi écrire exarcat et asiarchat, lorsqu’on écrit exarque et patriarcat?

[36] Chronologie est souvent écrit et même imprimé sans h: cronologie, Voltaire écrit catécumène.

Et l’on peut ranger, sans le moindre inconvénient, à la troisième colonne, archétype, archiépiscopal, chélidoine, chirographaire, chirographe, chirologie, chiromancie, lichen, puisqu’on écrit et prononce alchimiste, archidiacre, archiduc, charité, catéchisme, chirurgie, chirurgien.

Il ne resterait de difficulté que pour neuf mots, antechrist, archéologue, archéologie, chœur, chrême, chrétien, ecchymose, malachite, orchestre, auxquels on peut conserver le ch en indiquant au Dictionnaire qu’il se prononce k.

Il est fâcheux que la prononciation du c étant celle de l’s devant e et i, ne permette pas d’écrire arcéologue, arcéologie, eccymose, malacite, orcestre. Mais pourquoi ne pas prononcer ARCHÉologie comme monARCHIE, ou bien écrire et prononcer ARQUÉologue, comme on écrit et prononce monARQUE, et ne pas s’en tenir à synecdoque que l’Académie elle-même autorise? On pourrait aussi employer le k, d’un si grand usage chez nos anciens poëtes et si regretté par Ronsard. Théodore de Bèze l’indiquait, pour écrire rekeil, rekeillir, etc., au lieu de recueil, recueillir, et nous l’avons admis dans l’usage ordinaire pour kilo, kilogramme, kilomètre, kyste, ankylose, enkysté, kyrielle, mots également dérivés du grec où le χ et le κ sont représentés par k.

Le tableau des mots dérivés du grec où figure le χ montre combien, excepté neuf mots, la régularisation devient facile.

Quant aux noms propres, presque tous dérivés du grec, ils s’écrivent en général avec ch et se prononcent k. Quelques-uns cependant se sont modifiés et ont perdu l’h, tels que Caron, Plutarque, Andromaque, Télémaque. On devrait donc écrire Calkas on Calcas et non Calchas. Mais, comme les noms propres ne figurent pas au Dictionnaire de l’Académie, il est inutile de s’en occuper ici.

Pour des mots scientifiques, tels que cholédoque, cholédologie, il importe fort peu, à qui sait le grec, qu’ils soient écrits d’une manière ou d’une autre. La science du grec ne saurait d’ailleurs être toujours un guide infaillible. Ainsi, de ce qu’on sait le grec, on croira devoir écrire scholie et scholiaste; cependant l’Académie écrit scolie et scoliaste, tandis que, par amour du grec, on aurait dû distinguer le «commentaire, σχολιόν», de la «chanson de table, σκόλιον», et pour se conformer à l’étymologie, écrire avec un h le commentaire, scholie, et sans h la chanson de table, scolie.

D’autres mots signifient même, pour qui sait le grec, précisément le contraire de ce qu’ils veulent exprimer; tels sont oxygène, hydrogène: c’était oxygone, hydrogone qu’il fallait. On ne s’est trompé que du fils au père: au lieu de l’engendreur l’engendré.

Si le doute est permis, même à des hellénistes, quel ne doit pas être l’embarras des artisans, et du nombre immense de ceux qui ne savent ni le grec ni latin? En 1694, quand l’Académie composa son Dictionnaire, savoir lire et écrire était un privilége réservé à une classe restreinte de la société. Aujourd’hui c’est le droit et le devoir de tous[37].

[37] M. B. Jullien, dans son Traité des Principales étymologies de la langue française, après avoir cité un grand nombre de mots qui ne sont que des barbarismes prétentieux, insignifiants, et inintelligibles pour les Grecs, s’exprime ainsi: «C’est payer un peu cher la manie de puiser dans les langues savantes que d’en tirer des barbarismes pour aboutir à des contre-sens.» (P. 59-68.)

DE L’ESPRIT RUDE ET DE LA LETTRE H.

L’Académie semble vouloir renoncer à figurer dans l’orthographe l’esprit rude du ῥ grec, qui indique une aspiration étrangère à l’harmonie de notre langue, et qui ne se fait pas sentir. En effet, l’h, qui était censée représenter cet esprit rude, a disparu de rapsode, rapsodie, rabdologie, rabdomancie, rétine, erpétologie, cataracte (qui serait selon l’étymologie, catarrhacte); pourquoi donc maintenir ce signe h dans les mots arrhes, myrrhe, rhagade, rhapontic, rhinocéros, rhomboïde, rhubarbe, rhume, rhumatisme, rhythme, squirrhe? L’Académie écrit eurythmie qu’elle aurait dû écrire eurhythmie (avec les cinq consonnes), puisqu’elle écrit rhythme. Elle a supprimé la marque de l’esprit rude dans olographe, mais l’a conservée dans holocauste[38].

[38] On écrit rose et rosier, contrairement à l’orthographe grecque, mais conformément à celle des Latins, qui cependant écrivent Rhodos, l’île de Rhodes. C’est donc à tort que de ῥόδον, la rose, nous avons formé rhododendron, l’arbre-rose et rhodium, vu la couleur rose de ce métal; cette anomalie ferait croire cet arbuste et ce métal originaires de Rhodes.

Cette h, depuis longtemps abandonnée dans la seconde partie de hémorragie, hémorroïdes, et dans squirre, mais qui reparaît dans catarrhe, diarrhée, gonorrhée, formés comme hémorroïdes sur le radical ῥέω, devrait disparaître aussi de réteur, rétorique, comme aussi de rume et rumatisme, qu’on écrivait autrefois reume et reumatisme et plus anciennement rume, ainsi qu’on le voit figurer (gallice) en 1420, dans le Dictionnaire de Le Ver. Tous ces mots, malgré leurs significations diverses, découlent également de ῥέω[39].

[39] Dans les Cahiers de l’Académie pour l’édition de 1694, on fait observer que les monts Riphées s’écrivent sans h (Riphées au lieu de Rhiphées).

L’Académie de Madrid, dans son désir de simplifier encore plus l’orthographe[*] a décidé, en 1859, que tous les mots commençant par h se prononceraient sans aspiration, excepté un seul cas. Elle a cependant respecté l’emploi de cette lettre, en partie à cause de l’origine des mots et en partie pour éviter la confusion qui résulterait de la similitude des sons de mots se prononçant de même, soit ayant l’h, soit ne l’ayant pas. Nous ne saurions faire de même, puisque la versification se trouverait altérée si certaines lettres perdaient leur aspiration. Il est regrettable, toutefois, que, contrairement à l’étymologie, on écrive hache, huile (on écrit olive et olivâtre), huis, huit, huître, qui proviennent de oscia, oleum, oliva, ostium, octo, ostreum. On a eu raison de supprimer récemment l’h dans hermite, puisque l’origine est eremita.

[*] Prontuario de ortografía de la lengua castellana despuesto de real órden para el uso de las escuelas públicas, por la real Academia española. Madrid, imprenta nacional, 1866.

Dans ce même Dictionnaire de Le Ver le mot halitus est traduit en français par aleine.

Corneille écrit sans h le mot orizon, où l’h est muette, et même le mot halte, bien que l’Académie y indique l’h comme aspirée.

Rien n’étonne: on fait alte, et toute la surprise
N’obtient de ces grands cœurs qu’un moment de remise.
(Poésies diverses, 313 et 274.)

J’ai donc eu raison de dire que ces contradictions requièrent une solution, et que pour se prononcer en matière d’orthographe il ne suffit pas d’être érudit, car bien souvent les savants mêmes, par cela même qu’ils sont savants, hésitent et sont forcés de recourir au Dictionnaire pour se guider à travers ces bizarres anomalies.

DES LETTRES Θ ET Φ
REPRÉSENTÉES EN LATIN PAR th ET ph.

Déjà Ronsard, mort en 1585, s’exprimait ainsi, dans la préface de son Abrégé de l’art poétique:

«Quant aux autres diphtongues (les lettres doubles ch, ph, th), je les ay laissées en leur vieille corruption, avecques insupportable entassement de lettres, signe de nostre ignorance et peu de jugement en ce qui est si manifeste et certain.» (Voy. l’Appendice B.)

Il est regrettable que l’Académie, dans la première édition de son Dictionnaire, en 1694, et plus tard, lorsque, en 1740, elle supprima en grande partie les traces de l’orthographe latine, n’ait pas complétement réalisé le vœu de Ronsard, et que par l’emploi des th et des ph elle ait introduit ou laissé subsister dans notre écriture «le faste pédantesque» qu’elle condamnait dans le poëte.

Malgré tout le respect que je dois aux Estienne, c’est surtout à eux qu’est due l’introduction des ph, ch, th dans notre écriture, où la grande et juste autorité de leur savoir les a maintenus et longtemps perpétués. Cependant, sur certains points, Robert Estienne, dans son Dictionnaire français de 1540, s’est montré moins zélé partisan de l’étymologie que ses imitateurs: il écrit caractere, escole, il autorise tesme, yver sans l’h; et sans ph les mots orfelin, flegme, fantastique, frenetique, faisan.

Avant l’apparition du Dictionnaire de Robert Estienne, l’emploi de ces doubles lettres se rencontrait fort rarement dans les manuscrits, puisque parmi les quatre à cinq cents mots dont je donne la liste, et où figurent des th, des ph et des ch, à peine une vingtaine de mots étaient ainsi écrits dans la langue française en l’an 1440. C’est ce que constate le grand Dictionnaire rédigé dans la première moitié du quinzième siècle par le prieur des Chartreux, Firmin Le Ver. Ce vaste répertoire, qui contient plus de trente-cinq mille mots, peut être comparé, en quelque sorte, au Dictionnaire de l’Académie, puisqu’il nous offre l’inventaire complet de notre langue de 1420 à 1440 (voir Appendice C). Mais, pour ne parler ici que de l’orthographe, on y voit combien l’écriture était alors celle qu’on aurait dû respecter, puisqu’on y est revenu après s’en être écarté. On y lit, ainsi écrits: antecrist, caractere, cirographe, colere, saint crême, melencolie, sepulcre;—apoticaire, autentique, auteur, autorizier, pantere, diptongue;—blasfeme, filosophe, fisique, frenesie, frenetique, orfelin, spere;—cripte, cristal, himne, idropisie, iver, ivernal, martir, mistere, tiran. Enfin, par l’écriture des mots diptongue et spere, on voit combien est antipathique à notre langue l’emploi de trois consonnes. Ce qui n’est pas moins remarquable c’est que dans ce vaste répertoire un grand nombre de mots latins sont déjà en quelque sorte francisés dans leur orthographe, et ont perdu les signes de la latinité classique. Ainsi on lit à leur ordre alphabétique:

Antitesis et non antithesis
Antrax et non anthrax
Antropofagi et non anthropophagi, etc.

Enfin, quant au mot même qui fait le sujet de cet écrit, voici ce qu’on y lit: «Ortographia, bon ortografiemens; Ortographus, bon ortografieur; Ortographo, bien ortografier, bien espeler.»

Du Bellay et Ronsard ont écrit ortographie, le Dictionnaire de Nicot l’écrit de même, et je le vois ainsi figuré dans quelques grammaires modernes. En effet, la forme donnée au mot orthographe fait dire à ce mot tout autre chose que le sens qui lui est affecté. Géographie, uranographie, orographie, télégraphie, lithographie, typographie, orthodoxie, sont des mots formés régulièrement du grec; calligraphie, c’est l’art de la belle écriture, et calligraphe, l’homme qui écrit bien; orthodoxie est la conformité à l’opinion régulière, et orthodoxe, celui dont la foi est régulière; orthograPHIE signifie donc l’art d’écrire correctement, et orthographe désigne celui qui possède ou exerce cet art. Il est fâcheux que ce mot orthographe soit à la fois un barbarisme et une difformité, d’autant que l’Académie, dès 1694, écrit orthographier, au lieu d’ortographer, comme l’écrivait Corneille, en cela plus logique que nous[40].

[40] Dans sa Grammaire comparée, p. 24, M. Egger regrette que l’on n’écrive pas, comme au XVIe siècle, ortographie, et il emploie ce mot ainsi écrit dans son Histoire sur les théories grammaticales dans l’antiquité. Je le vois aussi écrit de même dans plusieurs livres de grammaire où l’on s’indigne contre ce barbarisme.

Si l’anarchie orthographique qui régnait dans l’écriture et dans les imprimeries, lorsque l’Académie publia la première édition de son Dictionnaire, fut le motif qui l’engagea à se rapprocher du latin, maintenant que l’usage, invoqué par l’Académie comme sa loi suprême, lui a fait réduire à chaque édition l’emploi des th et des ph dans les mots le plus ordinairement employés, elle jugera peut-être opportun de mettre un terme au désordre, en donnant à des mots depuis longtemps devenus français par l’usage, la physionomie qui leur convient.

Quant aux mots forgés par les médecins, les naturalistes et les chimistes, avec leur parure obligée de ch, de ph, et de th, ils sont heureusement d’un emploi rare. J’ai donc cru devoir séparer en deux listes les mots qui figurent au Dictionnaire de l’Académie: ceux de la langue usuelle, et ceux de la langue technique et par conséquent peu usités.

Il résulte de ces listes que les mots de la langue usuelle ayant le th et figurant au Dictionnaire sont au nombre de 77.

Ceux d’un usage exceptionnel, admis néanmoins par l’Académie et où figure le th, sont au nombre de 68.

Mots d’un usage ordinaire ayant conservé le TH.

  • absinthe
  • améthyste
  • anathème
  • anthologie
  • antipathie
  • antithèse
  • apathie
  • apothéose
  • apothicaire
  • arithmétique
  • asthme
  • athée
  • athéisme
  • athénée
  • athlète
  • athlétique
  • authentique
  • bibliothèque
  • cantharide
  • cathédrale
  • catholique
  • corinthien
  • cothurne
  • dithyrambe
  • enthousiasme
  • épithète
  • esthétique
  • éther
  • homœopathie
  • hypothèque
  • hypothèse
  • isthme
  • jacinthe
  • labyrinthe
  • léthargie
  • logarithme
  • luth
  • luthier
  • mathématique
  • menthe
  • méthode
  • misanthrope
  • mythe
  • mythologie
  • orthodoxe
  • orthopédie
  • panthéisme
  • panthéon
  • panthère
  • parenthèse
  • pathétique
  • pathologie
  • pathos
  • plinthe
  • polythéisme
  • posthume
  • pythagoricien
  • pythie
  • rhythme
  • sympathie
  • synthèse
  • théâtral
  • théâtre
  • thème[41]
  • Thémis
  • théocratie
  • théologie
  • théorème
  • théorie
  • thermal
  • thermes
  • thermomètre
  • thésauriser
  • thèse[42]
  • thuriféraire
  • thym
  • thyrse

[41] On écrit abstème, d’après une étymologie bien incertaine. Comment se rappeler cette distinction? Le Dictionnaire écrit Ostrogot: pourquoi écrire gothique?

[42] Robert Estienne, lui-même, écrit ce mot sans h.

Mots avec TH d’un usage exceptionnel.

  • acanthe
  • aérolithe
  • allopathie
  • anacoluthe
  • anesthésie
  • anthère
  • anthracite
  • anthrax
  • anthropologie
  • athlothète
  • autochthone
  • bismuth
  • carthame
  • cathédrant
  • cathérétique
  • cathéter
  • chrysanthème
  • cithare
  • enthymème
  • épithalame
  • épithème
  • éréthisme
  • esthétique
  • éthique
  • eurythmie
  • exanthème
  • lagophthalmie
  • léthifère
  • litharge
  • lithiasie
  • lithocolle
  • lithologie
  • lithontriptique[43]
  • lithotomie
  • lithotritie
  • luthéranisme
  • lycanthropie
  • monolithe
  • ornithologie
  • orthodromie
  • orthogonal
  • orthopédie
  • orthopnée
  • oryctographie
  • ostéolithe
  • panathénées
  • pentathle
  • pléthore
  • plinthe
  • pyrèthre
  • pythique
  • stéthoscope
  • térébinthe
  • théatin
  • théisme
  • théodicée
  • théogonie
  • théologal
  • thérapeutes
  • thérapeutique
  • thériacal
  • thériaque
  • thermidor
  • théurgie
  • thoracique
  • thorax
  • thuia
  • tithymale

[43] Cette forme, qui déroge à celle des autres composés de λίθος, lithotritie, lithotomie, lithologie, et à toute la série des mots composés du grec, ne saurait être admise, à moins de vouloir, en français, écrire grec et latin. Si l’on transformait ainsi dans notre langue les désinences des génitifs grecs, il faudrait écrire odontônalgie et non odontalgie, typougraphie, physéologie ou plus exactement physéoslogie, etc. Quant à la forme assez barbare de la désinence triptique dans ce mot lithontriptique, elle dérive ici de τρίβω, je frotte, d’où τρίπτης; mais pour quiconque sait le grec, l’explication donnée au Dictionnaire: médicaments lithontriptiques, signifiera des médicaments qui frottent la pierre (dans la vessie). Litholytiques (de λύω) eût mieux exprimé ce qu’on voulait indiquer: des médicaments dissolvant la pierre.

L’Académie, ayant fait disparaître l’h des mots thrésor, thrésorier, thrésorerie, thrône, déthrôner, autheur, authoriser, inthronisation, inthroniser, croira peut-être le moment venu de supprimer, en tout ou en partie, l’h dans les soixante-dix-sept mots de la langue usuelle qui figurent en tête de la liste précédente, et cela conformément à l’exemple donné par ses prédécesseurs.

DU Φ qui devrait toujours être représenté par F.

L’Académie, après avoir écrit, dans sa première édition, par ph les mots phlegme, phlegmatique, phantosme, phantastique, phiole, scrophuleux, les a écrits plus tard par un f: flegme, flegmatique, flegmon (on devrait écrire flegmasie et non phlegmasie), fantôme, fantastique, frénésie, frénétique, fiole, scrofuleux, etc., de même qu’elle figure par f les mots d’origine grecque, faisan, fantaisie, fanatique, fantasmagorie, faséole, fenestre, greffier, siffler et soufre du latin sulphur. Il n’est personne assurément qui voudrait voir rétabli le ph dans ces mots. Notre f est une lettre de naturalisation, à laquelle a droit tout mot devenu français. Les ph devraient même être bannis de cette foule de mots scientifiques qui hérissent notre écriture de consonnes inutiles et la défigurent[44].

[44] Voici d’autres mots grecs, que les Latins ont écrits par un f et non un ph: fagus, φηγός; fallo, σφάλλω; fax, de φάω; fero, de φέρω; ferus, de φήρ ou θήρ; fuo, fio, φύω; fiscus, de φίσκος; fistula, de φυσᾶν; folium, de φύλλον; forma, μορφή; frons, φροντίς ou ὀφρύς; fuga, φυγή; fulgeo, φλέγω; fucus, φύκος; fungus, σφόγγος; funus, φόνος; fur, φώρ; feretrum, φέρετρον; fortax, φόρταξ; frigo, φρύγω ou φρύττω.

Mots avec PH d’un usage ordinaire.

  • alphabet
  • amphibie
  • amphibologique
  • amphore
  • aphorisme
  • apocryphe
  • apostrophe
  • asphalte
  • asphyxie
  • atmosphère
  • atmosphérique
  • autographe
  • bibliographe
  • bibliophile
  • biographe
  • blasphème
  • cacophonie
  • calligraphe
  • camphre
  • catastrophe
  • cénotaphe
  • colophane
  • coryphée
  • cosmographie
  • dauphin[45]
  • diaphane
  • éléphant
  • emphase
  • emphatique
  • éphémère
  • épigraphe
  • épiphanie
  • épitaphe
  • euphonie
  • géographie
  • hémisphère
  • hiéroglyphe
  • historiographe
  • hydrophobe
  • hydrophobie
  • limitrophe
  • logogriphe
  • lymphatique
  • métamorphose
  • métaphore
  • métaphysique
  • monographie
  • mythologie
  • néophyte
  • nymphe
  • œsophage
  • orphelin
  • orphique
  • pamphlet
  • paragraphe
  • paraphrase
  • périphrase
  • phaéton
  • phalange
  • phare
  • pharisien
  • pharmacie
  • pharmacien
  • pharynx
  • phase
  • phénix
  • phénomène
  • philippique
  • philologie
  • philologue
  • philtre
  • phoque
  • phrase
  • phthisie
  • phthisique
  • physicien
  • physiologie
  • physionomie
  • physique
  • polygraphe
  • porphyre
  • prophète
  • saphir
  • sarcophage
  • sémaphore
  • séraphin
  • siphon
  • sophisme
  • sophiste
  • sphère
  • sphinx
  • sténographe
  • strophe
  • sylphe[46]
  • symphonie
  • syphilis
  • télégraphe
  • télégraphie
  • triomphe
  • typographie
  • typhus
  • zéphyre
  • zoophyte

[45] Dans les cahiers de l’Académie, on proposait d’écrire Daufin, Daufiné.

[46] Pourquoi écrire par ph sylphide et syphilis, et même séraphin? Sans doute ce dernier mot vient de l’hébreu; mais, de même qu’on a supprimé le dernier h au mot alphabeth, on pourrait aussi remplacer le ph par f.

Ces mots où le ph figure sont au nombre de cent quatre-vingts à deux cents. Le parti le plus logique serait sans doute d’imiter les Italiens et de substituer partout le f au ph qui, en français, n’a pas et ne peut pas avoir d’autre son que l’f qui reproduit si bien le φ. Si pourtant l’Académie hésitait à compléter la réforme dont ses prédécesseurs lui ont tracé la voie, au moins pourrait-elle l’étendre à certains mots d’un usage ordinaire: alfabet, ainsi écrit par Volney et autres, apostrofe, atmosfère, atmosférique, blasfème, catastrofe, éléfant, enfase, épitafe, géografie (et ses similaires), hémisfère, métamorfose, néofyte, paragrafe (on écrit agrafe), fénomène, filosofie, frase, profète, sofiste, télégrafe, zoofyte, etc., etc. Blasfème, orfelin, sont même ainsi écrits par Robert Estienne.

C’est surtout dans les mots où le th et le ph sont réunis et dans ceux où l’on trouve deux ph ou th: aphthe, apophthegme, diphthongue, ichthyophage, ophthalmie, ichthyolithe, que la réforme serait urgente. On ne saurait imaginer rien de plus barbare en français que ces groupes de quatre consonnes. L’Académie, qui dans ses précédentes éditions écrivait aphte, phtisie, diphtongue, ortographe, serait unanimement approuvée si, n’osant faire plus, elle revenait du moins à cette orthographe plus simple. Phtisie vaut mieux que phthisie; ophtalmie que ophthalmie; aphte que aphthe; mais on devrait faire encore plus.

Voici la liste des autres mots dérivés du grec par le latin, ou formés directement du grec, auxquels est appliqué le ph au lieu de f:

Mots avec PH d’un usage exceptionnel.

  • acéphale
  • amorphe
  • amphictyon
  • amphigouri
  • amphitryon
  • antiphonaire
  • antiphrase
  • antistrophe
  • aphélie
  • aphérèse
  • aphonie
  • aphrodisiaque
  • apophyse
  • asphodèle
  • atrophie
  • autocéphale
  • callographe
  • caryophyllée
  • chirographaire
  • chorégraphie
  • chorographie
  • cosmographie
  • diaphragme
  • électrophore
  • encéphale
  • éphores
  • épistolographie
  • euphémisme
  • hagiographe
  • hermaphrodite
  • hiérophante
  • hydrocéphale
  • hydrographie
  • iconographie
  • lexicographie
  • méphitique
  • monophylle
  • morphine
  • myographe
  • naphte
  • néographe
  • nosographie
  • olographe
  • ophicléide
  • oryctographie
  • pantographe
  • paranymphe
  • paraphernal
  • paraphimosis
  • phagédénique
  • phalène
  • phaleuce
  • phallus
  • phanérogame
  • pharmacopée
  • phébus
  • phénicoptère
  • philharmonie
  • philhellène
  • philomathique
  • philotechnique
  • phimosis
  • phlébotomie
  • phlegmon
  • phlogistique
  • rphlogose
  • phlyctène
  • phœnicure[47]
  • pholade
  • phonique
  • phosphate
  • phraséologie
  • phrénique
  • phylactère
  • phylarque
  • physiognomonie
  • physiographe
  • phytologie
  • planisphère
  • polyadelphie
  • porphyrogénète
  • prophylactique
  • sphacèle
  • sphénoïdal
  • sphénoïde
  • sphériste
  • sphéristère
  • sphéristique
  • sphéroïde
  • sphéromètre
  • sphincter
  • staphylôme
  • sycophante
  • symphyse
  • synalèphe
  • tachygraphie
  • topographe
  • uranographie
  • zoographie
  • zoophyte

[47] Qu’on devrait écrire phénicure, comme phénix.

Mots avec TH et PH réunis.

  • amphithéâtre
  • anthropophage
  • aphthe
  • apophthegme
  • diphthongue[48]
  • ichthyophage
  • ichthyographie
  • lagophthalmie
  • lithographe
  • lithophyte
  • orthographe
  • philanthrope
  • phyllithe
  • phytolithe
  • phthisie
  • triphthongue

[48] L’Académie dans sa première édition écrivait diphtongue; Corneille, dans sa grande édition, l’écrivait de même, ainsi qu’ortographe.

Mots avec deux PH ou deux TH.

  • philosophie
  • photographie
  • phosphate
  • phosphore
  • ichthyolithe
  • théophilanthrope

II
DOUBLES LETTRES.

L’usage général, qui, dans la prononciation, tend de plus en plus à atténuer la forte accentuation de certaines syllabes, a fait, en grande partie, disparaître pour l’oreille la double consonne, qui devait retracer à la vue l’étymologie dans les mots calqués sur le latin. Déjà l’Académie, conformément au désir manifesté par Corneille, par les Précieuses et par un grand nombre de bons esprits, a successivement supprimé dans un très-grand nombre de mots l’une des deux consonnes, dont l’emploi d’ailleurs n’avait rien de régulier. Car si, comme dans le latin, la double consonne avait souvent pour but de faire élever la voix sur la syllabe qu’elle termine[49], molle, folle, chatte, sotte, etc., quelquefois, par un effet différent, elle la rendait brève dans flamme, manne, femme; tandis que d’autres fois c’était la consonne simple qui rendait brève la syllabe qui la précédait, matin, dame, etc.

[49] Voir, à l’Appendice D, l’analyse de la Grammaire de Regnier des Marais.

Cette irrégularité manifeste et l’exemple donné par l’Académie offrent donc une grande latitude à l’égard de ce qui reste encore de ces doubles lettres inutiles, qui doivent disparaître partout où leur présence n’indique pas le but auquel elles sont destinées: l’élévation du ton sur la syllabe qu’elles terminent; mais elles doivent être conservées partout où leur présence peut encore se faire sentir à l’oreille, même contrairement à l’orthographe latine, comme dans pomme, homme, personne, et aussi dans lettre, bien que le latin pomum, homo, persona, litera, exigerait, conformément à l’étymologie, qu’on écrivît pome, home, persone[50]. On devra donc dans la série des mots se terminant en lle ou mme ou nne, etc., maintenir la double consonne qui précède l’e muet final, et qui, ainsi que es au pluriel et ent à la troisième personne du pluriel des verbes, constituent la rime féminine. D’après ce principe, il faudrait écrire il s’abonne et un aboné, ils s’abonnent et ils s’aboneront; il couronne et il courona, ils couronnent et ils couroneront, il pardonne et il pardona, comme on écrit il jette et il jetait. C’est ainsi que l’Académie écrit battre et bataille, batailler; combattre et abatage, ficelle et ficeler, et cela conformément au précepte donné par Régnier des Marais: «Il est de regle, dit-il, p. 108, et de l’usage fondé par la regle, d’escrire chapelle et chandelle par deux ll et chapelain, chandelier par une l seule parceque dans les deux premiers mots chapelle et chandelle l’e qui précède l’l est un e ouvert, et que dans les deux autres, chapelier, chandelier, il est muet.» Et ailleurs, p. 102, il fait la même observation pour d’autres mots terminés en e muet, femme et féminin; donne et donateur; homme et homicide.

[50] Conformément à l’orthographe latine, l’Académie écrit bonhomie, prud’homie, homicide, se rapprochant ainsi de notre ancienne orthographe, home, homs, hom, om et enfin on. Le Dictionnaire de l’Académie de 1694, conformément aux instructions des Cahiers, écrit consone.

Dans quelques mots la double lettre a été remplacée par un accent grave: ainsi on écrit clientèle, fidèle, infidèle, stratagème, deuxième, diadème, hétérogène, arbalète, achète, secrète, diamètre, etc., mais le nombre de mots figurés ainsi est très-restreint. Boileau écrivait lètre au lieu de lettre, et à son exemple on aurait pu remplacer la double consonne par l’accent grave, en écrivant chandèle, chapèle, ficèle, il apèle, etc.; cependant, pour ne pas changer les habitudes, je crois préférable de conserver, du moins quant à présent, la double consonne précédant l’e muet final ou la syllabe dans laquelle l’e muet constitue la rime féminine (e, es, ent).

L’emploi de la double lettre doit toujours être conservé au milieu des mots quand la prononciation l’exige, comme dans ce vers:

Mortellement atteint d’une flèche empennée.

Au contraire, pourquoi la conserver lorsque ni la prononciation ni même l’analogie ne la réclament, et qu’elle ne peut qu’induire en erreur ceux qui apprennent le français?

Ainsi, lorsqu’on ne met qu’un g dans agression, agressif, agrandir, agréer, agréger, etc., pourquoi en mettre deux dans aggraver, agglomérer, agglutiner, et faire une règle avec exception pour ces trois seuls mots? Si pour abbaye, abbé, abbesse, gibbeux, rabbin, sabbat, seuls mots écrits avec deux b, l’Académie adoptait un seul b, ce serait encore une règle d’exception à supprimer de la grammaire[51].

[51] Voici comment notre ancienne langue française écrivait ces mots:

En la vile out une abeie
Durement riche e garnie;
Mun escient (moine savant), nuneins y ot (eut),
E abeesse kis (qui se) gardot.
Marie de France. Lai del Freisne.

On pourrait peut-être conserver les deux b à abbé, par respect pour l’usage et la brièveté du mot. La prononciation y autoriserait même: il y a une nuance de son entre abbé et abaye, abesse.

Dans son Dictionnaire de 1740, l’Académie a supprimé le d étymologique de la préposition latine ad dans les mots advocat, advertir, adveu, advoué, advertissement, advis, advisé, et plusieurs centaines d’autres. Elle rendrait un grand service en effaçant le double c dans la plupart des mots où cette duplication n’influe en rien sur la prononciation et où l’un de ces doubles c est censé représenter le d de la préposition ad. On pourrait ainsi, sans inconvénient, supprimer un c dans les mots accompagner, accoster, accablement, acclimater, accointer, accouchement, accoutumer, accuser, etc., et déjà il a disparu dans acoquiner, acagnarder, acenser, acensement.

Dans les Cahiers de l’Académie de 1694, on écrit deffaillir, deffaire, deffendre, etc.; la double f a disparu dans ces mots et il devrait en être de même pour plusieurs autres: tels que difficulté, différence, puisque le son de la double f n’a pas disparu entièrement dans la prononciation.

La double l devrait aussi être conservée dans alliage, alliance, allusion, alluvion, collision, collusion; mais on pourrait supprimer une l dans allonger, allongement, vallée, etc.

Ainsi l’Académie écrit, tantôt avec un n, et tantôt avec deux, les dérivés des mots suivants terminés en on:

Avec un seul n: Avec deux n:
  • Bon: bonace, bonifier, bonhomie, bonheur.
  • Colon: colonial, colonie, coloniser, colonisation.
  • Don: donation, donataire, donateur.
  • Démon: démoniaque, démonographie.
  • Félon: félonie.
  • Limon (citron): limonade, limonier, limonadier.
  • Limon (boue): limoneux.
  • Limon (de voiture): limonier, limonière.
  • Poumon: pulmonaire.
  • Saumon: saumoné, saumoneau.
  • Savon: saponaire.
  • Timon: timonier.
  • Violon: violoniste.
  • Abandon: abandonner, abandonnement.
  • Anon: ânonner, ânonnement.
  • Baillon: bâillonner.
  • Baron: baronnet, baronnie, baronnage.
  • Baton: bâtonner, bâtonnier, bastonnade.
  • Chiffon: chiffonner, chiffonnier.
  • Citron: citronnier, citronnelle.
  • Échelon: échelonner.
  • Éperon: éperonner.
  • Fredon: fredonner.
  • Gascon: gasconnade, gasconner.
  • Jalon: jalonner, jalonneur.
  • Melon: melonnière.
  • Mission: missionnaire.
  • Pardon: pardonner, pardonnable.
  • Raison: raisonner, raisonnable, raisonnement, raisonneur.
  • Rayon: rayonner.
  • Sermon: sermonnaire, sermonner, sermonneur.
  • Canon: canonial, canonicat, canonique, canoniser.
  • Canon: canonnade, canonnage, canonner, canonnier, canonnière.
  • Canton: cantonade, cantonal.
  • Canton: cantonné, cantonnement, cantonner, cantonnier, cantonnière.
  • Ordo: ordination, ordinal, ordinaire, ordinant.
  • Ordo: ordonnance, ordonnateur, etc.
  • Patron: patronage, patronal, patronymique.
  • Patron: patronner.
  • Ratio: rational.
  • Ratio: rationnel, rationnellement.
  • Son: dissonance, dissonant, dissoner, sonore, sonorité, sonate.
  • Son: consonnance, consonnant, consonne, sonnant, sonner, sonnette, sonnerie, sonneur.
  • Ton: intonation, monotone, tonalité, tonique.
  • Ton: détonner, entonner.
  • Tonner: détonation, détoner.
  • Tonner: tonnerre, tonnant.

Aucun de ces dérivés de mots terminés en on ne devrait être écrit avec double n; on n’en met pas à ceux qui dérivent de noms terminés en in: dessin, dessiner, destin et destiner; non plus à ceux qui se terminent en un: importun, importuner; ni à ceux qui se terminent en an: plan, planer, esplanade.

Quant aux mots terminés en ion, excepté nation et confession, septentrion, qui ne doublent pas le n dans leurs dérivés, national, nationalité, confessional, septentrional, les autres doublent la consonne dans leurs composés, et cela sans aucun motif. Tels sont les mots suivants, au nombre de 39: