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Traité de la concupiscence cover

Traité de la concupiscence

Chapter 14: CHAPITRE XIII Combien l’Amour propre rend l’homme faible.
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About This Book

The work offers a compact theological and moral exposition of scripture warning against worldly attachment, analyzing concupiscence as disordered desire and its roots in curiosity, pride, and sensuality. It blends homiletic exhortation, scriptural commentary, and moral reflection to diagnose how love of the world corrupts judgment and spiritual life, at times extending critique to learning and historical curiosity. Drawing on patristic and biblical sources, the text proposes interior practices, self-knowledge, and renunciation as remedies, and uses concise, often paradoxical arguments and vivid prose. It closes with lyrical meditations on nature that underline the call to a hidden, contemplative devotion.

CHAPITRE XIII
Combien l’Amour propre rend l’homme faible.

Celui qui compte Dieu pour rien, ajoute à son néant naturel celui de son injustice et de son égarement. Ce n’est pas Dieu qu’il dégrade, mais lui-même. Il n’ôte rien à Dieu ; mais il s’ôte à lui-même son appui, sa lumière, sa force et la source de tout son bien ; et devient aveugle, ignorant, faible, impuissant, injuste, mauvais, captif du plaisir, ennemi de la vérité. Celui qui recherche quelque chose, non à cause de ce qu’elle est, mais à cause qu’elle lui plaît, n’a point la vérité pour objet. Avant qu’il y ait aucune chose qui plaise, ou qui déplaise à nos sens, il y a une vérité qui est naturellement la nourriture de notre esprit.

Cette vérité est notre règle : c’est par là que nos désirs doivent être réglés, et non par notre plaisir. Car la vérité qui fait, pour ainsi dire, le plaisir de Dieu, c’est Dieu même ; et ce qui fait notre plaisir, c’est nous-mêmes qui nous préférons à Dieu.

Hélas ! nous ne pouvons rien, depuis que nous avons compté Dieu pour rien, en transgressant sa Loi, et agissant comme si elle n’était pas. C’est ce qu’ont fait nos premiers parents : c’est le vice héréditaire de notre nature. Le démon nous dit comme à eux : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu ce fruit, qui est si beau à la vue et si doux au goût ? Cur præcepit vobis Deus[99] ? Depuis ce temps, le plaisir a tout pouvoir sur nous, et la moindre flatterie des sens prévaut à l’autorité de la vérité.

[99] Gen., III, 1.