WeRead Powered by ReaderPub
Un mystérieux amour cover

Un mystérieux amour

Chapter 60: TABLE
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A narrator recounts the life and confessions of his enigmatic friend Octave, tracing a portrait of a strikingly original man whose external affectations mask a complex inner tenderness. Through conversations and memories set against Parisian scenes, Octave's idiosyncrasies, habitual gestures, and contradictory moral logic emerge, including an attempted polygamous arrangement and its eventual collapse. Introspective passages and occasional verse reveal his keen irony, latent vulnerability, and the transformative influence of a woman who alone could enter his guarded interior, while the narrator reflects on originality, passion, and the limits of personal theory.

III
Les Forces

Aux jours obscurs et doux de sa candeur première,
L’homme, en sa gratitude ou ses vagues effrois,
Des astres bienfaisants adorait la lumière,
Et du vaste univers il les proclamait rois.

De ces faux souverains, rigide justicière,
La raison depuis lors a renversé les droits,
Et nous les a montrés, ces amas de poussière,
Signes mystérieux des forces et des lois.

Eux, qui régnaient jadis, tombent sans espérance,
Ils ne sont que la vive et splendide apparence
D’un principe caché toujours en mouvement.

Nos sens ont inventé leurs beautés éternelles;
Leurs fantômes glacés peuplent le firmament,
Leur grâce et leur éclat naissent dans nos prunelles.

IV
La Vie

Quand nous tournons les yeux vers les débuts du monde,
Songeant aux êtres vils qui peuplèrent les eaux,
Nous disons: «Dieu frappa plus d’une race immonde,
Puis il fit naître l’homme après les grands oiseaux.»

Et plus tard, entr’ouvrant quelque couche profonde,
Et trouvant dans le sol les débris de nos os,
Un enfant plus parfait de la terre féconde
Reniera notre sang, notre âme et nos travaux.

Pourtant nous sommes fils des monstres de l’abîme,
Et, d’héritiers plus purs l’Humanité victime,
A son tour périra pour leur donner le jour.

La route du progrès pas à pas est suivie.
Dans l’univers, ainsi qu’en notre étroit séjour,
S’enchaînent sans repos les formes de la vie.

V
La Lutte pour l’Existence

La loi, l’unique loi, farouche, inexorable,
Qui régit tout progrès, c’est la loi du plus fort.
L’être imparfait périt; marâtre impitoyable,
La nature l’écrase et poursuit son effort.

Partout est engagé le combat redoutable;
A l’heure harmonieuse où la terre s’endort,
Il rend la nuit sinistre et l’ombre épouvantable,
Tout brin d’herbe est un champ de carnage et de mort.

L’angoisse de la faim, qui toujours hurle et gronde,
Est le ressort puissant jouant au cœur du monde,
Et celui qui dévore est l’élu du destin.

L’esprit même naquit des brutales entrailles;
Et la rivalité du repas incertain
Fait surgir l’avenir en de sombres batailles.

VI
La Source

La source de cristal frémit sous la fougère;
La voici qui murmure et court sur les cailloux
Tout enfants autrefois, dans sa nappe légère,
Nous avons en riant miré nos fronts si doux.

Aussi n’est-elle point à nos cœurs étrangère;
Nous lui disons tout bas: «Te souviens-tu de nous?»
Quoi! ne savons-nous pas que l’onde est passagère?
Sans cesse un flot s’enfuit devant un flot jaloux.

Par son aspect charmant c’est encor notre source,
Mais, changeante toujours en sa rapide course,
Peut-elle être aujourd’hui ce qu’elle fut hier?

Et notre âme, elle aussi, se transforme à tout âge.
Qu’est-ce donc après tout que notre Moi si fier?
Rien qu’un vain souvenir dans une frêle image.

VII
La Mort

La Vie est une mort incessamment active;
Pour exister longtemps il faut périr toujours;
Chaque instant la détruit, la forme fugitive
Dont la beauté si chère enivre nos amours.

La Mort délivre enfin la matière captive,
Lui rouvrant l’univers et ses vastes séjours:
D’une nouvelle vie, intense et moins chétive,
Elle anime nos corps au terme de nos jours.

Vie et Mort: Grands mots creux et mensongers fantômes!
Pleurons-nous aujourd’hui les frémissants atomes
Qui formaient autrefois le sang de notre cœur?

Où sont-ils? Dans l’air pur, dans l’herbe, dans les roses...
Et quand la mort sur nous mettra son doigt vainqueur,
Pourquoi craindrions-nous d’autres métamorphoses?

VIII
Dieu

L ’homme a dit: «Le Seigneur m’a fait à son image.»
Homme, insecte orgueilleux, cesse de blasphémer!
De tes sens imparfaits reconnais l’esclavage:
Concevraient-ils Celui qui les a pu former?

Ce Dieu, que, d’après toi, je renie et j’outrage,
Ne l’offenses-tu point quand tu prétends l’aimer?
Tu lui prêtes ton cœur, tes haines, ton langage,
Et de tes passions tu le veux animer.

Moi, devant sa grandeur je m’incline en silence.
Lorsque son soleil d’or sur mon front se balance,
J’admire le rayon dont la splendeur a lui;

Car le soleil est fait de poudre et me ressemble.
Mais Dieu, qu’il règne ou non, que saurais-je de lui?
Et qui de nous l’insulte, ô chrétien! que t’en semble?

IX
Les Premiers Ages

Quels rêves insensés, formés par les poètes,
Ont placé l’âge d’or au berceau des humains?
Nous avons vu s’éteindre, en nos lentes conquêtes,
Les siècles par milliers sur nos sombres chemins.

Nous avons combattu de monstrueuses bêtes,
Nous avons labouré le sol avec nos mains,
Nous avons succombé dans de mornes défaites,
Sans avoir entrevu les brillants lendemains

De l’animalité nous dégageant à peine,
Alors que nous traînons encor sa lourde chaîne,
Pourquoi ce vain regret allant vers le passé?

L’avenir seul est plein de visions sublimes.
Puisqu’un si profond gouffre est enfin traversé,
C’est qu’il n’est plus pour nous d’inaccessibles cimes.

X
Les Sentiments

La France, traversant de tragiques journées,
Vit placer la Raison sur les divins autels;
Pourtant la froide reine, aux foules prosternées,
Ne saurait imposer des décrets immortels.

Son règne achèverait soudain nos destinées;
Contre le sphinx obscur nous cesserions nos duels;
Quittant leurs vains espoirs, nos âmes résignées
Ne s’élanceraient plus vers de merveilleux ciels.

Car nous marchons guidés par un sublime rêve,
Qui, flottant à nos yeux et reculant sans trêve,
Se transforme toujours, mais sans pâlir jamais.

Et les Sentiments seuls, en nous prêtant des armes,
Nous mènent à l’assaut de tous les hauts sommets.
Pour conquérir les cœurs, Jésus versa des larmes.

XI
La Raison

Le jour où la Raison gouvernerait la terre,
L’aube se lèverait au fond d’un ciel en deuil;
L’océan de nos jours, n’ayant plus de mystère,
Sous chaque flot d’azur nous montrerait l’écueil.

L’enfance songerait à la vieillesse austère,
L’heure semblerait courte et proche le cercueil;
Las des vaines amours, l’homme irait solitaire,
En d’ingrats descendants ne prenant plus d’orgueil.

Voyant toujours grandir les limites du monde,
Le savant suspendrait la poursuite profonde
Du mirage imposant qu’on nomme Vérité;

Le prêtre se tairait dans l’église déserte;
Et, cessant tout effort, la triste Humanité,
Pensive, s’assoirait devant sa tombe ouverte.

XII
L’Idéal

Féconde illusion, que notre âge méprise,
Indestructible Espoir d’un bonheur inconnu,
Une fausse sagesse en vain veut qu’on te brise,
Dans le fond de nos cœurs tu fleuris ingénu.

C’est toi qui nous conduis sur la route entreprise,
Qui nous fais accomplir un progrès continu,
Et chaque vin d’amour dont notre âme se grise
De ton fruit immortel à longs flots est venu.

Par toi, dont le pouvoir les inspire et les fonde,
Mille religions ont consolé le monde,
Les martyrs ont chanté, voyant le ciel ouvert.

Ce siècle se croit grand parce qu’il te renie:
Ta forme change—hélas! nous en avons souffert—
Mais rien ne détruira ton essence infinie.

XIII
Le Caractère

Un peuple est noble ou vil par son seul caractère;
L’esprit, dans ses destins, n’agit qu’au second rang.
Les sentiments acquis, partage héréditaire,
Lentement transformés, coulent avec le sang.

Le type originel siècle à siècle s’altère;
Un trait parfois subsiste et s’en va grandissant;
Puis tout à coup surgit un héros solitaire
Qui saisit en sa main ce levier tout puissant.

Un désir, un besoin, un espoir, une haine,
Tels sont les fondements de la puissance humaine,
Et tout ce qu’on élève est bâti là-dessus.

L’être qui laisse au monde une immortelle trace,
Qu’il soit César, Bouddha, Mahomet ou Jésus,
Incarna dans son sein le rêve d’une race.

XIV
L’Histoire

Histoire, tu n’es plus cette muse élégante
Qui soumettait Dieu même à des décrets hautains
Et qui nous le montrait, d’une plume fringante,
Balançant le succès des combats incertains.

Toi que nous avons vue, injuste et provocante,
Couronner les héros avec des airs mutins,
Tu te troubles, pauvrette, en ta candeur piquante,
Devant l’enchaînement terrible des destins.

Aujourd’hui tu pressens ta rude et noble tâche;
L’immense drame humain se poursuit sans relâche,
Sur chaque événement il pèse tout entier.

Lève-toi donc, déesse, et, de tes orteils roses
Foulant les durs cailloux d’un âpre et long sentier,
Remonte lentement vers les lointaines causes.

XV
La Morale

O Morale! ô respect de la loi nécessaire!
Nous nous sommes raillés de ta diversité,
Parce que tu suivais, perfectible et sincère,
Dans tous ses lents progrès la faible Humanité.

Pour t’avoir vue ainsi varier sur la terre,
Notre esprit contre toi souvent s’est révolté,
Mère des foyers purs, ô reine salutaire!
Qui nous donne la force et la félicité.

Viens poser sur nos fronts ton joug doux et paisible.
Nulle marche en avant aux peuples n’est possible
Si de tes ordres saints ils n’écoutent la voix.

Tu vaux à nos cités mieux que vingt citadelles.
Apprends-nous à lutter en affirmant tes droits,
Pour qu’un jour sans effort nos fils te soient fidèles.

XVI
La Voix des Morts

Morts qui dormez, couchés dans nos blancs cimetières,
Parfois, en relisant tous vos noms oubliés,
Je songe que nos cœurs, à vos froides poussières
Par des fils infinis et puissants sont liés.

Muets, vous dirigez nos volontés altières;
Par vos désirs éteints nos désirs sont pliés;
Vos âmes dans nos seins revivent tout entières,
En nous vos longs espoirs vibrent, multipliés.

Bien que nous franchissions une sphère plus haute,
Vos antiques erreurs nous induisent en faute,
Nous aveuglant encor malgré tous nos flambeaux.

Car le passé de l’homme en son présent subsiste,
Et la profonde voix qui monte des tombeaux
Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste.

A MES VERS

A mes Vers

Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles,
Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes,
Quelquefois l’ont charmé.
Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices!
Puisque mon bien-aimé respire avec délices
Votre souffle embaumé.

Vous l’avez consolé sur la rive lointaine.
Sans le quitter jamais, dans sa route incertaine,
Vous chantiez sur son cœur.
Un peu de moi par vous vivait sur sa poitrine;
Il sentait naître en lui l’espérance divine
A votre accent vainqueur.

Le soir, il s’asseyait, lassé, pour vous relire;
La farouche forêt, vibrant comme une lyre,
Tout à coup se taisait;
Il n’entendait que vous dans l’immense nature,
Et le pesant souci de sa rude aventure
Un instant s’apaisait.

Vous portiez devant lui, dans l’ombre et dans l’espace,
Afin de diriger ce voyageur qui passe,
L’amour, brillant fanal;
L’affreux péril en vain posait sur lui ses ongles,
Votre vive lueur éteignait dans les jungles
L’œil du tigre royal.

Il vous a répétés à l’écho des vieux temples,
Aux portiques déserts, montrant, mornes exemples,
Notre fragilité:
L’homme meurt, et ses dieux, que le temps brise et roule;
L’autel, étant de marbre, un peu plus tard s’écroule
Que la divinité.

Vous partagiez ainsi ses profondes pensées.
Vous lui devez la vie, ô strophes cadencées!
Il vous fit naître en moi.
Vous procédez de lui. Moi, je suis votre mère,
Je ne vous ai donné que la grâce éphémère;
Lui, la force et la foi.

Partez pour l’enchanter, fruits d’un hymen sublime.
Votre naissance est haute, et pure, et légitime:
Qu’il soit donc fier de vous!
Vous êtes siens. Sans lui, vous dormiriez encore,
Germes obscurs marqués pour ne jamais éclore,
Dans le néant jaloux.

Souvent je sens en moi son esprit qui s’éveille;
Alors il faut écrire, et prolonger la veille,
Et vous naissez, mes vers.
J’aime ce doux travail qui me tient accoudée:
Enfermer en tremblant l’essor de son idée
Dans mes rythmes divers.

Et s’il la reconnaît, pour peu qu’il lui sourie,
Si, puissante, elle vit sous la strophe fleurie,
Quel triomphe charmant!
Lorsqu’aussi pleinement deux êtres se possèdent,
Il n’est point sous le ciel de bonheurs qui ne cèdent
A leur enivrement.

Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles,
Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes,
Quelquefois l’ont charmé,
Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices!
Puisque mon bien aimé respire avec délices
Votre souffle embaumé.

TABLE

TABLE


  Pages.
UN MYSTÉRIEUX AMOUR 1
A Octave 139
A Octave 141
Rendez-vous 145
Aveu 147
Suprême Sagesse 150
Pourquoi je l’ai aimé 154
Philosophie 157
L’Adieu 162
Lettre écrite en Automne 165
Inquiétude 170
Le Collier de Perles 173
L’Oubli 177
Lettre écrite au Printemps 180
Le Retour 184
L’Inde Bouddhique 188
Silentium 193
Toujours 201
Une Pensée de Pascal 204
Repentir 207
Paroles d’Amour 211
Les Peaux de Tigre 214
La Panoplie 216
Suprême Bonheur 218
La Nature et l’Amour 222

Sonnets Philosophiques 227
I. A Octave 229
II. Le Temps 231
III. Les Forces 233
IV. La Vie 235
V. La Lutte pour l’existence 237
VI. La Source 239
VII. La Mort 241
VIII. Dieu 243
IX. Les Premiers Ages 245
X. Les Sentiments 247
XI. La Raison 249
XII. L’Idéal 251
XIII. Le Caractère 253
XIV. L’Histoire 255
XV. La Morale 257
XVI. La Voix des Morts 259
A mes Vers 261

Achevé d’imprimer
Le quinze mai mil huit cent quatre-vingt-six
PAR

ALPHONSE LEMERRE
25, RUE DES GRANDS-AUGUSTINS
A PARIS

BIBLIOTHÈQUE CONTEMPORAINE


VOLUMES IN-18 JÉSUS, IMPRIMÉS SUR PAPIER VÉLIN

Chaque volume, 3 fr. 50.

Paul Arène Vingt jours en Tunisie 1 vol.
Barbey d’Aurevilly Une Histoire sans nom 1 vol.
—— Ce qui ne meurt pas 1 vol.
Paul Bourget Psychologie contemporaine 2 vol.
—— L’Irréparable 1 vol.
—— Cruelle Énigme 1 vol.
—— Crime d’amour 1 vol.
Philippe Chaperon Histoires tragiques et Contes gais 1 vol.
—— Mademoiselle Vermont 1 vol.
—— Argine Lamiral 1 vol.
Léon Cladel Crète-Rouge 1 vol.
—— Ompdrailles 1 vol.
François Coppée Contes en prose 1 vol.
—— Vingt contes nouveaux 1 vol.
A. Daudet Les Femmes d’artistes 1 vol.
Ernest Détré Entre intimes 1 vol.
Émile Dodillon Le Forgeron de Montglas 1 vol.
—— Les Vacances d’un Séminariste 1 vol.
—— Le Moulin Blanc 1 vol.
Ary Ecilaw Roland 1 vol.
—— Le Roi de Thessalie 1 vol.
Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet 1 vol.
Anatole France Les Désirs de Jean Servien 1 vol.
Hector France L’Amour au pays bleu 1 vol.
Luigi Gualdo Une Ressemblance 1 vol.
—— Un Mariage excentrique 1 vol.
Édouard Haberlin Les Employés 1 vol.
—— Le Capitaine Girard 1 vol.
Ch. Hugo Les Hommes de l’exil 1 vol.
Camille Lemonnier Les Charniers 1 vol.
Daniel Lesueur Marcelle 1 vol.
Henri Liesse On n’aime qu’une fois 1 vol.
Marc Monnier Nouvelles napolitaines 1 vol.
Pouvillon Césette (histoire d’une paysanne) 1 vol.
—— L’Innocent 1 vol.
Robinot-Bertrand Les Songères 1 vol.
Louisa Siefert Méline 1 vol.
André Theuriet Péché Mortel 1 vol.
—— Bigarreau 1 vol.
Jules Troubat Le Blason de la Révolution 1 vol.
Louis Verbrugghe Les deux Singes 1 vol.

Paris.—Imp. A. Lemerre, 25 rue des Grands-Augustins.

Au lecteur.

L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée, mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. Ces corrections sont soulignées en pointillés dans le texte. Placez le curseur sur le mot pour voir l'orthographe originale.