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Œuvres de P. Corneille, Tome 02 cover

Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Chapter 187: NOTICE.
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About This Book

The play stages comic intrigues among lovers and city folk in a vividly drawn Parisian arcade where booksellers, a mercer, and a linen-seller intersect; a lively maidservant supplants the old nurse figure, sparking new comic roles. Scenes mix mistaken intentions, witty shopfront banter, and commentary on changing literary tastes and fashions, with satirical sketches of publishers, courting rituals, and theatrical self-awareness. Period details about costume and public reading habits punctuate the dialogue, and the action resolves in reconciliations and paired marriages that close the comedy.

LA PLACE ROYALE

COMÉDIE

1635

NOTICE.

Le succès de la Galerie du Palais, dû en grande partie, comme notre poëte l'a remarqué lui-même, au plaisir qu'éprouvaient les spectateurs en se voyant transportés dans un endroit qu'ils fréquentaient d'ordinaire, l'engagea à choisir pour théâtre d'une autre comédie la place Royale, qui, à cette époque, était la promenade à la mode, le lieu de réunion de la société la plus brillante, le centre des rendez-vous et des intrigues amoureuses.

Adieu, belle place où n'habite
Que mainte personne d'élite,

dit Scarron dans son Adieu au Marais et à la place Royale, composé en 1643[633]; et la curieuse liste qui suit ces deux vers les justifie pleinement.

La prédilection de Corneille pour les titres empruntés à divers endroits fameux de la ville de Paris a été critiquée en ces termes par un de ses censeurs: «Il a fait voir une Mélite, la Galerie du Palais et la Place Royale, ce qui nous faisoit espérer que Mondory annonceroit bientôt le Cimetière Saint-Jean, la Samaritaine et la Place aux Veaux[634]

Quant à Claveret, il ne blâme point ce procédé, mais il accuse Corneille de le lui avoir dérobé: «Ce que ma plume a produit autrefois ne m'a point fait rougir de honte, et si du temps que j'écrivois, vous ne m'eussiez cru capable au moins de vous suivre, vous n'eussiez pas tâché malicieusement d'éteindre ce peu de lumière, avec laquelle j'essayois de me faire connoître, établissant le titre d'une de vos pièces sur le fondement d'une seule rime[635]. J'entends parler de votre Place Royale, que vous eussiez aussi bien appelée la Place Dauphine, ou autrement, si vous eussiez pu perdre l'envie de me choquer; pièce que vous vous résolûtes de faire, dès que vous sûtes que j'y travaillois, ou pour satisfaire votre passion jalouse, ou pour contenter celle des comédiens que vous serviez. Cela n'a pas empêché que je n'en aye reçu tout le contentement que j'en pouvois légitimement attendre, et que les honnêtes gens qui se rendirent en foule à ses représentations n'ayent honoré de quelques louanges l'invention de mon esprit. J'ajouterois bien qu'elle eut la gloire et le bonheur de plaire au Roi étant à Forges[636], plus qu'aucune autre des pièces qui parut lors sur son théâtre[637]....»

La comédie de Corneille, jouée en 1635, ne fut imprimée qu'en vertu du privilége dont nous avons donné un extrait dans notre notice sur la Galerie du Palais; l'achevé d'imprimer est du 20 février 1637. Le volume, de format in-4o, se compose de 4 feuillets liminaires et de 112 pages; son titre exact est:

La Place Royalle, ou l'Amovrevx Extravagant. Comedie. A Paris, chez Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. Auec priuilege du Roy.

Le sous-titre: ou l'Amoureux Extrauagant, a disparu dès l'édition de 1644.

A MONSIEUR ***[638]

Monsieur,

J'observe religieusement la loi que vous m'avez prescrite, et vous rends mes devoirs avec le même secret que je traiterois un amour, si j'étois homme à bonne fortune. Il me suffit que vous sachiez que je m'acquitte, sans le faire connoître à tout le monde, et sans que par cette publication je vous mette en mauvaise odeur auprès d'un sexe dont vous conservez les bonnes grâces avec tant de soin. Le héros de cette pièce ne traite pas bien les dames, et tâche d'établir des maximes qui leur sont trop désavantageuses, pour nommer son protecteur: elles s'imagineroient que vous ne pourriez l'approuver sans avoir grande part à ses sentiments, et que toute sa morale seroit plutôt un portrait de votre conduite qu'un effort de mon imagination; et véritablement, Monsieur, cette possession de vous-même, que vous conservez si parfaite parmi tant d'intrigues[639] où vous semblez embarrassé, en approche beaucoup. C'est de vous que j'ai appris que l'amour d'un honnête homme doit être toujours volontaire; qu'on ne doit jamais aimer en un point qu'on ne puisse n'aimer pas; que si on en vient jusque-là, c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug; et qu'enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation de notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet de notre choix et de son mérite, que quand elle vient d'une inclination aveugle, et forcée par quelque ascendant de naissance à qui nous ne pouvons résister. Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne sauroit nous refuser. Mais je vais trop avant pour une épître: il sembleroit que j'entreprendrois la justification de mon Alidor; et ce n'est pas mon dessein de mériter par cette défense la haine de la plus belle moitié du monde, et qui domine si puissamment sur les volontés de l'autre. Un poëte n'est jamais garant des fantaisies[640] qu'il donne à ses acteurs; et si les dames trouvent ici quelques discours qui les blessent, je les supplie de se souvenir que j'appelle extravagant celui dont ils partent[641], et que par d'autres poëmes j'ai assez relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour effacer les mauvaises idées que celui-ci leur pourra faire concevoir de mon esprit. Trouvez bon que j'achève par là, et que je n'ajoute à cette prière que je leur fais que la protestation d'être éternellement,

MONSIEUR,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur[642],
Corneille.

EXAMEN.

Je ne puis dire tant de bien de celle-ci[643] que de la précédente. Les vers en sont plus forts; mais il y a manifestement une duplicité d'action. Alidor, dont l'esprit extravagant se trouve incommodé d'un amour qui l'attache trop, veut faire en sorte qu'Angélique sa maîtresse se donne à son ami Cléandre; et c'est pour cela qu'il lui fait rendre une fausse lettre qui le convainc de légèreté, et qu'il joint à cette supposition des mépris assez piquants pour l'obliger dans sa colère à accepter les affections d'un autre. Ce dessein avorte, et la donne à Doraste contre son intention; et cela l'oblige à en faire un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux desseins, formés ainsi l'un après l'autre, font deux actions, et donnent deux âmes au poëme, qui d'ailleurs finit assez mal par un mariage de deux personnes épisodiques, qui ne tiennent que le second rang dans la pièce. Les premiers acteurs y achèvent bizarrement, et tout ce qui les regarde fait languir le cinquième acte, où ils ne paroissent plus, à le bien prendre, que comme seconds acteurs. L'épilogue d'Alidor n'a pas la grâce de celui de la Suivante, qui ayant été très-intéressée dans l'action principale, et demeurant enfin sans amant, n'ose expliquer ses sentiments en la présence de sa maîtresse et de son père, qui ont tous deux leur compte, et les laisse rentrer pour pester en liberté contre eux et contre sa mauvaise fortune, dont elle se plaint en elle-même, et fait par là connoître au spectateur l'assiette de son esprit après un effet si contraire à ses souhaits.

Alidor est sans doute trop bon ami pour être si mauvais amant. Puisque sa passion l'importune tellement qu'il veut bien outrager sa maîtresse pour s'en défaire, il devroit se contenter de ce premier effort, qui la fait obtenir à Doraste, sans s'embarrasser de nouveau pour l'intérêt d'un ami, et hasarder en sa considération un repos qui lui est si précieux. Cet amour de son repos n'empêche point qu'au cinquième acte il ne se montre encore passionné pour cette maîtresse, malgré la résolution qu'il avoit prise de s'en défaire, et les trahisons qu'il lui a faites: de sorte qu'il semble ne commencer à l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet de le haïr. Cela fait une inégalité de mœurs qui est vicieuse.

Le caractère d'Angélique sort de la bienséance, en ce qu'elle est trop amoureuse, et se résout trop tôt à se faire enlever par un homme qui lui doit être suspect. Cet enlèvement lui réussit mal; et il a été bon de lui donner un mauvais succès, bien qu'il ne soit pas besoin que les grands crimes soient punis dans la tragédie, parce que leur peinture imprime assez d'horreur pour en détourner les spectateurs. Il n'en est pas de même des fautes de cette nature, et elles pourroient engager un esprit jeune et amoureux à les imiter, si l'on voyoit que ceux qui les commettent vinssent à bout, par ce mauvais moyen, de ce qu'ils desirent.

Malgré cet abus, introduit par la nécessité et légitimé par l'usage, de faire dire dans la rue à nos amantes de comédie ce que vraisemblablement elles diroient dans leur chambre, je n'ai osé y placer Angélique durant la réflexion douloureuse qu'elle fait sur la promptitude et l'imprudence de ses ressentiments, qui la font consentir à épouser l'objet de sa haine: j'ai mieux aimé rompre la liaison des scènes, et l'unité de lieu, qui se trouve assez exacte en ce poëme à cela près, afin de la faire soupirer dans son cabinet avec plus de bienséance pour elle, et plus de sûreté pour l'entretien d'Alidor. Phylis, qui le voit sortir de chez elle, en auroit trop vu si elle les avoit aperçus tous deux sur le théâtre; et au lieu du soupçon de quelque intelligence renouée entre eux qui la porte à l'observer durant le bal, elle auroit eu sujet d'en prendre une entière certitude, et d'y donner un ordre qui eût rompu tout le nouveau dessein d'Alidor et l'intrique de la pièce.

En voilà assez sur celle-ci; je passe aux deux qui restent dans ce volume[644].


ACTEURS[645].

ALIDOR, amant d'Angélique.
CLÉANDRE, ami d'Alidor.
DORASTE, amoureux d'Angélique.
LYSIS, amoureux de Phylis.
ANGÉLIQUE, maîtresse d'Alidor et de Doraste.
PHYLIS, sœur de Doraste.
POLYMAS, domestique d'Alidor.
LYCANTE, domestique de Doraste.