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Œuvres de P. Corneille, Tome 06 cover

Œuvres de P. Corneille, Tome 06

Chapter 4: AU LECTEUR [9].
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About This Book

The edition presents a seventeenth-century tragic drama about a Lombard prince whose rule is undermined by fraternal quarrel and a treacherous commander; betrayed and forced into exile, he leaves his wife and heir confined while rival forces seize power. The playwright frames the piece with an explanatory preface acknowledging the work's poor reception and cites source chronicles; the volume also offers translations of those sources, variant readings, notes, and documentary material that illuminate the historical narratives behind the stage action.

AU LECTEUR [9].

LA mauvaise réception que le public a faite à cet ouvrage m'avertit qu'il est temps que je sonne la retraite, et que des préceptes de mon Horace je ne songe plus à pratiquer que celui-ci:

Solve senescentem mature sanus equum, ne
Peccet ad extremum ridendus et ilia ducat
 [10].

Il vaut mieux que je prenne congé de moi-même que d'attendre qu'on me le donne tout à fait; et il est juste qu'après vingt années de travail, je commence à m'apercevoir que je deviens trop vieux pour être encore à la mode. J'en remporte cette satisfaction, que je laisse le théâtre françois en meilleur état que je ne l'ai trouvé, et du côté de l'art et du côté des m[oe]urs: les grands génies qui lui ont prêté leurs veilles de mon temps y ont beaucoup contribué; et je me flatte jusqu'à penser que mes soins n'y ont pas nui: il en viendra de plus heureux après nous qui le mettront à sa perfection, et achèveront de l'épurer; je le souhaite de tout mon c[oe]ur. Cependant agréez que je joigne ce malheureux poëme aux vingt et un qui l'ont précédé avec plus d'éclat; ce sera la dernière importunité que je vous ferai de cette nature: non que j'en fasse une résolution si forte qu'elle ne se puisse rompre; mais il y a grande apparence que j'en demeurerai là. Je ne vous dirai rien pour la justification de Pertharite: ce n'est pas ma coutume de m'opposer au jugement du public; mais vous ne serez pas fâché que je vous fasse voir à mon ordinaire les originaux dont j'ai tiré cet événement, afin que vous puissiez séparer le faux d'avec le vrai, et les embellissements de nos feintes d'avec la pureté de l'histoire. Celui qui l'a écrite [11] le premier a été Paul Diacre [12], à la fin de son quatrième livre, et au commencement du cinquième, des Gestes des Lombards; et pour n'y mêler rien du mien, je vous en donne la traduction fidèle [13] qu'en a faite Antoine du Verdier dans ses Diverses leçons [14]; j'y ajoute un mot d'Erycus Puteanus [15], pour quelques circonstances en quoi ils diffèrent, et je le laisse en latin de peur de corrompre la beauté de son langage par la foiblesse de mes expressions. Flavius Blondus, dans son Histoire de la décadence de l'empire romain [16], parle encore de Pertharite; mais comme il le fait chasser de son royaume étant encore enfant, sans nommer Rodelinde [17] qu'à la fin de sa vie, je n'ai pas cru qu'il fût à propos de vous produire un témoin qui ne dit rien de ce que je traite [18].