La bûche de Noël en Berry

En Berry, elle s'appelle cosse de Nau38 et quelquefois trèfoué, trouffiau, trufau (trois feux).

Note 38: (retour) Cosse (codex), souche.

Nau signifie Noël: ce mot était employé par nos pères dans ce sens:

Au sainet Nau chanteray...

Car le jour est fériau.

Nau! Nau! Nau!

Car le jour est fériau!

(Anciens Noëls. Bibl. imp.).

Les forces réunies de plusieurs hommes sont nécessaires pour apporter et mettre en place la cosse de Nau, car c'est ordinairement un énorme tronc d'arbre destiné à alimenter la cheminée pendant les trois jours que dure la fête de Noël.

A l'époque de la féodalité, plus d'un fief a été donné, à la charge, par l'investi, de porter, tous les ans, la cosse de Nau au foyer du suzerain39.

Note 39: (retour) BOUTARIC, Traité des drois seigneuriaux, p. 645.

La cosse de Nau doit, autant que possible, provenir d'un chêne vierge de tout élagage et qui aura été abattu à minuit. On le dépose dans l'âtre, au moment où sonne la messe nocturne, et le chef de famille, après l'avoir aspergé d'eau bénite, y met le feu.

C'est sur les deux extrémités de la bûche ainsi consacrée que les mères et surtout les aïeules se plaisent à disposer les fruits, les gâteaux et les jouets de toute espèce auxquels les enfants feront, à leur réveil, un si joyeux accueil. Comme on a fait croire à ceux qui pleuraient pour aller à la messe de minuit, qu'on les mènerait à la messe du cossin blanc—c'est-à-dire qu'on les mettrait au lit,—on ne manque jamais, le lendemain matin, de leur dire que, tandis qu'ils assistaient à cette messe mystérieuse, toutes ces belles et bonnes choses ont été déposées là, à leur intention, par le petit Naulet40.

Note 40: (retour) Le petit Jésus, Naulet, Noëlet, enfant de Noël.

On conserve ces débris de la cosse de Nau d'une année à l'autre: ils sont recueillis et mis en réserve sous le lit du maître de la maison. Toutes les fois que le tonnerre se fait entendre, on en prend un morceau que l'on jette dans la cheminée, et cela est suffisant pour protéger la famille contre le feu du temps, c'est-à-dire contre la foudre41.

Note 41: (retour) Laisnel de La Salle, tom. I, p. 1 et suiv.

«Dans quelques vieilles maisons de notre Berry, je cherchais à m'expliquer pourquoi l'un des deux grands chenets en fer forgé était d'une seule pièce, tandis que l'autre se démontait en deux pièces par le simple emboîtement de la branche verticale sur la branche horizontale et formait, de cette manière, un simple tréteau: une octogénaire m'en a donné l'explication suivante: Dans mon jeune temps, la veille de Noël, on choisissait pour le truffiau (tréfeu) le tronc d'un arbre assez gros pour qu'on fût obligé de le faire traîner par un cheval, et les chenets étaient ainsi faits pour pouvoir le hisser plus facilement. On posait l'une des extrémités sur le grand chenet et l'on faisait glisser latéralement l'autre extrémité sur le chenet démonté, à l'aide de leviers, car cette bûche atteignait très souvent deux ou trois mètres de long sur un mètre de circonférence. On se servait le plus souvent de trognards que l'on rencontre encore beaucoup dans nos haies: le bois fendu était rigoureusement exclu. La longueur de ces bûches explique la forme de ces cheminées géantes d'autrefois»42.

Note 42: (retour) H.-G., d'Henrichemont (Cher).
H.-G., d'Henrichemont (Cher).

Dans l'Orléanais, province voisine du Bercy, existaient à peu près les mêmes usages.

La ménagère plaçait dans le foyer, au milieu d'un épais lit de cendres, et enguirlandée de branches de bruyère ou de genièvre, la plus forte souche du bûcher. C'était ordinairement une énorme culée de chêne.

Dans la Beauce et le val Orléanais (rive gauche de la Loire), cette bûche se nomme, selon les localités, tréfoy, trifoué ou trifouyau.

Le moment de déposer, dans l'âtre nettoyé avec soin, la bûche traditionnelle variait selon les pays. Ici on la plaçait aux premiers coups de la cloche annonçant l'office de la nuit, là on attendait l'instant où la cloche sonnait la voix Dieu, c'est-à-dire l'élévation de la messe de minuit. C'était le grand-père, quelquefois le plus jeune enfant qui, après l'avoir aspergé d'eau bénite, y mettait le feu en se signant et en prononçant à haute voix: In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen!

Le tréfoué devait brûler, sans flamme, l'espace de trois jours, afin d'entretenir une constante et douce chaleur dans la chambre où se réunissaient, avant et après les offices, mais principalement avant et après la messe de minuit, tous les membres de la famille. Cependant la bûche de Noël se consumait lentement. Les fêtes terminées, on recueillait les restes du tréfoué et on les conservait d'une année à l'autre.


La bûche de Noël en Normandie

Voici en quels termes Marchangy (1782-1826) parle de cet usage en Normandie:

«Le père de famille, accompagné de ses fils et de ses serviteurs, va à l'endroit du logis où, l'année précédente, à la même époque, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche de Noël. Ils rapportent solennellement ces tisons qui, dans leur temps, avaient jeté de si belles flammes à rencontre des faces réjouies des convives. L'aïeul les pose dans ce foyer qu'ils ont connu et tout le monde se met à genou en récitant le Pater. Deux forts valets de ferme apportent lentement la bûche nouvelle, qui prend date, comme dans une dynastie. On dit la bûche 1re, la bûche 2e, la 20e, la 30e, ce qui signifie que le père de famille a déjà présidé une fois, deux fois, vingt fois, trente fois semblable cérémonie.

«La bûche nouvelle est toujours la plus grosse que le bûcheron puisse trouver dans la forêt, c'est la plus forte partie du tronc de l'arbre ou, le plus souvent, c'est la masse de ses énormes racines, qu'on appelle la souche ou la coque de Noël.

«A l'instant où l'on y met le feu, les petits enfants vont prier dans un coin de l'appartement, afin, leur dit-on, que la souche leur fasse des présents, et, tandis qu'ils prient, on met à chaque bout de cette souche des paquets d'épices, de dragées et de fruits confits». Qu'on juge de l'empressement et de la joie des enfants à venir recevoir de pareils présents!

De nos jours, l'usage de la bûche de Noël tend à disparaître des pays normands.

Longtemps, les pauvres gens des campagnes, en attendant l'heure de la messe de minuit, ont dû se réchauffer autour de l'énorme bûche éclairant de sa lumière flamboyante la compagnie réunie sous la hotte de la cheminée. C'est assis, devant son brasier, qu'on restait jusqu'au moment où, à travers champs, on allait gagner la pauvre église où devait se célébrer la Messe des bergers. C'est devant l'âtre rougeoyant qu'on se racontait toutes ces légendes merveilleuses de Noël, toutes ces traditions qui, contées par la voix tremblante des aïeules, se sont transmises jusqu'à nos jours: et les pierres tournantes, comme celles de Gerponville, de Saint-Arnoult, de Malle-mains, qui tournent sept fois pendant la nuit de Noël; et les trésors qui ne se découvrent que lorsqu'on sonne le premier coup de la messe nocturne; et les feux follets qui dansent pendant la nuit sur les tombes du cimetière et bien d'autres contes fantastiques43.

Note 43: (retour) G. Dubosc. Journal de Rouen, 25 décembre 1898.

La bûche de Noël en Provence

Les Provençaux apportaient au foyer le joyeux cariguié, ou vieux tronc d'olivier choisi pour brûler toute la nuit; ils s'avançaient solennellement en chantant les paroles suivantes:

Cacho fio.................... Cache le feu (ancien).

Bouto fio..................... Allume le feu (nouveau).

Dieou nous allègre.... Dieu nous comble d'allégresse!

Le plus ancien de la famille arrosait alors ce bois, soit de lait, soit de miel, en souvenir de l'Eden, dont l'avènement de Jésus est venu réparer la perte, soit de vin, en souvenir de la vigne cultivée par Noé, lors de la première rénovation du monde. Le plus jeune enfant de la maison prononçait, à genoux, ces paroles que son père lui avait apprises:

«O feu, réchauffe pendant l'hiver les pieds frileux des petits orphelins et des vieillards infirmes, répands ta clarté et ta chaleur chez les pauvres et ne dévore jamais l'étable du laboureur ni le bateau du marin.»

Cette scène si touchante de la bûche de Noël occupe toute une salle du musée d'Arles; en voici la description:

Neuf mannequins de grandeur naturelle sont groupés autour de la cheminée dans laquelle flambe la bûche de Noël. La première personne de gauche est l'aïeul, en costume du dix-huitième siècle. Il arrose, il bénit la bûche avec du vin cuit et prononce les paroles sacramentelles. Cette formule renferme tout à la fois une prière et d'heureux souhaits pour toute la famille, debout devant la table chargée des plats réglementaires.

Alègre! Alègre! Dieu nous alègre.

Calendo vèn, tout ben vèn

E se noun sian pas mai, que noun fuguen men!

Dieu vous fague la graci de veire l'an que vén.

«Dieu nous tienne en joie; Noël arrive, tout bien arrive! Que Dieu nous fasse la grâce de voir l'année prochaine, et si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins!»

En face, assise, l'aïeule file sa quenouille. Derrière elle, le fermier, aîné des garçons, dit lou Pelot, s'appuie sur la cheminée, ayant sa femme vis-à-vis. A côté du Pelot, sa jeune soeur, souriante et rêveuse; elle s'entretient avec lou rafi (valet de ferme). Près de la table, à gauche, l'aînée des filles prépare le repas, tandis qu'au fond le guardian, armé de son trident, et le berger avec son chien, se préparent à assister au festin familial. Une jeune enfant écoute religieusement la bénédiction du grand-père (benedicioun d'où cacho-fio)44.

Note 44: (retour) Le Museon Arlaten, par Jeanne de Flandreysy.

Mistral, quand il fut nommé membre de l'Académie marseillaise, en cette langue provençale si colorée, qu'il parle si bien, nous a donné, dans son discours, un tableau pittoresque de cette scène ravissante de la bûche de Noël:

«Au bon vieux temps, la veille de Noël, après le grand repas de la famille assemblée, quand la braise bénite de la bûche traditionnelle, la bûche d'olivier, blanchissait sous les cendres et que l'aïeul vidait, à l'attablée, le dernier verre de vin cuit, tout à coup, de la rue déjà dans l'ombre et déserte, on entendit monter une voix angélique, chantant par là-bas, au loin dans la nuit.»

Et le poète nous conte alors une légende charmante, celle de la Bonne Dame de Noël qui s'en va dans les rues, chantant les Noëls de Saboly à la gloire de Dieu, suivie par tout un cortège de pauvres gens, miséreux des champs et des villes, gueux de campagne, etc., accourus dans la cité en fête.

«Et vite alors, tandis que la bûche s'éteignait peu à peu, lançant ses dernières étincelles, les braves gens rassemblés pour réveillonner ouvraient leurs fenêtres, et la noble chanteuse leur disait: «Braves gens, le bon Dieu est né, n'oubliez pas les pauvres!» Tous descendaient alors avec des corbeilles de gâteaux, et de nougats—car on aime fort le nougat dans le Midi—et ils donnaient aux pauvres le reste du festin».

Comment résister au désir que nous avons depuis longtemps de publier la bûche de Noël de Frédéric Mistral qui a bien voulu correspondre avec nous et nous donner des renseignements si intéressants sur les coutumes de Noël.

Cette description si gracieuse, si poétique, faisait primitivement partie du poème de Mireille: l'auteur a cru devoir la supprimer pour éviter les longueurs45.

Note 45: (retour) Il faut être bien puissant et bien sûr de soi pour négliger un tel tableau ou le reléguer dans les bas côtés de son oeuvre. Lisons, relisons la traduction de ces beaux vers. Quelle naïveté! Quelle beauté simple et pieuse! Quelle rusticité pleine de saveur! De plus, quelle noblesse fière! Oui, c'est ainsi que doit être sauvée l'âme d'un peuple et maintenue la haute tradition d'un pays. Chaque stance est soutenue par un souffle divin (X***).

«Ah! Noël, Noël, où est ta douce paix? Où sont les visages riants des petits enfants et des jeunes filles? Où est la main calleuse et agitée du vieillard qui fait la croix sur le saint repas?

«Alors le valet qui laboure quitte le sillon de bonne heure, et servantes et bergers décampent, diligents. Le corps échappé au dur travail, ils vont à leur maisonnette de pisé, avec leurs parents, manger un coeur de céleri et poser gaiement la bûche au feu avec leurs parents.

«Du four, sur la table de peuplier, déjà le pain de Noël arrive, orné de petits houx, festonné d'enjolivures. Déjà s'allument trois chandelles neuves, claires, sacrées, et dans trois blanches écuelles germe le blé nouveau, prémice des moissons.

«Un noir et grand poirier sauvage chancelait de vieillesse. L'aîné de la maison vient, le coupe par le pied, à grands coups de cognée, l'ébranlé et, le chargeant sur l'épaule, près de la table de Noël, il vient aux pieds de son aïeul le déposer respectueusement.

«Le vénérable aïeul d'aucune manière ne veut renoncer à ses vieilles modes. Il a retroussé le devant de son ample chapeau, et va, en se hâtant, chercher la bouteille. Il a mis sa longue camisole de cadis blanc, et sa ceinture, et ses braies nuptiales, et ses guêtres de peau.

«Cependant, toute la famille autour de lui joyeusement s'agite...—«Eh bien? posons-nous la bûche, enfants?—Allégresse! Oui». Promptement, tous lui répondent: «Allégresse.»—Le vieillard s'écrie: «Allégresse! que notre Seigneur nous emplisse d'allégresse! et si une autre année nous ne sommes pas plus, mon Dieu, ne soyons pas moins!»

«Et, remplissant le verre de clarette devant la troupe souriante, il en verse trois fois sur l'arbre fruitier. Le plus jeune prend l'arbre d'un côté, le vieillard de l'autre, et soeurs et frères, entre les deux, ils lui font faire ensuite trois fois le tour des lumières et le tour de la maison.

«Et dans sa joie, le bon aïeul élève en l'air le gobelet de verre: «O feu, dit-il, feu sacré, fais que nous ayons du beau temps!»

«Bûche bénie, allume le feu! Aussitôt, prenant le tronc dans leurs mains brunes, ils le jettent entier dans l'âtre vaste. Vous verriez alors gâteaux à l'huile et escargots dans l'aïoli heurter dans ce beau festin vin cuit, nougat d'amandes et fruits de la vigne.

«D'une vertu fatidique vous verriez luire les trois chandelles, vous verriez des esprits jaillir du feu touffu, du lumignon vous verriez pencher la branche vers celui qui manquera au banquet, vous verriez la nappe rester blanche sous un charbon ardent et les chats rester Muets!»


La bûche de Noël en Bretagne46

Note 46: (retour) Cette description de la bûche de Noël en Bretagne a été reproduite par un grand nombre de journaux, et revues: les Annales politiques, la Revue française, etc.

En Bretagne, la plus grande fête de l'année était la fête de Noël, et ce que nous, pauvres paysans, nous aimions le plus dans cette fête, c'était la Messe de minuit. Maigre plaisir, pour vous autres citadins qui aimez vos aises; mais qu'était-ce pour nous, paysans, qu'une nuit blanche? Même quand il fallait cheminer dans la boue et sous la neige, pas un vieillard, pas une femme n'hésitait. On ne connaissait pas encore les parapluies à Saint-Jean-Brévelay, ou du moins on n'y connaissait que le nôtre, qui était un sujet d'étonnement et d'admiration. Les femmes retroussaient leurs jupes avec des épingles, mettaient un mouchoir à carreaux par-dessus leurs coiffes, et partaient bravement dans leurs sabots pour se rendre à la paroisse. Il s'agissait bien de dormir! Personne ne l'aurait pu. Le carillon commençait dès la veille après l'Angelus du soir, et recommençait de demi-heure en demi-heure jusqu'à minuit! et pendant ce temps-là, pour surcroît de béatitude, les chasseurs ne cessaient pas de tirer des coups de fusil en signe d'allégresse; mon père fournissait la poudre. C'était une détonation universelle. Les petits garçons s'en mêlaient, au risque de s'estropier, quand ils pouvaient mettre la main sur un fusil ou un pistolet.

Le presbytère était à une petite demi-lieue du bourg; le recteur faisait la course sur son bidet, que le quinquiss (le bedeau) tenait par la bride. Une douzaine de paysans l'escortaient, en lui tirant des coups de fusil aux oreilles. Cela ne lui faisait pas peur, car c'était un vieux chouan, et il avait la mort de plus d'un bleu sur la conscience. Avec cela, bon et compatissant, et le plus pacifique des hommes, depuis qu'il portait la soutane, et que le roi était revenu.

On faisait ce soir-là de grands préparatifs à la maison. Telin-Charles et Le Halloco mesuraient le foyer et la porte de la cuisine d'un air important, comme s'ils n'en avaient pas connu les dimensions depuis bien des années. Il s'agissait d'introduire la bûche de Noël, et de la choisir aussi grande que possible. On abattait un gros arbre pour cela; on attelait quatre boeufs, on la traînait jusqu'à Kerjau (c'était le nom de notre maison), on se mettait à huit ou dis pour la soulever, pour la porter, pour la placer: on arrivait à grand'peine à la faire tenir au fond de l'âtre; on l'enjolivait avec des guirlandes; on l'assurait avec des troncs de jeunes arbres; on plaçait dessus un gros bouquet de fleurs sauvages, ou pour mieux dire de plantes vivaces. On faisait disparaître la table du milieu; la famille mangeait un morceau sur le pouce. Les murs étaient couverts de nappes et de draps blancs, comme pour la Fête-Dieu; on y attachait des dessins de ma soeur Louise et de ma soeur Hermine, la bonne Vierge, l'Enfant Jésus.

Il y avait aussi des inscriptions: Et homo factus est! On ôtait toutes les chaises pour faire de la place, nos visiteuses n'ayant pas coutume de s'asseoir autrement que sur leurs talons. Il ne restait qu'une chaise pour ma mère, et une tante Gabrielle, qu'on traitait avec déférence et qui avait quatre-vingt-six ans. C'est celle-là, mes enfants, qui savait des histoires de la Terreur! Tout le monde en savait autour de moi, et mon père, plus que personne, s'il avait voulu parler. C'était un bleu, et son silence obstiné était peut-être conseillé par la prudence, dans un pays où il n'y avait que des chouans. L'encombrement était tel dans la cuisine, tout le monde voulant se rendre utile et apporter du genêt, des branches de sapin, des branches de houx, et le bruit était si assourdissant, à cause des clous qu'on plantait et des casseroles qu'on bousculait, et il venait un tel bruit du dehors, bruits de cloches, de coups de fusil, de chansons, de conversations et de sabots, qu'on se serait cru au moment le plus agité d'une foire.

A onze heures et demie, on entendait crier dans la rue: Naoutrou Personn! Naoutrou Personn! (M. le recteur, M. le recteur). On répétait ce cri dans la cuisine, et à l'instant tous les hommes en sortaient; il ne restait que les femmes avec la famille. Il se faisait un silence profond. Le recteur arrivait, descendait de son bidet que je tenais par la bride (c'est-à-dire que j'étais censé le tenir, mais on le tenait pour moi; il n'avait pas besoin d'être tenu, le pauvre animal). A peine descendu, M. Moizan montait les trois marches du perron, se tournait vers la foule découverte, ôtait lui-même son chapeau, et disait, après avoir fait le signe de la croix: «Angelus Domini nuntiavit Mariæ». Un millier de voix lui répondaient. La prière finie, il entrait dans la maison, saluait mon père et ma mère avec amitié, M. Ozon, le maire, qui venait d'arriver de Pénic-Pichou, et M. Ohio, le maréchal ferrant, qui était greffier du juge de paix. M. Ozon, M. Ohio étaient les plus grands seigneurs du pays. Ils savaient lire; ils étaient riches, surtout le premier. On offrait au recteur un verre de cidre qu'il refusait toujours. Il partait au bout de quelques minutes, escorté par M. Ozon et M. Ohio, puis, aussitôt, on se disposait à bénir la bûche de Noël. C'était l'affaire de dix minutes.

Mon père et ma mère se tenaient debout à gauche de la cheminée. Les femmes que leur importance ou leurs relations avec la famille autorisaient à pénétrer dans le sanctuaire, ce qui veut dire ici la cuisine, étaient agenouillées devant le foyer en formant un demi-cercle. Les hommes se tenaient serrés dans le corridor, dont la porte restait ouverte, et débordaient dans la rue jusqu'au cimetière. De temps en temps, une femme, qui avait été retenue par quelques soins à donner aux enfants, fendait les rangs qui s'ouvraient devant elle, et venait s'agenouiller avec les autres. Tante Gabrielle, revêtue de sa mante, ce qui annonçait un grand tralala, était à genoux au milieu, juste en face de la bûche, ayant à côté d'elle un bénitier et une branche de buis, et elle entonnait un cantique que tout le monde répétait en choeur.

Vraiment, si j'en avais retenu les paroles, je ne manquerais pas de les consigner ici; je les ai oubliées, je le regrette; non pas pour vous, qui êtes trop civilisés pour vous plaire à ces souvenirs, mais pour moi. Et, après tout, je n'ai que faire de la chanson de tante Gabrielle, puisque je ne sais plus un mot de bas-breton. L'air était monotone et plaintif, comme tout ce que nous chantons chez nous à la veillée; il y avait pourtant un crescendo, au moment où la bénédiction allait commencer, qui me donnait ordinairement la chair de poule....

Jules Simon.




CHAPITRE III

LES PARTICULARITÉS DE LA MESSE DE MINUIT

Ce chapitre est le plus intéressant de tous, car c'est la Messe de minuit qui donne surtout à la fête de Noël sa grande popularité.

Un ancien usage, qui semble remonter jusqu'au pape Télesphore (IIe siècle), ou au moins jusqu'à saint Grégoire le Grand (homélie 8e sur l'évangile du jour), permet aux prêtres de dire trois messes le jour de Noël47. Il semble que l'intention de l'Eglise, en autorisant cette coutume, a été d'honorer les trois naissances différentes de Jésus-Christ.

Note 47: (retour) En Espagne, les prêtres ont aussi le privilège de dire trois messes le jour des Morts, à la condition de les appliquer à tous les défunts et sans honoraires. Les Grecs unis ne disent qu'une seule messe le jour de Noël.

La première est sa naissance temporelle à Bethléem, que l'Eglise honore particulièrement à la Messe de minuit. Celle-ci se célèbre à l'heure même où l'on pense communément que Notre-Seigneur a voulu naître.

La seconde est sa naissance spirituelle dans les coeurs des fidèles, figurée par sa manifestation aux bergers qui est racontée dans l'évangile qu'on lit à la Messe de l'aurore.

La troisième est sa naissance éternelle dans le sein de son Père, rappelée à la Messe du jour; l'Eglise nous y fait lire pour épître et pour évangile deux passages de l'Écriture où la divinité de Jésus-Christ est clairement énoncée.

Quoique les fidèles ne soient obligés, par le précepte de l'Eglise, qu'à assister à une des trois messes de Noël, l'usage des personnes pieuses est de les entendre toutes les trois.

A Rome, le Pape disait la première messe de Noël (la Messe de la nuit), dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, à l'autel de la Crèche.

La seconde messe était célébrée dans l'église de Sainte-Anastasie, martyre de Sirmich, dont les reliques étaient vénérées à Constantinople; cette église se trouvait dans le quartier le plus central de Rome.

La troisième messe était célébrée dans l'Eglise de Saint-Pierre. C'est pendant cette messe que le pape Léon III, en couronnant Charlemagne empereur d'Occident, inaugura, en 800, le Saint-Empire romain.

Ordinairement le pape lui-même célébrait les trois messes.

La messe de la nuit, dite à Sainte-Marie-Majeure, était surtout solennelle: une foule immense remplissait toujours la vaste basilique, toute resplendissante avec ses mosaïques, ses bronzes, ses porphyres, ses tabernacles d'or étincelants de pierres précieuses, et surtout sa longue et majestueuse nef soutenue par trente-huit colonnes de marbre blanc. Représentez-vous cette immense église aussi éclairée qu'en plein jour. C'étaient partout des lumières, il en jaillissait des faisceaux de chaque colonne; le sanctuaire surtout était tout en feu. Et toutes ces lumières se détachaient sur des draperies de velours cramoisi à franges d'or, dont l'église tout entière aussi bien que la colonnade était ornée.

Les chanoines de la basilique allaient en grande pompe chercher la pauvre Crèche qui servit de berceau à l'Enfant-Jésus.

Dès que la sainte relique était exposée à la vénération des fidèles, le Souverain-Pontife commençait la Messe. Et quelle Messe! De quelles suaves et indicibles émotions devaient être inondés les témoins mille fois privilégiés de cette Messe de minuit, dite par le Chef de l'Eglise, près du berceau du Sauveur, à l'heure même où l'Eglise rappelle le souvenir de sa naissance!

Après avoir contemplé et admiré ces splendeurs, abaissons nos regards sur l'humble église de nos villages. Comme la scène de la nuit de Noël est belle dans sa touchante simplicité!

Dans une demi-obscurité, l'office commence.

Au-dessus de l'autel, dominant une Crèche de branchages, une sorte de transparent reflète en vagues miroitements la lumière tremblante des cierges.

Minuit! Un Sauveur nous est né! Chantons Noël!

L'enfantelet de cire, étendu sur la paille, semble baigné d'un flot d'or perçant la claire-voie de l'étable.

Tout autour du choeur flamboie, en lettres d'un mètre de haut, le cantique des Anges, le cri d'amour et d'adoration: Gloria in excelsis Deo!

Le sanctuaire est bien humble, bien pauvre, si pauvre que les cierges vacillants de l'autel et de la nef ont grand'peine à dissiper les ténèbres et qu'il faut, pour suivre l'office dans le gros paroissien aux lettres d'alphabet, s'aider du lumignon qui guidait tout à l'heure les pèlerins à travers la campagne endormie.

Mais une foi ardente anime ces âmes croyantes, à la seule pensée du Mystère qu'on commémore en cette nuit de Nativité. Une extase intérieure illumine la petite enfant qui épelle, comme la vieille grand'mère qui ne sut jamais lire48.

Note 48: (retour) Lire les belles pages que dom Guéranger a écrites sur le Temps de Noël.

En allant à la Messe de minuit.

«Jeannot, mon vieux, prends ta béquille;

Faut aller voir l'Enfant-Jésus.

La coque en feu flambe et pétille,

L'eau bénite a coulé dessus.

Si la Bonne-Dame (à Dieu plaise!)

Entre chez nous, toute la nuit

Elle y trouvera de la braise

Pour la bouillie à son petit49.

«J'ai mon bâton. La neige est dure,

Tiens-toi bien, prends garde de choir;

Déjà le vent de la froidure

Éteint ma lanterne... il fait noir.

Marchons doucement.—C'est peut-être

La dernière fois, ô mon vieux,

Que nous allons voir notre Maître,

Si bon pour nous, les pauvres gueux?»

Note 49: (retour) La coque de Noël doit brûler toute la nuit, sans interruption, même en l'absence des gens de la maison, car la sainte Vierge peut avoir besoin d'entrer dans le logis pour faire de la bouillie à l'Enfant-Jésus et il faut qu'elle trouve le feu tout prêt.

(Légende nivernaise).

—«Oui, nous avons passé sur terre,

Tous deux, plus de septante-huit ans;

L'heure est proche où notre misère

Doit prendre fin... il est bien temps!

Trimer, bûcher, voilà l'aubaine,

Toujours minable et tracassé...

Mais plus en ce monde l'on peine,

Plus on sera récompensé!

«Au Paradis, ma pauvre vieille,

On n'aura plus ni froid ni faim;

On n'y connaîtra pas, la veille,

Le grand souci du lendemain.

Nous prierons Jésus tout à l'heure

De nous y faire entrer tous deux,

Puisque la place la meilleure,

Il l'a réserve aux malheureux.

—«O mon vieux, ce que, moi, j'espère,

C'est de revoir au Paradis

Nos défunts, le père et la mère,

D'y retrouver nos chers petits.

Ah! Jésus pourvu que personne

De chez nous ne manque là-haut!...

Mais voici la cloche qui sonne,

Nous arriverons comme il faut.»

Ainsi, le dos rond sous la bise,

Qui court le long du sentier blanc,

Les vieux s'avancent vers l'église,

Tout chevrotant et gambillant.

Pauvres gens!—quoique la distance

Ne soit pas grande, ils sont bien las;

Mais, dans leur rêve d'espérance,

Ils ne s'en aperçoivent pas.

Oh! comme l'église flamboie!

Oh! tant de cierges sur l'autel!

Oh! les beaux cantiques de joie!

L'encens fume... Noël! Noël!

Le chant, le parfum, la lumière

Mettent en leurs coeurs éblouis

Une allégresse avant-courrière

Des liesses du Paradis.

Ils n'ont jamais, depuis l'enfance,

Manqué la messe de minuit:

Avec la même confiance

Les voilà qui prient aujourd'hui.

—Votre prière n'est pas vaine,

O bonnes gens agenouillés,

Puisqu'elle charme votre peine

Et que vos maux sont oubliés!...

Ils partent. Simulant l'aurore,

La lune éclat à l'horizon.

Sur leurs lèvres murmure encore

La douce et naïve oraison.

Le couple en silence chemine

Et, sous les piqûres du gel,

Les vieux rentrent dans leur chaumine,

Transis, contents... Noël! Noël!

Achille MILLIEN,50.
à Beaumont-la-Ferrière (Nièvre).

Note 50: (retour) Cette ravissante poésie est extraite d'un des nombreux ouvrages de l'éminent poète nivernais, intitulé L'Heure du Couvre-Feu: cet ouvrage, comme plusieurs de ses aînés, a été couronné par l'Académie française.

Le vicomte Walsh, dans son admirable ouvrage des Fêtes chrétiennes, nous raconte une Messe de minuit pendant la Révolution qui a bien ce caractère de simplicité dont nous venons de parler:

«Je me souviens d'une Messe de minuit dite en cachette pendant les persécutions de 93.

«En ce temps-là, il n'y avait plus d'église pour célébrer les Saints Mystères: une grange fut choisie par les habitants du hameau. Les femmes la décorèrent pendant la nuit précédente: des draps de grosse toile bien blanche furent tendus tout à l'entour. Une table rustique, recouverte des linges les plus blancs, devait servir d'autel; des branches de houx, à petites baies rouges, étaient placées comme bouquets de chaque côté du crucifix d'ébène; deux chandelles de résine furent mises dans des flambeaux de fer: c'était toute la pompe de ces temps de persécution.

«Isolément et sans faire aucun bruit, les fidèles se rendirent à la grange préparée pour la fête. Avec quelle piété ces paysans bretons tombaient à genou devant cet autel si pauvre!

«Quand le prêtre parut à l'autel, des pleurs s'échappèrent de tous les yeux.

«Lui-même fut tellement ému qu'il répandait aussi des larmes qui n'étaient pas sans douceur. Confesseur de la foi quelques jours auparavant, il avait touché de près à la mort et le voilà qui va célébrer un mystère de sainte joie!51».

Note 51: (retour) V. «Une Messe de minuit en exil», Noël dans les pays étrangers, page 33.

Avant d'aborder les très intéressantes particularités de la Messe de minuit que nos amis ont bien voulu nous signaler dans toutes les contrées de la France, on voudra bien nous permettre de citer une ravissante nouvelle d'Auguste Nisard, qu'on pourrait intituler: Une Messe de minuit manquée, et qu'on pourrait résumer ainsi:

«Notre mère attendait, pour nous emmener avec elle à la Messe de minuit, que chacun de nous eût ses sept ans accomplis..... A onze heures et demie, ma mère vint m'éveiller..... Las! je dormais d'un sommeil si dur que je n'entendis pas cette voix chérie et continuai de ronfler de toutes mes forces. A un second appel, je ne répondis pas davantage..... Enfin, à la troisième sommation..... j'ouvris les yeux, je me débrouillai comme je pus de mes visions nocturnes et, tirant de dessous mes draps cette jambe-ci, puis cette autre, je tombai plutôt que je ne fus sur mes jambes..... Je n'étais pas tout à fait endormi, et pas tout à fait éveillé..... Voilà-t-il pas que je retombe lourdement, et je dis à ma chère mère que je veux me recoucher..... A quoi celle-ci n'eut garde de s'opposer.....

«Au matin je m'en voulus mal de mort de ma lâcheté. Je ne me suis jamais consolé de cette Messe de minuit manquée


Messe de minuit en Normandie

C'est au pays de Caux surtout que la Messe de minuit se célébrait avec une grande solennité, sous le nom de fête des bergers.

Son origine était complètement normande. Au début, cette fête ne fut, en effet, qu'un de ces petits drames liturgiques latins que parfois on intercalait, comme une sorte de jeu sacré, dans l'office solennel, telles la Messe de l'étoile et la Messe de l'âne, qui furent représentées souvent, dans les premières années du Moyen Age, à la cathédrale de Rouen.

On représentait aussi dans la même église le Drame des pasteurs, adoration pieuse et naïve de l'Enfant-Jésus par les Bergers.52

Note 52: (retour) Deux manuscrits de la Bibliothèque de Rouen nous ont conservé toute cette mise en scène primitive qui a été publiée par Du Cange dans son Glossarium.

Ces pastorales donnèrent naissance à la fête des bergers. C'est la même naïveté dans le scénario, avec un caractère rustique qui remplace la gravité sacerdotale.

C'était aux garçons du village que revenait l'organisation de la fête. A Goderville et à Froberville, ils élisaient même un maître qui devait recueillir les offrandes pour rachat d'un somptueux pain bénit.

A minuit, la vieille église du village s'estompait dans la brume blanchâtre et glacée. Sous le porche et dans l'allée centrale piétinaient, avec un perpétuel chuchotement, les curieux, étrangers à la paroisse qui cherchaient, comme dans les théâtres des villes, «des places assises d'où l'on puisse très bien voir.» Tous étaient attirés par le charme de poésie touchante qui caractérisait cette pittoresque cérémonie.

De tout ce mouvement, de tout ce bruit, sont presque scandalisés les habitants du village, rangés dans leurs bancs bien cirés: cultivateurs venus avec leurs valets par les chemins creux, vieux paysans aux casquettes de poil et aux sabots de bois rembruni; bonnes femmes dont le serre-tête de coton s'agite sans cesse d'un petit mouvement saccadé; fermières et leurs servantes, bien au chaud dans leurs amples manteaux de laine, dans leurs capelines sombres, qu'égayent de blancs pompons légers et mouvants.

Dans le clocher de pierre, les douze coups de minuit viennent de sonner; les chantres ont achevé le Te Deum, le silence se fait dans toute l'église; qu'attend-on?

Réunis auprès des fonts baptismaux, se tenaient tous les garçons du village, portant en écharpe une serviette blanche, tandis que le maître se distinguait au milieu d'eux par une sorte de petite nappe à longs effilés, portée à la ceinture. À leur groupe se joignaient les bergers du pays. Ceux-ci avaient revêtu leur costume traditionnel: longue limousine rayée à pèlerine et à capuchon, chapeau de feutre à larges bords, sabots aux pieds et houlette ornée à la main.

A un signal donné, le cortège ainsi formé se mettait en marche. Souvent il était précédé par une sorte de chandelle allumée, mise en mouvement et glissant, à l'aide d'un fil de fer, d'un bout de l'église à l'autre, du portail à l'autel. C'était la Marche à l'étoile. Les bergers tenaient en laisse ou portaient un bel agneau blanc tout enrubanné; ils venaient l'offrir au Christ-Enfant couché dans une Crèche devant l'autel.

Souvent on tirait la queue à la pauvre bête ou on la piquait avec une épingle, afin qu'elle se mit à bêler dans les moments les plus solennels.

Mais ce qui attirait surtout les regards de la foule, c'était la civière du pain bénit, éblouissante de lumières, de cierges et de chandelles allumées.

Cette civière, comme à Néville, près de Saint-Valéry, était un véritable monument de menuiserie, en forme de pyramide, à plateaux ronds et superposés, ornés de lumières et reliés par des girandoles illuminées; elle était en outre parée de jolies touailles ou nappes de broderies et de dentelles. Au beau milieu se dressait un mât portant cinq plateaux d'un diamètre de plus en plus diminué, en montant, et donnant l'aspect d'un cône. Du sommet de ce mât, comme quatre haubans, descendaient quatre branches de fer portant, de distance en distance, des bras de candélabres et des torchères où brillaient de nombreuses bougies. Une sorte de manivelle—pour employer le terme populaire une chincholle—placée à la partie supérieure, actionnait tous les plateaux qui tournaient alors sur leur axe, en projetant l'éclat de mille petits cierges scintillants. Sur les plateaux reposaient les couronnes de pain bénit, ornées de fleurs et de feuillage: houx, laurier, lierre, roses de Noël; un bouquet terminait également le mât pyramidal.

Tout ce cortège, dans lequel deux garçons étaient chargés de mettre le mécanisme en mouvement, venait, à un moment donné, faire l'offrande du pain bénit; les fameux plateaux tournants faisaient surtout un effet magique.

Nous avons extrait ces détails d'un excellent article de M. Georges Dubosc, dont tout le monde, en Normandie, connaît le talent et l'érudition53.

Note 53: (retour) Journal de Rouen, 22 déc. 1901.

A Saint-Victor-l'Abbaye, quatre petites filles, tout de blanc habillées, couronnées de roses, portent sur leurs épaules le symbole vivant de l'Enfant-Dieu, un agneau immaculé, incarnation d'innocence, de pureté et de douceur. Couché sur un tapis moelleux de chauds lainages, l'agnelet dresse sa petite tête placide et sereine, sous un dôme de verdure et de fleurs, formé d'un entrelacement de feuilles de lierre et de branchages de houx, piqué çà et là de roses, d'oeillets et de chrysanthèmes54.

Note 54: (retour) Item, 25 déc. 1904.