§. VIII. L'on répond à la question, pourquoi Dieu a permis qu'il y eût des Erreurs & des disputes entre les Chrétiens.

L'on pourroit peut-être nous objecter ici, qu'il sembleroit que la Providence eût veillé avec plus de soin à conserver la Doctrine Chrétienne, si Dieu eût prévenu par sa toute-puissance les Erreurs qui ont été, & qui règnent encore aujourd'hui parmi les Chrétiens, & qu'il eût maintenu au milieu d'eux la vérité, la concorde & la paix. Mais nous apartient-il de prescrire à Dieu les Loix qu'il doit suivre afin que les choses soient mieux réglées dans le Gouvernement de l'Univers? Au contraire n'est-ce pas à nous à penser que Dieu qui est souverainement sage a eu des raisons particulieres pour souffrir ce qu'il a souffert, quoique ces veues qui sont impénétrables soient incompréhensibles à l'Esprit humain. Mais si l'on peut découvrir quelques raisons probables qui ont engagé Dieu à agir comme il a fait, nous devons croire que ces raisons & d'autres plus importantes l'ont déterminé à permettre & souffrir ce que nous voions sous nos yeux.

Mais avant de s'arrêter sur ce sujet à aucune conjecture, il faut établir que Dieu a résolu de créer 20les hommes libres, & de leurs conserver cette liberté jusqu'à la fin, c'est-à-dire qu'ils ne fussent pas tellement bons, qu'ils fussent contraints & nécessités de l'être toûjours, ni tellement mauvais qu'ils succombassent sous le pois des crimes, sans jamais s'en réléver; mais il les à créés changeans variables & inconstans afin qu'ils pussent passer alternativement du crime à la vertu & de la vertu au crime avec plus ou moins de facilité, selon que leurs habitudes pour le bien ou le mal auront été plus ou moins fortes. Le Peuple Juif nous fournit la preuve de cette vérité, que les Chrétiens confirment chaque jour par expérience. Les uns & les autres n'ont été contraints par aucune force insurmontable de pratiquer la vertu ou le vice; ils n'étoient conduits & dirigés que par les Loix qui promettent des récompenses aux gens de bien, & des punitions aux méchans, auxquelles Dieu joignoit des motifs pour les encourager à la pratique de la vertu, & les détourner du vice, quoiqu'ils aient toûjours été libres d'obéïr, ou de désobéir à Dieu, ce qui est justifié par l'expérience, puisqu'ils ont toûjours été bons ou mauvais lorsque la Loi de Dieu leurs prescrivoit également la pratique de la vertu, & leur deffendoit également le vice. Jésus-Christ nous a fait connoître que la même chose arriveroit parmi les Chrétiens, comme on le peut conclure des deux Paraboles qu'il a raporté21 l'une de la Zizanie que l'homme ennemi a semé & qui est crue avec le bon grain & 22l'autre du filet jetté dans la Mer & dans lequel se trouvent de bons & de mauvais Poissons, pour montrer que dans le Corps extérieur de l'Eglise il y auroit un mélange de bons & de mauvais Chrétiens, ce qui prouve qu'il a parfaitement connu les maux qui devoient arriver dans l'Eglise. S. Paul n'a-t-il pas averti les Corint. 23Qu'il falloit qu'il y eût des hérésies, afin que l'on découvre parmi vous ceux qui sont dignes d'être approuvez? 24Et s'il n'y avoit point eu de disputes & que tous les Chrétiens se fussent unanimement accordés sur la Doctrine, il n'y eût point eu d'occasion de choisir, & de pratiquer cette vertu, qui fait préférer la Vérité à toutes choses. La Sagesse de Dieu brille donc avec éclat sur ce sujet, puisqu'il fait tirer la vertu du milieu même des vices.

Note 20: (retour) Les hommes libres. Toute l'Antiquité Chrétienne n'a eu qu'un même sentiment sur ce sujet. Voi. Justin Mart. Apol. I. Chap. LIV. & LV. Iren. Liv. IV. Chap. IX. & XXIX. sur la fin Chap. LXXI. & LXXII. Orig. dans son Livre intitulé de Philocalia Chap. XXI. Euseb. Prep. Evang. Liv. VI. c. VI. & d'autres dont Denis Petau raporté les sentimens, au I. Tom. Dogm. Theol. Liv. VI. Chap. VI. l'on trouve encore plusieurs choses sur le même sujet Tom. III. Liv. III. IV. & V.
Note 21: (retour) L'une de la Zizanie. Matt. XIII. 24. & suiv.
Note 22: (retour) L'autre de filet. Mat. XIII. 47. & suiv.
Note 23: (retour) Qu'il falloit qu'il y eût. I Cor. II. 19. Car il faut qu'il y ait des hérésies entre vous, afin que ceux qui sont dignes d'approbation soient manifestés entre vous, c'est-à-dire qu'en considérant les hommes tels qu'ils sont, il faut, s'ils ne deviennent pas meilleurs, qu'il s'éléve au milieu de vous des Sectes qui distinguent les bons des mauvais, pendant que les premiers se trouveront unis à la Vérité & à la charité; & que les autres marcheront à travers champs. Voi. Matt. XVIII. 7.
Note 24: (retour) S'il n'y avoit point eu &c. Nous nous sommes étendus sur l'explication de ce sujet dans nôtre Histoire Ecclésiastique. Siec. I. an. 83. &c.

Mais si l'on dit 25comme font quelques uns qu'il eût été plus à propos que cette vertu n'eût jamais été pratiquée, que de voir régner des vices qui lui sont contraires, qui ont produit tant de crimes, tant de malheurs & de calamités parmi les hommes, & seront suivis des chatimens les plus rigoureux; nous répondons que ces Maux quelque grands qu'ils paroissent, n'ont pas empêché Dieu de donner des preuves autentiques de sa puissance en créant des êtres libres. Sans cela, aucune Créature n'eût connu sa liberté; Dieu même, quoique Souverainement libre, n'eût jamais été regardé comme tel, si par un effect de sa toute-puissance, il n'eut empreint dans l'esprit des hommes cette idée qu'ils ne se fussent jamais formée par la contemplation de ses Oeuvres. On ne lui eût même rendu aucun Culte, si l'on eût cru qu'il agissoit, non par une bonté souverainement libre, mais par contrainte & une nécessité indispensable de faire ce qu'il faisoit; & s'il eût reçu quelques homages, la liberté n'y eût point eu de part. On ne peut donc comparer les maux de cette vie, ni même de celle qui est à venir, avec un aussi grand mal que l'ignorance de Dieu, & l'anéantissement de la vertu; & si ces choses nous paroissent incompréhensibles & nous font de la peine, nous devons penser que Dieu qui est très-bon, très-juste, très-puissant & très-sage ne peut agir que d'une maniere conforme à ses perfections divines & infinies; qu'il trouvera facilement le moien d'éclaircir nos doutes, de résoudre nos difficultés, & justifier sa conduite, en montrant à toutes les Créatures intelligentes qu'il n'a fait que ce qu'il devoit faire. En attendant ce grand jour qui fera disparoître les ténèbres de l'ignorance, il a voulu donner des preuves de toutes ses vertus, pour nous engager à mettre en lui toute nôtre confiance, & à regarder ses Oeuvres dans des veues de justice & d'équité.

Note 25: (retour) Comme font quelques-uns. Pierre Bayle a produit cette objection ornée d'un faux brillant, & soutenue de tous les artifices que la Rhétorique peut fournir. Nous l'avons réfutés dans quelques volumes de nôtre Bibliothèque choisie, & principalement dans le IX. X. XI. & XII. composé en François.

Nous pourrions ajoûter ici plusieurs choses, mais elles nous éloigneroient de la fin que nous nous sommes proposés, en nous engageant dans une discussion qui ne convient pas ici.

§. IX. Que ceux là professent & enseignent la plus pure Doctrine de Jésus-Christ, qui ne proposent pour Regle de la foi, de l'espérance & des moeurs que les choses dont tous les Chrétiens sont d'accord.

Laissant toutes ces choses à l'écart, pour revenir au parti qu'on doit prendre entre les différentes Opinions qui partagent les Chrétiens, nous ne pouvons agir plus sagement & avec plus de sureté dans ses circonstances qu'en nous atachant à la Communion qui regarde l'Évangile comme la Régle de sa foi sans aucun mélange des Traditions humaines, & est contente que chaqu'un y conforme ce qu'il doit croire, espérer & pratiquer; ce qui étant exécuté de bonne foi, & sans déguisement, l'on trouvera la pureté de la Doctrine que nous avons montré avoir toûjours été la même malgré les révolutions des siécles, la multitude des Erreurs, les Orages des disputes, & les changemens des Royaumes & des Villes. L'Évangile renferme tout ce qui est necessaire pour régler la foi & les moeurs, & si l'on veut y ajoûter quelque chose, il faut montrer que ces additions ne sont faites que par raport à certaines circonstances de tems & de lieux, mais qu'on ne les propose pas comme nécessaires, ce qui n'apartient qu'au 26Souverain Législateur; sans cette restriction, on introduiroit facilement des Dogmes contraires.

Note 26: (retour) Souverain Législateur. Voi. Rom. XIV. 1. & suiv. L'Apôtre parlant de ceux qui vouloient prescrire aux autres de Rites particuliers, ou condamner ceux qui les pratiquoient, dit que ce droit n'apartient qu'à Jésus-Christ seul. Nous trouvons la même chose, Jaq. IV. 12. Il n'y a qu'un seul Législateur qui peut sauver & qui peut perdre.

Il n'est pas permis aux Chrétiens, comme nous l'avons remarqué, de se soumettre avec une obéïssance aveugle à toutes les Opinions des hommes, ou de faire une profession extérieure de ce qu'ils ne croient pas, pratiquant ce qu'ils condamnent intérieurement en eux-mêmes, parce qu'ils le croient contraire aux Préceptes de Jésus-Christ. C'est pourquoi lorsqu'ils n'ont plus cette liberté Chrétienne dont nous avons parlé, ils doivent se retirer non pas comme s'ils condamnoient ceux qui ne sont pas du même sentiment qu'eux, mais parce que chaqu'un doit agir selon ses lumieres, pratiquer ce qui lui paroît le meilleur, & éviter ce qu'il regarde comme un mal.

§. X. Que la prudence nous obliger de participer à l'Eucharistie avec ceux qui ne demandent des Chrétiens que ce que chaqu'un trouve dans les Livres du Nouveau Testament.

Jésus-Christ aiant établi deux Sacrements dans son Eglise, savoir le Batême & l'Eucharistie, il n'a pas dépendu de nous de recevoir le Batême dans l'Eglise qui enseigne & professe le plus pur Christianisme; puisqu'il nous a été administré dans l'âge le plus tendre & le plus incapable de ce discernement; mais ne participant à l'Eucharistie que dans un âge mur, nous pouvons examiner la Société Chrétienne dans laquelle nous voulons recevoir ce Sacrement, & si nous ne l'avons pas encore fait, nous sommes obligés de le faire dans la suite.

Il y en a qui au lieu de considérer l'Eucharistie, selon l'Institution de Jésus-Christ, comme un 27signe de paix, d'union & de charité entre les Chrétiens, la regardent comme l'Étendart de la division, & excluent de leurs Communion tous ceux qui ne veulent se soumettre qu'à ce que Jésus-Christ leur a proposé pour être le modèle de leur foi, l'objet de leurs espérance & la régle de leur conduite; qui ne reçoivent ce qu'ils sont persuadés être contenu dans l'Evangile, leur conscience ne leur permettant pas d'admettre d'autre Régle que celle dont nous avons parlé; sujet qui ne paroît pas mériter d'être exclus d'une Assemblée. Il est permis, & l'on doit conserver la paix & l'union avec ces sortes de Personnes, mais il n'est jamais permis à un homme sage & craignant Dieu de 28participer à l'Eucharistie avec ceux qui veulent admettre d'autre Régle de la foi & des moeurs que l'Evangile, & qui éloignent de leur Communion ceux qui sont d'un sentiment contraire; mais a l'égard des Chrétiens qui n'admettent d'autre moien d'arriver au salut que celui que Jésus-Christ & les Apôtres nous ont prescrit dans l'Evangile, & que chaqu'un y peut trouver; l'on peut en toute sureté, & l'on doit même participer avec eux à l'Eucharistie si l'on est véritablement ataché à l'Évangile. Car il y a une grande différence entr'eux, & les autres dont nous avons parlé ci-dessus; puisque tous ceux qui sont appellés, & qui participent à la même Table reçoivent tous également les Livres du Nouveau Testament comme la seule & unique Régle de la foi & des moeurs, à laquelle ils veulent conformer toutes leurs actions; qui n'admettent aucune Idolatrie, & ne regardent pas comme Ennemis ceux qui reçoivent quelque Dogme qu'ils n'adoptent pas eux-mêmes. Il est certain qu'on ne doit pas communier avec ceux qui veulent forcer les autres à recevoir leur Doctrine, ou leurs sentimens particuliers; qui adorent d'autre Divinité qu'un seul & vrai Dieu Pére, Fils & S. Esprit; qui prouvent par leurs Oeuvres, qu'ils s'embarassent peu de Préceptes de l'Évangile; qui reconnoissent d'autre moien de salut que ceux qui sont marqués dans les Livres de l'Alliance éternelle; mais ceux qui ont des sentimens contraires & qui en fournissent les preuves méritent qu'on s'unisse à eux, & qu'on les préfere à tous les autres. Il n'y a point29 d'homme ni d'Ange même capable de prescrire au Chrétien un nouvel Evangile comme l'objet de sa Foi, & c'est cet Evangile qui le rend vrai Disciple de Jésus-Christ, lorsqu'il s'atache à sa seule Doctrine; qu'il lui obéït autant que la foiblesse humaine le peut permettre; qu'il adore un seul Dieu, qu'il aime son Prochain comme soi-même, & qu'il conforme ses actions aux Régles de la tempérance & de la sobriété. Si l'on retranche quelque chose de ce que nous venons de marquer, l'on tronquera les Loix de l'Alliance dont personne ne peut dispenser que Dieu seul; si l'on y ajoûte, c'est un joug inutile que personne n'a droit d'imposer aux Chrétiens. Dieu seul, souverain Arbitre du salut éternel, est le souverain Législateur de qui les Chrétiens peuvent recevoir la Loi.

Note 27: (retour) Comme un signe de paix. Voi. I. Cor. X. 16. 17. où après avoir parlé du Calice, & du pain de l'Eucharistie dont plusieurs sont participans, il ajoûte, quoi que nous soyons plusieurs, nous ne sommes qu'un seul pain & qu'un seul corps; car nous participons tous à un seul pain. Paroles qui prouvent que l'Eucharistie est un signe d'union entre les Chrétiens, comme l'on judicieusement remarqué les plus célèbres Interprétes.
Note 28: (retour) Participer à l'Eucharistie. Grotius a été du même sentiment comme il paroît par un petit Livre qui a pour titre. Si l'un doit toûjours participer aux signes, où il traite des raisons qu'on peut avoir de ne pas communier. Tom. 4. Oeuv. Theol. p. 511.
Note 29: (retour) Il n'y a point d'homme. Voi. la Not. sur. §. I.

On pourroit nous demander par quel titre ces Assemblées Chrétiennes, dont nous venons de tracer le portrait, sont distinguées des autres; mais il ne s'agit pas ici d'une dénomination particuliére: le Lecteur doit être persuadé que par tout où il trouvera les Principes que j'ai établis, ce sont les Assemblées que j'ai eu en vue; partout où sera cette seule & unique Régle de la Foi, & cette liberté de Conscience dont j'ai parlé, qu'il s'assure que c'est là le véritable Christianisme, sans s'atacher à aucun nom particulier, ce qui ne fait rien à la chose. Je croi qu'il y en a plusieurs de ce caractére, & je demande à Dieu de tout mon coeur qu'il les augmente de jour en jour, afin que son Royaume vienne & soit étendu dans toutes les parties du Monde; que tous les hommes lui obéïssent, & ne rendent hommage qu'à lui seul.

§. XI. De la Discipline Ecclésiastique.

Il se présente ici quelque difficulté sur la forme extérieure du Gouvernement de l'Église, ce qu'on appelle la discipline Ecclésiastique: car il n'y a point de Société semblable à celle de l'Église qui puisse subsister sans ordre, c'est pourquoi il a fallu établir quelque forme de Gouvernement. Or on démande quel modelle les Apôtres nous ont laissé sur ce sujet, & de quelle maniére ils ont conduit & gouverné né les Églises, puisque ce qui a été établi dès le commencement semble mériter la préférence, & que de deux Églises qui enseignent également la Doctrine de Jésus-Christ dans toute sa pureté, il faudroit préférer celle qui suivroit dans la Pratique le Gouvernement des Apôtres, quoique ce Gouvernement seul destitué de la Prédication de l'Évangile ne fût qu'un fantôme d'Église.

Or il se trouve aujourd'hui deux sortes de Gouvernement; l'un par lequel l'Église est conduite sous l'autorité d'un seul Évêque, qui a seul le droit d'ordiner des Prêtres & d'autres Ministres d'un ordre inférieur; l'autre dans lequel tous les Ministres ont un pouvoir égal, & associent à leur Gouvernement quelques personnes de l'Église, sages, prudentes, & d'une conduite sans reproche. Ceux qui ont lu sans préjugé ce qui nous reste des plus anciens Écrivains de l'Église; 30ne peuvent ignorer que la premiére forme de Gouvernement qu'on appelle Épiscopal, tel que nous le voyons établi dans la partie méridionale de l'Angleterre, fut mis en pratique dans le premier siécle après les Apôtres, ce qui suffit pour conclure qu'il est d'institution Apostolique; mais à l'égard de celle qu'on appelle Presbytérienne, elle doit son origine à ceux qui s'étant séparez de la Communion de Rome dans le 16. siécle, l'on établie en plusieurs endroits de France, d'Allemagne, de Suisse, & de Flandres.

Note 30: (retour) Ne peuvent ignorer. Voi. notre Histoire Ecclésiast. l'an. 52. 6. 68. 8. & suiv.

Ceux qui ont lu l'Histoire de ce siécle savent, que cette forme de Gouvernement ne fut introduite que parce que les Évêques refusérent d'accorder la Réforme qu'on demandoit dans la foi & dans les moeurs, & qu'on jugeoit indispensable pour extirper les Erreurs & abolir les Vices. Si les Évêques de ce tems là eussent voulu faire librement & de bon coeur, ce que firent dans la suite ceux d'Angleterre l'on verroit une uniformité de Gouvernement parmi tous ceux qui se sont séparés de Rome, & l'on eût prévenu une infinité de malheurs, suites ordinaires des troubles & des divisions; car examinant la chose avec attention, l'on voit que la seule raison qui a fait changer le Gouvernement, c'est qu'on ne pouvoit rien obtenir ni espérer de juste & d'équitable de ceux qui conduisoient alors. C'est ce qui a fait introduire la forme Presbytérienne, qui étant une fois établie, il a été, & il est encore aujourd'hui de l'intérêt des Souverains & des Magistrats de la maintenir, à moins de vouloir porter le trouble & la division dans les Provinces & dans les Villes, ce que des personnes sages n'accorderont jamais, & ce qui ne seroit pas à souhaiter. La forme du Gouvernement fut autrefois établie pour conserver la Doctrine Chrétienne, & non pas pour troubler la République qui ne pourroit être agitée, sans que la Religion en ressentît le contrecoup.

C'est pourquoi les personnes les plus sages qui auroient souhaité que le Gouvernement le plus conforme aux tems Apostoliques eût été établi partout, ont cru qu'il étoit plus à propos de laisser les choses dans l'état où elles sont, que de s'exposer aux dangers inévitables qui accompagnent presque toûjours les changemens & les nouveautés. Cependant les plus judicieux n'ont point conçu pour ce sujet de sentimens de haine & d'animosité les uns contre les autres; ils ne se sont ni chargez d'outrages, ni condamnez, comme ont coutume de faire ces Esprits brouillons qui n'agissent que par intérêt de Parti, comme si le salut éternel dépendoit de la forme du Gouvernement Ecclésiastique, ce qu'on ne prouvera jamais par l'Écriture ni par l'Esprit de la Religion Chrétienne.

§. XII. Que Grotius a beaucoup estimé l'ancienne Discipline, quoiqu'il n'ait jamais condamné l'autre.

Ceux qui ont lu les Écrits du célèbre Grotius, & qui ont examinés sa Doctrine & ses moeurs, sont très-convaincus qu'il s'étoit formé 31une juste idée de la Doctrine la plus pure dont il a prouvé la Vérité, & qu'il n'a jamais cru d'autre Religion véritable; mais parfaitement instruit de ce que les Auteurs Ecclésiastiques ont raporté sur ce sujet, & voiant que la forme du Gouvernement Épiscopal étoit la plus ancienne, il l'à approuvée de la maniere qu'elle subsiste en Angleterre, comme on en peut juger par ses paroles32 raportées au bas de la page. Il ne faut pas douter que si la chose eût dépendu de lui, & qu'il n'eût pas été agité par de si fâcheux contretems, & aigri par la malignité de ses Ennemis, il ne se fût joint à ceux qui suivoient cette ancienne forme de Discipline & qui n'eussent exigé de lui que la pure Doctrine Chrétienne que nous avons raportée, & dont il a lui-même prouvé la Vérité. Ce qui nous engage à avoir cette pensée est fondé sur des raisons qui nous ont paru si importantes, que nous les avons jointes à ce petit Livre.

Note 31: (retour) Une juste idée. Voi. entr'autres choses l'Instruction des Enfans Chrétiens que l'Auteur a traduit des Vers flamans en Latin. Tom. 4. Ouvrag. Theol. p. 629. Il a souvent même répété dans ses derniers Ouvrages que tout ce qui est nécessaire au Salut est clairement renfermé dans le Nouveau Testament. Voi. ses Remarq. fur les Consult. de Cassand. à la fin, où il traite de la suffisance & de la clarté de l'Écriture, de sorte que selon ses Principes, chacun peut tirer de là les Points essenciels de la Doctrine Chrétienne que nous avons raportés.
Note 32: (retour) Par ses paroles raportées &c. Remarq. Consult. de Cassand. 14. Les Évêques sont supérieurs aux Prêtres, & nous trouvons cette dignité de prééminence établie par Jésus-Christ dans la personne de Pierre & continuée par les Apôtres partout où ils en ont trouvé l'occasion, pratique approuvée par le S. Esprit dans l'Apocalipse; c'est pourquoi comme il est à souhaiter que cette pratique soit établie par tout &c. Voi. ce qu'il dit ensuite touchant la puissance Ecclésiastique, & dans l'Examen de l'Apologie de River. p. 714. Col. 2. a quoi l'on pourroit joindre les lettres qui sont à la fin de ce petit Ouvrage.

§. XIII. Exhortation à tous les Chrétiens divisés de sentimens de n'exiger les uns des autres la créance d'aucun Point de Doctrine, que de ceux dont chacun connoit la certitude par la lecture du Nouveau Testament, & qui a toûjours fait l'objet de la Foi.

Les choses étant comme nous les avons raportées, nous ne pouvons trop exhorter les Chrétiens de se souvenir que ce que nous avons dit renferme toute l'essence de la Religion Chrétienne dont la Vérité peut être prouvée par les Argumens de Grotius, & qu'il ne s'agit pas de Points de dispute que chacun conteste de part & d'autre, & qui ont enfanté tant de maux: puisqu'on ne peut persuader à personne, qui aura lu & médité avec attention & respect le Nouveau Testament, qu'il y ait un 33autre Législateur que Jésus-Christ des Loix duquel dépende l'Éternité du Salut; ceux qui seront convaincus de ces Vérités, ne pourront jamais obtenir d'eux-mêmes, d'admettre ou regarder comme nécessaire au Salut & essentiel à la Foi ce qui ne sera pas fondé dans la Doctrine de Jésus-Christ & des Apôtres, soit qu'il le regarde comme vrai, ou qu'il croie lui être contraire. C'est pourquoi le meilleur & le plus éficace ce de tous les moiens qu'on puisse employer pour terminer les disputes, c'est de n'obliger personne à croire que ce qu'il connoit certainement être révélé; & l'on ne doit pas craindre les inconveniens qui en pouroient arriver, puisque l'Expérience démontre que dans la durée de tous les siécles qui se sont écoulés depuis Jésus-Christ jusqu'à nous il n'y a pas eu un homme de bon sens qui ait rejetté les Points essentiels de la Doctrine Chrétienne que nous avons raportés. Si l'on ne demandoit que cette seule chose 34& qu'on voulût se fixer sur ce qui est essentiel à la Foi, les disputes seroient bientôt terminées, & les autres Points, dont on ne conviendroit pas unanimement, ne regarderoient plus le corps entier des Églises, mais les particuliers qui agissant chacun selon les lumieres de leur Conscience, en doivent un jour rendre compte à Dieu: s'ils pouvoient se persuader qu'ils sont tous d'accord sur les Points fondamentaux de la Religion, comme cela est vrai, & qu'ils se tolérassent mutuellement sur le reste, sans employer la violence ou de lâches & d'indignes artifices, pour attirer les autres dans leurs sentimens, & les astreindre à leurs Culte; c'est en quoi consisteroit la paix qu'on peut espérer sur la terre. 35L'ignorance des hommes, soutenue & fortifiée des préjugés qui les aveuglent, ne doit pas faire espérer à une personne sage & prudente de pouvoir les réunir tous dans un même sentiment, soit qu'on y emploie la violence, ou qu'on les convainque par les raisons les plus solides. Les Esprits les plus éclairés, & les coeurs les plus nobles n'ont jamais approuvé la violence, qui est le ministre de mensonge, & non pas de la Vérité; & les Savans qui se laissent souvent éblouir par de fausses lumieres, ou aveugler par les préjugés de l'éducation, & d'autres motifs particuliers, connoissent assés le poids des raisons qu'on leurs propose; ce qui rend inutile la violence qu'on leurs voudroit faire pour les forcer d'agir ou de parler contre leurs consciences. Que ceux qui sont chargés du Gouvernement de l'Église soient contens qu'on croie à l'Évangile, & qu'on établisse ce Point de Foi, comme ce qu'il y a de plus essentiel, qu'on observe ses Préceptes, & qu'on espére le Salut de la fidélité avec laquelle on observera ses Loix, alors tout sera dans l'ordre; mais pendant qu'on fera un mélange des Traditions humaines avec la Révélation, & qu'on voudra unir les choses douteuses avec celles qui sont certaines, les disputes ne finiront point, & il n'y aura aucune espérance de paix que tous les gens de bien & qui ont de la piété doivent demander à Dieu de tout leurs coeur, contribuant à la procurer par tous les moiens dont ils sont capables.

Note 33: (retour) Un autre Législateur. Les paroles de S. Jaq. IV. 12. sont formelles sur ce sujet; nous les avons citées au §. 5. avec d'autres qui s'y raportent. De plus la chose parle d'elle-même, puisque les Chrétiens étant divisés par des sentimens contraires, personne ne voudra se soumettre aux raisons du Parti oposé.
Note 34: (retour) Cette seule chose. Ce fut le sentiment du Jaques I. Roi d'Angleterre, si nous en croions Casaubon, qui dans la réponse aux Lettres du Cardinal du Perron à la 3. Observ. p. 1612. nous raporte ces paroles. Le Roi croit qu'il n'y a pas un grand nombre de choses nécessaires au Salut, c'est pourquoi sa Majesté se persuade que le meilleur & le plus court moien pour établir la paix & l'union, c'est de séparer avec precision les choses qui sont nécessaires de celles qui ne le sont pas, & d'emploier tous ses soins pour convenir des choses qui sont absolument nécessaires, accordant une entiére liberté sur celles qui ne le sont pas.
Note 35: (retour) L'ignorance des hommes. Hilaire a pensé très-juste, lorsqu'il a dit sur la Trinité Liv. 10. N. 70. Dieu ne nous a point appellez au Salut & à la Vie éternelle par des questions épineuses & difficiles; il ne veut point nous attirer à lui par les traits d'une Éloquence mondaine: ce qu'il nous prescrit pour arriver à l'Éternité est également absolu & facile, c'est de croire que Dieu a résuscité Jésus-Christ des morts & le reconnoître & confesser pour notre Seigneur.



LIVRE

Contre l'indifférence des Religions

par Mr. LE CLERC.

§. I.
uiconque a dit le premier1 qu'il y avoit une Alliance immuable entre l'Esprit de l'Homme & la Vérité d'où les effects sembloient dépendre, quoique souvent interrompus par les Passions & les changemens des hommes, sans cependant jamais se séparer, paroît avoir voir pensé très-juste. Car il n'y a personne qui veuille être trompé, & qui n'aime mieux connoître la vérité des choses que d'être dans l'erreur à leur égard lors qu'elles sont importantes, & même quand elles ne consisteroient que dans une simple contemplation. Nous aimons naturellement le vrai, & nous haïssons l'Erreur, de sorte que si nous connoissions le chemin qui conduit a la Vérité, nous le suivrions sans contrainte; c'est pourquoi tant de grands hommes ont immortalisé leur mémoire en emploiant toute leur Vie à la recherche de la Vérité. Il y en a eu une infinité, & il s'en trouve encore aujourd'hui parmi les Physiciens, & les Géomètres qui se sont donné des peines inconcevables pour la découvrir; 2& qui ont avoué n'avoir jamais goûté de plaisir plus sensible & plus doux, que lors qu'après de longues & pénibles recherches, ils ont enfin trouvé le vrai. Nous regardons même la connoissance & l'amour de la Vérité, comme un des plus glorieux Privileges qui distinguent les hommes des Animaux.

Note 1: (retour) Quiconque a dit le premier. Jean Smith dans ses Diff. imp. à Lond. en 1660. Augustin Sorin. 140. sur les paroles de l'Évang. de St. Jean. Tom. S. Col. 682. Tout homme cherche la Vérité & la Vie, mais chaqu'un n'en trouve pas le chemin; & au même serm. 140. Col. 726. l'Esprit hait l'Erreur, & l'on peut comprendre le degré de la haine qu'il lui porte, puisque la joie de ceux qui ont l'esprit troublé, est un sujet de compassion qui fait pleurer les sages. Si l'on proposoit le choix de ces deux choses: Voulez vous être dans l'Erreur, ou suivre la Vérité, il n'y a pas un homme qui ne prît les dernier parti.
Note 2: (retour) Et ont avoué n'avoir jamais goûtés de plaisir. Voi. la Vie de Pythagor. par Diogene Laërce Liv. I. 12.

Mais comme chaque Vérité n'est pas de la même importance, qu'il y a certains Dogmes Théoriques que nous négligeons d'approfondir, parce qu'ils ne pourroient nous procurer aucun avantage, ou du moins très-peu; & que leur recherche semble ne pas mériter tant de peines; il y en a d'autres qui sont si importans que nous consacrons de bon coeur nos soins les plus assidus & nos travaux les plus redoublés pour les connoître; tels sont ceux qui nous enseignent les moiens de couler nos jours dans la paix, le bonheur & la tranquilité, ce que tous les hommes estiment & recherchent avec ardeur & empressement. Si nous joignons à une vie bien réglée & heureuse (car ce qui est bon, c'est-à-dire conforme à la Vérité doit toûjours être regardé comme heureux) le bonheur éternel qui doit suivre cette vie si courte, ce que tous les Chrétiens dans toutes les Communions différentes font profession de croire; l'on avouera que la connoissance des moiens moiens par lesquels on y peut parvenir mérite toute nôtre étude, nos recherches & nôtre application.

§. II. Qu'il n'y a rien de plus important que la Religion, & que par conséquent l'on doit emploier tous ses soins à la connoître.

Nous ne parlons point ici à ceux qui méprisent toute sorte de Religions & nous n'avons rien à leur dire; le célèbre Grotius les a si solidement réfutés dans l'Ouvrage dont nous avons parlé ci-dessus, qu'il n'y a point d'homme qui cherche la Vérité, qui puisse, après l'avoir lu, révoquer en doute qu'il y a un Dieu qui veut être honoré des hommes, & qu'ils lui rendent le Culte que Jésus-Christ a établi, promettant à ceux qui le serviront de cette maniere la félicité éternelle après cette vie fragile & périssable.

Sur ce principe, personne ne peut douter que la Religion ne soit de la derniere importance, & que se trouvant plusieurs Assemblées de Chrétiens différens dans leurs Dogmes, on doit s'appliquer à connoître celle qui est la plus conforme à la Doctrine & aux Préceptes de Jésus-Christ. On ne peut pas les regarder toutes dans le même point de vue, & les considérer comme étant égales, puisqu'il y en a plusieurs si différentes dans la Doctrine & dans le Culte, qu'elles s'accusent réciproquement des Erreurs les plus monstrueuses, & du Culte le plus corrompu; qu'il y en a même quelques-unes qui excluent les autres du Salut éternel. Si la chose étoit vraie, il faudroit s'en séparer d'abord pour s'atacher à ceux qui se disent véritablement Chrétiens, & qui objectent à leurs Adversaires des Points si essenciels. Car il ne s'agit pas simplement de cette vie fragile & mortelle, sujette à une infinité de maux, de chagrins & de traverses dans quelqu'état qu'on soit placé; mais il s'agit des supplices dont Dieu menace ceux qui ne croiront pas à l'Évangile, & de la possession d'un bonheur éternel & infiniment parfait.

Cependant l'on trouve des hommes, qui à la vérité ne sont pas savans, & n'ont jamais lu ni médité l'Écriture, qui par conséquent ne connoissent point les sujets contestés entre les Chrétiens, & ne peuvent savoir qui a raison; ceux de ce caractére s'embarrassent peu d'entrer dans cette discussion, se persuadant qu'il est permis d'embrasser le sentiment, ou de pratiquer le Culte qu'on veut. La chose leur paroît indifférente quelque Communion Chrétienne qu'on suive, & dont on fasse profession. Nous ne parlons pas simplement du menu Peuple, mais il y a des Roiaumes où non seulement le Commun, mais les Grands & les premiers de l'État après s'être séparés de l'Église Romaine, y rentrèrent sous un nouveau Regne, & parurent ensuite les plus zélés à secouer son joug, lorsque le Gouvernement changea de face. Sous Henri VIII. Roi d'Angleterre, on fit plusieurs Ordonnances contre l'Église Romaine, non seulement par la seule autorité du Roi, mais du consentement des principaux Officiers de la Couronne, & des plus Grands du Royaume; & ceux même qui n'approuvoient pas les raisons de ce Prince souscrivirent cependant à sa volonté. Après sa mort, son fils Edouard VI. qui lui succéda, aiant embrassé le Parti de ceux qui s'étoient séparés de la Communion de Rome, ce que son Pére avoit déjà fait, & qui avoient établi des Dogmes condamnés par le Pape & ses Adhérans, les principaux du Roiaume firent une profession publique de la Religion du Roi. Edouard étant mort, Marie sa soeur, entièrement dévouée au Pape, monta sur le Thrône; l'on vit alors les Grands du Roiaume se joindre à la Reine & devenir zélés persécuteurs de ceux qui sous le Regne précédent avoient paru avec éclat & méprisé l'Autorité de Rome; après la mort de Marie, Elizabeth lui succéda, & qui aiant suivi les sentimens d'Edouard son frére affermit la Religion par un long Regne, & en posa des fondemens si solides, qu'ils lui servent encore aujourd'hui des base & de soutien.

Ceux qui liront l'Histoire de ce Siécle, verront que ces variations de la part des Grans du Roiaume ne peuvent avoir pour principe qu'une fausse persuasion que l'on peut également trouver le Salut éternel dans toutes les Communions Chrétiennes. J'avoue qu'on peut attribuer une partie de ces changemens à la crainte; mais quand je me représente le courage des Anglois, la constance & le mépris de la mort dont ils ont si souvent fourni des preuves, je croi facilement que l'atachement à la vie & l'indifférence de la Religion, principalement dans les Grands du Roiaume, ont été les mobiles de ces variations si sensibles.

§. III. Que l'indifférence de Religion n'est pas permise d'elle-même; qu'elle est deffendue par les Loix divines, & condamnée par toutes les Communions Chrétiennes.

Plusieurs raisons démontrent avec évidence, que c'est une Erreur très-dangereuse de croire qu'on peut placer la Religion parmi les choses arbitraires, qu'on peut changer comme un habit, conformant sa Créance & sa Foi aux circonstances du tems où l'on se trouve. Nous raporterons sur ce sujet les principales raisons tirées de la nature de la chose même, des Loix divines, & du consentement unanime de tous les Chrétiens.

Premiérement il est honteux de mentir & sur tout dans une chose importante, puisqu'il est deffendu de le faire dans la plus légère, à moins de produire plus de fruit par le mensonge que par la vérité; mais ici les hommes ne peuvent ni mentir ni dissimuler sans s'exposer à un danger très-évident, puisque confirmant le mensonge autant qu'ils en sont capables dans une chose si importante, ils oppriment la Vérité & la retiennent captive dans les ténèbres. Exemple contagieux, principalement dans les Personnes distinguées sur qui le Peuple régle sa conduite, & qui se rendent coupables non seulement de leurs propres péchés, mais de ceux où ils entraînent les autres par leur mauvais exemple; ce qui fait d'autant plus d'impression sur les Esprits, qu'on se rend toûjours plus attentif sur les actions des Supérieurs que sur leurs paroles.

Il est également honteux & indigne d'un Coeur noble & généreux de mentir pour conserver une vie fragile, périssable & mortelle, & aimer mieux déplaire à Dieu qu'aux hommes. C'est pourquoi les plus grans Philosophes ont préféré la mort, aux actions qu'ils croioient condamnées par la Divinité. 3Socrate nous en fournit une preuve, puisqu'il aima mieux boire de l'extrait de Ciguë, que de vivre & cesser de parler en Philosophe selon sa coutume. D'autres se sont4 exilés de leur Patrie, plutôt que de renoncer aux Opinions qu'il avoient soutenues les croiant véritables. Il s'en est trouvé d'assés courageux parmi les Païens pour oposer une conduite réglée au torrent du vice, couvrir de honte la corruption de leur siécle par les reproches les plus vifs, & cru qu'il valoit mieux mourir que de flatter un Tiran, & changer leur maniere de vivre. Tels ont été Thraseas 5le louche & 6Helvidius l'ancien qui choisirent la mort, plutôt que d'approuver par de lâches & d'indignes flatteries les vices & le déréglement des Empereurs; ce qui aiant été pratiqué par des hommes qui n'avoient qu'une espérance incertaine d'une vie plus heureuse que celle-ci, doit faire une impression plus vive sur ceux qui ont une espérance invariable d'une félicité éternelle.

Note 3: (retour) Socrate. Voi. ce que nous avons raporté sur ce sujet dans nos Ouvrages de Littérature, Liv. I. C. III.
Note 4: (retour) Exilés de leur Patrie. Galeaux dans le Livre où il montre que les affections de l'Ame suivent les mouvemens du Corps: Chap. dern. sur la fin parlant des Stoïciens, dit qu'ils ont mieux aimé abandonner leur Patrie, que de trahir leurs sentimens en cachant leur Doctrine.
Note 5: (retour) Thraséas le louche. Fut mis à mort sous le Regne de Néron, parce qu'il ne voulut pas le flatter dans ses vices. Voi. Annal. Tacite, Liv. XVI. XXIV. & suiv.
Note 6: (retour) Helvidius l'ancien. Gendre de Thraséas, à qui on commanda de sortir d'Italie, selon le raport de Tacite dans le même endroit; qui fut ensuite mis à mort par Vespasien, comme nous le raporte Suétone Chap. XV. parce qu'il n'avoit pas témoigné assez de respect pour son nouveau Souverain. Le Fils d'Helvidius eut le même sort, puisque Donatien le fit mourir. Voi. Sueton. dans sa Vie, & Tacite dans la Vie d'Agricola. C. XLV.

Tous les Siécles ont immortalisé la mémoire de ceux qui se sont exposés à la mort avec un courage intrépide pour le salut de leur Patrie; & sur ce principe, qui pourra refuser des louanges à ceux qui ont préférés le Ciel à la terre, & une Vie éternelle & bienheureuse que la Révélation nous découvre, à cette vie mortelle & fragile qui doit finir un jour? Qui au contraire ne blameroit pas une ame basse qui aime mieux conserver une vie qui lui est commune avec les Bêtes & qu'elle doit bientôt perdre, que de le mettre en possession d'une vie bien heureuse & immortelle lorsque l'occasion s'en présente? Nous voions des Soldats affronter avec intrépidité les périls les plus dangereux moins par amour pour leur Patrie, que pour acquérir & se conserver la faveur & la bienveillance du Prince & du Souverain, & la faire ensuite réfléchir sur leur Famille. Nous les voions sur le bord du Tombeau se féliciter que leurs Enfans soient intéressés dans les plaies qui leurs procurent la mort. Combien de Mercenaires qui combattent & exposent leur vie pour un gain sordide; & il se trouvera des hommes qui pour soutenir la Vérité qui est éternelle, agréable à Dieu & accompagnée des plus magnifiques récompenses, ne voudroient pas risquer je ne dis pas la vie, mais leurs biens & les honneurs qu'ils possédent! C'est pourquoi Jésus-Christ nous a donné le Précepte renfermé dans ces paroles; 7Quiconque fera profession d'être à moi, devant les hommes; je le reconnoîtrai aussi pour mien, devant mon Pére, qui est au Ciel. Mais quiconque niera d'être à moi, devant les hommes; je nierai aussi qu'il soit à moi, devant mon Pére, qui est au Ciel. Paroles dans lesquelles il nous enseigne qu'il reconnoîtra pour ses Disciples & couronnera de la gloire éternelle celui qui n'aura jamais dissimulé ni caché sa Doctrine par ses oeuvres ni par ses paroles. Il nous avertit dans une autre endroit; 8de nous conduire avec prudence, & de ne pas jetter les perles devant les Pourceaux; mais cette prudence ne tend pas à nous engager à dissimuler ou à mentir pendant toute nôtre vie, pour éviter la colère & l'animosité des hommes; & à ne pas tenter en vain de faire revenir à eux-mêmes des gens aveuglés par l'Erreur, & obstinés dans leur aveuglement. Il nous déclare même, après les paroles que nous avons raporté, u'on sera obligé de garder cette conduite, & de confesser publiquement son Nom malgré la haine des Parents, la persécution de ses Proches, & le danger de la mort. Car celui, dit-il, 9qui aimera son Pere & sa Mére plus que moi n'est sera pas digne de moi; celui qui aimera son Fils ou sa Fille plus que moi, ne sera pas digne de moi; ce qu'on peut appliquer à celui qui par des vues charnelles & pour l'amour de ses Parens dissimule la Doctrine de Jésus-Christ & ses Préceptes. Il nous avertit même que cette fermeté peut nous exposer à la mort; mais que ce motif ne doit pas nous obliger à changer de conduite, puisque perdant cette vie nous retrouvons dans celle qui est avenir l'immortalité bien-heureuse, ce qui fait qu'il ajoûte, 10Celui qui ne prendra pas sa croix, & qui ne me suivra pas, ne sera pas digne de moi: Celui qui aura conservé sa vie (dans ce siécle) la perdra (dans le siécle futur), & celui qui aura perdu la vie (sur la terre) à cause de moi, la trouvevera dans le Ciel accompagnée d'un bonheur éternel.

Note 7: (retour) Tout homme donc &c. Matth. X. 32.
Note 8: (retour) De ne pas jetter les perles &c. Matt. VII. 6.
Note 9: (retour) Qui aimera son Pére &c. Matt. X. 37.
Note 10: (retour) Celui qui ne prend &c. Matt. X. 38. 39.

Doctrine si évidente & si claire que toutes les différentes Communions la reçoivent & l'admettent: ceux qui obéissent au Pape, ou qui en sont séparés conviennent tous d'un commun accord qu'il n'est jamais permis de déguiser ni de trahir les sentimens de sa Conscience sur la Religion, lorsqu'il s'agit des Dogmes fondamentaux, & que cela se peut faire sans trouble & sans tumulte: car il seroit plus à propos de se taire sur des choses qui ne touchent ni la Foi ni la pureté des moeurs, afin de ne pas donner lieu à des contestations & à des disputes perpétuelles entre les Chrétiens, puisque nous trouvons si peu de Savans qui soient parfaitement d'accord sur toutes choses; nous disons qu'alors il vaudroit mieux se taire, & non pas feindre ou déguiser, puisque garder le silence sur ses sentimens, ce n'est pas mentir; mais dire qu'on croit ce qu'on ne croit pas c'est un mensonge formel. De plus si l'on veut faire passer en Loi un Dogme que vous croiez faux, il vous est permis & vous étés obligé de témoigner avec douceur & modestie que vous n'êtes pas de ce sentiment, & le faire sans éclater par des disputes & des contestations. Autrement la douceur du Gouvernement de l'Église Chrétienne, qui n'exclut pas la diversité d'Opinions lorsque la Charité n'en soufre aucun domage, deviendroit une Tirannie qui voudroit enchaîner les pensées, & les réünir toutes au même objet sans que l'Esprit eût la liberté de varier sur la moindre chose. Il y a une infinité de Questions Théoriques & très-obscures, principalement à ceux qui n'en ont jamais fait une Étude particuliére; Questions qui ne doivent jamais porter aucune atteinte à la liberté Chrétienne; vérité d'autant plus certaine, que de l'aveu de tous les Chrétiens il y a une infinité de passages de l'Écriture, & un grand nombre d'Opinions Théologiques sur lesquelles les Savans ne se sont jamais accordés & ne s'accordent pas même entre ceux qui en d'autres choses demandent & exigent un consentement unanime.

§. IV. Qu'il ne faut pas légérement taxer d'Erreur & d'un Culte deffendu, ceux qui sont d'un sentiment contraire au notre, ou les exclure du Salut éternel qui ne se peut trouver dans leur Communion; quoiqu'il ne soit jamais permis de professer ce que nous ne croions pas, ou de pratiquer ce que nous condamnons.

Ceux qui sont séparés de l'Église Romaine, & ceux qui y sont encore, ne sont pas d'un même sentiment entr'eux sur tous les Points, quoique selon la pensée des plus éclairés de part & d'autre les choses dans lesquelles ils différent ne portent aucune atteinte a la Foi, & aux homages que nous devons à Dieu. Il est vrai que ceux qui sont séparés de l'Église Romaine l'accusent d'avoir introduit des Dogmes & un Culte qu'ils croient faux; nous ne décidons rien sur ce sujet, mais nous disons que selon le sentiment de cette Église il n'est jamais permis de feindre approuver ce qu'on condamne, puisqu'elle n'admet personne dans sa Communion qui fasse connoître qu'il ne s'accorde pas avec elle sur ce sujet.

Il se trouve cependant parmi ceux qui sont détachés de Rome11 des Savans éclairés & d'une profonde littérature, qui ne croiant pas qu'il leur fût permis de r'entrer dans une Communion dont ils se sont séparés à cause de la Doctrine & du Culte, ne voudroient pas exclure du Salut éternel tous ceux qui vivent & meurent dans cette Eglise, de quelqu'ordre qu'ils soient Savans où Ignorans. Ceux qui croient la Doctrine de Rome contraire & oposée à l'esprit & aux Points fondamentaux du Christianisme savent qu'il ne leur est pas permis d'en faire profession ni de feindre approuver ce qu'ils condamnent, puisque s'ils tomboient dans ce malheur & qu'ils y persévérassent jusqu'à la mort, ils n'auroient rien à prétendre au Salut, mais à l'égard de ceux qui suivent de bonne foi cette Doctrine qu'ils croient conforme à la Révélation, ou du moins ne lui être pas si contraire, qu'elle sappe les fondemens de la Foi ou de la Sainteté Chrétienne, soit que cette pensée soit le fruit des Études de leur jeunesse, soit préjugé, défaut de lumiére, de connoissance ou de jugement; les Auteurs dont nous avons parlé ne croient pas qu'on puisse exclure du Salut ces sortes de personnes, parce qu'ils ne savent pas jusqu'à quel point Dieu étend sa miséricorde. Il y a une infinité de circonstances, de lieux, de tems, d'affections de l'Ame qui nous sont inconnues & qui peuvent affoiblir ou diminuer devant Dieu les fautes des hommes pécheurs: ce qui fait qu'on doit excuser dans les uns, ce que l'on condamneroit dans d'autres plus savans & plus éclairés: c'est pourquoi ils croient qu'il est plus conforme aux Loix de la sagesse & de l'équité Chrétienne, en condamnant la Doctrine & le Culte, de laisser au Jugement de Dieu ceux qui pratiquent l'un & l'autre, quoique cet acte de charité ne les empêche pas de croire qu'il ne leur est pas permis de suivre cette Doctrine ni de pratiquer ce Culte.

Note 11: (retour) Des Savans éclairés. Entre ceux qui composent ce nombre Guillaume Chillingworthius, dans un Livre Anglois intitulé; la Religion des Protestans est un chemin sûr qui conduit au Salut, où il raporte tous les Auteurs qui sont de son sentiment.

On ne peut pas conclure de ces principes qu'un homme élevé dans d'autres sentimens, instruit dans l'Étude & la connoissance des saintes Lettres, selon la coutume de ceux qui se sont séparés de Rome, qui agissant contre sa Conscience feroit ou diroit ce qu'il croit faux ou deffendu, & trahiroit la Vérité dans quelque vue temporelle & mondaine, il ne s'ensuit pas qu'un homme dans ces dispositions puisse espérer le pardon de Dieu, principalement s'il meurt dans la funeste habitude de faire ou pratiquer ce qu'il condamne, ou qu'il eût été dans le dessein de continuer plus long-tems s'il eût plus long-tems vécu. Nous ne croions pas que dans toutes les Communions qui se disent Chrétiennes, un homme de ce caractère puisse trouver aucune assurance de Salut.

Que les Hypocrites considérent & examinent ce qu'ils font lorsqu'ils méprisent & foulent aux pieds toutes les lumieres que la Raison & la Révélation leur présentent qu'ils les rendent inutiles les par leur conduite, & s'embarassent si peu du jugement unanime que tous les Chrétiens portent sur ce sujet. Il est vrai que ces sortes de personnes ne doivent pas être mises au rang des Savans, & qu'il ne faut pas croire qu'elles aient examiné les choses avec précision; au contraire ces gens méprisent la Littérature des Théologiens, & n'ont aucune connoissance de ce qui est essentiel pour porter sur ce sujet un jugement équitable & solide. Ils ne font pas plus de cas de la Philosophie que les plus distingués d'entre les Romains ont autrefois tant estimée & qui tire sa source de la lumière naturelle, parce que toutes leurs vues portent à satisfaire leurs Passions, ce que la Philosophie Payenne n'a jamais approuvé; peu inquiets du jugement des siécles passés, & se mettant peu en peine de ceux d'aujourd'hui, sans se soucier de ce qui arrivera dans la suite, l'on peut dire qu'ils sont plus semblables à des Bêtes qu'à des hommes raisonnables, puisque la Raison ne leur sert de rien & qu'ils n'en font aucun usage. Ceux de ce caractère, qui ne se font aucune peine de feindre ou de mentir, ne méritent aucune créance; ils sont indignes de posséder la confiance de qui que ce soit dans les choses de cette vie, puisqu'ils croient pouvoir impunément se moquer de Dieu & des hommes dans la plus importante des toutes les affaires. Il s'en trouve parmi eux qui posent pour principe qu'on doit toûjours suivre la Religion du Prince, qui venant à changer peut faire varier la foi, & il n'est pas étonnant de leur voir avancer des maximes si impies, puisqu'ils n'ont pas même les principes de la Religion naturelle & comptent pour rien les lumieres de la droite Raison & de la Vertu. Que les Princes & les Souverains sont à plaindre d'honorer de leur confiance des gens de ce caractère qui ne croient ni Religion naturelle ni révélée; & n'en observent aucuns principes! Des gens qui n'ont aucune teinture des belles Lettres ni des Sciences, qui se moquent du jugement des personnes les plus éclairées, qui se mettent peu en peine de rechercher la Vérité & vivent dans un déguisement continuel, sont indignes de gouverner l'État ou d'avoir quelque Administration dans les affaires de la République.

Cependant ces sortes de personnes, qui méprisent également la Vérité & la Vertu, se persuadent qu'ils sont meilleurs Citoiens & qu'ils ont plus d'esprit que les autres, quoique leur persuasion soit fausse, puis qu'étant toûjours disposés à soutenir la vérité ou le mensonge, à pratiquer la vertu ou le vice, à parler & agir différemment selon leurs intérêts; ils prouvent par leur conduite qu'ils ont renoncé au bon sens, & fait divorce avec la Raison, & méritent que tout le monde les méprise & les évite.

§. V. Qu'un homme qui est dans l'Erreur & qui pêche par ignorance peut être agréable à Dieu; mais qu'un hypocrite & un fourbe qui dissimule ne le peut pas.

Telle est la condition des hommes qu'il s'en trouve qui d'ailleurs ne sont pas méchans, mais qui par les préjugés d'une mauvaise éducation, ou faute de Maîtres & de bons Livres par le moien desquels ils pourroient découvrir l'Erreur & la quitter, ou n'aiant pas assés d'esprit pour comprendre les Controverses de Chrétiens & en juger, passent toute leur vie dans un espéce de ténèbres. Ces sortes de personnes qui, selon la portée de leur Esprit, ont cru ce qu'on leur a enseigné de la Religion Chrétienne, & qui ne sachant pas mieux l'ont suivi de bonne foi, nous paroissent plus dignes de pitié, que de colére. J'avoue que leur Religion est un assemblage d'ignorance, qu'elle est imparfaite, tronquée, défectueuse; mais elle est de bonne foi, & nous pouvons croire que celui qui ne recueille point où il n'a point semé, leur fera grace, ou du moins ne les punira pas dans toute la rigueur de sa Justice.

Mais si nous portons nos vues sur d'autres d'un caractère différent, qui n'ont manqué ni d'éducation, ni de Maître, ni de Livres, ni de lumieres, ni d'esprit, pour connoître, en matiere de Controverse, de quel côté se trouve la Raison & la Vérité, & qui malgré toutes ces choses demeurent fermes & atachés au Parti de l'Erreur, parce qu'ils y trouvent les honneurs, les richesses, & les plaisirs de cette vie; nous ne pouvons regarder sans indignation ces sortes de personnes, & il n'y a point d'homme qui voulût entreprendre d'excuser ou justifier une pareille conduite, sans donner des preuves de l'impudence la plus hardie: d'où il faut conclure que si nous ne pouvons nous résoudre à leur pardonner, nous dont la vertu est si imparfaite, quelle sera la rigueur & la sévérité de Dieu contre ceux qui agissant avec connoissance & contre leurs propres lumieres auront préféré le mensonge à la vérité pour les biens fragiles d'une vie périssable & mortelle.

Dieu qui est souverainement miséricordieux pardonne à l'ignorance lorsqu'elle n'a pas le vice pour principe; il fait grace aux vertus imparfaites & à l'erreur de ceux qui ont été trompés, principalement lorsqu'il n'y a aucune malignité formelle ni aucun mépris de la Religion; mais comme nous l'a enseigné Jésus-Christ, il ne pardonnera jamais à ceux qui aiant connu la vérité auront publiquement professé le mensonge. Un Hypocrite ne peut pas même être agréable & plaire à ceux de son caractère, qui ne voudraient point d'un Ami capable de changer au moindre intérêt, & d'abjurer à la première occasion les Loix les plus saintes de l'amitié la plus inviolable. Nous concluons de ce que nous avons dit, qu'il n'y a point de crime plus énorme & plus honteux que de dissimuler, dans les choses de la dernière importance, ce qu'on connoit de meilleur, pour faire une profession publique de ce qu'on croit de plus mauvais, ce que la Raison nous enseigne & ce que la Révélation nous confirme du consentement de routes les Communions différentes qui se disent Chrétiennes.

FIN.