4. Objection: Qu'il y a des choses combatuës par les Auteurs étrangers.

XV. 4. On dit en quatrième lieu qu'il y a dans le Nouveau Testament des choses démenties par les Auteurs étrangers. Mais je soutiens hautement que cela n'est pas, si ce n'est peut-être que l'on entendît par ces Auteurs; ceux qui sont venus long tems après la naissance du Christianisme, & qui en étant les ennemis déclarez, sont dès là même absolument récusables. Pour ce qui est des Auteurs contemporains, ou de ceux qui ont écrit peu de tems après, bien loin qu'ils contredisent nos Livres, on pourroit, si cela étoit nécessaire, produire de leurs Écrits plusieurs témoignages qui confirment les principaux Points de l'Histoire sacrée. Nous avons déjà vû dès l'entrée du second Livre, que les Écrivains du Judaïsme & du Paganisme font mention de la crucifixion de Jésus-Christ, de ses miracles, & de ceux de ses Disciples. Dans les Livres que Joséphe a écrits environ quarante ans depuis l'ascension de Jésus Christ, il a parlé fort amplement d'Hérode, de Pilate, de Festus, de Félix, & de la ruïne de Jérusalem. Les Auteurs du Talmud s'acordent sur tout cela avec lui & avec nous. Tacite nous aprend la cruauté que Néron exerça contre les Chrétiens. On avoit autrefois tant dans les Écrits de quelques Particuliers, 15comme de Phlégon, 16que dans les Registre publics, des confirmations de ce que nous lisons dans l'Évangile, 17de l'Étoile qui parut après la naissance de Jésus-Christ, du tremblement de terre que l'on sentit dans le tems de son crucifiement, & de l'éclipse de Soleil qui arriva dans le même tems contre le cours ordinaire de la Nature, puis qu'alors la Lune étoit en son plein. Et les Chrétiens, comme nous l'avons déjà remarqué, ne manquoient pas d'en apeller à ces Écrits, tant d'Auteurs particuliers, que de personnes publiques.

Note 15: (retour) Comme Phlégon &c. Chroniques, liv. XIII. «La quatrième année de la CCII. Olympiade, il y eut une Éclipse de Soleil plus remarquable qu'aucune de celles qui fussent encore arrivées. À midi le jour s'obscurcit tellement, que l'on vit les Etoiles. Et un tremblement de terre renversa beaucoup de maisons à Nicée ville de Bithynie.» Ces paroles se trouvent dans la Chronique d'Eusébe & de St. Jérôme, & dans Origéne.
Note 16: (retour) Que dans les Registre publics. Tertull. Apolog. ch. CXXI. Vous avez, ce mémorable accident dans vos Archives.
Note 17: (retour) De l'Étoile qui parut &c. Chalcidius, Philosophe Platonicien, dans son Commentaire sur le Timée de Platon. «Une autre Histoire plus digne de respect raporte qu'une nouvelle Étoile avoit paru, non pour présager des maladies ou la mort de plusieurs personnes, mais pour annoncer la descente d'un Dieu souverainement vénérable, qui devoit venir pour le salut des hommes; que cette Etoile ayant été vûe par des Chaldéens, hommes sages, & bons Astronomes, ils cherchérent le Dieu naissant, & que l'ayant trouvé dans la personne d'un enfant plein de majesté, ils lui rendirent leurs hommages, & lui firent des voeux très-dignes de sa Grandeur».

5. Objection Que ces Livres ont été corrompus.

XVI. 5. On objecte en cinquième lieu, que nos Livres sacrez ne sont pas tels qu'ils étoient dans le commencement. Il faut avouer qu'ils peuvent avoir eu, & qu'ils ont eu en éfet, le même sort que les autres Livres. C'est-à-dire que la négligence des Copistes, ou même leur fausse exactitude y a pu introduire quelques changemens, quelques omissions, & quelques additions de lettres, de syllabes & de mots. Mais il feroit injuste que cette diversité de copies, qui étoit inévitable dans un si grand nombre de siécles, fît douter de l'autorité de ces Livres. Ce que l'on fait ordinairement en pareil cas, & avec beaucoup de raison, c'est de choisir entre toutes les copies, celles qui sont les plus anciennes, & dont il y a le plus. Mais on ne prouvera jamais qu'elles ayent toutes été corrompues, ou par la malice des hommes, ou de quelque autre maniére que ce puisse être, & cela, dans les Dogmes, ou dans les Points considérables de l'Histoire. Cela ne se peut justifier, ni par aucun Acte authentique, ni par le témoignage d'aucun Auteur contemporain. Et si, long tems après, cela fut reproché aux Chrétiens par leurs ennemis mortels, cela doit passer pour une injure que la passion leur suggéroit, plutôt que pour un témoignage valable.

Cette réponse pourroit sufire, puis que c'est à ceux qui font de ces sortes d'objections, sur tout lors qu'il s'agit de Livres qui ont pour eux l'avantage d'une longue durée, & d'une autorité reconnue par tout, c'est, dis-je, à ceux qui les ataquent par cet endroit là, à prouver ce qu'ils avancent. Cependant afin de mieux faire sentir le peu de fondement de cette dificulté, nous allons prouver que ce qu'ils nous objectent, n'est ni véritable ni possible.

I. Nous avons déjà fait voir que ces Livres ont été composez par ceux dont ils portent le nom; donc ils ne sont pas suposez. Mais, au moins, n'est-il pas arrivé quelque changement à une partie de ces Livres? Non: car puis que les auteurs d'un tel changement auroient dû se proposer en cela quelque but, on devroit remarquer, une diférence assez grande entre les Livres qu'ils auroient ou ajoûtez ou substituez à d'autres, & ceux ausquels ils n'auroient pas touché. Or c'est ce qui ne se voit en aucun de ces Écrits, qui au contraire ont entr'eux un raport admirable. II. Il ne faut pas douter que dès qu'un Apôtre ou un homme Apostolique publioit quelque Livre, la piété, & le désir de conserver les Véritez salutaires, & de les faire passer entre les mains de la Postérité, n'ayent porté les Chrétiens à en multiplier les copies avec toute la diligence possible, & que ces copies ne se soient ensuite répandues dans l'Europe, dans l'Asie, & dans l'Égypte; car dans toutes ces parties il y avoit des Chrétiens, & la Langue Gréque y étoit connue. On a même conservé quelques Originaux jusques à la fin du second siécle, comme nous l'avons déjà remarqué. Or il étoit impossible que des Livres dont on a tiré tant de copies, & qui ont été conservez par la vigilance des Particuliers & des Églises, courussent même le risque d'être falsifiez. III. Dans les siécles immédiatement suivans, ces Livres furent traduits en Syriaque, en Éthiopien, en Arabe, & en Latin. Ces Versions subsistent encore aujourd'hui & ne diférent de l'Original Grec en rien qui soit de quelque importance. IV. Nous avons les Écrits de ceux qui ont été instruits ou par les Apôtres ou par leurs Disciples, & dans ces Écrits on lit quantité de passages citez au même sens où ils sont dans les Livres du Nouveau Testament. V. Ceux qui avoient le plus d'autorité dans l'Eglise des premiers siécles, n'en auroient jamais eu assez pour faire recevoir quelques changements dans l'Écriture; comme il paroît par la liberté que S. Irénée, S. Cyprien, & Tertullien ont prise de s'oposer quelquefois à ceux qui tenoient le premier rang. VI. Depuis ces premiers tems il s'est trouvé plusieurs personnes fort savantes & d'un esprit fort juste, qui, en suite d'un examen très-particulier, ont reconnu que ces Livres étoient demeurez dans leur premiére pureté. VII. On peut encore apliquer ici ce que nous disions tantôt, que de la maniére dont les diverses Sectes du Christianisme s'en sont servies, il paroît qu'elles les avoient tout tels qu'ils sont aujourd'hui. J'excepte, encore une fois, celles qui ne regardoient pas le Dieu des Juifs comme Créateur du Monde, ou qui ne reconnoissoient pas que Jésus-Christ eût donné une Loi qui dût abolir une partie de celles de Moyse. VIII. Ajoûtons à tout cela, que si quelques-unes eussent eu la témérité de changer quelque chose dans le Nouveau Testament, on n'eût pas manqué de se récrier contr'eux, comme contre des faussaires. IX. Toutes les Sectes tiroient de ces Écrits des arguments en leur faveur contre celles qui leur étoient oposées: ce qui fait voir qu'aucune n'a jamais osé entreprendre de les changer pour les ajuster avec ses sentimens. X. Enfin, nous pouvons dire ici des principaux endroits de nos Livres, ce que nous avons dit des Livres entiers: c'est qu'il n'étoit nullement convenable à la Providence divine de permettre que tant de milliers d'hommes, qui ne se proposoient que d'avancer dans la piété, & de faire leur salut, fussent engagez dans une erreur dont il ne leur eût pas été possible de se défendre.

Nous n'en dirons pas davantage pour la défense des Livres du Nouveau Testament. Nous croyons les avoir assez munis contre la Chicane, & avoir ainsi démontré que ce sont là les véritables sources d'où l'on doit puiser la Religion Chrétienne. Mais parce que ces sources, toutes sufisantes qu'elles peuvent être, ne sont pas les seules que nous ayons, & qu'il a plu à Dieu de nous mettre entre les mains les Livres qui servent de fondement à la Religion Judaïque, qui fut autrefois véritable, & qui fait aujourd'hui l'une des grandes preuves du Christianisme, il est à propos que nous fassions voir la certitude de ces Livres.

Preuves de l'autorité des Livres du V. T.

XVII. Qu'ils ayent été écrits par les Auteurs dont ils portent le nom, c'est ce qui se prouve par les mêmes raisons, sur lesquelles nous avons établi la même chose à l'égard des Livres du Nouveau Testament. Or ces Auteurs ont été ou des Prophétes, ou des personnes très-dignes de foi; tel que fut par exemple Esdras, qui comme l'on croit, ramassa les Livres du vieux Testament en un seul Volume, dans le tems que les Prophétes Aggée, Malachie, & Zacharie vivoient encore. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit dans le premier Livre à l'avantage de Moyse; je dirai seulement que l'Histoire sacrée des tems suivans se confirme, aussi bien que celle de Moyse, par des témoignages tirez des Auteurs Payens. 18Les Annales des Phéniciens faisoient mention de David & de Salomon & de leurs Alliances avec les Tyriens. 19Bérose a parlé de Nabuchodonosor, 20 & des autres Rois des Chaldéens, dont les noms se trouvent dans l'Écriture. Le Roi d'Égypte 21Vaphrès, est l'Apriès d'Hérodote 22Cyrus & ses Successeurs 23jusqu'à Darius Codomanus, remplissent les Livres des Auteurs Grecs. Joséphe dans ce qu'il a écrit contre Appion, en cite un grand nombre sur plusieurs Points de l'Histoire des Juifs, & nous avons entendu sur le même sujet les témoignages de Strabon & de Trogus. Les Chrétiens n'ont pas le moindre sujet de douter de la divinité des Livres du Vieux Testament, puis qu'à peine y en a-t-il un dont il n'y ait quelque passage dans ceux du Nouveau. Et comme Jésus-Christ, Christ, qui a censuré en mille choses les Docteurs de la Loi & les Pharisiens de son tems, ne les a jamais acusé d'avoir falsifié les Livres de Moyse & des Prophétes, ou de n'avoir que des Livres suposez ou corrompus; il est visible que ceux qui se lisoient de son tems étoient les mêmes que ceux que Moyse & les Prophétes avoient composez. Mais peut-être ont-ils été corrompus depuis Jésus-Christ dans des endroits importans. C'est ce qu'on ne sauroit prouver, & c'est même ce qui paroît tout à fait incroyable. Les Juifs, dépositaires de ces Livres, étoient répandus presque par toute la Terre. On sait que dès le commencement des malheurs de ce Peuple, dix de ses Tribus furent transportées dans la Médie par les Assyriens: Que quelque temps après les deux autres furent amenées captives en Babylone: Que de ces deux il y eut quantité de personnes qui ne voulurent pas profiter de la liberté que Cyrus donna aux juifs de retourner dans leur païs, & qui aimérent mieux s'arrêter dans ces terres étrangéres: Que les Macédoniens atirérent un grand nombre de juifs24 à Alexandrie par les grands avantages, qu'ils leur y firent trouver: Que la cruauté d'Antiochus, les troubles domestiques causez par les Asmonéens, les Guerres de Pompée & de Sossius, en obligérent plusieurs à chercher ailleurs des habitations plus tranquilles: Que cette Nation remplissoit25 la Province de Cyréne, les villes de l'Asie, de la Macédoine, de la Lycaonie, les Iles de Cypre, de Créte, & d'autres: Qu'enfin la Ville de Rome en étoit pleine, comme il paroît par ce qu'en ont dit Horace, Juvénal, & Martial. Or peut-on concevoir que les Juifs étant divisez en tant de corps si éloignez les uns des autres, eussent pu se laisser surprendre par des supositions de Livres & par des changemens de quelque importance, ou conspirer unanimement à falsifier l'Écriture?

Note 18: (retour)

Les Annales des Phéniciens &c. Voyez Joséphe Antiq. Jud. liv. VIII. ch. 2. où il en cite quelques passages. Il ajoûte que si quelqu'un veut avoir copie des Lettres que Salomon & Irom se sont écrites, il n'a qu'à s'adresser aux Gardiens des Archives de Tyr. Il cite aussi liv. VII. ch. 9. ce passage tiré de Nicolas de Damas, liv. XV. «Long tems après, le plus puissant de tous les Princes de ce païs, nommé Adad, régnoit en Damas, & dans toute la Syrie, excepté la Phénicie. Il entra en guerre avec David, Roi des Juifs, & après divers combats, fut vaincu par lui dans une grande Bataille qui se donna auprès de l'Euphrate, où il fit des actions dignes d'un grand Capitaine, & d'un grand Roi. Après la mort de ce Prince, ses Descendans, qui portoient tous son nom, de même que les Ptolomées en Égypte, régnérent jusqu'à la dixième génération, & ne succédérent pas moins à sa gloire qu'à sa Couronne. Le troisiéme d'entr'eux qui fut le plus illustre de tous, voulant vanger la perte qu'avoit fait son Ayeul, ataqua les Juifs sous le Régne du Roi Achab; & ravagea tout le païs des environs de Samarie.» La premiére partie de cette histoire se lit II. Samuel, VIII. 5. Le seconde I. Rois. XX. C'est cet Adad que Justin, après Trogue-Pompée, apelle Adofis. Joséphe liv. VIII. ch. II. cite ce passage de l'hist. Phénicienne de Dius. «Le Roi Abibal étant mort, Irom son fils lui succéda, j acrut les villes de son Royaume qui étoient du côté de l'Orient, de beaucoup celle de Tyr, & par le moyen des grandes chaussées qu'il fit, y joignit le Temple de Jupiter Olympien, & l'enrichit de plusieurs ouvrages d'or. Il fit couper sur le mont Liban, des forêts pour l'édification des Temples, & l'on tient que Salomon Roi de Jérusalem lui envoya quelques énigmes, & lui manda que s'il ne les pouvoit expliquer, il lui payeroit une certaine somme; & qu'Irom confessant qu'il ne les entendoit pas, la lui paya. kMais qu'Irom lui ayant depuis envoyé proposer d'autres énigmes par un nommé Abdémon, qu'il ne peut non plus expliquer, Salomon lui paya à son tour aussi de grandes sommes.» Dans le même chapitre l'Historien Juif produit ce passage de Ménandre Éphésien, qui, dit-il, a écrit les actions de plusieurs Rois tant Grecs que Barbares «Il succéda au Roi Abibal son pére & régna 34 ans. Il joignit à la ville de Tyr par une grande chaussée l'île d'Eurychore, & y consacra unel colomne d'or à l'honneur de Jupiter. Il fit couper sur le mont Liban quantité de bois de cédre pour couvrir des Temples, ruina les anciens & en bâtit de nouveaux à Hercule, & à la Déesse Astarte, dont il dédia le premier dans le mois de Péritheus, & l'autre, lors qu'il marchoit avec son Armée contre les Tyriens, pour les obliger, comme il fit, à s'aquiter du tribut qu'ils lui devoient & qu'ils refusoient de lui payer. Un de ses Sujets, nommé Abdémon, quoi qu'il fût encore jeune, expliquoit les énigmes que Salomon lui envoyoit. mOr pour connoître combien il s'est passé de tems depuis ce Roi jusqu'à la construction de Carthage, on compte de cette sorte. Le successeur d'Irom fût:

1 Baleazar son fils qui régna 7 ans.

2 Abdastarte frére de Baleazar, 9 ans: les quatre fréres de sa nourrice, le tuérent en trahison.

3 L'ainé de ces 4 régna 12 ans.

4 Astartus frére de Déléastartus 12 ans.

5 Azerim frére d'Astartus: 9 ans. Il fut tué par son frére.

6 Péles qui régna 8 mois: il fut tué par..

7 Ithobalus Sacrificateur de la Déesse Astarte, lequel régna 32 ans.

8 Badezor frére d'Ithobalus 6 ans.

9 Margénus frére de Badezor 9 ans.

10 Pygmalion 47 ans: ce fut en la 7° année de son Régne que Didon sa soeur s'enfuit en Afrique, où elle bâtit Carthage dans la Libye. En suputant ces années, on voit que depuis le commencement d'Irom jusqu'à construction de cette fameuse Ville, il y a eu; 137 ans. Alexandre Polyhistor, Ménandre de Pergame, & Lætus dans son Histoire de Phénicie, ont aussi parlé d'Irom, & de Salomon son contemporain.

Joféphe Antiq. Jud; liv. IX. ch. 2. parlant d'Asaël, qui succéda à Adad I. Rois XIX. 15. dit que les Syriens le mettoient encore de son tems au nombre de leurs Divinitez, Liv. IX. ch. 14. il raporte ce passage de Ménandre d'Éphése, où il est parlé de la guerre que les Tyriens ont eue contre le même Salmanasar qui vainquit Samarie, & emmena les 10. Tribus captives, a II. Rois. XVII. 3, & XVIII. 9. «Eluleus régna 36 ans. Et les Cittiens s'étant révoltés, il alla contr'eux avec une flotte, & les réduisit sous son obéissance. Le Roi d'Assyrie envoya aussi une armée contr'eux, se rendit maître de toute la Phénicie, & ayant fait la paix s'en retourna en son païs. Et voilà, ajoûte Joséphe, ce que l'on trouve dans les Annales des Phéniciens touchant Salmanasar, Roi d'Assyrie.

Liv. X. ch. 1. Il nous aprend que Bérose a fait mention de Sennachérib dans l'Hist des Chaldéens: qu'il a dit de lui qu'il étoit Roi des Assyriens, & qu'il avoit fait la guerre dans toute l'Asie & dans l'Égypte. Hérodote liv. II. en a aussi parlé.

Liv C. ch. 3. Il dit que Bérose a aussi parlé de Balad, ou Baladan, Roi des Babyloniens, dont il est fait mention II. Rois XX. 12. Es. XXXIX.

Hérodote liv. II. Nécos en étant venu aux mains avec les Syriens dans la campagne de Magdolon, remporta la victoire. Par les Syriens il entend les Juifs, qu'il n'appelle jamais autrement. Or c'est cette même bataille de II. Chron. XXXV. 22.

Note j: (retour) Mr. Arnaud n'a pas le sens du Grec. Le voici: il fortifia la Ville (de Tyr.) du côté de l'Orient.
Note k: (retour) Mr. Arnaud s'est encore ici écarté de l'Original: Car c'est ainsi qu'il porte, «Mais qu'un Tyrien nommé Abdémon ayant expliqué celles que Salomon avoit proposées en proposa aussi quelques-unes, dont Salomon n'ayant pu deviner le sens, paya à son tour de grandes sommes à Irom.
Note l: (retour) L'édition que j'ai de la Traduction de Mr. Arnaud a couronne, pour colomne. Mais aparemment que c'est une faute d'impression.
Note m: (retour) Dans cet endroit il y a une grosse faute dans la Version que je suis. Mais je crois qu'elle n'est pas de cet Illustre Traducteur. Voici comme mon exemplaire porte. «Or pour connoître combien il s'est passé de tems depuis la construction de Carthage» &c. Ce qui ne signifie rien du tout.
Note 19: (retour)

Bérose a parlé de Nabuchodonozor. Joséphe Antiq. Jud. XX. & Rép. à Appion, liv. I. Eusébe Chron. & Prépar. I. Ce Bérose étoit Prêtre de Belus, un peu après le tems d'Alexandre le Grand. Pline raporte liv. VII. ch. 37. que les Athéniens, en mémoire de ses divines prédictions lui érigèrent dans une École publique, une Statue dont la langue étoit dorée. Athénée liv. XV. apelle, le Livre Auteur, Babylonica, ou Histoire de Babylone; Tatien & Clément, Chaldaïca, ou Histoire des Chaldéens. Tatien remarque que le Roi Juba avouoit qu'il avoit pris de Bérose, de quoi composer son Histoire d'Assyrie. Je joindrai ici trois passages d'Abydéne qui a aussi fait une Histoire d'Assyrie. C'est Eusébe qui nous les a conservez.

Eusébe, Chron. & Prépar. liv. IX. ch. 40. 41. «Nabopolassar, pére de Nabuchodonozor, ayant apris que le Gouverneur qu'il avoit établi dans l'Égypte, la Célésyrie & la Phénicie, s'étoit révolté, & se voyant trop âgé pour agir en personne contre lui, en donna la commission à son fils qui étoit encore dans la fleur de son âge, & qui s'en aquita si bien qu'il vainquit le rebelle, le prit, & remit ces païs dans l'obéïssance. Dans ce même tems Nabopolassar étant tombé malade à Babylone, mourut après 29 ans de Régne. Nabuchodonozor n'eut pas plutôt su la maladie de son Pére, qu'il donna ordre aux affaires d'Égypte & des Peuples voisins, donna charge à une personne en qui il avoit de la confiance, de ramener à Babylone l'Armée & les prisonniers de guerre, Juifs, Phéniciens, Syriens & Égyptiens; & y revint avec fort peu de ses gens par le chemin le plus court, qui est celui du désert. Il trouva les afaires en bon état entre les mains des Chaldéens, le plus considérable d'entr'eux en ayant pris le maniement en atendant son retour. Ainsi il succéda à son Pére dans toute l'étendue de ses États. Il dispersa les prisonniers en diférens endroits de son Empire, leur assignant de bonnes terres à cultiver. Il employa le butin qu'il avoit remporté de son Expédition, à orner le Temple de Bélus & des autres Dieux. Il agrandit l'ancienne Babylone en y joignant une seconde Ville. Il pourvut à ce qu'en cas de siége les Ennemis ne pussent plus détourner le cours du fleuve pour faciliter les aproches. Il environna la Ville intérieure & la Ville extérieure, chacune d'une triple enceinte de murailles, qu'il fit en partie de brique & de bitume, en partie de brique seulement. Après l'avoir si bien fortifiée, il y fit des portes fort superbes. Ensuite ne se contentant pas du Palais de son pére, il en fit bâtir un infiniment plus somptueux, tant pour la grandeur de l'édifice, que pour la beauté de la structure, & pour les ornemens. Ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'un ouvrage & si grand & si beau, fut achevé en 15. jours. Il fit aussi bâtir des galeries si massives & si élevées, que d'un peu loin elles sembloient des montagnes, & il y planta des arbres de toutes les espéces. Ce sont là ces jardins suspendus qu'on a mis au nombre des merveilles du Monde. Il les fit pour plaire à la Reine sa Femme, qui ayant été élevée dans la Médie, païs fort montagneux, aimoit extrémement la vûe des montagnes & des forêts. Étant tombé malade, il mourut avant que ces ouvrages fussent achevez après 43 ans de Régne.» Cette Femme de Nabuchodonozor, est celle qu'Hérodote appelle Nitocris comme Scaliger l'a prouvé.

Euséb. Prépar. liv. IX. sur la fin, «Mégasthéne dit (c'est Abydéne qui parle) que Nabuchodonozor a surpassé Hercule en courage & par la grandeur de ses actions: qu'il a poussé ses Conquêtes jusques dans l'Afrique & dans l'Espagne, & qu'il avoit envoyé sur le rivage droit du Pont Euxin, des Colonies composées de ceux qu'il avoit fait prisonniers dans ces guerres. Outre cela les Chaldéens racontent que le Roi étant un jour monté sur le haut de son Palais, tint ce discours prophétique en présence d'un grand nombre de personnes. Écoutez vous habitans de Babylone. Moi Nabuchodonozor ai à vous annoncer une calamité extrême, qui est prête à vous acabler, & sur laquelle ni Bélus le chef de nôtre race, ni la Reine Beltis, n'ont jamais pu fléchir les Parques. Il viendra un mulet de Perse, qui aidé de vos Dieux mêmes, vous réduira en servitude. Un Méde, qui avoit été jusques là aux Assyriens un sujet de se glorifier, se joindra à lui pour vous perdre. Ah, plût aux Dieux qu'avant qu'il nous trahît, il fût plongé au fond de la mer, ou qu'entraîné malgré lui dans des lieux déserts & inhabitez, receptacles des bêtes & des oiseaux, il y errât parmi les rochers le cette de ses jours! Que les Dieux ne m'ont-ils retiré avant que de me faire entrevoir un avenir si funeste! Après qu'il eut prononcé ces paroles, il disparut tout d'un coup.»

Le même Eusébe dans un autre endroit raporte encore ces paroles d'Abydéne. «On dit qu'autrefois l'endroit où Babylone est bâtie, étoit un grand amas d'eaux, auquel on donnoit le nom de Mer: que Belus l'ayant asséché, partagea le fonds entre plusieurs de ses Sujets, y bâtit Babylone, qu'il entoura de murailles: que ces murailles ayant été consumées par le tems, Nabuchodonozor en fit de nouvelles, dont les portes étoient d'airain, & qui demeurérent sur pié jusqu'au tems d'Alexandre le Grand.»

Joséphe Rép. à Appion liv. I. ch. 7. produit un passage de l'Histoire des Phéniciens, qui est digne d'être raporté ici, tant parce qu'il parle de Nabuchodonozor, que parce qu'il contient la suite des Rois & des Juges de Tyr, depuis Ithobal jusqu'à Irom, c'est-à-dire, jusqu'au tems de Cyrus. «Durant le Régne d'Ithobal, Nabuchodonozor assiégea la Ville de Tyr. Baal succéda à Ithobal, & régna dix ans. Après sa mort le Gouvernement passa des Rois à des Juges. Ecnibal fils de Baslach, exercea cette Dignité durant deux mois. Chelbés fils d'Abdée l'exercea dix mois; le Pontife Abdar deux mois; Mytgon & Gerastrate fils d'Abdebyme 6 ans; Balator 1 an. Après on envoya querir en Babylone Merbal qui régna 4 ans, & Irom son frére qui lui succéda régna 20 ans. Cyrus Roi de Perse régnoit aussi alors: & tous ces tems ajoûtez ensemble reviennent à 54 ans, trois mois. Ce fut en la septième année du Régne de Nabuchodonozor que commença le siége de Tyr, & en la quatorzième année du Régne d'Irom que Cyrus Roi de Perse vint à la Couronne.» On voit aussi dans Joséphe un passage d'Hécatée qui porte que les Perses (par où il entend les Babyloniens) avoient emmené en Babylone, plusieurs milliers de Juifs. Clément, Stromat. I. raporte un témoignage de Demétrius sur ce même événement, & sur la guerre de Sennachérib.

Note 20: (retour) Et des autres Rois Chaldéens. Rép. à Appion liv. I. ch. 6. «Evimérodach son fils (savoir fils de Nabuchodonosor) lui succéda: ses méchancetez & ses vices le rendirent si odieux, que n'ayant encore régné que deux ans, Nériglissor, qui avoit épouse sa soeur, le tua en trahison, & régna 4 ans. Sou fils Laborosoarchod, qui étoit encore fort jeune, régna seulement neuf mois. Car ceux mêmes qui avoient été amis de son pére, reconnoissant qu'il avoit de très-méchantes inclinations, trouvérent moyen de s'en défaire: & après sa mort choisirent d'un commun consentement pour régner sur eux, Nabonnid, qui étoit de Babylone, & B étoit de la même race que lui. Ce fut sous son Régne que l'on bâtit le long du fleuve, avec de la brique enduite de bitume, ces grands murs qui enferment la Ville de Babylone. Et en la dix-septiéme année de son Régne, Cyrus Roi de Perse après avoir conquis le reste de l'Asie, marcha vers cette Ville. Nabonnid alla à sa rencontre, perdit la bataille, & se sauva avec peu de gens dans la Ville de Borsippe. C Cyrus assiégea en suite Babylone dans la créance qu'après avoir forcé le premier mur, il pourroit se rendre maître de cette Place. Mais l'ayant trouvée beaucoup plus forte qu'il ne pensoit, il changea de dessein, & alla pour assiéger Nabonnid dans Borsippe. Ce Prince ne se voyant pas en état de soutenir le siége, eut recours à la clémence du Vainqueur, qui le traita fort humainement, & qui lui donna de quoi vivre à son aise dans la Caramanie, où il passa le reste de ses jours dans une condition privée. C'est cette retraite de Nabonnid à Borsippe qui est marquée, Jérémie LI. 30. Les forts de Babylone se sont déportez de combatre; Ils se sont tenus dans les forteresses &c. Eusébe donne un passage d'Abydéne qui dit la même chose, mais en abrégé. La seule diférence est dans les noms, Evilmaluruchus, par exemple, au lieu d'Evilmérodach, Le nom d'Evilmérodach se trouve dans le Livre second des Rois XXV. 27. Hérodote parlant du siège de Babylone dit «que Cyrus détourna le fleuve de son cours ordinaire faisant écouler ses eaux dans un Lac marécageux; & que par ce moyen il se fit un chemin au travers du lit de ce fleuve.» Cela est marqué Jérém. LI. 32. Ses quais sont surpris, ses marais sont brûlez au feu.
Note B: (retour) Ce n'est pas cela, mais, «& qui avoit été de la Conspiration.»
Note C: (retour) Ce n'est là point du tout le sens de Joséphe, le voici. «Cyrus ayant pris Babylone, trouva à propos de la démanteler, parce qu'il voyoit que le peuple étoit remuant, & la Ville dificile à prendre; Après quoi il alla pour assiéger Nabonnid dans Borsippe.»

Liv. II 11.

Note 21: (retour) Que Jérémie appelle Vaphrès Jer. XLIV. 3. C'est ainsi que les LXX Interprétes & Eusébe tournent le mot חפרצ hophriagh. Ce Roi vivoit dans le tems de Nabuchodonosor.
Note 22: (retour) Cyrus &c. Diodote de Sicile, Crésias, Justin liv. IV. ch. 5. &c. Théophile d'Antioche prouve par le témoignage de Bérose, que le Temple de Jérusalem a été commencé à rebâtir sous Cyrus & achevé sous Darius.

Note a: Ville de Thrace.

Note 23: (retour) Jusqu'à Darius Codomannus. C'est celui qu'Alexandre le Grand vainquit. Sous le Régne de ce Roi les Juifs avoient pour Souverain Sacrificateur, Jaddus qui alla au devant d'Alexandre le Grand. Dans ce même tems vivoit Hécatée, natif [a]d'Abdére, qui a fait un Livre d'Histoire Judaïque. Joséphe (réponse à Appion liv. I.) en a tiré une très-belle description de Jérusalem & du Temple. C'est là qu'il raporte aussi quelques discours d'Aristote à l'avantage des Juifs: à quoi il ajoûte 7 ou 8 Auteurs Grecs qui ont parlé de ce qui concerne cette Nation (car dans tout ce Livre son grand but est de montrer qu'elle est fort ancienne & de répondre à Appion qui lui objectoit contre cette antiquité le silence des Auteurs étrangers. C'est dans cette vue qu'il fait venir sur les rangs des Auteurs Egyptiens, Phéniciens, Chaldéens, & Grecs, & qu'il en raporte plusieurs passages dont Grotius a transcrit une partie.)
Note 24: (retour) À Alexandrie. Philon compte un million de Juifs tant dans cette Ville que dans les lieux d'alentour.
Note 25: (retour) La Province de Cyrène.. qu'enfin la Ville de Rome &c. Cela paroît par toute l'Histoire des Actes des Apôtres. Horace parle des Juifs dans trois de ses Satyres, Juvénal dans sa quatorziéme Satyre, Martial en plusieurs de ses Épigrammes. Rutilius Itinér. liv. I. «Plût aux Dieux que ni Pompée ni Titus n'eussent jamais subjugué les Juifs. Cette Nation dangereuse semble trouver dans ses pertes mêmes des forces pour pulluler de nouveau; & ses Vainqueurs sentent plus qu'elle-même le poids du joug qu'ils lui imposent. Avant lui, Sénéque en avoit dit autant: «Les coutumes de ce peuple scélérat ont pris de si fortes racines, qu'il n'y a pas de Païs où elles ne se soient répandues. Par là il a su donner des loix à ceux sous le pouvoir desquels le fort de la Guerre l'avoit réduit.» Nous avons tantôt vu quelle est la source de ces paroles injurieuses & de ces marques de haine. Philon dans l'histoire de son Ambassade, «Combien nombreuse doit être cette Nation qui habite, non dans un certain Païs, comme les autres Peuples, mais presque dans le Monde entier? Elle est répandue & dans la Terre ferme, & dans les Iles: & par tout où elle se trouve, elle paroît presque aussi forte en nombre que les habitans naturels.

Joseph. L. X. II. 1.

Ajoûtons à cela que près de trois cens ans avant Jésus-Christ, la Version des Septante Interprétes, de laquelle on est redevable aux soins de Ptolomée Roi d'Égypte, mit l'Écriture entre les mains des Grecs, avec quelques petites diférences qui n'empêchoient pas que ce ne fût en gros le même Livre; & que c'étoit encore un moyen très-propre à prévenir les fabrications. Outre cette Version il en parut une Chaldaïque, & une autre dans le Langage particulier de Jérusalem, qui n'étoit autre chose qu'un demi-Syriaque; 26l'une avant & 27l'autre après la naissance Jésus-Christ. Elles furent suivies des Versions Gréques d'Aquilan, de Symmaqueo & de Théodotionp, lesquelles Origéne, & d'autres après lui, examinérent en les confrontant avec celle des Septante, & trouvérent très-conformes, avec cette Version, soit dans l'Histoire, foit dans les choses qui étoient de quelque conséquence. Philon & Joséphe, dont le premier fleurissoit du tems de Caligula, & l'autre a vécu jusqu'au Régne de Vespasien, citent l'Écriture dans les mêmes termes où nous l'avons aujourd'hui. Parmi les Chrétiens, dont le nombre augmentoit alors extrêmement, il y en avoit beaucoup 28 qui étoient nés Juifs, 29 ou qui aprenoient l'Hébreu, & qui, si les Juifs avoient introduit dans le Texte quelques changemens & quelques corruptions un peu considérables, n'eussent pas eu de peine à les découvrir par la collation des plus anciens Originaux, & l'eussent infailliblement publié. Or non seulement ils ne le font pas, mais ils en raportent même plusieurs passages précisement dans le même sens qu'ils ont dans l'Hébreu. Remarquons encore qu'on ne pourrait guére intenter contre les Juifs, d'acusation plus mal fondée que celle d'avoir corrompu le Texte, ou d'y avoir donné lieu par leur négligence; puis qu'on n'ignore pas 30avec quelle aplication & avec quel scrupule ils décrivent le Texte sacré, & le collationnent avec les meilleurs Exemplaires, Leur exactitude va même jusqu'à compter combien de fois chaque lettre se trouve dans toute l'Écriture. Pour derniére preuve que les Juifs n'ont pas même tâché de gâter le Texte, on peut aporter l'usage que les Chrétiens font du vieux Testament contre eux. Ceux-ci croyent y trouver des raisons convainquantes pour prouver que Jésus est le Messie, qui avoit été promis aux Ancêtres de ce Peuple. Si donc les Juifs eussent pu faire dans le Texte tels changemens qu'ils auroient trouvé à propos, il ne faut pas douter que depuis cette grande dispute qu'ils ont avec les Chrétiens, ils n'eussent fait disparoître ces preuves, ou que du moins ils ne les eussent obscurcies, en falsifiant les passages dont nous apuyons ce Dogme fondamental de nôtre Religion.

Note 26: (retour) L'une avant &c. C'est celle d'Onkelos, & peut-être aussi celle de Jonathan.
Note 27: (retour) L'autre après &c. C'est le Thargum de Jérusalem.
Note n: (retour) Aquila vivoit sous l'Empereur Adrien au commencement du second siécle. De Païen il se fit Chrétien, & de Chrétien Juif. Ce fut la Science des Mathématiques dont il abusa, qui le perdit. TRAD DE PAR.
Note o: (retour) Symmaque fit sa Version de l'Écriture, sous l'Empereur Marc-Aurèle dans le second siécle. Le même.
Note p: (retour) Théodotion natif d'Éphése avoit été Disciple de Tatien: il se fit Marcionite, puis Juif; & alors il entreprit de traduire l'Écriture d'Hébreu en Grec. Sa Version fut la troisiéme, & l'Église ne la méprisa pas, quoique venant d'un Apostat. Le même.
Note 28: (retour) Qui étoient nez Juifs. Quelques-un étoient nez proche de la Judée, comme Justin, qui étoit de Samarie.
Note 29: (retour) Ou qui aprenoient l'Hébreu, comme Origéne, S. Épiphane, & sur tout S. Jérôme.
Note 30: (retour) Avec quelle aplication &c. Joséphe, Rép. à App. liv. I. L'expérience même fait voir combien est forte la persuasion que nous avons de la vérité de nos Livres; puis que depuis tant de siécles personne n'a osé ou y ajoûter, ou en ôter, ou y faire quelques changemens. Voy: Deuter. IV. 1.



TRAITÉ

DE LA VERITÉ

DE LA

RELIGION

CHRÉTIENNE.

LIVRE QUATRIÈME

Réfutation du Paganisme.

I.
ors qu'on est à l'abri d'un péril où l'on voit d'autres personnes engagées, on ne peut guére se défendre de quelque sentiment de plaisir à cette vue toute triste qu'elle peut être. Comme ce plaisir ne naît pas du malheur d'autrui, mais de ce que l'on s'en voit exemt, il est sans malignité, & n'a rien de blâmable. Un Chrétien donc qui du chemin sûr où Dieu l'a mis voit le reste des hommes ne tenir aucune route certaine, & s'égarer en mille maniéres, peut s'abandonner à toute la joye que lui inspire le bonheur qu'il a d'être dans la bonne voye. Mais il ne s'en doit pas tenir là; il est dans la plus étroite obligation de travailler pendant toute sa vie à secourir les Errans autant qu'il lui est possible, à leur tendre la main, à les atirer dans le bon parti, & à leur faire part de son bonheur. C'est à ce devoir que nous avons tâché de satisfaire dans les Livres précédens; où, par cela-même que nous avons établi la Vérité, nous avons réfuté toutes les Erreurs.

Mais parce que le Paganisme, le Judaïsme, & le Mahométisme, qui sont les trois grandes Religions qui s'oposent à celle que nous avons prouvée, outre ce qu'elles ont de commun entr'elles, ont chacune leurs erreurs particuliéres, & chacune leurs preuves diférentes pour se défendre & pour nous ataquer; nous croyons ne rien faire d'inutile, si nous les combatons chacune à son tour. C'est à quoi nous destinons les trois livres suivans, que nous ne commencerons qu'après avoir prié les Lecteurs d'aporter ici un esprit libre de passion, & de ces préjugez que forme une longue habitude; & de se mettre par là en état de bien juger de ce que nous allons dire.

Contre le culte des Espris créez.

II. Nous commençons par les Payens. S'ils croyent plusieurs Dieux éternels & égaux à tous égards, nous les avons déjà refutez dans le premier Livre, lors que nous avons prouvé qu'il n'y a qu'un Dieu, Cause unique de toutes les choses du Monde. S'ils donnent ce nom à des Intelligences créées, supérieures à l'Homme, qu'ils nous disent si elles sont bonnes ou mauvaises. S'ils disent qu'elles sont bonnes, je leur demande s'ils en sont bien assurez, &1 s'ils ne seroient pas là-dessus dans une erreur dangereuse, s'ils n'adoreroient point par hazard de mauvais génies, dans le tems qu'ils croyent en adorer de bons; & s'ils ne prendroient pas peut-être des Esprits rebelles au Dieu souverain, pour ses Ministres, & des Transfuges pour des Envoyez? De plus, le bon sens dicte qu'ils doivent mettre quelque diférence entre les honneurs divins qu'ils rendent au Souverain & à ses Ministres. En fin, ne devroient-ils pas savoir quelle est la subordination, qui est entre ces Intelligences médiatrices; quels sont les biens que chacune d'elles peut leur faire; & quel est le culte qu'elle doit exiger d'eux en vertu de l'ordre du Dieu souverain? Leur Religion n'a rien de sûr ni de réglé sur tout cela; & dès là même elle est très-imparfaite & très-dangereuse, Il y auroit donc plus de sureté pour eux à se renfermer dans le Culte d'un seul Dieu. En cela ils ne feraient 2que suivre Platon, qui met cette adoration d'un seul Être suprême entre les premiers devoirs du Sage; & ils n'y pourroient rien perdre, puis que ces bons Génies étant dans la dépendance du grand Dieu, ils les mettraient dans leur parti, par cela même qu'ils se rendroient Dieu favorable.

Note 1: (retour) S'il ne seroient pas là-dessus dans une erreur dangereuse. Porphyre, de l'abstinence des choses animées liv. II. «Les Esprits, ennemis des Dieux, sont ceux par qui s'exécutent toutes les impostures, & tous les enchantemens des Magiciens. Car ceux qui font métier de tromper les hommes, & de leur nuire par les Sciences magiques, servent ces Esprits, & sur tout celui qui est leur Chef; sachant bien qu'ils ont le pouvoir d'imposer aux hommes par des prodiges aparens. C'est d'eux qu'ils tirent les philtres, & tous les autres moyens de faire naître de l'amour. C'est par leurs suggestions qu'ils se rendent infames par l'impureté, par l'avidité du gain, ou de je ne sai quelle gloire, mais principalement, par les fourberies, qui sont le plus particulier caractére de ces Esprits, comme il paroît en ce qu'eux & leur Chef, veulent passer pour Dieux.» Ensuite parlant des Prêtres d'Égypte, «Ils assurent, dit-il, qu'il y a une certaine espéce d'Esprits, qui sont trompeurs & fins, qui prennent tantôt une forme & tantôt une autre, qui quelquefois veulent être regardez comme Dieux, quelquefois comme Démons, & quelquefois aussi se disent être les ames de personnes mortes: & qui peuvent envoyer aux hommes ou des biens ou des maux. Mais que pour ce qui est des vrais biens, qui sont ceux de l'ame, bien loin de les pouvoir procurer, ils ne les connoissent même pas: mais que tout ce dont ils sont capables, c'est d'abuser de leur loisir, en séduisant, ou en arrêtant ceux qui sont dans le chemin de la vertu: qu'enfin ils sont pleins de faste, & qu'ils n'aiment rien tant que l'odeur des Victimes que l'on brûle.»
Note 2: (retour) Que suivre Platon &c. «Que les autres servent d'autres Dieux, pour nous, atachons-nous au seul Jupiter. Orig. contre Celsus, liv. VIII.

Que les Esprits qui étoient adorez par les Payens, étoient les Démons.

III. Ce n'est pas tout. On peut les jetter encore dans de bien plus grans embarras, en leur montrant, que ces Dieux qu'ils adoraient, étoient de malins Esprits. Cela se recueille, I de ce que ces Esprits soufroient patiemment l'honneur que les Payens leur faisoient, sans jamais les renvoyer à celui qui étoit le commun Maître des uns & des autres; & de ce qu'ils s'oposoient même de toutes leurs forces à ce qu'il fût adoré, ou que du moins ils tâchoient de partager également avec lui les honneurs de l'Adoration. II. Cela paroît encore parce qu'ils ont suscité les plus terribles traverses aux Adorateurs d'un seul Dieu, & ont animé à leur perte & les Peuples & les Magistrats. Pendant que d'un côte les Poëtes chantoient impunément les parricides & les adultéres de leurs Dieux; que les Épicuriens nioient la Providence; que toutes les Sectes les plus oposées du Paganisme se toléroient mutuellement, & se donnoient la main les unes aux autres; que Rome recevoit également les Cérémonies & les Dieux des Égyptiens; des Phrygiens, des Grecs, & des Peuples de l'Etrurie: les seuls Juifs étoient l'objet de leurs railleries, de leurs Satyres, & d'une haine qui alloit quelquefois jusqu'à les bannir de la Société; & leur fureur contre les Chrétiens ne se pouvoit assouvir que par les derniers suplices. On ne peut rendre, sans doute, d'autre raison de cette inégalité, sinon que ces Religions ne reconnoissoient qu'un seul Dieu, de l'honneur duquel les Dieux du Paganisme étoient beaucoup plus jaloux, que chacun en particulier ne l'étoit de celui que les autres Dieux recevoient. III. Cela paroît enfin par la nature du culte que les Payens leur rendoient, qui étoit si contraire à la vertu & à l'honnêteté, qu'il ne pouvoit que choquer un esprit sage & vertueux. Toutes les plus grandes inhumanitez, & les saletez les plus grossiéres y entroient. On leur immoloit des hommes: 3on couroit nud dans leurs Temples: on célébroit en leur honneur des jeux qui n'avoient rien en eux-mêmes qui portât à la piété: 4on les honoroit par des danses impures & lascives. Et c'est ainsi qu'aujourd'hui encore les Payens de l'Amérique & de l'Afrique servent leurs Divinitez.

Note 3: (retour) On couroit nud dans leurs Temples. Par exemple dans la Fête des ALupercales.
Note A: (retour) Fête de Pan Dieu des Pasteurs.
Note 4: (retour) On les honoroit par des danses &c. comme dans les Fêtes de Flore.

Mais qu'est-il besoin de prouver aux Payens que leurs Dieux n'étoient autre chose que les Démons; puis qu'il y a eu autrefois, & qu'il y a encore présentement des Peuples qui en font hautement profession. C'est sous cette idée que les Perses adoroient Arimanius. Les Grecs servoient leurs Cacodémons, ou, mauvais Démons. Les Romains avoient leur méchant Jupiter, aussi bien que leur Jupiter très-bon & très-grand: & quelques Nations de l'Éthiopie & des Indes rendent leurs hommages à des Dieux qu'elles conçoivent comme malfaisans.

Impiété de ce Culte.

IV. Après avoir prouvé une chose si flétrissante pour le Paganisme, il faut en montrer l'impiété & l'horreur. Le Service religieux n'est autre chose qu'un acte de l'esprit par lequel il reconnoit une bonté infinie dans l'objet de son adoration. Ainsi le culte des Démons n'est pas seulement absurde & contradictoire; mais il contient aussi une rebellion manifeste, qui prive le Dieu souverain de l'honneur qui lui est du, pour le déférer tout entier à ses Sujets révoltez & à ses Ennemis. Car ce seroit une extravagance, que de se promettre l'impunité de cette félonnie, sous prétexte que Dieu est souverainement bon. 5La clémence a ses bornes, qu'elle ne peut passer sans dégénérer en une véritable molesse. Et lors que l'outrage est excessif, la Justice ne seroit plus Justice, si elle ne le punissoit. Les Payens ne raisonnent pas plus sagement, lors qu'ils fondent le service qu'ils rendent volontairement aux Démons, sur ce qu'ils craignent les éfets de leur malice. L'Être suprême étant souverainement communicatif, par cela-même qu'il est souverainement bon, c'est lui qui doit produire, & qui produit en éfet, tous les autres Êtres. S'il les produit, il a donc sur eux le droit absolu qu'un Ouvrier a sur ses ouvrages: & par conséquent ils ne peuvent rien faire que ce qu'il ne veut pas empêcher. Cela posé, il est évident que celui qui est sous la protection du Dieu souverain & infiniment bon, ne doit plus rien apréhender de la part de ces malins Esprits, que ce que Dieu, par un principe même de bonté, veut bien permettre qu'il en soufre. Ajoûtons à cela que ces Esprits ne peuvent rien acorder à l'homme, qui ne lui doive être fort suspect, & qu'il ne doive même me rejetter. Jamais ceux qui se conduisent par un principe de malignité ne sont plus à craindre, que lors qu'ils se revêtent d'une aparence de bonté. Et quelqu'un a fort bien remarqué que les présens des ennemis cachent toûjours quelque perfidie.

Note 5: (retour) La clémence a ses bornes. Tertull. contre Marcion liv. I. comment aimez-vous, si vous ne craignez pas de ne point aimer?

Contre le culte que les Payens rendoient aux Héros après leur mort.

V. Il y a eu de tout temps des Payens, & l'on en voit encore, qui font profession d'adorer des Héros après leur mort. Mais I. ils eussent dû distinguer ce culte de celui du Dieu souverain, par des caractéres évidens. II. Les priéres qu'ils leur adressoient étoient vaines & inutiles, si les Esprits de ces Héros ne pouvoient les exaucer. Or ils n'avoient aucune certitude que ces Esprits le pussent, & ils n'avoient pas plus de raison de les en croire capables, qu'ils en avoient du contraire. III. Mais ce qu'il y a de plus vicieux dans ce culte, c'est qu'ils le rendoient à des hommes qui pendant leur vie avoient été souillez de diférens crimes. Bacchus avoit été un homme plongé dans les débauches du vin. Hercule avoit aimé les femmes. Romulus & Jupiter avoient donné des marques d'un coeur dénaturé; l'un par le meurtre de son frére; & l'autre par celui de son pére. Les hommages qu'on leur rendoit ne pouvoient donc que deshonorer infiniment le vrai Dieu, en outrageant la Sainteté qui lui est si chére, 6& en autorisant, par les principes sacrez de la Religion, des crimes qui d'eux-mêmes n'ont que trop de charmes pour des coeurs naturellement corrompus.

Note 6: (retour) &c. S. Cyprien, lettre: les crimes qu'ils commettent à l'exemple de leurs Dieux, deviennent par là des crimes sacrez. S. Aug. lett, CLII. «Rien n'est plus capable de troubler la Société & de corrompre les moeurs, que l'imitation des Dieux tels que sont ceux des Payens, selon l'idée qu'ils en donnent eux-mêmes.»