Autriche, § 152, 411; Allemagne, § 223; Autriche, § 85, 468; Allemagne, § 303; Ordonnance de police autrichienne; Allemagne, Code pénal, § 300; mauvais traitements sur les animaux.
À côté de l'assassinat par volupté, que nous avons traité dans le chapitre précédent, on rencontre aussi des manifestations plus atténuées des penchants sadistes, telles que les piqûres jusqu'au sang, la flagellation, la souillure des femmes, la flagellation des garçons, les mauvais traitements sur des animaux, etc. La signification lourdement dégénérative de ces cas ressort clairement des observations analysées dans le chapitre de la pathologie générale de ce livre. Les dégénérés intellectuels de ce genre, s'ils sont incapables de dompter leurs envies perverses, ne peuvent être que l'objet d'un internement dans un asile d'aliénés.
Observation 185.—X..., vingt-quatre ans, parents sains, deux frères morts de la tuberculose, une sœur souffre de crises périodiques. À l'âge de huit ans, X... éprouvait déjà une singulière sensation de volupté avec érection toutes les fois qu'à l'école il pressait son abdomen contre le banc.
Il se procura souvent ce plaisir. Plus tard masturbation mutuelle avec un camarade d'école. La première éjaculation a eu lieu à l'âge de treize ans. Au premier essai de coït qu'il fit à l'âge de dix-huit ans, il fut impuissant. Il continue l'auto-masturbation; il est atteint d'une neurasthénie grave, après la lecture d'un ouvrage populaire qui décrivait les suites funestes de l'onanisme. Il s'améliore par l'hydrothérapie. En renouvelant un essai de coït, il est de nouveau impuissant. Retour à la masturbation. Celle-ci échoue avec le temps. Alors X... saisit des oiseaux vivants par le bec et les agite en l'air. L'aspect de l'animal torturé produit l'érection tant désirée. Aussitôt que l'animal touche avec la pointe de ses ailes le pénis, il y a éjaculation avec grande volupté. (Dr Wuchholtz, Friedreichs Blætter f. ger. Med., 1892, fasc. 6, p. 136.)
Observation 186 (Sadisme commis sur des garçons et des filles par un idiot moral).—K... quatorze ans et cinq mois, tue un petit garçon d'une manière cruelle. L'enquête constate, outre deux cas d'homicide, une série de sept cas dans lesquels K... a cruellement torturé des petits garçons. Tous ces enfants avaient entre sept et dix ans. K... les attirait dans un endroit désert, les déshabillait complètement, leur liait les mains et les pieds, les attachait solidement à un objet quelconque, leur bâillonnait la bouche avec un mouchoir et les battait avec un bâton, une courroie ou un bout de corde, en donnant des coups mesurés, laissant des intervalles d'une minute entre chaque coup et «souriant» pendant ce temps, sans prononcer une seule parole. Il força en le menaçant de mort un de ces garçons de dire deux fois le Pater noster, de jurer de garder le silence et ensuite de répéter des blasphèmes qu'il lui dictait. Dans un autre fait, qui a eu lieu plus tard, il donne des coups d'épingle à la joue du garçon, joue avec les parties génitales de cet enfant et lui fait aussi des piqûres dans cet endroit du corps et autour; il le fait coucher sur le ventre, piétine sur lui, le pique et le mord aux nates. Un autre garçon est mordu au nez, et reçoit plusieurs coups de couteau. La huitième de ses victimes est une petite fille qu'il attire dans le magasin de sa mère. Là il l'assaille par derrière, lui ferme la bouche d'une main tandis que de l'autre il lui coupe la gorge.
On retrouve le cadavre dans un coin, couvert de cendres et de fumier; la tête est séparée du corps, la chair détachée des os, le corps couvert de nombreuses blessures et d'incisions. La plus grande incision, blessure béante, se trouve du côté intérieur de la cuisse gauche, traversant les parties génitales jusqu'à la cavité du ventre. Une autre incision s'étend de la fosse iliaque en sens oblique à travers l'abdomen. Les vêtements et le linge sont coupés en morceaux et déchirés.
Le cadavre de la neuvième victime avait la gorge coupée, le sang avait coulé des yeux, le cœur était transpercé de coups nombreux. Nombre de coups de couteau avaient pénétré dans la cavité du ventre. Le scrotum était ouvert, les testicules étaient coupés de même que le pénis.
K... avait attiré le garçon de la même manière que la fille; il lui avait coupé d'abord la gorge et ensuite porté les coups de couteau.
K..., sur les antécédents duquel on n'a aucun renseignement, fut gravement malade pendant toute la première année de sa vie; il était alors maigre comme un squelette. Dans la deuxième année de sa vie, il se remit peu à peu, sauf qu'il se plaignait souvent de maux de tête et d'yeux, de vertiges; il aurait été bien portant jusqu'à l'âge de onze ans, alors il eut une «maladie grave» avec délire. Parfois, les maux de tête le prenaient subitement, de telle sorte qu'il interrompait brusquement ses jeux, et qu'il n'y pouvait retourner qu'après un certain laps de temps. Quand on l'interrogeait dans ces moments, il ne répondait qu'à voix basse et lente: «Oh, ma tête! ma tête!»
C'était un enfant indocile, peu obéissant et réfractaire à toute éducation. Il montrait des changements brusques dans son état d'esprit, ses désirs et ses idées. À l'âge de trois ans, on le surprit un jour, au moment où il torturait, à coups de couteau un petit poulet. Il raconte des fables avec l'air d'une véracité parfaite. À l'école il dérange les autres, fait des grimaces, murmure sans cesse, est récalcitrant et manque de respect au maître. Il considère toute correction comme une injustice. Mis à l'école de correction, il se tient à l'écart des autres élèves, s'occupe de lui-même, est méfiant, détesté par ses camarades, n'a pas d'amis. Ses facultés intellectuelles sont bonnes; on convient qu'il a une intelligence claire, de la perspicacité et une bonne mémoire. Au point de vue éthique, cependant, il se montre très défectueux. Il ne manifeste pas la moindre douleur, ni le moindre repentir de ses actes; il n'a aucune conscience de la responsabilité. Pour sa mère seule, il a quelque chose comme une velléité de tendresse. Il n'attache aucune importance particulière à ses crimes. Il pèse froidement ses chances et se dit qu'on ne pourra pas le condamner à mort puisqu'il n'a que quatorze ans; il sait que jusqu'ici ce n'est pas l'usage de pendre des garçons de quatorze ans, et, ajoute-t-il, ce n'est pas avec lui qu'on commencera à rompre avec la tradition. Quant au mobile de ses actes on ne peut obtenir aucune explication de K... Une fois, il prétend qu'à la suite de la lecture de récits sur les tortures que les prisonniers des Peaux-Rouges avaient à subir, il s'enquit de ces cruautés et fut poussé à les imiter. Il avait même, pour cette raison, voulu un jour s'enfuir et aller chez les Indiens de l'Amérique. Quand il se désignait une victime il avait toujours l'imagination remplie de scènes et d'actes de cruauté.
Le matin de ces jours-là, il s'était toujours réveillé avec du vertige et la tête lourde, et cela durait toute la journée.
Comme anomalies physiques, il n'y a que le volume considérable du pénis et des testicules. Le mons Veneris montre un système pileux complet; toutes les parties génitales ont les proportions et le développement de celles d'un homme adulte. On ne peut trouver des symptômes indiquant l'existence de l'épilepsie. (Dr Mac-Donald, Clark University Mass.)
Observation 187 (Assassinat par sadisme).—Homme marié, âgé de trente ans à l'époque de son dernier crime, c'est-à-dire au moment de la découverte. Il avait attiré une fille dans un clocher de l'église dont il était sacristain et l'y avait tuée. Devant les preuves et les indices, il avoua avoir commis encore un autre assassinat, analogue à celui-ci.
Les deux cadavres avaient de nombreuses blessures sur les parties molles de la tête, blessures causées par un instrument contondant, des enfoncements des os du crâne, des effusions de sang sous la dure-mère et dans le cerveau. Les deux cadavres n'avaient pas de blessures sur les autres parties du corps; les parties génitales particulièrement étaient intactes.
Sur le linge du criminel, qui a été arrêté bientôt après le crime, on a trouvé des taches de sperme. On décrit L... comme ayant un extérieur sympathique; il est brun, imberbe. On n'a aucun renseignement sur ses conditions héréditaires, ni sur ses antécédents, ni sur sa vita sexualis ante acta, etc.
Il donne comme mobile: «volupté de la forme la plus cruelle et la plus abominable.» (Dr Mac-Donald, Clark University Mass.)
Le masochisme114 aussi, peut, dans certaines circonstances, avoir une portée médico-légale, car le droit criminel moderne ne reconnaît plus le principe du volenti non fit injuria et le Code pénal autrichien, actuellement en vigueur, dit expressément dans son article 4: «Des délits sont commis aussi sur des personnes qui demandent elles-mêmes à être endommagées par l'acte du délit.»
Note 114: (retour)Ainsi que le fait remarquer Herbst (Handb. des oesterr. Strafrechts, Vienne 1878, p. 72), il y a pourtant des délits qui n'existent qu'à défaut du consentement de l'endommagé et qui, par conséquent, n'existent pas dans le cas où la personne qui paraît comme la partie lésée a consenti à l'acte, par exemple, à un vol, au viol.
Herbst range aussi dans la catégorie de ces actes la restriction de la liberté personnelle.
Dans ces derniers temps il s'est produit un changement important dans la façon d'envisager ce point. Le Code pénal allemand considère pour le cas d'homicide le consentement de la victime comme un fait si important qu'il inflige à la suite de cette circonstance une peine beaucoup plus atténuée (art. 216). De même le projet du Code pénal autrichien (§ 222). On a songé à ce propos aux doubles suicides des couples amoureux. Pour les coups et les blessures, ainsi que pour les séquestrations, le consentement de la personne lésée devra trouver chez le magistrat des égards analogues. Pour juger de la vraisemblance d'un pareil consentement qu'on pourrait invoquer, la connaissance du masochisme est en tout cas d'une certaine importance.
Au point de vue psychologique et médico-légal les faits de servitude sexuelle offrent un intérêt beaucoup plus grand. Quand la sexualité est trop puissante, éventuellement captivée par un charme fétichiste et que la force morale de résistance est minime, une femme rancunière ou rapace, au pouvoir de laquelle l'homme est tombé par passion amoureuse, peut pousser son amant aux crimes les plus graves. Le cas suivant en est un exemple digne d'être retenu.
Observation 188 (Assassinat de sa propre famille par servitude sexuelle).—N..., fabricant de savons à Catane, âgé de trente-quatre ans, autrefois de bonne réputation, a, dans la nuit du 21 décembre 1886, tué à coups de poignard sa femme, qui dormait à côté de lui, et étranglé ses deux filles, dont l'aînée avait sept ans et la cadette six semaines. N... nia d'abord, et essaya de détourner les soupçons sur un autre; ensuite il fit des aveux complets et pria les magistrats de le faire exécuter.
N..., issu d'une famille tout à fait saine, autrefois bien portant, négociant respecté et très capable, vivant en bon ménage, se trouvait, depuis des années, sous l'influence fascinatrice d'une maîtresse qui savait l'attirer à elle, et qui le dominait entièrement.
Il a pu tenir secrets ces rapports et devant le monde et devant sa femme.
En provoquant sa jalousie et en lui déclarant qu'il ne pourrait conserver la possession de ses faveurs qu'en l'épousant, ce monstre de femme a su pousser son amant, faible de caractère et fou d'amour, à assassiner son épouse et ses enfants. Après l'acte, N... força son petit neveu à le ligotter comme si lui-même avait été victime des assassins, et il imposa le silence au petit garçon en le menaçant de le tuer. Quand les gens arrivèrent, il joua le rôle d'un père de famille malheureux et victime d'un guet-apens.
Après ses aveux, il manifesta un profond repentir. Pendant les deux années de l'instruction judiciaire et à l'audience publique, N... ne présenta jamais de symptômes de troubles mentaux.
Il ne pouvait s'expliquer que par une sorte de fascination sa passion folle pour la catin en question. Il n'a jamais eu à se plaindre de sa femme. On ne trouva aucune trace d'un instinct génital anormalement fort, ni d'une tendance perverse chez ce criminel passionnel et exceptionnel. Son repentir et sa mortification prouvaient qu'il n'était pas non plus défectueux moralement. Preuve de facultés mentales intactes. Exclusion de toute impulsion irrésistible. (Mandalari, Il Morgagni, 1890, février.)
Il va de soi que la responsabilité, dans ce cas horrible et dans beaucoup d'autres analogues, ne peut pas être contestée. Dans l'ordre actuel des choses, l'analyse plus subtile des motifs d'un acte est hors de la portée des profanes et les juristes se tiennent systématiquement à l'écart de toute psychologie en raison d'un formalisme logique. Il n'y a pas lieu de supposer que la servitude sexuelle soit appréciée par des magistrats et des jurés, d'autant moins que dans ce cas le mobile de l'acte criminel n'est pas de nature morbide et que l'intensité d'un mobile en elle-même ne saurait être prise en considération.
Toutefois on devrait, dans de pareils cas, examiner et peser s'il y a encore sensibilité aux contre-motifs moraux ou si cet élément a été éliminé, ce qui indiquerait un déséquilibrement de l'état psychique.
Sans doute, dans ces cas, il s'est produit une sorte de faiblesse morale acquise qui influe sur la responsabilité. Dans les délits d'instigation, la servitude sexuelle devrait toujours être comptée comme une raison pour l'admission des circonstances atténuantes.
Autriche, § 190; Allemagne, § 219 (vol à main armée); Autriche, § 171 et 460; Allemagne, § 212 (vol).
Il ressort du chapitre de pathologie générale qui est consacré au fétichisme, que le fétichisme pathologique peut devenir quelquefois la cause de délits. Jusqu'ici on connaît, comme délits de ce genre: le fait de couper les nattes de cheveux (observations 78, 79, 80); le vol à main armée ou le simple vol de linges de femmes, mouchoirs, tabliers (observations 82, 83, 85, 86), souliers de femmes (observations 67, 87, 88), étoffes de soie (observation 93). Il n'y a pas à douter que les auteurs de ces actes soient psychiquement tarés. Mais pour pouvoir admettre le manque de libre arbitre et, par conséquent, l'irresponsabilité, il est absolument nécessaire de fournir la preuve qu'il y a une contrainte irrésistible soit dans le sens d'un acte impulsif, soit par une débilité d'esprit qui a mis l'individu dans l'impossibilité de dompter son penchant pervers et criminel.
Toutefois, ces délits, ainsi que la forme singulière de leur exécution qui diffère sensiblement d'un vulgaire vol ou vol à main armée, exigent une enquête médico-légale. D'autre part, ils n'ont pas toujours pour cause originaire des circonstances psycho-pathologiques, ainsi que nous le montrent les cas très rares où le coupeur de nattes115 est poussé uniquement par l'âpreté au gain.
Note 115: (retour)D'après le droit autrichien, ce délit pourrait être qualifié de blessure légère et tomber sous le coup du § 411; d'après le droit criminel allemand, il y a dans ce cas coups et blessures. (Comparez Liszt, p. 325.)
Observation 189 (Fétichisme du mouchoir. Vols continuels de mouchoirs de femmes).—D..., quarante-deux ans, valet de ferme, célibataire, a été envoyé par les autorités, le 1er mars 1892, à l'asile du district de Deggendorff (Bavière) pour que son état mental y soit soumis à l'observation médicale.
D... est un homme de grande taille, 1m,62, fort et gras. Le crâne est sub-microcéphale, l'expression de la figure fate. L'expression des yeux est névropathique. Les organes génitaux sont tout à fait normaux. Sauf un degré modéré de neurasthénie et d'accentuation du réflexe patellaire, on ne trouve rien d'anormal physiquement du côté du système nerveux.
En 1878, D... a été pour la première fois condamné par la Cour d'assises de Straubing à une peine d'un an et demi de prison pour avoir volé des mouchoirs.
En 1880, il vola dans la cour d'une ferme le mouchoir d'une marchande de volailles; il fut condamné à quinze jours de prison.
En 1882, il essaya, sur la route publique, d'arracher à une fille de paysan le mouchoir que celle-ci tenait à la main. Accusé d'acte de brigandage il fut acquitté sur l'avis du médecin légiste, qui constata une débilité mentale d'un degré très avancé et un trouble morbide des fonctions intellectuelles tempore delicti.
En 1884, la Cour d'assises le condamna à quatre ans de prison pour vol d'un mouchoir commis avec violence et dans les mêmes circonstances que le délit précédent.
En 1888 il tira, dans un marché public, un mouchoir de la poche d'une femme. Il fut condamné à quatre mois de prison.
En 1889 il fut condamné pour un délit de ce genre à neuf mois de prison.
En 1891, idem, dix mois. Pour le reste, la liste de ses condamnations fait mention encore de quelques contraventions et détentions pour port d'armes prohibées et pour vagabondage.
Tous les vols de mouchoirs avaient été sans exception commis au détriment de jeunes femmes ou de filles et, dans la plupart des cas, en plein jour, en présence d'autres personnes, et avec tant de maladresse et si peu de ménagement que le voleur fut toujours immédiatement pris et arrêté. Nulle part, dans les dossiers, on ne trouve d'indice que D... aurait jamais volé d'autres objets, même les plus insignifiants.
Le 9 décembre 1891, D... venait une fois de plus de sortir de prison. Le 14, il fut pris en flagrant délit, au moment où, dans la bousculade d'une foire, il tirait un mouchoir de la poche d'une fille de paysans.
Il fut arrêté sur place et l'on trouva sur lui encore deux mouchoirs blancs de femmes.
Lors de ses arrestations précédentes, on avait aussi trouvé sur D... des collections de mouchoirs de femmes. En 1880, on en a trouvé 32; en 1882, on en a trouvé 17; il en portait 9 autour du corps; une autre fois 25. Lors de son arrestation en 1891, on a trouvé en le fouillant et en visitant son corps 7 mouchoirs blancs.
Dans ses interrogatoires, D... invoquait toujours comme mobile de ses vols qu'il se trouvait dans un état d'ébriété prononcée, et qu'il n'avait voulu faire qu'une plaisanterie.
Quant aux mouchoirs qu'on trouva sur lui, il prétendit les avoir en partie achetés, en partie troqués contre d'autres objets, ou les avoir reçus en cadeau des filles avec lesquelles il avait eu des rapports.
Pendant la période d'observation D... paraît intellectuellement très borné, en même temps qu'il y a chez lui une déchéance due au vagabondage, à l'ivrognerie et à la masturbation: mais au fond il est de bon caractère, docile et pas du tout réfractaire au travail.
Il ne sait rien de ses parents; il a grandi sans aucune éducation ni aucune surveillance; étant enfant, il subvenait à sa vie en mendiant; à l'âge de treize ans, il est devenu valet d'écurie et, à l'âge de quatorze ans, on abusa de lui pour des actes de pédérastie. Il affirme avoir senti son instinct génital très tôt et d'une manière puissante; il a commencé très tôt à faire le coït et il pratiquait en outre la masturbation. À l'âge de quinze ans, un cocher lui apprit qu'on pourrait se procurer un grand plaisir avec des mouchoirs de jeunes femmes en se les appliquant ad genitalia. Il essaya et trouva que le dire du cocher s'était pleinement confirmé; à partir de ce moment il essaya par tous les moyens de se procurer de ces mouchoirs. Son penchant devenait si puissant qu'aussitôt qu'il apercevait une femme qui lui était sympathique et qui tenait un mouchoir à la main ou assez visiblement dans sa poche, il était, en sentant une violente émotion sexuelle, saisi par l'impulsion de se presser contre cette personne et de lui voler son mouchoir.
À jeun il lui était presque toujours possible de résister à ce penchant, par la crainte d'encourir une condamnation. Mais, quand il avait bu, sa force de résistance disparaissait. Déjà pendant son service militaire, il s'était fait donner des mouchoirs par des jeunes filles ou des femmes qui lui plaisaient et il les avait troqués contre d'autres après s'en être servi pendant quelque temps.
Quand il passait la nuit chez une fille, il échangeait toujours son mouchoir avec elle. À plusieurs reprises il avait acheté des mouchoirs pour les échanger chez des femmes.
Tant que les mouchoirs étaient neufs et n'avaient pas encore servi, ils ne produisaient sur lui aucun effet. Ils ne l'excitaient sexuellement qu'après qu'ils avaient été portés par des filles.
Il ressort du dossier de son procès que souvent, pour mettre des mouchoirs neufs en contact avec des femmes, il en avait à plusieurs reprises mis sur le chemin où des femmes devaient passer et avait essayé de les forcer à marcher dessus. Une fois il assaillit une fille, lui pressa son mouchoir sur le cou et se sauva ensuite.
Quand il était en possession d'un mouchoir qui avait été touché par une femme, il se produisait chez lui de l'érection et de l'orgasme. Il passait alors le mouchoir ad corpus nudum, de préférence ad genitalia, et obtenait alors une éjaculation satisfaisante.
Il n'a jamais demandé le coït aux femmes; d'une part parce qu'il «craignait un refus, mais surtout parce qu'il aimait mieux le mouchoir que la femme».
D... ne fait ces aveux qu'avec beaucoup de réticences et par petits morceaux. Plusieurs fois il se met à pleurer et déclare qu'il ne veut pas continuer à parler, parce que cela le fait rougir. Ce n'est pas un voleur; il n'a jamais volé, pas même pour la valeur d'un sou, même quand il se trouvait dans la plus grande misère. Il n'a jamais pu se décider à vendre les mouchoirs.
Il affirme avec un accent très sincère et parti du cœur: «Je ne suis pas méchant garçon. Seulement quand je fais de ces bêtises-là, je suis tout sens dessus dessous.»
L'excellent rapport fait par l'administration de l'asile appuie sur le fait que les délits ont été commis sous l'influence d'une impulsion morbide et irrésistible qui repose sur la prédisposition anormale du sujet; il constate aussi une débilité mentale peu prononcée. Acquittement sur l'accusation de vol.
Code autrichien, § 128, 132; Projet autrichien, § 189, 191; Code allemand, § 114, 176.
Par débauche (souillure, outrage) avec des individus non encore mûrs sexuellement, le législateur comprend toutes sortes d'actes d'impudicité commis sur des personnes au-dessous de quatorze ans, et qu'on ne peut pas qualifier comme des viols. L'expression «débauche», dans le sens juridique du mot, réunit toutes les aberrations désolantes et toutes les plus grandes abominations dont un homme embrasé par la volupté, d'une morale faible et souvent aussi d'une puissance sexuelle faible, est seul capable.
Un caractère commun à ces délits de mœurs commis sur des individus qui appartiennent plus ou moins encore à l'enfance, c'est leur manque de virilité, leur caractère de friponnerie et souvent d'ineptie. En effet, à part les êtres pathologiques, représentés par les imbéciles paralytiques, et les individus tombés dans l'imbécillité sénile, ce genre de délits est commis presque exclusivement par des gens très jeunes qui n'ont pas encore confiance dans leur courage et leur puissance, ou par des débauchés qui sont devenus plus ou moins impuissants. Il est absolument inimaginable qu'un adulte, en pleine possession de sa puissance sexuelle et de ses facultés mentales, puisse trouver plaisir à la débauche avec des enfants.
L'imagination du débauché, dans la mise en scène active ou passive des actes d'impudicité, est excessivement féconde, et l'on peut se demander si, par l'énumération suivante des actes parvenus jusqu'ici à la connaissance des hommes de loi, on ait épuisé tous les cas possibles capables de se produire dans ce domaine.
Dans la plupart des cas, l'impudicité consiste en attouchements voluptueux (selon les circonstances, flagellation116), manustupration active, entraînement des enfants à la débauche en se servant d'eux pour la masturbation ou pour l'attouchement voluptueux.
Note 116: (retour)Pour les cas précis, voir Friedreichs Blætter, f. ger. Anthropologie, 1859, III, p. 77.
Parmi les délits plus rares sont le cunnilingus, irrumare sur des garçons ou des filles, pædicatio puellarum, coitus inter femora, exhibition.
Dans un cas rapporté par Maschka (Handb., III, p. 174), un jeune homme fit danser dans sa chambre des petites filles nues, de huit à douze ans, il les fit sauter, uriner devant lui jusqu'à ce qu'il en eût de l'éjaculation.
L'abus des garçons par des femmes voluptueuses n'est pas rare non plus; ces femmes procèdent avec les enfants à une conjunctio membrorum pour se satisfaire par la friction, ou bien elles cherchent à se procurer de la satisfaction en se faisant masturber117.
Note 117: (retour)Les cas cités par Maschka, Handbuch, III, p. 175.—Caspers, Vierteljahreschrift, 1852, t. 1.—Tardieu, Attentats aux mœurs.
Un des exemples les plus abominables a été observé par Tardieu. Des servantes, d'accord avec leurs amants, ont masturbé des enfants qui leur avaient été confiés, ont fait le cunnilingus avec une fille de sept ans, lui ont introduit des carottes et des pommes de terre in vaginam et aussi dans l'anus d'un garçon de deux ans.
Observation 190.—L..., soixante-deux ans, lourdement taré, masturbateur, prétend n'avoir jamais fait le coït, mais avoir souvent pratiqué la fellatio. Il est à l'asile d'aliénés pour paranoia. Son plus grand plaisir était d'attirer chez lui des filles de dix à quatorze ans et de pratiquer sur elles le cunnilingus et d'autres horreurs. Il éjaculait alors avec orgasme.
La masturbation ne lui procurait pas une satisfaction aussi grande et ne lui donnait de l'éjaculation que fort difficilement. Faute de mieux il était aussi fellator virorum et occasionnellement exhibitionniste. Phimosis. Crâne asymétrique. (Pélanda, Arch. di Psichiatria, X, fascic. 3.)
Observation 191.—X..., prêtre, quarante ans, fut accusé d'avoir attiré à lui des filles de dix à treize ans, de les avoir déshabillées, d'avoir fait sur elles des attouchements voluptueux et de s'être, après ces procédés, finalement masturbé.
Il est taré, onaniste dès son enfance, imbécile moralement; de tout temps il fut sexuellement très excitable. Le crâne est un peu petit. Pénis d'une grandeur extraordinaire; symptômes d'hypospadias. (Idem.)
Observation 192.—K..., vingt-trois ans, joueur d'orgue de Barbarie, est accusé et convaincu d'avoir à plusieurs reprises attiré des garçons, parfois aussi des petites filles, et d'avoir, dans un lieu écarté, pratiqué avec ces enfants des actes d'impudicité (masturbation mutuelle, fellatio puerorum, attouchements des parties génitales des petites filles).
K... est un imbécile; il est aussi rabougri au physique, il a à peine 1m,5 de taille; crâne rachitique, hydrocéphale, avec des dents écartées l'une de l'autre, défectueuses, irrégulières.
Des lèvres épaisses, une mine abêtie, un langage bègue, des attitudes maladroites complètent l'image de la dégénérescence physique et intellectuelle. K... se comporte comme un enfant qui a été surpris pour une gaminerie.
Barbe à peine perceptible. Parties génitales bien et normalement développées.
Il a une idée vague d'avoir commis quelque chose d'inconvenant, mais il ne se rend pas compte de la portée morale, sociale et judiciaire de ses actes.
K... est né d'un père adonné à l'ivrognerie et d'une mère qui est devenue folle par suite des mauvais traitements qu'elle dut subir de la part de son mari; elle est morte à l'asile d'aliénés.
Dans les premières années de sa vie, K... devint presque complètement aveugle à la suite d'abcès de la cornée; à partir de l'âge de six ans, il fut mis chez une femme subventionnée par l'Assistance publique; devenu plus grand, il gagnait pauvrement sa vie comme joueur d'orgue de Barbarie.
Son frère est un vaurien; lui-même passait pour un homme grincheux, querelleur, méchant, capricieux et irritable.
Le rapport releva particulièrement l'arrêt de développement intellectuel, moral et physique de l'inculpé.
Malheureusement, il faut convenir que les plus abominables de ces délits de mœurs sont précisément commis par des personnes saines d'esprit, qui, trop rassasiées des plaisirs sexuels, ou par lubricité et brutalité, souvent aussi pendant l'ivresse, oublient à ce point leur dignité d'hommes.
Mais une grande partie de ces faits procèdent d'un fondement morbide. C'est surtout le cas chez les vieillards118 qui deviennent séducteurs de la jeunesse.
Je me rallie absolument à l'avis de Kirn qui, pour ces cas, croit dans toute circonstance une exploratio mentalis nécessaire; car souvent on peut établir le réveil d'un instinct génital pervers d'une violence morbide et indomptable, réveil d'instinct qui peut être le phénomène partiel d'une dementia senilis.
Note 119: (retour)Je me conforme au langage généralement en usage, en traitant la bestialité et la pédérastie sous la désignation commune de sodomie. Dans la Genèse (chapitre XIX) où ce terme a pris son origine, il désigne exclusivement le vice de pédérastie. Plus tard on a appliqué le mot de sodomie au vice de bestialité. Les théologiens moralistes, comme saint Alphonse de Ligori, Gury et autres, ont toujours judicieusement, c'est-à-dire dans le sens de la Genèse, fait la distinction entre: sodomia i. e. concubitus cum persona ajusdem sexus et bestialitas i. e. concubitus cum bestia. (Comparez Olfers, Pastoralmedicin, p. 73.)
Les Juristes ont porté la confusion dans la terminologie en admettant une sodomia ratione sexus et une sodomia ratione generis. La science devrait cependant ici se déclarer comme l'ancilla theologiæ, et revenir à l'usage juste des termes.
Code autrichien, § 129, Projet, § 190. Code allemand, § 175.
a) Bestialité120.
Note 120: (retour)Pour notes historiques intéressantes, v. Krauss, Psych. des Verbrechens, p. 130; Mashka, Hdb. III, p. 188; Hoffmann, Lehrb d. ger. Med., p. 180; Rosenbaum, Die Lustseuche, 3e édition, 1842.
La bestialité, quelque monstrueuse et répugnante qu'elle puisse paraître à tout homme honnête, ne tire pas toujours non plus son origine de conditions psycho-pathologiques. Une moralité tombée à un niveau très bas, une forte impulsion sexuelle qui se butte à des obstacles pour la satisfaction naturelle, sont peut-être les principales raisons de cette satisfaction contre nature qu'on rencontre aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
Nous savons par Polak qu'en Perse elle tire souvent son origine de l'idée fixe qu'on peut, par l'acte sodomique, se débarrasser de la gonorhée; de même qu'en Europe, cette croyance est encore très répandue qu'on peut, en faisant le coït avec une petite fille, se guérir du mal vénérien.
L'expérience nous a montré que la bestialité n'est pas un fait rare dans les étables de vaches et les écuries de chevaux. À l'occasion, un individu peut s'en prendre aussi aux chèvres, aux chiennes, et même aux poules, comme nous l'apprennent un cas rapporté par Tardieu et un autre par Schauenstein (Lehrb., p. 125).
On connaît l'ordre donné par Frédéric le Grand au sujet d'un cavalier qui avait sodomisé une jument: «Ce gaillard est un cochon, il faut le mettre dans un régiment d'infanterie.»
Les rapports des individus féminins avec des animaux se bornent aux relations avec des chiens. Un exemple monstrueux de la dépravation morale dans les grandes villes, est le cas rapporté par Maschka (Handb. III) d'une femme qui, à Paris, en petit comité, contre une entrée payée, se montrait devant des débauchés et se laissait couvrir par un bulldogue dressé à cette fonction!
Les tribunaux jusqu'ici n'ont pas prêté attention à l'état mental des sodomistes et n'en ont guère tenu compte.
Dans plusieurs cas, parvenus à la connaissance de l'auteur, il s'agissait de gens débiles d'esprit.
Le sodomiste de Schauenstein aussi était un aliéné. Le cas de bestialité suivant est évidemment dû à des conditions morbides. Il s'agit d'un épileptique. Le penchant sexuel pour les animaux apparaît ici comme un équivalent de l'instinct génital normal.
Observation 193.—X.... paysan, quarante ans, grec orthodoxe. Le père et la mère étaient de forts buveurs. À partir de l'âge de cinq ans, le malade a eu des accès épileptiques: il tombe par terre et perd conscience; il reste immobile pendant deux ou trois minutes; alors il se relève et se met à courir sans savoir ou, les yeux grands ouverts. À l'âge de dix-sept ans, réveil de l'instinct génital. Le malade n'a de penchants sexuels ni pour les femmes, ni pour les hommes, mais bien pour les animaux (oiseaux, chevaux, etc.). Il fait le coït avec des poules, des canards, plus tard avec des chevaux, des vaches. Ne s'est jamais masturbé.
Le malade est peintre d'images religieuses, très borné d'esprit. Depuis des années, paranoia religieuse avec états d'extase. Il a un amour «inexplicable» pour la Sainte Vierge, pour laquelle il donnerait sa vie. Reçu à la clinique, le malade ne présente pas de tares organiques ni de stigmates de dégénérescence anatomique.
Il a eu de tout temps de l'aversion pour les femmes. Ayant essayé une fois le coït avec une femme, il resta impuissant; en présence des animaux il est toujours puissant. Vis-à-vis des femmes il est toujours pudique. Le coït avec des femmes lui semble presque comme un péché. (Kowalewsky, Jahrb. f. Psychiatrie, VII, fascic. 3.)
Observation 194.—Le 23 septembre 1889, à midi, l'apprenti cordonnier W..., âgé de seize ans, attrapa dans le jardin d'un voisin une oie et fit sur cet animal des actes de bestialité, jusqu'à l'arrivée du voisin. À ses reproches il répondit: «Eh bien! est-ce que l'oie en est malade?» et il s'éloigna sur cette réponse. À l'interrogatoire devant le juge, il avoua le fait, mais il s'excusa en alléguant une absence d'esprit temporaire. Depuis une grave maladie qu'il a eue à l'âge de douze ans, il a plusieurs fois par mois des accès accompagnés de chaleurs à la tête; alors il est très excité sexuellement, ne sait comment se soulager ni ce qu'il fait. C'est dans un de ces accès qu'il a commis l'acte. Il se défendit de la même façon à l'audience publique et prétendit n'avoir appris les species facti que par les assertions du voisin. Le père déclare que W... est originaire d'une famille saine, mais que, depuis qu'il a eu, à l'âge de cinq ans, la scarlatine, il a toujours été maladif et que, à l'âge de douze ans, il a eu une maladie cérébrale avec fièvre. W... avait de bons antécédents; il avait bien appris à l'école et plus tard avait aidé son père dans les travaux de son métier. Il n'était pas adonné à la masturbation.
L'examen médical n'a amené la constatation d'aucune défectuosité morale ou intellectuelle. L'examen du corps a permis de constater que les parties génitales étaient normales. Pénis relativement très développé, augmentation considérable du réflexe du tendon du genou. Pour le reste, constatations négatives.
Il a été établi que l'amnésie tempore delicti n'a pas existé. On n'a pu constater des accès de troubles mentaux à une époque antérieure, et on n'a rien remarqué pendant la période d'observation qui a duré six semaines. Il n'y avait pas de perversion de la vita sexualis. Le rapport médical admit la possibilité d'états organiques provenant d'une maladie du cerveau (fluxion à la tête) ayant pu exercer une influence sur la perpétration de l'acte incriminé. (Puisé dans un rapport médical de M. le docteur Fritsch, à Vienne.)
Observation 195.—(Sodomie impulsive).—A..., seize ans, garçon jardinier; enfant illégitime; père inconnu; mère lourdement tarée, hystéro-épileptique. A... a le crâne et la face difformes, asymétriques; il en est de même du squelette. Il est de petite taille; masturbateur depuis son enfance; toujours morose, apathique, aimant la solitude, très irascible. Ses passions réagissaient d'une façon pour ainsi dire pathologique. C'est un imbécile; au physique, il a beaucoup dépéri, probablement par suite de la masturbation; il est neurasthénique. De plus, il présente des symptômes hystéropathiques (diminution du champ visuel, dyschromatopsie, diminution du sens olfactif et du sens auditif du côté droit, anaesthesia testiculi dextr.).
A... est convaincu d'avoir en partie masturbé, en partie sodomisé des chiens et des lapins. À l'âge de douze ans, il a vu des garçons masturber un chien. Il les imita et ne put, par la suite, s'empêcher de tourmenter de cette façon abominable les chiens, les chats et les lapins qu'il rencontrait. Il sodomisait beaucoup plus fréquemment des lapins femelles, les seuls animaux qui avaient quelque charme pour lui. La nuit tombante, il allait à l'étable à lapins de son maître pour assouvir son horrible passion. On a plusieurs fois trouvé des lapins avec le rectum déchiré. Ses actes de bestialité avaient toujours lieu de la même façon. Il s'agissait de véritables accès qui se produisaient périodiquement, environ toutes les huit semaines, le soir, et toujours avec les mêmes symptômes. A... éprouvait d'abord un grand malaise, une sensation de coups de marteau tombant sur sa tête. Il lui semblait qu'il perdait la raison. Il luttait contre l'idée obsédante qui surgissait et le poussait à sodomiser des lapins, il éprouvait une angoisse croissante et une augmentation des maux de tête au point de ne pouvoir plus les supporter. Arrivé au plus haut degré de cet état, il avait des bourdonnements, une sueur froide lui perlait à la peau, les genoux tremblaient, enfin toute force de résistance s'évanouissait, et il y avait exécution impulsive de l'acte.
L'acte consommé, il est délivré de son angoisse. La crise nerveuse disparaît, il reprend son empire sur lui-même, éprouve une honte profonde de ce qui vient de se passer et redoute le retour de cet état. A... affirme que si, dans cette situation, on le plaçait dans l'alternative de choisir entre une femme et une lapine, il ne pourrait se décider que pour cette dernière. Dans les intervalles aussi, parmi les animaux domestiques, ce sont les lapins seuls qui lui plaisent. Dans ses états d'exception, il lui suffit, pour avoir une satisfaction sexuelle, de presser, d'embrasser, etc., le lapin; mais parfois il tombe dans une telle furor sexualis qu'il lui faut impétueusement sodomiser l'animal.
Ces actes de bestialité, sont les seuls qui puissent le satisfaire sexuellement et c'est pour lui la seule forme possible d'activité sexuelle. A... affirme qu'il n'a jamais eu de sensations voluptueuses; la satisfaction consiste seulement en ce que, par ce moyen, il se délivre de la situation pénible que lui crée une contrainte impulsive.
L'examen médical a pu facilement démontrer que ce monstre était un dégénéré psychique, un malade privé de son libre arbitre, mais non un criminel. (Boeteau, la France médicale, 38e année, nº 38.)
Le cas suivant ne paraît pas être de nature psycho-pathologique.
Observation 196.—Sodomie.—Dans une ville de province, un homme de classe supérieure, âgé de trente ans, a été surpris en rapport sodomique avec une poule. Depuis longtemps, on recherchait le malfaiteur, car les poules de la maison dépérissaient l'une après l'autre.
Le président du tribunal demanda à l'accusé comment il avait pu s'aviser de commettre une action aussi dégoûtante; il se défendit en invoquant la petitesse de ses parties génitales qui lui rendait impossible tout rapport avec des femmes. L'examen médical a, en effet, constaté une exiguïté extraordinaire des parties génitales. Cet individu était tout à fait normal au point de vue intellectuel.
Pas de renseignements ni sur les tares éventuelles, ni sur l'époque du réveil de l'instinct génital, etc. (Gyurkovechky, Männl. Impotenz, 1889, p. 82)
Le Code allemand ne connaît que l'acte d'impudicité entre des personnes masculines. La loi autrichienne va plus loin et vise les actes de ce genre commis entre personnes appartenant au même sexe; par conséquent, l'impudicité entre femmes peut aussi tomber sous le coup de la loi.
Parmi les actes immoraux commis entre individus masculins, la pédérastie (immissio penis in anum) tient le premier rang comme intérêt. La législation a évidemment pensé exclusivement à ce genre de perversité des actes sexuels; d'après les développements des commentateurs les plus autorisés du Code (Oppenhoff, Stgsb, Berlin, 1872, p. 324 et Rudolf et Stenglein, D. Strafgesb f. das Deutsche Reich, 1881, p. 423), l'immissio penis in corpus vivum est un fait requis pour pouvoir établir le crime prévu dans l'article 175.
D'après cette manière de voir, il n'y a pas lieu de poursuivre les autres actes d'impudicité commis entre hommes, à moins que ces actes ne soient compliqués d'une offense publique à la pudeur, ou de l'emploi de la violence, ou du fait qu'ils ont été accomplis sur des garçons au-dessous de quatorze ans. On est revenu ces temps derniers sur cette manière de voir, et on considère que le fait de délit contre nature entre individus de sexe masculin existe quand même il n'y aurait que des actes similaires du coït121.
Note 121: (retour)Un travail sur le caractère délictueux des rapports entre hommes publié dans la Zeitschrift f. d. gesammte Strafrechtswissenschaft, t. VII, fascicule 1, ainsi qu'une étude parue dans Friedreichs Blætter f. gerichtl. Medizin, année 1891, fascic. 6, nous indiquent d'une manière excellente combien subtile et sujette à caution doit être pour le magistrat l'appréciation de ces actes «similaires du coït» pour constater le fait objectif du délit.—Consultez encore le livre de Moll: Inversion sexuelle, et celui de Bernhardt: Der uranismus, Berlin, 1882.
Les études sur l'inversion sexuelle ont mis l'amour homosexuel entre hommes sous un jour tout autre que celui sous lequel se présentaient les délits de mœurs dus à l'inversion, et particulièrement la pédérastie, à l'époque où l'on a élaboré les Codes. Le fait que beaucoup de cas d'inversion sexuelle sont causés par un état psychopathologique, permet d'admettre sans aucun doute que la pédérastie aussi peut être l'acte d'un irresponsable, et c'est pour cette raison qu'on devrait dorénavant, in foro, apprécier non seulement l'acte en lui-même mais aussi tenir compte de l'état mental de l'accusé.
Les idées données au début de ce chapitre peuvent servir ici de règles. Ce n'est pas l'acte, mais seulement le jugement sur l'état anthropologico-clinique de l'auteur qui doit trancher la question de savoir s'il y a perversité criminelle ou perversion morbide de l'esprit et de l'instinct qui, dans certaines circonstances, pourrait exclure toute condamnation.
La première question in foro doit être posée dans ce sens: le penchant sexuel pour les personnes de son propre sexe est-il congénital ou acquis? Et, dans ce dernier cas, il faut examiner si cette tendance représente une perversion morbide ou seulement une aberration morale (perversité).
L'inversion sexuelle congénitale ne se rencontre que chez des individus doués d'une prédisposition morbide (tarés), comme phénomène partiel d'une tare caractérisée par des anomalies anatomiques ou fonctionnelles ou par des anomalies de ces deux genres à la fois. Le cas se dessinera d'autant plus nettement, et le diagnostic sera d'autant plus sûr, que le caractère et la totalité des sentiments de l'individu paraîtront peu conformes à sa singularité sexuelle; qu'il y aura chez lui absence complète d'affection pour l'autre sexe ou même horror pour les rapports hétérosexuels; que cet individu présentera encore dans son impulsion à satisfaire son inversion sexuelle des symptômes d'autres anomalies de la vie sexuelle ainsi qu'une dégénérescence profonde caractérisée par la périodicité de l'impulsion et des actes impulsifs, qu'enfin ce sera un névropathe et un psychopathe.
L'autre question concerne l'état mental de l'uraniste. Si cet état est tel que les conditions de la responsabilité manquent absolument, le pédéraste n'est pas un criminel, mais un aliéné irresponsable.
Ce cas est plus rare chez les uranistes congénitaux. Ordinairement ils présentent tout au plus des troubles psychiques élémentaires qui ne suppriment pas la responsabilité en elle-même.
Malgré cela, la question médico-légale de la responsabilité de l'uraniste n'est pas encore tranchée. L'instinct génital est un des besoins organiques les plus puissants. Aucune législation ne trouve répréhensible en elle-même la satisfaction sexuelle en dehors du mariage; si l'uraniste a un sentiment pervers, ce n'est pas sa faute, mais celle d'une prédisposition anormale. Son désir sexuel peut être très répugnant au point de vue esthétique; mais, envisagé au point de vue morbide de l'uraniste, c'est un désir naturel. Au surplus, chez la majorité de ces malheureux, l'instinct sexuel pervers se manifeste avec une force anormale, et leur conscience ne considère pas leur instinct pervers comme une tendance contre nature. Ils n'ont donc point de contrepoids moraux et esthétiques pour contrebalancer leur impulsion.
Bien des hommes d'une constitution normale sont capables de renoncer à la satisfaction de leur libido sans être atteints dans leur santé par cette abstinence forcée. Beaucoup de névropathes—et les uranistes le sont tous—deviennent malades, quand ils ne peuvent satisfaire leur instinct naturel ou quand cette satisfaction a lieu d'une manière qu'ils considèrent comme perverse.
La plupart des uranistes se trouvent dans une situation pénible. D'un côté, ils ont un penchant anormalement fort pour leur propre sexe, penchant qu'ils sentent comme une loi naturelle et dont la satisfaction leur paraît bienfaisante; d'autre part, il y a l'opinion publique qui flétrit leurs procédés, et la loi qui les menace de condamnations infamantes. D'un côté, des états d'âme tourmentants pouvant aller jusqu'à l'hypocondrie et au suicide, ou au moins conduire à des maladies de nerfs; de l'autre côté, la honte, la perte de leur position sociale, etc. On ne peut contester que cette malheureuse prédisposition morbide crée des cas de contrainte et de force majeure. La société et la loi devraient tenir compte de ces faits: la première, en plaignant ces malheureux au lieu de les mépriser; la dernière, en ne les punissant pas, tant qu'ils restent dans les limites tracées en général pour la manifestation de l'instinct génital.
Comme confirmation de ces vues et de ces réclamations en faveur de ces enfants mal partagés de la nature, nous nous permettons de reproduire ici un mémoire adressé par un uraniste à l'auteur de ce livre; celui qui a écrit les lignes suivantes est un personnage qui occupe une haute position sociale à Londres.
Vous n'avez pas une idée des luttes terribles et continuelles que nous tous, surtout les penseurs et les délicats, avons à soutenir encore aujourd'hui, et combien nous avons à souffrir de l'opinion erronée et presque générale sur notre compte et sur notre prétendue «immoralité».
Votre opinion que ce phénomène doit, dans la plupart des cas, être attribué à une prédisposition morbide congénitale comme cause originaire, pourra peut-être vaincre bientôt les préjugés existants et éveiller de la compassion pour nous autres «malades», en place de l'horreur et du mépris dont nous sommes encore l'objet.
Quelque profondément que je sois convaincu que l'idée que vous défendez est pour nous très avantageuse, je ne puis, dans l'intérêt de la science, accepter sans réserve le mot «morbide», et je me permettrai de vous donner à ce sujet encore quelques explications.
Le phénomène est en tout cas anormal; mais le terme «morbide» a encore une autre signification que je ne trouve pas exacte, du moins dans les nombreux cas que j'ai eu l'occasion d'observer personnellement. Je conviens a priori que, chez les uranistes, les cas de troubles mentaux, de surexcitation nerveuse, etc., peuvent être constatés dans une proportion beaucoup plus considérable que chez les individus normaux. Cette nervosité aiguë est-elle en connexité nécessaire avec la nature du l'uranisme ou ne doit-elle pas, dans la plupart des cas, être attribuée à ce que l'uraniste, par suite de la législation actuelle et des préjugés sociaux, ne peut arriver, comme les autres hommes, à satisfaire, d'une manière simple et aisée, ses penchants sexuels ou génitaux.
Le jeune uraniste, dès qu'il sent les premières émotions sexuelles et qu'il en fait naïvement part à ses camarades, s'aperçoit bientôt que les autres ne le comprennent pas. Il se replie donc sur lui-même. Confie-t-il à son professeur ou à ses parents ce qui l'émeut, on lui représente comme criminel ce mouvement qui lui paraît aussi naturel que la natation pour le poisson: et on lui dit qu'il faut combattre et supprimer à tout prix ce penchant. Voilà que commence une lutte intérieure, une suppression violente de l'instinct sexuel; et plus on en supprime la satisfaction naturelle, plus l'imagination s'échauffe et travaille, plus elle fait surgir, comme par enchantement, précisément ces images qu'on voudrait bannir. Plus le caractère qui soutient ce combat est énergique, plus le système nerveux doit fatalement en souffrir. C'est, à mon avis, cette suppression violente d'un instinct si profondément enraciné chez nous, qui développe les symptômes morbides que nous pouvons observer chez beaucoup d'uranistes, mais ces symptômes ne sont pas nécessairement en connexité avec les prédispositions uranistes.
Les uns continuent pendant une période plus ou moins longue ce combat intérieur, sans trêve, et finissent par s'user complètement; les autres arrivent finalement à la conviction que cet instinct puissant qui leur est congénital ne peut pas être un péché; ils cessent de tenter l'impossible, c'est-à-dire la suppression de leur penchant. Mais alors commence en réalité une série de souffrances et d'excitations permanentes. Le Dioning, quand il cherche la satisfaction de son instinct génital, sait toujours la trouver facilement; tel n'est pas la cas de l'urning. Il voit des hommes qui le charment, mais il ne lui est pas permis d'en rien dire, pas même de laisser voir ce qui l'émeut. Il croit que lui seul au monde a ces sentiments anormaux. Naturellement, il recherche la compagnie des jeunes gens, mais il n'ose pas se confier à eux. Ainsi il est amené à se procurer une compensation de la satisfaction qu'il ne peut pas obtenir. L'onanisme est pratiqué sur une vaste échelle, et toutes les conséquences de ce vice se font bientôt sentir. Si alors, après un certain laps de temps, il se produit un délabrement du système nerveux, le phénomène morbide n'est pas occasionné par l'uranisme même, mais il a pris naissance parce que, par suite de l'opinion régnante à notre époque, l'uraniste n'a pu trouver la satisfaction sexuelle qui lui est normale et naturelle, et que, par conséquent, il a dû tomber dans l'onanisme.
Admettons que l'uraniste a eu la chance rare de rencontrer une âme qui sente comme lui, ou qu'il a été renseigné par un ami expérimenté sur les choses du monde uraniste; bien des combats intérieurs lui sont épargnés, mais une longue série de soucis troublants, de craintes, suit tous ses pas. Il sait maintenant qu'il n'est plus le seul au monde qui ait ces sentiments anormaux; il ouvre les yeux, et il est étonné du trouver tant de compagnons dans toutes les couches sociales et dans toutes les professions; il apprend que, de même que chez les Dioning, il y a aussi chez les uranistes une prostitution, et qu'on peut avoir des hommes vénals, de même qu'on achète des filles. L'occasion de satisfaire l'instinct sexuel ne fait donc plus défaut. Et pourtant, combien différent est ici le cours des choses, comparé à ce qui se passe chez les Dioning!
Prenons le cas le plus heureux. L'ami de même tendance après lequel on a langui toute sa vie, est trouvé. Mais il n'est pas permis de se livrer franchement à lui comme le jeune homme s'abandonne à la fille qu'il aime. Au milieu d'une angoisse continuelle, tous deux doivent cacher leur liaison, même une trop grande intimité qui pourrait facilement éveiller les soupçons doit rester cachée devant le monde, surtout si tous les deux ne sont pas de même âge ou s'ils n'appartiennent pas à la même classe sociale. Ainsi commence, avec la liaison même, une série d'agitations; la crainte que leur secret peut être trahi ou deviné, ne permet pas au malheureux de jouir en toute gaieté de cœur. Un incident insignifiant pour tout autre le fait trembler, car il craint que les soupçons soient éveillés, son secret percé à jour, ce qui compromettrait complètement sa position sociale et lui ferait perdre son poste et son métier. Cette agitation continuelle, ces craintes et ces soucis permanents, ne laisseraient-ils aucune trace et ne retentiraient-ils pas sur tout le système nerveux?
Un autre, moins heureux, n'a pas trouvé l'ami de sentiments similaires, mais il est tombé entre les mains d'un beau jeune homme qui d'abord a été complaisant pour lui jusqu'à ce qu'il ait pu surprendre les secrets les plus intimes de l'uraniste. Alors il se met à pratiquer le chantage le plus raffiné. La malheureuse victime, placée entre l'alternative de payer ou de se rendre impossible dans la société, de perdre une situation respectée, de se voir couvert de honte, lui et sa famille, paie; et plus il paie, plus devient avide le vampire qui le suce jusqu'à ce que finalement le pauvre jeune homme n'ait plus le choix qu'entre la ruine matérielle ou le déshonneur. Qui s'étonnera que les nerfs ne soient pas toujours assez forts pour tenir tête à cette lutte terrible? Chez les uns, les nerfs succombent complètement, le trouble mental se produit, et le malheureux trouve enfin dans une maison de santé le repos qu'il n'avait pu trouver dans la vie. Un autre, poussé au désespoir, met fin par le suicide à cet état insupportable. Combien de suicides mystérieux de jeunes gens doivent être attribués à cette circonstance! Voilà ce qu'on ne peut même s'imaginer!
Je ne crois pas me tromper en affirmant que, au moins la moitié des suicides de jeunes gens doivent être ramenés à de pareilles causes. Même dans les cas, où il n'y a pas un maître-chanteur inexorable qui poursuit l'uraniste, mais seulement une liaison entre les deux hommes, liaison qui en soi-même suit un cours satisfaisant, la découverte ou seulement la crainte de la divulgation pousse souvent au suicide. Que d'officiers qui avaient une liaison avec un de leurs subordonnés, que de soldats qui en entretenaient une avec un camarade, ont, au moment où ils se croyaient découverts, essayé d'échapper à la honte en se logeant une balle dans la tête! Il en est de même dans toutes les professions.
Si donc, en réalité, il faut convenir qu'on observe chez les uranistes plus d'anomalies intellectuelles et peut-être aussi des troubles mentaux en plus grand nombre, cela ne prouve pas encore que ces dérangements intellectuels soient fatalement en connexité avec l'uranisme et que l'un suppose l'autre. Ma ferme conviction est que, dans l'immense majorité, les cas de troubles mentaux qu'on a observés chez les uranistes, que leurs prédispositions morbides, ne doivent pas être mis sur le compte de leur anomalie sexuelle, mais qu'ils ont été provoqués par l'opinion erronée actuellement régnante sur l'uranisme et par la législation existante.
Celui qui n'a qu'une idée approximative de la somme de souffrances morales et intellectuelles, des craintes et des soucis qu'un uraniste doit supporter, des hypocrisies et des cachoteries continuelles dont il est obligé de faire usage pour dissimuler son penchant, des difficultés immenses qui s'opposent à la satisfaction naturelle de son instinct sexuel, celui-là ne peut que s'étonner qu'il n'y ait pas encore plus de troubles mentaux et de maladies nerveuses parmi eux. La plus grande partie de ces états morbides n'arriveraient certainement pas à se développer, si l'uraniste, à l'exemple du Dioning, pouvait trouver d'une manière simple et aisée une satisfaction sexuelle, s'il n'était plus exposé à la torture de ses craintes éternelles.
De lege lata on devrait avoir des ménagements pour l'uraniste en tant que le paragraphe en question n'est interprété que dans le sens d'une pédérastie effective et qu'il faut tenir compte et de l'anomalie psychico-somatique établie par une expertise exacte et de l'examen individuel de la question de culpabilité.
De lege ferenda les uranistes désirent avant tout la suppression de ce paragraphe. La législateur n'y consentira pas facilement, car il pense que la pédérastie est plus souvent un vice abominable que la suite d'une infirmité physique et mentale, que beaucoup d'uranistes, bien que contraints à pratiquer des actes sexuels sur des personnes de leur propre sexe, ne sont nullement forcés de se livrer à la vraie pédérastie, acte sexuel que l'on a considéré de tout temps comme cynique et dégoûtant et même nuisible, quand elle est passive. Mais le législateur de l'avenir devrait cependant mûrement peser si, pour des raisons d'utilité (difficultés d'établir la culpabilité, prétextes aux chantages les plus vils, etc.), il ne serait pas opportun de supprimer dans les Codes les poursuites judiciaires contre l'amour entre hommes.
Les raisons que j'invoque moi-même pour la suppression de ce paragraphe du Code sont les suivantes:
1º Les délits prévus dans la législation prennent d'habitude leur origine dans une prédisposition morbide de l'âme.
2º Seul un examen médical très minutieux peut différencier les cas de simple perversité de ceux de perversion morbide. Mais du moment où l'on requiert judiciairement contre l'individu, celui-ci est déjà perdu au point de vue social.
3º La plupart de ces uranistes sont non seulement atteints de perversion, mais ont encore le malheur d'avoir un instinct développé avec une vigueur anormale. En cédant à leur instinct génital, ils se trouvent donc directement sous le coup d'une contrainte physique.
4º Pour beaucoup d'entre eux, ce genre de satisfaction ne paraît nullement contre nature; au contraire, pour eux, c'est la façon naturelle, et celle qui est admise par la loi, qui est contre nature. Ils manquent donc de tous les correctifs moraux qui pourraient les empêcher de commettre leur délit sexuel.
5º À défaut d'une définition exacte de ce qu'il faut entendre par impudicité contre nature, on a laissé une trop grande latitude à l'arbitraire personnel du juge. L'interprétation de plus en plus subtile du § 175, en Allemagne, nous montre combien la manière d'envisager juridiquement le cas varie et est peu fixe. Le fait objectif est décisif pour le jugement. (En général on ne s'inquiète jamais du fait subjectif.) Comment peut-on établir le premier? Le délit est toujours commis sans témoins.
6º On ne peut invoquer aucune raison théorique ou juridique pour le maintien de l'article du Code. Il n'a que rarement pour effet d'empêcher le délit par crainte de la punition; son application ne corrige jamais, car des phénomènes naturels morbides ne peuvent pas être détruits par une punition; comme châtiment d'un acte punissable qui ne l'est que dans certaines conditions souvent erronées, l'application de cet article peut amener les injustices les plus formidables. Qu'on n'oublie pas que, dans divers pays civilisés, cet article du Code n'existe pas, et qu'en Allemagne il ne représente qu'une concession faite au sentiment de la morale publique qui cependant part d'une supposition fausse et confond la perversion avec la perversité.
7º À mon avis, la jeunesse et la moralité publique sont suffisamment protégées en Allemagne par d'autres articles du Code; l'article 175 fait plus de mal que de bien, car il favorise une des infamies les plus abominables: le chantage.
Il est vrai qu'on punit aussi le maître-chanteur qui a dénoncé le fait, mais il a pour lui la chance énorme que sa victime ne laissera pas venir les choses à l'extrême, c'est-à-dire jusqu'à la dénonciation au parquet. Dans les plus mauvais cas, un coquin de cette espèce se laisse nourrir en prison pendant quelque temps, sans qu'il soit compromis dans son existence honteuse, tandis que sa victime est déshonorée, ruinée, et finit souvent par le suicide.
8º Dans le cas où le législateur allemand croirait que la suppression de l'article 175 compromettrait la protection de la jeunesse, il suffirait d'étendre l'article 176, alinéa 1, aux individus en général, car l'article, dans sa rédaction actuelle, ne punit que les actes d'impudicité commis sur les femmes par violence ou menaces. Le Code pénal français a un paragraphe dans ce sens. Éventuellement, on pourrait songer encore à modifier l'article 176, alinéa 3, en fixant une limite d'âge plus élevée que dix-sept ans, limite à partir de laquelle les actes d'impudicité commis sur de jeunes individus ne seraient plus poursuivables. Cette extension profiterait aussi à bien des individus féminins qui, à l'âge de quinze ans, n'ont qu'exceptionnellement la maturité d'esprit nécessaire et la capacité pour se diriger elles-mêmes et pouvoir se protéger suffisamment. Par là on offrirait aussi aux jeunes individus du sexe masculin (environ jusqu'à l'âge de seize ans) une protection plus efficace que ne saurait le faire l'article 175 qui, comme on sait, ne vise que la pédérastie (et, d'après de nouvelles interprétations, d'autres actes similaires du coït), mais qui laisse impunis l'onanisme et les autres actes d'impudicité. C'est précisément par ces actes d'impudicité que les uranistes deviennent dangereux pour les jeunes gens, et exceptionnellement par la pédérastie. Le législateur n'a ni le droit ni le devoir de menacer de peines des actes immoraux inter mares qui ont lieu portis clausis et avec consentement mutuel, quand les personnes dont il s'agit ont atteint au moins leur seizième année, âge où l'individu dispose déjà d'une somme suffisante de maturité morale et intellectuelle; ces choses sont l'affaire personnelle de chacun, car aucun intérêt public ou privé n'est lésé.
Ce qui a été dit de lege lata, relativement à l'inversion congénitale, pourrait s'appliquer à l'inversion acquise. La névrose ou psychose qui l'accompagne pèsera beaucoup, au point de vue médico-légal, dans la balance, quand il s'agira de trancher la question de la culpabilité.
Un fait d'un très grand intérêt psychopathologique et, selon les circonstances, médico-légal, c'est que, dans le cas où ces invertis éprouvent un refus dans leur amour ou même une infidélité de la part de leur amant, ils deviennent capables de toutes ces réactions psychiques, jalousie et vengeance, que nous pouvons si souvent observer dans l'amour entre homme et femme et qui fréquemment poussent l'individu outragé dans ses sentiments les plus chers à des actes de violences contre l'objet de son amour ou contre celui qui lui a volé son bonheur.
Rien ne prouve mieux combien l'inversion sexuelle est enracinée dans la constitution, combien elle domine tous les sentiments, les pensées et les efforts de l'individu, et combien elle se substitue complètement à la manière normale de sentir et de se développer des hétérosexuels. Un exemple qui montre de quels actes est capable cet amour repoussé ou trahi, nous est fourni par le cas suivant, très instructif, et qui a été emprunté à la chronique judiciaire américaine. Je suis particulièrement obligé à M. le Dr Bœck, de Vienne, qui s'est donné la peine de recueillir les documents de cette cause célèbre dans les journaux et dans les comptes rendus des débats judiciaires.
Observation 197.—Une fille atteinte d'inversion sexuelle assassine son amante qui n'a pas voulu répondre à son amour.
À Memphis, aux États-Unis de l'Amérique du Nord, une jeune fille, Alice M..., issue d'une des premières familles de la ville, a assassiné, au mois de janvier 1892, son amie Freda W..., également issue d'une famille du meilleur monde. Elle lui a donné plusieurs coups de rasoir au cou.
L'enquête judiciaire a donné les résultats suivants. Alice est lourdement tarée du côté de son ascendance maternelle: un oncle et plusieurs cousins du premier degré étaient des aliénés, la mère, d'une prédisposition psychopathique, eut après chaque accouchement une période de «folie puerpérale» qui fut plus grave quand elle accoucha de son septième enfant, l'accusée Alice. Plus tard, elle tomba dans un état de débilité mentale, avec idées de persécution.
Un frère de l'accusée eut pendant quelque temps des troubles d'esprit, à la suite d'une insolation, à ce qu'on prétend.
Alice M... a dix-neuf ans; de taille moyenne, elle n'est pas jolie. La figure est enfantine et «presque trop petite en proportion du corps», asymétrique; le côté droit de la face est plus développé que le gauche; le nez est d'une «irrégularité surprenante», le regard perçant. Alice M... est gauchère.
Dès l'entrée en puberté, elle eut fréquemment de grands maux de tête d'une durée assez longue. Une fois par mois elle souffrait d'hémorragies nasales, et souvent même, ces derniers temps, d'accès de tremblement et de tremor. Une fois elle en perdit connaissance.
Alice était une enfant nerveuse, irritable, et en retard dans son développement. Elle n'éprouva jamais de plaisir aux jeux des enfants et pas du tout aux amusements des petites filles. À l'âge de quatre à cinq ans, elle trouvait beaucoup de plaisir à écorcher des chats ou à les suspendre par une patte.
Elle préférait à ses sœurs son frère cadet et ses jeux de garçon; elle cherchait à le dépasser en fouettant les toupies, dans le base-ball et foot-ball, ensuite au tir à la cible et dans toutes sortes de gamineries. Son exercice favori était de grimper, et elle y avait acquis une grande adresse. Elle aimait particulièrement à s'occuper à l'écurie auprès des mulets. Elle avait six ou sept ans, lorsque son père acheta un cheval; elle aimait à soigner cet animal, à lui donner à manger, à monter sur lui sans selle, à la façon des garçons, et à se faire mener ainsi dans les champs. Plus tard encore, elle s'occupait à nettoyer le cheval, à lui laver les pieds; elle le conduisait par la bride à travers les rues, elle lui mettait les harnais, l'attelait; elle s'entendait très bien à l'attelage des voitures et à les raccommoder.
À l'école, elle ne peut suivre que lentement et incomplètement les cours; elle est incapable de s'occuper sérieusement de quelque chose; elle saisit et retient difficilement. On essaie de lui apprendre la musique et le dessin, mais on échoue complètement; il est impossible de lui faire faire des ouvrages féminins. Plus tard, elle n'a pas non plus de goût à la lecture; elle ne lit ni livres, ni journaux. Elle est entêtée et capricieuse; ses professeurs et les gens de sa connaissance croient qu'elle n'est pas normale.
Étant enfant, elle ne se commet pas avec les garçons, n'a pas de camarades parmi eux; plus tard, elle n'a pas d'intérêt pour les jeunes gens; elle n'a personne qui lui fasse la cour. Elle se comporte toujours avec indifférence envers les jeunes gens, quelquefois avec brusquerie, et elle passe pour «folle» parmi eux.
Elle éprouva une affection extraordinaire, «aussi haut que ses souvenirs remontent», pour Freda W..., fille du même âge qu'elle et enfant d'une famille amie. Fr. était délicate et pleine de sentiment; elle avait un caractère de fille; l'affection existait des deux côtés, mais elle était beaucoup plus violente chez Alice; elle s'accrut avec les années au point de devenir une passion. Un an avant la catastrophe, la famille W. transporta son domicile dans une autre ville. Al. resta plongée dans le chagrin le plus profond. Il s'engagea alors une correspondance tendre et amoureuse.
Deux fois Al. va faire une visite à la famille de Fr.; alors les deux jeunes filles ont des rapports «d'une tendresse dégoûtante», comme l'affirment les témoins. On les voit des heures entières, couchées dans le même hamac, se pressant l'une contre l'autre et s'embrassant. «C'étaient des pressions et des baisers entre les deux filles à en avoir le dégoût». Al. a honte de faire de pareilles choses en public; elle en est blâmée par Fr.
Pendant une contre-visite de Freda, Alice essaie de la tuer; elle veut, pendant que son amie dort, lui verser du laudanum dans la bouche; la tentative échoua, car Fr. se réveilla.
Al. prend alors devant Fr. le poison et en est longtemps malade. Voici le mobile de la tentative d'assassinat et de suicide: Fr. avait manifesté de l'intérêt pour deux jeunes gens; Al. déclara ne pouvoir vivre sans l'amour de Fr.; «ensuite elle a voulu se suicider pour se délivrer de ses souffrances et rendre à Fr. sa liberté.» Après la guérison d'Al., la correspondance entre les deux amies reprend son cours et elle est plus que jamais remplie de protestations d'un amour passionné.
Bientôt après, Al. commence à développer à son amante son projet de l'épouser. Elle lui envoie une bague de fiançailles; elle menace de la tuer en cas de rupture de promesse. Toutes les deux devaient prendre un pseudonyme et fuir ensemble à Saint-Louis. Al. voulait s'habiller en homme et chercher de l'ouvrage pour toutes les deux; elle voulait aussi, si Fr. le désirait, se faire pousser des moustaches; elle espérait obtenir ce résultat en se rasant.
Peu de temps avant la mise à exécution de la fuite de Fr., le plan est dévoilé; la fuite est empêchée; on renvoie à la mère d'Al. la bague de fiancée et d'autres reliques d'amour, et l'on interdit tout rapport entre les deux jeunes filles.
Al. est complètement abattue. Elle perd le sommeil, ne prend que peu de nourriture et à contre-cœur; elle est apathique, distraite (elle met sur les comptes de ménage le nom de son amante au lieu du sien). Elle cache la bague et les autres reliques d'amour, entre autres un dé de Fr. qu'elle avait rempli du sang de l'amie, dans un coin de la cuisine où elle passe des heures entières en contemplant ces objets, tantôt riant, tantôt éclatant en sanglots.
Elle maigrit; sa figure prend une expression craintive, les yeux ont «une lueur étrange et sinistre». À cette époque, elle apprend la prochaine visite de Fr. à Memphis; elle conçoit alors le projet de tuer Fr. puisqu'elle ne peut la posséder. Elle s'empare d'un rasoir de son père et le garde soigneusement.
Elle entame avec l'amoureux de Fr., en feignant de l'intérêt pour lui, une correspondance, afin de pouvoir jeter un coup d'œil dans leurs relations et pour se tenir au courant du développement que prendrait cette liaison.
Pendant la séjour de Fr. à Memphis, toutes les tentatives d'Al. pour se rapprocher d'elle ou entrer en correspondance avec elle, échouent. Elle guette Fr. dans la rue, tente une fois déjà d'exécuter son projet; mais elle en est empêchée par un hasard. Ce n'est que le jour du départ de Fr. qu'elle réussit à s'approcher d'elle sur la route qui va au paquebot.
Profondément froissée de ce que Fr., dans toute la route qu'elle suit dans une petite voiture à côté d'elle, n'a pas une parole pour elle, pas seulement un regard, Al. saute de sa voiture, attaque Fr. et lui porte un coup profond avec un rasoir. Battue et insultée par la sœur de Fr., elle entre dans une rage folle et coupe aveuglément la gorge de Fr. à coups de rasoir vigoureux et profonds; une des blessures s'étend d'une oreille à l'autre. Pendant que tout le monde s'occupe autour de Fr., Al. part dans sa voiture à bride abattue et parcourt à tort et à travers la ville avant de rentrer à la maison. À peine rentrée, elle raconte à sa mère ce qu'elle vient de faire. Elle ne comprend pas ce que cet acte a d'horrible; les blâmes, l'évocation des conséquences graves la laissent absolument froide et ne l'émeuvent pas; c'est seulement lorsqu'elle apprend la mort et l'enterrement de Fr. qu'elle se rend compte de la perte de sa bien-aimée; elle éclate en sanglots et en pleurs passionnés; elle embrasse toutes les photographies qu'elle possède de Fr. et leur parle comme si Fr. vivait encore.
Pendant l'audience publique, elle se fait remarquer aussi par son indifférence pour les membres profondément affligés de sa famille et par son insensibilité pour tous les rapports éthiques de son action.
Seulement, quand on évoque les souvenirs de son amour pour Fr. et de sa jalousie, elle est émue et excessivement agitée. Fr. «lui a manqué de fidélité, elle l'a tuée parce qu'elle l'avait aimée». Tous les experts dépeignent le développement intellectuel de l'accusée comme étant au niveau de celui d'une fille de treize à quatorze ans. Elle comprend que des enfants n'auraient pu naître de son union avec Fr., mais elle ne veut pas convenir que son «mariage» aurait été une chose insensée. Elle repousse la supposition d'avoir eu avec Fr. des rapports sexuels (peut-être masturbation). Sur ce point, de même que sur sa vita sexualis peracta, on n'apprend absolument rien; on n'a pas procédé non plus à un examen gynécologique.
Le procès se termine par un verdict constatant l'aliénation mentale de l'accusée. (The Memphis Medical Monthly, 1892.)