Mexique.—Guanajuato.—Puits d'extraction de la mine
Valenciana.
(600 mètres de profondeur.)
Nous reprenons nos chevaux et grimpons la montagne pour atteindre le puits principal de la mine la Valenciana, une des plus anciennes. Son exploitation remonte à 1740. Le patron nous accompagne. Nous traversons des montagnes de débris extraits depuis plus de 100 ans, qu'on trie à nouveau. Les moyens perfectionnés actuellement en usage permettent d'en extraire encore une certaine quantité de minerai. Le puits a 600 mètres de profondeur. Trois machines à vapeur de 30 chevaux chaque font tourner 16 cylindres sur lesquels s'enroulent des câbles d'acier qu'on change tous les deux ans. Comme il faut porter de très loin l'eau douce destinée à la chaudière, la vapeur qui a servi est recondensée et convertie en eau. Celle qu'on extrait du puits est trop saturée de matières minérales. Pour la boisson des ouvriers, on apporte aussi de loin des barils d'eau à dos de mulet. Ce sont des mules qui charrient aux diverses haciendas le minerai. On les voit défiler par centaines. Deux autres puits fonctionnent de la même manière. Ils ont 11 mètres de diamètre et un d'eux a 800 mètres de profondeur. Chaque câble monte son fardeau 8 fois par heure. La mine emploie un millier d'ouvriers et extrait par semaine 1,600 charges de minerai donnant à peu près 5,000 piastres. Le salaire est le même que dans l'autre mine. La paye se fait le samedi soir. Le repos du dimanche est respecté par tous les mineurs. Nous suivons divers sentiers dans la montagne et arrivons à la mine de Nopal. Là, comme partout, les employés sont armés de leur revolver. Le propriétaire me donne un guide et nous suivons un tunnel, puis nous descendons des milliers de marches et pénétrons dans de nombreuses galeries qui se ramifient en tous sens. Le puits d'extraction a 500 mètres de profondeur. Le minerai, les pierres et l'eau sont extraits au moyen d'un cylindre mu par la vapeur et deux cylindres mis en mouvement par des mules.
La mine est pauvre en ce moment; le minerai extrait ne donne qu'environ 2,000 piastres par semaine. On est à la recherche de meilleurs filons. Le métal riche est exporté, l'autre est envoyé à la Monnaie que l'État possède à Guanajuato et frappé en piastres mexicaines.
Mexique.—Guanajuato.—Molino de la Hacienda de San-Juan.—Broyage des minerais d'or et d'argent.
Quelques propriétaires de mines ont leurs haciendas; d'autres vendent leur minerai aux propriétaires d'haciendas de mineria. On appelle ainsi l'usine qui pulvérise le minerai pour en extraire le métal. Nous descendons la montagne et venons visiter la principale hacienda du pays: celle de San-Frances-Xavier. Comme la nuit approche, on me donne un garde pour m'accompagner. À la hacienda, je vois une centaine de mules pour mettre en mouvement les machines. Le minerai, par quantité de 500 quintaux par jour, est jeté dans des moulins pour être réduit en petits morceaux. De là il tombe dans une salle au dessous qui contient 50 arastras, ou lourdes pierres mues chacune par deux mules, sous lesquelles le minerai se pulvérise. Mélangé à l'eau, il forme une pâte terreuse qui va dans un réservoir et de là sur un séchoir en briques ou en ciment. On peut alors essayer le degré de richesse du minerai. Cette opération est faite par un essayeur public contrôlé par celui de la Hacienda. Le prix qui sera payé au propriétaire de la mine est basé sur ce degré de richesse établi par l'essayeur. La salle qui contient les 50 arastras s'appelle galera, parce qu'elle est tenue sous clef et que les ouvriers ne peuvent en sortir qu'à de certaines heures.
Après avoir séjourné sur le séchoir un certain nombre de jours, la pâte devenue malléable est portée au Lavadero. Là elle est mélangée avec le mercure, en espagnol azoque. Quatre meules tournent la pâte noyée dans l'eau, qui emporte les matières étrangères et laisse au fond le métal amalgamé avec le mercure. Cet amalgame est porté à l'azoqueria, salle où l'on sépare le mercure au moyen d'un philtre en peau. Le métal est ensuite posé dans le candelero, vase en fer enfermé dans une cloche de même métal entourée de charbons. La chaleur évapore le mercure restant, et cette vapeur est concentrée de nouveau au moyen d'un courant d'eau. Le métal pur reste ainsi dans le vase et on le prend pour l'envoyer à la Monnaie. Dans cet établissement de l'État, on sépare l'or de l'argent et on frappe les piastres. Le coût de l'opération est d'environ 3%. La quantité de mercure qui s'échappe dans chaque opération est calculée à 5%. À l'hacienda, les meilleurs ouvriers sont payés 4 piastres par semaine; les autres gagnent 4 à 5 réaux par jour. L'Hacienda de San-Xavier envoie à la Monnaie du métal pour environ 200,000 piastres par an.
Il est nuit close lorsque nous quittons l'établissement. Nous suivons des sentiers solitaires et pénétrons de nouveau dans les quartiers ouvriers. À l'approche des églises, nous entendons le chant des litanies; ces braves gens, après avoir reçu leur paye du samedi, clôturent la semaine par le salut.
À l'hôtel, je rencontre un jeune couple en voyage de noce. Ce sont des juifs de New-York, et en véritable juif, l'époux cherche à me vendre pour 40 piastres une Histoire des États-Unis qui en vaut 2.
Mexique.—Guanajuato.—Ateliers de la Hacienda de San-Juan.—Pulvérisation des minerais d'or et d'argent.
Le 7 octobre, jour de dimanche, les églises sont remplies de peuple, qui, faute de chaises, se tient accroupi par terre. À l'élévation plusieurs lèvent les mains en l'air en signe de supplication. Quel dommage qu'on laisse ensuite empoisonner ce bon peuple par le vino mescal. Cet extrait d'aloès distillé à 22 degrés, ajouté au spectacle des courses de toros, le rend féroce. Les affiches de la Corrida sont sur tous les murs. Au surplus des saltimbanques parcourent les rues avec musique, portant des placards où sont dessinées les scènes du combat pour entraîner les gens.
Ne pouvant visiter la Monnaie, je me rends à l'Hôpital. Je n'y vois pas l'ordre et la propreté qu'entretiennent dans ces établissements les Sœurs de Charité. Pendant que je parcours les salles, quelques jeunes gens m'abordent et m'interpellent ainsi: Es vousted dottor? Comme je sais que les Espagnols appellent dottor, aussi bien les avocats que les médecins, je réponds: si senôres. Ils me prient de me laisser conduire à l'inspection de quelques cas graves et difficiles pour connaître mon appréciation. Je vois alors que j'ai affaire à des étudiants en médecine; je n'ose reculer, et me décide à jouer mon rôle jusqu'à la fin. Le premier cas concerne un pauvre ouvrier qui a été frappé par une mine de dynamite. Les deux yeux sont crevés, la figure est horriblement noircie et déchirée, le bras droit amputé; mais le malade respire librement. «L'appareil respiratoire est libre, dis-je à ces jeunes gens, tout espoir n'est pas perdu. Ce que vous avez à craindre c'est la gangrène, il faut l'en préserver par l'acide phénique.»—C'est ce que nous faisons, répondent les élèves, contents de voir que mon avis coïncide avec le leur. Ils me conduisent dans une autre salle et me montrent un pauvre cordonnier qui a sur l'épaule une énorme excroissance de chair. En y appliquant le doigt on sent le battement égal à une forte palpitation. Un de mes fermiers avait eu la même maladie; trois docteurs voulurent l'opérer, mais il mourut par suite de l'hémorrhagie. Je crus donc pouvoir dire à ces bons étudiants: Gardez-vous de l'opérer; il pourra vivre ainsi encore des mois et des années. Ils répliquent: Le professeur hésite en effet beaucoup à tenter l'opération. Me voici donc sauvé encore pour cette fois. Le troisième cas concerne un pauvre ouvrier qu'on vient d'amener; il a reçu une balle dans le ventre; un morceau d'entrailles est sur le lit, un autre morceau sort du trou béant; la balle reste à l'intérieur: Tout ce que vous pouvez faire, c'est de lier l'intestin, le cas me paraît désespéré, les aliments ne pouvant plus suivre leur voie naturelle. Telle est leur opinion. Je respire enfin voyant qu'ils n'ont plus d'autres cas à me montrer; je leur dis adieu et m'en vais tout étonné de mon aventure, mais jurant qu'on ne m'y reprendra plus.
En fait d'autres œuvres, j'apprends qu'une Conférence de charité fait les frais de trois écoles réunissant 200 enfants; que les dames de charité entretiennent aussi plusieurs écoles de filles, qu'une loterie fait les frais de l'établissement des enfants trouvés, et que le curé a organisé une école d'arts et métiers. Le pays manque d'eau, soit pour l'irrigation, soit pour les besoins des mines. Le gouverneur m'avait parlé d'un projet de barrage pour recueillir les eaux des montagnes. On formerait ainsi un lac artificiel qui fournirait l'eau à un prix rémunérateur. Il désirait que ce projet fût signalé aux capitalistes étrangers. Il me remet aussi le mémoire imprimé concernant l'État libre et souverain de Guanajuato. Ce mémoire a été lu par lui à l'ouverture du dixième Congrès de cet État. J'y relève que l'État de Guanajuato a une population de 968,113 habitants, que le revenu en 1881 a été de 597,146 piastres, et les dépenses de 590,709 piastres; que l'État possède 433 écoles primaires instruisant 17,211 enfants; mais que 176,411 restent sans instruction; que les écoles secondaires et supérieures coûtent fort cher et donnent un petit nombre de médecins, d'avocats et d'ingénieurs. Chaque élève gradué a coûté à l'État 7,199 piastres pour les avocats, 5,185 piastres pour les ingénieurs, 7,094 piastres pour les médecins; que la bienfaisance administrative a été fort chère et insuffisante, et qu'il importe de s'en décharger sur la charité et l'initiative privée; que le registre civil pour 1881 accuse 21,047 naissances, 3,932 mariages et 34,032 décès. À ce propos, le gouverneur se réjouit de ce que la mortalité n'excède plus que d'un tiers les naissances, pendant que, les années précédentes, cet excédent atteignait la moitié et même les deux tiers. Parmi les maladies dominantes, je remarque la petite vérole. À l'article mineria, je vois qu'en 1881, dans l'État, 128 mines ont été dénoncées, et 114 enregistrées; que le nombre des mines actuellement en exploitation est de 52, et celui des haciendas de beneficio de 38. Les 602 hommes de troupes de ligne et les 430 cavaliers que l'État équipe pour la sûreté publique ont coûté 293,510 piastres.[Table des matières]
Départ de Guanajuato. — Silao. — La presse. — Lagos. — Route à Ojuelos et à San-Luiz de Potosi. — San-Luiz. — Le Gouverneur. — L'école de artes y oficios. — Le départ. — La femme du postillon. — Je suis seul voyageur. — Le brigandage. — Les villages de l'intérieur. — Un perroquet traître. — Les mendiants. — Une nuit à Chalca. — Un Barcelonnette. — Un ancien colonel garibaldien.
Dans l'après-midi, je quitte Guanajuato, et à la station de Silao je trouve la musique municipale jouant à la gare pour égayer les voyageurs. À 5 heures le train de Mexico entre en gare, et je m'y installe pour arriver le soir à Lagos, point extrême de la ligne en ce moment. Durant le trajet, je lis les nombreux journaux que j'achète un peu partout sur le parcours. On peut savoir par eux ce qui se passe dans les diverses villes.
Le dimanche, presque tous ces journaux impriment autant de poésie que de prose, et je constate qu'ici comme dans les autres nations latines, le rôle de la presse se réduit trop souvent à des personnalités et à des passions de parti. Après les avoir lus je sais toutes les intrigues et connais toutes les épithètes dont les adversaires se décorent; mais des vrais intérêts du pays, du commerce, de l'agriculture, de l'industrie, il en est rarement question. Dans quelques jours, lorsque j'aurai passé la frontière, le dernier des journaux américains me dira ce que rapportent les mines, ce que promet la récolte, combien de droits de douane ont été perçus dans la semaine, le prix des terres et leur rendement, leur situation, les machines et inventions nouvelles, etc.
Enfin, à 8 heures du soir, je suis à Lagos. Dans cette ville de 20,000 habitants, je ne trouve qu'une mesquine auberge où on m'installe dans une chambre à deux lits, ayant une seule porte pour toute ouverture. Après le souper, je me mêle aux promeneurs qui écoutent une assez bonne musique sur la place; puis je vais prendre mon repos à côté d'un Canadien, marchand de machines, mon compagnon de chambre. Ce repos ne sera pas long. Les trains de Mexico partent à 4 heures, et les diligences pour Guadalajara et Zacatecas partent d'aussi grand matin: on éveille les passagers à 3 heures, et ils ne ménagent pas le bruit.
À 6 heures du matin, je suis moi-même installé dans la diligence de San-Luiz Potosi. La distance de Lagos à Saltillo est d'environ 180 lieues. La diligence la franchit en six jours, par une moyenne de 30 lieues par jour. Le prix est de 40 piastres (200 fr.) mais les bagages paient presque autant. Pour un aroba (25 livres), le port est gratuit, pour chaque autre aroba on paie 6 piastres, plus d'un franc la livre.
La diligence est une grande voiture dont la caisse peinturlurée repose sur des lanières de cuir. Des rideaux de cuir ferment les côtés. À l'intérieur il y a trois sièges à quatre places chacun; le siège du milieu est mobile; une courroie mobile y sert d'appui aux passagers. Heureusement nous ne sommes pas au complet; 9 au lieu de 12. Sur l'impériale, le cocher ne veut personne que ses deux postillons, à cause des difficultés de la route. Les sacs de cuir contenant la malle pour les États-Unis encombrent le derrière de la voiture; 8 mules nous entraînent au grand galop. Elles reprennent bientôt le petit pas; nous sommes encore dans la zone des pluies. Les chemins sont des lacs ou des fondrières; nous avançons péniblement. Les champs de maïs sont clôturés par des haies de cactus gigantea. Les villages portent les traces des dernières guerres. Plus loin nous atteignons des collines arides. Nous montons au pas les raides pentes, mais nous dégringolons au galop les descentes à travers les rochers. Nos têtes heurtent contre la voiture ou les unes contre les autres; parfois les sursauts les envoient au plafond. Une dame, qui est pourtant indigène, s'effraye, et à tout instant, lorsque la voiture se penche à droite ou à gauche, elle se cramponne au voisin en criant: abajamos! abajamos! Nous tombons, nous tombons. Toutefois, la frayeur ne l'empêche pas de fumer sa cigarette.
Vers 11 heures, on nous fait déjeuner dans une petite auberge. J'y remarque une bonne vieille qui doit avoir au moins 110 ans; sa peau est un vrai parchemin. Je lui parle, elle répond avec grâce, tout en se voilant avec sa mante par modestie. Nous continuons notre route, aussi pénible que le matin, et vers 6 heures 1/2 du soir, nous arrivons à Ojuelos, petite ville de 5,000 habitants. On m'installe à l'auberge dans une chambre à deux lits, sans fenêtre. Toutes les chambres ouvrent sur la cour intérieure, où sont remisées les voitures. C'est un peu comme les auberges de la Chine.
Je demande un bain pour me délivrer de la poussière, on m'en promet un pour le matin, si je veux bien le prendre dans une cuve.
Le lendemain matin à 5 heures je cherche ma cuve, mais l'eau s'était enfuie par les douves mal jointes. À 6 heures nous remontons en voiture. La bonne humeur est générale. On lie bientôt amitié dans ces diligences comme entre compagnons de la même infortune. La zone des pluies est franchie, et la poussière que les roues envoient dans la voiture nous étouffe. Le nouveau conducteur me permet de m'installer sur l'impériale. J'y jouis d'une belle vue et d'un air respirable, mais bientôt le soleil a brûlé ce qu'il a pu atteindre de ma peau; elle tombera. Il n'est pas mauvais parfois de faire peau neuve. Les diverses haciendas que nous rencontrons ont des barrages qui leur permettent de recueillir dans de petits lacs artificiels l'eau nécessaire. Des vols de canards sauvages y prennent leurs ébats. De ma position élevée, je peux voir de nombreux lapins et lièvres près des buissons me regarder avec curiosité. Parmi les voyageurs, un Espagnol les tire de temps en temps, mais sans succès. Tous les passagers ont carabine, ou tout au moins revolver et coutelas. Je suis le seul qui, pour toute arme n'ai que mon couteau de poche, long de 7 centimètres. À 10 heures on me fait remarquer une croix. Elle est collée à une des parois de la chapelle élevée sur la Hacienda de Depetate. Cette croix rappelle la mort du général Ramon de Miramon, fusillé contre ce mur. Il était frère du général Miramon, fusillé à Queretaro avec l'empereur Maximilien. Vers 11 heures on nous descend à San-Antonio. À l'auberge, pour déjeuner, on ne nous donne que des os. La route suit toujours des montagnes arides; il me semble traverser les Castilles ou le département des Basses-Alpes, mais un département grand comme la France. À 3 heures 1/2 nous apercevons les nombreuses coupoles de San-Luiz de Potosi. Nous traversons la plaine, où le paysan arrose le blé au moyen de norias, et à 4 heures nous sommes dans cette capitale de l'État de San-Luiz de Potosi.
Ma première visite est pour le gouverneur. Il est au Conseil, et je remets à son secrétaire la lettre que j'avais apportée de Mexico. J'avais aussi une lettre pour M. Exiga, directeur de l'école de artes y oficios, et tout en me rendant chez lui, je visite la ville. La plaza de arme, où est mon hôtel, est digne d'une grande ville. Une belle statue de bronze y occupe le centre d'un magnifique square. Les maisons sont en adobe et à un rez-de-chaussée: quelques-unes ont un étage au dessus.
Les rues sont droites et larges dans la ville nouvelle, et étroites dans la vieille ville. Quelques églises, comme la cathédrale, sont vastes et belles; d'autres sont surchargées de dorures, de sculptures, et d'ornements de toute sorte à la manière espagnole. Partout l'image de la Trinité, consistant en trois figures d'hommes absolument semblables; et partout aussi ces laides statues habillées de chiffons de toutes couleurs. Un parc aux abords de la ville est assez vaste, mais entièrement négligé.
San-Luiz est une des villes importantes du Mexique. Après Mexico, qui compte 200,000 habitants, Léon en possède 100,000, Guadalajara 80,000, Guanajuato 70,000, et San-Luiz 50,000.
J'arrive enfin chez M. Exiga, qui a la bonté de me faire visiter son école. Elle réunit 130 garçons internes, répartis en 7 ateliers de serruriers, menuisiers, cordonniers, imprimeurs, etc. Ces enfants apprennent aussi le dessin linéaire et d'ornement, la tenue des livres, l'anglais, le français et la musique. L'Indien a de grandes dispositions pour la musique. Dans la cour, une quarantaine d'enfants exécutent de jolis morceaux sur des instruments à vent. Le maestro est un Indien qui est devenu une vraie célébrité dans son art. Cette école a été fondée par le gouvernement et vit à ses frais. C'est de l'argent bien employé.
Je prends rendez-vous avec M. Exiga pour la soirée.
À l'hôtel je trouve une lettre que m'envoyait M. Guttierez, gouverneur de l'État. Il me recommandait à M. Jésus Sanchez Lozano, jefe politico du district minier de Catorce, où j'espérais visiter encore quelques mines. Dans la soirée, M. Exiga me présente à plusieurs de ses amis, avec lesquels nous pouvons causer des choses du pays, et un peu tard je viens à l'hôtel chercher mon repos.
Le 10 octobre on m'éveille à 3 heures du matin. La voiture part à 4 heures. Je suis seul passager. Malgré la satisfaction d'être sans gêne dans la voiture, je ne puis me délivrer d'une certaine appréhension. Je suis seul et sans armes, livré à des postillons inconnus, armés de coutelas et de revolvers. Je dois ainsi traverser, par une route de plusieurs jours, un pays à peu près désert où les brigands viennent à peine de cesser leurs exploits! Mais, courage! en avant, à la bonne Providence! Dieu m'a conduit jusqu'ici, il me conduira bien jusqu'à la fin! Le postillon est déjà à son poste lorsque sa jeune femme arrive, lui porte sa couverture, allume sa cigarette et sa torche résineuse, et lui remet son déjeuner pour la route. La femme du peuple a bien du mérite, et sous les haillons bat souvent un noble cœur! Nous avançons dans les ténèbres, puis l'aube arrive, et avec elle le réveil de la nature. Les oiseaux gazouillent leur prière du matin, les sommets des collines se dorent, le berger pousse ses chèvres et ses brebis, les picadores à cheval mettent en route les mules et les baudets, et les jeunes filles s'en vont à l'eau avec leurs gracieuses urnes sur l'épaule. Les conducteurs ont tous coutelas et revolvers. Je remarque quelques charrettes conduites par des femmes, et cela me rassure. Après la guerre civile, le gouvernement s'est appliqué à détruire le brigandage. Les populations paisibles qui en souffraient s'y sont prêtées volontiers, en appréhendant elles-mêmes les malfaiteurs pour les consigner à l'autorité. Ceux qui ont échappé aux balles et à la prison sont pour le moment réfugiés dans les montagnes. Les routes que je parcours portent les traces de leurs exploits. Par-ci, par-là, je remarque des croix, et lorsque je demande au conducteur ce qu'elles signifient, il me répond invariablement: ladrones! Il veut dire qu'elles rappellent les massacres des voleurs. Tout le monde étant armé, le vol est précédé d'une lutte, et le voleur devient nécessairement assassin.
Le pays que nous traversons est un immense champ d'énormes cactus à figues de Barbarie. Les indigènes en prennent les feuilles, qu'ils passent au feu pour détruire les épines, et les donnent aux bœufs, qui en sont friands. Aux cactus succèdent les youcas, dont quelques-uns atteignent une hauteur considérable. On les dirait les géants du désert. Par-ci, par-là, quelques villages en adobe et quelques haciendas au bord d'un étang. Les paysans suspendent à l'air les bêtes qu'ils tuent, et malgré la chaleur du soleil, l'air, à cette altitude de 1,800 mètres, les conserve assez longtemps. Le gibier abonde et ravage les champs de maïs.
Vers midi on s'arrête dans un village pour déjeuner; je visite les pauvres habitations de terre, adressant la parole aux personnes que je rencontre. Les femmes sont craintives, les enfants curieux viennent voir l'étranger, les hommes répondent poliment à toutes mes questions. Dans une de ces pauvres cabanes, je trouve un perroquet; il me touche gentiment de la patte, monte par le bras sur l'épaule et sur la tête; mais le traître! il saisit mon beau chapeau de Panama, et d'un coup de son bec crochu lui fait un large accroc.
Dans l'après-midi le soleil devient plus chaud et la poussière fatigante. À Venado je vois une usine à coton. Pendant qu'on change les mules, je suis entouré de mendiants qui veulent tous leur petite monnaie, et s'en vont en bénissant l'étranger. Au moment où l'on jette le lazo à une mule, elle réussit à se sauver et part furieuse à travers le village, gagnant la campagne. On la rattrapera plus tard.
Le soir, vers 6 heures 1/2, j'arrive à Chalca, où je dois passer la nuit. Bientôt la diligence qui fait le service en sens inverse arrive aussi, et amène 1 Italien, 1 Français, 2 Américains, 1 capitaine et 1 gendarme mexicains. Il n'y a que deux chambres dans l'hôtel, et selon l'usage du pays, la porte sert de fenêtre. Je partage la mienne avec les deux Américains. Après le souper mon compatriote me raconte qu'il est de Barcelonnette et qu'il vient d'installer un nouveau magasin d'étoffes dans les environs. L'Italien est un ancien colonel garibaldien qui a fait la campagne des Vosges. Le gouvernement mexicain l'a nommé agent de colonisation et lui donne 300 piastres par mois pour qu'il cherche vers la frontière américaine les endroits les plus propices à l'établissement de colonies de race latine. Il en profite pour s'occuper de ventes de terrains. Il m'en cite quelques-uns comprenant plusieurs lieues carrées à des prix variant de 1 à 100 fr. l'hectare. Lorsqu'il découvre des terrains qui n'ont pas été enregistrés, dans le but d'éviter la contribution, il les signale au gouvernement, qui en reprend possession et les vend. Il collectionne aussi pour le compte du gouvernement des fossiles, tels que os de mastodontes et autres, destinés au musée de Mexico. Dans les environs de Chalca, une mine de plomb argentifère emploie en ce moment 500 ouvriers. Elle en employait 4,000 quand elle tenait les filons riches. Je quitte mes voyageurs et je m'en vais sur ma dure couche, car on m'éveillera à 3 heures du matin.[Table des matières]
Départ de Chalca. — Je fais un heureux. — La Hacienda de Solis. — Matehuala. — Les mines du district de Catorce. — La ville de Cédral. — La Hacienda de beneficio de Don Antonio Verume. — Un garçon qui veut apprendre l'anglais. — Le vin de Membrillo. — La Hacienda el Salado. — Les toiles d'aloès. — Les briques d'adobe. — On dompte un cheval sauvage. — La soirée et la nuit à la Hacienda la Ventura. — Un inconnu. — Le gibier. — Les fauves. — La ville de Saltillo. — Le chemin de fer. — Le chien des prairies. — Monterey. — Laredo. — Arrivée à San-Antonio.
Le 11 octobre, à 4 heures du matin, nous sommes en route, et je continue à occuper seul la voiture. Le conducteur est toujours accompagné d'un postillon et d'un gamin, apprenti postillon. Ce dernier gagne 1 fr. par jour, le postillon 2 fr., et le conducteur 5 fr. Le postillon et son aide sont souvent obligés de renouer les courroies cassées, de courir auprès des mules de devant, car il y a triple attelage. Ils regagnent le siège en grimpant par des petits bouts de fer attachés à la voiture, pendant qu'elle continue sa course et ses sursauts. Dans une de ses ascensions, le petit gamin est tombé il y a peu de temps, la roue lui a passé sur le bras; il le porte enveloppé. Il me demande la permission de se reposer par intervalles dans la voiture, ce que je lui accorde volontiers. Il est couvert de haillons et porte des semelles de cuir attachées aux pieds par des courroies. L'intérêt que je lui montre le rend confiant, et à un moment donné il me dit: io me voi a suya tierra: je m'en vais à votre pays, emmenez-moi.—Et que viens-tu y faire?—Je vous servirai et je pourrai vivre; ici les 20 sous que je gagne sont à peine suffisants pour payer la nourriture que je prends en route, et malgré le métier pénible et dangereux, je suis toujours déchiré; je ne puis arriver à m'acheter une paire de souliers; et ce disant il me montre ses haillons et ses pieds meurtris. J'avais un veston de laine que j'avais acheté dans les Pyrénées et qui avait déjà fait mon premier tour du monde. Il m'avait rendu bien service dans les plaines glacées du nord de la Chine. Je le lui donne; il le met à l'instant, il est dans la jubilation; mais je doute que son bonheur soit aussi grand que le mien. Il n'y a pas de joie comparable à celle de faire des heureux.
À 8 heures nous arrivons à une hacienda importante, appelée Solis, propriété d'un Espagnol. Je me dirige vers la maison du maître; la dame, qui se tient sur la porte, un bambin au bras, se sauve à mon approche. Je visite la chapelle et vois sur la place 12 hommes occupés à égrener du maïs en frottant les épis sur un cylindre formé de noyaux d'épis de maïs étroitement liés. Une machine mue par un seul homme égrènerait plus de maïs en moins de temps, et les 22 bras rendus ainsi disponibles seraient une nouvelle force productive. Je reviens au rancho où je dois déjeuner. Il est couvert en feuilles de youcas. Plusieurs images de saints tapissent les murs d'adobe. Sur le lit une petite harpe indique le goût de la musique chez les habitants. Une bonne vieille me sert quelques aliments primitifs; je lui demande combien d'ouvriers occupe la ferme, elle me répond: una maquina! C'est sa manière d'exprimer un grand nombre. Même réponse concernant les animaux, les bergers, etc. Heureusement un Indien, qui me paraît intelligent, est mieux au fait, et répond à plusieurs de mes questions. La ferme a 5 lieues de long; elle a vendu récemment 400 mules au prix de 34 piastres chaque. Le cheval non dompté se vend 12 piastres, et celui qui est dompté 48. Un bon âne vaut 20 piastres; les vaches se paient de 15 à 30 piastres, selon la quantité de lait. Une paire de bœufs de labour vaut 40 piastres; les moutons, 3 piastres. Les bergers chefs sont payés 120 piastres l'an; les pèones, hommes de travail, reçoivent 2 réaux (1 fr.) par jour. Une criada (bonne) est payée de 3 à 6 piastres par mois; la viande se vend. 1 réal la livre. Les travailleurs achètent à la boutique du patron tout ce dont ils ont besoin. Les prix sont calculés de manière qu'après avoir à peine mangé, le pèon reste avec ses haillons et n'a jamais le sou.
Mais les mules sont attelées et je reprends ma route, grimpant sur l'impériale pour éviter la poussière. Les cactus font place à une espèce d'acacia mimosa aux grandes branches. Elles avancent vers la voiture et m'ont égratigné plus d'une fois. Cet arbre donne un fruit dont le bétail est friand. Par-ci par-là quelques chiens des prairies et de nombreuses vipères. Elles se nourrissent d'un fruit rouge produit d'un cactus appelé nopali. Au loin se dessine la sierra de Catorce et un pic volcanique appelé el frai.
À 1 heure 1/2, nous arrivons à Matehuala, ville de 18,000 habitants; la place est plantée d'arbres et les rues assez propres. Le chef politique, M. Jésus Sanchez, me présente à un Français, haciendado ou propriétaire dans le pays. J'aurais voulu m'arrêter quelques jours pour visiter les nombreuses mines du district de Catorce. M. Sanchez m'en aurait fourni toutes les facilités, mais le steamer de San-Francisco pour l'Australie part le 20 octobre, et j'ai encore bien du chemin à faire. Le manquer serait se mettre dans la nécessité d'attendre un mois pour l'autre départ, et arriver dans l'hémisphère austral au moment où le soleil l'atteint de plus près. Je me contente donc de demander à M. Sanchez des renseignements verbaux, qu'il me fournit avec la plus grande obligeance.
Le district de Quatorce contient 45,000 habitants et possède 5 mines de plomb, d'argent et de cuivre. Chaque mine emploie de 200 à 800 ouvriers. Les contre-maîtres sont payés 2 piastres par jour, les ouvriers travaillent à tarea (à la tâche), et reçoivent tant par mètre de trou de mine, tant par mètre de galerie, etc. Il n'y a point de société de secours mutuels, mais les propriétaires prennent chaque jour une cuchara, moitié d'une corne de bœuf, de minerai qui est mis à part et vendu par intervalles. Le produit est confié à l'administration, qui le distribue aux ouvriers en cas d'accident ou de maladie, selon les besoins de la famille. Le gouvernement projette des lois d'assurance et d'économie obligatoire d'après le système allemand; mais avant d'économiser il faut avoir d'abord le nécessaire.
M. Sanchez m'engage à visiter, à Cédral, la Hacienda de Beneficio, de Don Luiz Antonio Verume, qui est la plus importante. Je m'y rends vers le soir, à mon arrivée dans cette ville. Le directeur a la bonté de m'accompagner lui-même et de me donner de minutieuses explications. Le minerai d'argent vient de la mine de Concepcion, et est traité de trois manières différentes, selon sa composition. Il donne environ 3 marcos 1/2 de métal par tonne de minerai. Le premier système est celui que j'ai décrit en parlant de la Hacienda de Saint-François-Xavier à Guanajuato. Il a été inventé il y a 300 ans par Médina, aux mines de Pachuca. Le deuxième système est employé pour le minerai plus riche. On le place dans un four, avec du charbon et certains ingrédients. Par l'action du feu le plomb s'oxyde et l'argent reste séparé.
Le troisième système, inventé par Alfonso Barba au Pérou, il y a 400 ans, est l'amalgamation chaude employée pour le minerai contenant des iodures et bromures. Ce système tient des deux premiers. Un quatrième système est employé à Sonora et ailleurs, et consiste à extraire l'argent en le convertissant en chlorure au moyen du sel. Le mercure employé ici provient des mines d'Almaden en Espagne. On le paie 50 piastres le quintal, et il perd de 10 à 12% dans chaque opération. Les ouvriers gagnent depuis 4 réaux jusqu'à 2 piastres par jour. Il y a 5 mines à Catorce; 3 sont en perte en ce moment.
Cédral compte 5,000 habitants. Sur le marché je vois des oranges et des citrons; mais à l'hôtel je ne puis obtenir de vin. On me donne un vin de membrillo (de coing) qui ressemble au vin cuit. Le garçon qui me sert me demande le nom anglais de chaque objet qui lui tombe sous la main. Il en connaît déjà plusieurs; décidément il veut se rendre aux États-Unis.
Après souper, je prends mon repos dans une chambre à quatre lits, où, pour cette fois, je suis seul.
Le lendemain matin à 4 heures j'éveille les conducteurs et postillons. Ils ont passé la nuit sous le portique, étendus par terre dans une couverture. Le garçon de la veille m'apporte une chandelle de suif, et commence à me demander comment s'appelle le chandelier en anglais, comment le bol, la cuillère, le sucre, le café: il tient à continuer sa leçon.
Peu après les mules nous ramènent au milieu du désert. Une odeur parfumée m'avertit que sous les buissons poussent des plantes aromatiques. Les matinées sont presque toujours brumeuses, mais vers 9 heures le soleil se montre. Il a bientôt séché la rosée, et la poussière devient intolérable. Toutes les fois que, dans un village ou à une hacienda, on change les mules, je profite du temps pour visiter les maisons et les ranchos. Ils sont toujours bien misérables. Quelques-uns ont pour toiture des feuilles d'aloès. Dans ces pauvres cabanes couchent la famille et les chiens pêle-mêle: le matin les femmes sont occupées à faire les tortillas; elles broyent entre deux pierres la graine de maïs et préparent dans un poêlon de petits ronds de pâte mince, comme le font les Bretons avec le blé noir. Des fours en adobe, à côté des ranchos, indiquent qu'on sait faire aussi le pain. Dans une rancheria[4], au-dessus d'un noria on a suspendu un mouton entier pour le dessécher à l'air.
Ces norias, tournés par des mules, ne montent que quelques petits seaux de cuir.
À 11 heures 1/2 on m'arrête pour le déjeuner à la hacienda el Salado. L'administrateur m'apprend qu'on y sème 800 fanegas de maïs par an (la fanega équivaut à 75 livres.) Cette culture se fait à métairie. L'an dernier le propriétaire a eu 20,000 fanegas pour sa part. L'hacienda nourrit aussi de nombreuses bêtes: 4,000 chevaux, 1,000 ânesses, 2,000 vaches. On vend 600 chevaux l'an, au prix moyen de 40 piastres. Les habitants qui vivent de la ferme sont environ 600. Ils n'ont point d'église, mais des écoles pour les deux sexes. Dans cette hacienda, je vois préparer le fil d'aloès. On prend la partie intérieure de la plante, on la presse avec une règle de fer contre un rouleau de bois, et on tire par un bout. La partie grasse de la plante est ainsi raclée, et reste la partie filandreuse, qui est séchée au soleil. D'autres ouvriers prennent ces fils et en font des ficelles et des cordes par un procédé primitif. J'en vois qui, avec ces ficelles, font une trame qu'ils étendent dans la cour et la tissent en toile grossière d'emballage. D'autres empilent les filaments, qu'ils recouvrent d'un morceau de toile. Ce sont des selles ou bâts pour les mules et les baudets. Un peu plus loin un Indien fait les briques d'adobe. Il mélange une terre argileuse à du fumier, pétrit le tout avec de l'urine de cheval, et met la pâte dans un moule. Il en résulte une brique large de 30 centimètres, longue de 45, épaisse de 10, assez semblable aux briques chinoises. Elle résiste à l'action de l'eau. Avec ces briques on fait toutes les constructions dans l'Amérique espagnole. Dans les haciendas, elles servent aussi à construire d'immenses cônes dans lesquels on enferme la récolte.
Trois Indiens s'en vont de maison en maison, de rancho en rancho, jouant de la mandoline, de la harpe et de la guitare; ceux qui les demandent les paient 5 fr. l'heure.
Nous continuons notre route, et au prochain relais je vois dompter un cheval sauvage. Un Indien se tient en croupe avec peine; l'animal, par de terribles sauts de mouton, cherche à le jeter à terre; un autre Indien, avec une habileté qui tient du prodige, le lace de loin, tantôt à une jambe, tantôt à une autre, et arrête son élan.
Vers le soir, nous arrivons à la hacienda la Ventura, pour y passer la nuit. Le soleil envoie de l'horizon ses derniers rayons qui transforment les nuages en montagnes de feu. Les bergers ramènent leur troupeau, et les chiens, leurs fidèles auxiliaires, poussent les retardataires. Les chevaux viennent s'abreuver à l'étang, qu'ombragent des saules séculaires. Un petit agneau qui s'égare me lèche la main; les poules, les canards et les oies cherchent leur perchoir; le cultivateur rentre sa charrue, les enfants se réunissent et commencent leurs chansons et leurs rondes. Les feux s'allument dans les ranchos et le son doux de quelques harpes se fait entendre. Ceux qui habitent la campagne connaissent le charme des soirées de la ferme à la belle saison. Je jette quelques sous aux enfants, qui courent et se précipitent pour les saisir, et je visite quelques ranchos. La belle scène de la nature a son revers lorsque je rentre à l'auberge. Bientôt la voiture qui vient de Saltillo arrivé et amène des voyageurs. Il n'y a que deux chambres, sans fenêtre, et nous sommes huit. À table, maigre souper; pas de vin et une mauvaise cerveza (bière) à 5 réaux la demi-bouteille. Heureusement, j'ai encore un peu de rhum que j'ai apporté de la Jamaïque. On me dit que la ferme appartient à un général ex-ministre de la guerre et que l'auberge est pour son compte. Si j'étais général et que je voulusse me mêler de faire l'aubergiste, je m'efforcerais de mieux traiter mes hôtes. Après le souper, un superbe clair de lune nous invite à sortir.
Près de la ferme, un moulin à vent, fabriqué à Sant-Antonio, sert à tirer l'eau d'un puits. On voit que nous approchons des États-Unis. Un Indien plein d'expérience et de bon sens me renseigne sur beaucoup de choses. L'hacienda a coûté 10,000 piastres à son propriétaire, il y a deux ans. Il en demande maintenant 40,000. Mon interlocuteur m'en fait le budget annuel: 1,000 fanegas de maïs à 3 piastres, 3,000 piastres; 500 moutons à 3 piastres, 1,500 piastres; 200 mules ou vaches à 20 piastres, 4,000 piastres; produit de l'auberge à une moyenne de 6 voyageurs par jour, à 2 piastres chacun, 4,000 piastres. Total 12,500 piastres. Déduire 2,500 piastres de frais annuels, reste net 10,000 piastres, soit 50,000 fr. Avec cela on peut vivre commodément à l'étranger, se promener au central Park à New-York, ou jouer au billard dans un café de Paris. Mais pendant ce temps le reboisement des collines ne se fait pas; les sources de la montagne ne sont pas utilisées, le défrichement ne se poursuit pas, la situation des pauvres Indiens gardiens de troupeaux ou semeurs de maïs ne s'améliore pas.
Le lendemain matin à 4 heures, au moment où la voiture se met en marche, un grand gaillard armé de coutelas et de revolver entre et s'assied en face de moi. Il s'étend sur son banc pour dormir. On m'avait pourtant dit qu'il n'y avait pas d'autres passagers; qui est cet étranger?—Je lui demande où il va; il me répond: À une hacienda. Pour la première fois dans ma route, j'ai un peu d'appréhension, mon dernier jour de voiture serait-il le moins heureux? Je surveille l'inconnu et attends l'aube avec impatience.
Lorsque le jour arrive, j'éveille l'étrange compagnon et lui demande divers renseignements. Il m'apprend qu'il est le chef de la poste et qu'il va visiter une station voisine. J'en profite pour me renseigner sur tout ce que je vois. Un Indien à cheval ramène au bout du lazo un teçon, espèce de porc épic. Je vois sur une charrette un jeune cerf, et j'apprends que cet animal abonde dans les environs: de temps en temps quelque carcasse de vache ou de cheval; ce sont les léopards, les petits lions d'Amérique et les ours qui les tuent et en font leur pâture. Mon compagnon me quitte et je continue ma route à travers des collines rocailleuses et désertes. L'immense plaine que je traverse depuis 6 jours est à 16 et 1,800 mètres d'altitude. Le thermomètre montait à 30° dans le jour et descendait à 20° durant la nuit.
Cette plaine ressemble à celle du Punjab dans l'Hindoustan. Mais là l'Hindou a creusé partout des puits par lesquels il arrose son blé, et la population s'est multipliée. Ici l'Indien n'est pas propriétaire, il ne peut penser à aucune amélioration; il languit et la population diminue.
Lorsqu'en un pays assez grand et assez riche pour nourrir dans l'abondance de nombreux millions d'habitants, on en voit languir un petit nombre, il faut croire que l'organisation sociale laisse à désirer. Avant la conquête espagnole, le Mexique nourrissait 16,000,000 d'habitants, et il n'y avait alors ni les voies de communication qui empêchent les famines, ni les machines perfectionnées qui multiplient l'action de l'homme. Le Mexique devrait nourrir maintenant dans l'abondance au moins 100,000,000 d'habitants, et il n'en contient que 10,000,000!
Le soir, à 5 heures, j'arrive à Saltillo, à l'hôtel Escoban.
Saltillo, à 1,500 mètres d'altitude, est dans l'État de Coahuila et contient 18,000 habitants.
La ville est assez bien tracée; une alameda fournit aux habitants une promenade ombragée. L'église est surchargée de sculptures; au marché je remarque de nombreux restaurants pour le peuple. Sur les murs, les perpétuelles affiches de Corrida de Toros.
J'espère enfin trouver un bain. On m'adresse à un établissement hors la ville. On s'y baigne dans un réservoir à eau courante.
Dans quelques mois les deux républiques de l'Amérique du Nord seront reliées par le chemin de fer. Le voyageur ne sera plus balloté durant de longues journées dans la diligence, mais je ne regrette pas ma course: elle m'a permis de voir et de juger sur place l'intérieur du pays.
14 octobre.—Le temps presse, et quoique je n'aime pas voyager le dimanche, je suis forcé de continuer ma route. À 5 heures du matin je trouve l'église encore fermée et le peuple attendant à la porte. À 6 heures je suis à la gare pour le départ. Cette gare est un simple wagon où l'on prend son billet; une tente sert de bureau pour l'enregistrement des bagages. Le tronçon de Monterey à Saltillo n'est ouvert que depuis un mois. La voie a Om93 de large; les traverses sont en sapin; les rails, en acier, y sont tenus par un clou.
La campagne est bien cultivée: les pommes, les poires et le raisin viennent à merveille. Les animaux s'effraient et fuient au passage des trains. Les premiers jours les Indiens en faisaient autant. Bientôt nous entrons dans une région montagneuse, et nous descendons rapidement. À Pescheria on me parle d'une grotte gigantesque des environs. D'après la description qu'on m'en fait, elle dépasserait en grandeur et en beauté la fameuse grotte Adelberg des environs de Trieste. Un jeune Français que je trouve dans le train m'apprend que son père est propriétaire d'une des 5 filatures de coton de Saltillo. Sa filature a 1,000 broches. Cette industrie est en progrès, mais les impôts sont en train de la ruiner.
Nous voyons encore quelques chiens des prairies; ils sont très habiles à chasser le lièvre. À cet effet, ils se réunissent par bandes. Les uns se postent comme nos chasseurs, et les autres font la battue. Lorsqu'un d'eux a saisi le gibier, il appelle et attend les autres pour le partage. Les zorra ou renards abondent aussi, et parmi les serpents, celui à sonnette est le plus commun.
La voie continue à descendre et traverse les cours d'eau sur des ponts de bois. À Santa-Cattarina, mon baromètre anéroïde ne marque plus que 500 mètres d'altitude, et je revois la canne à sucre. La sécheresse persiste ici comme dans tout le nord du Mexique. La récolte de maïs est perdue, le prix en doublera et la maigre pitance du peuple en sera encore réduite. Les wagons portent écrit en langue anglaise et en langue espagnole la défense de fumer. Tous les Mexicains fument, les Américains du Nord se plient à la consigne. J'ai déjà remarqué bien des fois le penchant à faire peu de cas de la loi chez les nations latines, et l'habitude contraire chez les Anglo-Saxons.
À Monterey, capitale de Nueva-Leon, j'aperçois, au pied d'une colline, une chapelle de Notre-Dame de Lourdes. Enfin, nous sortons des montagnes et abordons la plaine sans fin. Vers 7 heures du soir, à Laredo, nous atteignons le Rio-Grande, que nous traversons sur un pont de bois. Cette rivière m'a paru fort étroite et ment à son nom. La petite ville de Laredo est à cheval sur les deux rives; nous stoppons sur la rive des États-Unis de l'Amérique du Nord, et je change mon wagon contre un Pullmann sleeping-car. Le matin, quand je quitte mon lit, je me trouve à la gare de Sant-Antonio, capitale du Texas.[Table des matières]
États-Unis.
Le Texas. — Les progrès depuis l'abolition de l'esclavage. — Les Congrégations religieuses. — Prix des terres. — Les casernes. — Les Nègres et leur ostracisme. — Départ pour San-Francisco. — Les métiers d'un Yankee. — Les plantations de coton. — Les cliffs du Rio-Grande. — Les stations dans le désert. — La consommation de la bière. — Le Nouveau Mexique. — L'Arizona. — Les Mormons. — Les Chinois. — Le Rio-Colorado. — Yuma. — Indio. — Le désert du Colorado.
Le Texas appartenait au Mexique: il fut annexé aux États-Unis avec le Nouveau Mexique et la Haute-Californie, en 1848, à la suite d'une guerre acharnée qui amena les Américains du Nord jusqu'à Mexico. Le Texas est l'État le plus vaste des États-Unis; il comprend 170,000,000 d'acres ou 266,000 milles carrés, avec plus d'un million et demi d'habitants. Il nourrissait en 1881 plus de 14,000,000 d'animaux, dont 1,000,000 de chevaux, 5,500,000 moutons, 5,000,000 de bœufs et 2,000,000 de porcs. Depuis 1881, ce nombre a augmenté de plus de 4,000,000. Les États du Sud, si éprouvés par la guerre de sécession, ont non seulement retrouvé leur ancienne prospérité, mais l'ont augmentée. La culture du coton est plus que doublée et une grande partie est déjà filée sur place. Sur le Mississipi on utilise même les peaux de crocodile: je lis dans un journal une annonce qui en demande 5,000 à l'instant. L'ancien état de servitude pouvait bien enrichir un certain nombre de planteurs, mais tout état contre nature n'est jamais profitable. Depuis l'abolition de l'esclavage, un plus grand nombre de gens libres vivent sur ces états et y prospèrent.
Les maisons d'adobe ont fait place aux maisons de bois; les rues étroites, aux larges avenues plantées d'arbres et bordées de jardins. Nous sommes dans l'Amérique anglo-saxonne. Dans le quartier du commerce, on voit de beaux édifices en pierre; les abords de la ville sont semés de gracieuses villas. L'Anglo-Saxon ne veut de la ville que pour les affaires. Pour ses enfants, il préfère l'air bienfaisant des champs, et le jardin où ils prennent leurs ébats.
La petite ville de Sant-Antonio, qui ne comptait que 20,000 habitants en 1881, en a gagné 10,000 de plus en deux ans. C'est une ville en construction. On voit partout de hautes cheminées qui indiquent la présence de la vapeur.
Mon premier soin est de m'informer du moyen d'atteindre San-Francisco. J'apprends qu'une ligne, récemment ouverte, m'y conduira en quatre jours, moyennant 79 dollars et 11 dollars en plus pour le sleeping-car, je pourrai ainsi arriver la veille du départ de mon steamer. Le train part le soir; j'ai donc toute la journée pour Sant-Antonio. Je me dirige vers un changeur pour avoir de la monnaie du pays; c'est l'ennui du voyageur chaque fois qu'il passe une frontière. Comme je l'ai déjà observé, une monnaie de valeur identique pour le monde entier nous délivrerait des changeurs et de leurs spéculations.
À Sant-Antonio, je visite l'hôpital tenu par les Sœurs du Verbe Incarné, dont la maison mère est à Lyon, en France. Elles ont ici 60 novices et desservent de nombreuses écoles et hospices dans le Texas et ailleurs. L'hôpital est plutôt une maison de santé. On y paie une pension de 2 dollars et de 1 dollar 1/2 par jour. Les malades envoyés par la municipalité ne paient que 60 cens (3 fr.).
Les Ursulines tiennent un pensionnat. Les Sœurs de la Providence de Lorraine ont de nombreuses écoles. Sant-Antonio compte 12,000 catholiques irlandais, allemands, mexicains, français. Ils sympathisent peu les uns avec les autres, et il a fallu établir une église pour chaque nationalité. Celle des Français a dû être fermée faute de fidèles. Trop souvent à l'étranger le Français ne prend le chemin de l'église qu'à l'occasion des décès ou des naissances. Je me renseigne auprès de divers bureaux d'affaires. On m'offre des lots de 3, 10, 15, 20 et 200,000 acres au prix de 1 à 3 dollars l'acre (arpent). Les uns servent à la culture du coton, les autres à l'élevage des moutons, des bœufs et des chevaux.
C'est toujours la même nature que j'ai laissée au Mexique; la terre produit des cactus et des mimosas: toujours même sécheresse. Mais pendant que les propriétaires du Mexique restent les bras croisés ou creusent un puits pour y établir un noria avec quelques seaux de cuirs, ici on perce des puits artésiens qui fournissent l'eau en abondance. Les terrains arrosés se vendent plus cher: de 4 à 5 dollars l'acre, les spéculateurs les convertissent en prairies, achètent l'hiver les moutons à 1 dollar 1/2, les engraissent et les revendent le double au printemps. On m'offre aussi dans un Bureau de vente des terrains à fruits et légumes aux environs de la ville. On en demande de 15 à 20 dollars l'acre, y compris la petite maison en bois. Dans un de ces Bureaux je trouve un journal spécialement destiné aux éleveurs de moutons. Il y en a pour les éleveurs de gros bétail, pour les agriculteurs, etc.; toujours et partout en deçà du Rio-Grande, l'association sous toutes les formes fait profiter les uns de l'expérience des autres et multiplie les forces.
Ici, comme à Panama, les bains se prennent chez les perruquiers.
Un landau me conduit dans les environs aux barracks ou casernes. Il est un peu cher: 2 dollars l'heure, mais un nègre en livrée le conduit et un autre nègre sert de valet de pied.
Les États-Unis entretiennent un bon nombre de soldats sur la frontière mexicaine. À 4 milles dans la campagne, j'arrive à un immense bâtiment en pierre à un étage sur rez-de-chaussée. Dans la cour, je vois des fourgons, des affûts, des cordages, etc. Ce sont les chantiers et les magasins. Au milieu de la cour s'élève une haute tour qui sert probablement à observer les mouvements de l'ennemi. À côté de ce bâtiment, un joli parc est semé d'une vingtaine de cottages, demeure des officiers et de leurs familles. Les cottages des sous-officiers sont un peu plus loin et plus simples. Je tourne le parc et arrive aux baraques des soldats. On a creusé la terre à 3 mètres sur un hectare environ, et dans ce bas-fond on a élevé les baraques et les tentes du camp, probablement pour les mettre à l'abri des balles sinon des obus.
Au retour, mon nègre me conduit à la station. Ils sont nombreux les nègres au Texas. À Sant-Antonio, ils ont pour eux une église spéciale. Le Yankee, ordinairement si libéral, est intraitable lorsqu'il s'agit du nègre. Il a ruiné jadis les États du Sud pour l'affranchir, mais il ne le veut avec lui ni à l'église, ni au théâtre, ni en chemin de fer, ni au café. Une loi avait été faite pour le mettre sous ce rapport sur le pied d'égalité avec les blancs. Dans les divers États, les nègres avaient réclamé devant les magistrats le bénéfice de cette loi. Une décision de la Cour suprême, à Washington, vient de débouter les nègres, déclarant la loi inconstitutionnelle.
À 6 heures la locomotive siffle et nous emporte; elle traverse une partie de la ville en avertissant par sa cloche les habitants d'avoir à se garer; puis nous voilà dans les champs. Nous avons plus de 3,000 kilomètres de Sant-Antonio à San-Francisco. La locomotive les franchira en moins de 4 jours, à raison de 45 kilomètres à l'heure. Le train le plus rapide en Amérique est celui du Canada entre Coteau-station et Ottawa. Il parcourt 50 milles à l'heure, soit environ 80 kilomètres. Le train entre Londres et Bristol franchit en 2 heures la distance de 118 milles 1/4 qui sépare les deux villes, ce qui fait une vélocité de presque 100 kilomètres à l'heure.
Un Yankee prend place près de moi. Il va inspecter les restaurants qu'il tient dans les gares. C'est son métier actuel et ce ne sera pas le dernier. Il en a déjà fait plusieurs, et entre autres, celui d'armateur. Sans connaître un mot de français, il est allé au Havre avec un navire chargé de blé et de jambons, et l'a ramené plein d'émigrants. Il s'occupe aussi de plantations de coton dans le Texas, et en quatre temps, il me fait le budget de cette culture. Aux récoltes moyennes il faut 2 acres, au Texas, pour produire une balle de coton. Le labourage coûte 2 dollars, l'ensemencement 2 dollars, la main-d'œuvre, durant les quatre mois qu'exige la culture (avril, mai, juin, juillet) 30 dollars; la récolte 16 dollars; séparer les graines, emballer et envoyer au marché 4 dollars; assurance et courtage 3 dollars. Total: 57 dollars. Or, la balle vaut de 75 à 80 dollars, donc bénéfice net 18 à 23 dollars. Les années heureuses donnent 1 balle 1/2 pour 2 acres.
Le propriétaire qui ne peut assez surveiller son monde donne la récolte à moitié aux nègres; il leur fournit la terre, la graine et les bœufs. Le nègre met le travail et on partage; mais le nègre se fournit du nécessaire à la boutique que le propriétaire entretient sur la ferme. Or, celui-ci règle les prix de manière que le gros bénéfice lui reste. Lorsque le nègre vient chercher sa part du prix de vente, on lui ouvre le registre des avances en nature, et il lui reste bien peu à prendre. On procède à peu près de même dans les métairies à maïs.
La voie, ouverte en février dernier, a une largeur de 1m30. La Compagnie a reçu gratuitement les terrains qui la bordent, et elle les vend de 2 à 5 dollars l'acre.
On est commodément dans les lits des Pullmann-cars, mais les wagons américains sont suspendus d'une manière malheureuse. Comme je l'ai déjà dit, leur balancement, donne le mal de mer. Vers 5 heures on m'éveille pour jouir du paysage pittoresque. La voie longe le Rio-Grande et pénètre entre des cliffs, où des rochers à pic très élevés la surplombent. Nous traversons des tunnels et parcourons un pays très accidenté. À Eagle's nest (nid d'aigle) mon baromètre marque 350 mètres d'altitude et le thermomètre 30° centigrades. Les stations ont parfois quelques tentes, sous lesquelles on voit femmes et enfants; le plus souvent rien que la petite baraque des employés. À juger par les amoncellements de bouteilles vides qui les entourent, ils sont grands buveurs de bière. Dans l'Amérique du Nord, la consommation de la bière atteint 40 bouteilles par habitant; 24 en France, 51 en Hollande, 40 en Suède et Norwège, 39 en Suisse, 34 en Autriche, 115 en Angleterre.
Le combustible de la locomotive est le bois; les puits qui fournissent l'eau ont parfois 200 mètres de profondeur. On voit par-ci par-là des Chinois réparant la route. Ils ont tous un chapeau en jonc forme chinoise. Nous voyons des troupes d'antilopes et de nombreux lapins. À une station 12 cavaliers poussent devant eux un millier de bœufs. Ils ont bien du mal à les faire entrer dans l'enceinte par où ils passeront dans les wagons.