¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.

Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aps. Quant a ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal & contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages & parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes & ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause & sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere. Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion. Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames & damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit / mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer & esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté & moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy messieent.

¶ Cy dit du .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.

Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever. lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres. L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier dirons & de l'autre aps Et pource que nous tendons a bien de vous toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy. Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part. Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte & ronge & desfait l'intention.

¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi

Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz & vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera. nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra & n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et pourtant se ung autre a bien en ce monde qui n'est que ung trespas comme ung pelerinaige des biens de fortune plus que a toy ce te semble. que t'en apartient il a murmurer ne en avoir dueil. veulx tu garder les princes & les princesses & les puissans personnes qu'ilz ne facent du leur a leur voulenté: Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre plus que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce donna bien exemple nostreseigneur en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers qui furent mis en la vigne / dont les aucuns vindrent a soleil levant. les autres a midy & les autres a vespres. Et quant vint a faire le payement de leur journee le seigneur de la vigne partit & donna tout autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme a ceulx du point du jour de laquelle chose les premiers murmuroyent / & le seigneur leur respondist. Mes amys quel tort vous fais je. Je vous paye de vostre journee bien & bel ce que avez esté louez. & s'il me plaist de donner a ceulx icy autant ou plus comme a vous ce n'est riens du vostre si n'avez cause d'en parler. Tout ainsi & semblablement n'as tu nulle cause de groucier si ta maistresse donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est rien du tien. Et aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas tes propres deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable & ta dame les congnoist bien qui voit ung autre plus saige plus abille & mieulx condicionnee & plus parfaicte de toy quoy qu'il te semble que tu vaille mieulx s'il a plus chere environ soy. Et aussi si tu veulx bien regarder au vray de ta conscience & lire en tes faitz tu trouveras ce peut estre que tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et telle que tu fais. & telles parolles que tu dis luy furent rapportees / dont elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy / & elle ne t'en ayme mye mieulx. assez d'autres t'eussent mise hors si est par ta coulpe. pource tu n'as cause de tant t'en courroucer tu estoyes trop ayse & trop orgueilleuse. & te sembloit que riens ne te povoit nuyre / or en prens ce que tu en as & ne te en plains que a toy. Et avec ce que scés tu: quel bien & quel service vers dieu peut avoir fait ceste creature qui tant est en grace quoy qu'il te semble qu'elle n'en soye mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner. car tu as ouÿ dire comment sont couvers les secretz de dieu / si n'appartient a personne de en juger pour chose qu'il voye tant luy apere merveilleuse Et pour ce ne te dois empescher d'estat d'autruy / mais pense de ton ame & de te gouverner sagement & faire tousjours bien ton devoir / si le congnoistra bien dieu & tel maistre fait il bon servir qui est tout saige tout bon & tout puissant & tout autre service n'est que vent & empeschement. Et gardes bien sur quanques vers luy tu peulx meffaire que ne muses a autruy par faulse envie en faict en dit ne en quelconques pourchas / car tu te dampneroyes. posons que on le te eust desservy. Car dieu ne veult pas que l'on se venge de tant que en as pensé crie en mercy a nostreseigneur. & ne te chaille qui va devant ne qui va derriere. qui soit en grace ne qui non. car de chose qui faicte en soit tu n'en vauldras de riens pis. Et avec ce ceulx & celles qui te verront ainsi gracieusement suporter l'orgueil & oultrecuydance d'autruy sans en faire parolles ne semblans t'en priseront & aymeront mieulx. Et si tu veulx garder ton reng entre les autres que il te appartient sans vouloir supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien garde que ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras / ne que tu donnes cause a autruy de troublemens ne de empeschemens car le peché en descenderoit sur toy. Telz & semblables sont les remedes que la saige dame de court bien pourveue si peut mettre contre les pointures & aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais peché pour demonstrer comment toute personne le doit fuyr dict ung saige: Je ne sçay fait il comment toute creature raisonnable deboute de soy sur tous autres vices le peché d'envie / car a adviser la qualité de tous les autres peches il n'y a celluy qui en l'exerçant ou faisant n'ayt aucun delit comme en vaine gloire ou orgueil ou a delit d'honneurs en gloutonnie plaisir ou menger en charnalité delit de corps & ainsi aux autres / lesquelz plaisirs pevent attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame deffendus. Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de pensee & deffrichement de couraige triste et desguise de visaige tourment qui perce l'ame & tous maulx & tous desplaisirs. Et a brief dire encline a tous maulx & a toutes felonnies. ne autre bien ne rend a son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux facent a haïr dit contre eulx de rechief ung autre saige pleust a dieu que l'envieux eust si grans yeulx qu'il peust veoir toute la prosperité & la joye qui est esparse par tout le monde. & plusieurs gens a celle fin qu'il eust cause d'estre plus tourmentés.

¶ Cy dit du quatriesme point qui est le deuxiesme des deux qui sont a eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent bien garder de mesdire / et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion. Chap. .xxxii.

Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre vice duquel la dame ou damoiselle & femme de court & toute autre se doibt garder. c'est assavoir du peché de mesdire. Et tout premierement pource que mesdit ne peut estre excusé par nulle bonne raison / & aussi pour mieulx venir a noz termes toucherons trois causes / dont communement il vient & sourt & qui toutes sont communes a court & aucunesfois de toutes troys ensemble. L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour cause d'oppinion. & l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes maulvaises / mais non pourtant celle qui vient d'envie faict le moins a excuser. Et pource que tous trois sont a eschever et que en nul cas mesdire ne est loisible / ains est peché mortel tresdeffendu Car c'est contre des deux des commandemens de dieu l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu vouldrois qu'il te fist. Et l'autre / ayme ton prochain comme toymesmes: nous en dirons & enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en garder. Et premierement toucherons sur la premiere cause qui est hayne & sur ce formerons quattre principalles a demonstrer pourquoy par hayne on ne doit mesdire d'autruy quelque injure que on ayt receue. On ne hait point de fformee hayne communement si ce n'est a cause d'aucune injure receue d'aultruy ou que on la se repute avoir receue soit a tort ou a droit en la personne qui est ou qui se tient injuriee. Adonc est tresencline par la haine & mal talent qu'elle porte de mesdire dont elle se repute estre blessee comme quoy & a nostre propos qui est chose qui souvent advient a court une dame ou autre femme de court sçaura que aucunes gens ou certaine personne luy nuyra & la tiendra a la faire mal de sa maistresse ou du seigneur ou des amys d'elle ou de la faire bouter hors & par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou damoyselle en perdra son service son bien & son estat / & par adventure son honneur par les choses qui luy seront mises sus / peut estre sans cause / & posons que a cause fust: si herra elle la personne qui ce luy aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et en publicque si la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop fort fera si aulcunement n'en murmure / car le cueur luy deuldra trop & n'est merveille en disant de ladicte personne mal & villennie & ce qu'elle sçaura & ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de mesdire c'est assavoir par hayne par quelque meffaict sembleroit a aucunes gens qu'elle peut estre juste. mais sans faille non est. Et voicy nostre premiere raison qui le demonstre. Dieu veult et commande expressement qu'on ayme son ennemy & qu'on luy rende bien pour mal. & qui fait contre le commandement de dieu se dampne & si ne gaigne riens: pourquoy seroit mieulx son prouffit se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en vient / & est nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre son honneur / & voicy la raison. une personne de grant couraige jamais ne mesdiroit de son ennemy / pource que elle scet bien qu'il pourroit sembler aux gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est la vengeance des gens de pou de puissance & de foible de cueur et de quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx qui orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy ne la croyront mye / car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt estre creu. Et la quarte raison est que la personne qui ja luy a nuy ou peu nuyre sera de tant plus indignee contre luy quant dire orra qu'elle en mesdit / si purra engreger l'injure & luy faire encores pis si seroit moins mal recevoir ung desplaisir que deux. Et pource en concluant fut trop bien comparé par exemple a mesdit ce qui est escript d'un qui vouloit prendre guerre au ciel / & tiroit d'ung arc contre les nues et les fleches retournoyent sur son chief & le navroyent. Tout ainsi le mesdit que le haineux fait de son adversaire retourne sur luy & navre son ame & son honneur / sicomme par les dessusdictes quatre raisons est demonstré.

¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal de leur maistresse. Chap. xxxiii

La deuxiesme cause dont vient & sourt mesdit est de oppinion en telle maniere ou semblable une personne aura oppinion que une autre soit mauvaise ou deffaillant en aucunes choses ou en toutes / ou que elle ne se gouverne pas bien en tous cas ou en aucuns & pour ceste cause sans sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure toute autre qu'elle ne la pense en mesjurera & mesdira abondamment et plainement a petite consideration pour bien pou d'achoison. Et tel cas advient communement par tout. Car sans faille a cause de oppinion et sans sçavoir de certaine science mesdient plus ceulx qui ont la tache de mesdire. Si n'est mye communement court de prince & de princesse sans telz mesdisans / lesquelz a tel cause / c'est assavoir d'oppinion sans plus n'espargnent ame / et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en parlant de ce vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui diffame & dit mal d'autruy & par especial de qui le paist & nourrist dont il a son estat & son vivre / mais nonpourtant il advient a mainte court que se les servans ou servantes ou ceulx ou celles qui y demeurent voyent ou leur semble veoir en maistre ou maistresse tant soit petit signe de quelque vice tantost a cause d'oppinion les chargeront de grant langaige disant que la chose est faicte que ilz ont pensee. Et a nostre propos parlant aux femmes quoy qu'il peut aussi bien aux hommes toucher. Assés de femmes de court en mains pays est il de tous estatz que si elles voyent leur dame ou maistresse sans plus parler bas a une personne une fois ou deux ou quelque signe de priveté ou d'amitié ou quelque ris ou quelque joyeuseté faicte par adventure par jeunesse ou ygnorance & sans mal penser se ladicte maistresse se est tant soit petit joyeuse ou en ses habillemens gente & propre qui sont choses qui a mainte personne viennent de droicte condicion plus aux unes que aux autres tantost ilz seront prestz d'en mesjuger. & non mye seullement en cestuy cas mais aussi bien en tous autres dequoy par petite achoison aucunesfois prendront quelque maulvaise oppinion de leur dicte maistresse mais du mesjugement c'est du moins ilz feront pis / car pourtant se elle est leur dame et qu'ilz soyent nourris repeuz & a beaulx gaiges de ses biens que ilz facent ou qu'elles facent bien les obeissans les genoulx a terre a grant reverence & assez de flateries si ne s'en tairont ilz mye / ains diront leur advis l'une a l'autre & s'acointeront a conseil & a brief dire seront tout ainsi que la maulvaise brebis qui est rongneuse donne & depart de sa rongne aux autres / mais toutefvoyes bien se garderont que leur maistresse ne l'apperçoyve ne oye & leur suffira mais que a elle seulle soit celé & mesmement de ce que eulx ou elles luy accorderont & soustendront disant que sera bien faict d'ainsi faire s'en mocqueront & en parleront en derriere & y adjousteront plus qu'il n'y a & qu'il n'y scevent assez de servans & de servantes le font aussi. mais a nostre propos les dames damoiselles femmes de court qui ainsi le font trop grandement mesprennent & font trop plus grant peché que se d'autres ou d'entre elles mesdisoyent pour cinq principaulx raisons. La premiere pource que de tant qu'elle est plus grant maistresse son honneur ou deshonneur est plus renommé par tout pays que d'une autre simple femme pource fait pis que la diffame car celluy diffame peut voller en maintes contrees. La deuxiesme pource qu'elles font trahyson a qui ilz monstrent bel semblant & obeissent. Tiercement ilz font contre leur serment qui fut tel elles garderoyent son bien & son honneur. Quartement qu'elles rendent mal pour bien a celles de qui & par qui sont soustenus & nourries & ont leur estat. Et quintement que elles jugent autruy qui est contre le commandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre juge. Et posons ores qu'elles sceussent tout clerement seur leur maistresse sicomme ja est dit devant / & qu'elle fust une tresmauvaise & perverse creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne aultre part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeement que raportees ne soyent & elles sont tenues de garder son honneur & couvrir sa honte & que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles & l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur grant deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent. Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler & mesdire le service n'est ne bel ne bon nous te respondons si t'en va s'il ne te plaist. Et s'il te est besoing de servir parquoy ne t'en puisses aller que trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins & fay semblant que tu n'y voyes goute & que riens n'y apperçoys puis qu'il n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et loyaulment ce qu'il te appartient & de plus ne te mesle prie dieu qu'il la vueille amender & luy doint congnoissance se tu y vois mal & se a autre en oys parler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en tays & de ce seras tu mieulx prisee / mais ce que ja devant est dit certes il va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent de leur maistresse qui le font plus par despit de ce que elles ne sont appellees au secret et par l'envye que autres femmes en scevent plus que pour autre precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que la bonne & loyalle dame damoyselle ou autre de court fera qui vouldra user de bonne conscience & aymera le bien & honneur de sa maistresse que elle verra dechoir de son honneur & en peril de grant inconvenient si ne luy oseroit dire ne le admonnester / elle s'en yra au confesseur de sa maistresse & non a autre si luy dira secrettement & en confession ce que on dit d'elle & le peril ou elle se met & le mal qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu qu'il luy monstre / & ne l'accuse mye.

¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne dire mal. Chapitre .xxxiiii.

Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin. Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit & le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame & corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté. Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux & bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / & pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en est assez parlé au quatriesme & cinquiesme chapitre de ceste deuxiesme partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames damoiselles & femmes de court.

Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur appartient. chap. .xxxv.

Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre & maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses & dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses & grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur & puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme. Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince, et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts, receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee, haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles, et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses, prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy devant ou chap. des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.

¶ Cy devise la maniere comment il appartient que les dames & damoiselles qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou fait de mesnage. chap. .xxxvi.

Que autre maniere d'estat & de vivre appartient aux simples dames et damoiselles demourans es fors ou sur leurs terres dehors les bonnes villes que aux baronnesses mais nonpourtant pource que semblablement que les barons et encores plus communement les chevaliers escuyers & gentilz hommes voyagent & suyvent guerres est convenable a leurs femmes qu'elles soyent sages de grant gouvernement & voyent cler en leurs faitz pource le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sans leurs marys qui a court sont ou en divers pays. si convient qu'elles ayent tout le soing de gouvernement & faire valoir leurs revenues et leurs meubles. Si appartient a chascune dame de tel estat s'elle veult user de sens qu'elle sache combien monte par an & vault la revenue de sa terre. Et doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers son mary par doulces parolles & bons admonnestemens que ilz advisent ensemble & disposent de tenir tel estat comme leurdicte revenue pourra fournir / & non mye si grant par dessus que au bout de l'an se treuvent en debtes vers leurs maisgnies ou autres crediteurs Car sans faille ce n'est point honte de tenir estat selon sa terre ou rente soit ores petit. Mais c'est honte de le tenir si grant que les debteurs viennent tous les jours crier & braire a l'ostel & lever les basteaux telle fois ou qu'il conviengne par necessité qu'on griefve ses hommes ou ses hostes ou qu'on face quelques autres extorcions il appartient a telle dame ou damoiselle / qu'elle soit toute aprinse es droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives & droictures de champars de prises de plusieurs mains / et de toutes telles choses qui sont en droit de seigneurie selon les coustumes des pays / affin qu'elle n'y puisse estre deceue. Et pource qu'il est tout plain de gouverneurs de terres & de jurisdicions de seigneurs qui voulentiers trompent doit estre de tout ce advisee & bien s'en prendra garde & ne luy sera point de deshonneur s'elle se congnoist en comptes & que souvant les oye & vueille sçavoir comment iceulx se gouvernent vers ces choses ou hommes qu'ilz ne les trompent ne griefvent oultre raison. Car ce seroit a la charge de l'ame de son mary & d'elle ou fait des amendes aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse que rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbonne mesnagiere. & qu'elle se congnoisse en labour & en quel temps et en quelle saison on doit donner aux terres & aux labourages les façons / de quelle maniere est le meilleur que les talons aillent selon l'assiete du gueret s'il est en païs sec ou moiste & de la profondeur et qu'ilz soyent droitz & vivement fais semés a point de telz grains que les terres desirent et pareillement se congnoistre au labour des vignes se c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle ait bons laboureux & maistres en tel office / & ne prengne pas gens qui changent maistre de terme en terme / car c'est mauvais signe ne trop vieulx / car ilz seroyent paresseux & foibles / ne trop jeunes. car trop seroient en jeux / si soit soigneuse de les faire lever matin / ne s'en attendre a nul s'elle est droite mesnagere / ains elle mesme se lieve et affuble une houppelande / voise a sa fenestre & huche tant qu'elle les voye saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers paresseux / se voise souvent esbatre aux champs veoir comment ilz labourent. Car assés en est il qui voulentiers se passeroient de grater sans plus la terre par dessus pour eulx en delivrer s'ilz cuidoient qu'on n'y prenist garde et qui bien se scevent dormir aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et laisser leurs chevaulx du labour ou les beufz entandis paistre en ung pré et ne leur chault / mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont fait leur journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde. Avec quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may n'attendra pas la cherté / mais baillera son aoust a soyer a compaignons bons fors & diligens / a eulx marchandera & composera a argent ou a bled Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra garde qu'ilz ne laissent riens derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez d'autres faulcetés que telz gens scevent bien faire qui n'est dessus & semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin car en l'hostel ou la dame gist communement grande matinee a peine ira bien le mesnage / voise aval l'hostel assez trouvera commander. car peu chault a mesgnie communement comment voise qui n'est dessus / face mettre les bestes hors a heure. prengne garde au bergier comment il les gouverne. & s'il en est maistre / & qu'il ne soit despiteux / car il les font nourrir quant ilz veullent en despit de la maistresse ou du maistre / & quelles soyent nettement tenues gardees de trop ardant soleil & de pluye garies de la rongne / elle yra s'elle est saige souvent au toyt avecques une de ses femmes veoir comment on les ordonne. & ainsi sera le bergier plus songneux qu'il n'y ayt que redire. en fera bien penser au temps qu'elles devront agneler. & prendre grant soing des aigneaulx car souvent se meurent par faulte d'en penser. sera songneuse de lever des nourritures / soit present au tondre & que ce soit en saison. En ces hostelz qui seront en pays ou il aura grans praries & herbaiges tiendra grant foison bestes a cornes. & se foison a avaines qui pou se vendent tiengne des beufz en creche dont fera grant argent quant seront gras / s'elle a bocaiges la tiendra haras qui est prouffitable chose a qui bien s'en scet chevir advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc leur fera coper ses saussoyes ou couldroyes & faire des eschaillas pour vendre en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois pour le chauffage de l'hostel ou deffricher quelque champ & s'il fait trop fort temps les fera batre en granche / & ainsi jamais ne les lerra oyseux. Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse. Et semblablement embesongnera ses femmes les chamberieres de penser du bestial de faire a menger aux laboureux & des letaiges sarcler les courtilz aller a l'herbe & estre crotees jusques aux genoulx / elle ses filles & damoiselles s'embesongnera de draper de trier celle laine & sortir. mettre les coletz & la fine a part pour faire fins draps pour son mary & pour elle & pour vendre se mestier est. des gros pour les petis enfans & pour ses femmes et maignie fera des couvertures de gros bourions de la laine. & des fumiers fera cultiver des chanvres que toilleront & filleront au soir en yver ses chamberies pour faire des grosses toilles Et toutes telz choses & autres semblables qui trop long seroit a dire en plat pays ont mestier a mesnage / & celle qui plus en est diligente quelque grande qu'elle soit fait le plus que saige & en doit estre treslouee / & ceste voye tenir a saige mesnagiere rend aucunesfois plus de prouffit que la droicte revenue de la terre / sicomme le sçavoit bien faire la saige mesnagiere contesse de Eu mere du bon jeune conte qui mourut en voyage de hongrie qui n'avoit point de honte de se employer en tout honneste labeur de mesnaige tant que plus valoit par an le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre. Et de telle femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de salomon de la saige femme.

¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz atours & habillemens. Chap. .xxxvii.

ET pource que nous avons touché au chap. sidevant que les dames & damoiselles demourans dehors sur leurs manoirs & heritages doivent adviser & conseiller leurs maris de leur estat. C'est assavoir: que plus grans ne seront tenus que leurs revenues peut fournir. Nous semble bon admonnester a celles qui saigement veullent vivre & ensuyvre nostre doctrine qu'elles se veullent garder des superfluités & oultrages que aucunes font par especial en deux choses venues a cause de grant orgueil qui court entre plusieurs d'elles quoy que ailleurs soyent assez communs / mais pource que nostre present propos chiet en la matiere & que iceulx vices & deffaulx pevent tourner a grant prejudice de leurs ames et ne sont bons ne beaulx mesmes au corps en parlerons / l'ung est des tresoultrageux atours & habitz qu'ilz prennent / & l'autre des harnois qu'ilz font d'aller l'une devant l'autre ensemble sont. Et premierement de ce qui touche aux habitz a declarer que celles qui tant se delictent mesprennent n'est pas doubte que par les belles anciennes coustumes les habitz des roynes n'osassent prendre les duchesses / ne ceulx des duchesses les contesses. ne ceulx des contesses les simples dames / ne ceulx des dames les damoiselles / mais a present que tout est desordonné y pert comment tout va. car il n'y a es habitz ne es atours rigle tenu / car qui plus en peut faire de quelque estat que ce soit soyent femmes ou hommes leur semble qu'ilz besongnent le mieulx & tout ainsi que les brebis suyvent l'une l'autre / s'il y a aucun homme ou femme qui voye faire a autre quelque oultrage ou desordonnance en habit tantost les autres le suyvent & dient qu'il fault faire comme les autres / mais ilz dient voir il fault que ung autre oultrageux suyve ung autre oultrageux. mais se la plus grant partie des gens estoient bien amoderés & de bon sçavoir on ne suyvroit point l'un l'autre en faisant de riens oultraige / ains celluy qui l'auroit commencee en seroit moins prise & demouroit seul en la follie. Je ne sçay quelle plaisance ce peut estre & n'est que faulte de sens qui ainsi abuse les creatures / car par telz oultraiges d'estat d'abitz on n'en est de riens mieulx prisé / mais moins de ceulx & celles qui ont sens car il n'est plus grant mocquerie que de veoir a personne qui quelque soit grant & oultrageux estat & on scet bien qu'il ne luy appartient ou qu'il n'y a dequoy le maintenir et le temps est ores venu que on ne voit autre chose. Et se telz gens ont de la povreté par decoste que mal leur en prengne on ne les doibt pas plaindre car plusieurs en desertent et mettent a povreté par telz oultraiges qui fussent bien ayses se amoderement voulsissent vivre. & plus grant honte y a a plusieurs des debtes que souvent sont a cousturiers peletiers drapiers & orfevres desquelz sont a la fois executés & fault qu'ilz baillent une robe en gaige pour avoir l'autre. Et dieu scet se on leur salle bien ce qu'ilz prennent a creance & la denree leur couste au double. Et ces choses nous disons pour ceulx & celles qui le font en cuidant par celle voye surmonter leurs voisins. mais ce fait tout l'abondance du grant orgueil qui regne au jourd'huy sans faille plus que oncques mais / car a nul ne suffit son estat ains vouldroyent chascun sembler ung roy / & sera force que tel orgueil dieu punisse quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce pas grant oultraige voirement & chose superflue ce que comptoit l'autre jour ung taillandier de robes de paris qu'il avoit fait pour une dame simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a mis cinq aulnes a la mesure de paris de drap de brouxelles de la grant moison / et traine bien par terre trois quartiers de queue & aux manches a bonbardes qui vont jusques aux pedz / mais dieu scet se selon cest habit comment large atour & haultes cornes qui est en verité ung tres layt habillement & qui messiet n'est pas doubte a qui cler y voit / le moyen est le plus doulx & le plus plaisant: Et cecy est quant aux dames de france / car es autres pays se tiennent plus longuement communement les coustumes que ont tant hommes que femmes en leurs habillemens non mye changant de an en an comme icy qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores comme il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par especial & d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car quoy qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or & de pierrerie si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se peut mettre de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps & de pennes trainans se usent & fault tantost des autres. Et semblablement des atours des testes sont plus beaulx les leurs. Car il n'est au monde plus gracieulx atour a femmes que beaulx cheveulx blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint paul qui dit que cheveulx est le parement des femmes.

¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.

Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige. certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille. Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere / laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir. Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse. Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus. O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse & estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant & ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre. Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités & bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur. Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance & reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des bons est souef flaire.