Expériences électriques avec un essai pour rendre raison de leurs différens phénomènes, & quelques observations sur les nuages de tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'état électrique positif & négatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la Société Royale.
6. Décembre 1753.
Première Expérience. Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de liége chacune de la grosseur d'un petit pois, de manière qu'elles se touchent, si l'on porte le tube de verre frotté sous les boulettes, il les fera séparer quand on le tiendra à la distance de trois ou quatre pieds; si on l'en approche davantage, elles se sépareront encore davantage; si on le retire tout-à-fait, elles se réuniront immédiatement. Cette expérience peut se faire avec des boulettes de cuivre suspenduës par le moyen d'un fil d'argent; elle réussira aussi bien avec de la cire d'Espagne renduë électrique qu'avec du verre.
Deuxiéme Exp. Si deux boules de liége sont suspenduës avec des fils de soye secs, il faudra en approcher le tube frotté à la distance de dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles continuëront de le faire quelque tems après que le tube aura été ôté.
Comme les boules dans la première expérience n'ont pas été isolées, on ne peut pas dire à la rigueur qu'elles ayent été électrisées; mais quand elles sont suspenduës dans l'atmosphère du tube frotté elles peuvent attirer & condenser le fluide électrique autour d'elles & être séparées par la répulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules alors contiennent moins que leur part commune du fluide électrique par rapport à la force de répulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en entre & en passe peut-être un peu continuellement au travers des fils; & si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules suspenduës avec de la soye dans la seconde expérience doivent être dans une partie beaucoup plus dense de l'atmosphère du tube avant de se repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bâton de cire frottée dans la première expérience, le feu électrique est supposé venir au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frotté laisse aller le fluide électrique, mais la cire frottée le reçoit.
Troisiéme Exp. Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamètre, & qu'on suspende à un de ses bouts des boules de liége avec des fils de lin; électrisez-le en portant le tube de verre frotté près de l'autre bout, ensorte que les boules restent séparées d'un pouce & demi ou de deux pouces, alors à l'approche du tube frotté elles perdront par dégré leur vertu répulsive & viendront en contact: & à mesure qu'on approche toujours le tube davantage, elles se sépareront encore à une aussi grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront jusqu'à se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si le tube mince est électrisé par la cire ou par le crochet d'une bouteille chargée, les boules seront affectées de la même manière à l'approche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille.
Quatriéme Exp. Électrisez les boules de liége comme dans la dernière expérience par le verre, & leur répulsion augmentera à l'approche d'un bâton de cire frotté. Ce sera le même effet si le verre frotté en est approché lorsqu'elles ont été électrisées avec de la cire.
On suppose qu'en portant le verre frotté au bout ou au bord du tube mince dans la troisiéme expérience, il l'électrise positivement, ou ajoute au feu électrique qu'il contenoit auparavant, & par conséquent il en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais à l'approche d'un verre frotté qui laisse sortir pareillement un fluide électrique, les boules en déchargeront moins, ou une partie sera poussée en arrière par une force qui agira dans une direction contraire, & elles s'approcheront plus près. Si le tube est tenu à une telle distance des boules que l'excès de la densité du fluide autour d'elles au dessus de la quantité ordinaire dans l'air, soit égal à l'excès de la densité de celui qui est en elles, au-dessus de la quantité ordinaire contenuë dans le liége, leur répulsion sera bientôt détruite; mais si le tube est approché davantage, le fluide du dehors étant plus dense que celui du dedans des boules, il sera attiré par elles, & elles se sépareront encore l'une de l'autre.
Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide par l'approche de la cire frottée d'une de ses extrémités, ou qu'il est électrisé négativement, le feu électrique est attiré & pris par les boules pour suppléer au défaut, & cela plus abondamment à l'approche d'un verre frotté ou d'un corps électrisé positivement qu'auparavant. C'est pourquoi l'éloignement entre les boules augmentera à mesure que le fluide qui les entoure, augmente, & en général soit par l'approche, soit par l'éloignement de quelque corps, si la différence entre la densité du fluide intérieur & extérieur est augmentée ou diminuée, la répulsion des boules sera augmentée ou diminuée à proportion.
Cinquiéme Expér. Si le tube mince isolé n'est pas électrisé; approchez de son milieu le tube de verre frotté, ensorte qu'il fasse à peu près angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre; elles le feront d'autant plus que le tube frotté sera plus près. Quand il a été tenu quelques secondes à la distance d'environ six pouces, retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu'à ce qu'elles se touchent, puis se séparant encore à mesure que le tube s'éloigne davantage, elles continuëront à se repousser quand on l'ôtera tout-à-fait, & cette répulsion entre les boules augmentera à l'approche du verre frotté, mais elle sera diminuée par la cire frottée, comme si l'appareil avoit été électrisé par la cire de la manière expliquée dans la troisiéme expérience.
Sixiéme Exp. Isolez deux tubes minces désignés par A & B, ensorte qu'ils soient en ligne droite & séparés d'environ six lignes; suspendez au bout éloigné de chacun une paire de boules de liége. Approchez du milieu d'A le tube de verre frotté, & le tenant peu de tems à la distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se séparer: écartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront encore l'une l'autre; mais celles de B seront à peine affectées. Par l'approche du tube de verre frotté tenu sous les boules de A, leur répulsion sera augmentée; mais si le tube est porté de la même manière vers les boules de B, leur répulsion diminuëra.
Dans la cinquiéme expérience la provision commune de matière électrique dans le tube mince est supposée être raréfiée vers le milieu & condensée aux extrémités par la vertu répulsive de l'atmosphère du tube de verre frotté, quand il est tenu près du premier; & peut-être le tube mince perd-il quelque chose de sa quantité naturelle de fluide électrique avant qu'il en reçoive du verre: comme ce fluide doit être plus prêt à sortir par ses bouts & par ses bords qu'à entrer au milieu: & par conséquent lorsque le tube de verre est écarté & que le fluide est dérechef également répandu à travers l'appareil, on trouve qu'il est électrisé négativement, car le tube frotté porté sous les boules augmentera leur répulsion.
Dans la sixiéme expérience une partie du fluide tiré d'un tube mince entre dans l'autre. On connoît qu'il est électrisé positivement par la diminution de la répulsion de ses boules à l'approche du verre frotté.
Septiéme Exp. Placez le tube mince avec la paire de boules à son bout, à trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air très-sec par le moyen du feu; électrisez l'appareil à un degré considérable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le tube mince, les boules continuëront cependant de se repousser l'une l'autre; mais non pas à une si grande distance qu'auparavant.
L'air qui environne l'appareil à la distance de deux ou trois pieds est supposé contenir plus ou moins de feu électrique que sa part commune, selon que le tube mince est électrisé positivement ou négativement; & quand il est très-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne répare pas son défaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer d'être électrisé, après qu'il a été touché pendant un temps considérable.
Huitiéme Exp. Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5. pieds, de la manière expliquée dans les Transactions Philosophiques, vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frotté, on verra une lumière dans plus de la moitié de sa longueur; elle s'évanouit bientôt si on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoîtra à mesure qu'on l'avancera davantage; on peut le répéter plusieurs fois sans frotter le tube de nouveau.
Cette expérience peut être regardée comme une espèce de démonstration oculaire de la vérité de l'hypothèse de M. Franklin, que quand le fluide électrique est condensé d'un côté d'un verre mince, il sera repoussé de l'autre s'il ne trouve point de résistance, en conséquence à l'approche du tube frotté le feu est supposé être repoussé de la surface intérieure du verre qui entoure le vuide & être emporté au travers des colonnes de mercure, mais on suppose qu'il revient à mesure qu'on écarte le tube.
Neuviéme Exp. Qu'on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamètre, frottez le tube de verre & traînez-le sur une de ses moitiés, ensuite le tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & traînez-le sur la même moitié; répétez cette opération plusieurs fois: cette moitié détruira la force répulsive des boules électrisées par le verre, & l'autre moitié l'augmentera.
Il paroît par cette expérience que la cire peut aussi être électrisée positivement & négativement, & il est probable que dans les corps quels qu'ils soient, la quantité de fluide électrique qu'ils contiennent peut être augmentée ou diminuée. J'ai observé par un grand nombre d'expériences que certains nuages sont dans un état positif d'électricité, d'autres dans un état négatif, car les boules de liége qui en sont électrisées se serrent souvent à l'approche d'un tube frotté, & d'autres fois s'écartent à une plus grande distance. J'ai vû arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les boules se réunissant chaque fois & restant en contact quelques secondes avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de même découvrir aisément avec une bouteille chargée si le feu électrique est tiré de l'appareil par un nuage négatif ou s'il y est poussé par un positif, & quelque soit celui par lequel il sera électrisé, soit que ce nuage se sépare de son surplus, soit que son défaut soit remplacé sur le champ, l'appareil perdra son électricité. On remarque que c'est souvent le cas après un éclair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil continuëra d'être électrisé pendant dix minutes ou un quart-d'heure après que les nuages ont passé le zénith, & quelquefois jusqu'à ce qu'ils paroissent à plus de moitié chemin vers l'horizon: la pluye surtout, quand les goutes sont grosses, fait communément descendre le feu électrique; & la grêle en été n'y manque jamais à mon avis. Quand l'appareil fut électrisé la dernière fois, ce fut par la chûte d'une neige fonduë, ce qui arriva dernièrement environ le 12. de Novembre; c'étoit le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme fois qu'il avoit été électrisé depuis qu'il avoit été élevé, c'est-à-dire vers le milieu de Mai, & comme le thermomètre de Fahrenheit n'étoit que de sept degrés au-dessus de la congélation, on présume que l'hyver n'interrompra pas entièrement les opérations de cette sorte. À Londres il n'arriva que deux orages de tonnerre pendant tout l'été, & l'appareil fut quelquefois si fortement électrisé pendant l'un, que les timbres qui ont souvent été sonnés par les nuages assez fort pour être entendus dans toutes les chambres de la maison (les portes étant ouvertes) furent tenus en silence par le cours presque continuel d'un feu électrique dense entre chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper.
Je terminerai cet écrit déjà trop long par les deux questions suivantes.
1º. L'air raréfié tout-à-coup ne peut-il pas donner le feu électrique aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condensé soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux?
2º. L'aurore boréale n'est-elle point l'élancement du feu électrique des nuages positifs aux négatifs à une grande distance dans la partie supérieure de l'atmosphère où la résistance est moindre?
Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se rêduit à ceci.
I
l fit d'abord plusieurs expériences
sur des oiseaux, &
trouva que deux gros pots de
verre mince dorés contenant
chacun environ six gallons &
tels que j'ai dit que je les avois
employés dans le dernier écrit
que je vous ai présenté sur ce
sujet, étoient suffisante quand ils
étoient bien chargés pour tuer
des poules ordinaires sur le
champ; mais les poulets-d'inde,
quoiqu'ils éprouvent de violentes
convulsions, & qu'ils restent
étendus comme morts pendant
quelques minutes, se rétablissoient
en moins d'un quart-d'heure.
Quoiqu'il en soit, ayant
ajouté trois pots pareils aux deux
premiers sans être pleinement
chargés; il tua un poulet-d'inde
d'environ dix livres, & il croit
qu'ils en auroient tué un beaucoup
plus gros. Il imagina que
les oiseaux tués de cette sorte
étoient extrémement tendres à
manger.
En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras & le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée, & sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de la taille.
De M. B. FRANKLIN Écuyer
de Philadelphie
à M. D'ALIBARD, à Paris.
29 Juin 1755.
M
ONSIEUR,
Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques, que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans.
Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie.
Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.
Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai transcrire pour vous.
Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une pompe percera les carreaux de vitre les plus épais.
Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres & toujours, excepté une seule fois, avec une alternative, c'est-à-dire que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait totalement oubliée.
Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les communiquer.
Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant.
Le clocher étoit une tour quarrée de bois élevée de 70. pieds depuis le sol jusqu'à l'endroit où la cloche étoit suspenduë; au-dessus s'élevoit une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu'à la girouette ou au coq. Près de la cloche étoit attaché un marteau de fer pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel étoit la cloche, & de même au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en plâtre de ce second plancher, & très-près couloit horizontalement le fil-d'archal jusqu'auprès d'une muraille de plâtre, le long de laquelle il descendoit à l'horloge, qui étoit 20. pieds au-dessous de la cloche. Ce fil-d'archal n'étoit pas plus gros qu'un lacet ordinaire.
La pyramide fut toute mise en piéces par la foudre, & les éclats en furent poussés de tous les côtés sur la place où l'Église étoit bâtie, ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu les trous de foret, sans endommager la muraille de plâtre ni aucune partie du bâtiment jusqu'à l'extrémité de ce fil-d'archal & de celui du pendule de l'horloge, ce dernier étoit de la grosseur d'une plume d'oye. Depuis l'extrémité du pendule jusqu'à la terre le bâtiment étoit fendu & excessivement endommagé; des pierres avoient été arrachées des fondemens & jettées es à la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pût retrouver aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du marteau, & environ autant qui étoit attaché à l'horloge, le reste étant sauté, & ses particules dissipées en fumée & en parties insensibles, comme il arrive à la poudre à canon à l'approche du feu ordinaire. On voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces, plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le plâtre le long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voilà les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques qui suivent, sçavoir.
1º. Que la foudre dans son passage au travers d'un bâtiment, quittera le bois pour passer dans le métal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera point dans le bois que le conducteur de métal ne finisse. J'ai fait la même observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de briques ou de pierres.
2º. La quantité de matière fulminante qui passa au travers de ce clocher doit avoir été bien grande à en juger par ses effets sur cette haute pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarrée au-dessous de l'extrémité du pendule de l'horloge.
3º. Quelque grande qu'ait été cette quantité, elle a été conduite par un petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le bâtiment ait été endommagé le long de ces fils.
4º. La verge du pendule étant d'une grosseur suffisante, conduisit la foudre, sans en être offensée; mais le petit fil fut entièrement détruit.
5º. Quoique le petit fil air été détruit, il avoit conduit la foudre & préservé le bâtiment.
6º. Et de toutes ces circonstances il paroît plus que probable que si un petit fil semblable avoit été étendu depuis la verge de la girouette jusqu'à la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit causé aucun dommage au clocher, quoique le fil même eût été détruit.
Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donné l'un & l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernière Lettre. Je suis, &c.
B. Franklin.
Agitation de l'eau favorable à l'évaporation, tom. II. pag. 6.
Aigrette (l') montre d'où vient le feu, II. 168.
Aiguille couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de les électriser, I. 239.
Aiguille de boussole pirouette près du premier conducteur, II. 156.
Aiguille décharge le conducteur en un instant, I. 239.
Air: sa circulation, II. 32.
Air sec, ce que c'est, I. 44.
Air (l') n'est point affecté par l'électricité, I. 45.
Air comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe en rosée, II. 13.
Air: ses courans différens, II. 27.
Air (l') est électrique & n'est point conducteur de l'électricité, I. 42 II. 2.
Air frais après l'orage, II. 32.
Air raréfié par le feu commun, II. 9.
Air (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27.
Air (l') s'élève dans la zone torride, II. 27.
Allumer par l'électricité une chandelle qui vient d'être éteinte, I. 94.
Amazones: rivière des... II. 19.
Analyse de la bouteille électrisée, II. 140-160.
Andes: montagne des... II. 18.
Angles aigus d'un corps surchargé d'électricité se déchargent en l'air, I. 22.
Araignée factice & animée, I. 96.
Argent fondu à froid dans la bourse, II. 40.
Atmosphère électrique, I. 8.
Atmosphère électrique par sa fluidité & sa répulsion coule pour remplir l'endroit d'où l'on tire, I. 20. 21.
Attraction des particules d'eau, II. 10.
Aveuglement causé par la foudre, II. 48.
Aveuglement causé par l'électricité, II. 48.
Aurore Boréale: son explication, II. 32.
Baguette de métal reçoit l'électricité & la transmet dans l'instant, I. 223.
Baguette de verre ne conduit point un choc, I. 224.
Baisers électriques, I. 95.
Balances suspenduës au plancher, I. 242.
Balances déchargées en silence par une aiguille, I. 243.
Balles (deux) de liége suspenduës au conducteur, I. 114.
Batterie électrique, I. 160.
Bermudes: Isle peu sujette au tonnerre, II. 41.
Bois sec est électrique, I. 138.
Boule de liége électrisée tournée en l'air, I. 44.
Boule de liége suspenduë entre le fil-d'archal de la bouteille & un fil de fer attaché au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64.
Boule de liége charrie le feu électrique du haut au bas de la bouteille, I. 64.
Boule de liége suspenduë encre deux livres couchés sur des verres, I. 79.
Boule de liége suspenduë entre deux bouteilles chargées semblablement & différemment, I. 128.
Boules de liége suspenduës à des fils de lin, II. 281.
Boules électrisées différemment, remises dans leur état naturel, I. 15. & 16.
Boulet de fer électrisé, I. 192. 235.
Boussoles dérangées par le tonnerre, II. 134.
Bouteille électrique ne reçoit plus de feu intérieurement quand elle est épuisée extérieurement, I. 49.
Bouteille chargée par le globe de verre & déchargée par le globe de soufre, II. 159.
Bouteille électrisée mise sur un corps électrique conserve son feu, I. 59.
Bouteille chargée entre le verre & le soufre, II. 159.
Bouteille électrisée attire & ensuite repousse par son fil-d'archal une boule de liége, & attire la même boule présentée à son côté, I. 55.
Bouteille (la) n'a pas la même atmosphère électrique en dedans & en dehors, I. 56.
Bouteille (la) sur de la cire peut être déchargée par un fer courbé, ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68.
Bouteille (une) sur laquelle on auroit établi une communication de son fil-d'archal à son côté, ne sçauroit être électrisée, & pourquoi, I. 73.
Bouteille sale & humide en dehors ne sçauroit être électrisée & pourquoi, I. 74.
Bouteille (la) s'électrise par le côté aussi bien que par le crochet, I. 120.
Bouteilles chargées de la même & de différentes manières, I. 120-131.
Bouteille (la) électrisée ne se décharge point sans communication non-électrique, I. 131.
Bouteilles suspenduës l'une à la queuë de l'autre se chargent toutes en même tems, I. 135.
Bouteille mince d'un pouce de diamètre donne un coup prodigieux, I. 186.
Bouteille électrique chargée de son propre feu, I. 102.
Broche électrique. I. 176.
Canal ouvert à l'une de ses extrémités, II. 31.
Canons (deux) unis lancent leurs étincelles à deux pouces de distance, II. 26.
Canton: (Jean) ses expériences, II. 280.
Capitaines de vaisseaux: leur témoignage, II. 41.
Carreau de verre électrisé entre deux plaques de plomb, I. 142.
Carillon électrique, I. 183. II. 130.
Cercles de carton représentant les nuages de mer & de terre, II. 22.
Cerf volant de M. Franklin, II. 182.
Chaîne déployée susceptible de plus d'électricité, II. 221.
Chaleur du soleil ne détruit point l'électricité, I. 242.
Chaleurs suivies d'orages, II. 33.
Chandelle rallumée, I. 94.
Charge & décharge: leur signification, I. 129.
Charge & décharge de la rouë électrique, I. 181. 182.
Chute soudaine de pluyes après les éclairs, II. 21.
Circulation de l'air, II. 32.
Cire (la) peut être électrisée positivement & négativement, II. 296.
Colophone séche enflammée, II. 37.
Communication avec le plancher n'est point nécessaire pour qu'on reçoive la commotion, I. 53.
Communication directe entre les surfaces rétablit dans l'instant l'équilibre dans la bouteille, I. 69.
Communication du feu électrique se fait avec craquement, I. 30.
Communication extérieure non-électrique nécessaire pour rétablir l'équilibre, I. 139.
Conducteurs & non conducteurs, I. 39.
Conducteur d'électricité, sa construction, I. 28.