Title: Une journée à Pise : guide historique, artistique et commercial
Author: Eve Destantins Anthony
Release date: January 27, 2009 [eBook #27904]
Language: French
Credits: Produced by Carlo Traverso, Rénald Lévesque and the Online
Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net.
This file was produced from images generously made available
by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
EN VENTE
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ET CHEZ L'AUTEUR
Sotto Borgo, 6, PISE
fin de satisfaire à la demande de plusieurs
étrangers, j'ai entrepris d'écrire
en italien et en français un petit guide
de Pise, dont le contenu est fort abrégé. Je me
réserve de publier, au besoin, une seconde édition
plus étendue.
J'espère que ce modeste ouvrage sera bien accueilli des touristes et des Pisans.
Mon but a été d'attirer toujours plus les étrangers dans cette ville dont le séjour est très agréable et qui est non moins illustre par son histoire que par ses monuments.
Il faut espérer que cette ancienne et jolie cité conservera son prestige bien mérité. On vient de l'embellir de belles et spacieuses rues, d'élégantes et commodes habitations, ce qui nous fait supposer qu'elle aura, plus encore que par le passé, le bonheur de recevoir un grand nombre de bienveillants étrangers, attirés par la douceur de son climat, par la beauté et la commodité de sa position, et par l'affabilité et la politesse de ses habitants. EVE DESTANTINS ANTHONY.
'après une respectable opinion (opinion
très accréditée), Pise tire son origine
d'une colonie grecque, qui y serait
venue du Péloponèse bien avant l'ère vulgaire.
Pélops, fils de Tantale, roi de Phrygie, fut, dit-on, celui qui, arrivé en Italie sur le rivage de la Méditerranée, à l'embouchure de l'Arno, ayant trouvé dans le voisinage de la mer une plaine délicieuse arrosée par deux fleuves, l'Arno et le Serchio, y bâtit cette ville, qu'en mémoire de son ancienne patrie d'Elide, il appela Pise.
Virgile, le grand poète latin, nous apprend dans son Enéide, au liv. Xe, qu'un valeureux capitaine nommé Asila, vint au secours d'Enée à la tête de mille guerriers pisans; d'où il résulte que déjà dans ces temps reculés notre Pise était puissante.
Pour attester l'origine de Pise, je citerai ces vers de Virgile traduits en italien par Beverini:
Degli uomini e degli Dei terzo scorreva
Asila.................................
Mille lance da Pisa egli traeva
In sembianze a vedersi orride e belle;
Città, se fama il ver già non offusca,
D'origin Greca e di tirreno Etrusca.
Elle dut par la suite devenir une ville étrusque, et, sous les Romains, elle fit partie de la Tribu Galéria. Sa fidélité aux aigles romaines lui valut le nom de Colonie Julie obséquieuse. Elle fut alors ornée de temples magnifiques, de superbes thermes, de cirques et de théâtres.
A la chute de l'empire Romain, elle devint, comme les autres villes d'Italie, la proie des barbares et fut assujettie aux Longobards.
Cette cité est célèbre pour son port muni de trois tours qui reçut le nom de Triturrita. Il y avait encore jadis une grande quantité de tours dans la ville et dans ses environs, qui ont presque toutes disparu.
La puissance de Pise et son commerce furent très considérables au Moyen-Age; les exploits militaires de ses habitants la rendirent célèbre et lui procurèrent des privilèges et de grands honneurs.
Les Pisans défirent les Sarrasins près de Rome, en 1003; à Reggio de Calabre, en 1006, à Carthage, en 1030, à Palerme, en 1063, et plusieurs fois en Sardaigne. Ils prirent part à la première croisade en 1099; et l'un d'eux, Cucco de Ricucchi, fut le premier à monter sur les remparts de Jérusalem vaincue, dont l'archevêque Daïbert, pisan, devint patriarche. Tandis que Cucco de Ricucchi, portant l'étendard surmonté d'une croix en métal avec le Christ, était attentif à la bataille, la hampe tourna dans sa main, et le Christ se trouva la face vers lui. Alors il s'écria: Continuez, Chrétiens, la victoire est à nous! ce qui advint. De là l'usage des Pisans de porter le crucifix la face tournée vers le porteur.
Il est de tradition qu'en mémoire de ce miracle, le pontife Pascal II adopta depuis le même usage ainsi que les patriarches, les primats, les archevêques, les évêques et les prélats, qui ont pour privilège l'usage de la croix.
Les Pisans construisirent sur le mont Sion une forteresse qui porte encore le nom de Tour des Pisans.
En 1117, après une guerre longue et acharnée, les Pisans s'emparèrent des îles Baléares et firent prisonniers la femme et le fils du roi Nazaréodole.
La reine veuve de Nazaréodole et son fils Lambert se firent chrétiens. Une inscription, sur la façade du Duomo, indique qu'elle fut ensevelie dans cette ville.
Ces exploits et d'autres entreprises de la République de Pise, contre les barbares, accrurent sa puissance, sa richesse et sa renommée; mais les guerres fréquentes et surtout les luttes qu'elle eut à soutenir contre les Florentins, les Lucquois, les Génois et d'autres peuples voisins, troublèrent trop souvent sa tranquillité et sa prospérité.
En 1134, les Pisans combattirent contre le roi Roger de Naples. Deux ans après ils surprirent Amalfi, la pillèrent et emportèrent le célèbre Code Justinien, c'est-à-dire les Pandectes.
Partisans de l'empereur Frédéric, ils s'attirèrent la haine d'une grande partie de l'Italie; plus tard ayant embrassé le parti des Gibelins, ils reconnurent son successeur et d'autres empereurs allemands.
L'inimitié entre Pise, Gênes et Florence fut continuelle. La paix de temps à autre conclue entre les trois rivales fut toujours de courte durée.
La catastrophe de la Méloria, en 1284, abattit irréparablement la puissance de Pise. Un grand nombre de ses enfants tombèrent en combattant auprès de ce fatal écueil, et empourprèrent de leur sang les eaux de la mer; un grand nombre d'autres allèrent remplir les prisons de Gênes. Alors le soupçon de la trahison suffit pour soulever les Pisans contre le Comte Ugolin de la Gherardesca. Celui-ci expia ses complots dans la Tour,--à jamais mémorable,--de la Faim.
Gouvernée alternativement par les Gherardesca, par Dell'Agnello et par les Gambacorti, Pise subit bien des vicissitudes. Le 14 octobre 1406, cette illustre ville, affaiblie par ses discordes intestines et lâchement trahie par ses chefs, tomba au pouvoir des Florentins conduits par le fameux Gino Capponi.
Quatre-vingt-huit ans après, les Pisans, fatigués d'un lourd esclavage, se soulevèrent pour secouer le joug de leurs voisins, et les femmes autant que les hommes firent des prodiges de valeur pour reconquérir l'indépendance de la patrie; mais ce fut en vain, car, abandonnés par le roi de France et à bout de ressources, ils durent se plier aux conditions des Florentins et subir de nouveau leur domination, au mois de juin de l'année 1509.
Sous les grands-ducs de Médicis, Pise se releva de son abaissement. Sa célèbre Université brilla d'une nouvelle splendeur en 1543, et, en 1561, l'Ordre des Chevaliers de Saint-Etienne y établit son siège principal. En 1571, elle eut encore la gloire d'avoir ses galères à la fameuse bataille de Lépante, où les susdits Chevaliers de l'Ordre de Saint-Etienne remportèrent une éclatante victoire sur Sélim II, près des îles Curzolari. Ferdinand Ier l'enrichit, l'embellit d'importants édifices, et lui procura le bienfait d'eaux salubres amenées par de longs aqueducs qui d'Asciano viennent jusqu'à Pise. Cette ville a reçu un grand nombre de bienfaits de la dynastie de Lorraine, et sous le gouvernement actuel elle n'a pas été moins favorisée parmi les villes du royaume, ce qui lui a permis de réaliser de grands progrès. Elle se promet, avec raison, d'obtenir de nouveaux et importants avantages, grâce à la vigilance de son syndic, M. le Com. Thomas Simonelli, et au zèle de son Député, M. le Prof. Ulisse Dini, lequel est toujours guidé par l'amour de sa patrie. Son préfet actuel, M. le baron François Brescia-Morra, bien que n'étant pas de la région, ne montre pas moins d'empressement à faire régner l'ordre et à donner une bonne direction à toutes choses. En 1859, son Université a recouvré la Faculté de Jurisprudence qui avait été transférée à Sienne. Elle a été embellie de nouveaux quartiers, de nouveaux édifices et de nouveaux Instituts pour la jeunesse.
De plus, elle a eu l'avantage d'avoir été choisie pour point central du réseau de la voie ferrée, ce qui contribue beaucoup à l'affluence des étrangers.
ise, chef-lieu de province qui comprend
l'arrondissement de Volterra, est une
ville très ancienne. Son histoire,
comme nous l'avons déjà dit, se perd dans les
ténèbres d'une époque fort reculée. Elle est située
dans une plaine très fertile, à environ 10 kil. de
la mer, et s'étend aux pieds des monts Pisans.
Son climat, doux et tempéré, attire chaque année une grande quantité d'étrangers qui, atteints principalement de maladies de poitrine, y trouvent un prompt soulagement. Pise mérite d'être visitée pour ses monuments qui, bien que peu nombreux, sont cependant dignes d'admiration par leur beauté et leur antiquité.--Sa population est de 26,514 habitants en ville, dans ses dépendances, elle en a 27,040, en tout 53,554, comme il résulte du dernier recensement qui a eu lieu le Ier janvier 1882.
L'eau, qui vient des monts d'Asciano, et qui est amenée en ville par le moyen d'un aqueduc de la longueur de 7 kil., est très légère.
La ville est entourée de murailles en forme de quadrilatère. Six portes y donnent accès: celle de la Barrière Victor-Emmanuel, la plus rapprochée de la gare; celle de Saint-Marc, ou Porte Florentine, conduisant à Florence, en traversant la plaine Pisane; celle de Porta a Mare, ancien chemin conduisant à Livourne, passant par Saint-Pierre à Grado; la Porta Nuova conduisant à Viareggio, Spezia, Gênes, etc.; la Porte de Lucques qui conduit à la ville de ce nom; et la Porte aux Plages, sur les bords de l'Arno. De ce côté on va à Calci, où est située la Chartreuse dont nous parlerons plus tard. La même voie conduit aussi aux délicieux villages de Buti, Vico Pisano, Lugnano, S. Giovanni alla Vena, Cucigliano, Uliveto, lieux renommés pour leurs huiles exquises. Hors de ces portes se trouvent d'agréables promenades dont les principales sont: celle de la Porte aux Plages, sur les bords de l'Arno, ombragée d'arbres et ornée de gracieux bosquets; celle de la Porta à Lucca, bordée de platanes jusqu'aux Bains de Saint-Julien, lieu agréable dont nous parlerons également; et celle de la Porte Neuve, par laquelle on va aux Cascine S. Rossore, ancienne métairie ducale, aujourd'hui château de chasse du roi, et de là à la mer.
Pise est divisée par le fleuve Arno en deux parties qui communiquent par le moyen de trois ponts: le Ponte di Mezzo, le Pont aux Plages, ou alla Fortezza, et le Pont Solferino, appelé aussi Pont Neuf. Il y a encore, hors de la Porta a Mare, deux autres ponts: le pont de circonvallation, utile au commerce pour transporter les marchandises sans rentrer en ville; et le pont de fer sur lequel passent les trains du chemin de fer. Les quais de l'Arno forment la promenade la plus belle et la plus animée de la ville et offrent un coup d'oeil enchanteur. Ils portent les noms de Lungarno Galileo, Gambacorti, Regio et Mediceo. On compte à Pise quatre théâtres: deux diurnes placés hors des portes et deux nocturnes en ville, savoir: Teatro Nuovo, rue Palestro (pl. 52, C. 1); R. Teatro E. Rossi, place S. Niccola (pl. 53, C. 4); Politeama, hors de Porta a Piagge (pl. 54, D 23); Arena Federighi ou Garibaldi, hors la Porta a Lucca (pl. 55, A 6).
La première pensée du touriste qui visite Pise est de voir ses monuments et tout d'abord ceux qui sont réunis sur la place de la Cathédrale. Pour y aller, le voyageur, après avoir passé la Barrière Victor-Emmanuel, pourra prendre à son gré la rue Fibonacci, chemin plus court, ou la rue Victor-Emmanuel qui, traversant le centre de la ville, est plus agréable. Par cette dernière, ayant passé devant la petite église de S. Domenico (pl. 44, D 7), il pourra s'arrêter afin de visiter l'église du Carmine (Carme) (pl. 9, D 6), à côté de laquelle se trouve l'Hospice de Mendicité; puis, en continuant son chemin, ayant passé les Logge de Banchi, construites en 1605, par Buontalenti, pour Ferdinand Ier, transformées aujourd'hui en halle au blé, il arrivera au Ponte di Mezzo (Pont du Milieu), ayant à droite le palais de la Préfecture et à gauche l'ancien palais Gambacorti, actuellement la Commune.
Arrivé au milieu du pont, l'étranger sera émerveillé du magnifique aspect que présentent les deux quais de l'Arno.
Ce pont est mémorable à cause du combat simulé dit le Jeu du Pont, dans lequel deux factions de citoyens se disputaient le prix.
Une autre curiosité de Pise revient à notre esprit en ce lieu: c'est la fameuse Luminara (illumination) qu'on avait l'habitude de faire tous les trois ans pour la fête de S. Ranieri (Regnier), patron de la ville. De là, mieux qu'en tout autre endroit, l'on jouissait dans toute sa splendeur du spectacle féerique des lungarni illuminés par des dessins représentant d'anciens édifices qui apparaissaient tracés en bandes de feu sur le sombre champ de la nuit.
Il est à regretter que, depuis quelques années, cette fête qui appelait tant d'étrangers de toutes les parties du monde semble tombée dans l'oubli.
Au delà du pont, on rencontre la Place du Pont où stationnent les voitures publiques, puis on rentre dans le Sotto Borgo ou via del Borgo, rue bordée de portiques. Presque au commencement on voit une église dont la sombre façade présente le caractère d'une grande antiquité; c'est l'église de Saint-Michel, (pl. 29, E 4) à laquelle était annexée une illustre Abbaye des Camaldules. Cette église a une crypte appréciée par les archéologues qui y voient un hypogée romain. Un peu plus loin vis-à-vis est le marché aux herbes.
A l'extrémité des portiques, prenant à gauche, vous trouverez la rue du Mont de Piété, et vous observerez dans un point, toujours à gauche, de chaque côté du magasin de l'orfèvre Bargellini, deux élégants chapiteaux surmontant des colonnes presque ensevelies qui appartenaient à l'ancienne église de Saint-Félix.
Par cette rue on va à la place des Chevaliers.
Cette place tire son nom du palais et de l'église des Chevaliers de l'Ordre militaire de Saint-Etienne, à présent supprimé, et qui avait son siège principal à Pise. Autrefois c'était la place des Anciens, c'est-à-dire des Anciens de la République, qui y avaient leur palais devenu par la suite l'Ecole militaire des Chevaliers ou la Carovana, aujourd'hui Ecole Normale Supérieure. Au-dessus de la façade de ce palais se trouvent les bustes de six grands maîtres. La statue qui est devant représente Cosme Ier, fondateur de l'Ordre de Saint-Etienne. La statue, ainsi que la fontaine qui est à sa base, sont l'oeuvre de Francavilla.
L'église de Saint-Etienne, dite des Cavalieri (Chevaliers) (pl. 18, D 3), s'élève avec sa belle façade de marbre sur une spacieuse place. On voit sur l'architrave de la porte une croix en agate qui porte cette inscription: In hoc signo vinces (avec ce signe tu vaincras).
Elle n'a qu'une nef et un seul autel en porphyre.
Sur cet autel est la statue du saint titulaire, sous laquelle se trouve un riche siége en bronze renfermant une partie d'un autre siége qui a appartenu au saint et plus bas, dans un reliquaire, se trouvent ses os. Les trophées suspendus aux parois, enlevés aux Turcs, rappellent les exploits des Chevaliers de l'ordre. Le riche plafond de l'église des Cavalieri mérite d'être observé. On y admire les précieuses peintures qui représentent la prise d'habit de Cosme Ier, par Ludovic Cardi, dit le Cigoli; le retour de la bataille de Lépante, de Jacopo Ligozzi; l'embarquement à Livourne de Marie de Médicis, par Christophe Allori; la conquête de 4 navires turcs, de Jacopo d'Empoli; la prise de la Prevesa, ou bataille de Nicopolis, de Ligozzi; et enfin la prise de Bone, du même Jacopo d'Empoli. Dans les chapelles latérales on voit la lapidation de saint Etienne, du Vasari; la multiplication des pains, par Ludovic de Buti; la Nativité de J.-C., par Alexandre Allori, dit le Bronzino.
Cette église possède deux orgues, dont l'un à gauche est excellent. Il faut l'entendre pour Noël, à la messe de minuit, quand il est touché par l'habile organiste Henri Barsanti.
La place des Cavalieri est renommée à cause de la fameuse Tour de la Muda, dite aussi de la Faim, dans laquelle on fit mourir de faim le malheureux comte Ugolin de la Gherardesca avec ses enfants et ses neveux, comme le décrit le Dante dans le 33e chant de son Enfer. Elle était située sur l'aile droite du palais appelé aujourd'hui Finocchietti, lequel présente dans sa façade seulement quelques restes des belles fresques du Paladini et du Maruscelli.
A côté du petit oratoire de Saint-Roch, est le Collège Puteano, fondé par l'archevêque C. Ant. del Pozzo, pour 8 jeunes Piémontais qui y sont entretenus pendant leurs études universitaires. A l'angle, est situé le palais du Conseil Provincial. Entre l'ancien palais, qui était jadis le siège du Conseil des Chevaliers, et la Maison Canoniale, s'ouvre la rue S. Frediano, par laquelle on va à l'Académie des Beaux-Arts, (no. 972), (pl. I, D 3) fondée en 1812 par Napoléon Ier, où se trouvent une galerie de tableaux antiques et des livres ecclésiastiques d'un grand prix en parchemin enluminé. En continuant de suivre ce chemin, on passe devant l'ancienne église de S. Frediano (pl. 23, D 3), et l'on arrive, non loin du Lungarno, à la R. Université, (pl. 50, CD 4), qui est une des plus anciennes d'Italie et qui contient la Bibliothèque publique. Cette Université, fondée par Bonifacio della Gherardesca en 1340, et en 1542 réorganisée par Cosme Ier, se compose de 4 facultés avec plus de 70 chaires. Faculté de Jurisprudence, Faculté de Philosophie et Lettres, Faculté de Médecine et Chirurgie, Faculté de Sciences physiques, Mathématiques et Sciences naturelles. Elle est et a été illustrée par les savants les plus éclairés, qui, en diverses époques, y instruisirent la jeunesse; l'un des plus renommés est Galilée, dont la statue, placée d'abord dans la cour, en 1839, à l'occasion de la première assemblée des Savants Italiens, a été ensuite transportée dans l'Aula Magna (grande salle). La Bibliothèque (pl. 58, CD 4), qui fut ouverte au public en 1742, possède plus de cent mille volumes. Elle s'est formée en grande partie par la générosité des citoyens qui l'ont peu à peu augmentée. Je citerai parmi les dons les plus récents In partie nommée la Bibliothèque Carrara composée de 4.000 volumes de Jurisprudence sur le Droit civil et criminel, donnés en 1880 par M. Carrara, professeur de Droit criminel et l'une des célébrités de notre époque.
La famille du professeur Ferrucci, notre regretté Bibliothécaire que nous venons de perdre, a fait cadeau récemment d'environ 6.000 volumes sur l'Histoire, l'Archéologie et la Littérature.
La bibliothèque Carrara est ouverte au public le lundi, le mercredi et le vendredi.
A côté de l'église de Saint-Frediano, se trouve la résidence de l'Archiconfraternité de la Miséricorde, institution dont le but est de porter des secours en cas d'accidents, de transporter les malades à l'hôpital, et souvent d'accompagner les morts au cimetière.
Revenant à la place des Cavalieri, on s'achemine vers le Duomo (la cathédrale), en passant à côté de Saint-Sixte (pl. 36, C 3), église élevée par les Pisans en mémoire de plusieurs victoires remportées sur leurs ennemis le jour de la fête du dit saint (6 août).
Le presbytère de Saint-Sixte renferme le tombeau d'un Bonaparte, qui était professeur de médecine à Pise en 1744.
Puis, par Sainte-Euphrasie, on arrive sur la place du Stellino, et l'on peut, en prenant à droite, aller directement à la cathédrale, ou, si l'on préfère, par le côté opposé, au Musée d'Histoire naturelle et au Jardin Botanique (pl. 37, C 3), situés dans la belle rue Sainte-Marie.
Ce musée, un des plus anciens d'Italie, fut fondé en 1544; en 1563 il fut réorganisé par Incèlebre Cesalpino. Le jardin a été créé, en 1595, par Joseph Benincasa.
En allant par la rue Sainte-Marie, vers le N., on trouve à droite l'ancien collège Ferdinand, fondé par Ferdinand I'er, l'an 1595, en faveur de quelques jeunes gens. Près de là est l'Hospice des Enfants trouvés (pl. 56, C 2).
Nous voici sur la place de la Cathédrale, où se présentent à nos yeux les ravissants et gigantesques monuments de la Cathédrale, de la Tour penchée et du Baptistère.
La cathédrale (pl. 22, B 1), construite en marbre, commença à être édifiée en 1063 sur l'emplacement de l'ancienne église de Sainte-Reparate. Une inscription fixée à la façade dit que les Pisans, avec les trésors enlevés aux barbares dans la conquête de Palerme, entreprirent ce superbe ouvrage sous la direction de l'architecte Buschetto. Son sépulcre est là, près du tombeau de la reine des îles Baléares, îles dont, par une éclatante victoire, les Pisans se rendirent maîtres en 1117.
FAÇADE DE LA CATHÉDRALE
Les trois merveilleuses portes en bronze (du côté de la façade), avec des bas-reliefs exprimant les principaux faits de la Vie de Notre-Seigneur et de la Vierge, furent exécutées, en 1602, par le P. Dow. Partigiani, dominicain, et par Ange Serrano, sur les dessins de Jean de Bologne, du Turini, du Mochi, de Jean dell'Opera et de Gaspard Mora.
La façade, tournée au couchant, est ornée de 58 colonnes et d'arcades, qui forment 4 galeries de colonnettes superposées diminuant graduellement.
Au-dessus de ces galeries sont placées cinq statues, la plus élevée desquelles représente la Vierge. Elles sont du temps de Niccola Pisano.
La basilique, de la longueur de près de 100 mètres et de plus de 32 de largeur a la forme d'une croix latine; elle a cinq nefs et est ornée de belles galeries et d'un riche plafond à caissons dorés. Un transept à 3 nefs la traverse. Dans la nef du milieu, on admire l'abside avec une grande mosaïque sur fond d'or représentant le Sauveur entre la Vierge et saint Jean-Baptiste, par Cimabuë, et au-dessus s'élève la magnifique voûte, dite du Ghirlandajo, parce qu'elle est décorée d'anges peints par cet artiste.
La coupole, de forme elliptique, fut peinte à l'huile par Horace Riminaldi de Pise. A un des grands piliers qui la soutiennent, le dernier à droite, est suspendu le précieux tableau de sainte Agnès d'Andréa del Sarto, et, en face, une Madone de Pierino del Vaga. Au milieu de la voûte est suspendu un lampadaire ancien, orné de petits enfants en bronze, de Vincent Possenti (1583). La tradition veut qu'en observant ses oscillations, le grand Galilée Galilei découvrit les lois du pendule.
Douze autels, ouvrage de Stagio Stagi, dont le dessin est attribué à Michel-Ange, avec de belles peintures, se trouvent placés le long des parois latérales du bras principal de la croisée, et l'un d'eux, celui qui est derrière la chaire, a un beau tableau d'Andrea del Sarto. On voit aussi sur les murs plusieurs toiles représentant des Bienheureux Pisans, tels que, en rentrant par une des 3 grandes portes, à gauche, le martyre du bienheureux Signoretto Alliata, par Benvenuti; la fondation de l'Hospice des Enfants Trouvés par le Bienheureux pisan Dominique Vernagalli, du peintre Gaetano Gandolfi; l'arrivée du Bienheureux Baudouin, archevêque pisan, en Sardaigne, au moment où il repousse le féroce juge d'Arborée, du peintre Joseph Collignon, le baptême de Lambert, fils du roi des Baléares, par Laurent Pêcheux de Lyon. A côté de ce tableau, se trouve l'autel dit des Anges, avec une très jolie peinture de Ventura Salimbeni; et dans le tableau qui le suit, la tête de saint Torpè sauvée des flots, par G. Bettino Ciguaroli, puis le martyre du même saint pisan, par Placide Costanzi. Revenant aux 3 portes principales, on voit à droite la prise d'habit de sainte Bona, pisane, par A. Cavallucci; sainte Ubaldesca, pisane, qui soigne une infirme pendant la nuit, éclairée par un flambeau, sujet peint avec une rare habileté par Dominique Calvi de Viterbo; le Serment de Richard Coeur de Lion, en faveur des Pisans, près de Tolémaïde, par Gius Bezzuoli; Eugène III célébrant la messe devant les évêques orientaux, par Jean Tempesti, pisan; le Bienheureux Pierre Gambacorti, pisan, devant le Pape Urbain IV, du peintre Sébastien Conca; et le même Bienheureux qui fonde l'ordre des Ermites de Saint-Jérôme, par Franç. Mancini. Dans l'autel contigu reposent les corps des saints martyrs Nicodème, disciple de J.-C., Gamaliele, maître de l'apôtre saint Paul, et Abibone, donnés aux Pisans par Godefroy de Bouillon, en 1100. Cet autel a été édifié sur un dessin de Michel-Ange. En face est un autre autel en marbre, travail de Lino.
Dans le transept Nord, on voit la Nativité, la Circoncision, l'Adoration des Mages, l'Aveugle-né, par Aurèle Lomi; la Dispute dans le Temple, par Pierre Torri, et une Vierge de Dom. Cresti. A l'extrémité de ce transept, est l'autel du Très-Saint Sacrement, qui a des gradins en argent, avec le précieux tabernacle, aussi en argent, dessiné par G.-B. Foggini, et exécuté par Séb. Tamburini de Pise, en 1692.
Derrière l'autel sont les statues de la Vierge, de l'Archange Gabriel, d'Adam et d'Eve, et plusieurs bas-reliefs de Franç. Mosca, dit le Moschino.
Les autres ouvrages en marbre sont du Stagi. Dans le haut, se trouvent la mosaïque de l'Annonciation, oeuvre de Gaddo Gaddi, et la Foi et la Charité, d'Antoine Marini. En face des plus petites nefs, on voit deux statues de Fancelli: sainte Marie-Madeleine et sainte Christine.
De ce bras du transept, on vient, en tournant à gauche, à l'autel de la Madone de Sous-les-Orgues, pour laquelle on a une vénération particulière, et dont l'effigie, de style byzantin, ne se découvre que dans de graves circonstances.
Sur le mur latéral est peinte la Nativité de la Vierge Marie, par Giacinto Corrado.
Nous voici au choeur. Le maître-autel, érigé en 1774, est composé de marbres très rares. Son grand Crucifix en bronze est de Jean de Bologne.
De chaque côté des deux chaires épiscopales, on voit des tableaux d'Andrea del Sarto.
Derrière l'autel, dans le pourtour de l'abside, sont disposées en plusieurs rangs des peintures d'excellents artistes tels que: le Beccafumi, De Labrugia, Sogliani, Sodoma, Salimbeni, Bélivert, Lomi, Guidotti, Rosselli, Manetti, Riminaldi, Gamberucci, Vannini et le Cinganelli. Ces tableaux représentent des sujets bibliques. Les peintures les plus élevées, des arcs au plafond, sont à fresque et représentent des scènes de la vie de la Vierge Marie, par Maruscelli; mais les prophètes sont du Poccetti.
Il faut aussi admirer les stalles du choeur, beau travail de marqueterie par Julien de Majano, par Jules de S. Gallo, par le Serravallino, par Dom de Mariotto et par Jean B. Cervelliera. La balustrade qui entoure le choeur est décorée d'ornements et d'arabesques avec marqueteries, jaspes, lapis-lazulis et d'autres marbres précieux. Les deux anges de bronze qui s'appuient sur cette balustrade sont de Jean de Bologne.
Dans l'autre bras du transept S. à gauche, se trouve le gracieux petit autel de S. Biagio, du Stagi. La porte très ancienne et de style grec est en bronze, les toiles représentent des scènes de la vie de S. Ranieri, pisan, protecteur de Pise, dont le corps sacré repose au fond de la chapelle, dans la précieuse urne de marbre vert de polsevera, oeuvre de Faggini. Le grand-duc Cosme III la fit édifier; il fit aussi décorer de marbre toute cette chapelle. Les statues et les bas-reliefs de l'Assomption sont du Mosca.
L'antique mosaïque de la haute niche est du Gaddi, et les peintures du Marini. Les toiles où sont peintes encore des scènes de la vie de S. Ranieri représentent sa prise d'habit, du peintre Ben. Luti; la délivrance de la Possédée, par Dom. Muratori; la mort du Saint, par Gius. Melani de Pise; et le miracle de l'enfant ressuscité, commencé par le peintre Torelli et achevé par Lucie Casalina.
Sur l'autel latéral qui fait face à la porte, est une Madone entourée de Saints, par Pierino del Vaga, lequel peignit aussi les deux petits enfants qui sont en haut sur la muraille.
En rentrant par l'autel de saint Ranieri, le bénitier entre la porte et le choeur, sur lequel s'élève une Vierge avec l'Enfant Jésus, a été fait d'après un modèle de Michel-Ange. Les deux autres, près des trois portes, l'un surmonté du Rédempteur, l'autre de saint Jean Baptiste, sont en bronze, modelés par Jean de Bologne, fondus par Félix Palma de Masse.
Plus de cent fenêtres, la plupart aux vitraux coloriés, donnent une douce et faible clarté très convenable à la majesté de ce lieu. L'église primatiale pisane fut endommagée par un déplorable incendie dans la nuit du 25 octobre 1595. Une grande quantité des merveilles d'art qu'elle renfermait furent alors détruites. Sa restauration est due à la munificence de Ferdinand Ier et à la générosité des citoyens.
Cette auguste basilique fut consacrée avec une grande solennité, par le pape Gélase II, le 26 septembre 1119. C'est là que le pape Clément fut élu et couronné, on y tint aussi un grand Concile en 1409.
L'Archivio del Duomo renferme des chartes fort anciennes.
Quand Napoléon Ier vint à Pise, il s'empara d'un tableau du Sodoma représentant le Sacrifice d'Isaac, qui était dans la Cathédrale, et le porta à Paris; mais en 1815 on dut le restituer parce que la Toscane le demanda et obtint de le ravoir au moyen d'un traité. Une copie de ce tableau est à Paris au Louvre; mais l'original est ici.
Devant la façade de la Cathédrale s'élève majestueusement le Baptistère (pl. 15 B 1), de forme ronde, décoré à l'extérieur de deux rangs de colonnades: l'un, formé de vingt colonnes; l'autre, qui lui est superposé, a une plus grande quantité de colonnes sur lesquelles s'élèvent d'élégants arcs surmontés d'aiguilles. D'autres aiguilles dominent de grandes croisées qui forment le dernier tour que surmonte enfin le dôme, au sommet duquel est placée la statue de saint Jean-Baptiste. Quatre portes donnent accès au Baptistère, qui, dans l'intérieur, est partagé en deux ordres d'architecture: le premier a 12 arcades à plein cintre soutenues par 8 grandes colonnes et par 4 piliers.
BAPTISTÈRE
Dans l'épaisseur de la muraille sont construits deux escaliers par lesquels on peut commodément monter aux galeries supérieures et aux secondes voûtes.
Au milieu, s'élèvent les Fonts Baptismaux de forme octogone, en marbre sculpté.
La statue en bronze de saint Jean, qui était autrefois au milieu de l'édifice, est placée maintenant au-dessus de la porte au couchant.
L'oeuvre qui appelle davantage l'attention est la superbe chaire de Nicolas de Pise, qui est à juste titre regardée comme une des plus belles productions de l'art. Elle est de forme hexagonale, toute en fin marbre statuaire, soutenue par neuf colonnes, dont plusieurs sont appuyées sur le dos d'animaux féroces et sur des figures humaines groupés ensemble. Les chapiteaux et les arcs sont élégamment travaillés. Sur le soubassement sont sculptées cinq histoires évangéliques. On lit sur une bande de marbre l'éloge du grand artiste. Une chose digne d'observation, c'est que le plus léger bruit est renforcé par la répercussion que produisent les voûtes elliptiques et forme un écho admirable.
Ce remarquable monument fut commencé en l'an 1152.
Ce grandiose édifice (pl. 16, B 1), oeuvre de génie du célèbre sculpteur et architecte Jean de Pise, fut élevé par les soins de la République pisane en 1278, dans le lieu où se trouvait, au temps du paganisme, le temple d'Adrien, comme on le voit sur un ancien plan de Pise, fait par l'architecte Bonanno, l'an 800.
Le Camposanto (Cimetière) est de forme rectangulaire et renferme au centre une pelouse destinée autrefois à ensevelir les gens du peuple. Il est ouvert tous les jours du matin au soir sans excepter les jours de fête. (Sonner à la porte à gauche. Donner un pourboire au gardien.) Il est long de 135 m., large de 43 m. et haut de 15. Il a, à l'extérieur, 43 arcades reposant sur 44 pilastres dont les chapiteaux sont décorés de figures.
Cet enclos contient 53 galères de terre sainte provenant du Mont Calvaire, transportée de Jérusalem à Pise par les Pisans en 1192, comme raconte notre historien Tronci. Cette terre avait la propriété (on ne sait si par nature ou par prodige) de consumer les cadavres dans l'espace de 24 heures, et l'on croit que les trois cadavres peints au fond du tableau de l'Orgagna, dit le Triomphe de la Mort, représentent les trois états successifs du changement de ces corps: leur putréfaction, leur dissolution et leur réduction en poussière dans ce court espace de temps.
Quatre galeries avec 62 fenêtres en ogive et des colonnettes de style gothique entourent en long et en large ce champ sépulcral.
Dans les galeries se trouvent les tombeaux d'une grande quantité d'illustres citoyens dont les noms sont gravés sur chacun des monuments funéraires. On voit à droite et à gauche, le long de la muraille, des sarcophages, des urnes cinéraires, des statues mutilées et d'autres objets précieux par leur antiquité, qui rendent ce cimetière un vrai et noble Musée, comme il fut appelé par la reine Suédoise Christine-Alexandrine.
On y entre par deux portes ouvertes dans la façade antérieure ornée de piliers et d'arcs, lesquelles portes sont placées dans la perspective de la Cathédrale et du Baptistère. En entrant par la porte la plus rapprochée de ce dernier monument, on trouve à gauche les fresques de Giotto, qui représentent la pitoyable histoire de Job. Les derniers tableaux de cette histoire sont, dit-on, de Nello de Vanni, non de François de Volterra comme d'autres le prétendent. A l'aile occidentale, on voit l'histoire d'Esther, peinte par Augustin Ghirlanda de Carrare, et celle de Judith, par Paul Guidotti, lucquois. Il faut remarquer, sous la première peinture, le monument des comtes Boniface de la Gherardesca, de Donoratico, ouvrage de l'école pisane du XIVe siècle; et celui de l'empereur Henri VII de Luxembourg, protecteur de Pise, appartenant au parti Gibelin, qui mourut à Buonconvento le 24 août 1313, et fut enseveli à Pise. On voit au-dessus, de grosses chaînes suspendues à la muraille, ce sont les chaînes du port Pisan enlevées en 1362, par les Florentins et les Génois, restituées à Pise par la commune de Florence en 1848, et par celle de Gênes en 1860.
Nous voilà dans la longue galerie septentrionale. La première peinture nous présente la Mappemonde céleste, c'est-à-dire une série de sphères l'une dans l'autre, la Terre dans le centre et le Créateur qui les soutient. Cet ouvrage est établi selon le système de Ptolémée. Au bas sont les effigies de deux Docteurs: saint Augustin et saint Thomas. Cette peinture est de Pietro di Puccio d'Orvieto, elle a été attribuée à Buffalmacco. Vient ensuite l'histoire de la Genèse depuis Adam jusqu'à Noé, par Pierre d'Orvieto et Benozzo Gozzoli; de ce dernier sont aussi les sujets de l'Ancien Testament jusqu'à la prise de Jéricho, ainsi que les peintures de l'Annonciation et de l'Adoration des Mages de la première chapelle, dans laquelle est une fresque de l'école de Giotto et un buste de saint Pierre, par Luca della Robbia. Il y a aussi une Madone de Taddeo Gaddi. Cette chapelle renferme encore le monument du professeur Ammannati (1359), par Giovanni Pisano.
A propos de la susdite peinture de l'adoration des Mages, il faut dire que, dans le jeune homme à cheval qui a la tête couverte d'un capuchon, Benozzo a voulu, à ce que l'on prétend, reproduire sa propre image.
Sur le sarcophage marqué du n° XVIII est un bas-relief de Nicolas de Pise, représentant la naissance de J.-C. A côté, est un autre sarcophage contenant les cendres d'Aldobrando del Bondo, surmonté d'un buste représentant Isotta, célèbre peintre de Rimini, oeuvre de Nino de Fiesole. Le sarcophage n° XX renferme les cendres de Béatrix de Canossa, mère de la célèbre comtesse Mathilde, toutes deux bienfaitrices de notre basilique. Le mythe d'Hippolyte et de Phèdre est sculpté sur ce superbe monument d'art grec, qui a servi d'étude à Nicola Pisano. On voit aussi, sculptée sur le sarcophage n° XXX, la chasse de Méléagre.
Près de la porte de la chapelle Aulla, se trouve le tombeau du peintre Benozzo, que les Pisans, pour l'honorer, firent placer sous le tableau qui représente l'histoire de Joseph.
A l'aile orientale, on voit l'hippogriffe en bronze, qui était autrefois à l'Est du sommet de la cathédrale; sur sa croupe sont gravés des animaux et des inscriptions cophtes exprimant des souhaits de bonheur aux possesseurs du griffon.
A l'autre extrémité orientale, nous avons devant nous les peintures qui représentent des scènes delà vie du roi Ozias et le fameux festin de Balthazar, exécutées en 1666, par Zacharie Rondinosi.
Sous cette peinture se trouve le monument de Philippe Decio, qui a été professeur à Pise, oeuvre de Stagio Stagi de Pietrasanta (1500).
On croit que la statue assise sous l'histoire de Moïse est le portrait de Henri VII ou de Frédéric Ier entouré de 4 conseillers.
La chapelle majeure surmontée d'une coupole fut élevée par l'archevêque dal Pozzo (c'est pourquoi on la dit Puteana). Le tableau représentant le saint titulaire, saint Jérôme, est d'Aurèle Lomi.
On voit, dans le pourtour de cette chapelle, un crucifiement sur panneau, de Giunta Pisano; un saint Jean du Clementone; la Nativité, par Corrado; le Nazaréen avec Marthe et Madeleine, par Rosselli; un crucifiement sur parchemin, d'Appolonius, grec (XIIIe siècle); un autre crucifiement avec deux têtes, de Giunta Pisano; et quelques copies d'autres peintures, parmi lesquelles celle du Sacrifice d'Abraham, par Razzi, dont l'original est dans la cathédrale, copie qui fut exécutée par Guillemont.
Au sortir de la chapelle, on remarque à gauche l'Ascension, la Résurrection, attribuées à Antoine Vite de Pistoie, et le Christ en croix qui est de Buffalmacco.
Prenant ensuite la grande galerie méridionale, on voit à droite: le Triomphe de la Mort, le Jugement universel, peints par André Orgagna, et l'Enfer, par son frère Bernard. Sous le même tableau du Triomphe de la Mort, on voit encore les fameux cénotaphes Pisans, avec l'inscription sur marbre de deux décrets concernant la Colonie Julia obséquieuse (nom que porta Pise sous les Romains). L'un annonce la mort de Lucius César et l'autre celle de Caïus César, tous deux fils d'Auguste; ils ordonnent à la ville de Pise un deuil profond. Ces cénotaphes ont été décrits et appréciés par de savants écrivains et dernièrement par M. Clément Lupi 1.
Il faut observer, dans le tableau représentant le Jugement, le roi Salomon qui, sortant de son tombeau, paraît indécis et semble se demander de quel côté il sera placé, le peintre ayant ainsi voulu figurer l'opinion incertaine où l'on est concernant le salut de ce roi.
Viennent ensuite les Anachorètes de la Thébaïde, par Pierre Laurati, puis l'Assomption, par Simon Memmi, sur la porte d'entrée.
La vie et les miracles du patron de Pise, S. Ranteri, et les exploits du martyr de Sardaigne, saint Ephèse, d'une admirable exécution, occupent le reste de la muraille jusqu'à l'autre porte par laquelle on est entré dans le Camposanto.
Le même Simon Memmi et Antoine Veneziano, en 1386, peignirent supérieurement les tableaux qui se rapportent à saint Ranieri, et Spinello Aretino, en 1390, ceux qui représentent des scènes de la vie de saint Potitus et les combats ainsi que le martyre de saint Ephèse; mais ils sont pour la plupart endommagés.
Le long de cette galerie méridionale se trouvent encore de précieux bas-reliefs, des urnes et des statues des écoles grecques, romaines et pisanes des temps antiques.
Mais à cause de la brièveté qui m'est imposée je ne puis les décrire minutieusement. Je ferai cependant connaître les monuments modernes, et, commençant à gauche de la porte d'entrée, je les nommerai par ordre.
N° i.--Monument érigé au célèbre oculiste André Vacca Berlinghieri, professeur de chirurgie à l'Université de Pise, mort en 1826, par Albert Thorwaldsen, danois, qui y a sculpté l'histoire de Tobie.
N° 2.--Monument consacré à Joseph Morosi de Ripafratta, célèbre mécanicien, mort en 1840. La Renommée qui y est sculptée est l'ouvrage de Fraccaroli Veronese.
N° 3.--Monument érigé à Vincent Marulli des ducs d'Ascoli, patricien napolitain, mort à Pise en 1808, par Michel Van Lint. Un Génie qui montre les oeuvres du défunt est sculpté sur ce monument.
N° 4.--Inscription et effigie de l'avocat J.-B. Fanucci, pisan, auteur de l'histoire des trois célèbres peuples maritimes d'Italie, mort en 1834 par François Storni.
N° 5.--Un buste consacré à la mémoire de F. A. Puccinelli, par Paul Folini de Pietrasanta.
N° 6.--Monument représentant Thérèse des Comtes Wratislow de Prague, veuve Pozzo di Borgo (morte en 1830); son attitude indique qu'elle donne ses vêtements aux pauvres qui l'entourent. Par Henri Van Lint de Pise.
N° 7.--Monument représentant le Comte F. Del Testa del Tignoso, mort en 1824, par Thomas Masi de Pise.
N° 8.--Souvenir commémoratif pour les Pisans morts à Cortatone et à Montanara en 1848, par Bilancini de Florence.
N° 9.--Monument où est représentée l'Astronomie avec les signes du Zodiaque, par Dupré, dédié à Octave Fabrice Mossotti, professeur d'Astronomie à l'Université de Pise, né à Novare, et mort à Pise en 1863.
N° 10.--Monument érigé à Marie Selvaggia Borghini, célèbre poète pisan, morte en 1781, par Henri Van Lint.
N° 11.--Monument consacré à la mémoire du général de Villarej, mort à la bataille de Custosa, en 1866.
N° 12.--La statue de Giovanni, fils de Niccola Pisano, architecte du Camposanto, par le professeur Salvino Salvini.
N° 13.--Le buste du Comte Cavour, par le professeur Vela de Milan.
N° 14.--Monument consacré au professeur de physique Charles Matteucci (mort le 24 juin 1868), par Dupré.
N°15.--Sculpture représentant le professeur Georges Regnoli, par Bilancini (1860).
N°16.--Tombeau de la Comtesse Anastasie Schouwaloff de Saint-Pétersbourg, représentée sous l'emblème de la Mansuétude invoquant le secours du ciel. Sur le devant trois petites statues: la Foi, l'Espérance et la Charité, par Michel Van Lint.
N°17.--Monument consacré au peintre J.-B. Tempesti, mort en 1804, avec une statue qui représente l'Amitié, par le professeur Thomas Masi.
N°18.--Monument érigé au Philosophe-Historien-Fabuliste, Laurent Pignoni d'Arezzo, mort en 1812. La statue qui est sur le monument représente un génie tenant d'une main un flambeau renversé, de l'autre, une couronne, par Stefano Ricci, florentin.
N°19.--Monument consacré à Pierre Cuppari, professeur d'Agronomie, mort le 3 février 1870, par le professeur Pio Fedi de Florence.
N° 20.--Buste du chev. Bruno Antonio Scorzi, marguillier de la Primatiale de Pise, à qui on doit les restaurations faites à cette église en 1826 et en 1830, mort en 1838, par François Stornì de Pise.
N° 21.--Monument de Joseph Orosi, célèbre chimiste, mort le 14 décembre 1873, par Hugue Cambi de Florence.
N° 22.--Monument consacré au professeur Paul Mazzolo de Padoue, mort en 1868, par Natale Sanavio de Padoue.
N° 23.--Monument d'Alexandre Doveri, né à Livourne, professeur à Pise, où il est mort en 1872, par Ange Blondi.
N° 24.--Buste du Docteur J.D. Anguillesi, mort en 1833, par Louis Pampaloni de Florence.
N° 25.--Monument du professeur Montanelli, mort à Fucecchio en 1862. Un bas-relief représente la proclamation de la Constitution à Livourne, en 1848, par P. Romanelli de Florence.
N° 26.--Statue de Léonard Fibonacci qui apporta les chiffres arabes en Europe, par G. Paganucci de Florence (1862).
N° 27.--Monument d'Alexandre Gherardesca, architecte pisan, par le prof. Santarelli de Florence (mort en 1852).
N° 28.--Le tombeau du Comte Mastiani Brunacci, mort en 1839, par le prof. Bartolini de Florence. Plus on regarde la statue qui est sur le tombeau (l'Inconsolable), plus on lui trouve une expression navrante.
Nº 29. Monument où est représentée la Loi, dédié à Vincent Salvagnoli, né à Corniola d'Empoli, mort à Pise en 1861, par le prof. Fantacchiotti de Florence.
N° 30.--Monument d'Angélique Catalani, célèbre cantatrice, morte à Paris en 1849, par le prof. Costali de Florence. Ce monument forme un groupe remarquable de 3 statues de grandeur naturelle. La plus élevée représente sainte Cécile patronne des musiciens. L'ange, assis dans une attitude pensive, a une sublime expression vitale.
N° 31.--Statue de Niccola Pisano, père de l'architecte du Camposanto et sculpteur de la superbe chaire du Baptistère, par le prof. Salvino Salvini.
Nº 32.--Monument de César Camille Borghi, noble pisan, mort en 1847, par le prof. Tommaso Masi.
Nº 33.--Monument élevé à la mémoire d'Alexandre Morrona, auteur de «Pisa illustrata nell' arte del disegno», mort en 1824.
N° 34.--Monument consacré à la mémoire de Antoine Franceschi Quarantotto, mort en 1793.
Nº 35.--Effigie de l'Architecte--Ingénieur Rodolphe Castinelli, par Rigìnaldo Bilancini.
N° 36.--Monument élevé à la mémoire du poète Ranieri Tempesti, mort en 1819.
Nº 37.--Buste du chevalier Gaétan Savi, professeur d'Histoire Naturelle, mort en 1844, par Jérôme Marconi de Pise.
Nº 38.--Souvenir commémoratif dédié à Jacopo Barzelletti, professeur de médecine, mort en 1843, par Benedetto Mori Aretino.
Le Camposanto est visible tous les jours du matin au soir, même les jours de fête. On n'a qu'à sonner à la porte à gauche (un pourboire au gardien). Une chose qui mérite d'être vue, c'est l'intérieur de cet édifice par un beau clair de lune. L'effet produit est ravissant. Si l'on veut assister à ce spectacle nocturne, il sera bon d'avertir à l'avance le gardien auquel on donnera un pourboire. Et, sans en dire plus long, nous reviendrons sur la place du Dôme, pour aller visiter la fameuse Tour penchée.