Je suis puni, je perds ce que j'adore,
Ce cher auteur de mes forfaits.
C'est malgré moi que je t'offense encore,
Seigneur, par mes tristes regrets.
Mon cœur est déchiré sans cesse
Par le remords et le désir.
Ah! j'en mourrais de repentir
Si je n'expirais de tendresse.(bis.)
De mon amour, déplorable victime,
Je n'ai long-temps fait que gémir.
J'ai succombé, j'ai vécu dans le crime....
Tu ne pouvais mieux m'en punir....
Grand Dieu! ta puissance suprême
N'a plus de coups à me porter.
On n'a plus rien à redouter
Quand on a perdu ce qu'on aime. (bis.)
Elle n'est plus; la mort impitoyable
A moissonné ses jeunes ans;
Et c'est du fond d'un sépulcre effroyable
Qu'elle ravit encor mes sens.
En t'implorant mon cœur t'outrage,
Seigneur; mes vœux sont criminels,
Puisque j'apporte à tes autels
Un cœur rempli de son image.
Si je l'aimai cette amante adorable,
Si j'oubliai tant de bienfaits,
C'est toi, mon Dieu, qui me rendis coupable
En la formant de tes attraits.
A mes devoirs toujours fidèle,
Et toujours soumis à ta loi,
Hélas! je n'eusse aimé que toi,
Si je n'avais brûlé pour elle.
Romance composée à la Franchise, en frimaire an huitième (24 novembre 1799).
Air de l'opéra de Tom-Jones; Vous voulez que je vous oublie.
Reprise. O ma maîtresse! ô ma patrie!
Oui, je chéris jusqu'à vos coups.
Vos arrêts font le destin de ma vie;
Vous m'exilez quand je brûle pour vous....
Déporté dans le nouveau monde,
Un troubadour, au bord de l'onde,
Soupirait ainsi ses revers!
Sombres forêts, affreux rivage,
Faut-il qu'au printemps de mon âge
J'expire ici chargé de fers?....
O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
Oh! je ne suis pourtant coupable
Que d'aimer un objet aimable,
Et de soupirer pour un roi;
Trop fier de ce vertueux crime,
De l'amour sensible victime,
J'expire en adorant ta loi.
O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
Dès que l'orient se colore,
Je dis à la naissante aurore:
Mêle tes larmes à mes pleurs;
Mais conserve pour ma patrie,
Et pour l'ingrate qui m'oublie,
Tes dons et tes riches couleurs.
O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
Quand de cette zone torride
Mon pied foule le sable aride,
Je porte la main sur mon cœur.
Zulma, pour toi comme il palpite!
Vers toi comme il se précipite,
Beau climat où naît le bonheur!....
O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
Le nouveau siècle qui commence
Rendra l'âge d'or à la France;
Sur les lis l'aigle volera.
Soit qu'ici je végète encore,
Ou soit qu'un tigre m'y dévore,
Ma langue en se glaçant dira:
O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
O Dieu! je reverrais la France!
Je jouirais de ta présence!
Zulma! tu m'as ravi ton cœur!....
Non.... Laissez-moi sur cette rive,
Et qu'en mourant, ma voix plaintive
Nomme Zulma pour mon malheur.
O ma maîtresse! ô ma patrie!
Oui, je chéris jusqu'à vos coups:
Vos arrêts font le destin de ma vie;
Vous m'exilez quand je brûle pour vous.
Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette romance.
Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv...., plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis, concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire. Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le chef expie sa faute dans un deuil éternel.
Air de la nouvelle Clémentine: Une jeune bergère, les yeux baignés de pleurs.
J'ai perdu mon Ismène,
J'ai perdu mon bonheur;
Échos, forêts, fontaines,
Répétez ma douleur.
Pour moi, belle nature,
Tes dons sont superflus;
Dépouille-toi de ta verdure,
Mon Ismène n'est plus.
Claire et pure fontaine,
Sur tes bords enchanteurs,
Chaque jour, pour Ismène,
Tu t'émaillais de fleurs;
Je vais grossir ton onde
De mes pleurs superflus;
Je reste isolé dans le monde,
Mon Ismène n'est plus!
Si l'or me rend Ismène[5],
Si l'or me rend mon fils,
Je veux m'ouvrir la veine
Pour en doubler le prix:
Tes largesses tardives
Sont des biens superflus;
Les habitants des sombres rives
Payent de leurs vertus.
Coudrier dont l'ombrage
Protégeait nos plaisirs,
Assis sous ton feuillage,
Je pousse des soupirs.
Au récit de ma peine,
Ces rochers sont émus;
Écho répète encore Ismène,
Mais Ismène n'est plus!
Près de cette hécatombe,
Venez en sanglotant;
Ce marbre sert de tombe
A la mère, à l'enfant.
Son bourreau fut son père,
L'amour fit ses malheurs,
Et son amant se désespère:
Vous leur devez des pleurs.
en 1801.
Loyauté, Commerce, et Usure.
Durant le fameux hiver de 1784 une femme, chargée d'un poêlon de cuivre, se présenta chez le sieur Crugeon, chaudronnier sur le pont Marie, à Paris. «Il y a sept mois, lui dit-elle, que vous m'avez vendu cet ustensile; je le payai huit livres dix sous, et vous me promîtes de le reprendre à sept livres dix sous, si je voulais m'en défaire dans l'année. Mais ne pouvant prévoir que nous eussions un hiver si rigoureux, je suis obligée de m'en défaire; reprenez votre poêlon et donnez-moi ce qu'il vous plaira. Je loge maintenant à l'autre bout de la ville. Je l'ai offert à cinq ou six personnes, aucun n'a passé le prix de trois livres dix sols. Je vous reconnais et je reconnais le poêlon, répondit l'artisan. Vous avez eu tort de l'offrir à cinq ou six personnes, il fallait venir droit à moi: je suis homme de parole en hiver comme en été; voilà vos sept livres dix sous.»
Beau modèle de franchise et de probité de l'artisan: voilà la vraie justice. Voici l'usure.
Durant le même hiver, un homme de lettres malade entra chez un riche bijoutier dont on rougit de dire le nom, et lui dit: «Vous m'avez vendu il y a six mois, avec garantie, une pendule que je vous payai cinq cents livres. Je suis forcé de m'en défaire; voyez pour quelle somme vous voulez la reprendre. Mon cher monsieur, répondit le trafiquant, il faut aller suivant la saison: l'hiver est très rude: je vous donne deux louis et demi de votre pendule. Le marché se conclut à quatre-vingts livres....»
PHÉNOMÈNE. Anecdote de 1788.
Pierre Noël Le Cauchois avait servi long-temps dans un régiment de dragons où il avait mérité et obtenu des distinctions et des grades; mais son bon cœur l'ayant porté à défendre les opprimés, il embrassa la profession d'avocat. Cet homme généreux et infatigable, qui s'était ruiné pour faire éclater dans tout son jour l'innocence de la fille Salmon, est mort à Paris, le 16 février 1788, dans l'indigence la plus déplorable. Ses amis seuls suivirent son convoi en fondant en larmes, et ce fut monsieur Cosson qui, ne voulant point qu'un homme si estimable fût enterré par charité, paya les frais de son enterrement à Saint-Sulpice. Voici ce que le propriétaire de la maison qu'occupait le vertueux Le Cauchois écrivit le jour de sa mort à monsieur Cosson.
«Monsieur, je vous donne avis que le pauvre monsieur Le Cauchois vient de mourir dans la plus affreuse misère, n'ayant pas laissé un sou pour se faire enterrer; vous étiez son ami, monsieur, voyez à régler la manière dont nous lui ferons rendre les derniers devoirs.»
Voilà la fin d'un citoyen qui venait d'arracher un être innocent du bûcher. Il ne faisait que du bien. Il est mort indigent, sans ostentation; donnez à ses mânes des larmes de repentir et de reconnaissance pour le siècle qui a ressuscité un Aristide au milieu de tant d'Alcibiades.
M. Jame de Saint-Léger lui a payé son tribut dans l'épitaphe suivante:
De Mars et de Thémis noble et sage soutien,
Il servit son pays, il sauva l'innocence;
Il mourut sans regrets, hélas! quand l'indigence
Lui ravit le pouvoir de faire encor du bien.
Vous voilà consolés, détracteurs méprisables,
Par qui de ses succès l'honneur fut envié!
Mais la vertu le pleure au sein de l'amitié,
Et sa mort, à jamais, les laisse inconsolables.
Air: Et ça ne se peut pas, ou de l'Officier de Fortune: Fidèle époux, franc militaire.
Pourquoi, d'une main indiscrète,
Vouloir orner vos doux appas?
On montre, à force de toilette,
Des défauts que l'œil ne voit pas.
Loin d'ajouter à la nature,
Cet art enlaidirait Vénus:
Sur un front qui plaît sans parure
Tous les pompons sont superflus.
Parmi les plaisirs de la table,
Au sein des ris et des amours,
Est-il objet moins agréable
Qu'une pompe de vains atours?
Si ma voisine a quelques charmes,
Bacchus me promet des larcins;
Mais la coquette sous les armes
Fait échouer tous mes desseins.
David, ce roi dévot et sage,
Aimait Bethsabé sans habit;
Holopherne en même équipage
Voulut voir la chaste Judith.
A tort on croirait que Lucrèce
Pour la vertu trancha ses jours;
C'est que Tarquin, par maladresse,
Avait chiffonné ses atours.
Le berger qu'au Pinde on renomme
Pour un arrêt digne des dieux,
A Vénus adjugea la pomme:
Était-ce donc pour ses beaux yeux?
Non, non; Junon, nous dit Homère,
Les avait plus beaux et plus grands;
Mais en femme orgueilleuse et fière,
Elle avait mis trop d'ornements.
Minerve, par trop de sagesse,
Avait trop voilé ses appas;
Vénus, par un trait de finesse,
Prudemment ne les cacha pas:
Sous ces habits de la nature
Elle parut coquettement,
Et sa beauté touchante et pure
Reçut deux prix au même instant.
Demain, dans le palais de Flore,
Je dois rencontrer mon berger
Amour, ouvre mes yeux à la naissante aurore,
Et ferme-les sur le danger.
Dans mon ame douce et paisible
A quinze ans il n'était pas jour.
A vingt ans mon cœur insensible
Émoussa les traits de l'amour.
A vingt-cinq ans, moins intraitable,
Je sus distinguer la beauté,
Et, de raison toujours capable,
Je conservai ma liberté....
Mais j'ai vu la jeune Amaranthe;
Elle compte quinze printemps,
Et moi, qui déjà vise à trente,
Je suis moins sage qu'à quinze ans.
Amour, enfant doux et barbare,
Cher ennemi qu'enfin je sers,
Sont-ce des fleurs, sont-ce des fers
Que ton caprice me prépare?
Loin de ma première saison,
J'aime une belle à son aurore;
Dans son cœur trompé fais éclore
Le désir avec la raison.
Inspire-lui des goûts plus sages
Que ceux du plus fou des amants:
Amour, en opposant nos âges,
Accorde au moins nos sentiments.
Je l'attendais avec impatience,
Cet ami si cher à mon cœur;
Je me disais que sa présence
Serait pour moi l'aurore du bonheur.
Je l'attendais sans espérance
Qu'il partagerait mon ardeur;
Mais je me contentai d'avance
D'un sourire plein de douceur.
Je l'attendais avec sagesse,
L'amitié seule eût donné mon baiser,
Et rien n'eût trahi ma tendresse
Que la douleur de le voir refuser.
Je l'attendais dans ma retraite,
Où les amours ne logent plus;
Un seul encor, mais en cachette,
Vit dans mon cœur en vrai reclus.
Je l'attendais sans art et sans parure.
Ah! le plaisir eût animé mes traits:
Le sentiment embellit la nature,
Elle lui doit ses plus touchants attraits.
Il ne vient point. Je ne veux plus l'attendre,
L'ingrat ami qui me fait soupirer;
Mais sans le voir, même sans y prétendre,
Je puis au moins le désirer.
Par Madame De Montanclos.
Un chanteur tire ordinairement le diable par la queue; ce diable est une des merveilles de la lanterne magique. Un joueur de gobelets, un promeneur de vielle et un chanteur, se disputent souvent le terrain sur la même place. Si ces trois hommes sont au niveau de leur état, ils doivent amuser en instruisant. Le premier peint l'adresse des filous, le second les ridicules des sots, et le troisième présente un miroir à la société; il est vrai que le spectateur voit sans être vu; mais un émule du père Ducerceau les a pourtant assez bien attrapés dans la lanterne magique suivante. Le vaudeville entrait dans notre recueil de la Guyane, et je ne le répète jamais sans un doux souvenir du convive qui me l'apprit. Il me rappelle les bois et les cases où nous passions quelques heures de bonheur; et celui-ci était bien vif, car il était payé bien cher.
L'on voit dans ma boîte magique
La rareté! la rareté!
Rien qui ne flatte et qui ne pique
La curiosité.
Le monde en peinture mouvante,
Par mon verre se montre aux yeux,
Et la figure est si parlante,
Qu'elle fait dire aux curieux:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Je fais voir un grand sans caprice;
La rareté! la rareté!
Un courtisan sans artifice;
La curiosité!
Une cour où dame fortune
Ne trouble point les plus beaux jours,
Et n'a pas, ainsi que la lune,
Et son croissant et son décours.
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Un seigneur sans faste et sans dettes;
La rareté! la rareté!
Un commis riche et les mains nettes;
La curiosité!
Un Crésus chez qui l'industrie
Enfante la prospérité,
Sans que dans l'éclat il oublie
Ce que ses parents ont été:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Un bel esprit sans suffisance;
La rareté! la rareté!
Un joueur parmi l'abondance;
La curiosité!
Un ami qui, dans ma disgrace,
M'aime autant que dans mon bonheur;
Qui, quand le sort m'ôte ma place,
M'en conserve une dans son cœur:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Un conteur qui jamais n'ennuie;
La rareté! la rareté!
Un breteur qui jamais ne fuie;
La curiosité!
Un tartuffe à lui-même austère,
Qui, sous la douceur du miel,
Ne déguise point le mystère
D'un cœur amer et plein de fiel:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Mari d'accord avec sa femme;
La rareté! la rareté!
Deux cœurs qui ne fassent qu'une âme;
La curiosité!
Paisible et vertueux ménage,
Où sans cesse d'heureux enfants
Trouvent, d'une conduite sage,
Le modèle dans leurs parents:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Un petit maître raisonnable;
La rareté! la rareté!
Un plaideur qui soit équitable;
La curiosité!
Un modeste et sage critique
Qui, sans mélange d'âpreté,
Assaisonne d'un sel attique
Ce que la raison a dicté:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Mérite à l'abri de l'envie;
La rareté! la rareté!
Plaisir sans trouble dans la vie;
La curiosité!
Un cœur où n'eut jamais d'empire
Le souci contraire à ses vœux,
Et qui toujours se puisse dire:
Je suis content, je suis heureux!
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Un grand cœur exempt de foiblesse;
La rareté! la rareté!
Un cœur fier exempt de bassesse;
La curiosité!
Politique sans tromperie,
Courage sans témérité,
Prudence sans pédanterie,
Jeunes appas sans vanité:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Grand spectacle où l'on divertisse;
La rareté! la rareté!
Fête où tout le monde applaudisse;
La curiosité!
Chanson badine ou satirique,
Où les couplets soient d'un goût fin,
Dont chaque mot sans blesser pique,
Et prépare un heureux refrain:
Oh la merveille!
Oh la merveille sans pareille!
Voici le second tableau de ma lanterne magique.
L'amour-propre des grands seigneurs
Fait le revenu des flatteurs;
C'est où leur fortune se fonde.
En parlant trop sincèrement,
On n'est pas ordinairement
Ami de tout le monde.
Quand j'aime, j'aime uniquement;
Je parle toujours franchement;
Comme le corps j'ai l'ame ronde,
Il ne faut rien faire à demi:
Je compte pour rien un ami
Ami de tout le monde.
Prêtez argent sans intérêts,
Ne le redemandez jamais;
Qu'en bon vin votre cave abonde;
Ouvrez la porte à tous venants,
Et vous serez en peu de temps
Ami de tout le monde.
Aux badauds donnez de l'encens,
Aux Gascons des repas friands,
Aux Bretons, buvez à la ronde,
Ne demandez rien aux Normands,
Et vous serez, avec le temps,
Ami de tout le monde.
Air: Ma femme le sait.
Suivons l'amour et la folie
Pour goûter un plaisir charmant;
L'amour est l'ame de la vie,
La folie en fait l'agrément:
La raison jalouse en vain gronde,
Fermons l'oreille à ses discours,
Sans la folie et les amours,
Que deviendrait le monde?
A jeune fillette, une mère
Défend toujours d'aller au bois;
Mais on se rit de sa colère,
Et l'on s'échappe en tapinois:
L'Amour fait le guet à la ronde,
Les Sylvains sont vifs et charmants....
Si l'on écoutait les mamans,
Que deviendrait le monde?
On ne me veut voir occupée
Que de joujoux ou de pompons;
On me renvoie à ma poupée,
Lorsque je fais des questions:
Oh! c'est alors que l'on me gronde....
Si certain désir curieux,
Aux fillettes n'ouvrait les yeux,
Que deviendrait le monde?
Sous le joug de la continence
Un abbé gémit nuit et jour;
Des rigueurs de la pénitence,
Il vole aux plaisirs de l'amour;
Et c'est alors que l'on en gronde.
Mais si ceux qui portent rabat
Observaient tous le célibat,
Que deviendrait le monde?
A dépeupler la terre entière,
Travaillent tous les médecins:
Vous les voyez dans leur carrière
Livrer bataille au genre humain.
Mais si, pendant qu'ils font leur ronde,
Leur sage et prudente moitié
Des maux d'autrui n'avait pitié,
Que deviendrait le monde?
Pauvres maris que l'on offense,
Et dont toujours on rit après,
Chez les autres prenez vengeance,
Et n'en vivez pas moins en paix:
Qu'on vous raille ou que l'on vous fronde,
Ne vous mettez pas en courroux;
Messieurs, si vous vous fâchiez tous,
Que deviendrait le monde?
Que ce repas est délectable!
Ah! qu'on y voit briller d'attraits!
Vénus, que nous vante la fable,
N'en eut jamais d'aussi parfaits!
Embrassons-nous tous à la ronde,
Trinquons ensemble et buvons plein;
Sans le beau sexe et le bon vin
Que deviendrait le monde?
(ANONYME)
Air: Amusez-vous, jeunes fillettes.
L'homme prétend avoir l'empire;
L'homme s'abuse: il est à nous.
Joli minois n'a qu'à sourire,
Notre maître est à nos genoux.
Nous commandons par la tendresse,
C'est un droit qu'Amour nous donna:
Le premier qui dit ma maîtresse,
Fut celui qui nous couronna.(bis.)
L'homme regretta son hommage
Aussitôt qu'il nous l'eut rendu:
Il nous en a laissé l'image;
Mais son orgueil n'a rien perdu;
Il nous cajole, il nous caresse;
Il a toujours l'air de céder;
Il nous appelle sa maîtresse;
Mais c'est pour mieux nous commander.(bis.)
Air: Du réservoir d'amour.
Corinne, ta beauté n'est pas
Ce qui cause ma flamme;
Oui, je résiste à tes appas,
Mais je cède à ton ame:
Je cède à l'esprit d'Apollon,
Aux talents d'Uranie;
Et c'est même un peu ta raison
Qui cause ma folie.(bis.)
En toi, ce qu'on aime le plus,
Fait qu'on se désespère:
En nous montrant moins de vertus,
Tu saurais moins nous plaire.
De toi j'ai reçu le poison,
De toi j'attends la vie:
Corinne, rends-moi ma raison,
Ou bien prends ma folie.(bis.)
Air: C'est la fille à ma tante.
La simple violette,
Tendre dans ses couleurs,
Sur la naissante herbette
Règne parmi les fleurs.
La jeune Églé, comme elle,
Simple dans ses atours,
Craint de paraître belle,
Mais triomphe toujours.
Le plus beau du village
Lui peint tous ses désirs;
On entend sous l'ombrage
Ses amoureux soupirs;
Mais elle a ma tendresse,
Et mon cœur et ma foi;
Elle m'a dit sans cesse
Qu'elle n'aimait que moi.
En vain elle est sévère;
Mais qu'importe à mon cœur?
Le seul bien de lui plaire
Suffit à mon bonheur.
Sa tendresse m'assure
De sa fidélité
Quel bien dans la nature
Vaut un souris d'Églé?
En 1806, le chef-d'œuvre des miniatures de l'exposition du Muséum était un tableau représentant madame de La Vallière dans sa cellule de carmélite. Un livre de prières à la main: le sermon de Bourdaloue sur la Madeleine. Sur sa fenêtre est un lis, emblème de Louis XIV et de la France: elle le fixe; son livre lui tombe des mains, ses yeux se mouillent de douces larmes, la bonté de son ame se peint dans la douceur de ses traits avec l'amour, le sentiment, la franchise et l'amitié. Ce morceau achevé m'inspira ces couplets.
Air: C'est à mon maître en l'art de plaire.
Un grand roi captiva mon ame,
J'osais espérer du retour;
J'eus pour lui la plus tendre flamme,
Il ne la devait qu'à l'amour:
A tout l'éclat qui l'environne
Mon cœur ne trouvait point d'attraits;
Ce n'était pas une couronne,
C'est un amant que je voulais.
Sa grandeur faisait mon martyre;
Et je songeais avec effroi
Que, des sentiments qu'il inspire,
Rien ne peut assurer un roi.
J'aurais voulu, dans mon ivresse,
Réunir tout pour le charmer;
Mais je n'avais que ma tendresse,
Et tout mon art fut de l'aimer.
Je lui donnai plus que ma vie,
Car j'oubliai l'amour pour lui.
L'amour punit ma perfidie
Par le plus insensible oubli;
Un autre à présent sait lui plaire....
Plus que moi je plains mon amant;
Il perd une amante sincère:
Les rois n'en trouvent pas souvent.
A madame de Montespan, sa rivale, en regardant le lis.
Et toi, qui me sembles si vaine
De la douleur où tu me voi,
Je te pardonnerai sans peine
Si tu sais l'aimer mieux que moi.
Dans une retraite profonde
Je ne forme plus qu'un désir:
Qu'il existe heureux dans ce monde;
Moi, j'attends un autre avenir.
Air: Ma plus belle promenade.
Galants, je veux vous apprendre,
Sans livre et sans almanach,
Un jeu facile à comprendre,
Un nouveau jeu de trictrac.
Il faut, en suivant la chance,
Mettre les dames en bas;
C'est par-là que l'on commence,
Sans quoi l'on ne case pas.
Quand on a su les abattre,
On les pousse encore un peu
Pour avoir de quoi combattre,
Il faut étendre son jeu.
Si votre partie adverse
Craint, et ne s'avance point,
Que votre savoir s'exerce
A battre vite son coin.
C'est par le coin que l'on s'ouvre
L'entrée aux coups importants:
On passe une dame, on couvre,
On avance, on met dedans;
Mais ne faites point d'école,
N'oubliez point à marquer:
Jamais on ne se console
D'être assez sot pour manquer.
Pour faire de grands vacarmes,
N'avoir jamais le dessous,
Il faut amener des carmes,
Car ils font les plus grands coups.
L'autre jour, grand dieu! quel charme,
Et quel plaisir d'y songer!
Je vis prendre par un carme
Cinq ou six trous sans bouger.
Une fille jeune et vive
Ne peut modérer son jeu,
Ni, quand un beau coup arrive,
Garder un juste milieu:
Elle pousse un peu trop vite,
Et, son jeu se serrant trop,
On l'enfile tout de suite
Et l'on va le grand galop.
Si par heureuse fortune,
En l'absence d'un époux,
Vous jouez contre une brune,
Soyez bien sûr de vos coups:
Sur-tout point d'étourderie,
Et prenez bien votre jour;
Car on manque la partie
Souvent par jan de retour.
Air: Si des galants de la ville.
Je conçois bien qu'un novice
En amour perde son temps;
Qu'il soit dupe du caprice,
Qu'il prend pour du sentiment.
Pour moi, satisfait de plaire,
Je ne crois pas aux serments
Qu'une femme peu sincère
Fait toujours à ses amants.
Je déteste l'esclavage,
Le plaisir seul est ma loi;
Je me plais au badinage,
Sans jamais donner ma foi;
Et, de peur qu'une volage
Ne me donne mon congé,
Le matin si je m'engage,
Le soir je suis dégagé.
Églé, Corinne, Julie,
Ont eu mes vœux tour à tour:
Je suis né sans jalousie,
Et mon cœur est sans détour.
J'offre aux belles mon hommage,
Fruit de ma sincérité;
C'est comme un droit de passage
Que l'on doit à la beauté.
Air: Si de tous les maux de l'absence.
Permets, Hébé, que la vieillesse
Chante la saison des amours,
Ou calme, auprès de la jeunesse,
L'ennui cruel de ses vieux jours:
L'hiver goûte un plaisir céleste
En se rapprochant du printemps;
Laisse-moi savourer un reste,
Un vieux reste de mon bon temps.
Quand dans nos champs une bergère
Couronne son heureux berger;
Quand la molle et verte fougère
Obéit sous son pas léger;
Quand de ses pleurs la jeune aurore
Arrose les fleurs du printemps;
Quand dans le monde tout s'adore,
C'est l'âge d'or, c'est le bon temps.
Jeune Hébé, je commence à croire,
Aux feux que je sens près de toi,
Que les dieux veulent pour ta gloire
Faire un nouveau Titan de moi:
Quand sur ton teint je vois éclore
Toutes les roses du printemps;
Ce tableau me rappelle encore
Ce que je fis dans mon bon temps.
Si jamais de quelque puissance
Je suis revêtu dans les cieux,
Je rends le monde à son enfance;
Et quant au dieu d'amour, je veux
Qu'il immortalise les belles,
Qu'il éternise leur printemps;
Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes,
Les ongles et la barbe au temps.
Attribuée au duc de Nivernois.
Souffrez, amis, que je vous dise
Le triste état de mes amours;
Je vais le faire avec franchise,
Ne vous y fiez pas toujours:
Déplorez tous mon sort funeste,
L'hiver succède à mon printemps.
Ah! quand on y va de son reste,
Hélas! c'est bien le pauvre temps!
Quand j'aperçois cette bergère
Auprès de son heureux berger;
Quand je songe à ce qu'il doit faire,
Oui, je suis prêt d'en enrager:
Auprès d'un objet qu'il adore,
Ses feux sont toujours renaissants....
Vainement je l'appelle encore
La vigueur de mon ancien temps!
A cinquante ans, nos joyeux pères
Brûlaient jadis de nouveaux feux!
Aujourd'hui, quels effets contraires!
A trente ans je suis déjà vieux.
Comme à Titan, l'Aurore aimable
Devrait ressusciter mes sens;
Mais, hélas! ce n'est qu'une fable
Des annales du bon vieux temps.
Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort:
Amis, jusqu'en notre vieillesse
Ménageons-nous d'heureux moments;
C'est un songe que la vieillesse
Après la saison des amants.
Vivent les plaisirs de la table;
L'automne vaut bien le printemps:
Savourons ce jus délectable,
Croyez-moi, c'est-là le bon temps.
Musique Créole.
Moi las de tant souffrir,
Moi v'lè mourir.
Zizi trop cruelle,
Moi las de tant souffrir,
Moi v'lè mourir,
Pour mal moi finir.
Moi bandi en yeux li qui belle;
Moi jurè li, et moi fidèle,
Zizi ny l'air ben doux,
Mais cœur cailloux,
Ly cache là-z-ous.
Z'autre qui toujours heureux,
Ben amoureux;
La sou-z-un feuillage,
Zozo n'a pas chantè....
Yo moment, pèt!....
Zo moi trop mauvais;
Malgré moi, ben content, ben sage,
Pas zottè, Zizi, li volage,
Zozo n'a pas chantè!....
Yo moment pèt,
Sont moi trop mauvais.
Zizi, pas save aimer,
Ayant charmé,
Çà tout ça li scave,
Cœur moi tant désiré,
Tant soupiré
Li sont déchiré,
Moi vinit plat comme youm casave,
Moi semblè un viel pauvre esclave;
Zizi pas save aimer,
Ayant charmé,
Li tout déchiré.
Premier jour, moi voi li
Ça moi sentir
Parlé petit'chose,
Premier jour moi voir ly
Ça moi sentir
Yous trop grand plaisir;
Couler lis et couler la rose,
Si moi fou, ça li qui la cause,
Ly dit: ay l'air ben doux;
Mais cœur cailloux
Li cache là-zous.
Air: Tôt tôt tôt, battez chaud, etc.
La jeune Elvire à quatorze ans,
Livrée à des goûts innocents,
Voit, sans en deviner l'usage,
Éclore ses charmes naissants;
Mais l'amour, effleurant ses sens,
Lui dérobe un premier hommage:
Un soupir
Vient d'ouvrir
Au plaisir
Le passage,
Un songe a percé le nuage.
Lindor, épris de sa beauté,
Se déclare: il est écouté:
D'un songe, d'une vive image,
Lindor est la réalité.
Le sein d'Elvire est agité,
Le trouble a couvert son visage;
Quel moment,
Si l'amant
Plus ardent
A cet âge
Avait hasardé davantage!
Mais quel trouble vient la saisir
Cet objet d'un premier désir,
Qu'avec rougeur elle envisage,
Est l'époux qu'on doit lui choisir.
On les unit; dieux! quel plaisir!
Elvire en fournit plus d'un gage;
Les ardeurs,
Les langueurs,
Les fureurs,
Tout présage
Qu'on veut un époux sans partage.
Dans le monde, un essaim flatteur
Vivement agite son cœur.
Lindor est devenu volage,
Il a méconnu son bonheur.
Elvire a fait choix d'un vengeur
Qui la prévient, qui l'encourage;
Vengez-vous,
Il est doux,
Quand l'époux
Se dégage,
Qu'un amant répare l'outrage.
Voilà l'outrage réparé,
Son cœur n'est que plus altéré.
Des plaisirs le fréquent usage
Rend le désir immodéré.
Son regard fixe et déclaré
A tout amant tient ce langage:
Dès ce soir,
Si l'espoir
De me voir
Vous engage,
Venez, je reçois votre hommage.
Elle épuise tous les excès;
Mais au milieu de ses succès,
L'époux meurt, et pour héritage
Laisse des dettes, des procès.
Un vieux traitant demande accès,
L'or accompagne son message:
Un coup d'œil
Est l'écueil
Où l'orgueil
Fait naufrage;
Un écrin couronne l'ouvrage.
Dans ces laborieux passe-temps,
Elvire a passé son printemps:
La coquette d'un certain âge
N'a plus d'ami, n'a plus d'amants.
En vain de quelques jeunes gens
Elle ébauche l'apprentissage;
Tout est dit,
L'amour fuit
On en rit,
Quel dommage!
Mais Elvire enfin devient sage.
Air: Du petit Matelot.
L'hiver, mes amis, sera rude,
Et de pester j'aurai le droit;
Car ma singulière habitude
Va me reprendre avec le froid.
J'ai beau m'en faire le reproche,
Même sottise tous les ans;
Pour avoir chaud, c'est dans ma poche
Que j'ai toujours porté mes gants.
Pourtant la lecture rend sage;
J'ai beaucoup lu, sans vanité.
Ganter ses mains est un usage
Consacré par l'antiquité.
Nos paladins à l'humeur fière,
Que faisaient-ils au bon vieux temps,
Pour rendre plus chaude une affaire,
Au nez ils se jetaient leurs gants.
Assez souvent un homme en place,
De tous les vices suit la loi;
Est-ce en lui faisant la grimace
Que nous obtiendrons un emploi?
Quoique son méchant caractère
Agite et révolte nos sens;
Voulons-nous gagner notre affaire?
Pour lui parler prenons des gants.
Au théâtre, si mon ouvrage
Satisfait peu les assistants;
S'il est suivi, non d'un orage,
Mais de sourds applaudissements,
Rendons ma honte supportable;
Disons par tout: quel contre-temps!
Il faisait froid, un froid du diable!
Tout le monde avait mis des gants.
Jeunes fillettes qu'on marie,
Le gant blanc vous est présenté;
A votre main, il signifie
Innocence et fidélité.
Faut-il qu'un seul point m'importune!
Faut-il, au bout de quelque temps,
Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune,
Vous déchiriez ainsi vos gants!
Si, dès la première journée,
Parfois l'époux a du souci,
N'accusons point la destinée;
Il n'en est pas toujours ainsi.
Voyez celui qu'amour invite
A cueillir rose du printemps;
Pour peu que l'arbuste s'agite,
Il s'écriera: j'en ai les gants.
Grétry neveu.
Adressé à une femme susceptible par d'autres femmes.
Air: Dans ce salon où du Poussin.
Avec un maintien aussi doux,
Avec autant de modestie,
Pourquoi tous fâcher contre nous
A la moindre plaisanterie?
Pour tous, un aussi mauvais lot
Fait dire à chacun dans sa glose,
Que vous vous offensez du mot,
Et que vous aimez mieux la chose.
Si tel est votre bon plaisir,
Votre goût est vraiment louable;
Il est toujours bon de choisir
L'utile au lieu de l'agréable.
Quand l'hymen sera votre lot,
Je vois que votre seule clause
Sera de tous priver du mot,
Et d'aimer plus souvent la chose.
Ne disputons plus désormais,
Chacun a son goût dans ce monde;
Qu'il soit bon, ou qu'il soit mauvais,
C'est bien à tort que l'on en gronde.
Mais pour rétablir au plutôt
Une paix que je vous propose,
De grace, laissez-nous le mot,
Nous vous abandonnons la chose.
F. D.
Adressé avec une rose à Mademoiselle ***.
Air: J'ai vu par-tout dans mes voyages.
De toutes parts on se dispose
A vous fêter, à vous fleurir;
L'amour m'a fourni cette rose,
Permettez-moi de vous l'offrir.
Une rose pour votre fête....
L'hommage n'est point indiscret,
Et c'est un moyen fort honnête
De vous donner votre portrait.
Armand-Gouffé.
Air: De la Fanfare de Saint-Cloud.
Je suis d'un fort bon augure,
Approchez gens de céans;
Je lis sur chaque figure
Avec des yeux pénétrants.
Plus d'une vieille commère
Me traitera de sorcier;
C'est ce qu'on dit d'ordinaire
A qui sait bien son métier.
Commençons par vous, Thérèse:
Vous soupirez nuit et jour;
Vous éprouvez un malaise
Qu'on appelle mal d'amour;
Votre maman trop cruelle
Long-temps vous fera languir;
Sans tarder, faites comme elle,
Ne vous laissez pas mourir.
Pour vous, belle Marguerite,
Vous avez ce qu'il vous faut;
Mais cependant au plus vite,
Qu'un mari soit votre lot;
Jacques, Pierre, ou Nicodême,
Eh! n'importe qui vraiment,
Pourvu qu'avant le carême
Vous puissiez être maman.
Qu'avez-vous, gros maître Blaise?
Vous marchez d'un pas bien lourd;
Pour voir vos pieds à votre aise,
Comment ferez-vous un jour?
Votre amour pour le beau sexe
Vous menace d'un affront;
Car un accent circonflexe
Orne déjà votre front.
Vous, Thomas, sans retenue,
A chaque instant vous criez
Que votre vin diminue;
Quoique vous le ménagiez.
Votre femme feint de croire
Aux esprits, aux loups-garoux.
Mais votre voisin Grégoire
Est ivrogne comme vous.
De moi, vous voulez apprendre
Si vous vivrez dans six mois?
A ce terme on doit vous pendre,
Vous a-t-on dit autrefois.
Il est certain que j'ignore
Si dans six mois vous vivrez;
Mais si vous vivez encore,
Il est sûr que vous boirez.
Grétry neveu.
Air: Du ballet des Pierrots.