Pétersbourg, le 19 septembre 1810.



Monsieur le Duc,

... Dès que nous ne voulons pas la Pologne, la Russie veut l'alliance. Or, comme il ne peut être dans l'intérêt de notre cabinet de la vouloir, les affaires marcheront ici d'elles-mêmes, et tout autre, comme j'ai eu l'honneur de le mander à Votre Excellence, les fera mieux que moi, car je ne puis empêcher les souvenirs de Tilsit et d'Erfurt de se rattacher à moi, et ces antécédents de plusieurs années deviennent gênants dans une marche politique que mille circonstances et tant d'événements ont nécessairement plus ou moins modifiée, sans qu'elle soit changée. Je vous le dis en homme convaincu, Monsieur le Duc, les Russes ne pensent qu'à finir leurs affaires de Turquie (que les généraux ne mènent pas à bien, quoique l'armée soit belle et bonne); ils ne veulent que jouir de ce qu'ils auront acquis et pousser le temps avec l'épaule jusqu'à ce que la paix avec l'Angleterre, objet de tous leurs vœux, rende du bien-être à tout le monde. L'Empereur est trop sage pour penser à se commettre avec nous soit par une folle levée de boucliers, soit en ne remplissant pas ses engagements pour soutenir le système continental; travaillez donc, Monsieur le Duc, à entretenir en amicales et paisibles dispositions pendant que le génie de l'Empereur pacifiera la Péninsule. Ramenez la confiance en persuadant au prince Kourakine et à l'empereur Alexandre ce que je répète sans cesse, que les affaires d'Espagne, qui doivent avec le concours des mesures adoptées par nos alliés forcer l'Angleterre à la paix, sont d'une trop grande importance dans les grands intérêts qui occupent notre maître pour qu'il ait même la pensée d'inquiéter la Russie relativement à la Pologne si loin de lui. À mon grand regret, je ne persuade plus; la conviction ne peut venir que de vous et, je le répète, par un autre ambassadeur, quoique l'empereur Alexandre me témoigne toujours une grande bienveillance. À l'égard de ce prince, il me semble qu'on ne le juge pas ce qu'il est; on le croit faible et on se trompe; sans doute il sait supporter beaucoup de contrariétés et dissimuler son mécontentement, mais c'est parce qu'il a un but dans la paix générale et qu'il espère l'atteindre sans crise violente. Mais cette facilité de caractère est circonscrite; il n'ira pas au delà du cercle qu'il s'est tracé; celui-là est de fer et ne prêtera pas, car il y a au fond de ce caractère de bienveillance, de franchise et de loyauté naturelle, ainsi que d'élévation de sentiments et de principes, un acquit de dissimulation souveraine qui marque une opiniâtreté que rien ne saurait vaincre. Le talent du cabinet et celui de l'homme qui a à traiter avec lui est donc de deviner cette limite, car l'Empereur ne la passera pas; les meilleures raisons lui paraîtraient spécieuses et ne feraient, dès que sa défiance serait éveillée, que l'armer davantage contre ce qu'il regarderait comme contraire à ses intérêts. Ne voyant à notre cabinet aucun motif pour heurter ce prince, aucun intérêt réel pour l'inquiéter, je n'avance rien de trop en disant qu'il faudrait venir tirer ces gens-ci par l'oreille pour leur faire entreprendre quelque chose contre nous, et que tout homme qui apportera de la loyauté dans sa conduite et des formes convenables, conviendra pour me remplacer et fera même mieux que moi, si l'Empereur daigne accorder quelque confiance et un peu d'attention à mes précédentes dépêches et aux réflexions que je me permets de faire ici. Veuillez donc, Monsieur le Duc, m'obtenir son agrément pour que l'hiver ne me cloue pas dans mon lit de Pétersbourg. Faut-il absolument que j'y revienne? J'obéirai! Mais l'Empereur ne peut me refuser d'aller prendre des bains de Baréges, quand je suis perclus et que l'usage que j'en ai fait la première année que j'ai été son aide de camp m'a remis sur pied. J'insiste, parce que je suis très souffrant; j'ose donc me flatter que l'Empereur jettera un regard d'ancienne bonté sur un de ses anciens serviteurs, et que Votre Excellence m'annoncera incessamment mon remplacement.


Pétersbourg, le 15 novembre 1810.



Monsieur le Duc,

Je dois des remerciements à Votre Excellence de la lettre qu'elle a eu l'obligeance de me faire passer, de ses bontés pour M. de Rumigny, et de l'intérêt dont elle m'assure; ma santé en a plus besoin que jamais. Veuillez vous rappeler souvent de mes instantes demandes et les mettre de nouveau sous les yeux de l'Empereur.

La position est ici toujours la même. Je crois les dispositions bonnes; la méfiance et l'inquiétude n'ont pas changé, vous êtes notre thermomètre. Le retour de M. de Czernicheff 670 améliorera-t-il cette situation? On ne m'a rien témoigné, mais il m'a été facile de voir qu'on est blessé; est-ce de ce qu'il a rapporté, est-ce de la lettre dont Votre Excellence l'avait chargé pour moi, je l'ignore encore. On se plaint que nous ne témoignons point de confiance; nos doutes, les annonces de nos journaux que de nombreux bâtiments arrivent en Russie, tandis qu'il n'en est pas entré quinze avec chargement depuis le 15 septembre, sont appelés de la mauvaise foi. On y voit un projet de proclamer d'avance des griefs pour former l'opinion et la préparer à des changements. On a la conviction qu'on a plus fait qu'aucune puissance et que nous-mêmes dans l'intérêt du système contre l'Angleterre. On se vante d'avoir sacrifié à ce but son commerce, son change et même, à un certain point, sa sûreté, en nous aidant loyalement contre l'Autriche, tandis que nous profitions de ce concours pour ressusciter la Pologne, malgré les engagements pris. Le gouvernement se croit des droits à notre reconnaissance et l'empereur Alexandre à la confiance de l'empereur Napoléon. Voilà l'opinion du cabinet. Quant à sa marche, elle ne varie pas, les formes et les dispositions antianglaises sont les mêmes. Les glaces ont fermé Cronstadt, les autres ports ne tarderont pas à l'être; il paraît d'ailleurs que les hommes qui y sont les surveillent réellement et se sont persuadés que l'Empereur veut être obéi sur ce point.

Note 670: (retour) L'aide de camp Tchernitchef.

Quant à la marche des affaires, je crois que quelques changements dans les lettres qu'on peut voir 671 et quelques cajoleries dans les formes les rendraient plus faciles. Le ton de la menace rendrait plus dissimulé et n'obtiendrait rien ici. On peut nous craindre, aussi n'irait-on pas nous chercher. Mais on a en même temps trop d'amour-propre et trop aussi le sentiment de sa force chez soi pour nous céder sur certaines choses. En énonçant cette opinion, je ne dis qu'une vérité dont plusieurs années m'ont convaincu. L'éducation et le caractère de l'empereur Alexandre le rendent très impressionnable et sensible aux bonnes formes, et dans ce genre, on ne peut que lui rembourser ce qu'il avance. Il veut être un chevalier dans ses relations politiques; pourquoi changer cette bonne disposition, qui est le correctif de la dissimulation presque obligée des princes, quand il y a au fond de ce caractère une opiniâtreté qu'il faut se garder de heurter? L'Empereur, notre auguste maître, ne se doute peut-être pas jusqu'à quel point il pourrait servir ses intérêts avec des ménagements sur la Pologne et quelques procédés pendant que sa politique irait toujours son train.

Note 671: (retour) Il s'agit des lettres ministérielles qui étaient expédiées avec intention de manière à pouvoir être décachetées et lues par la police russe.

Je dois revenir sur les lettres que Votre Excellence m'adresse dans l'intention que le ministère russe les lise, parce qu'à la distance où nous sommes, cette manière de se parler a l'inconvénient de manquer d'à-propos. Je ne puis pas faire qu'on soit ici content de tout et que vous le soyez par conséquent de moi, mais soyez sûr que je ne manque ni de nerf, quand il en faut pour réussir, ni de fierté s'il était nécessaire de rappeler au nom de qui je parle; je connais mon terrain et crois avoir fait mes preuves. Pour en finir sur les lettres, et certes ma réflexion n'est pas dans mon intérêt, je pense qu'il y a moins d'inconvénient à me faire frapper trop fort qu'à frapper vous-même, car le mécontentement peut s'escompter à mes dépens.

En entrant dans tous ces détails avec Votre Excellence, je crois remplir les devoirs d'un fidèle serviteur de l'Empereur et d'un homme qui désire être vraiment utile au département dont elle est le chef.

Je ne veux pas terminer cette lettre sans vous rappeler encore, Monsieur le Duc, que je me meurs ici, que je ne suis plus propre à y servir l'Empereur, et qu'un pauvre diable lancé loin de lui et des siens et au bout du monde a besoin de revoir la France après trois années d'exil et de tribulations politiques qui ne sont ni de son goût, ni dans son caractère.


Pétersbourg, le 15 décembre 1810.



Monsieur le Duc,

L'état de ma santé m'oblige à rappeler à Votre Excellence les différentes demandes que j'ai eu l'honneur de lui adresser pour obtenir de revoir la France. Ici, on tient trop à conserver la paix, on est trop prononcé contre l'Angleterre pour que le maintien du système actuel et nos relations puissent se ressentir d'un changement d'individu. Peut-être un nouveau visage réchaufferait-il même plus que je ne puis le faire l'alliance à laquelle on nous soupçonne d'attacher moins de prix maintenant. Quoique je coure déjà ma quatrième année d'absence, je regarderais, Monsieur le Duc, comme mon premier devoir de me dévouer encore si je croyais pouvoir servir l'Empereur mieux qu'un autre. Mais dans la situation où les circonstances m'ont placé depuis un an, tout autre après quelques mois de séjour fera avec plus d'avantage que moi les affaires du présent, puisqu'on ne pourra lui demander compte du passé. Cela remplacera donc bien au delà, même dès son début, l'avantage que je puis tirer de la connaissance des individus et de l'accès que j'ai à toute heure et en tous lieux chez l'Empereur et ses ministres. Je parle sur cela à Votre Excellence avec la confiance d'un homme d'honneur et la franchise d'un soldat dont la vie appartient à l'Empereur. Sa Majesté veut-elle encore l'alliance et ses effets, peu importe celui qui la servira ici. Sa politique ménageant les intérêts de frontière de ce pays, qui ne gênera en rien les grands projets qu'elle peut avoir, les choses marcheront d'elles-mêmes. Sa Majesté ne veut-elle que les froides relations d'un simple état de paix, a-t-elle même d'autres projets, elle ne peut tenir à ce que ce soit moi qui la représente, puisqu'un autre individu moins près de son auguste personne donnera moins d'importance à la mission, et que tout autre sera plus à son aise et fera donc mieux que moi. Voilà mes réflexions, Monsieur le Duc; je vous les confie pour ne plus conserver que la pensée de mes devoirs et le désir de prouver à mon maître que les obstacles quels qu'ils soient, ainsi que ma mauvaise santé, ne rebutent pas plus mon zèle qu'ils n'allèrent mon entier et respectueux dévouement.

Que Votre Excellence agrée avec l'assurance de mes inaltérables sentiments celle de ma haute considération.

Caulaincourt, duc de Vicence 672.



Note 672: (retour) La même signature, faisant suite à des formules identiques, se retrouve au bas de toutes les lettres précédentes.


TABLE DES MATIÈRES




CHAPITRE PREMIER

LE LENDEMAIN D'ERFURT

Intentions respectives de Napoléon et d'Alexandre au sortir d'Erfurt.--Offres de paix à l'Angleterre.--Napoléon veut soumettre l'Espagne par les armes et comprimer l'Autriche par la terreur.--Raisons qui lui font détester l'idée d'une nouvelle guerre et de nouvelles victoires en Allemagne.--Il craint notamment de réveiller la question polonaise, qui peut le brouiller avec la Russie.--Quelle est a ses yeux la grande utilité de l'alliance.--Instructions à Caulaincourt.--Projets ultérieurs: la Méditerranée et l'Orient.--Tendance d'Alexandre à s'isoler de l'Europe.--Son imagination se détourne de l'Orient.--Influence dominante de Spéranski.--Passion réformatrice.--Spéranski et l'alliance française.--Erreur persistante sur les dispositions de l'Autriche.--Souvenir reconnaissant pour Talleyrand; l'empereur Alexandre lui donne une famille.--Roumiantsof à Paris.--Campagne de Napoléon au delà des Pyrénées.--Résultats incomplets.--Retour à Valladolid.--Mouvements de l'Autriche.--Napoléon s'opiniâtre à l'idée de contenir et d'immobiliser l'Autriche par la main de la Russie.--Rapprochement historique.--Occupations d'Alexandre pendant la campagne d'Espagne.--Situation brillante de Caulaincourt.--Propos de salons.--Arrivée du roi et de la reine de Prusse; importance attribuée à leur voyage.--Napoléon torture la Prusse; protestation d'Alexandre.--Confiance de nos ennemis dans le pouvoir de la reine Louise.--Le ménage impérial.--Souhait de nouvel an adressé par Napoléon à Alexandre.--La reine Louise chez l'ambassadeur de France.--Le Roi détruit l'intérêt qu'inspire la Reine.--Réapparition et triomphe de la favorite.--La politique pendant le voyage.--Napoléon requiert le concours diplomatique d'Alexandre contre l'Autriche.--Le Tsar persiste dans un système de demi-mesures.--La note identique.--Lettre explicative à Roumiantsof.--Le prince de Schwartzenberg à Pétersbourg.--Alexandre encourage l'Autriche à la guerre en croyant l'en détourner.

CHAPITRE II

RUPTURE AVEC L'AUTRICHE.

Retour de Napoléon à Paris.--Son humeur.--Disgrâce de Talleyrand; effet produit en Russie par cette mesure.--Relations clandestines de Talleyrand avec l'empereur Alexandre.--Napoléon juge que la guerre avec l'Autriche se rapproche.--La Russie marchera-t-elle?--Représentants de cette puissance à Paris.--L'ambassadeur prince Kourakine; sa loyauté, son insignifiance politique et ses ridicules.--Le comte Nicolas Roumiantsof.--Conversations véhémentes de l'Empereur avec ce ministre.--Légère détente.--Napoléon se reprend à l'espoir d'immobiliser l'Autriche et requiert à nouveau le concours diplomatique de la Russie.--La grande démarche.--Conséquences irréparables de la guerre d'Espagne.--Rôle de Metternich.--Roumiantsof se dérobe et quitte la place.--L'Autriche dévoile bruyamment ses dispositions offensives.--Caractère national de la guerre.--Pressants appels de Napoléon à la Russie.--Perplexités d'Alexandre.--Procédés évasifs.--Propos de table et conversations d'affaires.--Événements de Turquie et de Suède.--Irruption des Autrichiens en Bavière.--Duplicité d'Alexandre; ses déclarations en sens contraire à Caulaincourt et à Schwartzenberg.--Il s'arrête au parti de ne faire à l'Autriche qu'une guerre illusoire et fictive.

CHAPITRE III

LA COOPÉRATION RUSSE.

Premiers et foudroyants succès de notre armée d'Allemagne: Napoléon à Vienne.--Immobilité des Russes.--Composition de leur armée; le prince Serge Galitsyne.--Causes de leur inaction; responsabilités respectives.--Prétextes allégués.--Instances de Caulaincourt; ses moyens de persuasion; parallèle entre la France conservatrice et l'Autriche révolutionnaire.--L'ordre de marche indéfiniment retardé.--Effets désastreux de cette mesure pour la Russie elle-même et pour l'alliance.--L'archiduc Ferdinand à Varsovie.--Poniatowski se jette en Galicie.--Insurrection de cette province.--Agitation dans les provinces russes limitrophes.--Réveil de la question polonaise.--Émotion à Pétersbourg.--Langage de Roumiantsof et d'Alexandre.--Réplique de Caulaincourt.--Scène d'attendrissement.--Essling.--Paroles d'Alexandre sur le maréchal Lannes.--Impression produite sur Napoléon par l'inertie des Russes.--Lettre remarquable du 2 juin 1809.--L'alliance entre dans une phase nouvelle.--Défaut réciproque de sincérité.--Napoléon réserve le sort de la Galicie.--Il se dispose à une lutte décisive.--Entrée en scène de l'armée russe.--Extrême lenteur de ses mouvements.--Le général Souvarof laisse reprendre Sandomir sous ses yeux.--Indignation de Napoléon.--Caractère des opérations russes en Galicie.--Jeu convenu entre les deux quartiers généraux.--Querelles entre Polonais et Russes.--Wagram.--Scènes de Cracovie.--État des esprits à Pétersbourg: exaspération des salons.--Alexandre accentue son langage.--Première note au sujet de la Pologne: la question officiellement posée.--Armistice de Znaym.--Droits acquis par les Polonais et ménagements dus à la Russie.--Problème qui se pose devant Napoléon au lendemain de Wagram.

CHAPITRE IV

LA PAIX DE VIENNE.

Ouverture des conférences d'Altenbourg.--La Russie se fera-t-elle représenter au congrès?--Influence qu'elle exerce indirectement sur la marche des négociations; elle est la cause des lenteurs apportées de part et d'autre a se découvrir et à se prononcer.--Comment la question de Galicie renferme en elle toutes les autres.--Napoléon ne peut déterminer les conditions de la paix avant d'avoir pénétré les sentiments d'Alexandre au sujet de la Galicie.--Projets divers.--Idée d'un partage inégal entre le duché et la Russie.--Enquête confiée au duc de Vicence.--Avant de se résoudre au principe d'un grand sacrifice, l'Autriche tient à sonder la Russie et à savoir ce qu'elle peut en attendre.--Metternich et Nugent.--Arrière-pensée de Metternich: ses premiers efforts pour substituer l'Autriche à la Russie dans les faveurs de Napoléon.--Arrivée de Tchernitchef à Vienne.--Lettre d'Alexandre.--L'aide de camp du Tsar à la table de l'Empereur.--Langage énigmatique.--Impatience de Napoléon.--La cour de Dotis; conflit d'influences.--L'Autriche entame la question de Galicie.--Mission de Bubna à Vienne.--Napoléon subordonne l'intégrité de la monarchie vaincue à un changement de souverain; première idée d'une alliance avec la maison d'Autriche.--Rêve et réalité.--Pression exercée sur M. de Bubna.--L'équivalent des sacrifices de Presbourg.--Accident arrivé à l'empereur Alexandre; sa convalescence.--L'ambassadeur de France à son chevet.--Conversations de Péterhof.--Difficulté d'Alexandre à s'expliquer.--Il ne s'oppose pas en principe à une légère extension du duché.--Comment Napoléon profite et abuse de cette condescendance.--Son ultimatum aux Autrichiens.--Résistance de l'empereur François.--Colère de Napoléon.--Conversation orageuse avec Bubna.--Coup de théâtre.--L'arbitrage russe.--L'Autriche adhère en principe à l'ultimatum français.--Transfert des négociations à Vienne.--Napoléon fait quelques concessions en Galicie; la Russie perd Lemberg.--Signature précipitée de la paix.--Le gros lot et la part de la Russie.--Garanties offertes à cette puissance.--Lettre de Champagny à Roumiantsof; caractère et importance de cette communication.--Faute commise par Napoléon.--La paix de Vienne aggrave la question de Pologne, la porte à un état aigu et marque le point de départ d'un débat décisif pour le sort de l'alliance.

CHAPITRE V

LA DEMANDE EN MARIAGE.

Accueil fait par l'empereur Alexandre au traité de Vienne.--Extrême mécontentement.--La lettre ministérielle du 20 octobre atténue cette impression.--Alexandre réclame la signature d'un traité portant garantie contre le rétablissement de la Pologne.--Digression historique de Roumiantsof.--Le despotisme tempéré par les salons.--Caulaincourt sollicite des instructions précises.--Désir soutenu et progressif chez Napoléon de restaurer l'alliance et de lui rendre son lustre.--Motifs dont il s'inspire.--Le divorce résolu.--Nécessité de ménager et de préparer Joséphine.--Séjour de Fontainebleau.--Napoléon incline à épouser la grande-duchesse Anne Pavlovna.--Raisons de cette préférence.--Comment Napoléon sait préparer une demande en mariage.--Attentions et galanteries.--L'ambition suprême du prince Kourakine.--L'emprunt russe à Paris.--Nouvelles assurances.--La famille impériale de Russie; la grande autorité en matière de mariage.--Retour de Fontainebleau.--Première lettre secrète au duc de Vicence.--Réserves concernant l'âge et les aptitudes physiques de la princesse.--Napoléon consent au traité portant interdiction de rétablir la Pologne; connexité des questions.--L'alliance tend à se resserrer.--Scène du 30 novembre aux Tuileries.--Imminence du divorce.--Pressé par le temps, Napoléon se décide à épouser la grande-duchesse de confiance et abandonne à Caulaincourt tout pouvoir d'appréciation.--Variété des moyens qu'il met en œuvre pour ressaisir Alexandre.--L'anniversaire du couronnement et le discours au Corps législatif.--Phrase à effet sur les Principautés.--Commentaire dicté par l'Empereur.--Seconde lettre au duc de Vicence.--Démarche irrévocable.--Le ministre de l'intérieur à la tribune du Corps législatif; exposé de la situation de l'Empire; passage concernant la Pologne.--Le bruit du mariage russe se répand.--Napoléon l'attend à recevoir la visite d'Alexandre; il voudrait faire du mariage et du voyage la manifestation extérieure et l'apothéose de l'alliance.

CHAPITRE VI

AUTRICHE ET RUSSIE.

À défaut de la princesse russe, Napoléon tient à s'assurer éventuellement d'autres partis.--Alliances possibles.--Le roi et la reine de Saxe à Paris; causes réelles et résultat de ce voyage.--L'Autriche.--Ouverture de Metternich à M. de Laborde.--Derniers cercles tenus par l'impératrice Joséphine aux Tuileries; rencontre de Floret et de Sémonville: dialogue interrompu et repris.--La soirée du 15 décembre 1809 et la journée du 16; prononcé officiel du divorce.--Napoléon pendant la séance du Sénat.--Nouvelles plaintes d'Alexandre, antérieures à l'arrivée de nos courriers.--Réponse conciliante: mécontentement intime.--L'Empereur en retraite à Trianon; premier mot à l'Autriche; instruction verbale et caractéristique au duc de Bassano.--Comparaison entre les deux négociations; différence qui les sépare.--Voyage de l'empereur Alexandre à Moscou: ajournement forcé de nos demandes.--Schwartzenberg et Laborde.--Napoléon reçoit encore une note russe au sujet de la Pologne.--Mouvement de colère.--Lettre du 31 décembre 1809 à l'empereur Alexandre.--Visite à la Malmaison.--Intervention de Joséphine et d'Hortense.--Mme de Metternich.--Conversation sous le masque.--Prestige de la maison d'Autriche.--Evolution graduelle qui paraît s'opérer dans l'esprit de l'Empereur.--Quelles que soient actuellement ses préférences intimes, il reste ferme dans la position prise vis-à-vis de la Russie.--Il attend impatiemment une réponse de Pétersbourg.--Lenteur des communications.--Premier courrier du duc de Vicence.--Signature de la convention contre la Pologne.--L'article premier.--Enquête sur la grande-duchesse Anne.--Retour de l'empereur Alexandre.--Ses impressions de voyage.--La négociation s'entame.--Attitude d'Alexandre: ses révélations sur le caractère de sa mère et de ses sœurs.--Théorie de Roumiantsof.--Demande formelle.--Première réponse de l'Impératrice mère.--La grande-duchesse Catherine consultée: situation de cette princesse.--Délais successifs.--Excès de précaution.--Satisfactions accessoires.--L'empire d'Occident.--Caulaincourt augure favorablement de l'issue finale.

CHAPITRE VII

LE MARIAGE AUTRICHIEN.

I. Dernière attente.--Impression produite sur l'Empereur par les premières réponses de la Russie.--Un mot de lui; sa pensée dominante.--Il soupçonne que la Russie prépare un refus et se met lui-même en mesure d'opérer son évolution vers l'Autriche.--Premier conseil tenu aux Tuileries.--Caractère imposant de cette réunion.--But de l'Empereur en provoquant une délibération solennelle.--Comment il pose la question.--Rapport de Champagny.--Doutes qui subsistent sur l'opinion émise par divers membres du conseil: discordance dans les témoignages des contemporains.--Passions d'ordre intérieur; la droite et la gauche du conseil.--Les révolutionnaires et la Russie.--Harangue de Murat.--L'alliance conservatrice.--Avis prophétique de Cambacérès.--Eugène, Talleyrand, le cardinal Fesch, Fontanes.--Dans quelle mesure l'Empereur se mêle à la discussion.--Il lève la séance et laisse le débat sans conclusion.--La controverse se transporte et se poursuit dans tous les milieux.--L'alliance russe devant l'opinion.--Les Jacobins, le faubourg Saint-Germain, les Constitutionnels.--Situation mondaine des deux ambassades.--Mémoire de Pellenc.--Renseignements sur Marie-Louise.--L'alliance autrichienne et les gens d'affaires.--Napoléon cherche à provoquer un mouvement d'opinion en faveur de l'archiduchesse, mais réserve sa décision jusqu'à ce qu'il ait reçu des renseignements plus probants sur les dispositions de la Russie.

II. Les journées des 6 et 7 février 1810.--Nouveau courrier du duc de Vicence.--État de la négociation au 20 janvier.--Pourparlers avec l'Impératrice mère: objections intimes et étranges.--Alexandre affecte de s'irriter contre sa mère.--Portrait qu'il trace de Napoléon.--Les échos de Pétersbourg et de Gatchina.--L'Impératrice parait disposée à consentir, sans s'y résoudre encore.--Prolongation des délais.--Déchiffrement des deux dépêches dans la nuit du 5 au 6 février.--Au vu de ces pièces, Napoléon se sent confirmé dans son jugement sur les intentions évasives de la Russie et décide de conclure avec l'Autriche en vingt-quatre heures.--Journées des 6 et 7 février; emploi des différentes heures.--L'après-midi du 6; Eugène emporte le consentement de Schwartzenberg.--Joie exubérante de Napoléon.--Conseil nocturne.--Délibération fictive.--La nouvelle se répand.--Napoléon après le conseil.--Plan qu'il se trace pour l'avenir: son désir d'éviter une rupture politique avec la Russie; sa manière de prendre congé.--La matinée du 7.--Signature du contrat.--Le prince Kourakine à la porte du ministre des relations extérieures.--Napoléon prend instantanément toutes les mesures pour régler la remise, le voyage et le mariage de l'archiduchesse.--Comment il annonce son choix à la Russie.--Langage prescrit à Caulaincourt; mécontentement intime contre l'empereur Alexandre.--Motif déterminant du mariage autrichien.

III. Le refus de la Russie.--Suite et fin de la négociation.--Jeu souple et fuyant d'Alexandre.--Il promet une réponse définitive de sa mère.--L'Impératrice exprime un refus sous forme d'ajournement à deux ans.--Efforts de Caulaincourt pour que le Tsar fasse revenir l'Impératrice sur sa détermination.--Scènes vives et curieuses.--Alexandre coupe court aux instances de notre ambassadeur.--Napoléon et Alexandre se trouvent s'être donné respectivement congé à deux jours d'intervalle.--Parti forcé.--Renseignements de police; lettre lue sur le bureau du prince Kourakine.--Attitude respective du fils et de la mère.--Véritables causes du refus de la Russie.

IV. Le rejet de la convention.--Alexandre eût-il consenti au mariage si Napoléon avait ratifié la convention contre la Pologne?--Calcul probable du Tsar.--Pourquoi Napoléon a réservé sa signature.--Sa révolte contre l'article premier.--Le 6 février, il se décide définitivement à ne point ratifier la convention telle qu'elle lui est soumise et à en envoyer une autre toute ratifiée.--Comment il veut que le texte nouveau soit formulé.--Les décorations polonaises.--Post-scriptum significatif.--Assurances hyperboliques et torts réciproques.--Les journées des 6 et 7 février 1810 dans leurs rapports avec l'avenir.--Crise de l'alliance: le mariage et la convention eussent rénové l'entente; l'échec simultané de l'un et l'autre projet détermine une rupture morale entre les deux empereurs et prépare inévitablement leur brouille.

CHAPITRE VIII

LA CÉLÉBRATION.

L'empereur Alexandre n'a pas cru à la possibilité du mariage autrichien.--Sa première impression.--Son compliment à l'Empereur.--Remarques aigres-douces.--Rôle de l'opinion publique dans les événements qui vont suivre.--Impression produite à Paris par l'annonce du mariage; engouement des hautes classes pour l'Autriche.--Les colonies étrangères: Allemands et Polonais.--Tableau de Vienne au lendemain de la nouvelle.--Le parti antirusse.--Ses efforts pour déplacer l'Autriche vers l'Orient et l'y mettre en opposition avec la Russie.--Déception et angoisses à Pétersbourg.--Impopularité de l'Impératrice mère.--Arrivée du traité modifié.--Complet désarroi.--Plaintes du chancelier Roumiantsof; son appréciation sur l'alliance; appel à l'avenir.--Napoléon dans son rôle de fiancé.--Déplaisir que lui causent les reproches et les insinuations de la Russie.--Premier éclat de sa colère.--Il se radoucit et se contient.--Arrivée de Berthier à Vienne; le mariage par procuration; la France et l'Autriche en coquetterie réglée.--Napoléon s'excuse en Russie des distinctions accordées aux représentants de l'autre cour.--Les deux emprunts.--Voyage de Marie-Louise; caractère et portée des manifestations qui se produisent sur son passage.--Le comte de Metternich à Paris et à Compiègne.--La Russie en observation jalouse.--Le jour solennel.--Le corps diplomatique au Louvre.--Heures d'attente.--Toast du comte de Metternich.--Le roi de Rome et le roi des Romains.--L'ambassade russe pendant la cérémonie.--Craintes pour l'avenir.--Napoléon et Charles XII.--Enthousiasme et confiance populaires: la plus belle époque du règne.--Efforts de Napoléon pour donner à l'Europe quelques gages de modération.--Tentatives inutiles auprès de l'Angleterre; continuité fatale de la lutte.--Le mariage ne finit rien et prépare de nouveaux conflits.--Attitude de l'empereur Alexandre à l'époque de la célébration: en cet instant où la fortune de Napoléon touche à son apogée, le péril d'une guerre avec la Russie se lève sur l'horizon.

CHAPITRE IX

LE SECRET DU TSAR

Le prince Adam Czartoryski dans le cabinet de l'empereur Alexandre.--Début de leurs relations.--Pétersbourg en 1796.--Rencontre dans les jardins de la Tauride.--Scène mémorable.--Les leçons de Laharpe.--Générosité native et premières aspirations d'Alexandre.--Il voudrait apaiser et consoler la Pologne.--Joie et confiance de Czartoryski.--Alexandre aux prises avec la réalité.--Revirement progressif et complet.--Sous le coup des terreurs inspirées par Napoléon, le désir de restaurer la Pologne, en l'unissant à la Russie, rentre dans l'esprit du Tsar.--Première idée d'une guerre offensive contre la France.--Le parti russe à Varsovie.--Proposition transmise par Galitsyne.--Conseils demandés à Czartoryski.--Défiance réciproque.--Divergence de vues entre le Tsar et son chancelier.--Le représentant de la tradition.--Le traité en suspens.--Envoi à Paris d'un contre-projet russe. Napoléon mis en demeure de souscrire à une capitulation diplomatique.--Angoisses croissantes d'Alexandre.--Le regard d'Austerlitz.--Nouvel entretien avec Czartoryski.--Projet de surprendre et d'enlever le grand-duché.--Combinaisons diverses.--Politique secrète et personnelle d'Alexandre.--Tentative auprès de l'Autriche.--M. d'Alopéus.--Mission simulée auprès de Murat; mission réelle à Vienne.--Paroles tentatrices.--Le point de dissentiment entre Pétersbourg et Vienne.--Alexandre persiste à réunir les Principautés et offre à l'Autriche des compensations.--La Serbie.--Le grand projet de 1808.--Indiscrétion calculée.--Mystérieux efforts d'Alexandre pour détourner de Napoléon la Pologne et l'Autriche: il entame des hostilités indirectes parallèlement à une reprise de négociation.

CHAPITRE X

AUTOUR D'UNE PHRASE.

Arrivée du contre-projet russe à Paris.--Napoléon au lendemain de son mariage.--Parfait contentement.--Douces paroles à l'Autriche.--Établissement de Metternich à Paris.--Son plan.--Il dénonce les agitations de la Russie.--Examen du contre-projet et nouvelle révolte contre l'article premier.--Napoléon prend lui-même la parole et dicte une série d'observations.--Chef-d'œuvre de polémique.--Craintes pour le duché; idée d'une confédération défensive entre la Suède, le Danemark et l'État de Varsovie.--Les soirées de Compiègne.--Les Bonapartes et les Pozzo.--Napoléon et les hommes d'ancien régime.--Empressement de l'Autriche à offrir ses services.--Napoléon cherche à se dégager vis-à-vis de la Russie et à ne plus signer de traité.--Il ajourne sa réponse au contre-projet.--Ses artifices dilatoires.--Comment il met à profit sa situation de nouveau marié.--Voyage en Flandre.--Lettre à l'empereur Alexandre.--Tâche ingrate de Kourakine.--Faveur croissante de Metternich; son rôle entre l'Empereur et l'Impératrice.--Il envenime le différend avec la Russie.--Il s'essaye sans succès à reprendre et à soulever la question d'Orient.--Attitude d'Alexandre; tactique de Roumiantsof.--Effervescence à Varsovie.--Napoléon mis en cause à propos du langage des journaux.--Mécontentement progressif.--Explosion violente.--La dictée du 1er juin 1810.--Première menace de guerre.--Le bal de l'ambassade d'Autriche.--Accident arrivé au prince Kourakine.--Napoléon s'arrête à l'idée de ne plus continuer la controverse.--Il soulève une question préalable.--Rupture de la négociation; responsabilités respectives.

CHAPITRE XI

MÉSINTELLIGENCE CROISSANTE.

Metternich saisit l'Empereur dans le moment de son irritation contre les Russes pour lui signaler leurs progrès sur le Danube.--Espérances données à l'Autriche.--État des esprits à Vienne: les deux partis.--Avances significatives du ministère.--Intervention personnelle de l'empereur François.--Metternich sollicite Napoléon de manquer aux engagements d'Erfurt et de retirer le don des Principautés.--Refus de l'Empereur; raisons de sa loyauté.--Il interdit à la Russie toute conquête transdanubienne.--Nouveaux sujets de mécontentement contre Roumiantsof; violente prise à partie de ce ministre.--Les Russes dans les villes d'eaux d'Allemagne; politique féminine.--La colonie russe de Vienne.--Situation de notre ambassade dans cette ville; résistances aristocratiques et mondaines.--Le roi de Vienne.--Le salon de la princesse Bagration.--Intrigues de M. d'Alopéus.--Réapparition de Pozzo di Borgo.--Napoléon exige son expulsion et demande le rappel du comte Razoumovski.--Nouveau méfait des Russes de Vienne.--Napoléon porte plainte; il se substitue à son ministre et prend lui-même la plume; notes corrigées et remaniées de sa main.--Le prince Kourakine en villégiature.--Conversation de l'Empereur avec le frère de cet ambassadeur; tonnantes paroles.--Conception fondamentale que se fait l'Empereur de ses rapports avec la Russie.--L'alliance est la condition de la paix.--Effet produit en Europe et en Russie par la résistance de l'Espagne.--Napoléon cherche à ajourner le conflit dans le Nord et ne renonce pas à l'éviter.--Caractère de ses relations personnelles avec l'empereur Alexandre.--Redoublements d'efforts contre l'Angleterre; blocus continental; préparatifs d'expéditions; vues persistantes de Napoléon sur l'Égypte: son plan pour 1812 est une grande campagne navale.--Précautions militaires dans le duché de Varsovie.--Suite de l'action russe à Vienne.--Diplomatie occulte et diplomatie officielle.--Désaveu apparent de Pozzo di Borgo; son envoi en mission secrète à Constantinople.--Propagande en Pologne.--La Russie commence mystérieusement ses préparatifs militaires; travaux sur la Dwina et le Dniéper; formation de plusieurs armées.--Projets défensifs et offensifs.--Alexandre prend le premier ses dispositions en vue d'une rupture; les fautes et les excès de Napoléon vont la précipiter.

CHAPITRE XII

L'ÉLECTION DE BERNADOTTE.

Le blocus continental dans le nord de l'Europe.--Son objet essentiel; la guerre aux denrées coloniales.--Origine de cette idée: le Comité de salut public; Napoléon subit à la fois l'entraînement de ses passions et la fatalité des impulsions antérieures.--Erreur et vice fondamental du système.--Le blocus engendre l'extension indéfinie de l'Empire.--Réunion de la Hollande.--Silence désapprobateur d'Alexandre.--Efforts de Napoléon pour fermer au commerce ennemi l'entrée des fleuves allemands.--Le sort des villes hanséatiques en suspens.--Droit de cinquante pour cent sur les denrées coloniales; l'Europe enlacée dans un réseau de prohibitions; une Inquisition nouvelle.--Contrarié dans la mer du Nord, le commerce anglais se réfugie dans la Baltique.--Infractions commises en Poméranie aux lois du blocus.--La Suède se fait l'entrepôt des marchandises anglaises.--Tentatives de Napoléon pour peser sur ce royaume.--Danger de faire pénétrer l'action française dans le voisinage immédiat de la Russie.--La Suède incline politiquement vers la France, le lien de l'intérêt matériel l'enchaîne à l'Angleterre.--Mort du prince royal.--Convocation d'une diète appelée à élire son successeur.--Le roi Charles XIII songe à faire nommer le frère du feu prince et soumet cette candidature à l'agrément de l'Empereur.--Velléité de Napoléon en faveur du roi de Danemark.--Idée de réunir les couronnes Scandinaves.--Le Journal de l'Empire.--Napoléon se rallie au choix proposé par la cour de Suède.--Sagesse de cette décision.--Le baron Alquier reçoit l'ordre de partir pour Stockholm et d'y appuyer le prince d'Augustenbourg.--Arrivée du lieutenant Mœrner à Paris.--Un groupe de Suédois s'adresse spontanément à Bernadotte, qui demande à l'Empereur l'autorisation de poser sa candidature.--Napoléon combattu entre des intérêts et des passions contradictoires.--Il refuse d'appuyer Bernadotte par ménagement pour la Russie, mais lui permet de se présenter.--Faux calculs.--Le départ de M. Alquier contremandé; abstention systématique.--Vains efforts du baron de Lagelbielke pour obtenir une parole de l'Empereur.--La Suède se tourne désespérément vers Napoléon et lui demande «un de ses rois».--Déclarations antirusses du chargé d'affaires Desaugiers: désaveu et rappel de cet agent.--La diète d'Œrebrö; intrigues électorales.--Arrivée de Fournier.--Le courrier magicien.--Manœuvre finale qui décide le succès de Bernadotte.--Résistances du vieux roi: sa capitulation.--Bernadotte élu.--Responsabilité de l'Empereur dans cet événement doublement funeste à la France.--Explications données à la Russie.--Soulèvement de l'opinion à Pétersbourg; impassibilité apparente d'Alexandre: son arrière-pensée.--L'un et l'autre empereur envisagent de plus près l'hypothèse d'une rupture.--Ils songent simultanément à restaurer la Pologne afin de s'en faire un moyen de combat.--Travail préparatoire confié par Alexandre au comte Potocki.--Paroles de Napoléon à Metternich: il sonde l'Autriche sur l'idée d'un échange entre la Galicie et les provinces illyriennes.--Le prince et le comte de Metternich; la politique du fils en opposition avec celle du père.--Suite, progrès et échec final de la négociation entamée par le comte Schouvalof.--Rétablissement de Metternich à Vienne.--Étroite relation entre les tentatives des deux empereurs auprès de l'Autriche et leurs desseins éventuels sur la Pologne.

CHAPITRE XIII

LE CONFLIT.

Jusqu'à la fin de 1810, les relations conservent une apparente sérénité.--Prévenances réciproques et faux sourires.--Le dissentiment au sujet du blocus va manifester l'antagonisme des volontés et des principes.--Résultats du système continental.--Détresse et péril de l'Angleterre.--Symptômes d'une crise financière à Londres.--La paix possible.--Efforts désespérés du commerce britannique pour se ménager des accès en Europe; il cherche en Russie un débouché et des facilités de transit.--Napoléon sollicite Alexandre de fermer les ports de l'empire à tous les bâtiments porteurs de denrées coloniales.--Formation sur la Baltique d'une flotte marchande de six cents bâtiments à destination de la Russie.--Instances plus pressantes de Napoléon.--Il rentre en explication sur l'ensemble des rapports.--L'aide de camp Tchernitchef à Paris: ses succès mondains, ses occupations clandestines.--Le bal de Fontainebleau.--Longues conversations avec Tchernitchef; franchise audacieuse de l'Empereur.--L'amie géographique.--Lettre à l'empereur Alexandre.--La pensée de Tilsit.--Alexandre refuse d'adopter les nouveaux tarifs et de proscrire indistinctement tous les neutres.--Raisons de sa résistance.--Il est mis en demeure de coopérer à la fermeture de la Suède..--Son embarras; espoir secret qu'il fonde sur Bernadotte.--Envoi de Tchernitchef à Stockholm; but apparent et objet réel de sa mission.--Profonde duplicité.--Intimité croissante entre l'émissaire russe et le prince royal de Suède: entrevue officielle, audiences particulières, déjeuner en tête-à-tête.--Bernadotte dans son cabinet et devant le front des troupes.--Gradation dans discours; sa parole d'honneur et sa parole sacrée.--Amertume profonde contre Napoléon.--Tchernitchef rassure son maître sur les dispositions de la Suède.--La Russie approvisionne l'Allemagne de denrées coloniales.--Colère concentrée de Napoléon.--Fautes suprêmes.--Incorporation à l'empire des villes hanséatiques.--But de cette réunion.--L'annexion du littoral allemand fait naître la question de l'Oldenbourg.--Situation géographique de cet État; étroite parenté entre le prince régnant et l'empereur Alexandre.--Napoléon propose au duc un échange; sur son refus, il décrète l'occupation de ses États.--Violation du traité de Tilsit.--Avant de connaître la réunion des villes hanséatiques et de l'Oldenbourg, Alexandre se met lui-même et le premier en contradiction ouverte avec les principes de l'alliance.--La baisse du change en Russie et la balance du commerce.--L'ukase du 31 décembre 1810.--Rupture économique avec la France.--Napoléon et Alexandre arrivent simultanément au terme de leur évolution divergente.--Achèvement des préparatifs militaires de la Russie; Alexandre dispose de deux cent quarante mille hommes contre les trois divisions de Davoust.--Il se laisse gagner subitement à l'idée de commencer la guerre et de prendre l'offensive.--Son projet d'envahir le duché, de reconstituer la Pologne et de soulever l'Europe.--Confidences décisives à Czartoryski.--Le sort de l'Europe entre les mains des cinquante mille soldats du duché.--Attitude de l'Angleterre; résistance passive; la tactique de Waterloo.--Les préparatifs menaçants de la Russie obligent Napoléon à se détourner de l'Espagne et à se reporter précipitamment vers le Nord.--Reflux de la puissance française sur l'Allemagne.--Motifs qui empêcheront Alexandre de donner suite à ses plans d'offensive et permettront une reprise de négociation.--La France et la Russie au commencement de 1811; malentendu persistant au sujet de la Pologne; griefs particuliers et griefs généraux; identité d'intérêts affirmée en principe.--L'alliance ou la guerre.

APPENDICE.




PARIS
TYPOGRAPHIE DE E. PLON, NOURRIT et Cie
RUE GARANCIÈRE, 8.