Du fond de la sixième vallée où marchent les deux poëtes, il leur faut beaucoup d'efforts pour remonter sur le pont qui conduit à la septième. Cette marche pénible est décrite avec toutes les couleurs de la poésie; mais il est impossible d'entrer dans tous ces détails; de plus grandes beautés nous appellent, et sont encore loin de nous. Citons cependant ce trait que Virgile adresse à son élève, dans un moment où il le voit manquer de force et de courage. «Ce n'est, lui dit-il, ni en s'asseyant sur la plume ni sous des courtines qu'on acquiert de la renommée, et celui qui sans renommée consume sa vie, ne laisse après lui de traces sur la terre que comme la fumée dans l'air ou l'écume sur l'onde 126

Note 126: (retour)
Che seggendo in piuma
In fama non sivien, nè sotto coltre:
Sanza la qual chi sua vita consuma,
Cotal vestigio in terra di se lascia,
Qual fummo in aere, ed in acqua la schiuma
.

Les voleurs qui ont joint la fraude au brigandage sont punis dans cette fosse. Le fond en est comblé d'un épais amas de serpents, tels que la sabloneuse Lybie, l'Éthiopie ni l'Égypte n'en produisirent jamais de plus affreux. Parmi ces serpents les ombres coupables courent nues et épouvantées; elles courent les mains liées derrière le dos avec des couleuvres, dont la tête et la queue leur percent les reins, et se renouent ensemble devant eux. Un serpent s'élance sur une de ces ombres, la pique, la fait tomber en cendres; mais cette cendre se rassemble d'elle-même, et l'ombre se relève telle qu'elle était auparavant. «C'est ainsi, dit le poëte, en se servant d'expressions et d'images imitées d'Ovide, et qu'il est bien extraordinaire que ces damnés lui rappellent, c'est ainsi que de l'aveu des anciens sages, le Phénix meurt et renaît quand la fin de son cinquième siècle approche 127. Il ne se nourrit ni d'herbes ni de grains pendant sa vie, mais seulement de parfums, et des larmes de l'encens; et les parfums et la myrrhe sont le dernier lit où il repose». Cela est peut-être beaucoup trop poétique et trop beau pour un Vanni Fucci, voleur de vases sacrés à Pistoie 128, qui n'est là que pour dire quelque mots obscurs, et qui ont besoin de commentaire, sur les Blancs et les Noirs, ces deux factions nées dans sa patrie, et qui avaient fait ensuite tant de mal aux Florentins. Il prend la fuite après avoir maudit Dieu, Pistoie et Florence. Il est poursuivi par un Centaure 129 couvert de serpents depuis la croupe jusqu'à la face. Un dragon enflammé se tient, les ailes étendues, debout sur ses épaules. Ce Centaure est Cacus, ce brigand du mont Aventin, tué par Hercule, quoique Cacus ne fût point un Centaure.

Note 127: (retour) Imitation ou traduction abrégée de ce beau passage des Métamorphoses d'Ovide:
Una est, quœ reparet, seque ipsa reseminet ales.
Assyrii Phœnica vocant: non fruge, neque herbis,
Sed turis lacrimis, et succo vivit amomi
.

Métam., l. XV, v. 392 et suiv.

Note 128: (retour) Ce misérable avait volé le trésor de la sacristie du dôme de Pistoie: un de ses amis, nommé Vanni della Nona, aussi honnête homme que lui sans doute, les avait recélés. On soupçonna de ce vol un autre homme que l'on mit en prison. Fucci le tira d'affaire en lui conseillant de faire faire, par le podestat, une recherche dans la maison de Vanni della Nona. Les effets furent trouvés, et le malheureux Vanni pendu. Dante met quelquefois de bien vils coquins dans son Enfer.
Note 129: (retour) C. XXV.

Trois ombres s'élèvent à la fois du fond de la fosse. Deux serpents énormes et d'une forme extraordinaire s'attachent successivement à chacune d'elles, se collent tout entiers à leurs corps, enlacent leurs pattes à leurs bras, à leurs flancs, à leurs jambes. Par une métamorphose étrange et par trois procédés différents, décrits tous les trois avec une variété prodigieuse, les membres et le corps des serpents, les membres et le corps des deux ombres se fondent les uns dans les autres; ce ne sont plus ni des serpents, ni des figures d'hommes, ce sont des monstres informes qui participent de l'homme et du serpent, et tels qu'on n'en a jamais vu. Ce morceau, qui a environ cent vers dans l'original, riche de comparaisons, d'images, d'harmonie imitative, perdrait trop à être abrégé ou même traduit. Il est plein de verve, d'inspiration, de nouveauté. C'est peut-être un de ceux où l'on peut le plus admirer le talent poétique du Dante, cet art de peindre par les mots, de représenter des objets fantastiques, des êtres ou des faits hors de la nature et de toute possibilité, avec tant de vérité, de naturel et de force qu'on croit les voir en les lisant, et que les ayant lus une fois, on croit toute sa vie les avoir vus.

Dans cette étrange métamorphose, les serpents qui se transforment en hommes et les hommes métamorphosés en serpents sont des damnés les uns comme les autres. Tous ont été des citoyens distingués de Florence, qui sont punis dans cette fosse réservée aux voleurs, non pour des vols particuliers, mais, selon la conjecture des commentateurs les plus éclairés, pour avoir, dans les premiers emplois, détourné à leur profit les impôts, ou fait de toute autre manière leur fortune aux dépens de la république 130. Ayant ainsi consacré et comme immortalisé leur opprobre, le poëte triomphe cruellement de celui qui en rejaillit sur cette odieuse Florence qui l'a proscrit. «Jouis, ô Florence, s'écrie-t-il 131! tu t'es élevée si haut que ta renommée vole sur la terre et sur la mer, et que ton nom se répand dans l'Enfer même. J'ai trouvé parmi les voleurs cinq de tes citoyens d'un tel rang que j'en rougis, et qu'il t'en revient peu de gloire.» Il présage ensuite à son ennemie des malheurs que ses plus proches voisins désirent, et qu'il ne saurait voir arriver trop tôt. Puis reprenant sa route avec son guide, ils entrent dans la huitième vallée.

Note 130: (retour) Les cinq prévaricateurs qu'il nomme avec un art particulier, et à mesure qu'il les peint comme agents ou patients de ce singulier supplice, sont Cianfa Donati, Agnel Brunelleschi, Buoso Donati, Puccio Sciancato et Francesco Guercio Cavalcante. Le quatrième nom seul est obscur; les Donati, les Brunelleschi, et les Cavalcanti étaient des premières familles de Florence.
Note 131: (retour) C. XXV.
Godi, Firenze, poi che se' si grande
Che per mare e per terra butti l'ali,
E per lo'nferno il tuo nome si spande
.

Elle est remplie de flammes étincelantes, divisées en groupes enflammés et mobiles, dont chacun contient une âme criminelle qu'on ne voit pas. Un spectacle si nouveau que le poëte se crée à lui-même, lui inspire deux comparaisons très-différentes entre elles; l'une tirée des objets champêtres, auxquels on doit observer qu'il revient souvent, comme tous les grands poëtes, l'autre des traditions de l'Écriture et de l'Histoire des Prophètes. Ces flammes sont en aussi grand nombre, que le villageois, qui se repose sur la colline dans la saison des plus longs jours, voit pendant la nuit de vers luisants dans la vallée, peut-être à l'endroit même où sont ses vignes et ses champs; et les damnés sont enveloppés et cachés dans ces flammes, de même qu'Elysée vit disparaître le char d'Elie qui montait au ciel, et que, voulant le suivre des yeux, il n'aperçut plus que la flamme qui s'élevait contre un léger nuage.

Une de ces flammes est double, et Virgile lui apprend qu'elle renferme Ulysse et Diomède; ils y expient l'invention frauduleuse du cheval de Troie, l'enlèvement du Palladium et la mort de Déidamie. Le premier, interrogé par Virgile, raconte ses voyages et sa mort tout autrement qu'on ne les lit dans l'Odyssée. Il erra long-temps avec ces compagnons dans la Méditerranée. Passant ensuite le détroit de Gibraltar, ils s'avancèrent dans l'Océan; le cinquième mois, ils aperçurent de loin une haute montagne. Ils essayaient d'en approcher lorsqu'un tourbillon s'éleva de cette terre nouvelle, et les enfonça, eux et leur vaisseau, jusqu'au fond des mers. Les commentateurs 132 veulent que Dante, en suivant une tradition différente de celle d'Homère, et dont on trouve quelques traces dans Pline et dans Solin 133, désigne ainsi la montagne du haut de laquelle on feint qu'était le Paradis terrestre, où il doit monter dans la seconde partie de son poëme; mais rien dans le texte n'indique cette intention. Il faut peut-être aller plus loin que les commentateurs. En effet, ne serait-il pas possible que le Dante eût eu quelque connaissance ou quelque idée de la grande catastrophe de l'île Atlantide, qui paraît avoir été placée dans l'Océan qui porte encore son nom; que cette montagne, d'où s'élève un tourbillon destructeur, fût le volcan de Ténériffe, qui, depuis long-temps éteint, domine sur les Canaries, anciens débris de la grande île, et qu'enfin le poëte eût voulu consigner cette tradition dans son ouvrage? Je livre aux studieux amateurs du Dante cette conjecture, que ce n'est pas ici le lieu d'approfondir, mais qui s'accorderait peut-être avec ce que les anciens ont dit des îles Fortunées, où ils plaçaient le séjour des bienheureux, et avec ce qu'en ont écrit quelques modernes. Ne pourrait-on pas croire aussi, et peut-être avec plus de vraisemblance, que, quoique l'Amérique ne fût pas encore découverte, il courait déjà des bruits de l'existence d'un autre monde, au-delà des mers; et que le Dante, attentif à recueillir dans son poëme toutes les connaissances acquises de son temps, ne négligea pas même ce bruit, si important par son objet, tout confus qu'il était encore 134?

Note 132: (retour) Daniello, Landino, Vellutello, Venturi, et plus récemment Lombardi.
Note 133: (retour) Ils donnent Ulysse pour fondateur à Lisbonne, ou Ulisbonne, ville située sur cette mer.
Note 134: (retour) Le discours d'Ulysse à ses compagnons paraît plus favorable à cette dernière vue «Ne refusez pas, leur dit-il, à ce peu de vie qui vous reste, la connaissance d'un monde sans habitants, que vous pouvez acquérir en suivant le cours du soleil.
A questa tanto picciola vigilia
De' vostri sensi, ch'è del rimanente,
Non vogliate negar l'esperienza,
Diretro al sol, del mondo senza gente
.

Une autre flamme s'avance 135; ses pointes recourbées s'agitent en forme de langue, comme celles de la première, et font entendre des gémissements et des plaintes semblables aux mugissements du taureau brûlant de Sicile, qui rendit pour premiers sons les cris de son inventeur 136.

Note 135: (retour) C. XXVII.
Note 136: (retour)
Come'l bue Civilian che mugghiò prima
Col pianta di colui
(e ciò fu dritto)
Che l'avea temperato con sua lima,
Mugghiava con la voce dell' afflitto
, etc.

littéralement: «Ce taureau d'airain mugissait avec la voix du malheureux qui y était enfermé,» expression neuve et aussi juste que poétique.

C'est l'âme de Gui de Montefeltro qui est renfermée dans cette flamme. Gui reconnaît Dante, et l'interroge le premier sur l'état actuel de la Romagne, qu'il avoue avoir été sa patrie. Dante l'en instruit en peu de mois, et l'interroge à son tour. Gui lui raconte alors son histoire. Il avait été homme de guerre, célèbre par des actions d'éclat, mais où la ruse avait plus de part que le courage. Il s'était fait ensuite Cordelier 137, et ne songeait qu'à son salut, quand le prince des nouveaux Pharisiens, qui était en guerre, non avec les Sarrazins ou les Juifs, mais avec des Chrétiens 138, vint dans son cloître, et lui demanda quelque ruse pour perdre ses ennemis, et pour leur prendre Preneste. Il vit en lui des scrupules; mais il parvint à les lever, et à lui arracher cette espèce d'oracle, qu'au reste celui qui le demandait était fort en état de se prononcer à lui-même: Beaucoup promettre et tenir peu t'assurera la victoire 139. Ce pape, car on reconnaît ici Bonifaoe VIII, à qui notre poëte ne perd aucune occasion de rendre le mal que Boniface lui avait fait; ce pape avait promis à Gui le ciel pour récompense. Je puis, comme tu sais, lui avait-il dit, fermer et ouvrir le ciel, et c'est pour cela que nous avons deux clefs 140; mais à sa mort, lorsque saint François vint pour s'emparer de son âme, un diable plus prompt la saisit et la jeta dans le brasier éternel. Cela est raconté très-sérieusement, et même en très-bons vers. Je l'abrège en prose tout aussi sérieuse, et crois inutile de répéter ici des réflexions que chacun fait assez de soi-même.

Note 137: (retour)
I fui uom d'arme, e po' fui cordigliero.

Ces moines étaient ainsi nommés en France, dit le P. Lombardi, à cause de la corde qui leur servait de ceinture. Le véritable mot italien est francescano.

Note 138: (retour)
Lo Principe de' nuovi Farisei.

Ce prince est le Pape, et ces nouveaux Pharisiens, les cardinaux et les prélats de sa cour: les Chrétiens avec lesquels il était en guerre, étaient les Colonna, dont le palais était voisin de Saint-Jean-de-Latran;

Avendo guerra presso a Laterano.
Note 139: (retour)
Lunga proniessa, con l'attender corto
Ti farà trionfar nell' alto seggio
.

D'après ce conseil, le vieux pape feignit d'être touché du sort des Colonna qui étaient renfermés dans cette ville; il promit de leur pardonner, et de les rétablir dans leurs biens, s'ils lui remettaient Preneste, et s'ils s'humiliaient devant lui. Ils rendirent la ville, et le pape la fit raser tout entière, et les persécuta plus obstinément que jamais.

Note 140: (retour)
Lo ciel poss'io serrare e disserrare,
Come tu sai: però son due le chiavi
.

Dans la neuvième fosse de ce terrible cercle, ceux qui ont répandu des hérésies, des dissensions et des scandales, souffrent des peines de sang, et présentent des spectacles hideux. Dante frémit lui-même du sang et des plaies dont il va parler 141. Toute autre langue que la sienne ne pourrait rendre de tels objets, qui sont gravés dans sa pensée, et se sentirait défaillir. Les champs fertiles de la Pouille, baignés autrefois du sang des Romains dans leurs guerres contre Annibal, ensanglantés depuis par les combats de Robert Guiscard, et récemment par cette lutte terrible entre Mainfroy et Charles d'Anjou, quand tous les morts qui les ont couverts montreraient leurs membres mutilés et leurs blessures, n'offriraient aux yeux rien de pareil.

Note 141: (retour) C. XXVIII.

Mahomet paraît le premier. Ses intestins pendent hors de son ventre, fendu dans toute sa longueur. On peut ici, comme en plusieurs autres endroits, reprocher au poëte, non, certes, la faiblesse de ses peintures, mais leur hideuse et dégoûtante fidélité. Ali et tous les autres propagateurs de schismes et de scandales, fendus de même, vont en troupe avec le prophète des Musulmans. Des hérétiques, des intrigants et des brouillons plus modernes, mais plus obscurs 142, viennent ensuite. Les uns ont les lèvres, la langue, les oreilles ou le nez coupés, les autres les deux mains. Ils lèvent les bras, et le sang ruisselle sur leur visage; un autre tient par les cheveux sa propre tête, séparée de son corps, et la porte devant les yeux de ceux à qui il parle. Ce dernier qui n'est ici présenté que comme un artisan de fraude, confident d'un jeune prince à qui il donna de perfides conseils, figure à des titres plus honorables dans l'Histoire littéraire de France: c'est Bertrand de Born 143, l'un de nos plus célèbres Troubadours.

Note 142: (retour) L'un d'eux avait fait récemment beaucoup de bruit. C'est un certain Frà Dolcino, ermite hérétique, qui prêchait, entr'autres erreurs, que la communauté des biens, et même celle des femmes, était permise aux chrétiens. Il ne manqua pas de prosélytes. Suivi de plus de trois mille hommes et femmes, il vivait avec eux, dans cet état de nature et de promiscuité qui était le fond de sa doctrine. Quand les vivres leur manquaient, ils fondaient sur les propriétés et pillaient tout aux environs. Ils commirent pendant deux ans toutes sortes d'excès. Ils furent enfin surpris dans les environs de Novarre. Frà Dolcino fut brûlé comme hérétique, avec Marguerite sa compagne, et plusieurs autres de ses complices des deux sexes. C'est peut-être un des caractères les plus extraordinaires de ce genre qui aient jamais existé. Voyez son histoire (Historia Dulcini), dans le recueil de Muratori, Script. rer. italic. t. IX.
Note 143: (retour) Ou, comme Dante l'appelle, Bertram dal Bornio. Il était sans doute peu connu en Italie, parce qu'il appartient à l'histoire d'Angleterre et de France; et cette ignorance où l'on était à son égard a jeté tous les commentateurs sans exception dans des erreurs qu'ils se sont successivement transmises. Le texte même du Dante, qu'ils ne comprenaient pas, en a été altéré. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion de ce passage, où j'ai, le premier, soupçonné de l'altération et de l'erreur. C'est le sujet d'une dissertation particulière, et non d'une note, qui excéderait toute proportion.

Les yeux du Dante, fatigués de ces tristes spectacles, sentaient le besoin de pleurer 144. Virgile le presse de hâter le pas. Le temps s'écoule; il leur en reste peu pour tous les objets qu'ils ont à voir encore. Ils ont aperçu de loin une ombre qui montrait le Dante, et semblait le menacer; c'était celle d'un de ses parents, homme de mauvaise vie 145, qui avait été tué dans une rixe, et qui lui en voulait sans doute, parce que sa mort n'avait pas été vengée par sa famille. Après un dialogue peu intéressant sur ce sujet, les deux poëtes arrivent à la dixième et dernière de ces fosses, qui, toutes comprises dans le huitième cercle, vont toujours s'inclinant par degrés vers le centre, sur lequel toutes pèsent à la fois. Des cris plaintifs et divers frappent l'oreille et blessent le cœur des pointes aiguës de la pitié 146. Tous les maux entassés dans les hôpitaux les plus malsains égaleraient à peine ceux qui sont accumulés dans cette fosse. Les damnés s'y traînent, comme des moribonds couverts de lèpre ou comme des pestiférés. Leur peau écailleuse est tourmentée de démangeaisons insupportables; ils la déchirent avec leurs ongles. Ce sont plusieurs espèces de faussaires: l'un avait falsifié les métaux; il était d'Arezzo 147, et avait trompé un certain Albert de Sienne, homme simple, que l'évêque de cette ville avait vengé en faisant brûler vif, comme magicien, le faussaire. Ceci amène contre les Siennois une tirade satirique, où l'on distingue ce trait décoché à la fois contre eux et contre les Français. «Fut-il jamais nation plus vaine que la Siennoise? Certes, la Française elle-même ne l'est pas autant de beaucoup 148». Nation vaine ou frivole si l'on veut; mais quel rapport y a-t-il alors entre nous et ce crédule Albert? Nation sotte et de peu d'esprit, comme quelques commentateurs l'entendent 149; mais quel rapport entre ces défauts et les nôtres?

Note 144: (retour) C. XXIX.
Note 145: (retour) Il se nommait Geri del Bello.
Note 146: (retour) Comment rendre autrement ces expressions, si hardiment figurées?
Lamenti saettaron me diversi
Che di pietà ferrati avean gli strali
.
Note 147: (retour) Son nom était Griffolin. Il avait fait croire à l'imbécille Albert qu'il savait l'art de voler dans l'air, et lui avait promis de le lui apprendre. N'ayant pu remplir sa promesse, Albert se plaignit à l'évêque de Sienne, qui le regardait comme son fils; cet évêque fit un procès à Griffolin, et le condamna au feu comme magicien. Mais ce n'est pas pour cela que celui-ci est damné. Minos, à qui on n'en impose pas, lui a infligé cette peine parce qu'il avait fait dans le monde le métier trompeur d'alchymiste.
Note 148: (retour)
. . . . . . . Hor fu giamai
Gente si vana come la Senese?
Certo non la Francesca si d'assai
.
Note 149: (retour)
Per gente vana intende egli gente di poco senno.

(Lombardi.)

C'est par des exemples tirés des fureurs d'Athamas et de celles d'Hécube que Dante essaie de nous faire comprendre 150 la rage que paraissaient éprouver deux ombres qui couraient comme des forcenées: ce sont celles de deux faussaires qui le furent dans deux genres bien différents; mais on doit être maintenant fait à ces disparates. L'une est l'âme antique de la scélérate Myrrha 151, qui se rendit plus amie de son père qu'une fille ne doit l'être, en se cachant sous de fausses apparences; l'autre est un Florentin qui avait escroqué une belle jument, en dictant et signant un testament faux, dans le goût de celui de notre comédie du Légataire. Maître Adam, faux monnoyeur de Brescia, est gonflé par l'hydropisie et brûlé par la soif. «Les clairs ruisseaux qui des vertes collines du Casentin tombent dans l'Arno, et leurs canaux bordés de frais ombrages, lui sont toujours présents, et leur image le dessèche plus encore que la maladie qui le consume 152». Sentiment naturel et profond que le Tasse a très-heureusement imité dans le treizième chant de son poëme, lorsqu'il fait cette admirable description de la sécheresse qui désola l'armée chrétienne, et qu'il peint, comme le Dante, l'effet que produisait sur des malheureux tourmentés par la soif l'image fraîche et humide des torrents des Alpes, des vertes prairies et des fraîches eaux, qui bouillonnait dans leur pensée 153. Dante, qui se plaît toujours à mêler des personnages anciens avec les modernes, place dans cet Enfer des faussaires, non seulement l'incestueuse Myrrha, mais le traître Sinon et la femme de Putiphar, qui accusa faussement Joseph. Toutes ces ombres se querellent et s'injurient. Dante prête involontairement l'oreille et s'arrête. Virgile le rappelle à lui-même, et lui reproche de vouloir entendre ce qu'il y a de la bassesse à écouter. Dante rougit, et continue de suivre son maître.

Note 150: (retour) C. XXX.
Note 151: (retour)
Quell' è l'anima antica
Di Mirra scelerata, che divenne
Al padre fuor del dritto amore, amica
.
Note 152: (retour)
Li ruscelletti, che de' verdi colli
Del Casentin discendon giuso in Arno,
Facendo i lor canali freddi e molli,
Sempre mi stanno innanzi, e non indarno,
Che l'immagine lor via più m'asciuga
Che'l male ond'io nel volto mi discarno
.
Note 153: (retour)
Che l'immagine lor gelida, e molle
L'asciuga e scalda, e nel pensier ribolle.

(Gierusal. lib. c. XIII., st. 80.)

Ils marchent tous deux en silence 154 vers le puits central qui conduit au neuvième et dernier cercle de l'Enfer, et jusqu'au fond de l'abîme. Ils n'ont pour se conduire qu'une fausse lueur qui est moins que la nuit et moins que le jour 155. Tout à coup le son éclatant d'un cor se fait entendre, tel que Roland ne sonna point d'une manière aussi terrible après la douloureuse défaite de Charlemagne à Roncevaux. Dante tourne la tête de ce côté; il croit apercevoir de hautes tours. Ce sont trois géants énormes, Nembroth, Éphialte, Antée, qui s'élèvent en effet comme des tours, de la ceinture en haut, au-dessus des bords du puits. Le poëte s'arrête à décrire leur stature prodigieuse, et à peindre par des comparaisons l'effet que produit sur lui leur aspect. Son guide les lui fait connaître l'un après l'autre, avec des circonstances historiques et poétiques sur lesquelles nous ne pouvons nous arrêter. C'est à Antée qu'il s'adresse pour qu'il les descende dans ce puits. Antée les soulève tous deux d'une seule main, les dépose légèrement au fond du gouffre, et se redresse comme le mât d'un vaisseau.

Note 154: (retour) C. XXXI.
Note 155: (retour)
Quivi era men che notte e men che giorno.

Dante, frappé de l'idée des terribles objets qui l'attendent, voudrait pouvoir former des sons plus âpres 156 et plus convenables à cet affreux séjour. Il invoque de nouveau les Muses, et s'enfonce, pour ainsi dire, dans toute l'horreur de son sujet. Dans ce cercle sont punis les traîtres. Il se partage en quatre fosses ou vallées. La première porte le nom de Caïn: c'est celle des assassins qui ont tué en trahison. Un lac glacé la remplit. Les criminels sont plongés jusqu'au cou dans la glace, et leurs têtes hideuses s'agitent, se haussent et se baissent à la surface, versant, à force de douleurs, des larmes qui se gèlent autour de leurs yeux et sur leurs joues. Deux têtes collées front contre front, et dont les cheveux sont entremêlés, sont celles de deux frères qui s'étaient tués l'un l'autre, comme Etéocle et Polinice 157. Dante, en avançant sur la glace, au milieu de toutes ces têtes, en heurte une qu'il croit reconnaître. Il la saisit par les cheveux, et veut, malgré sa résistance, la contraindre de se nommer. C'est une autre tête qui prononce le nom de Bocca, misérable qui, dans la bataille de Montaperti, marchant avec les Guelfes, et gagné par l'or des Gibelins, coupa la main de celui qui portait l'étendard, et causa la déroute et le massacre de l'armée. Ce traître est accompagné de quelques autres, dont le poëte fait justice. Leurs têtes sont à l'entrée de la seconde division de ce cercle, qui porte le nom d'Antenor, et où sont enfoncés tous les traîtres à leur patrie.

Note 156: (retour) C. XXXII.
Note 157: (retour) Ils étaient fils d'Alberto degli Alberti, noble florentin, et s'appelaient, l'un Alexandre, et l'autre Napoléon degli Alberti.

Dante détournait les yeux de ce spectacle, lorsqu'il aperçut deux ombres plongées dans la même fosse et acharnées l'une sur l'autre.... Oserai-je le suivre? Entreprendrai-je de retracer ici ce tableau si célèbre, et qui est peut-être encore au-dessus de sa renommée? Trouverai-je dans une langue qui passe pour timide, et dans une froide prose, d'assez fortes couleurs pour rendre cette horreur sublime? Je l'oserai, je l'essaierai du moins. Ce qui fait la difficulté de l'entreprise y donne de l'attrait. D'autres l'ont essayé avant moi; mais ils semblent avoir craint d'être simples, et je tâcherai surtout de conserver à cette peinture son effroyable simplicité.

«Je vis, continue le poëte, deux ombres glacées dans une seule fosse: l'une des têtes couvrait l'autre, et comme un homme affamé mange du pain, de même la tête qui était dessus enfonçait dans l'autre ses dents, à l'endroit où le cerveau se joint à la nuque du cou 158. O toi, lui dis-je, qui montres par une action si féroce ta haine pour celui que tu dévores, dis-m'en la cause, afin que si tu as raison de le haïr, sachant qui vous êtes et quel fut son crime, je puisse, de retour au monde, venger ta mémoire, si ma langue ne se dessèche pas!

Note 158: (retour)
E come'l pan per fame si manduca
Cosi'l sovran li denti all' altro pose
La' ve'l cervel s'aggiunge colla nuca
, etc.

Une fausse délicatesse peut trouver dans ces vers et dans leur traduction une espèce de crudité de style; mais ce n'est ni au Dante, ni à sa langue, qu'il faut la reprocher; c'est à nous et à la nôtre.

«Le coupable détourna sa bouche de cette horrible pâture 159, et l'essuyant avec les cheveux de la tête dont il avait rongé le crâne, il me dit: Tu veux que je renouvelle une douleur aigrie par le désespoir, et dont la seule pensée m'oppresse le cœur, avant que je commence à parler, mais si mes paroles doivent être un germe qui ait pour fruit l'opprobre de celui que je dévore, tu me verras à la fois parler et verser des larmes. Je ne sais qui tu es, ni de quelle manière tu es descendu ici-bas; mais tu me parais Florentin à ton langage. Tu dois savoir que je suis le comte Ugolin, et celui-ci l'archevêque Roger. Je t'apprendrai maintenant pourquoi je le traite ainsi. Je n'ai pas besoin de dire que m'étant fié à lui, je fus pris et mis à mort par l'effet de ses perfides conseils; mais ce que tu ne peux avoir appris, mais combien ma mort fut cruelle, tu vas l'entendre, et tu sauras alors s'il m'a offensé.

Note 159: (retour) C. XXXIII.
La bocca sollevò dal fiero pasto
Quel peccator, forbendola a' capelli
Del capo ch'egli avea diretro guasto
; etc.

«Dans la tour obscure qui a reçu de moi le nom de Tour de la Faim, et où tant d'autres ont dû être enfermés depuis, une ouverture étroite m'avait déjà laissé voir plus de clarté 160, lorsqu'un songe affreux déchira pour moi le voile de l'avenir. Je crus voir celui-ci, devenu maître et seigneur, chasser un loup et ses louveteaux vers la montagne qui empêche Pise et Lucques de se voir. Il avait envoyé en avant les Gualandi, les Sismondi et les Lanfranchi, avec des chiennes maigres, avides et dressées à la chasse. Après avoir couru peu de temps, le père et ses petits me parurent fatigués, et je crus voir les dents aiguës de ces animaux leur ouvrir les flancs. Quand je m'éveillai vers le matin, j'entendis mes enfants, qui étaient auprès de moi, pleurer en dormant, et demander du pain. Tu es bien cruel, si déjà tu n'es ému en pensant à ce que mon cœur m'annonçait; et si tu ne pleures pas, qu'est-ce donc qui peut t'arracher des larmes?

Note 160: (retour) Je lis più lume avec Landino, Vellutello, Alde Lombardi, et le plus grand nombre des manuscrits. Si on lit più lune, comme l'édition des académiciens de la Crusca, et quelques autres, il faut traduire: «m'avait déjà laissé voir plusieurs fois la clarté de la lune.»

«Déjà ils étaient éveillés; l'heure approchait où l'on apportait notre nourriture, et chacun de nous, à cause de son rêve, doutait de la recevoir. J'entendis qu'on fermait la porte au bas de l'horrible tour. Alors je regardai mes fils sans dire une parole. Je ne pleurais point; je me sentais en dedans pétrifié. Ils pleuraient, eux; et mon petit Anselme me dit: Comme tu nous regardes, mon père! qu'as-tu? Je ne pleurai point encore; je ne répondis point pendant tout ce jour, ni la nuit suivante, jusqu'au retour du soleil. Lorsque quelques rayons pénétrèrent dans cette prison douloureuse, et que je vis sur quatre visages les propres traits du mien, transporté de douleur, je me mordis les deux mains. Eux, pensant que j'y étais poussé par la faim, se levèrent tout à coup, et me dirent: Mon père 161, nous souffrirons beaucoup moins, si tu veux te nourrir de nous. Tu nous as revêtus de ces chairs misérables; dépouille-nous-en aussi. Alors je me calmai, pour ne pas augmenter leur peine. Ce jour et le suivant nous restâmes tous en silence. O terre impitoyable! pourquoi ne t'ouvris-tu pas? Quand nous fûmes parvenus au quatrième jour, Gaddi se jeta étendu à mes pieds, en me disant: Mon père, que ne viens-tu me secourir? et il mourut; et je vis, comme tu me vois, les trois qui restaient tomber ainsi l'un après l'autre, du cinquième au sixième jour. Je me mis alors à me traîner en aveugle sur chacun d'eux, et je ne cessai de les appeler trois jours entiers après leur mort. La faim acheva ensuite ce que n'avait pu la douleur.--Quand il eût dit ces mots, roulant les yeux, il reprit entre ses dents le malheureux crâne, et comme un chien dévorant, il les y enfonça jusqu'aux os.»

Note 161: (retour)
Padre, assai ci fia men doglia
Se tu mangi di noi: tu ne vestisti
Queste misere carni, e tu le spoglia
.

Ce tercet paraissait au Tasse plein d'une expression si tendre et si noble, il lui plaisait tant, au rapport du père Venturi, qu'il ne se lassait point de le citer et d'en faire l'éloge. Mais ce même tercet est excessivement difficile à traduire. Se tu mangi di noi, est même tout-à-fait intraduisible: il est impossible de dire en français, manger de nous, comme on dit manger du pain, et c'est cependant cette ressemblance d'expression qui, dans l'italien, est en même temps naïve et terrible. Dépouille-nous-en aussi, paraîtra peut-être bien nu; mais comment rendre autrement ces mots si touchants: e tu le spoglia. J'ai du moins sauvé cette figure poétique: Vestire spogliare le carni, qui est du style religieux, ou même biblique si l'on veut, mais qui n'en avait ici qu'une propriété de plus, et à laquelle aucun des traducteurs français du Dante n'a songé. Enfin j'ai respecté, autant que je l'ai pu, cette effrayante, sans doute, mais admirable simplicité.

Loin d'être fatiguée par un récit aussi énergique, la voix du Dante s'élève encore avec une force nouvelle, pour lancer des imprécations contre Pise, qui avait souffert dans ses murs cette action barbare. Si le comte Ugolin passait pour l'avoir trahie, il ne fallait pas du moins envelopper dans son supplice ses fils, dont un âge si tendre attestait l'innocence. Il appelle cette ville nouvelle Thèbes et la honte de l'Italie. Puisque les peuples voisins n'en font pas justice, il désire que les petites îles de Capraia et de la Gorgone, situées près l'embouchure de l'Arno, se détachent, ferment le cours du fleuve, et en fassent remonter les eaux, pour aller dans Pise même submerger tous ses habitants.

Cette effrayante et terrible scène doit rendre languissant et faible tout ce que l'Enfer même peut encore offrir. On se soucie peu d'un Alberic 162 qui avait fait massacrer tous ses parents dans un repas où ils étaient ses convives, et de quelques autres misérables plongés dans la glace, la tête renversée, et les larmes gelées et amoncelées dans les yeux. On regrette que Dante ne l'ait pas senti, et n'ait pas vu que du moment où il avait fait parler Ugolin au fond du gouffre, il n'avait rien de mieux à faire que d'en sortir. Il n'y reste pas long-temps. Entré dans la quatrième et dernière division de ce dernier cercle, où sont punis les traîtres les plus coupables, il voit flotter l'étendard du prince des Enfers 163. Il aperçoit, en traversant cet espace, les damnés qui le remplissent, couverts d'une glace transparente, dans diverses attitudes, et comme des objets conservés dans du verre. Tout se tait. Après l'agitation bruyante des autres cercles, il ne restait peut-être plus, pour frapper l'imagination, et pour lui faire concevoir le dernier excès de la douleur, d'autre moyen que le silence. Au centre, règne Lucifer, enfoncé jusqu'aux reins dans la glace. Sa taille plus que gigantesque, son épouvantable difformité, sont peintes des traits les plus forts qu'ait pu tracer le poëte. Cela dut faire une grande sensation de son temps, où le seul ressort de la morale était la crainte, où celui de la crainte était le diable, et où chacun s'étudiait à donner au diable tout ce qui pouvait inspirer le plus d'effroi. Aujourd'hui cela perd tout son effet, et rien de plus froid qu'une peinture terrible qui n'inspire point de terreur.

Note 162: (retour) C'était encore un Cavalier Gaudente, qu'on appelait pour cela Frate Alberigo, quoiqu'il fût militaire. Il était de la maison des Manfrédi, seigneurs des Faenza.
Note 163: (retour) C. XXXIV.
Vexilla regis prodeunt inferni, etc.

Sans nous occuper donc des trois énormes faces du monstre, l'une rouge, l'autre noire et l'autre jaunâtre, de ses trois gueules écumantes qui mâchent éternellement trois damnés 164, de ses six ailes démesurées, et de tout le reste de son effroyable colosse, il suffit de nous rappeler que le centre de l'Enfer, où l'archange rebelle est plongé, est aussi le centre de la terre, et de voir le parti que Dante a tiré de cette idée. Virgile le prend sur ses épaules, saisit le moment où Lucifer cesse d'agiter ses sextuples ailes, s'attache aux flocons de glace dont les flancs du monstre sont couverts comme d'une épaisse toison, et descend ainsi jusqu'à sa ceinture. Alors, se tenant plus fortement aux poils, il tourne, avec beaucoup d'efforts, sa tête où il avait les pieds, et monte au lieu de descendre. Il sort enfin par l'ouverture d'un rocher, dépose Dante sur le bord, et y monte après lui. Les jambes renversées de Satan sortent par ce soupirail; il est là toujours debout, à la place où il tomba du ciel. Il s'enfonça jusqu'au centre de la terre, et il y resta fixé. C'est-là que cesse d'agir cette force de gravitation qui entraîne tous les corps pesants; et il est assez remarquable qu'à travers la mauvaise physique que supposent les explications qu'il donne ensuite des effets produits sur la forme de la terre, par la chute même de Satan, le Dante eût déjà cette idée 165. Au-dessus de l'endroit où les deux poëtes se sont assis, un ruisseau tombe à travers les rochers; ils montent l'un après l'autre par la route étroite et difficile que l'eau a creusée; ils voient enfin reparaître la lumière, et se trouvent, après tant de fatigues, rendus à la clarté du jour.

Note 164: (retour) Le premier est Judas Iscariotte, et les deux autres, sans qu'on puisse voir quel rapport ont avec Judas ces deux meurtriers célèbres, Brutus et Cassius.
Note 165: (retour) Il l'énonce clairement par ces mots qu'il met dans la bouche de Virgile:
Tu passasti il punto Al qual si traggon d'ogni parte i pesi.