Il avait voulu donner, en quelque sorte, un commencement aux deux Roland du Bojardo et de l'Arioste; un autre poëte osa vouloir donner une suite au Roland furieux et faire pour ce poëme ce que l'Arioste avait fait pour celui du Bojardo. L'entreprise était hardie, et le poëte, quoiqu'il ne fût pas sans talent, n'était pas de force à pouvoir la soutenir. Vincenzo Brusantini ou Brugiantini était un gentilhomme de Ferrare, d'un esprit bizarre et capricieux. Après avoir inutilement tenté fortune à Rome, il y parla plus indiscrètement et plus haut qu'il n'était permis sur certaines matières, fut mis en prison, en sortit plus pauvre qu'auparavant, et parcourut ensuite l'Italie, réussissant auprès de tous les princes, mais perdant toujours, par son humeur fantasque et par ses imprudences, les occasions de corriger son sort, que lui procuraient sa vivacité d'esprit et ses talents. Il se retira enfin dans sa patrie, sous la protection du duc Hercule II, à qui il dédia son poëme; et il y mourut d'une maladie pestilentielle, vers l'an 1570 852. Le titre de ce poëme est Angelica innamorata 853; le sujet est la mort de Roger, tramée par les intrigues de la coupable maison de Mayence, et la vengeance que sa fidèle Bradamante et Marfise sa sœur, tirent de Ganelon son meurtrier 854. La continuation de la guerre entre Marfise et les Sarrasins d'Espagne d'une part, Charlemagne et ses paladins de l'autre, est toujours le grand fond sur lequel cette action particulière est placée. Angélique amoureuse n'est pas seulement ici le principal épisode, comme Roland furieux dans le poëme de l'Arioste; même après la mort de Roger, ses aventures continuent et ne se terminent qu'avec le poëme. On ne peut dire pourtant qu'elle en soit l'héroïne; ce noble titre lui conviendrait mal, pour des causes que l'on va voir.

Note 852: (retour) Mazzuchelli, Script. d'Ital., tom. II, part. IV, p. 2235. On a du même poëte un autre ouvrage encore moins heureux que son Angélique; c'est le Décaméron de Boccace mis tout entier en vers: Le cento Novelle di Vincenzo Brusantini dette in ottava rima, Venezia, 1554, in-4º.
Note 853: (retour) Venezia, 1550, 1553, in-4º.
Note 854: (retour)

Voi qui l'acerba morte empia e crudele

Vedrete di Ruggier saggio e cortese,

E che di ciò cagion fu la infedele

E scelerata stirpe maganzese;

Poi come la consorte sua fedele

Cercollo con Marphisa in stran paese,

E la vendetta che da giusta mano

Fatta nel sangue fu de l'empio Gano.

(C. I, st. 3.)

Dans les deux premières stances, l'auteur annonce des guerres, de glorieuses entreprises, des enchantements, des joutes, des querelles, de terribles accidents et de nouvelles histoires; puis des actes de courtoisie, d'ardentes amours, la foi, la vertu, la valeur, et des triomphes et des honneurs immortels; il n'oublie dans tout cela que de parler d'Angélique; l'exposition et l'invocation remplissent six octaves, et le nom d'Angélique ne s'y trouve pas, elle entre tout de suite en action à la huitième.

De qui est-elle donc amoureuse, cette superbe reine du Cathay? Hélas! de tout le monde; par enchantement, il est vrai, et par l'effet des vengeances de la méchante fée Alcine, qui croit que c'est elle qui lui a enlevé Roger; mais cet abandon général qu'elle fait de sa personne, quoiqu'involontaire et forcé, imprime au caractère de cet objet de la passion de tant de héros un avilissement, qui détruit tout l'intérêt qu'avait inspiré son amour pour Médor. Dans le palais enchanté où son ennemi la retient, la malheureuse Angélique s'enflamme pour le premier venu, se livre, est prise et quittée chaque jour, et passe de plaisirs imparfaits à la honte et à des regrets amers. Elle est si peu maîtresse d'elle-même, qu'elle se donne au vil Martano, à cet ancien amant de la coupable Origille, fouetté par la main du bourreau dans le poëme de l'Arioste 855. Origille aussi, vêtue en chevalier et couverte d'armes qu'elle a dérobées, arrive à ce palais; Angélique prend feu pour elle; et quand, pendant la nuit, elle s'est aperçue qu'elle aime en vain, elle n'en aime pas moins; et c'est un nouveau genre de peine qu'Alcine lui réservait encore.

Note 855: (retour) Orlando fur., c. XVIII, st. 92.

Alcine de son côté s'est remparée de Roger, qu'elle a réussi à séparer de Bradamante, comme Angélique de Médor. Roger, à qui le sage Logistille l'avait fait voir auparavant 856 ridée, chauve, décrépite, en un mot un objet d'horreur, la revoit, par de nouveaux enchantements, brillante de tous les attraits de la jeunesse, et s'oublie de nouveau dans ses bras. La fée Ungande, n'importe par quel moyen, délivre à la fois Roger et Angélique, rompt le charme, détruit le palais et rend à la vieille Alcine sa hideuse décrépitude. Roger à peine réuni à sa fidèle Bradamante et à sa sœur Marfise, en est de nouveau séparé par une ruse des Mayençais, leurs implacables ennemis. Ganelon et les siens ont enfin ourdi un piége où ils l'attirent. Roger entre dans le château de Ponthieu, et y est massacré pendant la nuit.

Note 856: (retour) Ibid., c. VII, st. 72 et 73.

Sa femme et sa sœur le cherchent inutilement en France et en Italie. Bradamante était enceinte et près de son terme; forcée de s'arrêter entre l'Adige et la Brenta, dans un lieu qui devient le berceau de la maison d'Este, elle y met au monde un fils dont les princes de cette maison doivent descendre. Après avoir confié son enfant aux bons habitants de ce lieu, elle rentre en France avec Marfise cherchant toujours son cher Roger. Arrivée jusqu'à Montauban sans en avoir eu de nouvelles, Roger lui apparaît en songe, lui révèle le crime des Mayençais, et l'endroit même où son corps est enterré, à la porte du château. Bradamante et Marfise y vont, creusent la terre et trouvent les restes inanimés de Roger. Elles les envoient à Paris dans une caisse construite au village voisin, et quand elles ont rempli ce devoir pieux, elles entrent dans le château, le fer et le feu à la main, tuent tout ce qu'elles rencontrent de Mayençais, le perfide Ganelon le premier, Cino, Ginami, Laran, Emeril, enfin toute la race; mettent le feu au château de Ponthieu, à celui de Hanterive, et détruisent de fond en comble tout ce qui avait appartenu à ces perfides.

Angélique, depuis sa délivrance, allait partout cherchant Médor. Elle le retrouve enfin, et se garde bien de lui dire la conduite qu'elle a tenue, malgré elle à la vérité, dans le château d'Alcine. Malgré elle tant qu'on voudra; le bon Médor ne s'en trouve pas moins dans une position ridicule; et ni son Angélique, ni lui ne sauraient plus inspirer d'intérêt. Ils sont près de la mer; ils cherchent un vaisseau, y montent, s'arrangent avec le patron, et cinglent vers le Cathay. Le poëte, qui ne veut pas qu'Angélique ait rien de caché pour nous, nous apprend ici son âge. Elle avait alors quarante ans, et paraissait plus belle que jamais 857. De retour dans ses états, après une nouvelle suite d'aventures, elle trouve enfin l'occasion de se venger d'Alcine. L'Hippogryphe lui sert pour cette dernière expédition. A l'aide de cette monture et de son anneau qu'elle a recouvré, elle arrive au nouveau séjour d'Alcine, détruit tous ses enchantements, la fait elle-même prisonnière, et lui pardonne avec tant de générosité qu'elle ôte à cette méchante fée jusqu'à la volonté de lui nuire. La guerre des chrétiens contre les Sarrazins est terminée. Charlemagne reste paisible possesseur de ses états et de ses conquêtes, et le poëme finit au trente-septième chant.

Note 857: (retour)

Era ella giunta al quadragesimo anno,

Ed era quasi alhor più che mai bella.

(C XXIV, st. 27.)

On sent facilement le vice radical de ce poëme, écrit d'ailleurs d'un style froid, lourd, et totalement dépourvu d'enjouement et de grâces. L'auteur a beau y semer les épisodes, les descriptions, les comparaisons, les combats; il a beau, à l'imitation de l'Arioste, commencer tous ses chants par des maximes sur la valeur des chevaliers, sur les vices et les vertus, sur la jalousie, sur l'amour; il a beau remettre en scène presque tous les personnages du Roland furieux, employer les mêmes machines, faire jouer les mêmes ressorts; les enchantements ont beau y être encore, les illusions n'y sont plus.

Depuis que le signal fut donné de chanter les hauts faits de Charlemagne, de Roland et des autres paladins, un nombre presque infini de poëtes, attirés par cette facilité que semblait offrir l'épopée romanesque, se jetèrent sur ce sujet fertile, et le traitèrent selon les caprices de leur imagination et la mesure de leur talent. Les uns, même après la publication du Roland furieux, continuèrent de traiter ces sujets à leur fantaisie, comme s'ils avaient écrit un siècle auparavant, et comme s'il n'y avait eu dans le monde ni un Arioste, ni un Bojardo; les autres voulurent marcher sur les traces de l'Arioste et se proposèrent de l'imiter. Ils forment comme une école, où l'on reconnaît quelquefois, dans les élèves, la manière et les couleurs du maître, mais dont aucun n'a pu ni le suivre de près, ni à plus forte raison l'égaler.

Si l'on veut remonter jusqu'à la fin du quinzième siècle, et même avant le temps où parut le poëme du Bojardo, on en trouve un autre dont l'action est antérieure à celle au Roland amoureux. Le sujet de ce dernier est la guerre que le jeune roi Agramant fit à Charlemagne pour venger son père Trojan; les deux héros de cet autre roman, imprimé près de vingt ans avant le Roland amoureux, sont ce même Trojan et son frère Altobello 858. Ces deux princes africains viennent en France attaquer Charlemagne; ils sont vaincus, et perdent tous les deux la vie. Les hauts faits de Roland, de Renaud et des autres paladins, remplissent les trente-cinq chants de ce poëme, dont il n'y a rien de plus à dire, sinon qu'il en produisit un autre quelques années après; que ce second poëme, qui fait suite au premier, a pour héros Persiano, fils d'Altobello 859; que ce Persiano, au lieu de venger son père, éprouve le même sort dans sa guerre contre la France, et qu'il paraît n'en avoir pas eu un aussi heureux auprès des lecteurs, puisque le poëme où il figure n'a jamais eu que deux tristes éditions, tandis que celui d'Altobello, tout mauvais qu'il est, en a eu six ou sept assez soignées. Les auteurs de ces deux romans épiques sont inconnus; et ce qu'ils pouvaient faire de mieux pour leur honneur était en effet de garder l'anonyme.

Note 858: (retour) Le poëme est intitulé: Altobello e Rè Trojano suo fratello, historia, nella quale se leze (si legge) li gran facti di Carlo Magno e di Orlando suo nipote, Venezia, 1476, in-fol., 1553, in-8º., et réimprimé plusieurs fois.
Note 859: (retour) Persiano figliuolo d'Altobello, Venezia, 1493, 1506, in-4º.

On ignore aussi l'auteur d'un poëme en soixante-quatorze chants, dont Charlemagne lui-même est le héros. C'est du moins à son sujet, et pour une fantaisie d'amour qui lui prend dans sa vieillesse, que sont entreprises toutes les guerres qui font la matière de ce très-ennuyeux roman. Lorsqu'on en lit le titre: Innamoramento di Re Carlo 860, on s'attend à voir les aventures fabuleuses de la jeunesse de Charles, et ses amours avec Galerane, fille du roi sarrazin, chez lequel il s'était réfugié; mais ce n'est point du tout cela. C'est le vieil empereur Charlemagne à qui Lottier son bouffon de cour fait un si beau portrait de Bélisandre, fille du roi païen Trafumier que l'empereur en devient amoureux fou; il veut l'avoir absolument, et conjure le brave Renaud de lui rendre ce petit service. Renaud prend pour second son cousin Roland. Ils passent en Espagne, où ils s'embarquent pour Brimeste, capitale des états de Trafumier, située sur la côte d'Afrique, dans l'atlas particulier que se sont fait les poëtes romanciers. Les deux paladins se déguisent en marchands. Ils ont l'adresse d'attirer sur leur vaisseau ce pauvre Trafumier et sa fille qui les ont très-bien reçus. Renaud tue le roi, enlève la fille, revient en France, et l'emmène avec lui à Montauban. Il ne la remet entre les mains de Charles que quand l'empereur lui a fait payer comptant dix bonnes sommes ou charges d'argent qu'il lui avait promises; car ce n'est jamais pour rien qu'on fait ce joli métier.

Note 860: (retour) Après ce titre on lit: Incomincia et primo libro de re Carlo Magno, e de li suoi paladini Orlando e Rinaldo, Venezia, canti LXXII, 1514, 1523, in-4º., etc.

Telle est la cause peu édifiante et tout aussi peu noble de la guerre que Fondano, frère de Trafumier et oncle de Bélisandre, déclare à la France pour venger son frère et ravoir sa nièce. Roland, Renaud, Olivier, y font, comme à leur ordinaire, de grandes prouesses, et Ganelon des trahisons viles et odieuses. Renaud se brouille avec l'empereur, et se révolte contre lui. Il devient roi de Russie; mais enfin il se réconcilie avec Charlemagne, délivre ses paladins, qui étaient presque tous prisonniers, chasse avec eux les Africains, laisse là ses Russes, et revient à Montauban.

Ce poëme, quoique imprimé seulement au seizième siècle, paraît être au moins du quinzième. C'est bien la même platitude, la même incorrection, les mêmes impropriétés, en un mot le même style que celui des romans de cette première époque; et l'auteur ne manque pas de commencer tous ses chants, comme on le faisait alors, par une prière à Dieu le père, à Dieu le fils, au S.-Esprit, á la Vierge, à S.-Pierre, à S.-Marc, à Ste.-Madeleine, à tous les Saints. Mais il y a dans le Beuve d'Antone et dans la Spagna une sorte d'intérêt qui n'est point dans celui-ci, où l'on ne voit que des guerres extravagantes, qui n'ont, dans l'origine, d'autre cause que la fantaisie libertine d'un vieux débauché d'empereur.

On n'imprima non plus qu'au seizième siècle un long poëme qui reprend les choses de plus haut, et qui dut être rimé vers la fin du siècle précédent, puisque c'était alors que florissait l'Altissimo son auteur 861. Ce poëte, qui annonçait tant de prétentions par le nom qu'il s'était donné, et qui les soutenait si mal par son style, mit tout simplement en vers et en quatre-vingt-dix-huit chants les Reali di Francia 862. Ce sont bien des rimes perdues; car lorsqu'on a la fantaisie de lire ce vieux roman, on préfère toujours le lire en prose.

Note 861: (retour) J'ai parlé de lui comme poëte lyrique, ci-dessus, t. III, p. 546.
Note 862: (retour) I Reali di Francia di Cristofano Altissimo, Venezia, 1534, in-8º.

L'Aspramonte 863 est un autre roman épique dont l'auteur est inconnu, et mériterait de ne pas l'être. Il montre parfois de l'esprit; son style est beaucoup meilleur, et quelques-uns des vingt-trois chants qui composent son poëme ne sont pas sans intérêt et sans agrément 864. Le sujet est tout guerrier. Ce sont principalement les exploits que firent, dans Aspremont, Charlemagne, Milon d'Anglante, Aymon de Dordogne, Gautier de Montléon, Salomon de Bretagne, et les autres paladins français contre les Sarrazins d'Afrique, quand Garnier, roi de Carthage, Agolant, Almont, Trojan et plusieurs autres vinrent attaquer Rome et ensuite la France, à la tête d'une innombrable armée, pour venger la mort de Braïbant leur roi. L'action commence par leur débarquement en Sicile; ils passent en Calabre, pour ravager Rome, traversent l'Italie, viennent en France, et trouvent enfin dans Aspremont un terme à leurs victoires. La mort du roi Trojan, la défaite entière des Sarrazins et le mariage du jeune Roland avec Alde-la-Belle forment le dénoûment. Ce poëme parut environ un an après le Roland furieux. On n'y voit point de traces d'imitation; mais le style, quoique beaucoup inférieur, porte l'empreinte du même temps.

Note 863: (retour) Libro chiamato Aspramonte, nel qual si contiene molte battaglie, massimamente dello advenimento d'Orlando, e de molti altri Reali di Francia, etc., Milano, 1516, Venezia, 1523, 1594, in-4°.
Note 864: (retour) Le Quadrio, t. VI, p. 551.

Je n'en dirais pas autant du poëme intitulé Trébisonde 865, qui ne fut cependant publié que deux ans après. Il est tiré d'un roman espagnol dans lequel Renaud devient empereur de cette ancienne cité grecque. L'auteur s'est fait connaître; il se nomme Francesco Tromba da Gualdo di Nocera. J'ai tort de dire qu'il s'est fait connaître, car on n'a de lui que sa Trébisonde; et quoique ce poëme ait eu, comme la plupart de ces anciens romans, quatre ou cinq éditions, il est enseveli aujourd'hui avec son auteur dans une obscurité méritée. Le même poëte ne fut pas plus heureux vingt-quatre ans après, lorsqu'il fit sur le même héros un Rinaldo furioso 866, titre qu'il copia de l'Arioste sans pouvoir lui rien emprunter de son talent ni de son génie.

Note 865: (retour) Trebisonda..... nella quale se contiene molte battaglie con la vita e morte di Rinaldo, etc., Venezia, 1518, in-4°., 1554, 1568, 1616, in-8°.
Note 866: (retour) Venezia, 1542, in-4°.

Dragoncino se nomma de même en tête d'un poëme sur les amours de Guidon le Sauvage 867, fils naturel de Renaud de Montauban; et il est aussi profondément ignoré. Ce roman, que personne ne lit, quoiqu'il n'ait que sept chants, n'est pas son seul ouvrage. Il a fait de plus la Marfise bizarre en quatorze chants 868, et c'est à peu près la même chose que s'il n'en avait fait aucun.

Note 867: (retour) Innamoramento di Guidon Selvaggio, etc., di Giamb. Dragoncino da Fano, Milano, 1516, in-4°.; Bologna, 1678, in-16.
Note 868: (retour) Marfisa bizarra, in-8º., sans date; Vinegia, 1532, in-4º.; Verona, 1622, in-8º.

Il y a au moins de l'originalité dans la Mort d'Oger le Danois, d'un certain Casio da Narni 869. Ce poëme singulier est divisé en trois livres; le premier contient neuf chants, le second seize, le troisième sept. Les exploits de Roland, de Renaud et des autres paladins, et la mort de ce brave Danois, en sont le sujet; mais l'auteur a mêlé tout cela de facéties, et tantôt employé le style narratif, tantôt le dramatique, selon que sa tête l'a voulu. Il a mêlé dans son récit des sonnets, des églogues, des épitaphes, un capitolo à la louange des dames, un autre à la louange de la Vertu; enfin une assez longue dissertation de Renaud sur la question de savoir lequel des deux sexes jouit le plus dans les plaisirs de l'amour; le tout en un style souvent trivial, et qui est loin de se sentir de l'admiration dont l'auteur fait profession pour l'Arioste, qu'il appelle quelque part son précepteur et son père. Il commence, comme son maître, tous ses chants par des exordes ou des prologues, dont quelques-uns, sans approcher d'un si parfait modèle, ne sont cependant pas sans agrément. Il écrivait à Ferrare, et il rend de fréquents hommages aux jeunes princes de la maison d'Este 870, quoiqu'il ne leur ait pas dédié son poëme. On ne sait rien de la vie de ce Casio da Narni, et l'on ignore si la protection d'Hercule et d'Hippolyte d'Este lui fut plus utile que celle du duc leur père ne le fut à l'auteur du Roland furieux. La bizarrerie de son esprit se fait voir jusque dans une note qui est à la fin de son poëme. Il s'aperçoit qu'il a laissé Roland dans le ventre d'une baleine, et il promet de l'en retirer dans un autre ouvrage, qu'il fera sans doute tout exprès 871.

Note 869: (retour) La Morte del Danese, poema di Casio da Narni, Ferrara, 1521, in-4º.; Venezia, 1534, idem (avec un titre beaucoup plus étendu). Il ne faut pas confondre ce poëme avec le Danese Uggieri d'un certain Girolamo Tromba da Nocera, sans doute parent, peut-être fils de l'auteur de Trébisonde, et qui s'en montre digne par la platitude de son style. Son poëme n'en est pas moins intitulé Opera bella, e piacevale d'armi e d'amore. Il fut imprimé à Venise en 1599 seulement, et réimprimé en 1611 et 1638. Quoique né vers la fin du seizième siècle, il mérite d'être assimilé aux premiers essais du quinzième.
Note 870: (retour) Hercule et Hippolyte, fils d'Alphonse Ier.
Note 871: (retour) E perche ha lassato Orlando ne la balena, te promette in l'altra opera de cavarlo.

On ne cessa point, pendant tout le seizième siècle, de retourner de cent manières les aventures fabuleuses de Charlemagne et de ses pairs. Il serait aussi ennuyeux qu'inutile de s'arrêter sur tous les romans épiques plus ou moins volumineux, et presque tous aussi mauvais les uns que les autres, dont ils furent l'inépuisable sujet. Que nous importe qu'un Anthée le Géant, roi de Lybie, descendant de ce fils de la terre qu'étouffa jadis Hercule, soit venu attaquer la France et Charlemagne, lorsque cet empereur était encore dans la fleur de l'âge; que Charles, après l'avoir vaincu, le poursuive jusqu'en Lybie, lui livre une grande bataille, le fasse prisonnier, lui et tous ses géants, les ramène enchaînés en France, et rentre à Paris en triomphe en les traînant après son char 872? Que nous importe que Roland et Renaud, jaloux l'un de l'autre, soient tous deux sortis de France, soient allés commander, le premier une armée de Scythes, le second une armée de Persans qui étaient en guerre l'une contre l'autre, que le géant Oronte profite de ce moment pour attaquer la France, et qu'à la fin il soit vaincu et tué de la main du comte d'Angers 873; qu'un Falconet des batailles, fils du roi de Dardanie, vienne en Italie venger un roi de Perse qui s'y était fait tuer, et dont il avait épousé la fille; qu'il y vienne avec deux innombrables armées, dont l'une est commandée par sa femme; que ce Falconet soit encore tué par l'invincible Roland, et que sa femme Duseline en meure de douleur 874; qu'un Antifior ou Antifor de Barosie fasse d'aussi folles entreprises, et qu'elles aient le même succès 875; qu'une madame Rovence, reine et géante africaine, armée d'une massue de fer, sème l'effroi parmi les paladins de Charlemagne, et tombe enfin sous les coups de Renaud 876; que le sarrazin Scapigliato, l'Echevelé, pour plaire à une princesse russe, se vante de venir en France faire prisonniers Roland et Renaud, et de les conduire enchaînés aux pieds de sa princesse et qu'il reçoive de Renaud le prix ordinaire de toutes ces belles expéditions 877? Qu'importe même que parmi de grands faits d'armes, et de Roland, et de Renaud, et de tous les paladins de France, une belle princesse, Leandra, fille du soudan de Babylone, amoureuse de Renaud, et ne pouvant s'en faire aimer, se précipite du haut d'une tour 878, puisqu'on ne peut s'intéresser même à une princesse qui se rompt le cou par amour, dans un long roman, qu'on ne peut lire? Qu'importe enfin que le terrible sarrazin Rodomont ait laissé après lui un fils et un neveu; qu'un poëte ait chanté les prouesses de ce fils 879, un autre les folies amoureuses de ce neveu 880; et que gagnerions-nous à savoir quelles folies un Rodomont II, fils d'une sœur de Rodomont Ier., peut faire pour une belle Lucefiamma, fille de Meandro, riche seigneur d'un beau château situé sur la rivière de Gênes, les exploits et les prodiges de valeur qu'il fait pour elle, et qui lui réussissent si mal qu'il est tué par Fedelcaro, l'un de ses rivaux? Cela ne pouvait intéresser qu'Octave Farnèse, prince de Parme et de Plaisance, à qui ce poëme est dédié, et dont la gloire est encadrée, avec celle de toute sa race, dans une vision ou dans une prophétie, selon le noble et uniforme usage de tous ces romans.

Note 872: (retour) Antheo Gigante di Francesco de' Ludovici da Venezia, etc., canti XXX, in ottava rima, Vinegia, 1524, in-4º.
Note 873: (retour) Oronte Gigante de l'eximio poeta Antonino Lenio Salentino; continente le battaglie del re di Persia e del re di Scithia, fatte per amore della figliuola del re di Troja, etc., Vinegia, 1532, in-4º. Le poëme est divisé en trois livres; le premier livre en seize chants, le second en douze, et le troisième en six, in ottava rima.
Note 874: (retour) Libro chiamato Falconetto delle battaglie, che lui fece con gli paladini in Francia, et de la sua morte, Bressa, 1546, in-8º., en quatre chants seulement.
Note 875: (retour) Libro chiamato Antifor, d'autres éditions portent Antifior di Barosia, el qual tratta de le gran battaglie d'Orlando e di Rinaldo, etc., Venezia, 1583, in-8º., canti XLII.
Note 876: (retour) Libro chiamato dama Rovenza dal Martello, nel quale si può vedere molte sue prodezze, etc., Brescia, 1566, Venezia, 1671, in-8º., etc., canti XIV.
Note 877: (retour) La gran guerra e rotta della Scapigliato. Firenze, senta anno (vers 1550), in-4º.
Note 878: (retour) Libro d'arme e d'amore chiamato Leandra nel quale tratta delle battaglie e grand facti delli baroni di Francia e principalmente di Orlando e di Rinaldo, etc., composta per maestro Pier. Durante da Gualdo (in sesta rima), in-8º., sans date et sans nom de lieu; et ensuite à Venise, 1563, in-8º.
Note 879: (retour) Le prodezze di Rodomontino, figliuolo di Rodomonte, libro d'arme e d'more, etc., canti IV; per Antonio Legname Padovano, Padova, 15.., Piacenza, 1612, in-8º.
Note 880: (retour) Le pazzie amorose di Rodomonte seconde; poema di Mario Teluccini soprannominato il Bernia, Parma, 1568, canti XX, in-4º.

Il faudrait au moins qu'au milieu de ces contes prolixes de géants et de magiciens, de coups de lance, d'épée et de massue, au milieu de ces éternels combats et de ces tristes enchantements, il se trouvât quelque idée moins rebattue, quelque invention moins triviale qui prouvât que l'auteur, sans savoir, si l'on veut, ni bien penser, ni bien écrire, ni conduire avec un peu d'art une fable susceptible de quelque intérêt, ne se traînât pas toujours dans des routes tant de fois battues, essayât de s'en frayer d'autres, et fît quelque tentative nouvelle, dût-elle n'être pas plus heureusement imaginée, ni plus habilement conduite que les autres.

C'est ce qu'on entrevoit dans un seul peut-être de tous ces poëmes romanesques, et ce qui peut engager à s'y arrêter un peu plus que sur les autres. Il est d'un certain de' Lodovici 881, poëte vénitien, qui était en quelque faveur à la cour de Ferrare 882, et qui s'était déjà essayé dans ce genre par un autre roman épique, par cet Anthée le géant, dont j'ai cru, plus haut, pouvoir me dispenser de citer autre chose que le titre. Ce second poëme est intitulé les Triomphes de Charlemagne 883, titre qui est accompagné d'une longue énumération de choses grandes, belles, nouvelles et totalement différentes de ce qu'on avait vu jusqu'alors. La première nouveauté que présente l'ouvrage, c'est qu'au lieu d'être écrit en octaves, ou ottava rima, comme le sont presque sans exception tous les autres, il est en terza rima, ou en tercets. L'auteur l'a divisé en deux parties, chacune de deux parties en cent chants, et chacun des deux cents chants en cinquante tercets, ou cent cinquante vers, ni plus ni moins; ce qui, en ajoutant le vers de surplus qui dans les terze rime suit le dernier tercet de chaque chant, fait juste trente mille deux cents vers.

Note 881: (retour) Francesco de' Lodovici voyagea en France lors même qu'il composait ce poëme, comme on le voit par un vers du trente-huitième chant de la deuxième partie. Renaud demande à la Fortune le nom d'une belle dame que la Nature s'est plu à former, et qu'elle doit à son tour combler de ses dons. La Fortune lui répond:

Questa haverà il nome il quale ha questa

C' hora vien teco in Francia a tuo contento.

Note 882: (retour) Ce qui le prouve, c'est que son Anteo gigante est dédié à Lucrèce Borgia, femme du duc Alphonse Ier.; que c'est par ordre de cette princesse que de' Ludovici fit ce poëme, et que ce fut elle-même qui en fut en quelque sorte l'éditeur, comme nous l'apprend l'Avis du lecteur qui précède le poëme.
Note 883: (retour) Triomphi di Carlo, libro novo di romanzo...... a modo novo da tutti gli altri diverso, etc., Vinegia, 1535, in-4º.

Presque tous les chants ont un exorde, ou un prologue sur différents sujets, selon la fantaisie de l'auteur. La plupart de ces digressions sont assez étendues, et l'agrément n'en est pas, à beaucoup près, en proportion de la longueur. Quoique les chants soient très-courts, souvent l'auteur s'arrête au milieu d'un chant, pour parler de ce qui lui plaît. L'action du poëme est donc à tout moment interrompue; et à peu près un quart des vers y est tout-à-fait étranger. Ce n'est pas dans la partie de cette action qui regarde personnellement Charlemagne qu'il faut chercher de la nouveauté; ce sont toujours de grandes guerres contre des soudans d'Égypte et de Babylone, et des trahisons de Ganelon de Mayence, et toujours des victoires, des conquêtes et des triomphes magnifiques, et des fêtes et des tournois. Mais dans ce roman, comme dans beaucoup d'autres, Renaud se brouille avec Charlemagne et avec son cousin Roland: exilé de France, il va courir le monde, et c'est dans ses voyages que le poëte a fait l'essai d'un merveilleux différent de celui des enchantements et des fées. Des êtres moraux personnifiés, la Nature, l'Amour, le Vice, la Vertu, la Fortune, et même un dieu de l'ancien paganisme 884, sont des personnages qu'il emploie, et dont il tire ou des leçons morales, ou des satires contre les mœurs de son temps, ou des prédictions en faveur de Renaud et surtout en faveur d'André Gritti, alors doge de Venise, à qui le poëme est dédié.

Note 884: (retour) Vulcain.

Le dessein de Renaud est de passer la mer, de voyager en Syrie, en Palestine; enfin de parcourir la terre jusqu'à la fin de son exil. Je laisse là tout ce qu'il fait avant de s'embarquer; le voilà sur mer, traversant la Méditerranée et parvenu jusqu'auprès de la Sicile. Il n'avait jamais vu de volcans; il en voit un tout en feu dans l'une des îles de Lipari; il demande ce que c'est: son pilote lui répond, comme aurait pu faire celui d'Ulysse ou d'Énée, que c'est là que Vulcain habite et qu'il forge les foudres de Jupiter. Renaud veut aller voir Vulcain dans sa fournaise; il se fait mettre à terre, trouve au pied de la montagne volcanique un petit sentier qui conduit jusqu'au fond du gouffre, y descend l'épée à la main, et arrive enfin à la porte de l'atelier où Vulcain travaillait à grand bruit avec ses cyclopes; il enfonce cette porte d'un coup de pied, dit des injures au dieu boiteux, et n'oublie de lui reprocher ni les difformités de sa taille, ni la parure de son front 885. Vulcain se met en colère, et veut le frapper de son marteau. Renaud, d'un second coup de pied, le jette en l'air jusqu'au haut du soupirail, d'où le pauvre dieu retombe au beau milieu de la fournaise. Il en sort la barbe et les cheveux grillés. Tapi dans un coin, et tremblant de frayeur, il reconnaît de loin dans la main de Renaud l'épée Frusberte qu'il avait forgée autrefois: alors il reconnaît aussi Renaud, se jette à ses pieds, se réconcilie avec lui, et lui fait présent d'un bouclier et d'un casque, fabriqués jadis pour le dieu Mars; ils se quittent enfin les meilleurs amis du monde. Renaud remonte sur la terre, et de là sur son vaisseau qui reprend aussitôt sa route.

Note 885: (retour)

Dunque tu se' colui di cui si spande,

Disse Rinaldo, che le corna porti

Là dove portan gli altri le ghirlande?

(Part. I, c. XL.)

Le vaisseau fait naufrage: une baleine engloutit Renaud, mais c'est pour son bien 886; car cette baleine va plus vite qu'un trait vers les côtes de Barbarie; et comme il lui cause de grandes douleurs d'entrailles, en s'escrimant de son épée pour tâcher de sortir de prison, elle le vomit en l'air avec une énorme quantité d'eau; il va tomber au loin sur le sable, entre la mer et le mont Atlas: il se trouve sur ses pieds comme un chat, qui, de quelque hauteur qu'on le jette, s'y retrouve toujours. Ce n'est pas de moi qu'est cette comparaison; elle est littéralement du poëte 887. Dès que le paladin peut se reconnaître, il s'achemine assez tristement vers le mont Atlas; il aperçoit au pied de la montagne un trou creusé dans le roc: par ce trou sort continuellement une foule innombrable d'animaux, de créatures et de figures de toute espèce; toujours curieux d'objets nouveaux, il se décide à y descendre: il s'engage dans un long et obscur défilé, où la foule est si pressée, qu'il a mille peines à la percer; il parvient enfin dans un vaste souterrain tout resplendissant de lumière. Au milieu s'élevait un monticule de terre fine qui n'était mêlée d'aucune matière dure; une femme était auprès, vêtue légèrement, et sans cesse occupée à tirer de ce monticule de la terre, dont elle formait rapidement tous ces êtres que Renaud avait vus sortir des flancs de la montagne. Cette femme, c'est la Nature: c'est dans ce grand atelier qu'elle forme tous les animaux, bipèdes, quadrupèdes, oiseaux, poissons, reptiles, etc.; à mesure qu'elle les crée, ils s'échappent en foule par l'issue qui a servi d'entrée à Renaud, et ils vont remplir le monde. La terre amoncelée dont ils sont formés, se régénère à chaque instant; et la masse est toujours la même 888.

Note 886: (retour)

Che forse 'l tranguggiò pel suo men male. (C. XLV.)

Note 887: (retour)

E come gatto ben sempre si serra

D'alto cadendo, si che nel terreno

A dar de' propri piedi unqua non erra,

Cosi Rinaldo, etc.

Note 888: (retour) C. L.

Après la première surprise de part et d'autre, Renaud interroge la Nature, qui lui répond et l'instruit sans quitter un instant son ouvrage. Il avait cru que l'esprit de Dieu, l'intelligence divine, était la Nature; que c'était là que tout était créé, et que nul autre que Dieu même ne pouvait rien tirer du néant. Il avait cru de même que la Fortune n'était que la volonté de Dieu; mais puisque la Nature est un être existant par soi-même, il est possible qu'il en soit ainsi de la Fortune. Cela est vrai, lui dit la Nature; la Fortune est ma sœur: Dieu nous créa le même jour; il lui donna l'empire universel sur toutes les choses que je produis. Tu m'as trouvée sous terre en Afrique: tu la trouveras en Asie dans une plaine magnifique et riante; mais il existe une autre femme plus grande que nous deux, que je ne puis te nommer, et que tu trouveras en Europe sur une haute montagne. Renaud jure d'aller chercher cette troisième femme dès qu'il aura trouvé la seconde.

Il propose ensuite des doutes, que la Nature s'empresse de résoudre. De questions en questions, il en fait une dont la solution est remarquable: «Si vous ne créez, dit-il, que le même esprit dans tous les animaux à qui vous donnez la vie, d'où vient que ceux qui sont privés de raison meurent tout entiers, et que de nous autres hommes il reste un autre esprit qui nous rend immortels? D'où vient que la raison se manifeste à l'homme, qu'il a un entendement, et que dans tous les autres animaux, ni la raison, ni l'entendement, ne s'éveillent jamais?--Elle lui répond: Je distribue également les esprits vitaux dans les animaux brutes et dans les hommes; mais j'y place des degrés très-différents d'intelligence: le chien en a plus que le mouton, le serpent plus que la belette, et le dauphin plus que tous les autres poissons. J'en mets encore beaucoup plus dans l'homme, et c'est pourquoi votre savoir surpasse de si loin celui des autres animaux. Quant à cet autre esprit que tu dis être immortel en vous, il n'est point mon ouvrage: si Dieu le fait, qu'il le fasse; je ne sais ce que c'est. Il est très-possible qu'il lui plaise, quand je forme les corps, de mettre quelque chose en vous qui retourne dans ses bras à votre dernier moment; et cela, si tu veux, tu peux le croire 889.» Cette traduction est littérale; le texte prouve de plus en plus ce que j'ai répété plusieurs fois, que les opinions philosophiques les plus hardies étaient communes en Italie au seizième siècle, et que pourvu qu'on n'élevât point de doute sur la discipline, la hiérarchie, et l'autorité du pape, on en pouvait former publiquement sur tout le reste.

Note 889: (retour)

Quell'altro poi ch'in voi dici immortale

Io non lo fa, se Dio lo fa, se'l faccia;

Che cosa ella si sia non so, ne quale.

Puote esser molto ben ch' a lui ne piaccia

Far, quando i corpi io so, qual cosa in voi

Che torni al vostro fin ne le sue braccia;

E questo, s' a te par, creder lo puoi.

(C. LV, à la fin.)

Renaud demande ensuite comment il se peut que la Nature faisant tous les hommes égaux, les uns soient nobles dans le monde et les autres ne le soient pas; pourquoi les uns portent des ornements que n'ont point les autres, etc. La Nature le renvoie à sa sœur la Fortune pour la solution de ce doute. «Je ne donne, dit-elle, à qui que ce soit plus de noblesse qu'aux autres hommes; c'est la Fortune qui distribue à son gré la noblesse, puisque vous appelez ainsi sur la terre ce que le vulgaire entend par ce mot; mais si tu veux parler de cette illustration, de cette noblesse qui est la véritable, alors je répondrai autrement. Je donne à un petit nombre d'hommes des dispositions particulières à cette noblesse réelle; mais si l'orgueilleuse Fortune ne favorise ceux que j'ai ainsi doués, ils obtiennent rarement et fort tard la noblesse qui dépend d'elle. Elle a sa volonté, moi la mienne. Interroge-la sur ce point quand tu pourras l'entretenir; mais il arrive peu qu'elle donne la raison de ce qu'elle fait; sa réponse ordinaire est: Je le veux 890

Note 890: (retour) C. LVI.

Toutes ces explications n'interrompent pas un instant le travail dont s'occupe la Nature. Elle continue de fabriquer une foule d'êtres divers qui s'échappent aussitôt du souterrain; elle donne à Renaud un singulier spectacle. Elle forme un très-joli enfant, lui imprime une petite croix sur l'épaule gauche, et dit au paladin: Cet enfant que tu vois naît en cet instant même à Montauban. Aussitôt l'enfant disparaît, comme tous les autres êtres à mesure qu'ils sont créés. «Ta femme Clarice, reprend la Nature, vient de mettre au monde ce bel enfant, ou plutôt c'est moi qui l'ai produit par ses organes douloureux. Quand tu seras retourné paisiblement auprès d'elle, tu verras qu'il n'y a dans ce fait aucune erreur. Chose admirable! s'écrie le poëte, quand le paladin fut de retour dans sa patrie, après de longs voyages, il y trouva l'enfant que sa femme lui avait donné. Calculant l'année, le mois et le jour, il vit que cet enfant était précisément celui que la Nature avait formé devant lui, et il le reconnut à la petite croix qu'elle lui avait empreinte sur l'épaule 891.»--Si la réputation de Clarice n'était pas aussi bonne qu'elle l'est, on pourrait soupçonner qu'il y a ici quelque allégorie, et que ce petit croisé, fils de la Nature, désignait peut-être un enfant naturel né pendant l'absence de Renaud; mais la dame de Montauban est au-dessus du soupçon, et nous avons ici la preuve que quoique Renaud eût déjà bien fait du chemin depuis qu'il avait quitté la France, il y avait tout au plus neuf mois qu'il en était sorti.

Note 891: (retour) Ibid.

Il soumet encore une question à la Nature. A-t-elle jamais fait quelque chose qu'elle regarde elle-même comme au-dessus de toutes les autres? Elle lui avoue que dans tous les temps elle a fait de fort belles choses, qu'elle ne s'est pourtant pas entièrement satisfaite, qu'elle prépare de loin deux ouvrages plus parfaits, dont elle n'a fait encore que concevoir l'idée, et qu'elle mettra plusieurs siècles à mûrir. L'un est un homme et l'autre une femme. La Nature fait voir à Renaud quelques-uns des éléments qui doivent entrer dans leur composition. Par exemple, elle conserve, dans un vase de l'albâtre le plus précieux, et dans une liqueur odorante au-dessus de tous les parfums, le cœur du grand César. Renaud est curieux de savoir à quel héros elle le destine, et dans quel temps ce héros vivra. La Nature désigne dans sa réponse le temps même où vivait l'auteur; quant au nom du héros, c'est le doge André Gritti 892, homme en effet d'un grand caractère, et dont le gouvernement eut beaucoup d'éclat, et dans la guerre, et dans la paix; mais quoique la république vénitienne fût alors très-puissante, il y avait encore loin d'un doge de Venise à César.

Note 892: (retour) C. LVIII.

Pour la créature de l'autre sexe que la Nature projette de former, elle a réuni dans une salle parfumée des plus douces odeurs des objets d'une richesse et d'une beauté qui n'ont rien d'égal sur la terre. Il faudra bien des siècles pour fondre ensemble et amalgamer ces riches matériaux, et pour en faire une femme au-dessus de tout ce que son sexe a jamais eu de plus parfait. La nature indique le temps et le lieu de sa naissance. Elle refuse de dire son nom; mais le poëte l'a reconnue à tant de merveilles. Une seule femme existe en qui on les admire toutes. Là dessus, il désigne si bien la dame de ses pensées, qui était à ce qu'il paraît une très-grande dame, que ses contemporains et surtout elle-même durent facilement l'entendre. Il serait difficile aujourd'hui de le deviner; mais on a peu d'intérêt à le savoir.

Il est temps enfin que Renaud sorte du grand atelier de la Nature. Il avait été jeté par une baleine sur les sables qui conduisent au mont Atlas; la Nature crée un autre gros poisson, à qui elle ordonne de l'engloutir, et qui s'échappe aussitôt par un canal vers la mer Atlantique 893. Il nage rapidement pendant une demi-journée, et vomit aussi Renaud sur une côte éloignée et déserte 894, où il rencontre d'abord une femme presque nue, dans le plus misérable accoutrement. Sa figure est pâle et hâve, mais son attitude et son langage ont encore de la dignité. A ses pieds sont des balances brisées et un glaive; en un mot, c'est la Justice, autrefois triomphante dans le monde, mais bannie depuis long-temps, et réduite à ce triste état. Elle doit pourtant un jour régner encore sur la terre; et c'est, comme on le prévoit sans doute, au grand André Gritti qu'il appartient de l'y rappeler.

Note 893: (retour) C. LXI.
Note 894: (retour) C. LXXI. Les dix chants intermédiaires sont remplis par Charlemagne, Roland, Olivier et les autres paladins.

Renaud s'enfonce dans l'Afrique. Ayant pénétré jusqu'en Éthiopie, il trouve dans un bois charmant un enfant ailé, qui voltige sur les branches et le menace de ses flèches 895. C'est l'Amour, dont le règne est passé comme celui de la Justice, mais qui espère comme elle un nouveau règne, quand la Nature aura produit le second chef-d'œuvre qu'elle prépare. En attendant, il blesse Renaud d'un de ses traits. C'est dans l'Inde qu'il doit trouver la Beauté qui peut le guérir. Il y a loin; et cette fois ce n'est plus par eau qu'il fait le voyage, c'est dans l'air. Un dragon fond sur lui, le prend dans ses griffes, s'envole, et arrive en douze heures au-delà du Gange avec sa proie 896. Il l'enlevait ainsi pour le dévorer; mais Renaud une fois à terre, combat le dragon et le tue. Il se met à chercher une belle Juive, dont la renommée lui a fait le portrait. Chemin faisant, il trouve l'Espérance, qui le prend d'abord par la main et pénètre ensuite dans son cœur. Quoiqu'il marchât très-vite, il trouvait encore le chemin long et pénible; mais il rencontre aussi le Temps, qui le prend sur ses épaules, et l'emporte dans son vol rapide. Avec l'Amour, l'Espérance et le Temps, il arrive enfin chez le père de sa belle Juive 897.

Note 895: (retour) C. LXXX.
Note 896: (retour) C. XCV.
Note 897: (retour) C. XCVI.

Je ne dis rien de ses amours, ni de ses guerres contre le roi de Cathay, son rival, ni de toutes les autres aventures qui lui arrivent dans ce pays. La meilleure est qu'il parvient à plaire à sa maîtresse, et qu'il l'engage à prendre avec lui le chemin de la France; mais elle n'y consent qu'à une condition un peu dure. Jusqu'alors elle a été chaste, et veut l'être sept ans encore 898. Renaud est donc obligé de jurer qu'il ne la troublera point dans ce projet; il le jure, elle le croit, et ils se mettent en route. Je passe encore leurs aventures et leurs rencontres en chemin. La plus singulière est ce qui leur arrive dans une certaine ville de Scythie, dont tous les habitants étaient aveugles. Ils avaient pour roi un maudit borgne, qui abusait tyranniquement de la supériorité que son œil lui donnait sur eux. Renaud le lui crève, et rétablit ainsi l'égalité 899.

Note 898: (retour) Part. II, c. IV.
Note 899: (retour) C. XX et XXI.

Entre le mont Immaüs et la mer, les deux amants trouvent un homme tout défiguré, difforme, sale et dégoûtant. Sa conversation avec eux est curieuse. Jusqu'alors il a mené, leur dit-il, une vie errante et vagabonde: il veut faire une fin et se fixer. Le lieu qui lui paraît le plus propre à son but, c'est Rome; et il va s'y rendre, dans le dessein de n'en plus sortir. Il est sûr de réussir si bien auprès des habitants de ce pays, qu'il y portera toujours la couronne 900. Le poëte s'adresse alors à cette Rome si sainte, si inviolable dans sa foi et dans l'exercice de toutes les vertus. «Prends garde, lui dit-il, d'admettre jamais cet être hideux dans ton sein. S'il y pénètre une fois, il te rendra, de glorieuse que tu es, infâme, sale et infecte comme lui; le monde te nommera source de maux et de colère, mère des Erreurs et de la Fraude. On ne verra plus en toi cette Rome chaste, humble et pieuse; mais une courtisane effrontée. Tu ne seras plus Rome enfin, mais la coupable Babylone, et les hommes appelleront sur ta tête le feu du ciel.» Renaud est indigné de ce projet, et promet à celui qui l'annonce qu'il n'y réussira pas. «Je connais le monde mieux que toi, reprend le monstre, et je te réponds que je vais à Rome, que j'y serai bien accueilli, que tant qu'elle existera, j'y existerai aussi très-agréablement. Plus je vieillis, plus j'acquiers de forces. On m'y traitera bien, te dis-je, et je suis certain de mon fait puisque l'on m'appelle le Vice. On ne m'y nourrira point comme la Vertu, d'eau et de gland, mais de mets succulents, que les Dieux mêmes préféreraient à l'ambroisie. On ne vêtira point mon corps de bure ou d'étoffes grossières, mais de pourpre, de soie et d'or. J'y logerai dans des appartements vastes et magnifiques, dans les palais des plus grands seigneurs; et plus ils seront grands, plus ils s'empresseront de me loger; et j'habiterai, si je ne me trompe, dans le plus grand de tous les palais, avec ceux qui seront les premiers.» Renaud est outré de tant d'impudence; il repousse le monstre et le chasse en le couvrant de malédictions. Mais quel malheur que ces malédictions aient été vaines! Car enfin le Vice a tenu parole: avec le temps, il est parvenu jusqu'à Rome. Il s'y est fixé: il y habite avec les plus grands personnages. Alors le poëte se donne carrière; et il invoque les puissances de la terre et du ciel pour qu'elles viennent mettre fin à tant de désordres et de scandales 901.

Note 900: (retour)

. . . . . . . . . La mia persona

Sarà da quelle genti si gradita

Ch'io portarò fra lor sempre corona.

(C. XXVIII, à la fin.)

Note 901: (retour) C. XXIX.

On voit par ce morceau satyrique, qui, s'il était écrit avec plus de force, ne serait pas indigne du Dante, que depuis la Ligue de Cambrai, Venise, quoique réconciliée en apparence avec les papes, conservait d'amers souvenirs, et que le doge Gritti n'était point du tout ami de Rome; mais il faut se rappeler aussi quelle était l'existence politique et morale de Rome lorsque ce poëme fut écrit, c'est-à-dire sous Léon X et Clément VII.

Une autre rencontre était prédite depuis long-temps au paladin français. La Nature lui avait annoncé qu'il trouverait la Fortune sa sœur dans les plaines d'Asie. Il la trouve en effet au-delà de l'Euphrate 902. Le poëte emploie six chants entiers à décrire sa parure, ses attributs, son char brillant et mobile, la foule innombrable qui la suit, les efforts que font pour monter sur le char tous ceux qui peuvent en approcher, les vicissitudes rapides qui les y élèvent et les en précipitent, enfin tout ce qui peut entrer dans cette grande allégorie. Renaud interroge la Fortune; elle dévoile dans ses réponses l'inconséquence qui la dirige et le caprice de ses choix. Ce qu'elle dit sur le genre de noblesse qu'elle distribue n'est pas propre à en inspirer l'estime 903. Renaud finit par lui demander quand elle fixera l'inconstance de sa roue; et la Fortune ne manque pas d'indiquer le temps où vivront André Gritti et la grande et belle dame qu'elle désigne encore, mais qu'elle ne nomme pas.

Note 902: (retour) C. XXXIII.
Note 903: (retour) C. XXXVI.

Le héros voyageur se préparait à revenir en Europe, lorsqu'il apprend que Charlemagne approche de l'Euphrate avec ses paladins pour aller conquérir la Terre-Sainte. Il va au-devant des chrétiens avec sa belle Juive, arrive au moment où ils sont aux mains avec l'innombrable armée du soudan d'Égypte, et contribue puissamment à la victoire. Elle avait été long-temps disputée; aussi les Sarrazins perdirent-ils dans cette journée un million d'hommes, moins 44,000, tandis que la perte des Francs ne fut que de vingt-trois personnes 904. Renaud rentre en grâce, par cet exploit, auprès de Charlemagne; mais il lui reste un voyage à faire, et malgré tout ce que l'empereur emploie pour le retenir, sa belle Juive et lui vont chercher la montagne au haut de laquelle habite la Vertu 905. Le pays où elle est située est la Grèce, et cette montagne n'est autre que le Parnasse 906. Les deux amants y gravissent ensemble, et après avoir traversé le séjour harmonieux d'Apollon et des Muses dont ils entendent les concerts, ils arrivent sur le sommet, au temple que la Vertu habite. Ce temple est rempli de siéges, brillants d'or et de pierreries, placés à différents degrés d'élévation, et plus ou moins près du trône de la déesse 907. Les deux siéges qui en sont le plus voisins sont vides. Sur les autres, ou vides ou occupés par des personnages vénérables, on voit inscrits les noms de ceux qui les remplissent ou qui doivent un jour les remplir. Dans les premiers, sont assis tous les anciens sages, les philosophes, les héros, les femmes célèbres par leurs vertus, les poëtes. Sur les siéges destinés à ces derniers, mais encore vacants, on lit d'abord les noms de Dante, de Pétrarque et de Boccace; puis un grand nombre de noms plus ou moins illustres dans la poésie et dans les lettres aux quatorzième et quinzième siècles, ensuite une seconde liste de noms fameux dans la seizième. L'auteur y fait entrer ceux de ses plus illustres contemporains et de ses meilleurs amis. Il croit même que Renaud y a lu le nom de Lodovici, qui est le sien 908. La déesse trace tout à coup sur les deux siéges qui étaient le plus près d'elle les deux noms qui y manquaient encore; et ce sont toujours ceux du doge Gritti et de cette grande et belle dame, pour qui l'auteur se consume inutilement depuis dix années. Nouveaux éloges et de Gritti et de la dame. Renaud descend enfin de la montagne, l'ame remplie des grandes leçons qu'il a reçues: il s'embarque, prend le chemin de France, et trouve en mer, non la flotte, mais l'immense vaisseau impérial, orné de tous les attributs du triomphe, que Charlemagne, après avoir conquis Jérusalem et toute la Terre-Sainte, avait fait construire pour revenir, avec ses paladins, dans ses états. Renaud est reçu à bord avec la plus grande joie; et Charles arrive enfin triomphant en Provence, non sans avoir encore remporté, avec son seul vaisseau, sur la grande flotte des infidèles, une brillante victoire.

Note 904: (retour)

Moriro alhor di men d'un millione

Quaranta quattro millia Sarracini;

E'n quei di Francia venti tre personne.

(C. LXVII.)

Roland seul avait tué de sa main quatre-vingt mille quarante-huit hommes et six géants; les autres paladins autant à proportion.

Note 905: (retour) Il est singulier que l'auteur, qui en général est fort grave, ait gardé pour ce moment la rencontre de deux pélerins et de Rosanella leur maîtresse à frais communs, qui s'arrêtent la nuit dans un ermitage, où frère Antenor fait avec Rosanella ce que font en pareil cas tous les moines du Décaméron, et qu'il ait conté cette aventure plus librement que Boccace lui-même (c. LXXII et LXXIII). Un peu plus loin, Renaud et sa compagne trouvent dans les bois un homme nu, qui a quatre grandes cornes, et qui va se cachant et pleurant à chaudes larmes. Ils apprennent de lui qu'il avait cru posséder la jeune femme la plus vertueuse et la plus chaste; pour preuve de sa confiance, il avait conjuré le ciel de manifester par des signes visibles si elle lui était fidèle ou si elle ne l'était pas; et aussitôt ce quadruple ornement s'était montré sur sa tête. Renaud, d'un seul coup de son épée Frusberte, lui abat cette incommode parure, veut l'engager à se consoler et à quitter les bois; mais le sauvage y veut rester, et continue de se désoler, quoique Renaud lui assure que ce qui lui est arrivé arrive à tout le monde, et que tout le monde s'en fait un jeu:

C'haver le corna in testa adesso è un gioco.

(C. LXXXVII.)

On ne conçoit pas comment le poëte a réservé ces deux traits d'un moine libertin et de deux paires de cornes, pour les placer entre la conquête de la Terre-Sainte et le voyage au temple de la Vertu.

Note 906: (retour) C. LXXX et suiv.
Note 907: (retour) C. LXXXVI.
Note 908: (retour) C. LXXXVIII.

Il est trop aisé de sentir les vices d'une pareille fable, interrompue à tout moment par les expéditions de Charlemagne et par les digressions de l'auteur. Les visions allégoriques de Renaud, amenées et présentées sans art et sans vraisemblance, ont néanmoins un but philosophique très-remarquable et qui peut-être les ferait lire, s'il ne manquait au poëme entier ce qui seul fait lire les ouvrages, le style. C'est un défaut commun au plus grand nombre des poëmes de cette époque et de ce genre. La tentative que fit Lodovici d'employer la terza rima, dans l'épopée ne réussit pas; et personne n'osa la renouveler après lui.

Les noms de Charlemagne, de Roland et de Renaud ne décorèrent pas seuls les titres de ces poëmes: Roger fut le sujet de quatre ou cinq, dans lesquels des poëtes peu connus célébrèrent ses exploits 909, ses regrets 910, sa mort 911, sa vengeance 912, et même Ruggieretto son fils 913.

Note 909: (retour) Di Ruggiero, canti IV di battaglia, par un certain Bartolommeo Horiuolo, Venezia, 1543, in-4º.
Note 910: (retour) Il pianto di Ruggiero, di Tommaso Costo, da lui medesimo correcto, ampliato, etc., Napoli, 1582, in-4º.
Note 911: (retour) La morte di Ruggiero continuata alla meteria dell'Ariosto, di Giamb. Pescatore, canti XXX, Vinegia, 1549, petit in-4º, 1551, 1557, in-8º.
Note 912: (retour) Le vendetta di Ruggiero continuata alla materia dell'Ariosto, di Giamb. Pescatore, canti XXV, Vinegia 1556, in-4º. On a encore sur ce sujet, outre l'Angelica innamorata dont nous avons parlé ci-dessus, la continuazione di Orlando furioso colla morte di Ruggiero, di Sigismondo Paoluccio delle il Filogenio, Venezia, 1543, in-4º. canti LXIII.
Note 913: (retour) Ruggieretto figliuolo di Ruggiero, re di Bulgaria con ogni riuscimento di tutte le magnanime sue imprese, etc., per M. Panfilo de' Rinaldi da Siruolo, Anconitano, Vinegia, 1555, in-4º., canti XLVI.