Seignor, quar vous allez baingner;
Et estuver sans dilayer (tarder);
Li bains sont chaut, c'est sans mentir[46]

«En ce moment, de joyeux étudiants, couverts de capes ou de mantes déchirées, entraient dans ces étuves en fredonnant l'acrostiche suivant composé sous le règne de Louis XII pour le blason de la ville de Paris:

Paisible domaine,
Amoureux vergier,
Repos sans dangier,
Iustice certaine
S'est Paris entier.

«D'autres clercs s'arrêtaient devant un homme portant un broc d'une main et tenant de l'autre un panier rempli de cornes semblables à celles des moissonneurs. Cet homme chantait à tue-tête:

Bon vin à bouche bien espicé.

«Puis des femmes de la Halle, aux larges épaules, aux manches retroussées, criaient de toute la force de leurs poumons:

J'ai chastaignes de Lombardie!
J'ai raisin d'outre mer—raisin!
J'ai porcés et j'ai naviaux (navets),
J'ai pois en cosse tout noviaux!

«Plus loin, on voyait une grosse et joyeuse commère qui portait sur le ventre tout l'attirail d'un restaurateur. Elle arrêtait les passants en leur débitant cette petite chanson:

Chaudes oublies renforcies,
Galettes chaudes, échaudés,
Roinsolles (sortes de gaufres), çà denrée aux dez.

«Parfois de jeunes et jolies filles de la campagne venaient offrir les plus belles fleurs et les meilleurs fruits de la saison, en murmurant d'une voix douce:

... Aiglantier,
Verjux de grain à faire allie!
Alies y a d'alisier.

«Souvent on voyait quelques fripiers de la rue Tirechape qui arrêtaient les clercs aux mantes rapées en leur disant:

Cotte et surcot je rafetorie (raccommode).

«Et comme ces écoliers avaient plus de trous aux genoux et aux coudes que de blancs d'angelots et de sous parisis dans leurs surcots, ils s'esquivaient tout honteux pour se soustraire à l'importunité de ces chevaliers de l'aiguille.

«Telle était, aux XIVe et XVe siècles, la physionomie de la rue des Vieilles-Étuves

Les bains auxquels elle devait son nom étaient en grand renom dans la ville où, ce dont nous ne nous doutons guère aujourd'hui, «les étuves, Sauval l'affirme, étaient si communes qu'on ne pouvait faire un pas sans en trouver.»

«L'usage des étuves, dit un plus ancien auteur, était aussi commun en France, même parmi le peuple, qu'il l'est et l'a toujours été dans la Grèce et l'Asie. On y allait presque tous les jours: saint Rigobert fit bâtir des bains pour ses chanoines et leur fournissait le bois pour chauffer leur eau. Il paraît que les personnes qu'on priait à dîner ou souper étaient en même temps invitées à se baigner, témoin ce passage de la Chronique de Louis XI: «Le mois suivant, le roi soupa à l'hôtel du sire Denis Hasselin, son panetier, où il fit grande chère, et y trouva trois beaux bains richement tendus pour y prendre son plaisir de se baigner ce qu'il ne fit pas parce qu'il était enrhumé.»

Par malheur ce n'était pas peut-être l'amour seul de la propreté chez nos aïeux qui avait fait se multiplier ainsi les bains; car ces établissements n'étaient pas des mieux famés dans la cité. Le chapitre LXXXIII du Livre des Métiers, d'Étienne Boileau, contient relativement aux Étuveurs des règlements fort sévères, celui-ci entre autres: «Que nuls ne crient, ne fassent crier leurs étuves jusques à temps qu'il soit jour.»

Un fait curieux et plus ignoré encore, c'est que le monopole des bains appartenait à la communauté des maîtres barbiers perruquiers. Aussi sur leur enseigne on lisait: «Céans, on fait le poil proprement et l'on tient bains et estuves.»

Eugène (Boulevard du Prince): Eugène Beauharnais, fils de l'Impératrice Joséphine, nommé vice-roi d'Italie en 1805 par Napoléon qui même l'avait désigné pour son successeur (et certes il pouvait plus mal choisir), fit preuve de talents militaires autant que d'honnêteté et de patriotisme à l'heure des suprêmes périls. On ne saurait donc que blâmer la décision récente, prise par un pouvoir intérimaire, n'ayant aucune autorité pour cela, et qui d'un trait de plume a substitué, pour le boulevard, au nom du Prince Eugène celui de Voltaire. On a fait plus sinon pis, et la statue, une laide effigie de l'insulteur de la Pucelle, a remplacé sur son propre socle, déshonoré et usurpé presque clandestinement, celle du brave soldat, français si loyal. Voilà certes de la réaction et puerile et misérable. N'était-ce pas d'ailleurs assez et trop qu'à Paris une grande voie portât le nom de cet Arouet naturalisé Prussien par l'abjection de ses flatteries envers Frédéric, et pour tout homme de cœur ne reste-t-il point à jamais infâme par le cynisme de son impiété comme par l'absence de tout patriotisme? Ces vérités nous les avons dites ailleurs, mais on ne saurait trop les répéter quand se reproduisent, avec obstination, les mêmes scandales qui prouvent une aberration si inconcevable.

[46] Les Crieries de Paris.

F

Fagon (rue): Fagon, médecin de Louis XIV, (1638-1718) n'était point un médecin à la Molière, d'après le témoignage de Boileau.

Ferronnerie (rue de la): Elle s'appelait ainsi depuis que le roi saint Louis avait permis à de pauvres férons d'occuper les places régnant le long des charniers. Aussi, devenue par là trop étroite, cette rue se trouvait constamment obstruée; Henri II, pour l'élargir et rendre la circulation plus facile, donna l'ordre d'enlever les échoppes des Ferronniers, ordre qui ne fut point exécuté, soit par crainte du mécontentement populaire, soit à cause de la mort du roi.

En 1648 seulement, ces chétives boutiques disparurent; elles devaient être remplacées, d'après un nouveau plan, par des maisons qui auraient davantage encore rétréci la voie. Mais lorsqu'on commençait à creuser les fondations, au risque de mettre à découvert les ossements remplissant les charniers du cimetière, une émeute violente éclata qui ne s'apaisa que par la cessation des travaux. Sauval dit avec raison que «si en 1554, les échoppes eussent été ruinées, notre Henri-le-Grand n'eût pas été là malheureusement assassiné comme il fut en 1610.»

Avant la Révolution, on voyait, vis-à-vis de la place où fut commis le crime, un buste de Henri IV avec cette inscription:

Henrici Magni recreat præsentia cives,
Quos illi æterno fœdere junxit amor.

Je trouve, dans Germain Brice, à propos du procès de Ravaillac ce passage qui me paraît curieux à reproduire: «Son procès lui fut fait avec toute l'attention requise dans une si importante affaire; et à la question qui lui fut donnée avec toute rigueur, il avoua des choses si étranges que les juges, surpris et effrayés, jurèrent entre eux sur les Saints Évangiles de n'en jamais rien découvrir à cause des suites horribles qui en pourraient arriver; ils brûlèrent même les dépositions et tout le procès-verbal au milieu de la Chambre et il n'en est resté que quelques légers soupçons sur lesquels on n'a pu fonder jusqu'ici aucun véritable jugement.»

La narration de Germain Brice, suivant Sainte-Foix, manque d'exactitude. «Ravaillac soutint toujours à la question qu'il n'avait point de complices, et s'il avoua des choses étranges, ce ne fut que lorsqu'il eut demandé, à la première tirade des chevaux, à être relâché.... Il dicta alors un testament de mort que le greffier affecta d'écrire si mal que les experts en écriture n'ont jamais pu y rien découvrir.»

Férou (rue): Ce nom vient d'une famille notable de la bourgeoisie, à qui appartenait très anciennement le terrain ou clos sur lequel la rue fut ouverte au commencement du XVIe siècle.

Femme sans tête (rue de la): A pris son nom d'une enseigne représentant une femme qui n'avait point de tête et qui tenait un verre à la main. Au-dessous se lisait cette légende: Tout en est bon.

Feuillantines (rue des): Ce nom vient des religieuses Feuillantines dont le couvent se trouvait dans l'impasse. Elles étaient venues s'établir à Paris, en 1622, à la sollicitation de Anne Gobelin, veuve du sieur d'Estourmel de Plainville, capitaine des gardes du roi. Pour la construction des bâtiments et de la chapelle cette dame fit don d'une somme de vingt-sept mille livres. Elle dota également la communauté d'une rente annuelle de 2,000 livres.

Feydau (rue): Ce nom était celui d'une famille autrefois très-connue dans la magistrature.

Fidélité (rue de la): Ouverte sur les terrains et bâtiments occupés jadis par la communauté des Filles de la charité. En 1793, on chassa les religieuses et les jardins et bâtiments, déclarés propriété nationale, furent vendus sauf réserve d'une portion de terrain nécessaire pour la rue projetée. Son nom lui vint du voisinage de l'église St-Laurent appelée sous la Révolution: Temple de l'Hymen et de la Fidélité.

Figuier (rue du): Dès l'année 1300 cette rue était tout entière bâtie. Elle prit le nom de rue du Figuier parce qu'on voyait très anciennement, au carrefour formé par les rues du Fauconnier, de la Mortellerie et des Barrés, un magnifique figuier qui fut toujours renouvelé jusqu'en 1655; à cette époque, les besoins de la circulation le firent abattre.

Filles-Dieu (rue des): Ce nom vient du couvent des religieuses dites Filles-Dieu qui s'élevait dans le voisinage.

Filles St-Thomas (rue des): Ce nom vient d'un couvent de religieuses de l'ordre de St-Dominique qui se trouvait près du Temple et dans lequel les sœurs s'installèrent en 1632.

Fléchier (rue): Fléchier (Esprit), prédicateur célèbre sous Louis XIV, mourut évêque de Nîmes en 1710.

Florentin (rue St): Cette rue s'appela ainsi à cause de l'hôtel qu'y fit construire, vers 1678, le ministre Phélippeaux, duc de la Vrillière et comte de St-Florentin.

Florian (rue): J. P. Claris de Florian, né en 1755, mort en 1794, a eu la gloire, et seul, de laisser, après La Fontaine, un recueil de fables populaire et avec toute justice. Si Florian reste au second rang et, dans sa forme agréable, choisie, délicate pourtant, n'atteint pas à l'art merveilleux de celui qu'on a nommé par excellence le Fabuliste, il a d'autres mérites qui le rendent préférable à mettre aux mains des enfants. Sa morale, davantage à leur portée, d'habitude est très saine et l'on admire, chez l'officier de dragons devenu poète, cette parfaite honnêteté de sentiments, cette bonté, cette tendresse, cet accent ému et sincère où l'on sent à chaque instant vibrer le cœur. Est-il besoin de citer Le Lapin et la Sarcelle, l'Enfant et les Sarigues, etc.

Florian avait écrit aussi plusieurs romans, Estelle et Nemorin, Gonzalve de Cordoue, etc., dans le genre pastoral et sentimental et, chose singulière! ils reçurent le meilleur accueil de la société corrompue du XVIIIe siècle. Aussi faux de ton que certaines peintures de Boucher ou Lancret, mais non point malhonnêtes comme les toiles de ces messieurs, ils firent larmoyer nos bisaïeules promptes au sourire comme aux larmes. On ne lit plus aujourd'hui ces récits démodés qui tous ensemble ne valent pas une des fables du poète.

For l'Évêque (rue du): C'est-à-dire le Siége de la juridiction temporelle de l'Évêque.

Fouarre (rue de): Fut ainsi nommée à cause de la paille ou fouarre qu'on y vendait et dont les écoliers se servaient, aux jours de leurs assemblées et actions publiques, pour joncher les écoles et s'asseoir tandis que les régents et docteurs se tenaient dans des chaires ou sur des siéges élevés.

Four St-Germain (rue du): Elle fut ainsi appelée à cause du four banal de l'abbaye St-Germain des Prés construit au coin de la rue Neuve-Guillemin. Des fours semblables existaient dans les divers quartiers de Paris, et les habitants étaient obligés, sous peine d'amende et de confiscation, d'y faire cuire leur pain, ce qui produisait un revenu assuré et considérable au propriétaire laïque ou ecclésiastique. Mais de ce monopole il résultait des abus qui le rendirent oppressif et gênant pour les habitants. Des plaintes s'élevèrent et si vives, si persistantes qu'enfin Philippe-Auguste, par une ordonnance de l'année 1200, supprima les priviléges en autorisant les boulangers à faire construire des fours dans leurs maisons, moyennant une redevance annuelle par chacun d'eux de neufs sols trois deniers une obole.

Plus tard, le mot four, eut, paraît-il, une autre signification. On lit dans le journal de la cour de Louis XIV, du 10 janvier 1695: «Il y avait plusieurs soldats et même des gardes du corps qui, dans Paris et sur les chemins voisins, prenaient par force des gens qu'ils croyaient en état de servir et les menaient dans des maisons qu'ils avaient pour cela dans Paris, où ils les enfermaient et ensuite les vendaient malgré eux aux officiers qui faisaient ces recrues; ces maisons s'appelaient fours.»

Le roi, informé de ces faits odieux, ordonna de saisir à la fois tous ces racoleurs interlopes, et d'instruire immédiatement leur procès. Huit des plus coupables furent pendus. De leurs interrogatoires et de leurs aveux il résulta que Paris ne comptait pas moins de vingt-huit de ces fours ou prisons anonymes dans lesquelles, en outre des conscrits, on entraînait par force ou par ruse des femmes et des enfants qu'on vendait pour servir à peupler les colonies d'Amérique. De pareils crimes, non moins odieux qu'audacieux, pouvaient-ils être trop sévèrement châtiés?

Francs-Bourgeois, au marais, (rue des): Vers le milieu du XIIIe siècle, cette rue déjà construite s'appelait des Viez Poulies d'un jeu alors fort en vogue et dont les exercices avaient lieu dans une des maisons de la rue. Vers le milieu du siècle suivant (1350), Jean Roussel et Alix sa femme firent construire un grand hôtel destiné à servir d'asile à vingt-quatre pauvres. En 1315, la fille de Jean Roussel, mariée à Pierre le Mazurier, du consentement de celui-ci, donna cet hôpital au grand prieur de France avec 70 livres de rente, à condition de loger deux pauvres dans chaque chambre. La rue s'appela dès lors des Francs-Bourgeois parce que les pauvres de l'asile étaient francs, c'est-à-dire exempts de toutes taxes et impôts.

François-Miron (rue): Ce fut par les soins de ce prévôt des marchands justement célèbre que l'Hôtel de Ville put s'achever en 1606. François Miron ne se borna pas à faire preuve de zèle en stimulant l'architecte et les ouvriers; il n'hésita pas devant des sacrifices personnels considérables pour diminuer les dépenses à la charge de l'état, et donna 900 livres de son propre argent et plus de vingt-deux mille livres qui lui revenaient par les droits de sa charge. On lui doit les ornements de la façade, le grand perron, les escaliers, le portique et la statue équestre de Henri IV placée au-dessus de la porte d'entrée.

François Ier (rue): Nous avons été sévère peut-être, dans la France héroïque, pour François Ier homme d'état et souverain. Voici sur le Restaurateur des lettres une belle page qu'il nous paraît juste de reproduire: «Mais depuis, dit le seigneur de la Planche, la bonté de Dieu s'est déployée sur nous et sur toute la France, par la main de ce grand roi, François Ier de nom, qui nous a tirés comme d'un tombeau les sciences, les arts, les lettres et bonnes disciplines ensevelies en une fondrière d'ignorance; et à l'aide d'un Amyot, d'un Jacques Colin et de tant d'autres excellents ouvriers, nous a rendu les outils de sagesse tranchants en notre langue maternelle; tellement qu'ils n'y a artisan qui ne puisse s'il veut, de lui-même, et sans rien dérober à sa besogne, se rendre savant.»

Citons un autre passage non moins curieux de Brantôme: «De plus, ce roi a été très bon catholique, sans jamais s'être dérogé de la sainte foi et religion catholique pour entrer le moins du monde en l'hérésie de Luther qui commença à venir de son temps: comme fit le roi Henri d'Angleterre, son bon frère et son contemporain, encore que toutes choses nouvelles plaisent; mais telle nouveauté ne lui plut point, et ne l'approuva jamais, disant qu'elle tendait du tout à la subversion de la monarchie divine et humaine. Il aima et embrassa fort l'Église catholique, apostolique et romaine, la servant fort révéremment sans aucune bigoterie et hypocrisie.»

Franklin (rue): Benjamin Franklin, né à Boston, en 1706, simple ouvrier d'abord, puis prote, et enfin maître imprimeur et devenu l'un des personnages considérables de la colonie, fut, lors de la guerre avec la métropole, envoyé en France pour proposer un traité d'alliance qu'il sut faire accepter par le roi Louis XVI. Il eut également l'honneur de négocier et signer le traité de paix qui assura l'indépendance des États-Unis. On lui doit, comme savant, l'invention du paratonnerre.

Frochot (rue): Nicolas-Thérèse-Benoist Frochot (1760-1828), fut préfet de la Seine de 1800 à 1812, et Paris eut beaucoup à se louer de cet administrateur éminent.

Frondeurs (rue des): Les troubles de la Fronde, pendant la minorité de Louis XIV sont célèbres dans notre histoire. Cet endroit sans doute fut un de ceux où se réunissaient les Frondeurs.

G

Galande, (rue): Ce nom est visiblement une altération de celui de Garlande que portait une famille bien connue au XIe siècle:

..... La rue de Gallande
Où il n'a foret ni lande.

(Le dit des Rues).

Gaillon (rue): A pris ce nom d'un hôtel qui s'appelait ainsi et sur l'emplacement duquel s'éleva l'église Saint-Roch.

Galvani (rue): Médecin et physicien italien, né à Bologne le 9 septembre 1737, Galvani mourut dans cette même ville le 4 novembre 1798. Sa découverte la plus importante est celle de l'électricité animale, comme il l'appelait et que les savants, d'un accord unanime, ont appelée Galvanisme du nom de son auteur.

Mauvais Garçons (rue des): Cette rue s'appela d'abord rue de Craon, parce que les seigneurs de Craon y avaient bâti leur hôtel; mais depuis le règne de Charles VI, «comme ce fut, dit Sauval, dans ce logis-là que Pierre de Craon se cacha avec d'autres déterminés pour assassiner le connétable de Clisson, cela fut cause que la rue changea de nom et fut appelée la rue des Mauvais-Garçons

Il y avait une rue du même nom donnant d'un bout dans la rue des Boucheries Saint-Germain; son nom, paraît-il, lui venait d'une enseigne.

Geindre (rue): Jaillot fait venir ce mot de junior employé dans les anciens titres pour désigner un compagnon, un aide, un commis.

Geoffroy Saint-Hilaire (rue): Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), célèbre naturaliste français, créa l'enseignement de la Zoologie et par suite les collections et la ménagerie du Jardin des Plantes. Le nom de cet homme illustre est à bon droit populaire, car, cher aux savants, il ne doit pas être moins cher aux familles d'artisans comme aux écoliers de tout âge auxquels, pour les jeudis et dimanches, il a ménagé un lieu de promenade qui offre tant d'attrait à la curiosité et où le plaisir s'unit à l'instruction.

Germain-Pilon (rue): Ce célèbre sculpteur (1515-1590), l'émule de Jean Goujon, mérite une place à part dans l'histoire de l'art, par son talent original qui n'est point gâté par l'affectation du savoir et la fausse imitation qu'on pourrait qualifier la parodie de l'antique.

Saint-Germain des Prés (église de): «L'abbaye de Saint-Germain des Prés, dit Sainte-Foix, proche et hors des murs de Paris, ressemblait à une citadelle; ses murailles étaient flanquées de tours et environnées de fossés. Un canal, large de treize à quatorze toises, qui commençait à la rivière et qu'on appelait la petite Seine, coulait le long du terrain où est à présent la rue des Petits-Augustins (Bonaparte) et allait tomber dans ces fossés. La prairie, que ce canal partageait en deux, fut nommée le grand et le petit prés aux Clercs, parce que les écoliers, que l'on appelait autrefois clercs, allaient s'y promener les jours de fête. Le petit pré était le plus proche de la ville.»

En 1460, les fossés furent comblés et sur le terrain qu'ils occupaient on bâtit un des côtés des rues Saint-Benoît, Sainte-Marguerite et du Colombier.

Gouvion Saint-Cyr (rue): Le maréchal Gouvion Saint-Cyr (Laurent) (1764-1830), après avoir pris une part glorieuse aux guerres de la République et de l'Empire, devint, sous la Restauration, de 1815 à 1821, ministre de la guerre. On lui dut la réorganisation de l'armée et sur des bases qui ont mérité les éloges des juges les plus compétents. «Les lois sur le recrutement, dit quelque part Gouvion Saint-Cyr, sont des institutions.»

Grenelle (rue de): Elle s'appelait autrefois chemin de Grenelle parce qu'il conduisait à ce village.

Guillemin, (rue Neuve): S'appelait d'abord rue de la Corne, nom qui lui fut donné «à cause de quelque tête de cerf (que le peuple appelle corne) scellée dans les murs de la maison qui en fait le coin vers la rue du Vieux Colombier.» Ce nom fut ensuite changé en celui de Guillemin parce que sur le terrain que couvre la rue se trouvait auparavant un jardin appartenant à une famille de ce nom. «Et parce que ce mot de Guillemin est un peu proverbial, le peuple, qui se plaît à tourner tout en raillerie, non content d'avoir ajouté au nom de Guillemin, propriétaire du jardin, l'épithète de Croque-sol, le donna encore à la rue de sorte qu'il l'appelle plus souvent la rue Guillemin Croque-sol que la rue Guillemin.»

Saint-Germain l'Auxerrois. Cette église est une des plus anciennes et des plus remarquables de Paris, et il n'en est aucune pourtant dont l'origine présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existait au VIIe siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655 ou 656, y fut inhumé. L'église subsista, telle qu'elle avait été bâtie d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense; ils la fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore la trace aujourd'hui dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils furent forcés de battre en retraite, ils la détruisirent de fond en comble. Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la fit rebâtir. À différentes reprises, elle fut reconstruite ou réparée par l'ordre de nos rois qui la considéraient comme leur paroisse quand ils eurent fait du Louvre leur demeure habituelle. Ce qu'on voit de plus ancien dans l'édifice est le grand portail qui paraît être du siècle de Philippe-le-Bel; le vestibule ou portique qui le précède ne fut construit que sous le règne de Charles VII.

Gesvres (quai de): «Il faut se figurer, dit Jaillot, qu'au commencement du siècle passé, le terrain, qui est entre le Pont-au-Change et le pont Notre-Dame, allait en pente jusqu'à la rivière, et qu'il n'était couvert que par quelques vilaines maisons qui formaient la Tuerie et l'Écorcherie. En 1641, le marquis de Gesvres demanda ce terrain au Roi et, sur l'avis des trésoriers de France, il obtint des lettres-patentes, au mois de février 1642, lettres qui, malgré l'opposition des bouchers et des propriétaires de forges du Pont-au-Change, furent enregistrées le 30 août de la même année: En voici la teneur:

«Louis (etc.) savoir faisons que Nous, ayant pris en considération les signalés recommandables services que le marquis de Gesvres nous a rendus dès sa tendre jeunesse, tant en nos armées qui ont tenu la campagne qu'es siéges les plus importants dans l'Allemagne, la Flandre et l'Espagne où, en divers combats et entreprises, il a donné telle preuve de son courage et de sa valeur, qu'au prix de son sang et de plusieurs blessures et d'une prison de neuf mois, il a mérité de Nous et du public l'estime et les gratifications qui sont dues à ceux qui nous servent avec tant de cœur et de fidélité. À quoi ayant égard comme aux grandes et excessives dépenses qu'il a faites jusques à présent dans nos armées et qu'il est encore obligé de continuer à l'avenir à icelui avons.... accordé, donné, octroyé, cédé, quitté, transporté et délaissé du tout à toujours les places qui sont entre les ponts Notre-Dame et aux Changeurs, du côté de l'Écorcherie, sur la largeur qui se rencontrera depuis la culée du pont Notre-Dame jusqu'à la première pile d'icelui, pour en quelle place y faire construire, à ses frais et dépens, un quai porté sur arcades et piliers posés d'alignement, depuis le point de la dite première pile du dit pont Notre-Dame jusques à celles du Pont-aux-Changeurs de présent construit de neuf: et quatre rues, l'une de vingt pieds de large avec maisons, qui prendra son embouchure sur le pont Notre-Dame, etc., etc.»

Gît-le-Cœur (rue): Il y a contestation sur l'origine de cette dénomination. Piganiol prétend qu'elle vient d'un descendant de Jacques Cœur, propriétaire d'une des maisons. Cette opinion paraît peu fondée; la plus vraisemblable et la plus suivie veut que le mot Gît-le-Cœur soit une corruption de Gilles queux ou Gui le queux, Gilles le cuisinier dans le vieux langage.

Au coin de cette rue, François Ier avait fait bâtir un petit palais communiquant par un escalier avec l'hôtel habité par la duchesse d'Étampes. Vers le commencement du siècle, Sainte-Foix voulut visiter cette résidence jadis fameuse et voici ce qu'il raconte: «Le cabinet de la duchesse d'Étampes sert à présent d'écurie à une auberge qui a retenu le nom de la Salamandre. Un chapelier fait sa cuisine dans la chambre du lever de François Ier, et la femme d'un libraire était en couches dans le petit salon de délices lorsque j'allai pour examiner les restes du palais.»

Sic transit gloria mundi.

Glatigny (rue de): Des titres anciens disent qu'on voyait en cet endroit une maison de Glatigny, qui, en 1241, appartenait à Robert et Guillaume de Glatigny. Au XIVe siècle, cette rue fort mal habitée s'appela le Val d'Amour.

Gluck (rue): Gluck (Christophe Willibald), célèbre compositeur de musique, (1714-1787), auteur d'Alceste, Iphigénie en Aulide, etc.

Gobelins (rue et manufacture des): L'établissement des Gobelins, dont la réputation est européenne, doit son nom à une famille qu'on croit originaire de Reims et dont le chef «Jéhan Gobelin, teinturier en escarlate» fonda en 1450 une fabrique bientôt des plus prospères, et qui resta la propriété de l'un des membres de la famille jusqu'au commencement du XVIIe siècle. À cette époque, dans une des maisons qu'il avait acquises de la famille Gobelin, Henri IV fonda l'établissement que la perfection de ses produits a rendu si fameux.

Godot de Mauroy (rue): Ouverte en 1818 seulement et qui doit son nom aux frères Godot de Mauroy, propriétaires du terrain.

Goujon (rue Jean): Jean-Goujon, sculpteur d'un talent délicat autant qu'original, périt malheureusement dans la fatale journée de la Saint-Barthélemy (1572). Il fut tué, disent les biographes, d'un coup d'arquebuse tiré sur lui pendant qu'il travaillait aux sculptures du Louvre. Possible qu'il se trouvât sur son échafaud, mais je doute qu'en un pareil moment, il songeât à tenir l'ébauchoir ou le ciseau. Maudite d'ailleurs la balle et maudit l'assassin, quel qu'il fût, qui nous ont privés de tant de chefs-d'œuvre qu'on pouvait attendre encore de l'artiste dans toute la vigueur de l'âge et le plein épanouissement de son génie!

Gracieuse (rue): Ce nom vient de Jean Gracieuse qui habitait dans cette rue, vers 1243, une maison à lui appartenant.

Grande-Truanderie (rue de la): Deux étymologies: les uns font venir ce nom du vieux mot truand qui signifiait un gueux, un vagabond, un diseur de bonne aventure, espèce de gens qu'on suppose avoir occupé cette rue autrefois. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font dériver ce nom du vieux mot tru, truage qui signifie tribut, impôt, subside; Jaillot incline à cette opinion.

Grange aux Belles (rue): Désignation pittoresque dont l'origine est inconnue.

Grange-Batelière (rue): Origine douteuse: tout ce qu'on sait de plus précis, c'est que, dans une déclaration faite en 1522, les religieuses de l'abbaye Saint-Antoine reconnaissent que, le 12 avril 1204, on leur donna un muids de grains à prendre sur la Grange-Batelière. L'abbé Lebœuf pense que cette dénomination de Granchia Batelleria provient des joûtes ou exercices militaires qui se faisaient en cet endroit.

Gravilliers (rue des): En 1250, elle s'appelait Gavelier, nom d'un bourgeois notable qui l'habitait. Par corruption, ce nom s'est changé en celui des Gravilliers, qui sait comment?

Grenétat (rue): On comprend plus difficilement toutefois que ce nom de Grenétat vienne de d'Arnetal, transformé en Garnetal et enfin Grenétat.

Grégoire de Tours (rue Saint): Saint Grégoire de Tours, né à Tours en 559, mourut en 593, dans cette même ville dont il était évêque. Son grand ouvrage, ayant pour titre Histoire ecclésiastique des Francs, est admirable par la candeur et la sincérité de la narration, quoiqu'il laisse à désirer au point de vue de la critique historique. Sans ce trésor, ou cet ensemble inappréciable de faits recueillis par le bon évêque avec une sollicitude si persévérante, que saurions-nous des premiers temps de nos annales?

Grès (rue des): Autrefois le passage des Jacobins; dès l'année 1220, les Frères Prêcheurs ou Dominicains eurent, dans la rue Saint-Jacques, avec un couvent, une église dédiée à saint Jacques le Majeur, leur patron. C'est de là que leur vint le nom de Jacobins, sous lequel furent généralement connus dès lors les Dominicains de Paris. Ce nom de Jacobins, étrangement détourné de sa signification primitive, sert aujourd'hui à désigner la pire espèce des révolutionnaires, parce que les séances d'un club trop fameux sous la révolution, et dont Robespierre était l'idole, se tenaient dans un ancien couvent des Jacobins (Dominicains).

Guénégaud (rue): Ce nom vient d'un hôtel appartenant à Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d'État en 1641.

Guisarde (rue): On lui donna ce nom en souvenir de l'hôtel du Petit-Bourbon qui, du temps de la Ligue, était habité par la fameuse duchesse de Montpensier et servait de quartier-général à la faction des Guises.

H

Halles (les): Avant Philippe-Auguste, le terrain occupé depuis par les Halles, n'était qu'un grand espace vague appelé Champeaux. «Les malades de la prieuré de St-Ladre, dit Corrozet, avaient dans ce temps et d'ancienneté acquis le droit de marché et foire publique pour distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenait près de leur maison. Mais le roi Philippe-Auguste, ayant fait fermer sa ville de Paris, acheta le droit d'iceux et ordonna qu'il serait tenu dedans une grande place vague nommée les Champeaux (petits-champs), auquel lieu furent édifiés maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places publiques, pour y vendre toutes sortes de marchandises et les tenir et serrer en sûreté et fut appelé ce marché les Halles, ou alles de Paris, pour ce que chacun y allait.»

«C'est un endroit qu'il faut éviter, suivant G. Brice, à cause des embarras continuels qui s'y trouvent.» Cette remarque porterait à faux maintenant que les réglements de police y ont mis bon ordre en facilitant la circulation et empêchant l'encombrement par des heures fixées pour l'arrivée et le départ des voitures qui apportent les comestibles.

La Harpe (rue de):

Vins en la rue de la Harpe,
Je n'avais hareng ni carpe.

lisons-nous dans Le Dit des Rues. Cette voie fort ancienne fut ainsi nommée à cause d'une enseigne. Du Breuil assure qu'elle s'appelait auparavant Ste-Côme sans dire d'où lui vient ce renseignement.

«Au fond d'une assez vilaine maison, dit de son côté Ste-Foix, qui a pour enseigne la Croix de fer, on voit une salle très vaste voûtée et haute d'environ quarante pieds. C'est un reste de l'ancien palais des Thermes, et un précieux monument de la façon dont bâtissaient les Romains...» Ce fut la demeure ordinaire de nos rois de la première race. «Childebert, écrit Fortunat, allait de son palais par ses jardins, jusqu'aux environs de l'église St-Vincent.» Les princesses Gisla et Rotrude, filles de Charlemagne, y furent reléguées après sa mort. Ce grand homme avait un peu trop fermé les yeux sur leur conduite, apparemment par cette même tendresse qui l'avait empêché, dit le P. Daniel, de les marier.

Beaucoup de gens se trompent donc qui croient que cette rue s'appelle ainsi en souvenir de La Harpe, l'auteur du Cours de Littérature ancienne et moderne.

Haussmann (boulevard): Notre introduction, ainsi qu'on l'a vu, contenait une appréciation en quelques lignes de l'œuvre de M. Haussmann, le Paris transformé, comme disaient les courtisans. Nous revenions ici sur ce sujet plus longuement et plus sévèrement, mais dans les circonstances actuelles, il nous paraît convenable de retrancher de cet article tout ce qui concernait M. Haussmann puisque nous aurions plus à blâmer qu'à louer; car dans cette gigantesque entreprise, poursuivie avec une hâte et une activité fiévreuses, et l'on sait au prix de quels sacrifices, ou plutôt de quelles ruines, si l'on voit d'excellentes choses, des choses urgentes, indispensables, habilement exécutées, combien qui ne sont que pour l'ostentation et font de Paris une ville impossible!

Haxo (rue): Il y eut deux généraux de ce nom, le premier, Nicolas Haxo, qui périt au combat de la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1794; le second, François-Nicolas, baron de Haxo, neveu du précédent, général de division du génie, mort en 1838, à l'âge de soixante-quatre ans.

Cette rue Haxo est devenue célèbre par un récent et trop tragique évènement! C'est là, dans une sorte d'enclos qui s'y trouve, qu'ont été fusillés ou plutôt assassinés, pêle-mêle et Dieu sait avec quelles horribles circonstances! (le 26 mai 1871), comme otages de la Commune et martyrs du devoir, onze prêtres ou religieux et trente-neuf gendarmes ou gardiens de la paix. Parmi les ecclésiastiques, nous citerons, l'abbé Planchat, aumônier du patronage Ste-Anne, le séminariste Seigneuret, et les jésuites Olivain, Caubert, de Bengy, dont les tombes se voient maintenant, dans l'église du Jésù, avec celles de leurs deux confrères, morts comme eux pour la foi, à la Roquette.

Hautefeuille (rue): D'après Jaillot, elle a pris ce nom à cause des arbres hauts et touffus qui bordaient jadis la voie. «Il appuie son opinion, dit Lazare, sur un article des premiers statuts faits pour les Cordeliers, d'après lequel le jeu de paume est interdit aux religieux sous la Haute-feuillée

Haudriettes (rue des Vieilles): Ce nom vient du couvent des religieuses dites Haudriettes, qui avaient pour fondateur Étienne Haudri.

Heaumerie (rue de la): Elle doit son nom à une enseigne représentant un heaume (casque). La plupart des maisons d'ailleurs étaient occupées par des Heaumiers (armuriers.)

Honoré (rue St): On ne sait pas quel nom elle portait avant de prendre celui qu'elle porte actuellement, et qui n'est pas fort ancien; car il ne lui fut donné paraît-il, qu'après la construction de l'église St-Honoré. «C'est une des rues les plus marchandes de Paris, dit Sauval, surtout, depuis le cimetière St-Innocent jusqu'à St-Honoré, non pas toujours des deux côtés à la fois, mais alternativement et avec interruption tantôt d'un côté tantôt de l'autre. Et de fait, depuis la rue des Déchargeurs jusqu'à la rue Tirechape, les maisons sont habitées par de riches drapiers qui les louent bien chèrement et dont les boutiques et les magasins sont pleins de marchandises et de draps de toute sorte. De l'autre côté vis-à-vis, elle n'est occupée que par des fripiers mal fournis et autres semblables artisans qui ne font pas grand trafic et qui louent peu leurs logis.... De savoir maintenant la raison de cette alternative de trafic si bizarre dans une même rue, c'est une chose difficile autant que de dire pourquoi les drapiers sont sortis de la rue de la Vieille Draperie, les Passementiers de la rue de la Vieille Monnaie, etc.»

Honoré-Chevalier (rue): Nom d'un des principaux propriétaires riverains au XVIe siècle.

Huchette (rue de la):

La rue de la Huchette à Paris
Première dont pas n'a mépris,

doit son nom à une enseigne. Au commencement du XVIIe siècle, on l'appelait aussi des Rôtisseurs à cause du grand nombre d'industriels en ce genre qu'on y voyait et dont les établissements par leur grandeur et la multitude des fourneaux, causèrent, disent les auteurs du temps, un tel étonnement au père Bonaventure Catalagirone, l'un des négociateurs de la paix de Vervins, qu'à son retour en Italie, il ne parlait de cette rue pantagruélique qu'avec stupeur: «Veramente queste rotisserie sono causa stupenda.»

«À toute heure du jour, dit l'auteur du Tableau de Paris, on y trouve des volailles cuites; les broches ne désemparent point le foyer le plus ardent; un tourne-broche éternel, qui ressemble à la roue d'Ixion, entretient la torréfaction. La fournaise des cheminées ne s'éteint que pendant le carême; et si le feu prenait dans cette rue dangereuse par la construction de ses antiques maisons, l'incendie serait inextinguible.»

Hurleur (rue du Grand): Origine douteuse. L'opinion la plus probable est celle qui fait venir cette dénomination du nom propre Heu-leu, Hugues le Loup, par corruption Hurleur.

I

Imprimerie Nationale: François Ier, par lettres patentes du 17 janvier 1538, nomma Conrad Néobard, son imprimeur, l'imprimeur du roi et jouissant de priviléges très-étendus. Mais l'Imprimerie royale, proprement dite, ne fut créée que beaucoup plus tard, sous Louis XIII; elle doit sa fondation à Richelieu, en 1640, et dès l'origine, elle se distingua par la perfection de ses produits. Des types choisis, une mise en page intelligente, un beau et bon papier, le tirage très net, recommandent le premier livre imprimé dans l'établissement. C'était un in-folio: de Imitatione Christi, que suivit ou précéda un Novum Testamentum dans le même format.

Les ateliers étaient établis dans une des ailes du Louvre, où ils restèrent jusqu'à l'année 1808. Alors, par un décret en date du 6 mars, l'Imprimerie Impériale fut transférée rue Vieille-du-Temple, dans l'ancien Palais-Cardinal, approprié à cet effet, et elle s'y trouve encore. Les ateliers, vastes et bien aérés, non moins bien éclairés, se divisent en ateliers de fonderie, composition, impression, séchage, brochage, reliure, etc. Le nombre des ouvriers et ouvrières, en temps ordinaire, s'élève à 1,000 environ, d'après M. L. Lazare, et chacun d'eux, après trente années de service, a droit à une pension de retraite.

Une anecdote en terminant. Lors de la visite que le pape Pie VII, venu à Paris pour sacrer l'Empereur, fit à l'Imprimerie Impériale, quand il entra dans les ateliers, les ouvriers, compositeurs, imprimeurs, etc., se découvrirent soudain respectueusement, un seul excepté qui d'un air rogue, malgré les observations et les murmures de ses camarades, s'obstinait à garder sa casquette.

«Mon ami, dit le pape avec douceur en s'approchant de lui, découvrez-vous, la bénédiction d'un vieillard porte toujours bonheur.»

À ces mots non-seulement l'ouvrier fut prompt à retirer sa casquette, mais, tremblant d'émotion et les yeux pleins de larmes, il voulut s'agenouiller pour recevoir la bénédiction du souverain pontife.

Innocents (Marché des): Établi sur l'emplacement du cimetière et de l'église des Saints-Innocents, construite au temps de Louis VII, dit le Jeune. Ce ne fut que longtemps après (1786) qu'on démolit avec l'église les fameux charniers, contigus au cimetière. Ils consistaient en une grande galerie voûtée dans laquelle se faisaient enterrer les privilégiés de la fortune. Cette galerie pavée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres, servait néanmoins de passage aux piétons, et pour ce motif était encombrée de boutiques de mercerie, lingerie, modes (étrange rapprochement!) et de bureaux d'écrivains publics. Elle occupait une partie de la largeur actuelle de la rue de la Ferronnerie. «C'est au milieu des débris vermoulus de trente générations qui n'offrent plus que des os en poudre, dit Mercier, c'est au milieu de l'odeur fétide et cadavéreuse qui vient offenser l'odorat, qu'on voit celles-ci acheter des modes et celles-là dicter des lettres amoureuses.»

Lors de la démolition de l'église, en 1786, fut construite la fontaine dite des Innocents dont les matériaux, pour la plus grande partie, provenaient d'un monument adossé à l'église et formant l'angle des rues aux Fers et Saint-Denis. L'idée et l'exécution font honneur à l'ingénieur nommé Six. Cinq des figures de Naïades sont de Jean Goujon, et ajoutent beaucoup, par leur admirable exécution, à la valeur du monument.

Institut. Ancien collége des Quatre-Nations fondé par Mazarin et pour lequel il avait légué une somme de deux millions en argent, plus 45,000 livres de rentes sur l'Hôtel-de-Ville de Paris. Le collége s'appelait des Quatre-Nations, pour indiquer les pays appelés à jouir des bénéfices de cette fondation. Là, devaient être élevés les enfants des gentilshommes ou principaux bourgeois de Pignerol et son territoire, de l'Alsace et pays d'Allemagne, de l'État ecclésiastique, de Flandre et de Roussillon. Le collége a subsisté jusqu'à la Révolution française.

Invalides, (Hôtel des): Commencé sous Louis XIII par les ordres de Richelieu qui confia la direction des travaux à Libéral Bruant, il fut complété et achevé sous Louis XIV. La partie de l'édifice exécutée sur les plans de L. Bruant se compose de la cour d'honneur entourée d'arcades, des bâtiments qui l'environnent et de l'église. Le reste est l'œuvre de Mansart.

«Plus les âges qui ont élevé nos monuments ont eu de piété et de foi, dit un éloquent écrivain[47], plus ces monuments ont été frappants par la grandeur et par le caractère. On en voit un exemple remarquable dans l'Hôtel des Invalides et dans l'École militaire; on dirait que le premier a fait monter ses voûtes dans le ciel à la voix du siècle religieux, et que le second s'est abaissé vers la terre à la parole du siècle athée.

«Trois corps de logis, formant avec l'église un carré long, composent l'édifice des Invalides. Mais quel goût dans cette simplicité! quelle beauté dans cette cour qui n'est pourtant qu'un cloître militaire où l'art a mêlé les idées guerrières aux idées religieuses, et marié l'image d'un camp de vieux soldats aux souvenirs attendrissants d'un hospice! C'est à la fois le monument du Dieu des Armées et du Dieu de l'Évangile. La rouille des siècles qui commence à le couvrir lui donne de nobles rapports avec ces vétérans, ruines animées, qui se promènent sous ces vieux portiques. Dans les avant-cours, tout retrace l'idée des combats: fossés, glacis, remparts, canons, tentes, sentinelles. Pénétrez-vous plus avant, le bruit s'affaiblit par degrés, et va se perdre à l'église, où règne un profond silence. Ce bâtiment religieux est placé derrière les bâtiments militaires, comme l'image du repos et de l'espérance, au fond d'une vie pleine de troubles et de périls.

«Le siècle de Louis XIV est peut-être le seul qui ait bien connu ces convenances morales, et qui ait toujours fait dans les arts ce qu'il fallait faire, rien de moins, rien de plus. L'or du commerce a élevé les fastueuses colonnades de l'hôpital de Greenwich en Angleterre; mais il y a quelque chose de plus fier et de plus imposant dans la masse des Invalides. On sent qu'une nation qui bâtit de tels palais pour la vieillesse de ses armées a reçu la puissance du glaive ainsi que le sceptre des arts.»

On sait qu'aux voûtes de l'église se voient suspendus les drapeaux de toutes couleurs, glorieux trophées conquis sur l'ennemi.

Est-il permis de ne pas dire, quoique personne ne l'ignore, que, dans la crypte de l'église, se trouve le tombeau de Napoléon Ier, dont le corps, jusqu'en 1840, reposa sous le saule de Sainte-Hélène et qui fut alors, après vingt-cinq ans, rapporté de la terre d'exil.