Ci gît le léal Mathurin,
Sans reproche bon serviteur,
Qui céans garda pain et vin,
Et fut des portes gouverneur.
Paniers ou hottes, par honneur,
Au marché volontiers portoit;
Fort diligent et bon sonneur;
Dieu pardon à l'âme lui soit.
Matignon (rue): Doit son nom à Jacques de Matignon, maréchal de France, qui l'habitait. «Mais je prévois, dit Sauval, qu'elle s'appellera bientôt la rue Maquignon, parce que le peuple commence déjà à prendre ce nom là pour l'autre comme lui étant plus connu, ce qui lui est ordinaire.»
Maubert (place): Altération du mot Aubert. C'était le nom du second abbé de Ste-Geneviève qui, au XIIe siècle, avait permis de construire des étaux de boucherie sur ce terrain compris dans la censive de l'abbaye.
Maubuée (rue): Existait dès le XIIIe siècle. La dénomination n'est pas à son honneur, car Maubué en vieux langage signifie mal propre.
Mauconseil (rue): Ce nom lui vient, d'après Cenalis, du mauvais conseil qu'on tint, en 1407, dans l'hôtel de Bourgogne, qui s'y trouvait, conseil où fut résolu l'assassinat du duc d'Orléans. D'autres auteurs pensent que ce nom vient plutôt de quelque seigneur de Mauconseil qui aurait demeuré dans cette rue. Mauconseil était un château en Picardie dont il est fort parlé dans les Chroniques de Froissart.
Dans Le Dit des Rues de Paris se lisent ces vers:
.... Et puis en la rue Mauconseil,
Une dame vis sur un seil (seuil),
Qui moult se portait noblement.
Je la saluai simplement,
Et elle, moi, par saint Louis.
Maures (rue des Trois): Il existait dans cette rue, au XVIe siècle, une auberge très achalandée et qui avait pour enseigne aux Trois Maures.
Mazarine (rue): Doit son nom à l'ancien collége Mazarin aujourd'hui palais de l'Institut dont les dépendances bordent une partie de cette voie. On sait le rôle considérable qu'a joué dans notre histoire le célèbre cardinal, successeur au ministère de Richelieu.
Mazagran (rue): Elle doit son nom à l'un des épisodes les plus glorieux de nos guerres d'Afrique: «123 braves de la 10e compagnie du 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique, à peine couverts par une faible muraille en pierres sèches ébréchée par le canon ont repoussé pendant quatre jours les assauts de plusieurs milliers d'Arabes... Le capitaine Lelièvre, commandant cette garnison, a été promu chef de bataillon... La 10e compagnie est autorisée à conserver dans ses rangs le drapeau criblé de balles qui flottait sur le réduit de Mazagran dans les journées des 3, 4, 5 et 6 février 1840, et à chaque anniversaire de cette dernière journée, le présent Ordre du jour sera lu devant le front du bataillon.»
Mazas (rue, boulevart, place): Ce nom fut donné au boulevart, en souvenir du colonel Mazas, qui commandait le 41e de ligne et fut tué à Austerlitz.
Méchain: Astronome célèbre, né à Laon en 1744, mort en 1805.
Médecine (École de): Construite sur l'emplacement de l'ancien collége de Bourgogne et de «quatre maisons y contiguës» d'après un arrêt du conseil du 7 décembre 1768. L'exécution du monument, confiée à l'architecte Gondouin, marcha rapidement et la nouvelle École s'ouvrit aux élèves et professeurs. Le grand amphitéâtre peut contenir au moins 1,200 auditeurs. Dans la cour on voit la statue de Bichat, mort si jeune, au commencement du siècle, et cependant déjà illustre.
Mégisserie (quai de la): Doit son nom aux mégissiers qui s'y étaient établis anciennement et l'habitèrent jusqu'en 1673, où l'on parvint à les reléguer dans un quartier moins central. C'est sur ce quai, comme sur le quai voisin dit de la Ferraille, que se tenaient, avant la Révolution, les trop fameux racoleurs. Quelques-uns d'entre eux ne se bornaient pas à pérorer sur une chaise ou sur une table. Installés en permanence, ils avaient des boutiques à la façon des baraques en toile et en bois de la foire. Au-dessus de la porte flottait un drapeau semé de fleurs de lis. Mercier, dans son livre sur Paris, affirme avoir lu sur une de ces boutiques le vers célèbre de Voltaire:
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux!
C'était là assurément le pire mode de recrutement pour l'armée et l'on comprend que, dans notre langue, ce mot de racoleur soit marqué d'une flétrissure et se prononce comme une injure. Combien de malheureux autrefois, dupes d'impudents mensonges et conscrits par surprise, furent les victimes de cet odieux négoce, qui pouvait aller de pair avec la Traite des Nègres!
Merri ou Méderic (église saint): Il existait de toute ancienneté en cet endroit une chapelle dédiée à saint Pierre. Vers 697, Merry ou Méderic vint habiter, avec Frodulfe, son disciple, une cellule bâtie près de la chapelle, et il y mourut trois années après en odeur de sainteté. Vers 936, l'édifice fut reconstruit aux frais d'un certain Odon le fauconnier, Odo Falconarius, qui y reçut la sépulture. L'église actuelle, construite sur de plus vastes plans, et commencée sous le règne de François Ier, fut achevée seulement en 1612.
Mesnil-Montant (rue): Autrefois Mesnil-Maudan. Anciennement on appelait Mesnil une maison de campagne et l'on se servait aussi de ce mot pour désigner un village ou un hameau. Si l'on a corrompu le nom primitif de Mesnil-Maudan, en celui de montant, la position l'explique et le justifie.
Mignon (rue): A pris son nom du collége Mignon, créé en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois, et maître des comptes à Paris.
Militaire (École): Dans le préambule de l'édit du roi du mois de janvier 1751, pour la création de cette École, on lit entre autres choses: «Nous avons résolu de fonder une École militaire et d'y faire élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes, nés sans biens, dans le choix desquels nous préfèrerons ceux qui, en perdant leurs pères à la guerre, sont devenus les enfants de l'État. Nous espérons même que le plan qui sera suivi dans l'éducation des cinq cents gentilshommes que nous adoptons servira de modèle aux pères qui sont en état de le procurer à leurs enfants; en sorte que l'ancien préjugé, qui a fait croire que la valeur seule fait l'homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires que nous aurons introduit, etc., etc.»
Voilà un langage vraiment royal. La construction de l'édifice commença, dès l'année suivante, sous la direction de Gabriel, architecte du roi. L'École Militaire aujourd'hui sert de caserne à plusieurs régiments de la garnison de Paris, infanterie et cavalerie.
Miroménil (rue de): Elle a pris son nom de Armand Thomas Hue de Miroménil, nommé garde des sceaux en août 1774, deux années avant l'ouverture de la rue.
Minimes (rue des): Cette rue tire son nom de l'ancien couvent des Minimes qui s'y trouvait. Ces religieux, établis en France, en 1609, avaient pour fondateur François de Paule, le saint ermite de la Calabre. Il avait voulu que ses religieux s'appelassent Minimes, c'est-à-dire les plus petits, les plus humbles de tous.
Supprimé en 1790, l'établissement devint propriété nationale et sert aujourd'hui de caserne.
Molay (rue): Fut nommée ainsi en l'an IX, à cause de la proximité du Temple et en souvenir de Jacques Molay, dernier grand maître dont nul n'ignore la fin tragique.
Monnaies (hôtel des): La première pierre du monument fut posée, le 30 avril 1777, par l'abbé Terray au nom et comme ministre du roi Louis XV. Ce vaste établissement, tant pour ses aménagements intérieurs que pour son organisation et l'excellence de son outillage, est regardé comme le premier de son genre en Europe.
Monsieur (rue de): Ouverte en 1779 sur un terrain appartenant à Monsieur, depuis roi sous le nom de Louis XVIII.
Monsieur le Prince (rue): Ce nom lui vient du prince de Condé dont l'hôtel s'étendait par les jardins jusqu'à cette voie publique.
Monsigny (rue): Célèbre compositeur de musique, Monsigny, né en 1729, est mort en 1817.
Montaigne (rue): Montaigne (Michel de) naquit au château de Saint-Michel de Montaigne, le 29 février 1533 et il y mourut en 1592. Douze années auparavant, avait paru à Bordeaux la première édition du livre des Essais. Si Montaigne s'y montre écrivain des plus remarquables, joignant la vigueur de la pensée à l'originalité de l'expression, il laisse fort à désirer sous d'autres rapports. On regrette, dans son ouvrage, plus encore peut-être que la tendance au scepticisme, une liberté de langage que lui-même il confesse, ce qui ne l'en rend que plus blâmable: «Moi qui ai la bouche si effrontée!» dit-il en propres termes au livre III des Essais. Ailleurs, il parle du suicide comme un païen et un stoïcien. Et pourtant on trouverait dans son livre plus d'un passage par lequel il se refute éloquemment lui-même et témoigne d'une âme naturellement chrétienne, selon l'expression de Tertullien. Sa mort non plus ne fut pas celle d'un impie d'après le récit d'un témoin oculaire, Étienne Pasquier.
Montfaucon (rue de): Bernard de Montfaucon, religieux célèbre de la congrégation de St-Maur, né en 1655, mourut en 1741, à l'abbaye St-Germain des Prés. Il est auteur de savants ouvrages, entre autres les Antiquités expliquées, et une Collection des Pères.
La rue ne doit donc pas son nom, comme on pourrait le croire, au fameux gibet de Montfaucon, sur lequel on nous saura gré d'ailleurs de donner quelques détails. Il fut construit ou plutôt reconstruit par Enguerrand de Marigny, suivant les uns, suivant d'autres, par Pierre Rémy, seigneur de Montigny. Ce qui est certain, c'est qu'il devint fatal à tous deux et qu'ils y furent pendus.
«Montfaucon, dit Sauval, est une éminence douce, insensible, élevée entre le faubourg St-Martin et celui du Temple, dans un endroit que l'on découvre de plusieurs lieues à la ronde. Sur le haut, est une masse accompagnée de seize piliers où conduit une rampe de pierre assez large, qui se fermait autrefois avec une bonne porte. Les piliers, gros, carrés, hauts chacun de trente-deux à trente-trois pieds, et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres refondues ou rustiques, posées sur des assises faites de gros quartiers de pierres bien liées et cimentées, étaient rangés en deux files sur la largeur et en une sur la longueur. Pour les joindre ensemble, et pour y attacher les criminels, on avait enclavé dans leurs chaperons deux gros liens de bois qui traversaient de l'un à l'autre, avec des chaînes de fer, d'espace en espace. Au milieu était une cave où se jetaient apparemment les corps des criminels quand il n'en restait plus que les carcasses, ou que toutes les chaînes et les places étaient remplies. Présentement cette cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées; des piliers à peine en reste-t-il sur pied trois ou quatre... En un mot, de ce lieu patibulaire si solidement bâti, à peine la masse est-elle encore debout.... Maintenant, la Grève, la Croix du Tiroir, la Porte de Paris et l'Estrapade sont les lieux d'exécution les plus ordinaires de la ville.»
Entre les personnages célèbres pendus au gibet de Montfaucon, mais cette fois avec toute justice, il faut citer le fameux Olivier le Dain, dit le Diable, barbier et ministre de Louis XI. «Après la mort du roi, comme il était chargé de grands méfaits et que d'ailleurs les princes lui en voulaient à cause de son insolence, il fut livré à la justice et pendu au gibet de Montfaucon.»
On y pendit aussi le corps de l'amiral de Coligny assassiné, dans la nuit de la Saint-Barthélemy, par les ordres du duc de Guise, dit le Balafré.
Montesquieu (rue): Doit son nom à Charles de Secondat, baron de Bréda et de Montesquieu (1689-1755), l'auteur célèbre du livre de l'Esprit des Lois, qu'un malicieux critique qualifiait: De l'Esprit sur les lois. «La tête de Montesquieu, dit Joubert, est un instrument dont toutes les cordes sont d'accord, mais qui est trop monté et rend des sons trop aigus. Quoiqu'il n'exécute rien contre les règles, il a, dans ses vibrations trop contenues et trop précipitées, quelque chose d'au-delà de toutes les clefs d'une belle et sage musique.
«Montesquieu fut une belle tête sans prudence.»
Montgolfier (rue): Montgolfier (Joseph-Michel) fut, avec son frère Étienne, non pas précisément l'inventeur mais le propagateur en France de la navigation aérienne au moyen des aérostats, vulgairement ballons, que Joseph de Maistre se plaint de ne pas entendre appeler Montgolfières. Le problème si important de la direction des ballons est encore à trouver. Le sera-t-il jamais? Et pourtant que d'essais restés infructueux en dépit de la réclame! Montgolfier, né à Vidalon-lez-Aunay, mourut en 1810.
Montholon (rue): De Montholon, qui a donné son nom à cette rue, était conseiller d'état avant la Révolution. De lui descendait le général comte de Montholon, exécuteur testamentaire de Napoléon et qui, après l'avoir soigné avec un absolu dévouement, pendant de longs jours et de plus longues nuits, lui ferma les yeux.
Montmartre (rue): Son nom lui vient de la montagne à laquelle elle conduit; mais celle-ci doit-elle son nom à un temple de Mars ou de Mercure, qui s'y élevait ou bien au martyre de saint Denis et de ses compagnons? Sur ces opinions longtemps et vivement controversées, Jaillot hésite d'abord à se prononcer; il adopte cependant la première ou plutôt l'une et l'autre; car il croit que saint Denis et ses compagnons furent décapités sur le mont que dominait le temple de Mars.
Mont-de-Piété (hôtel du grand): Le grand Mont-de-Piété fut établi ou autorisé par lettres patentes du 9 décembre 1777, signées du roi. On peut douter que les résultats actuels, par le taux élevé de l'intérêt, répondent pleinement aux intentions bienveillantes du monarque qui disait d'une façon si admirable: «Ce moyen nous a paru le plus capable de faire cesser les désordres que l'usure a introduits, et qui n'ont que trop fréquemment entraîné la perte de plusieurs familles.... Nous avons cru devoir rejeter tous les projets qui n'offraient que des spéculations de finances pour nous arrêter à un plan formé uniquement par des vues de bienfaisance et digne de fixer l'attention publique, puisqu'il assure des secours d'argent peu onéreux aux emprunteurs dénués d'autres ressources.»
Montorgueil (rue): Très-anciennement il y avait en cet endroit un chemin appelé: Vicus superbiæ, le chemin de l'Orgueil. Pourquoi? nul ne le dit. Dans certains actes on lit: Vicus montis superbi: Le chemin du mont orgueilleux.
Mont-Parnasse (rue): Sur un monticule voisin de l'ancienne barrière, les étudiants de l'Université avaient coutume autrefois de se réunir pour discuter sur la poésie ou l'éloquence et lire sur ces divers sujets leurs élucubrations d'où cette butte prit le nom de Mont-Parnasse.
Maintenant on ne voit plus là de joyeux ébats d'étudiants, mais tout au contraire les corbillards se rendant au cimetière du même nom.
Morgue (la): Autrefois placée sur le quai dit du Marché-Neuf, la Morgue se cache en quelque sorte maintenant derrière le square Notre-Dame, et, ce dont il faut se féliciter, les curieux, loin de la trouver sur leur passage, doivent l'aller chercher. «S'il faut en croire Vaugelas, dit M. Lazare, Morgue serait un vieux mot français qui signifie visage. À l'entrée des prisons, on trouvait autrefois un endroit portant le nom de Morgue où l'on retenait quelques instants les prisonniers au moment où on les écrouait pour que les gardiens pussent bien voir leur morgue ou visage afin de les reconnaître en cas d'évasion. Plus tard, on exposa dans les morgues les cadavres que la Justice voulait faire reconnaître.» L'exposition s'étendit ensuite à toutes les victimes (n'importe la cause de l'accident) dont les corps étaient relevés sur la voie publique ou retirés de la rivière. Les filets de Saint-Cloud à ce sujet sont célèbres. Un poète a dit:
Et la Morgue au teint vert qui jette chaque nuit
Son hameçon dans la rivière.
La Mothe-Picquet (rue de): La Mothe-Picquet, marin célèbre pendant la guerre d'Amérique, mourut lieutenant-général à Brest en 1791. Il était né en 1720.
Mouffetard (rue): Altération du mot Montcétard, nom qu'on donnait à cette voie dans le XIIIe siècle.
Moulins (rue des): Elle doit son nom à deux Moulins situés sur la butte Saint-Roch et qui furent détruits lorsqu'après avoir aplani la butte, on couvrit de maisons l'espace qu'elle occupait.
Mozart (rue): Un critique distingué de notre temps a caractérisé admirablement en peu de lignes, le talent de ce maître illustre: «Mozart est aussi grand musicien que poète sublime. Il chante la grâce et les sentiments exquis des natures supérieures, les douleurs mystérieuses de l'âme qui entrevoit des horizons infinis, les tristesses et les voluptés d'une civilisation avancée. Il a l'élégance, la profondeur et la personnalité des patriciens. Son génie dédaigne les appétits grossiers de la foule; jamais il n'emploie de formules banales pour capter l'approbation du vulgaire. Il dit ce qu'il veut dire sans se préoccuper du public qui l'écoute, et ses cadences s'arrêtent où s'arrête sa pensée. Il est le musicien des nuances, mais des nuances qui réfléchissent la délicatesse de l'âme, et non pas de celles qui expriment les raffinements de l'esprit. Il a la piété d'un enfant, la tendresse et la pudeur d'une femme; et son langage passionné, mais chaste et religieux, ne s'adresse qu'à ces natures d'élite qui sont toujours en minorité sur la terre..... «Ah! disait-il un jour à un protestant de ses amis, vous avez votre religion dans la tête et non dans le cœur; vous ne sentez pas comme nous ce que veulent dire ces mots: «Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem»; mais lorsqu'on a été comme moi introduit dès sa plus tendre enfance dans le sanctuaire, que, l'âme agitée de vagues désirs, on a assisté au service divin où la musique traduisait ces saintes paroles: Benedictus qui venit in nomine Domini! oh! alors, c'est bien différent. Plus tard, lorsqu'on s'agite dans le vide d'une existence vulgaire, ces impressions premières, restées ineffaçables au fond du cœur, se ravivent et montent à l'esprit comme un soupir qui se dilate.»
«On voit que Mozart avait le secret de son génie[57].»
Murillo (rue de): Bartholomé-Esteban Murillo (1608-1682), l'un des maîtres les plus célèbres de l'École Espagnole. Son talent sans doute est grand, mais ne saurait justifier l'engouement prodigieux qui, depuis un temps, donne à ses tableaux une plus value exagérée. Peintre naturaliste, admirable dans le Petit Mendiant par exemple, Murillo, malgré la facilité de sa touche et la magie du coloris, nous paraît, dans les sujets élevés, chrétiens, surtout, le plus souvent au-dessous de sa tâche. Ses types manquent de grandeur bien loin de réaliser notre idéal, témoin cette Immaculée Conception du Louvre, acquise à la folle enchère (oh! vraiment folle!) et payée dix fois sa valeur. Que de chefs-d'œuvre de maîtres divers et qui nous manquent on aurait eus pour les six cents et quelques mille francs si légèrement donnés!
Nous avons vu de Murillo, l'élève de Velasquez, des portraits splendides, le sien en particulier.
Musée de Cluny: Grâce à l'acquisition faite par l'État de l'ancien hôtel de Cluny et à la cession par la ville de Paris du vieux Palais des Thermes, ce Musée, avec ses jardins et ses bâtiments d'une architecture aussi variée que curieuse, offre aux visiteurs tous les genres d'attrait. La collection, donnée par M. du Sommerard, fut le noyau de cet important Musée archéologique, dont les richesses se sont accrues successivement soit par des dons soit par des acquisitions intelligentes.
L'hôtel de Cluny, tel que nous le voyons aujourd'hui, fut construit ou reconstruit par Jacques d'Amboise, l'un des neuf frères du célèbre ministre de Louis XII. Cet hôtel servait d'habitation aux abbés de l'Ordre.
Petit-Muse (rue du): Corrozet la nomme de la Petite Puce. «En 1358, dit Sauval, elle s'appelait la rue du Petit-Muce, la rue du Pute-y-Muce et la rue du Pul-y-Muce à raison peut-être que c'était alors une voirie et un lieu où chacun faisait son ordure.» D'après Germain Brice, elle aurait dû s'appeler la rue Petimus (nous demandons) parce que, dans l'espace que cette rue occupe à présent, se trouvait autrefois l'hôtel des quatre maîtres des requêtes que l'on nommait l'hôtel Petimus, sur ce que les requêtes que l'on présentait alors en langue latine ainsi que tous les actes judiciaires commençaient toujours par le terme Petimus.»
Piganiol a relevé cette erreur en prouvant que l'hôtel des maîtres des requêtes s'élevait dans la rue Saint-Paul.
Musset (rue Alfred de): Poète et auteur dramatique, Alfred de Musset, né en 1810, est mort en 1857. Quel dommage de voir un pareil talent se dévoyer aussi misérablement! Musset semble se complaire dans ce scepticisme absolu qui cependant le torturait et le faisait s'écrier dans une heure de désespoir:
..... L'Infini me tourmente.
Au point de vue moral, il n'est pas moins dangereux pour les jeunes gens parce que sa corruption raffinée ôte au vice la laideur qui repousse et pare la débauche de toutes les élégances de la poésie. L'absinthe avec laquelle, dit-on, Musset s'empoisonna n'était rien auprès des philtres mortels qu'il composait trop bien et nous offrait dans des vases ciselés avec un art des plus savants, merveilleux parfois.
[52] Félibien et Lobineau:—Histoire de Paris.
[53] Homme qui me fait une cornemuse.
[54] Théâtre des Antiquités de la Ville de Paris.
[55] L'historien de Louis XVII adressait, le 4 novembre 1870, ce fragment au roi Guillaume, avec une lettre d'envoi remarquable et qui conciliait tout à la fois le respect et la fermeté.
[56] (Massillon. Mémoires de la minorité de Louis XV, page 9.)
[57] Note manquante
Napoléon: Quai de ce nom, impasse à Montrouge, square à Belleville. (Voir la France héroïque).
Necker (rue): Jacques Necker, ministre de Louis XVI, esprit plus spéculatif que pratique. Né à Genève en 1732, il mourut dans cette ville en 1804. «Les Necker et leur école. Jusqu'à eux on avait dit quelquefois la vérité en riant; ils la disent, toujours en pleurant, ou du moins avec des soupirs et des gémissements. À les entendre, toutes les vérités sont mélancoliques. Aussi M. de Pange m'écrivait-il: «Triste comme la vérité.» Aucune lumière ne les réjouit; aucune beauté ne les épanouit; tout les concentre. Leur poétique est héraclitienne.» (Joubert).
Necker (hôpital): S'appelle ainsi en souvenir de Madame Necker qui fonda l'établissement à l'aide d'une somme annuelle de 42,000 livres accordée par le roi Louis XVI, en 1779, pour la création de 120 lits. Madame Necker, frappée autant qu'attristée des abus qui s'étaient introduits ailleurs, voulut inaugurer un nouveau système et décida que chaque malade aurait un lit à lui seul.
Sous la Révolution, l'hôpital s'appela: Hospice de l'Ouest; mais plus tard il reprit le nom de la charitable fondatrice, ce qui n'était que justice.
Neuve-du-Luxembourg (rue): Elle doit son nom à un hôtel que le maréchal de Luxembourg avait fait construire sur une partie de l'ancien emplacement des Capucines.
Nicolet (rue): Nicolet fut un joueur de marionnettes célèbre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Entre les amateurs empressés à ses représentations se trouvait souvent Joseph Vernet, avec son fils Carle ou Charlot encore enfant. «Joseph Vernet, dit Léon Lagrange, ne prenait pas moins de plaisir que le graveur Ville à voir les huit sauteurs catalans dont un fait le paillasse et est supérieur aux autres, quoique tous fassent des prodiges en divers jeux et des sauts étonnants et neufs[58].»
Nicole (rue): Pierre Nicole, né en 1625, est mort en 1695; moraliste et théologien dont on a dit qu'il était, après Pascal, l'écrivain le plus distingué de Port-Royal. On ne peut que regretter davantage qu'un homme de ce mérite n'ait pas su s'affranchir des entêtements de parti et des préjugés de secte. On lit encore ses Pensées et son traité de l'Unité de l'Église.
Notre-Dame-de-Lorette (église): «Un de ces édifices religieux qui rappellent les églises d'Italie. C'est en quelque sorte, dit M. L. Lazare, un spécimen curieux, ayant sa raison d'être dans une ville comme Paris, dont le magnifique panorama plaît surtout par la diversité, les contrastes que présentent les œuvres des artistes.»
Parmi les nombreuses peintures qui décorent ce monument de construction récente, il faut citer tout d'abord celles de la Chapelle du Mariage par Orsel, et de la Chapelle de la Communion, par M. Perrin, deux artistes vraiment et profondément chrétiens comme leur œuvre l'atteste.
Nonnains d'Hyères, (rue des): En 1182, Ève, abbesse d'Hyères, acheta en cet endroit une maison, dite de la Pie, à Richard Villain, moyennant 25 livres de cens annuel. Cette rue prit alors le nom des religieuses.
Et parmi la rue aux Nonnains
D'Ière, vis chevaucher deux nains
Qui moult estoient esjoï (réjouis).
(Le Dit des Rues).
[58] L. Lagrange: Joseph Vernet et la Peinture au XVIIIe siècle.
Observatoire (l'): Construit par l'ordre de Louis XIV, de 1667 à 1672. Perrault, dont Colbert avait fait choix comme architecte, dessina les plans et dirigea les travaux. Mais les développements que prit plus tard l'établissement, rendirent nécessaires de nouvelles constructions, faites à différentes époques. En 1834 notamment quatre ailes furent ajoutées.
Cet établissement, que domine une tour élevée par les conseils de Cassini, est destiné, on le sait, aux observations astronomiques. Il compte un assez nombreux personnel, composé du directeur, des astronomes-adjoints et d'autres employés.
Odéon (Théâtre de l'): Ce monument qui a donné son nom à la place et à la rue voisine, fut terminé en 1782, et s'appela Théâtre-Français, conformément à sa destination. En 1790, on le nomma Théâtre de la Nation, puis, (1798) Odéon, (odeion); les Grecs appelaient ainsi le lieu où les poètes et les musiciens se faisaient entendre. En 1799, l'Odéon ayant brûlé, les Comédiens Français s'installèrent au Palais-Royal dans la salle, où ils sont encore et qu'on avait appropriée et restaurée à leur intention. L'Odéon fut reconstruit en 1807 seulement et prit le nom de: Théâtre de l'Impératrice qui fut changé, lors de la Restauration, en celui de Second Théâtre-Français. Quoique longtemps seul sur la rive gauche, ce théâtre, par un singulier phénomène, rarement attira la foule même avec de bonnes pièces, aussi bonnes du moins qu'ailleurs où chaque soir la salle était comble. Plus d'une fois, en entrant à l'orchestre ou au parterre, le spectateur dut se rappeler ces vers de la Némésis écrits en 1831:
La tombe où gît Bossange[59] et le triste Odéon
Qui, ravivant sans fruit la tragi-comédie,
Ne peut se réchauffer que par un incendie.
Il est vrai que le Satirique ne traitait guère mieux le premier Théâtre Français:
Tantôt, sacrifiant une heure solitaire,
J'entrerai dans le vide habité par Voltaire.
Oiseaux (rue des): Ce nom lui fut donné à cause d'un marché aux oiseaux qui s'y tenait.
Olier (rue): L'abbé Olier, né à Paris le 20 septembre 1608, et mort le lundi de Pâques, de l'année 1657 entre les bras de saint Vincent de Paul, était curé de Saint-Sulpice. À peine ordonné prêtre (21 mars 1633), il se montra préoccupé de l'œuvre importante à laquelle il se sentait appelé, l'établissement en France des grands séminaires. Mais avec la prudence du zèle éclairé, il sut ne rien précipiter et ce ne fut qu'en 1642, que la première de ces saintes maisons fut fondée à Vaugirard; trois ans après, s'ouvrit celle de Saint-Sulpice, puis successivement furent établis les séminaires de Nantes, de Viviers, du Puy, de Clermont, de Québec, au Canada, etc.
Le curé de Saint-Sulpice ne s'occupait pas avec moins de sollicitude de sa paroisse où sa charité, dans les temps les plus calamiteux (l'année 1649 par exemple), trouvait moyen de venir au secours de toutes les misères. «Frère Jean m'a assuré, écrit à ce sujet un contemporain, que si, dans les autres temps, M. Olier était libéral, pendant cet hiver, qui fut très-rigoureux, on pouvait en quelque sorte lui reprocher d'être prodigue.» Une personne, chargée de la distribution de ses aumônes, étant venue le prévenir d'un air d'inquiétude qu'elle n'avait plus d'argent: «Vous n'avez point de foi, répondit M. Olier; Dieu peut-il nous manquer?»
Orfèvres (quai des): Ce nom lui vient du grand nombre d'orfèvres qui jadis y avaient leurs boutiques. Dans la rue conduisant au quai, s'élevait naguère une maison appelée l'Hôtel des Trois Degrés. Cette maison fut achetée par la corporation des Orfèvres qui successivement acquit huit autres maisons voisines; et ces divers bâtiments, réparés ou reconstruits, devinrent un vaste hôpital ou hospice destiné à recevoir les confrères malheureux aussi bien que leurs veuves laissées sans ressources. «Les orfèvres pauvres et infirmes, dit Jaillot, ont retrouvé dans la générosité de leurs confrères les secours dont ils avaient besoin (pour le corps et pour l'âme)... Il y en a parmi eux qui ont employé une partie considérable de leur fortune pour procurer, dans l'hôpital des Incurables, tous les secours nécessaires à leurs confrères assez malheureux pour n'avoir pas même la seule consolation que laisse l'espérance.»
Cette dernière phrase, j'en demande pardon à l'honnête Jaillot, ressemble fort à un galimatias, mais le reste est assez clair et met en relief un exemple bon à imiter et qui prouve en faveur des corporations, supprimées brutalement quand il n'eût fallu que modifier les statuts.
Ormes (quai des): Ce nom lui vient d'une allée d'arbres qu'avait fait planter Charles V et qui conduisait à l'hôtel St-Paul. Ce chemin s'appela d'abord des Ormetaux, puis des ormes quand les jeunes plants furent devenus de grands arbres.
Orsay (quai d'): La première pierre de ce quai fut posée le 6 juin 1705. Ce nom lui fut donné en l'honneur de Charles Boucher, seigneur d'Orsay, alors prévôt des marchands et qui remplit ces fonctions de 1700 à 1708.
Orties (rue des): Ce nom lui vient très-anciennement des orchidées qui foisonnaient en cet endroit avant que la rue fût bâtie, et quand elle n'était qu'un sentier ou chemin.
Oudinot (rue): Oudinot, duc de Reggio et maréchal de France, né en 1767, mort en 1847, gouverneur des Invalides. Ce volontaire de la République, qui avait gagné tous ses grades à la pointe de l'épée, joignait, à de grands talents militaires, à une bravoure héroïque, la probité, le désintéressement et le sentiment de l'honneur au plus haut degré. Aussi les contemporains ont-ils applaudi à ces beaux vers du Chant du Sacre qui résument admirablement cette vie glorieuse:
..... Reggio! Ce nom, à son aurore,
Du saint vernis du temps n'est pas couvert encore;
Mais ses titres d'honneur sont partout déroulés:
Regarde avec respect ses membres mutilés!
Ce nom, comme les noms des Dunois, des Xaintrailles,
A germé tout à coup sur vingt champs de batailles:
J'aime mieux, pour orner le bandeau qui me ceint,
Un grand nom qui surgit qu'un vieux nom qui s'éteint.
La postérité, en ce qui concerne Oudinot, a déjà confirmé le jugement de Lamartine.
Ours (rue aux): Elle s'appelait, au XIIe siècle, rue aux Oies, rue où l'on cuit les oies; mais, vers 1552, le peuple, on ne sait comment, ni pourquoi, lui donna le nom de rue aux Ours «qui est bien un autre oiseau», dit plaisamment Sauval. Il ajoute: «Le peuple, qui veut à toute force que ce soit son véritable nom, et qu'elle n'en doit point avoir d'autre, allègue qu'anciennement on y gardait et vendait des ours et pour preuve montre là un logis à porte cochère où, au-dessus de la porte, à la clé de l'arcade, on voit un ours sculpté.»...Mais en cela il se trompe et cette preuve manque de solidité. Le vrai nom de la rue «est celui de rue aux Oues (oies) parce que de tout temps c'était une rôtisserie publique: et comme alors on n'était pas si friand qu'aujourd'hui les oisons du voisinage chargeaient plus de broches que les chapons du Mans ni les autres viandes délicates qu'on apporte de loin. Et de fait, dans toutes les anciennes chartes, elle est appelée: la rue où l'on cuit les oies. Ce changement de nom vient de ce que nos anciens prononçaient la lettre O comme nous prononçons Ou, et ainsi appelaient oue ce que nous appelons oie si bien qu'il faudrait dire la rue aux Oies et non pas la rue aux Ours.»
À l'appui de cette opinion de Sauval on peut citer ces deux vers du Dit des Rues de Paris:
Et si fus en la rue aux Oues
Où l'on me fit force moues.
[59] Directeur du Théâtre des Nouveautés.
Pagevin (rue): Ce nom lui vient de Jean Pagevin, huissier au parlement, qui y demeurait.
Paix (rue de la): Ouverte en 1806 sur l'emplacement de l'ancien couvent des Capucines, elle s'appela rue Napoléon, nom qui fut changé en 1814. La rue prit alors celui qu'elle porte aujourd'hui.
Paon-Blanc (rue du): Ce nom vient d'une enseigne.
Palais-Royal: Ce monument, bâti par le cardinal de Richelieu, n'était d'abord qu'une modeste habitation connue sous le nom d'hôtel Richelieu. Mais, par suite d'agrandissements nombreux, il devint un vaste et magnifique palais, tel même que le cardinal jugea qu'il ne pouvait plus être habité que par des Majestés ou des Altesses. Dans l'année 1639, il en fit donation entre vifs au roi Louis XIII, donation confirmée par son testament (1642). Cette même année, la reine régente, Anne d'Autriche, étant venue habiter le palais avec la famille royale, l'inscription de: Palais-Cardinal fut remplacée par celle de Palais-Royal. Des constructions et des modifications successives donnèrent une meilleure apparence à l'édifice de forme assez irrégulière d'abord. Le jardin fut dessiné et planté par l'ordre du duc d'Orléans, régent. Auparavant ce n'était qu'un terrain à moitié inculte, renfermant un mail, un manége et deux bassins, le tout disposé sans ordre et sans symétrie. Les Galeries furent construites, les trois premières par Philippe Égalité, et la quatrième, dite d'Orléans, par le roi Louis-Philippe. Elle remplaça cette double rangée de baraques en bois, qu'on y voyait il n'y a pas bien des années encore, et qui, par la foule des promeneurs et des curieux, faisait que l'endroit ressemblait à une grande foire de village.
Panoramas (passage des): Construit en 1800, il dut son nom aux panoramas qui y furent établis et disparurent vers 1831.
Papillon (rue): Ouverte en 1781, elle dut son nom à M. Papillon de la Ferté, contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre du roi, qui périt sur l'échafaud en 1794 (7 juillet).
Papin (rue): Denis Papin, célèbre physicien français, naquit à Blois, le 22 août 1647, et mourut à Marbourg, vers 1714. «Papin, dit F. Arago, a imaginé la première machine à vapeur à piston; il a vu le premier que la vapeur aqueuse fournit un moyen simple de faire rapidement le vide dans la capacité du corps de pompe; il est le premier qui ait songé à combiner dans une même machine à feu l'action de la force élastique de la vapeur avec la propriété dont cette vapeur jouit, et qu'il a signalée, de se condenser par ce refroidissement.»
Nous ajouterons que Papin a inventé aussi la soupape de sûreté; car elle forme la partie essentielle de son digesteur, ou marmite de Papin, employée à extraire, par la vapeur à haute pression, la partie gélatineuse des os. Papin, le premier encore, démontra, en 1678, que les liquides, par exemple l'eau et l'alcool, entrent en ébullition à une très faible chaleur dans le vide.
Paradis (rue): Ce nom vient d'une enseigne.
Parcheminerie (rue de la): Ainsi nommée en 1287. C'était auparavant la rue des Écrivains.
Paul (rue Saint): Dans cette rue se trouvait l'hôtel St-Paul, résidence de plusieurs de nos rois, Charles V et Charles VI, entre autres. L'hôtel St-Paul était magnifiquement décoré comme l'affirment plusieurs auteurs anciens. D'après Germain Brice, un historien du temps dit «que l'appartement du roi consistait en une grande antichambre, une chambre de parade appelée la chambre à parer, la chambre au gîte du Roi, deux cabinets, une garde robe, la chambre des napes (lingerie), celle de l'étude, celle des bains et des Tourterelles; la chambre du conseil; avec cela deux chapelles, des étuves que l'on nommait chauffe-doux; une volière, un jeu de paume, une ménagerie pour les grands lions, une autre pour les petits; la chambre de Charlemagne qui avait quinze toises de long sur six de large. Les mêmes Mémoires ajoutent que les poutres des chambres les mieux ornées étaient enrichies de fleurs de lis d'étain doré; que les lits étaient de drap d'or et que les chenets de fer pesaient cent quatre-vingts livres.»
Pas de la Mule (rue du): Aucune dénomination, dit M. Lazare, n'ayant été affectée à ce prolongement d'une autre rue, le peuple voulut y suppléer en baptisant la rue à sa manière. Son nom à lui c'était un conseil; son nom semblait dire aux pauvres piétons: «Si vous tenez à ne pas vous casser le cou, imitez la patience et le pas de la mule en gravissant cette pente escarpée et glissante.»
(Pastourelle): Ce nom vient de Roger Pastourelle qui habitait la rue en 1331.
Pavée (rue):
En la rue Pavée alé (allai)
Où a maint visage hâlé,
dit Guillot. Dans cette rue Pavée alors que beaucoup d'autres étaient privées de cet avantage, logeaient sans doute des vignerons et des voituriers au teint hâlé. On disait aussi, suivant Lebœuf, la rue Pavée d'Andouilles. Était-ce parce qu'il s'y trouvait force charcutiers?
Trois Pavillons (rue des): Elle fut ainsi nommée d'une maison située à l'angle de cette rue et de celle des Francs-Bourgeois et qui se faisait remarquer par ses Trois Pavillons. Le peuple, de sa propre autorité, remplaça par ce nom celui de Diane qui venait de la duchesse de Valentinois, trop célèbre sous le règne de Henri II.
Payenne (rue): S'appelait anciennement Payelle, nom d'un propriétaire riverain.
Pépinière (rue de la): Tracée vers 1782, sur les terrains faisant partie de la pépinière dite du roi. Quel besoin de changer ce nom en celui de Abattucci?
Perle (rue de la): Ce nom lui vient «d'un tripot carré qui a passé longtemps pour le mieux entendu de Paris», dit Sauval.
Pélagie (Sainte): Cette prison était, avant la Révolution, une communauté de femmes fondée en 1665, par madame Beauharnais de Miramion. Dans cette maison on recevait ou renfermait les filles ou femmes tombées dans le désordre et qu'on espérait ramener à une vie meilleure. Une partie de l'établissement s'appelait: Le Refuge; l'autre, Sainte-Pélagie. Cette sainte, comédienne célèbre d'Antioche au Ve siècle, s'étant convertie, fit oublier par une héroïque pénitence les scandales de sa vie antérieure.
Lors de la Révolution, le couvent fut supprimé, les religieuses se virent dépossédées et de leur paisible demeure on fit une prison.
On sait que, dans un corps de bâtiment séparé, sont renfermés, depuis 1828, les détenus politiques et en particulier les condamnés pour délits de presse.
Pélican (rue du): Ce nom vient d'une enseigne. Je lis dans Bernardin de St-Pierre, (Études de la Nature) un curieux passage sur le pélican: «Le pélican ou grand-gosier est un oiseau blanc et brun, qui a un large sac au-dessus de son bec qui est très-long. Il va tous les matins remplir son sac de poisson; et quand sa pêche est faite, il se perche sur quelque pointe de rocher à fleur d'eau, «où il se tient immobile jusqu'au soir, dit le père Dutertre, comme tout triste, la tête penchée par le poids de son long bec, et les yeux fixés sur la mer agitée, sans bouger non plus que s'il était de marbre.»
Perrée (rue): C'est le nom d'un intrépide marin qui, en 1800, soutint avec un seul vaisseau, le Généreux, un combat acharné contre quatre vaisseaux anglais, l'un d'eux, le Foudroyant, commandé par Nelson. Le Généreux n'abaissa point son pavillon et si l'ennemi put s'en emparer, c'est qu'il ne restait personne pour le défendre. Quand les Anglais arrivèrent sur le pont, ils n'y trouvèrent plus que des mourants et des morts et, entre ceux-ci, le capitaine Perrée, tombé sur son banc de quart qu'il n'avait pas voulu quitter quoique blessé grièvement.
Penthièvre (rue de): Doit son nom au vertueux duc de Penthièvre si célèbre dans le siècle dernier par sa bienfaisance. «La physionomie de M. le duc de Penthièvre annonce de l'esprit, de la douceur et même un peu de coquetterie; on dirait qu'il vous oblige en vous regardant et, lorsqu'il vous a parlé, vous vous sentez attiré à l'aimer autant qu'à le respecter.
«Voilà ce que j'ai éprouvé au premier aspect, mais lorsque ses bontés m'ont donné des rapports plus particuliers avec lui, j'ai trouvé que son âme était au-dessus de tout le reste, qu'il était mille fois supérieur à tout ce que sa figure annonçait, à tout ce que ses manières laissaient entrevoir. Cette âme est d'une trempe si peu commune que je ne trouverai point l'expression qu'il faudrait pour ce que je vois et encore plus pour ce que je sens; toutes les vertus y sont dans un équilibre parfait parce que la sagesse les conduit toutes dans les bornes qu'elles ne peuvent franchir sans devenir vice ou défaut. Généreux sans prodigalité, pieux sans minutie, tendre sans faiblesse, modeste avec dignité, chez lui actions, paroles, maintien, regards, tout est à sa place; il semble que rien ne pourrait être autrement.
«Ce prince m'a paru un être si différent des autres hommes que, pendant deux années, j'ai plus d'une fois, je l'avoue, épié ses défauts pour essayer de consoler mon amour-propre: recherche vaine; mes observations n'ont servi qu'à me faire mieux sentir sa supériorité, et je me suis dit que je ne devais point aspirer à une perfection fondée par la nature dans un de ses plus heureux moments.»
Ce portrait, si remarquable par la finesse de la touche et qu'on sait d'une parfaite ressemblance, emprunte un intérêt particulier au nom de celui qui l'a tracé. Il a pour auteur cet autre homme de bien, M. de Montyon.
Pères (rue des Saints): Son vrai nom est Saint-Pierre, provenant de la chapelle Saint-Pierre qui s'y trouvait. Ce nom fut changé d'abord en celui de Saint-Père, puis Saints-Pères.
Pétrelle (rue): C'était le nom d'un propriétaire riverain.
Pigalle (rue): Le sculpteur Pigalle, né à Paris en 1714, y mourut en 1785. «Pigalle avait reçu de la nature un œil savant qui, dans chaque trait, découvrait mille traits, et dans chaque partie, une infinité de parties. Il aimait à peindre ce qu'il savait voir. Aucun artiste n'avait représenté avant lui cette multitude de détails que l'art aime à considérer nus, parce qu'il peut avoir besoin de les reproduire, mais que le bon goût se plaît à couvrir de voiles. Jamais il ne pouvait exprimer assez à son gré tous les reliefs du corps humain, comme les anciens ne pouvaient jamais assez les ramener au contour. Il semblait s'être fait une loi rigoureuse de n'imiter que la vérité, telle non seulement que les yeux peuvent la voir, mais telle que les mains pourraient la toucher... On voit presque toujours, dans ses ouvrages, les deux extrêmes de la vie humaine, celui où la nature, animant le corps avec vigueur, en fait saillir toutes les parties, et celui où, l'abandonnant, elle les découvre et les désunit. Sans doute il a peint quelquefois la beauté, mais non cette ravissante beauté d'un corps «hôte d'une belle âme», pour employer avec le poète une expression qui semble née au pied de quelque statue antique.» (Joubert.)
Picpus (rue): Vers 1775, c'était un chemin qui traversait le territoire, dit de Pique-puce dont on a fait par corruption picpus. L'origine de cette dénomination est assez singulière, si l'on en croit M. L. Lazare, qui ne la donne, d'après d'anciens auteurs, que sous réserves. Un mal épidémique se manifesta dans les environs de Paris vers le milieu du XVIe siècle. On voyait sur les bras des femmes et des enfants de petites tumeurs rouges qui ressemblaient à plusieurs piqûres faites par un insecte qui s'attachait de préférence aux mains blanches et délicates des personnes jeunes.
Un religieux du couvent de Franconville près Beaumont, diocèse de Beauvais, venu pour fonder une maison dans les environs de Paris, à l'aide d'une certaine liqueur, guérit nombre de malades. On le retint par reconnaissance dans le village et le couvent qu'il y fonda s'appela Picpus.
Dans cette même rue, se trouve le cimetière où furent enterrées les victimes de la Révolution qui périrent sur l'échafaud dressé près la porte Saint-Antoine. On en compta 1350, dans l'espace de quarante jours seulement.
Poissonnière (rue et faubourg): Elle s'appelle ainsi à cause que c'était par cette voie qu'arrivaient les marchands de marée.
Pierre Sarrazin (rue): A pris son nom d'un bourgeois nommé Pierre Sarrazin qui demeurait en cet endroit et y mourut vers 1255.