Les préparatifs de la nouvelle campagne remplirent probablement l'année 455 tout entière. Au printemps suivant, les Huns arrivèrent sur le Danube avec l'impétuosité et le fracas d'une tempête. Ils dirent au commandant des postes romains de ne pas s'inquiéter, attendu qu'ils n'en voulaient point à l'empire, «que leur seul but était de rattraper des esclaves fugitifs et des déserteurs de leur nation546.» Ils désignaient ainsi les Ostrogoths. Les postes romains, qui voulaient rester étrangers à ces querelles de barbares, ne firent point obstacle à leur passage. Les hordes ayant pris terre sur la rive droite, probablement vers le pont de Trajan, tournèrent à l'ouest, gagnèrent la Save, et fondirent sur les cantonnements de Valémir. L'attaque fut si brusque, que le roi ostrogoth n'eut pas le temps d'avertir ses frères, et dut soutenir le choc avec les seules forces de sa tribu: toutefois il s'en tira bien547. Après avoir traîné à sa suite la cavalerie des Huns et l'avoir fatiguée par des marches à travers les marais de la Save, il l'attaqua à son tour et lui fit essuyer une défaite complète. On put reconnaître alors combien l'infanterie des Goths, exercée à combattre de pied ferme et comparable aux vieilles légions romaines, dont elle semblait suivre instinctivement les pratiques, l'emportait sur cette cavalerie orientale sans organisation et sans discipline. Culbutées les unes sur les autres, les hordes se débandèrent et ne s'arrêtèrent dans leur fuite que lorsqu'elles eurent mis l'Hunnivar entre elles et leurs ennemis548. Valémir put envoyer alors à ses frères la double nouvelle de son péril et de sa délivrance. Les historiens racontent qu'au moment où le messager goth atteignit la demeure de Théodémir sur les bords du lac Pelsod, le pays était en joie, et que le palais, orné comme pour une fête, retentissait du bruit des instruments de musique. Un fils était né la nuit même à Théodémir de sa concubine chérie Erelieva549, et comme les deux frères s'aimaient tendrement, ils confondirent leur bonheur. L'enfant qui venait d'entrer dans la vie n'était autre que le grand Théodoric.

Note 546: (retour) Contigit ut Attilæ filii contra Gothos, quasi desertores dominationis suæ, velut fugacia mancipia requirentes, venirent. Jorn., R. Get., 50.
Note 547: (retour) Ignaris aliis fratribus, super Walemir solum irruerunt: quos tamen ille, quamvis cum paucis, excepit. Jorn., R. Get., 50.
Note 548: (retour) Diu fatigatos ita prostravit, ut vix pars aliqua hostium remaneret, quæ in fugam versa, eas partes Scythiæ peteret quas Danubii amnis fluenta prætermeant, quæ lingua sua Hunnivar appellant. Id., ub. sup.
Note 549: (retour) Nuntius veniens felicius in domo Theodemiri repperit gaudium; ipso siquidem die Theodericus ejus filius, quamvis de Erelieva concubina bonæ tamen spei puerulus, natus erat. Jorn., R. Get., 50.

La confiance des fils d'Attila ne résista pas à ce second échec. Forcés de reconnaître que la puissance de leur père, dont ils avaient été si mauvais gardiens, leur était échappée pour toujours et que c'en était fait de l'empire d'Attila, ils renoncèrent à toute entreprise qui aurait pour objet de le relever. Ils convinrent même de se séparer ou du moins de donner à chacun la liberté de se choisir un parti. Le plus grand nombre opina pour le maintien des vieilles habitudes et la continuation de la vie nomade dans les plaines situées au nord du Danube et le long de la Mer Noire; ceux-là se rattachèrent à Denghizikh, le plus énergique d'entre eux. Il y en eut, en moindre nombre, à qui il plut d'essayer de la vie sédentaire et de quitter le campement des nomades; ils eurent de plus l'idée, assez étrange pour des fils d'Attila, de faire soumission au gouvernement romain, afin d'obtenir de lui un territoire à cultiver. Hernakh nous apparaît ici comme l'auteur de cette résolution ou du moins comme le plus important de ceux qui l'exécutèrent. Le gouvernement romain reçut ces ouvertures mieux peut-être que les Huns ne s'y étaient attendus. Hernakh fut autorisé à se fixer dans la province de Petite-Scythie550; on lui traça son cantonnement à l'extrémité septentrionale, autour des bouches du Danube, dans ces bas-fonds marécageux que la guerre avait dépeuplés. Après avoir juré de remplir toutes les obligations attachées au titre d'hôte et de fédéré de l'empire, il établit sa tribu sous le jet des balistes romaines, autour des places démantelées autrefois par son père, et qu'il s'engageait maintenant à défendre, fût-ce même contre sa race.

Note 550: (retour) Quidam ex Hunnis in parte Illyrici sedes sibi datas coluere;... se in Romaniam dederunt. Jorn., R. Get., 50.

L'établissement d'Hernalch entraîna celui du roi alain Candax et de son petit peuple, qui paraissent avoir été dans la clientèle du jeune fils d'Attila551; ils furent admis aux mêmes conditions que lui et cantonnés, en partie sur le plateau méridional de la Petite-Scythie, près du rempart de Trajan, en partie dans la Mésie inférieure552, près du Danube, autour des forteresses de Carsus553 et de Durostorum554. Des bandes de Germains de la nation des Scyres et des Huns Satagares se joignirent à Candax et furent probablement colonisés dans l'intérieur, sur la frontière septentrionale des Mésogoths. Bientôt on vit arriver une émigration plus considérable, conduite par les frères consanguins d'Hernakh, Emnedzar et Uzindour, qui dans cette dispersion de la famille, ne voulurent pas se séparer de leur jeune frère. Entrés dans la Dacie riveraine, ils occupèrent les bords de l'Uto et de l'Œscus vers leurs confluents avec le Danube, et devinrent voisins de Noves555, et de Nicopolis. Si le gouvernement romain n'autorisa pas d'avance cette prise de possession, il la légitima par son consentement ultérieur.

Note 551: (retour) Hernach, junior Attilæ filius, cum suis, in extremo minoris Scythiæ sedes delegit. Jorn., R. Get., ibid.
Note 552: (retour) Cæteri Alanorum, cum duce suo nomine Candax, Scythiam minorem inferioremque Mœsiam accepere. Id., ibid.
Note 553: (retour) Actuellement Hirsova.
Note 554: (retour) Silistrie.
Note 555: (retour) Aujourd'hui Sistova.

La brèche une fois ouverte, d'autres chefs, d'autres tribus s'y précipitèrent à l'envi; ce fut une invasion, dit Jornandès, invasion pacifique que l'empire ne désavoua point556. C'est ainsi que des Sarmates, des Cémandres et des Huns allèrent se fixer dans de vastes campagnes autour d'un château alors fameux, appelé château ou champ de Mars, et construit dans une forte position sur la rive de Mésie557. D'autres émigrants, probablement les plus déterminés, furent distribués par groupes dans la Mésie supérieure et la Pannonie, le long des frontières des Ostrogoths et jusqu'au pied des Alpes Noriques. Le but évident de cette dernière colonisation était de surveiller les Goths, ces prétendus amis de l'empire qui n'avaient pas tardé à l'inquiéter; la haine que se portaient les deux races mises ainsi en présence parut aux Romains une garantie de la bonne conduite et de la fidélité des Huns.

Note 556: (retour) Quod et libens tunc annuit imperator, et usque nunc... donum est. Jorn., R. Get., 50.
Note 557: (retour) Sauromatæ vero, quos Sarmatas diximus, et Cemandri, et quidam ex Hunnis... ad castrum Martenam sedes sibi datas coluere. Id., loc. laud.--Castrum Martena.--Campus Martius ou Martis.

En provoquant ou facilitant ces établissements sur son territoire, l'empire suivait sa politique séculaire. Constantinople avait hérité des principes de Rome: opposer les barbares aux barbares, soutenir le faible contre le fort pour les détruire l'un par l'autre, et se servir de l'ennemi qu'on ne redoutait plus, en guise de barrière, pour arrêter celui qui commençait à se faire craindre.


CHAPITRE DEUXIÈME

Les fils d'Attila attaquent de nouveau les Ostrogoths et sont battus.--Ils attaquent l'empire romain.--Campagne d'Hormidac en Mésie.--Siége de Sardique.--Trahison du général de la cavalerie romaine.--Retraite d'Hormidac.--Portrait des Huns par Sidoine Apollinaire.--Les fils d'Attila demandent à l'empereur Léon le droit de commercer en Mésie.--Refus de l'empereur.--Colère des fils d'Attila; ils délibèrent en commun; Denghizikh veut la guerre, Hernakh soutient la paix.--Denghizikh entre sur le territoire romain.--Des volontaires goths se joignent à lui.--Campagne de l'Hémus.--L'armée des Huns, enfermée dans un défilé, demande des vivres aux Romains.--Discours du Hun Khelkhal aux Goths auxiliaires des Huns.--Les Huns et les Goths se battent ensemble.--Nouvelle campagne de Denghizikh en Mésie; il est pris et tué; sa tête est exposée dans le cirque de Constantinople.--Les Huns fédérés se plient aux habitudes romaines.--Tribus des Fossaticii et des Sacro-Monticii.--Généraux romains fournis par les Huns.--Ce que deviennent les descendants d'Attila.--Aventures de Mundo fils de Gheism.--Il déserte le territoire des Gépides et se fait brigand.--Les voleurs Scamares le prennent pour roi.--Il est assiégé dans Herta; les Ostrogoths le délivrent.--Il se fait vassal de Théodoric.--Il se soumet à Justinien.--Mundo à Constantinople: service qu'il rend à Justinien dans la révolte du Cirque.--Il est nommé commandant de l'Illyrie.--Ses exploits à Salone; il perd son fils Maurice.--Sa fin désespérée.--Jeu de mots des Romains sur sa mort.

462--535

La scission des enfants d'Attila et de leurs tribus en deux parts ne brisa d'abord ni le lien de fraternité entre les princes, ni celui de race entre les tribus. Les hordes de l'Hunnivar et du Dniéper, qui continuèrent la vie nomade, furent réputées le corps de la nation, et Denghizikh, qui les gouvernait, se trouva investi d'un droit, sinon de souveraineté, du moins de tutelle et de suprématie à l'égard des bandes séparées. L'histoire mentionne deux circonstances dans lesquelles ce protectorat des tribus sédentaires par les tribus nomades fut exercé avec éclat. Dans l'année 462, les Ostrogoths, mécontents des surveillants que l'empire leur avait donnés en Pannonie, se jetèrent à l'improviste sur le territoire des Huns satagares, pillèrent tout, enlevèrent les récoltes, les troupeaux, et menacèrent d'égorger les hôtes du peuple romain jusqu'au dernier558. Informé de ces désastres, Denghizikh accourut en toute hâte porter secours à ses compatriotes; quatre tribus nomades l'accompagnaient: les Angiscyres, les Bitugores, les Bardores et les Ulzingours. Ils franchirent le Danube sans oppositions, et, pénétrant sur le territoire ostrogoth, ils assiégèrent la ville de Bassiana, aujourd'hui Sabacz, place romaine dont les Ostrogoths s'étaient emparés contre les traités, et qui formait un des boulevards de leur frontière559. La ville résista aisément à un ennemi qui ne connaissait pas l'art des siéges, et sa résistance donna aux Goths le temps d'arriver. Valémir en effet, à la première nouvelle de l'irruption de Denghizikh, avait laissé là les Satagares pour marcher contre lui. Une grande bataille eut lieu sous les murs de Bassiana; la place fut dégagée, et les Huns, qu'un mauvais sort semblait poursuivre chaque fois qu'ils s'adressaient aux Ostrogoths, furent pour la troisième fois vaincus et rejetés en désordre sur la rive gauche du Danube560.

Note 558: (retour) Videntes Gothi non sibi sufficere ea, quæ ab imperatore acciperent solatia... cœperunt vicinas gentes circumcirca prœdari, primo contra Satagas, qui interiorem Pannoniam possidebant, arma moventes... Jorn., R. Get., 53.--Satigæ, Satagarii.
Note 559: (retour) Quod ubi rex Hunnorum Dinzio, filius Attilæ, cognovisset, collectis secum, qui adhuc videbantur, quamvis pauci, ejus tamen sub imperio remansisse, Ulzingures, Angisciros, Bittugores, Bardores, veniens ad Bassianam Pannoniæ civitatem, eamque circumvallans, fines ejus cœpit prædari. Jorn., R. Get., 53.
Note 560: (retour) Gothi... expeditionem solventes quam contra Satagas collegerant, in Hunnos convertunt et sic eos suis a finibus inglorios propulerunt... Jorn., R. Get., 53.

Quatre ans après, en 466, c'est aux Romains que les Huns ont affaire pour une raison à peu près pareille. Il était arrivé qu'une des peuplades sarmates admises en Mésie comme fédérées, à la suite des fils d'Attila, se dégoûtant de sa nouvelle condition et regrettant la liberté des déserts, avait quitté ses cantonnements et repris le chemin du Danube; mais les officiers romains, qualifiant ce fait de désertion, l'avaient retenue par la force. Les Huns nomades crurent leur honneur engagé à soutenir la liberté d'un peuple qui n'avait pas, disaient-ils, cessé d'être leur vassal, et ils sommèrent le commandant romain de laisser partir les Sarmates. Cette sommation étant restée sans résultat, on vit bientôt une armée hunnique déboucher sur l'Hunnivar: elle n'était pas dirigée par Denghizikh, mais par Hormidac561, chef important des Huns et peut-être même fils d'Attila. On était alors en plein hiver, et la rigueur du froid avait été si grande, que le Danube, gelé jusqu'au fond de son lit, offrait un passage solide aux plus lourdes voitures. Hormidac y lança sa cavalerie et tout le train de bagages qui accompagnait une armée nomade en campagne562. Comme une nuée de sauterelles dévorantes, les barbares vont s'abattre sur la Dacie riveraine, pillant tout et entassant le butin dans leurs chariots. L'empereur Léon, qui au milieu de ce chaos de peuples divers, amis ou ennemis, et barbares à tous les degrés, savait faire intervenir habilement et tour à tour la politique et les armes, Léon envoya pour balayer ces brigands un homme prudent comme lui, le consul Anthémius, qui devint plus tard empereur d'Occident. Anthémius, par une manœuvre savante, attire Hormidac, des plaines qu'il occupait, dans la contrée montagneuse de Sardique, où sa cavalerie devenait en grande partie inutile. Il prend alors l'offensive et pousse l'épée dans les reins l'armée ennemie, qui n'a plus d'autre ressource que de se jeter dans Sardique même, qu'elle enlève par un coup de main, et où les Romains ont bientôt mis le siége563.

Note 561: (retour)

Sed Scythicæ vaga turba plagæ, feritatis abundans,

Dira, rapax, vehemens, ipsis quoque gentibus illic

Barbara barbaricis, cujus dux Hormidac atque

Civis erat, cui tale solum, murique, genusque...


Sidon. Apoll., Carm. 2, v. 273 et seqq.

Note 562: (retour) Instanti hiemali frigore, amneque Danubii solite congelato, nam istius modi fluvius ita rigescit, ut in silicis modum vehat exercitum pedestrem, plaustraque... Jorn., R. Get., 53.

. . . . . . . Gens ista repente

Erumpens, solidumque rotis transvecta per Istrum

Venerat, et sectas inciderat orbita lymphas.


Sidon. Apoll., Carm., 2. v. 269 et seqq.

Note 563: (retour)

Hanc tu directus per Dacica rura vagantem

Contra is, aggrederis, superas, includis: et ut te

Metato spatio castrorum Serdica vidit,

Obsidione premis.


Sidon. Apoll., loc. cit.

La ville, autrefois démantelée par Attila et récemment réparée, était assez forte pour tenir longtemps avec une telle garnison, si les vivres n'avaient pas manqué; mais cette garnison de Huns amenait la famine avec elle, et bientôt Hormidac se vit réduit au plus extrême besoin. Ses chariots, au lieu de vivres et de fourrages qui lui eussent été si précieux, contenaient de grandes, mais inutiles richesses, des vases ciselés, des étoffes rares et beaucoup d'or, dépouilles des malheureux provinciaux. Hormidac eut l'idée de faire servir du moins ces superfluités à son salut, et il ne craignit pas de s'adresser au général qui commandait la cavalerie d'Anthémius. Cet homme était-il un barbare au service de l'empire comme tant d'autres généraux romains, pour qu'un ennemi eût conçu si aisément l'espoir de l'acheter? S'offrit-il de lui-même à la séduction, et ces richesses accumulées dans les chariots des Huns avaient-elles tenté sa cupidité avant qu'Hormidac ne l'eût tentée lui-même? On l'ignore; mais on sait qu'un honteux marché se conclut entre le chef des Huns et le général romain. Il fut convenu qu'à un jour donné les Huns sortiraient de la ville et présenteraient la bataille au consul, que le maître de la cavalerie laisserait l'affaire s'engager, puis déserterait son poste, et passerait avec ses soldats du côté de l'ennemi. La cavalerie des Huns envelopperait alors les légions, dont le flanc serait sans défense, et qu'une charge aurait bientôt enfoncées.

Si la trahison, comme on le voit, était habilement combinée par le général, l'honnêteté des soldats la fit échouer. Au moment où les deux armées, rangées en ligne, commençaient à se mêler, la cavalerie, qui formait une des ailes romaines, s'ébranla effectivement au signal de son chef, croyant exécuter une manœuvre; mais quand elle vit celui-ci se diriger vers la ville et qu'elle soupçonna une désertion, elle tourna bride aussitôt et vint reprendre son poste sur le flanc des légions564. Il était temps, car la cavalerie hunnique opérait déjà son mouvement, et les légions commençaient à se débander. Le combat recommençant alors avec une nouvelle vigueur, Hormidac fut rejeté rudement dans la ville. Le lendemain il demandait à capituler: «Le prix de la paix, répondit le consul, c'est la tête du traître.» Cette tête lui fut livrée sans hésitation. «Ce fut, dit le narrateur contemporain, comme l'arrêt d'un juge romain exécuté par des barbares565.» En capitulant avec les Huns, Anthémius sauvait Sardique d'une destruction complète. Hormidac et ses compagnons, en bien petit nombre, regagnèrent le Danube sans bagage, sans chevaux et presque sans vie.

Note 564: (retour)

Sic denique factum est

Ut socius tum forte tuus, mox proditor, illis

Frustra terga daret, commissæ tempore pugnæ;

Qui jam cum fugeret, flexo pede cornua nudans,

Tu stabas acie solus; se sparsa fugaci

Expetiit ductore manus; te marte pedestri

Sudantem repetebat eques; tua signa secutus

Non te desertum sensit certamine miles.


Sidon. Apollin., Panegyr. Anth., v. 280 et seqq.

Note 565: (retour)

Nam qui te fugit mandata morte peremptus,

Non tam victoris periit quam judicis ore.

. . . . . Juscum subiit jam transfuga lethum

Atque peregrino cecidit tua victima ferro.


Sidon. Apoll., Paneg. Anth., v. 297 et seqq.

Le récit de cette courte mais curieuse guerre ne nous vient pas d'un historien; nous la tenons d'un poëte et d'un poëte gaulois, le célèbre Sidoine Apollinaire, auteur d'un panégyrique d'Anthémius devenu empereur d'Occident. Suivant l'usage des poëtes, Sidoine ayant à mettre en scène la nation des Huns n'a point manqué l'occasion d'en tracer le portrait, et il l'a fait avec toutes les recherches, toute l'exagération de ce faux bel esprit qui flattait le goût de ses contemporains, et qui fut, il faut bien le dire, pour une grande part dans sa renommée. Toutefois Apollinaire, homme de lettres mêlé aux affaires publiques, gendre de l'empereur Avitus et plus tard évêque de Clermont, vivait au milieu de gens qui avaient combattu ces barbares dans les armées romaines, lui-même les avait vus sans aucun doute pendant l'invasion d'Attila en Gaule; nous pouvons donc considérer la peinture qu'il nous en donne comme présentant un fond de réalité sous les couleurs forcées qui la déparent. Cela admis, il est curieux de comparer le tableau de Sidoine Apollinaire, tracé en 468, avec celui qu'esquissait Ammien Marcellin vers l'année 375, sous la première impression de l'arrivée des Huns en Occident. Si la férocité du caractère a pu s'adoucir chez ce peuple par un séjour de près de cent années au cœur de l'Europe et par son contact avec des races plus civilisées, on reconnaît du moins, en rapprochant ces deux portraits faits à un siècle de distance, que son type physique et ses mœurs n'avaient pas notablement changé.

«Cette nation funeste est cruelle, avide, sauvage au delà de toute idée, et barbare pour les barbares eux-mêmes. Son âme et son corps respirent la menace. Le visage des enfants, ordinairement si doux, est empreint chez elle d'un cachet d'horreur. Une masse ronde qui se termine en pointe, deux cavernes creusées sous le front et où l'on chercherait vainement des yeux, puis entre les joues une excroissance informe et plate, voilà la tête du Hun. La lumière n'arrive qu'avec peine dans les chambres étroites où l'œil semble la fuir, et cependant il s'en échappe des regards perçants qui embrassent les plus lointains espaces. On dirait que ces points ardents placés au fond de deux puits compensent leur éloignement par une possession plus énergique de la lumière566. L'aplatissement des narines est dû aux bandelettes dont on serre la face des nouveau-nés, afin que le casque, n'ayant plus l'obstacle du nez, s'adapte plus exactement au visage. Ainsi l'amour maternel déforme l'enfant et le façonne pour la guerre567.... Le reste du corps est beau: une poitrine large, des épaules carrées, peu de ventre, une taille au-dessous de la moyenne quand le Hun est à pied, et grande quand il est à cheval... Sitôt que l'enfant peut se passer de sa mère, on le place sur un cheval, afin que ses membres délicats se plient de bonne heure à des exercices qui rempliront sa vie. Il est des nations qui voyagent et se transportent sur le dos des coursiers, celle-ci y demeure568... Armé d'un arc énorme et de longues flèches, le Hun ne manque jamais son but: malheur à celui qu'il a visé, car ses flèches portent la mort!»

Note 566: (retour)

Gens animis membrisque minax: ita vultibus ipsis

Infantum suus horror inest. Consurgit in arctum

Massa rotunda caput; geminis sub fronte cavernis

Visus adest oculis absentibus: arcta cerebri

In cameram vix ad refugos lux pervenit orbes,

Non tamen et clausos: nam fornice non spatioso,

Magna vident spatia, et majoris luminis usum

Perspicua in puteis compensant puncta profundis.


Sidon. Apoll., Carm., 2, v. 245-251.

Note 567: (retour)

Tum ne per malas excrescat fistula duplex,

Obtundit teneras circumdata fascia nares,

Ut galeis cedant. Sic propter prælia natos

Maternus deformat amor, quia tensa genarum

Non interjecto fit latior area naso.


Sid. Apoll., Paneg. Anth.--Carm. 2, v. 253-257.

On voit par ce qui précède que les Huns exerçaient sur la tête de leurs enfants nouveau-nés deux espèces particulières de déformations. La première regardait la face. Au moyen de linges fortement serrés, ils obtenaient l'aplatissement du nez et la dilatation des pommettes des joues. La seconde s'appliquait au crâne, que l'on pétrissait en quelque sorte de manière à l'allonger en pain de sucre: Consurgit in arctum massa rotunda caput. Un savant naturaliste étranger, qui a pris pour objet de ses recherches anthropologiques les races du nord-est de l'Europe, avait été frappé du grand nombre de crânes déformés que présentent les anciennes sépultures dans les localités occupées autrefois par les nations finno-hunniques. Il me fit l'honneur de me consulter à ce sujet. Je suis heureux de pouvoir fournir un texte précis qui réponde au besoin des sciences naturelles, et non moins heureux que celles-ci viennent appuyer d'une démonstration sans réplique les probabilités de l'histoire.
Note 568: (retour)

..... Cornipedum tergo gens altera fertur,

Hæc habitat.


Sidon. Apollin., Paneg. Anthem., v. 265.

Les barbares, prompts et mobiles comme des enfants, oublient aisément le mal qu'ils ont fait, et se flattent non moins aisément que l'offensé en a perdu le souvenir, sitôt qu'un intérêt nouveau ou quelques nouvelles préoccupations leur rendent cet oubli désirable: c'est ce que nous voyons arriver chez les fils d'Attila. L'année 467 nous les montre réunis en une sorte de congrès de famille et délibérant sur une faveur qu'ils veulent obtenir du gouvernement romain, comme si l'année précédente ils n'avaient pas ravagé impitoyablement ses provinces: ce qu'ils sollicitent maintenant, c'est le droit de commercer librement avec l'empire, la détermination de certains marchés dans les villes romaines de la frontière, où les Huns puissent apporter et vendre leurs marchandises et se procurer en retour des marchandises romaines. Ils décident qu'une ambassade solennelle sera en leur nom collectif envoyée à Constantinople, afin de porter leur demande à la connaissance de l'empereur569. La législation romaine faisait du droit de trafic entre l'étranger et le Romain, jus commercii, un privilége qui ne s'octroyait qu'à bon escient en faveur de voisins dont l'amitié semblait éprouvée, car il n'était pas rare que les barbares cherchassent à abuser de ce droit. Tantôt, à la veille d'une guerre qu'ils méditaient contre l'empire, ils venaient s'approvisionner de vivres et d'armes dans les marchés romains; tantôt, se donnant rendez-vous en grand nombre dans les places de commerce, qui étaient ordinairement aussi des places de guerre, ils faisaient main-basse sur les habitants, saccageaient la ville ou s'en emparaient par trahison. Attila avait accompli ou tenté plusieurs coups de ce genre qui avaient rendu avec juste raison le gouvernement romain défiant et difficile, et l'humeur batailleuse de quelques-uns de ses fils, ainsi que l'agitation qu'ils entretenaient dans leurs tribus, n'était guère propre à faire lever l'interdiction; aussi l'ambassade ne rapporta-t-elle de Constantinople qu'un refus exprimé en termes très-nets570.

Note 569: (retour) Ut omnibus omnino præteritorum dissidiorum causis resecatis, pacem inirent: itaque Romani, ut olim erat in more positum, ad Istrum usque procedentes mercatum celebrarent, ex quo invicem ea, quæ sibi opus essent, desumerent. Prisc., Exc. leg., 44.
Note 570: (retour) Ea quidem legatio, re infecta rediit. Prisc., ibid.

Ce refus mit les princes huns hors d'eux-mêmes. Ils se réunirent de nouveau pour exhaler leur colère, et dans ce conseil, qui paraît avoir été fort tumultueux, les résolutions les plus violentes furent agitées. Il y eut un parti de la guerre qui prétendait qu'une pareille injure ne pouvait être lavée que par des flots de sang dans les murs mêmes de Constantinople, et Denghizikh se trouva naturellement l'organe obstiné de ce parti; mais il rencontra en face de lui Hernakh, qui se fit avec non moins d'obstination l'avocat des résolutions pacifiques571. Entre autres arguments en faveur de la paix, il fit valoir celui-ci: «que les Acatzires, les Saragours et les autres tribus hunniques voisines du Caucase et de la Mer-Caspienne étaient en ce moment même engagés dans une expédition au cœur de la Perse572. «N'y aurait-il pas folie à nous d'entreprendre, disait-il, une autre guerre encore avec l'empire, et de nous jeter de gaieté de cœur deux pareils ennemis sur les bras?» Le raisonnement d'Hernakh nous prouve clairement que les nations hunniques continuaient à se regarder comme les membres d'un même corps dans toute l'étendue de leur ancienne confédération, depuis la Mer-Caspienne et le Caucase jusqu'au Danube, et maintenant même jusqu'au pied de l'Hémus. L'influence du jeune fils d'Attila et ses arguments de bon sens entraînèrent la minorité de ses frères, tous ceux probablement qui, habitant comme lui au midi du Danube, se trouvaient directement sous la main de l'empereur; mais Denghizikh tint bon573: il déclara que, si on l'abandonnait, il ferait la guerre à lui seul et saurait la mener à bonne fin. Il mêlait au ressentiment de son injure on ne sait quelle idée de conquête dans les provinces de Mésie ou de Thrace, et même l'espérance de se rendre l'empire romain tributaire. Sa résolution une fois arrêtée, il fit appel aux hordes du Borysthène et du Dniéper; tout fut bientôt en mouvement dans les plaines de la Mer Noire, et l'avant-garde d'une puissante armée ne tarda pas à se montrer sur l'Hunnivar.

Note 571: (retour) Etenim Dengizich... bellum Romanis indici volebat... Cui quidem apparatui Hernach repugnabat. Prisc., Exc. leg., 45.
Note 572: (retour) Nec enim bellum longuis geri a patria expedire existimabat, quod Saraguri, Acatziris aliisque gentibus aggregati, in Persas exercitum duxerant. Prisc., Exc. leg., 46.
Note 573: (retour) Dengizich bellum Romanis inferre et Istro potiri institit. Prisc., Exc. leg., 46.

Le préfet de la rive romaine, commandant général des forces préposées à la défense du Bas-Danube, était un Goth romanisé nommé Anagaste, dont le père avait été tué au service de l'empire, dans une des guerres contre Attila. Il nourrissait, par suite de cette circonstance, contre la mémoire du roi des Huns et contre toute sa race, une haine qu'il ne dissimulait pas. Inquiet des mouvements qu'il voyait s'opérer dans l'Hunnivar, il avait fait demander à Denghizikh ce que cela signifiait, s'il avait à se plaindre du gouvernement romain, et en quoi. Denghizikh ayant dédaigné de répondre, il le somma de déclarer catégoriquement s'il voulait la guerre ou non574. Le fils d'Attila, sans se soucier des sommations d'Anagaste, fit partir des ambassadeurs pour Constantinople, afin, disait-il, de s'expliquer directement avec l'empereur575. Introduite devant le prince, l'ambassade exposa les griefs du roi des Huns: il ne se contentait plus du droit de commerce avec les Romains; il lui fallait des terres à sa convenance pour lui et son peuple, sans compter un tribut annuel pour payer son armée576. Celui à qui s'adressaient ces réclamations insolentes était l'empereur Léon, dont l'histoire vante le caractère à la fois ferme et équitable. Il répondit froidement aux barbares «qu'il n'accordait de pareilles demandes qu'à ses amis; que si les Huns se soumettaient à son autorité, il verrait ce qu'il aurait à faire; qu'il serait charmé, en tout cas, s'ils passaient du rôle d'ennemis à celui d'amis et d'alliés577.» Denghizikh n'attendait guère une autre réponse de Léon, et son ambassade n'était qu'une feinte pour endormir les commandants romains de la frontière. Tandis qu'il opposait à leurs soupçons cette preuve de ses intentions pacifiques, il trouvait le moyen de passer le Danube sur divers points, et bientôt son innombrable cavalerie fut réunie tout entière sur la rive droite.

Note 574: (retour) Per suos ex eo quæsivit an ea mente esset, ut acie decertare vellet. Prisc., Exc. leg., loc. cit.
Note 575: (retour) Sed Dengizich Anagastum contemnens... per legatos imperatori denuntiavit. Id., ibid.
Note 576: (retour) Se bellum illaturum, nisi sibi, suisque terram quam incolerent, et pecunias alendo exercitui... subministraret... Prisc., Exc. leg., 46.
Note 577: (retour) Sibi enim pergratum et jucundum esse, si quando inimici in fœdus societatemque transirent. Id., ibid.

La Basse-Mésie et les deux Dacies devinrent le théâtre de ses ravages. La région voisine de l'Hémus servait alors de repaire à des bandes de brigands qui, des vallées où ils étaient retranchés, fondaient sur le plat pays pour le mettre à contribution. C'étaient des Goths qui avaient secoué l'obéissance de leurs rois pour vivre en pleine indépendance au détriment de tout le monde; bien aguerris d'ailleurs et bien armés, ils avaient plus d'une fois tenu tête aux troupes envoyées pour les réduire. Denghizikh les appela à lui, et sitôt qu'ils eurent réuni leur solide infanterie à la cavalerie des Huns, la guerre prit des proportions inquiétantes pour les Romains. Trois armées furent mises en campagne sous la conduite de plusieurs généraux de renom, parmi lesquels on comptait Anagaste et le célèbre Goth Aspar, à qui Léon devait le trône impérial. Leurs instructions étaient d'éviter tout engagement en rase campagne, de harasser l'ennemi par des marches et contre-marches, surtout de l'attirer dans des cantons montueux où sa nombreuse cavalerie lui deviendrait plus nuisible qu'utile. C'était le système employé par Anthémius contre les bandes d'Hormidac l'année précédente, et le meilleur pour anéantir ces multitudes braves, mais imprévoyantes, qui ne savaient ni assurer leurs subsistances, ni se retirer avec ordre après une défaite. Amené de proche en proche au débouché d'un vallon abrupt et sans issue, Denghizikh, qui ne connaissait point le pays, alla s'y enfermer comme dans un piége, ne laissant plus aux Romains que la peine de l'y retenir prisonnier578. Les légions, campées sans péril à l'entrée du défilé, regardaient les Huns s'agiter inutilement et se consumer sous leurs yeux, car tout leur manquait, vivres et fourrages, et l'escarpement des roches qui les entouraient leur enlevait toute chance de sortir jamais de ce tombeau. Denghizikh se sentit perdu, et son obstination superbe l'abandonna.

Note 578: (retour) Duces romani in locum abruptum et concavum Gothos (Scythasque) inclusos obsederunt. Prisc., Exc. leg., 44.

Il envoya au camp romain des députés porteurs de ces humbles paroles: «Que les Huns se soumettaient à tout ce qu'on exigeait d'eux pourvu qu'on leur accordât des terres579.» Les généraux romains ayant répondu qu'ils en référeraient à l'empereur, les députés se récrièrent: «Nous ne pouvons pas attendre, dirent-ils avec l'accent du désespoir; il faut que nous mangions, ou que nous vous vendions cher nos vies tandis qu'il nous reste un peu de sang580.» Les généraux tinrent conseil, et à l'issue de la délibération on promit aux Huns de leur fournir des vivres jusqu'à ce que l'empereur eût fait savoir sa volonté; mais attendu que le camp romain n'était pas lui-même approvisionné très-abondamment, les généraux se réservèrent le droit de régler chaque jour les distributions qui pourraient être faites aux barbares, et de surveiller ces distributions au moyen des officiers romains chargés du service des vivres dans les légions. On recommanda en conséquence aux Huns de se fractionner par petits corps à l'instar des troupes romaines, afin que les officiers romains pussent procéder chez eux à la prestation des vivres sans changer l'ordre du service581. Il y aurait à ce mode, assurait-on, avantage de régularité et d'économie. Ces raisons en déguisaient d'autres plus sérieuses que la suite dévoila.

Note 579: (retour) Ibi Scythæ victuum inopia laborantes, Romanos, missis legatis, certiores fecerunt, se omnibus quæ statuerint, parituros... Prisc., Exc. leg., 45.
Note 580: (retour) Romani responderunt se ad imperatorem eorum postulata delaturos. At Scythæ, propter famem qui eos premebat, transigere velle dixerunt, neque longiores moras ferre posse. Prisc., Exc. leg., ub. sup.
Note 581: (retour) Alimenta præbituros polliciti sunt si Scythæ, Romanorum multitudini proxime ad eorum morem ordinati, accederent: facile enim fore singulis ordinum ductoribus... Prisc., Exc. leg., l. cit.

Parmi les officiers supérieurs de l'armée romaine se trouvait un barbare, Hun de naissance, mais sincèrement attaché au drapeau sous lequel il avait gagné ses grades et sa fortune: il se nommait Khelkhal582. On le désigna comme un des agents chargés d'aller dans le camp de Denghizikh présider à la distribution des vivres. Quoique Hun, Khelkhal entendait et parlait couramment la langue gothique. A son arrivée dans le camp, il trouva moyen de se faire attacher à une division de l'armée barbare qui renfermait un grand nombre de Goths et très-peu de Huns. Son premier soin fut de réunir en cercle autour de lui les divers chefs de ce corps583, et il leur adressa ce discours qu'il avait médité d'avance: «Je puis en toute sûreté vous garantir que l'empereur vous accordera des terres suivant votre désir; mais je me demande quel profit vous en retirerez: aucun, sans contredit, car tout l'avantage en reviendra aux Huns. Les Huns, vous le savez, méprisent le travail, surtout celui des champs; c'est donc vous qui labourerez, qui récolterez pour eux, qui les ferez vivre; vous serez leurs serfs, et en retour ils vous pilleront. Vous aurez réalisé l'association du loup et de l'agneau584. Il y eut un temps où vos ancêtres, repoussant tout contact, toute alliance avec ce peuple, lièrent par un serment redoutable leur postérité à cette résolution et ordonnèrent à leurs enfants de fuir à jamais la société des Huns, et voici que vous, non-seulement vous vous exposez de gaieté de cœur à vous faire opprimer et piller par eux, mais, ce qui est bien pis, vous abjurez les engagements sacrés de vos pères585. Je suis né parmi les Huns et je m'en fais gloire, mais la justice est plus respectable à mes yeux que les liens du sang; c'est elle qui m'oblige à vous tenir ce langage. Réfléchissez586

Note 582: (retour) Χελχάλ.--Kelchal vir genere Hunnus qui secundum ab Aspare imperii gradum in eos, qui sub eo ordines ducebant, tenebat. Prisc., Exc. leg., 45.
Note 583: (retour) Cohortem obiens in qua erant plures numero Gothi quam reliqui, accitis primoribus... Prisc., ibid.
Note 584: (retour) Terram quidem imperatorem ad inhabitandum datarum, quæ non illis fructui et commodo futura esset, sed cujus utilitas ad solos Hunnos redundaret. Hos enim terræ cultum negligere, et luporum more bona Gothorum invadentes diripere, qui ipsi servorum conditione habiti, ad victum illis comparandum laborare coacti forent. Prisc., Exc. leg., 45.
Note 585: (retour) Quamvis nullum nusquam fœdus inter utramque gentem sancitum sit, et majores jurejurando eos obstrinxerint ut Hunnorum societatem fngerent... Quare non tantum suis eos privari, sed etiam patria sacramenta negligere. Prisc., Exc. leg., ub. sup.
Note 586: (retour) Se quidem genere Hunnum, quo maxime glorietur, sed æquitate motum hæc illis dicere ut quæ facienda essent viderent. Prisc., Exc. leg., loc. cit.

A mesure que Khelkhal parlait, le regret, la colère, la haine, s'allumaient dans le cœur des Goths, dont l'agitation se contenait à peine. A son départ, elle éclate avec fureur, les épées sortent du fourreau, on fait main-basse sur les Huns; tous ceux qui se trouvaient dans les rangs des Goths sont massacrés. Des scènes pareilles ou en sens contraire se passaient sur d'autres points587, et bientôt le camp de Denghizikh, inondé de sang, présenta l'aspect d'une vaste boucherie. C'est ce moment que les généraux romains attendaient. Ils donnent le signal à leurs troupes, qui marchent en bon ordre sur le défilé, et criblent les barbares de coups de flèches et de javelots. Ceux-ci, reconnaissant leur faute, essaient en vain de se rallier; l'épée des légionnaires les achève. Un petit nombre seulement, se faisant jour à travers l'armée des Romains, parvint à s'échapper et atteignit la rive du Danube: Denghizikh était avec eux.

Note 587: (retour) Deinde quasi ex compacto cæteri conveniunt, et ingens pugna inter utramque gentem est commissa. Prisc., ibid.

Au printemps suivant, l'infatigable batailleur rentrait en campagne avec une nouvelle armée, mais cette fois, les généraux romains étaient sur leurs gardes. Anagaste, que la haine rendait ingénieux, tendit un second piége où Denghizikh vint se jeter. On le prit, on le tua588, et sa tête détachée du tronc fut envoyée à Constantinople, tandis que les hordes hunniques, battues, dispersées, regagnaient, comme elles pouvaient, l'Hunnivar. Le soldat porteur du message d'Anagaste arriva dans la ville impériale pendant qu'on célébrait de grandes courses de chars au cirque de bois. Le chef du roi des Huns, défiguré par la mort et par les outrages, fut promené au bout d'une pique à travers les rues et les places, pour aller ensuite figurer dans l'arène au haut d'un poteau, comme une des curiosités du spectacle589. La Rome d'Orient ne dissimulait pas la joie que cette mort lui causa: Denghizikh assurément n'était pas Attila, mais c'était son fils et l'ombre de ce nom, qui inspirait encore l'épouvante. On inscrivit donc avec orgueil dans les chroniques cette mention que nous y pouvons lire encore: «La onzième année de Léon empereur, Zénon et Martianus étant consuls, fut apportée à Constantinople la tête de Denghizikh, fils d'Attila590

Note 588: (retour) Dinzigichus, Attilæ filius, ab Anagasto magistro militum Thraciæ cæsus est. Chron. Pasch., p. 323.
Note 589: (retour) Cujus caput allatum est Constantinopolim dum circenses agerentur, et per mediam urbis plateam traductum, et ad xylocircum delatum, paloque infixum est. Chron. Pasch., ub. sup.
Note 590: (retour) ..... His Coss. caput Denzicis Hunnorum regis, Attilæ filii, Constantinopolim allatum est. Marcel. Comit., Chron., ad ann. 469.

La mort du représentant le plus élevé de la famille d'Attila rompit peut-être le dernier lien qui rattachait entre eux les membres de cette famille, et jeta les tribus de l'Hunnivar dans des discordes où elles faillirent s'abîmer; mais elle consolida l'alliance des Huns fédérés avec le gouvernement romain. Elle eut aussi pour conséquence d'élargir la barrière que le changement de vie ou de condition politique avait mise entre les tribus sédentaires et les tribus nomades, et de rendre ces deux fractions de la même race de plus en plus étrangères l'une à l'autre. C'est en effet de ce moment que les colonies hunniques de Pannonie et de Mésie, libres de tout empêchement extérieur, marchent d'une allure plus franche vers la civilisation ou du moins vers cette imitation des habitudes romaines qui constituait le premier degré de la romanité591. Le progrès peut se suivre de loin en loin, dans l'histoire, à des indices assurés. Cependant elles ne perdent que lentement leur individualité de race, et au bout d'un siècle on les reconnaissait parfaitement pour des populations hunniques, au costume, au langage, à certaines institutions maintenues soigneusement. Elles étaient gouvernées par des chefs nationaux qui prenaient le nom de rois chez les tribus les plus importantes, et ces rois, subordonnés aux magistrats romains dans les choses générales de la politique et de la guerre, étaient ordinairement agréés, quelquefois imposés par l'empereur. Quoique les tribus eussent généralement conservé leurs noms indigènes, quelques groupes portaient des dénominations latines qui leur venaient soit de leur destination spéciale, soit des circonstances topographiques de leurs cantonnements. De ce nombre étaient les Fossaticii592, préposés, comme l'indiquait leur nom, à la garde d'une partie du fossatum, fossé ou rempart de défense, et les Sacromonticii, campés suivant toute apparence sur une hauteur appelée Mont-Sacré; telle était encore la colonie du Château de Mars, qui cultivait les environs de cette forteresse. C'est à Jornandès que nous devons la plupart de ces détails; ce qui veut dire que sous un certain point de vue leur autorité n'est pas contestable. Jornandès était né en Mésie, chez le petit peuple des Mésogoths. Son aïeul, Péria, avait été notaire ou secrétaire du roi alain Candax, le vassal et le compagnon d'Hernakh, et son père, Alanowamuthis, exerçait probablement la même profession, qui consistait à rédiger dans les divers idiomes parlés sur le Danube la correspondance des rois barbares; lui-même aussi, bien qu'illettré (c'est lui qui nous le dit), suivit la carrière de son aïeul avant d'entrer dans les ordres sacrés593. De telles fonctions donnaient une connaissance parfaite de toutes les affaires intérieures et extérieures de ces petits royaumes. Quand donc Jornandès nous entretient des Huns pannoniens et mésiens, c'est plus qu'un historien contemporain, plus qu'un témoin oculaire, c'est presque un acteur des événements qui nous en parle par sa bouche.

Note 591: (retour) Dans les formules de ce temps, Romania, comme on l'a vu précédemment, désignait les possessions romaines, romanitas la condition du sujet romain, et par opposition à barbaries, la civilisation.
Note 592: (retour) E quibus nunc usque Sacromonticii et Fossaticii dicuntur. Jorn., R. Get., 49.
Note 593: (retour) Cujus Candacis Alanowamuthis patris mei genitor Peria, id est meus avus, notarius quousque Candax ipse vireret, fuit... Ego item, quamvis agrammatus, Jornandes, ante conversionem meam notarius fui. Jorn., R. Get., 49.

On compterait difficilement tous les Huns sortis des colonies danubiennes qu'éleva le hasard ou le mérite à de hauts grades dans la milice romaine; il nous suffira de citer Acum, maître des milices d'Illyrie, Mundo, petit-fils d'Attila et lieutenant de Bélisaire, le patrice Bessa, dont les services furent obscurcis par la cupidité, et deux frères, Froïlas et Blivilas, celui-là maître des milices, celui-ci duc de la Pentapole: tous deux ainsi que Bessa venaient de la colonie du Château de Mars594. La faveur qui environnait les Huns fédérés à la cour de Constantinople pendant la première moitié du VIe siècle ne peut se comparer qu'à celle dont jouirent les Goths un siècle auparavant, sous les règnes d'Arcadius et de Théodose II. On leur prodiguait les dignités et les commandements, on singeait leurs manières, on s'engoua même de leur costume. Les jeunes Byzantins à la mode, les élégants factieux du parti des bleus, se faisaient couper les cheveux très-ras sur le front, à la façon des Huns, et portaient la tunique et le large pantalon en usage chez ce peuple595. Justinien lui-même affectionnait ce vêtement, qui figura avec honneur sous les tentes de Bélisaire et de Narsès596. S'il arrivait qu'un de ces petits rois huns, cédant aux amorces de la cour de Byzance, consentît à recevoir le baptême, c'était une bonne fortune pour la politique romaine autant au moins que pour le christianisme. La ville, tout l'empire même, se mettait en fête; l'empereur était ordinairement parrain, l'impératrice marraine597, et le monde chrétien assistait au spectacle assurément fort curieux d'un successeur de Constantin tenant sur les fonts de baptême quelque petit-fils d'Attila.

Note 594: (retour) Castrum Martena.... ex quo genere fuit Blivilas, dux Pentapolitanus ejusque germanus Froïlas et nostri temporis Bessa patricius. Jorn., R. Get., ibid.
Note 595: (retour) Factiosi statim comere cæsariem, ac novo quodam et Romanis alieno cultu recidere; nam..... sinciput capillitio ad tempora usque nudarunt, coma ad occipitium permissa, ut Massagetæ solent, nulla lege diffluere; quare et hunc habitum hunnicum appellavere. Omnes sibi curarunt vestes arte laboratas... Vestis manicæ ad volam strictissime coïbant, inde vero ad humeros, in miram amplitudinem diffundebantur. Procop., Hist. Arcan., c. 7.
Note 596: (retour) Ad barbarorum morem habitu se comparavit. Procop., Hist. Arc., c. 14.
Note 597: (retour) Giesmi filius qui post patris obitum, ad avunculum ex matre, Sirmii regem, accessit. Theophan., Chronogr., p. 185.--Giesmi filius, regulus Sirmii. Cedren., t. I, p. 172.

On aimerait à suivre dans l'histoire, très-confuse et très-incomplète de ce temps, les vestiges du pacifique Hernakh, sur qui Attila fondait l'espoir d'une longue postérité. La prédiction s'est-elle accomplie, et sommes-nous tenus de croire comme les Huns à l'infaillibilité de leurs chamans? Que devinrent Uzindour et Emnedzar, doublement frères598 d'Hernakh et fidèles compagnons de sa fortune? lui restèrent-ils toujours unis? Le temps a jeté sur toutes ces destinées un voile qui ne se lèvera plus. Nous sommes un peu moins ignorants sur le compte de Gheism, qu'Attila avait eu de la sœur d'Ardaric, roi des Gépides. L'histoire nous le montre d'abord retiré en Gépidie près de son oncle, où il vit tranquillement avec son petit peuple dans la condition de vassal. Son fils Mundo ou Mundio, dont le nom rappelle Mundiuk599, père d'Attila, lui succède dans le gouvernement de sa tribu et dans la faveur des rois gépides. Cette faveur ne se démentit point jusqu'au moment où Thraséric monta sur le trône; mais alors elle fit place à une haine déclarée. Mundo, fier et passionné, ne supporta pas longtemps les persécutions dont il était l'objet. Un jour il brisa son lien de vasselage, passa le Danube avec quelques braves compagnons, et alla chercher asile sur les terres romaines600. Pour vivre il se fit voleur, enlevant les troupeaux qui pâturaient dans les vallées de l'Hémus, pillant les villages et détroussant les voyageurs sur les chemins. Ce métier-là, il faut le dire, n'avait rien d'extraordinaire ni presque de honteux dans ce pays et ce temps misérables, où l'incertitude de la vie avait atteint sa dernière limite, et où le dépouillé du jour devenait malgré lui, par une conséquence fatale de sa ruine, le spoliateur du lendemain. Mundo ne se trouva donc pas seul à le pratiquer. Outre ces Goths dont j'ai parlé plus haut et qui infestaient surtout la Mésie supérieure, il y avait tout le long des Alpes Pannoniennes et Noriques des bandes organisées pour le pillage et composées de gens de toute race, provinciaux et barbares, Goths, Gépides, et Romains; c'étaient la misère, l'oisiveté et le désordre qui les recrutaient. Assez nombreuses pour former comme un petit peuple, elles portaient vulgairement la dénomination de Scamari, d'un mot illyrien qui paraît avoir signifié brigands601. Les Scamares, émerveillés de la hardiesse des expéditions de Mundo, lui proposèrent de se mettre à leur tête, et le brigandage prit dès lors les proportions d'une véritable guerre.

Note 598: (retour) Emnedzar et Uzindur consanguinei ejus. Jorn., R. Get., 49.
Note 599: (retour) Le nom du père d'Attila est écrit Mundiukh par Priscus, et Mundzuc par Jornandès.--C'est Jornandès qui nous donne pour le fils de Gheism les deux formes Mundo et Mundio.
Note 600: (retour) Turrim quæ Herta dicitur, supra Danubii ripam positam occupans, ibique agresti ritu prædans vicinos, regem se suis grassatoribus nuncupat. Jorn., R. Get., 50.
Note 601: (retour) Nam hic Mundo... Gæpidarum gentem fugiens ultra Danubium in incultis locis sine ullis terræ cultoribus debacchatur: plerisque abactoribus, Scamarisque et latronibus undecumque collectis... Jorn., R. Get., 50.

Un coup de main heureux les ayant rendus maîtres de la tour d'Herta, forteresse qui dominait le haut Danube, leur ambition n'eut plus de bornes; ils élevèrent Mundo sur le pavois et le proclamèrent roi des Scamares602. Toute la contrée s'émut à cet excès d'impudence. L'empire romain et le royaume des Gépides, également intéressés à la répression des désordres, envoyèrent des troupes chacun de leur côté: les Gépides, plus voisins, arrivèrent les premiers, et mirent le siége devant Herta. Serré de près par les armes et bientôt par la famine, Mundo désespérait presque de lui-même et songeait à se rendre603, quand un incident le sauva. Les Ostrogoths étaient alors en querelle avec les Gépides pour la possession de leurs anciens cantonnements du Danube, qu'ils avaient laissés vacants lors de leur départ pour l'Italie, et dont ceux-ci s'étaient emparés. Après avoir réclamé vainement ce qu'il appelait le patrimoine des Goths, Théodoric venait d'envoyer sur la Save une armée chargée de rejeter les usurpateurs au delà du Danube. Informé de cette circonstance, Mundo en tire un parti merveilleux; il se déclare le vassal de Théodoric et se place sous la protection des Goths, qui, trouvant un grand intérêt à la coopération des Scamares, dégagent Herta, et mettent Mundo en liberté604. Le fils d'Attila prend aussitôt le chemin des Alpes, et va prêter son serment de vasselage entre les mains de Théodoric.

Note 602: (retour) Ce même mot de Scamar se trouve dans la Vie de saint Séverin (Cap. 7.) pour designer les mêmes bandes de brigands qui infestaient le Norique: «Latrones quos vulgus Scamaros appellabat.»
Note 603: (retour) Hunc ergo pœne desperatum, etiam de traditione sua deliberantem... Jorn., R. Get., 50.
Note 604: (retour) Petza subveniens e manibus Sabiniani eripuit, suoque regi Theodorico cum gratiarum actione fecit subjectum. Jorn., R. Get., ibid.

Le roi d'Italie l'attacha à sa personne, et Mundo servit brillamment sous ce grand capitaine; mais Théodoric étant mort et le royaume des Ostrogoths devant passer aux mains de sa fille Amalasunthe, Mundo dédaigna de porter les armes sous une femme. C'était le temps où Justinien, à peine monté sur le trône impérial, attirait déjà les regards du monde entier, qui semblait entrevoir son génie. Curieux de le connaître et de tenter fortune près de lui, Mundo se rendit à Constantinople avec une troupe d'Hérules qui demandèrent à le suivre605. Un fils d'Attila vassal et déserteur des Goths, un roi des Scamares dont les aventures couraient toutes les bouches ne pouvait manquer de réussir à la cour de Justinien, rendez-vous de tant d'aventuriers. Il plut à cet empereur, qui lui donna du service, et entra en relation avec Bélisaire, déjà plein de gloire et pourtant disgracié. Mundo se trouvait à Constantinople en 532, lorsque éclata cette fameuse insurrection du cirque qui faillit emporter Justinien et bouleverser l'empire606. Les séditieux, munis d'armes pillées dans les arsenaux, étaient maîtres de la ville; les troupes chancelaient, et déjà la populace, retranchée derrière les murs du cirque comme dans une forteresse, proclamait un autre empereur. Tout semblait perdu, et Justinien, s'abandonnant lui-même, parlait de quitter la ville, quand Bélisaire, sorti de sa retraite, se chargea d'étouffer la rébellion. Il lui fallait des hommes déterminés, il prit Mundo, qu'en sa qualité de Hun il mit probablement à la tête des escadrons de cavalerie restés fidèles. Sa confiance ne fut point trompée. Tandis que lui-même forçait avec ses cohortes d'infanterie la porte du cirque la plus voisine du palais, le petit-fils d'Attila, suivi de sa troupe, s'élançait par la porte opposée, l'épée en avant, au grand galop de son cheval: on sait le reste. Justinien paya ce service du poste de commandant général de l'Illyrie. Rien ne se passait dans la vie de Mundo comme dans celle du vulgaire des hommes. En se rendant à son poste, il rencontre une armée bulgare qui venait de franchir le Danube et marchait vers la Thrace; cette armée ne le fait pas reculer. Avec une poignée d'hommes qui composaient son escorte, il la traverse d'un bout à l'autre en se battant, et arrive sain et sauf dans sa résidence607.

Note 605: (retour) Theoderico fatis functo... ab imperatore Justiniano imperii subditum se haberi postulavit. Quin etiam Constantinopolim accessit, quem imperator maximis muneribus donatum... Theophan., Chronogr., p. 135.--Quem imperator humanissime tractatum Illyricum præfectum dimisit. Cedren. t. I, p. 372.--Anast., p. 63.
Note 606: (retour) C'est l'insurrection appelée par les contemporains Nicâ: sois vainqueur, parce que les insurgés avaient pris ce mot pour signal de leur révolte. Voir Procop. Bell. Pers., I, 24, 25.--Chron. Pasch., p. 336-340.--Theophan., Chronogr., p. 154-158.--Cedren., t. I, p. 369.--Jorn., Temp. Succ., etc.
Note 607: (retour) Theophan., p. 185.--Anast., p. 63.--Cedren., t. I, p. 372.