1365. La || Prevve || des Passages || allegvez dans || les Observations || svr le Cid. || A Messieurs || de l'Academie. || Par Mr de Scudery. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, à l'Escu de France. || M.DC.XXXVII. In-8 de 14 pp. (y compris le titre) et 1 f. blanc.
Scudéry cite ces paroles du Tasse: «Io non mi dolgo, che habbiano cercato d'impedirmi questo honore, che m'era fatto d'al vulgo, perche di nissuna cosa ragionevole mi debbo dolere: piu testo dovrei lamentarmi di colero, che inalzandomi dove non merito di salire, non hanno riguardo al precipitio,» puis il ajoute: «Ce sont les modestes paroles, par où le Tasse, le plus grand homme de son siècle, a commencé l'Apologie du plus beau de ses Ouvrages, contre la plus aigre et la plus injuste Censure, qu'on fera peut-estre jamais. Mr Corneille, tesmoigne bien en ses Responses, qu'il est aussi loing de la modération, que du merite de cet excellent Autheur, puisqu'au lieu de se donner l'humilité d'un Accusé, il occupe la place des Juges, et se loge luy-mesme à ce premier lieu, ou personne n'oseroit seulement dire qu'il pretend. C'est de cette haute region, que sa plume, qu'il croit aussi foudroyante que l'eloquence de Pericles, luy a fait croire, que des injures estoient assez fortes, pour destruire tout mon Ouvrage, et que sans combattre mes raisons par tant d'autres, il lui suffisait seulement de dire que j'ay cité faux.»
1366. Epistre || avx Poëtes || dv temps, || sur leur querelle || du Cid. || A Paris, || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 14 pp. et 1 f. blanc.
1367. Pour le sievr Corneille contre les ennemis du Cid. A Paris, M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 7 pp.
Sonnet. (Bibliothèque de l'Arsenal.)
1368. Discovrs || a || Cliton. || svr les || Observations || dv Cid. || Auec vn Traicté de || la disposition du Poëme Drama- || tique, & de la prétenduë Regle || de vingt-quatre heures. || A Paris, || Imprimé aux despens de l'Autheur. [1637]. In-12 de 103 pp., y compris le titre.
L'auteur de ce traité, que les frères Parfaict ont mal à propos attribué à Claveret (Histoire du Théâtre-François, t. Ve, p. 257), affecte de montrer une grande impartialité en faveur du Cid. «Je me suis trouvé une fois dans le parterre, dit-il, et une autre fois dans les galleries, à la représentation de ce nouveau Poëme; et je suis tesmoin de ce qu'en disent encore les sçavants et les ignorants, la cour et le bourgeois, comme remarque notre Observateur: je n'en connois l'Autheur que de nom, et par les affiches des Comediens. Or à cause que je fais quelques fois des vers, et que je favorise ceux qui s'en meslent, j'ay inclination pour luy, et je panche desjà du costé de ses Approbateurs...» Il ajoute que le Traité de la disposition du Poëme dramatique était écrit cinq ou six ans avant la querelle du Cid et qu'il n'y a rien changé. «Comme ce Traicté, dit-il en terminant, estoit sous la Presse mesme auparavant la Lettre apologitique du Sieur Corneille, je ne sçay combien de feuilles volantes ont été jettées en public presque en mesme temps, sur le sujet du Cid, et de son Observateur. Apres quoy, il semble que je serois obligé de signer cet escrit, si je voulois prendre la qualité d'intervenant, au procés qui s'instruict en l'illustre Academie, sur la requeste du Sr de Scudery. Mais plustost que de plaider (qui est un mestier que je m'empesche de faire autant que je puis), j'ayme mieux que ce petit ouvrage s'en aille avec les vagabons et gens sans adveu, ou qu'il soit mis aux Enfermez comme un enfant trouvé. Cliton en aura du soin comme son parrain, et ma pauvre Muse, apres avoir couru le pont neuf et s'estre ainsi prostituée aux colporteurs, sera possible receue aux filles repenties.»
1369. Examen || de ce qvi || s'est fait povr || et contre le Cid; || auec vn Traicté || de la Disposition du Poëme || Dramatique, & de la || pretenduë Regle de || vingt-quatre heures. || A Paris, || Imprimé aux despens de l'Autheur, [1637]. In-8 de 103 pp.
Cette édition porte, comme la précédente, au titre de départ: Discours à || Cliton, || sur les || Obseruations || du Cid, || avec vn Traicté de || la disposition, etc.
1370. Le Ivgement || dv Cid, || Composé par vn Bourgeois de || Paris, Marguillier de sa || Paroisse. [Paris, 1637 ]. In-8 de 24 pp.
La pièce n'a qu'un simple titre de départ, p. 1.
Cette édition, que M. Marty-Laveaux n'a citée que d'après les notes manuscrites de Van Praet, est conservée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 2538 (3) Rés.). Malheureusement l'exemplaire qu'elle en possède est incomplet des deux ff. paginés 3-6.
1371. Le Ivgement || dv Cid. || Composé par vn Bourgeois de || Paris, Marguillier de sa || Paroisse. S. l. n. d. [Paris, 1637]. In-8 de 16 pp.
Cette édition n'a pas de f. de titre, mais un simple titre de départ. La pièce a été réimprimée dans le Recueil de Dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine (no 1336), dans l'Esprit du grand Corneille, par François de Neufchâteau (no 792), et dans le Tableau de la littérature française au seizième siècle, par M. Sainte-Beuve, 2 vol. in-8; M. Marty-Laveaux en a donné un extrait (t. Xe, p. 502).
1372. L'Acomodement || dv Cid & de son || censevr. || A Paris, || M.DC.XXXVII [1637], Pet. in-8 de 7 pp. de 14 lignes, impr. en gros caractères.
Cette pièce, dont nous avons trouvé un exemplaire au Musée britannique (840. C. 22), n'a pas encore été signalée. C'est un tissu de violentes injures contre Corneille; mais, comme elle est très-courte, nous ne croyons pas inutile de la transcrire:
«Monsieur du Cid, vous n'avés fait que deux fautes, qui ne se puissent reparer: l'une, d'avoir fait imprimer vostre piece, qui avoit esté si bien approuvée sur le Theatre. Et l'autre, d'avoir répondu à celuy qui l'a censurée; Parce que vous ne vous deviés pas ennyvrer de la gloire du Theatre, pour montrer que vous n'en pouviez pretendre hors de là: Et que pour répondre à un ennemy déclaré et conneu, il faloit faire mieux de la plume ou de l'espee. Vous ne sçauriez mei [sic] que dans le détail de vostre Piéce, vous ne soyez imbecile dans le sentiment des Roys, de la Nature, de la Vertu, des Grands, des Sages, des Capitaines, des Fanfarons et des Modestes: Et que vous ne soyez extrémement plat et fade dans vos Vers, pour estre si presomptueux, si foible et si extravagant en l'Epistre d'Ariste, qu'on ne peut comprendre quel mouvement vous l'a dictée. Mais si l'on vous reproche qu'en vostre lettre Apologitique au Sr Scuderi, l'on ne sçauroit deviner si vous voulez passer pour Vaillant, pour Poltron, pour Ecolier ou pour Maistre: Et qu'on doute si vous connoissez vous mesme ce que vous estes (si ce n'est un Suppliant qui voudroit bien faire le Rodomont) Consolez-vous, que celuy qui vous a deffaict en une moitié de son Livre s'est deffaict en l'autre, et vous accordez tous deux. Fin.»
1373. Epistre || familiere || dv Sr Mayret. || Av Sr Corneille. || Sur la Tragi-comédie du Cid. || A Paris, Chez Anthoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite Sale, || a l'Escu de France. || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 48 pp. (la dernière chiffrée par erreur 38).
«Monsieur, dit Claveret au début de sa lettre, si je croyois le bruit commun, qui vous declare desja l'Autheur de ces mauvais papiers volants qu'on void tous les jours parestre à la deffense de vostre Ouvrage; Je me plaindrois de vous à vous-mesme, de l'injustice pue l'on me fait en un libelle de vostre style, et peut-estre de vostre façon [dans la Lettre apologétique de Corneille]: Mais comme l'action est trop indigne d'un honneste homme, je suspendray pour quelque temps ma creance en vostre faveur; et me contenteray (puisque la querelle de vostre Cid vous a rendu chef de party), de vous demander seulement raison de l'impertinence d'un de vos lanciers qui m'est venu rompre dans la visiere mal à propos; mais d'autant que je n'ay pas l'honneur de connoistre le galant homme, et qu'il ne seroit pas raisonnable que je me commisse avec un masque, je vous addresseray, s'il vous plaist, ce petit discours, comme si vous estiez luy-mesme.»
Cette lettre, dans laquelle Claveret nous donne un grand nombre de détails curieux pour l'histoire littéraire du temps, est datée de Paris le 4 juillet 1637. Elle est suivie d'un post-scriptum ainsi conçu:
«Si je ne craignois d'abuser de vostre bonté je vous prierois de faire tenir la cy-jointe à vostre Amy, que vous empescherez s'il vous plaist de plus outrager le mien: autrement nous userons du droict de représaille sur un des vostres, qui n'a desjà que trop souffert pour vos interests, et ceux de vostre Chef-d'œuvre. J'aime mieux paroître obscur que satyrique.»
Vient ensuite la Response à l'Amy du Cid sur ses invectives contre le Sieur Claveret, qui occupe les pp. 30 à 48.
1374. Lettre || dv || des-interessé, || av Sievr Mairet. S. l. n. d. [Paris, 1637]. In-8 de 7 pp.
Cette pièce, que le P. Niceron attribue à tort à Corneille, a été reproduite par M. Marty-Laveaux (t. IIIe, pp. 62-67); l'imprimé n'a qu'un simple titre de départ.
1375. Advertissement || av Besançonnois || Mairet. || M.DC.XXXVII [1637]. In-8 de 12 pp. (y compris le titre) et 22 ff. blancs.
Cette pièce, reproduite en entier par M. Marty-Laveaux (t. IIIe, pp. 67-76), est attribuée à Corneille lui-même par les frères Parfaict.
1376. Recveil || des bonnes || Pieces qvi ont esté || faites povr & contre || le Cid. || Par les bons esprits de ce temps. || A Paris, || Chez Nicolas Traboūillet, au Palais, || en la Gallerie des prisonniers, à || la Tulippe; [ou Chez Cardin Besongne, au Palais, au haut de la montée de la Ste Chapelle, aux Rosés vermeilles]. || M.DC.XXXVII [1637]. In-12.
M. Taschereau s'est borné à citer ce Recueil d'après une Vie de Corneille, «manuscrit d'une date ancienne qui faisait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne», sans vérifier si c'était une réimpression ou un recueil factice d'un certain nombre de factums publiés dans la querelle du Cid. Nous avons été plus heureux que M. Taschereau, et nous avons pu constater que le volume dont nous venons de transcrire le litre n'est qu'un recueil factice pour lequel les libraires Trabouillet et Besongne avaient fait imprimer un titre. Voici l'indication des pièces que contient l'exemplaire de M. le baron James de Rothschild, en tout conforme à l'exemplaire au nom de Besongne, décrit au catalogue Soleinne (t. Ve, no 428). On remarquera que les libraires ne se sont pas appliqués à les ranger d'une manière absolument méthodique:
1o Titre;
2o Observations sur le Cid (no 1350);
3o Excuse à Ariste (no 142); cette pièce est encartée entre le titre des Observations et le f. blanc qui suit ce titre;
4o Lettre apologétique du Sr Corneille (no 145);
5o La Voix publique à Monsieur de Scudery (no 1355);
6o L'Amy du Cid à Claveret (no 1359);
7o La Preuve des Passages alleguez dans les Observations sur le Cid (no 1365);
8o L'Incognu et véritable Amy de Messieurs de Scudery et Corneille (no 1356);
9o Lettre à ⁂ sous le nom d'Ariste (no 1361);
10o Responce de *** à *** sous le nom d'Ariste (no 1362);
11o Lettre pour Monsieur de Corneille contre les mots de la Lettre sous le nom d'Ariste (no 1363);
12o Discours à Cliton sur les Observations du Cid (no 1368);
13o Epistre familière du Sr Mayret au Sr Corneille (no 1373);
14o Le Souhait du Cid en faveur de Scuderi (no 1357);
15o Lettre du des-interessé au Sieur Mairet (no 1374).
1377. Apologie || povr Monsievr || Mairet, contre || les calomnies du Sieur Corneille de Roüen. || M.DC.XXXVII [1637]. In-4 de 32 pp.
Cette pièce, que ni M. Taschereau ni M. Marty-Laveaux n'ont pu voir, existe à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 458 (3) Rés.).
1378. Lettre de M. l'abbé de Bois-Robert à M. Mairet.
Cette lettre, relative à la querelle du Cid, et datée du 5 octobre 1637, a été imprimée pour la première fois dans le Recueil de Dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine (no 1336), t. Ier, pp. 114 sqq.
1379. Lettre de || Mr de Balzac, || a Mr de Scvdery, || svr ses Observations || dv Cid. || Et la Response || de Mr de Scudery, || à Mr de Balzac. || Auec la Lettre de || Mr de Scudery à Messieurs || de l'Academie Françoise, || sur le iugement qu'ils ont fait du Cid, || & de ses Obseruations. ||A Paris, || Chez Augustin Courbé, Libraire || & Imprimeur de Monseigneur frere du Roy, || dans la petite Salle du Palais, à la Palme; [ou Chez Antoine de Sommauille || au Palais dans la petite Sale [sic], || à l'Escu de France] M.DC.XXXVIII [1638]. In-8 de 34 pp.
La Lettre de M. de Balzac à M. de Scudery occupe les pp. 3-14; ensuite vient 1 f. blanc, qui n'est pas compris dans la pagination et qui termine le cahier B.—La Response de Mr de Scudery à Monsieur de Balzac remplit les cahiers C et D, dont les pp. sont chiffrées de 15 à 39.—La Lettre de Mr de Scudery à Messieurs de l'Académie Françoise n'occupe que 2 ff., signés E et paginés de 31 à 34.
Bibliothèque nationale (Y. 5665 (5) Rés.) 2 exempl.
1380. Les Sentimens || de || l'Academie || Françoise || svr || la Tragi-Comedie || dv Cid. || A Paris, || Chez Iean Camusat, ruë sainct || Iacques, à la Toyson d'Or. || M.DC.XXXVIII. || Auec Privilege du Roy. In-8 de 192 pp.
L'extrait du privilége se trouve à la fin de la p. 192. Il est daté du 26 novembre 1637 et donné à J. Camusat pour dix ans.
La Bibliothèque nationale possède le manuscrit original de Chapelain, avec des notes autographes du cardinal de Richelieu. Voy. les détails que M. Marty-Laveaux donne à ce sujet (t. IIIe, p. 34, note 1).
1381. Les Sentimens || de || l'Academie Françoise || sur || la Tragi-Comedie du Cid. || A Paris || En la boutique de G. Quinet au Pa- || lais à l'entrée de la Gallerie des || Prisonniers à l'Ange Gabriel. || M.DC.LXXVIII [1678]. || Avec Privilege du Roy. || Pet. in-8 de 183 pp.
Au verso du dernier feuillet, chiffré 183, se trouve le privilége daté du 26 novembre 1637, et portant deffences à tous autres qu'à Jean Camusat d'imprimer le présent volume pendant l'espace de dix ans.
1382. Observations sur les Sentiments de l'Academie Françoise. Msc. de 35 ff. non chiffr. et 1 f. blanc, à la Bibliothèque Sainte Genevieve (Y. 458 (3), in-4, Rés.).
Il est possible que ces Observations aient été imprimées, et que l'Académie, à l'adresse de qui elles contiennent une assez vive critique, ait obtenu la suppression de l'édition. La copie que nous citons est d'une belle écriture de la première moitié du XVIIe siècle et fait partie d'un recueil qui a dû être formé vers 1650 (il contient une pièce de 1643). Voici le début de cette apologie du Cid:
«Observations sur les Sentiments de l'Academie Françoise.
«Ceux qui par un désir de gloire se veulent rendre les Censeurs des ouvrages qui sont donnés au public ne doivent pas trouver mauvais que le public mesme se rende le juge de leur censure, et comme ils entreprennent librement de corriger les œuvres d'autruy, et de soumettre à leur jurisdiction les Livres et les Autheurs, ainsi est-il raisonnable que leurs ouvrages souffrent la mesme correction et qu'à leur exemple chacun se donne la liberté de les examiner par les regles de sa propre raison, puisque sans authorité ils exercent une espece d'inquisition sur les Lettres, il est bien juste que ceux qui en font commerce soient aussi les inquisiteurs de leurs jugements, qu'ils corrigent leurs corrections, et qu'ils facent voir à ces nouveaux critiques que leur censure mesme n'est pas exempte de reprehension.
«Si, en la correction de la Tragicomedie du Cid, les censeurs académiques eussent suivy les regles communes et ordinaires d'une juste censure, et si balançant leur jugegement entre les loix de la justice et celles de la grace, ils eussent corrigé les deffauts qui estoient reprehensibles et pardonné à ceux qui estoient remissibles, leurs Sentiments eussent passé sans reproche, et tant de belles observations qu'ils contiennent eussent eu les louanges et les couronnes qu'elles pouvoient meritter. Certes nous leur rendons ce témoignage que l'élégance et la beauté du style relevé de poinctes égyptiennes et les raisons revestues de belles et specieuses apparences pouvoient porter cet ouvrage jusques au dernier degré de l'admiration. Mais quand on vient à l'examiner comme l'Académie a examiné la Tragicomedie du Cid, c'est à dire à la rigueur et par des regles severes et tyranniques, par chiquaner et pointiller comme elle a faict jusques aux moindres et plus legeres particules, combien de taches dans cette belle piece, que de nuages parmy ces brillans, et que de plates peintures entresemées parmy ces images de relief.
«Que les criticques en jugent sur nos indices, et qu'à nostre déclaration ilz examinent d'abord la premiere periode de ces beaux sentiments academiques, periode qui devroit estre ornée et embellie comme l'entrée et le frontispice d'un ouvrage corinthien et qui cependant n'est rien qu'un amas de paroles rudes, confuses, sans raison ni liaison. Mais pour en bien juger, il la faut considerer en son jour et en sa propre situation:
«Ceux qui par quelque desir de gloire donnent leurs ouvrages au public ne doibvent pas trouver estrange que le public s'en face le juge. Comme le present qu'ilz luy font ne procede pas d'une volonté tout a faict des-interessée et qu'il n'est pas tant un effect de leur libéralité que de leur ambition, il n'est pas aussi de ceux que la biensceance veut qu'on reçoive sans en considérer le prix.»
Cette seule phrase fournit à l'auteur quatre observations dans lesquelles il ne ménage pas l'Académie.
1383. L'Innocence ||et le || veritable Amovr || de || Chymene. || Dedié aux dames. || Imprimée cette Année || M.DC.XXXVIII [1638]. Pet. in-8 de 47 pp.
Cette pièce, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal (13826. B), contient la défense de Corneille, en même temps que celle de Chimène. «Nostre divin poëte, y est-il dit p. 47, n'a eu autre intention que de contenter les plus gentils esprits, il les a non-seulement contenté, mais ravy; que son poëme soit regulier ou irregulier, cela luy doit estre indifferent, il n'enviera jamais à son censeur la premiere chaire dans les ecoles pendant qu'il sera regardé et consideré dans la Cour, comme l'unique et le plus ravissant des poëtes.»
1384. La Svite || et le || Mariage || dv Cid, || Tragi-Comedie. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais sous || la montée de la Cour des Aydes..|| M.DC.XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 108 pp.
Collation des ff. prélim.: titre, avec un fleuron qui représente une fontaine jaillissante éclairée par le soleil; on lit au-dessus de cette fontaine, sur une banderole qui s'enroule dans la bordure, cette devise: Heureux qui naist ainsi;—3 pp. pour la dédicace A Madame la Duchesse de Lorraine, dédicace signée C.;—1 p. pour le Privilége (accordé pour dix ans à Quinet, à la date du dernier jour de juillet 1637, et suivi d'un achevé d'imprimer du dernier octobre 1637);—1 p. pour l'Argument du premier acte;—1 p. pour les Acteurs.
Cette pièce, en cinq actes et en vers, est l'œuvre de Chevreau, qui espérait peut-être, en signant seulement de son initiale, que le public l'attribuerait à Corneille.
1385. La Svitte || et le || Mariage || dv Cid. || Tragi-comedie. || A Paris || Chez Toussainct Quinet || au Palais. Auec Privilege. || 1638. || Pet. in-12 de 4 ff. et 83 pp.
Cette édition, faite sur le modèle de la petite édition in-12 du Cid, est précédée d'un frontispice, gravé par Briot, qui sert de titre. Elle est dédiée par Chevreau à Madame la Duchesse de Lorraine. La dédicace est signée d'un C.
Vendu: 20 fr. mar. r. (Capé), Giraud, 1855 (no 1651).
1386. Le || Mariage || dv Cid. || Tragi-Comedie. || Iouxte la Copie Imprimee || A Paris. || CI Ↄ IↃ CXXXVIII [1638]. Pet. in-8 de 88 pp. (y compris les 4 ff. prél. non chiffr.), caract. ital.
Cette édition de la pièce de Chevreau est imprimée avec les mêmes caractères et avec les mêmes fleurons que l'édition du Cid portée sous le no 274. M. Pieters, qui ne l'a pas vue, s'est borné à la décrire d'après le catalogue Lambert (Annales de l'Imprimerie des Elzeviers, 2e édit., p. 190). Nous avons vu à la bibliothèque Cousin le recueil qui a figuré à la vente Lambert (1850), et nous avons pu vérifier la parfaite exactitude des renseignements fournis par le rédacteur du catalogue. Un autre exemplaire, joint au Cid Elzevier de 1638, nous a été communiqué par M. Tandeau de Marsac.
1387. La Svite || et || le Mariage || dv Cid. || Tragi-Comédie. || Iouxte la Copie imprimée || A Paris. || M.DC.XXXX [1640]. In-8 de 78 pp. (y compris le titre), plus 1 f. caract. ital.
Au verso du titre, un bois grossier représentant le Cid.
Le f. non chiffré qui se trouve à la fin contient un carton, qui doit se placer à la page 46. On y trouve l'argument du quatrième acte.
On trouve cette édition jointe à une réimpression du Cid, qui porte la même date (no 275).
1388. La || Svitte || et le || Mariage|| dv || Cid. || Tragi-Comedie. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, au || Palais, dans la petite salle, à l'Escu de France. || M.DC.XXXXVI [1646]. || Auec Privilege du Roy. In-12 de 82 pp. et 1 f. blanc.
Les 8 premières pp. de cette édition contiennent les préliminaires: le titre, la dédicace signée C, le privilège où ne figure que le nom de Toussainct Quinet et les noms des Acteurs.
1389. La Suite || et le || Mariage || dv Cid. || Tragi-Comedie. || A Caen, || Chez I. Iacques Godes, Impr. & March. Lib. || proche les RR. Peres Iesuittes[sic]. || M.DC.LXXXII [1682]. In-12 de 60 pp.
Édition mal imprimée, sur mauvais papier. On lit au titre de départ, p. 3: La Suitte et le Mariage du Cid.
Nous avons cité, no 1016, une pièce française traduite en allemand par Isaac Clauss, en 1655, qui n'est autre, croyons-nous, que la pièce de Chevreau.
1390. La Vraie Svite dv Cid, Tragi-Comedie. A Paris, Chez Antoine de Sommauille, 1638. In-4.
Pièce en cinq actes et en vers, par Desfontaines; elle fut représentée en 1637.
1391. La vraye Svitte du Cid. A Paris, Chez Antoine de Sommanuille, 1638. Pet. in-12.
Vendu: 8 fr., demi-rel., Solar, 1860 (no 1694).
1392. The || Second Part of || the || Cid. || London, || Printed by I. Okes, for Samuell || Browne, and are to be sold at his || shop in St. Pauls Church-yard || at the signe of the white Lion. || M.DC.XXXX [1640]). In-12 de 35 ff. non chiff. et 1 f. blanc.
Traduction en vers de la Vraie Suite du Cid. La dédicace «to the truely Noble the Ladie Theophila Cooke» est signée Rutter. Le traducteur prétend qu'il n'a mis cette suite sur la scène anglaise qu'à la demande du roi Charles Ier.
1393. L'Ombre dv comte de Gormas et la Mort dv Cid, Tragi-Comedie par Chillac, Juge des Gabelles de S. M. en la ville de Beaucaire en Languedoc. Paris, Cardin Besongne, 1639. In-4.
1394. L'Ombre dv comte de Gormas et la Mort dv Cid, Tragi-Comedie [par Timothée de Chillac], Sur l'imprimé A Paris, Chez Cardin Besongne, 1645. Pet. in-8 de 98 pp.
Cat. Soleinne, no 1181.
1395. L'Ombre dv Comte de Gormas et la Mort dv Cid. Tragi-Comedie, Iouxte la Copie imprimée A Paris, 1646. In-8.
1396. L'Ombre dv Comte de Gormas et la Mort dv Cid, Tragi-Comedie par M. Timothée de Chillac; A Caen, Chez Jacques Godes, 1682. In-12.
1397. L'Ombre dv Comte de Gormas et la Mort dv Cid, Tragi-Comedie par M. Timothée de Chillac. A Caen, Chez Jacques Godes, 1696. In-12.
La pièce de Chillac a été traduite en allemand par Isaac Clauss, en 1655, à la suite du Cid (voy. le no 1016).
1398. Chapelain décoiffé, ou Parodie de quelques scenes du Cid. S. l., 1665. In-12.
Cette parodie bien connue, de Furetière, figure dans un grand nombre d'éditions des Œuvres de Boileau.
1399. Récit tiré des Mémoires de Michel Turretini, pasteur et professeur, de la discussion qui eut lieu entre le Conseil et la vénérable Compagnie, en 1681, au sujet de la représentation du Cid.
Inséré dans les Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, t. Ier, pp. 80 sqq.
1400. Ode de Mr Boileau Despreaux sur la Prise de Namur. Avec une Parodie de la mesme Ode par le Sieur P. Motteux. Et une Parodie d'une Scene du Cid, sur ce sujet. Par Messieurs D. A. & H. A Londres, Chez R. Bentley Libraire, à la Poste au Covent-Garden; R. Parker, à la Licorne sous la Bourse Royale, & tous les Libraires François. S. d. [1683?], pet. in-8 de 15 pp.
Musée britannique: 1073. d. 30.
1401. Critica á Famosa Tragedia do Cid, composta por Pedro Corneille, e Reparos a ella, por D. Francisco Paulo de Portugal e Castro. Lisboa, por Miguel Rodrigues, 1747. In-4 de 18 pp.
Le comte de Vimosa, marquis de Valença, auteur de cette critique, est presque un contemporain de Corneille; il naquit à Lisbonne en 1679 et y mourut en 1749. Sa critique a donné lieu à la réponse suivante:
NOTAS á Critica que o snr. Marquez de Valença fez á Tragedia do Cid composta por Mr. Corneille.
Nous ne savons si cette pièce a été imprimée; il en existe une copie manuscrite à la Bibliothèque nationale de Lisbonne, dans un volume de Mélanges (Miscellaneas) d'Alexandre de Gusmão.
Le marquis de Valença fit paraître à son tour une contre-critique dont voici le titre:
Resposto do Marquez de Valença aos Reparos de um anonymo á Critica que fez o mesmo Marquez á famosa Tragedia do Cid. Lisboa, por Miguel Rodrigues, 1748. In-4 de VIII et 23 pp.
1402. Du Cid du grand Corneille, par A. La Beaumelle.
Chefs-d'œuvre des Théâtres étrangers; Chefs-d'œuvre du Théâtre espagnol, Torres Naharro, Cervantes Saavedra, Guillem de Castro (Paris, Ladvocat, 1823, in-8), pp. 309-331.
La Beaumelle compare le Cid de Corneille à celui de Diamante, et reconnaît dans ce dernier une simple imitation, contrairement à l'opinion de Voltaire et à celle de la Harpe.
Ici devraient figurer, dans l'ordre chronologique, deux pièces de circonstance, jouées à Rouen le 29 juin 1823 et le 29 juin 1827, et qui sont relatives au Cid. On les trouvera dans notre chapitre XXIe (nos 1559 et 1565).
Le National du 11 avril 1841.
Génin fournit de nouveaux arguments à l'appui de l'opinion développée pour la première fois par La Beaumelle.
1404. Commentaire sur le Cid, tragi-comédie de Pierre Corneille, par M. Walras. Caen, imprimerie d'Hardel, 1843. In-8.
1405. Le Cid, par Paul de Musset.
Revue de Paris, IVe série, t. XXVIIe (mars 1844).
1406. L'Académie et la Critique du Cid, par Charles Loubens.
Revue indépendante, t. XVIIIe (1845). pp. 375 sqq.
1407. De Petri Cornelii Tragoedia Cid. Dissertatio quam scripsit Ulricus Petri, Brunopolitanus. Brunsvigae, typis exscripsit Fr. Otto, M.DCCCXLVII [1847]. In-8 de 40 pp.
1408. Le Cid, esquisse littéraire, par M. Walras, inspecteur de l'Académie du Nord. Douai, Adam d'Aubers, imprimeur-éditeur, 1853. In-8 de 4 ff. et 264 pp.
Cette esquisse est le développement du Commentaire publié par le même auteur en 1843. M. Walras, chargé, en 1846, du cours de littérature française à la faculté des lettres de Caen, prit pour sujet de ses leçons le Cid, s'attachant à déterminer les emprunts faits par Corneille à Guillen de Castro et au Romancero du Cid. Comme La Beaumelle et Génin, il s'est attaché à prouver que Diamante n'avait fait que traduire l'original français.
1409. Documents relatifs a l'Histoire du Cid. Par M. Hippolyte Lucas, de la Bibliothèque de l'Arsenal. Paris, Alvarés, libraire-*éditeur, 24, rue de la Lune, [Lagny, Typographie de A. Varigault et Cie], 1860. Gr. in-12 de 2 ff. et 211 pp.
Il existe quelques exemplaires de ce livre tirés sur papier de couleur, dans le format in-8.
Voici comment s'exprime l'auteur au début de sa préface:
«Nous avons pris à tâche, dans ce volume, de bien faire connaître les principales transformations de l'histoire ou de la légende du Cid; de montrer que les sources auxquelles Corneille a puisé ne sont autres que celles qu'il a indiquées lui-même, et que c'est à tort que Voltaire, la Harpe et Sismondi l'ont accusé de plagiat, lorsque son génie n'a fait que s'inspirer du Romancero et de la première des deux comédies de Guillen de Castro, intitulées: la Jeunesse du Cid. La traduction complète et littérale de la pièce de Diamante (Celui qui honore son père) ne laissera aucun doute, dans l'esprit du lecteur, sur l'imitation faite par ce dernier du chef-d'œuvre de notre scène en le recomposant à la mode espagnole, et en y introduisant l'élément comique; nous n'avons point inséré les nombreux documents qui concernent notre Cid, et la querelle que firent à son auteur Scudéry, l'Académie, Mayret, Claveret, etc., parce que ces documents se trouvent dans presque toutes les éditions de Corneille; nous en avons seulement esquissé les principaux traits. Nous nous sommes servi principalement de matériaux empruntés aux auteurs espagnols, pour combler une espèce de lacune dans notre histoire littéraire, et, à ce point de vue, nous croyons que notre travail sera utile aux aristarques futurs et aux éditeurs qui s'occupent du premier et du plus durable chef-d'œuvre de notre littérature dramatique.»
Cette étude contient la traduction complète de la pièce de Guillen de Castro (Las Mocedades del Cid) et de colle de Diamante (El Honrador de su Padre).
1410. Pierre Corneille Et Jean-baptiste Diamante, par M. Antoine de Latour.
Article Inséré Dans le Correspondant Du 25 Juin 1861 Et Reproduit Dans l'Espagne religieuse et littéraire (Paris, 1863, in-8, pp. 113-144); M. de Latour y donne la date exacte de la naissance de Diamante, d'après des recherches faites par D. Cayetano Albertano de la Barrera. L'auteur espagnol n'etant né qu'en 1626, la question si souvent discutée depuis Voltaire de la vraie paternité du Cid est définitivement résolue.
1411. Cid i de spanska Romanserna, hos Corneille och Herder, Afhandling som framställes till offentlig granskning, af J. Oskar I. Rancken, i hist.-filolog. lärosalen den 12 october 1861, p. v. t. f. m. Helsingfors, J. C. Frenckell & Son, 1861. In-8 de 49 pp.
Thèse sur le Cid dans le Romancero espagnol, chez Corneille et chez Herder.
Articles de M. Sainte-Beuve insérés dans le Constitutionnel des lundis 2 février et 7 mars, du mardi 8 mars, du lundi 14 mars, du mardi 15 mars et du lundi 22 mars 1864; reproduits dans les Nouveaux Lundis, t. VIIe (Paris, Michel Lèvy frères, 1867, in-12), pp. 199-306.
L'auteur parle, dans le premier article, du Lexique, de M. Godefroy, de la Langue de Corneille, de M. Marty-Laveaux, et de l'édition des Œuvres de P. Corneille, donnée par ce savant chez MM. Hachette et Cie, de Corneille et son temps, par M. Guizot, du Grand Corneille historien, par M. Ernest Desjardins, et de Corneille à la Butte-Saint-Roch, de M. Édouard Fournier; il s'occupe, dans les autres articles, du Poëme du Cid, de M. Damas-Hinard, et des Recherches sur l'Histoire et la Littérature de l'Espagne pendant le Moyen-Age, par M. Reinhart Dozy.
1413. Est-il Vrai, comme l'ont affirmé Voltaire, Laharpe et Sismondi, que Corneille ait pris le sujet et les principales scènes du Cid dans une pièce espagnole de Diamante, qu'il aurait imitée et traduite sans l'indiquer et en l'adaptant à la scène française? Dissertation par M. Molinier, professeur à la Faculté de droit de Toulouse.
Mémoires de l'Académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 6e série, t. IIIe, 1865, pp. 410 sqq.
Sismondi, que M. Molinier, à l'exemple de M. H. Lucas, cite parmi les détracteurs de Corneille, n'a soumis la question à aucun examen; il s'est contenté d'indiquer d'un mot, sans aucune preuve à l'appui, que Diamante était le véritable auteur du Cid: «L'ancien poëte Diamante, dit-il, et peu après lui Guillen de Castro, ont pris dans les premières romances leur tragédie du Cid; tous deux ont servi de modèle à Corneille.» Sismondi, Histoire de la littérature du Midi de l'Europe, 3e édit. (Paris, 1829, 4 vol. in-8), t. IIIe, p. 201.
1414. Corneille et le Cid, par A.-E. Chaignet. Saint-Maixent, 1868. In-8 de 31 pp.
Conférences scientifiques et littéraires des Facultés de Poitiers.
1415. The French Cid and his Spanish Prototype; by C. Collmann. Mezeritz, 1869. In-4 de 32 pp.
Programme de gymnase.
1416. Les Différences entre la langue moderne, et celle de Corneille, étudiées dans le Cid par Dr. [sic] Woldemar Richter. Dissertation doctorale, approuvée par la Faculté philosophe de l'Université de Rostock. Torgau, 1872. Imprimerie de E. Tragmann. In-4 de 12 pp.
1417. Le Cid d'Andalousie, par M. Alexandre Dumas fils.
M. Dumas fils a longuement parlé du Cid dans son Discours de réception à l'Académie française (Paris, Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, 1875, in-4; Journal officiel de la République française du 12 février 1875). M. Dumas, qui se flatte de savoir lire entre les lignes, a voulu donner une explication nouvelle de la jalousie inspirée à Richelieu par le succès du Cid. Il prétend que le cardinal ne fut pas atteint dans sa vanité d'écrivain, mais dans ses conceptions politiques.
«Il y avait dans le Cid, pour Richelieu, une faute capitale, qui heurtait les idées, qui contrariait les projets de ce grand homme d'État, lequel entreprenait, au milieu des plus grands obstacles, de constituer non-seulement la monarchie, mais l'unité française.» Cette faute, c'était de célébrer les héros de l'Espagne, au moment où les armées espagnoles venaient de remporter contre la France des avantages signalés. M. Dumas met en scène Richelieu lui-même et lui prête un long discours, qui rappelle par certains côtés les entretiens de d'Artagnan et de Mazarin: «Prends un siége, Corneille, et écoute-moi. Tu es tout à la joie de ton triomphe; tu n'entends que le bruit des bravos, et tu ne t'expliques pas pourquoi je ne joins pas mes applaudissements à ceux de toute la ville; tu ne comprends pas pourquoi même je proteste contre ton succès. Je vais te le dire. Quoi! c'est au moment où j'essaye de refouler et d'exterminer l'Espagnol, qui harcèle la France de tous les côtés; qui, vaincu au Midi, reparaît à l'Est; qui, vaincu à l'Est, menace au Nord..., c'est en un pareil moment que tu viens exalter sur la scène la littérature et l'héroïsme espagnols!...»
Le paradoxe peut être ingénieusement soutenu, mais ce n'est là qu'un paradoxe. Il vaut beaucoup mieux écrire l'histoire preuves en mains, que de chercher à «lire entre les lignes». La persécution du Cid n'est pas une «légende», mais un fait certain, dont presque tous les détails sont connus, et dont on ne peut arbitrairement changer le caractère. Il est hors de doute que Richelieu travailla lui-même à des pièces de théâtre, et que, par un travers qui se rencontre souvent chez les grands hommes, il se crut aussi habile ecrivain qu'habile politique. S'il en était autrement, et si le Cid n'avait été persécuté que par la raison d'État, comment expliquerait-on l'intervention de l'Académie et les corrections mises de la main même du cardinal sur le manuscrit de Chapelain?
Au moment de la représentation du Cid, les Espagnols n'avaient pas encore remporté de succès qui pussent inquiéter Richelieu. Il est difficile, d'ailleurs, de voir un rapport direct entre les troupes impériales et le héros qui défait les Mores. Corneille, loin de dissimuler ses emprunts à la littérature espagnole, n'hésita pas à les faire connaître en détail. Il continua de lire les ouvrages de Lope de Vega, d'Alarcon et des autres auteurs de la Péninsule; quatre ans après le Cid, il écrivit le Menteur.
Si quelque considération politique put porter Richelieu à combattre le Cid, ce ne fut pas l'éloge des Espagnols, mais l'éloge du duel que Corneille avait imprudemment placé dans la bouche du comte de Gormas; mais, sur ce point encore, la querelle ne dut pas être de longue durée, puisque, dès les premières représentations, le poëte changea les vers qui pouvaient blesser le ministre (voy. Lettre à Mylord *** sur Baron et la demoiselle Le Couvreur [par d'Allainval]; Paris, 1730, in-12, p. 21).
1418. A propos de la réception de M. Alexandre Dumas fils a l'Académie Française, par M. Charles Livet.
Le Moniteur universel du 21 février 1875.
A propos du Discours de M. Dumas, M. Livet s'est efforcé de démontrer que Richelieu n'avait jamais conçu de jalousie contre le Cid, et qu'en chargeant l'Académie de lui présenter des observations sur une pièce qui attirait alors l'attention générale, il avait voulu simplement fournir à l'assemblée littéraire qu'il venait de fonder l'occasion de déterminer les règles essentielles de l'art théâtral.
X
1419. Jugement sur la tragédie d'Horace.
The Spectator [by R. Steele and Jos. Addison], London, 1711-1712, in-fol., discours XXXIIe.
Reproduit dans toutes les éditions et traductions de ce célèbre recueil.