Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; titre, avec les armes de France et de Navarre; 5 ff. pour la dédicace et l'argument; 1 f. pour la Décoration du Prologue et les noms des Acteurs.
Les pp. 91 et 92 sont occupées par le texte du privilége accordé à Corneille le 11 avril 1650 pour Andromède et Don Sanche.
Cette édition existe probablement aussi avec les noms d'Edme Pepingué et de Louis Chamhoudry.
58. Andromede, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.
Extrait du recueil de 1682, qui doit se composer de 2 ff. et 80 pp. Nous le citons, sans l'avoir vu, pour le motif exposé ci-dessus, no 25.
59. Andromede || Tragedie || en Machines.—[Au verso du dernier f.:] Permis d'imprimer. Fait ce 14 Juillet 1682. De la Reynie. || De l'Imprimerie de la veuve G. Adam, sur le Quay || des Augustins, à l'Olivier, 1682. In-4 de 6 ff. et 32 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre, qui ne comprend que les trois lignes transcrites ci-dessus; 4 ff. pour l'Argument tiré du quatriéme et cinquiéme Livre des Metamorphoses d'Ovide; 1 f., dont le recto est blanc, pour les noms des Acteurs.
La page 1 contient un titre de départ ainsi conçu: Andromede || Tragedie en machines. || de Monsieur || de Corneille l'Aisné, || Representée sur le Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy, en- || tretenus par sa Majesté en leur Hô- || tel, Rue de Guenegaud. || Entreprise sous la conduite du sieur Dufort, || Ingenieur & Machiniste du Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy.
La Gazette de 1682 parle d'une représentation d'Andromède à laquelle le Dauphin assista le 18 août de cette année; les frères Parfaict y font également allusion; enfin Jolly, dans l'Avertissement de son édition de Corneille, cite d'une manière expresse le programme de 1682; mais, tout en rapportant ces témoignages, M. Marty-Laveaux n'a pas connu l'édition qui nous occupe. Elle existe pourtant à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l'Arsenal. Nous croyons utile d'en faire exactement connaître le contenu.
Comme on le voit par le titre reproduit ci-dessus, la reprise faite par les comédiens du faubourg Saint-Germain n'est pas donnée avec les machines de Torelli, détruites en 1660, mais avec des machines nouvelles construites par le sieur Dufort. Après avoir reproduit l'Argument de la pièce, non pas d'après le Dessein de 1650, mais d'après l'édition de 1651, l'éditeur de ce nouveau programme y ajoute un avis au lecteur ainsi conçu:
«Chacun sçait l'estime et le respect que le siecle present et la posterité doivent aux travaux du Prince des Poëtes François, dont le nom est si reveré, que les Estrangers mêmes ont traduit ses Ouvrages en leurs Langues: C'est de l'Illustre Monsieur de Corneille l'aîné que l'on entend parler; il remet aujourd'huy sur le Theatre une piece où son genie inimitable n'a pas mêlé moins d'invention et de varieté dans le spectacle, que de conduitte et d'esprit dans le sujet.
«Son Andromede après plus de trente ans n'a pû vieillir, et c'est par l'avis d'un nombre choisi d'honnestes gens, que les Comediens du Roy ont bien voulu faire une dépense tres-considerable pour ce grand spectacle.
«Il seroit à souhaitter que cette description pût ressembler aux effets qu'il produit; cependant bien qu'il paroisse impossible d'y reüssir, on ne laissera pas d'en donner icy une legere idée.
«L'impatience et la curiosité presque inseparables, ne seront pas long-temps dans le lieu du spectacle sans estre satisfaites, puisqu'au mesme moment que les Violons avertissent du commencement de la Piece, on voit le Theatre s'ouvrir par un enlevement de Rideau qui ne cause pas moins de surprise que de plaisir, tant pour la rapidité dont il se dérobe aux yeux des spectateurs, que par l'Invention agréable du Machiniste qui le fait emporter de chaque costé du Theatre dans ses nuages par deux Amours, qui en embrassent chacun une moitié. Cette nouvelle maniere d'ouvrir le lieu de la scene est assez ingenieuse, et semble bien entrer dans l'esprit de l'Autheur, puisque l'amour de Persée et celuy de Phinée pour Andromede sont le sujet de la Piece.»
Le programme comprend la description de la décoration du prologue et de chacun des cinq actes, ainsi que les vers chantés dans la pièce. On verra par la seule description relative au prologue, combien le texte diffère de celui que nous fournit l'édition de 1651.
| Édition de 1651: L'ouverture du Theatre presente de front aux yeux des spectateurs une vaste montagne, dont les sommets inégaux, s'eslevant les uns sur les autres, portent le faiste jusque dans les nues. Le pied de cette montagne est percé à jour par une grotte profonde qui laisse voir la mer en esloignement. Les deux costez du Theatre sont occupez par une forest d'arbres touffus et entrelacez les uns dans les autres. Sur un des sommets de la montagne paroist Melpomene, la Muse de la Tragedie, et à l'opposite dans le ciel, on voit le Soleil s'avancer dans un char lumineux, tiré par les quatre chevaux qu'Ovide luy donne. (La rédaction du Dessein publié en 1650 est un peu différente, mais les variantes ont été relevées par M. Marty-Laveaux.) |
Programme de 1682: On voit une Forest épaisse, formée de plusieurs Arbres de differente nature, et groupez differemment par un mélange de monceaux de terre et de Rochers. Dans le fonds il s'éleve une Montagne percée, au travers de laquelle la Mer paroît en éloignement, et sur le Sommet de la Montagne l'œil découvre une vaste Campagne avec des lointains à perte de veuë. C'est sur cette éminence que paroît Melpomene, la Muse de la Tragedie, et à son opposite le Soleil dans son Char lumineux, tiré par les quatre Chevaux qu'Ovide luy donne. Ces deux Personnages qui font le Prologue à la gloire du Roy, aprés avoir dit tout ce que leur divin langage doit prononcer à l'occasion de ce grand Monarque, s'unissent ensemble de sentimens et de voix, et aprés un vol merveilleux, que Melpomene fait dans le Char du Soleil, il l'enlève rapidement pour aller ensemble publier les mêmes louanges au reste de l'Univers. |
Les vers mis en musique méritent encore plus d'être rapportés, car les remaniements que nous allons y signaler sont probablement de Corneille lui-même.
Le vers 79e du Prologue:
Louis est le plus jeune et le plus grand des Rois,
est ainsi modifié:
Louis est le plus sage, etc.
Les deux strophes suivantes (vers 80 à 95) ont été remplacées par une seule strophe dont voici le texte:
Par trop de grands exploits l'invincible Louis
Semble avoir travaillé contre sa propre gloire,
L'Univers n'a point d'yeux qui n'en soient éblouis;
Mais quand l'avenir dans l'Histoire
Verra tant de faits inouis,
L'avenir les pourra-t-il croire?
La description des décorations des cinq actes, si on la rapproche de l'édition de 1651, offre des différences analogues à celles que nous avons signalées pour le Prologue. Quant aux vers chantés, nous en ferons connaître les variantes.
Le vers 332 est devenu plus harmonieux:
Éd. de 1651:
Reyne de Paphe et d'Amathonte,
Progr. de 1682:
Reyne d'Eryce et d'Amathonte.
Les noms des acteurs sont indiqués, à partir du deuxième acte, d'une manière très-curieuse.
Les vers 510 à 533 sont chantés par M. de Villiers (un page), les vers 546 à 569 par Mlle d'Ennebaut (Liriope), et les deux artistes chantent ensemble les vers 570 à 583.
Au troisième acte, M. de Villiers chante les vers suivants, qui manquent à toutes les éditions de Corneille, et qui doivent s'intercaler, croyons-nous, après le vers 785:
Repetez nos tristes accens,
Rochers, antres affreux, infortuné rivage;
Andromede du Ciel le plus parfait ouvrage,
Va perdre la lumière au plus beau de ses ans.
Injustes Dieux, trouppe barbare,
Laisserez-vous perir une Beauté si rare?
Changez vos claires eaux en pleurs,
Fontaines et Ruisseaux qui coulez dans la plaine,
Et vous tendres Zephirs, que vostre douce haleine
Fasse monter aux Cieux nos cris et nos douleurs.
Le chœur chante les vers 982 à 985, et les vers 986 à 993 sont remplacés par les vers suivants, que M. de Villiers chante seul:
Quand le danger presse une Belle,
Qu'elle craint et languit,
Qu'une pâleur mortelle
La trouble et l'interdit;
Le peril devient necessaire
Tout doit en estre charmant,
Et l'Amant le plus temeraire
N'est pas le moins heureux Amant.
Vous estes sa digne conqueste,
Victoire à son amour, Victoire tous [sic];
C'est luy qui calme la tempeste
Et c'est luy qui vous donne enfin l'illustre Epoux
Qui seul estoit digne de vous.
Les vers 1356 à 1370, du quatrième acte, ainsi que les vers 1733 à 1740 et 1765 à 1772, du cinquième acte, sont reproduits ici sans variante, à l'exception du vers 1765, qui est ainsi conçu, par suite d'une faute d'impression évidente:
Allez, Amans, sans jalousie,
au lieu de:
Allez, Amans, allez sans jalousie.
Les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. XIIe, p. 321, note a) disent, à propos des représentations de 1682: «Andromede fut jouée à cette reprise trente-trois fois de suite, jusqu'au quatriéme jour d'Octobre suivant: on la continua le Vendredi 22. Janvier 1683. jusqu'au 3. Février de la même année, jour de la trente-neuviéme représentation. La quarantiéme est du Samedi 20. Mars, et la quarante-cinquiéme et derniere, le 4. Avril.»
De Vizé, en rendant compte de ces représentations dans le Mercure galant (juillet 1682, pp. 359 sq.), dit qu'une des choses qui intéressèrent le plus le public fut de voir Pégase représenté par un véritable cheval. Les frères Parfaict, qui citent ce passage du Mercure galant, racontent comment on s'y prenait pour faire marquer à ce cheval une ardeur guerrière: «Un jeûne austere auquel on le réduisoit lui donnoit un grand appétit; et lorsqu'on le faisoit paroître, un Gagiste étoit dans une coulisse, où il vannoit de l'avoine. Ce Cheval, pressé par la faim, hannissoit, trépignoit des piés, et répondoit ainsi parfaitement au dessein qu'on avoit.» En 1679, on avait représenté un opéra de Bellérophon, où l'on voyait le héros combattre la Chimère, monté sur le coursier céleste; il faut croire qu'à cette époque Pégase était encore en carton.
Un troisième exemplaire de ce programme est mentionné dans la Bibliothèque dramatique de Pont de Veyle (Paris, 1847, in-8), no 1819.
XX
60. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la petite || Salle des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 116 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre sur lequel se voit un fleuron avec le monogramme de L. Maurry; 11 pp. pour l'Epistre dédicatoire à M. de Zuylichem; 3 pp. pour l'Argument et les noms des Acteurs.
Le privilége, qui occupe la page 116, est donné à Corneille pour Andromède et D. Sanche, dont il lui reconnaît la propriété pendant dix ans. Il est daté du 11 avril 1650. On lit à la fin: Acheué d'imprimer à Roüen par Laurens Maurry, le quatorziéme de May mil six cens cinquante.
Après avoir imité Guillen de Castro, Alarcon et Lope de Vega, Corneille crut s'être assez pénétré de l'esprit espagnol pour inventer lui-même un sujet, à la manière des auteurs dramatiques de la Péninsule. «Cette Piéce, dit-il, dans l'Examen de D. Sanche, est toute d'invention, mais elle n'est pas toute de la mienne. Ce qu'a de fastüeux le prémier Acte, est tiré d'une Comédie Espagnole intitulée: El Palacio confuso, et la double reconnoissance qui finit le cinquième est pris du Roman de Don Pelage.» Le poëte indique avec sa franchise ordinaire les sources auxquelles il a puisé; mais on peut dire qu'il ne leur doit que peu de chose. La comédie intitulée El Palacio confuso, comédie dont la scène est en Italie et non pas en Espagne, a paru pour la première fois dans la Parte veynte y ocho de Comedias de varios Autores; en Huesca, por Pedro Bluson, 1634, in-4. Elle a été réimprimée dans la Parte veynte y ocho de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Çaragoça, 1639, in-4; dans la Parte veynte y cuatro de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Madrid, 1640 (?), in-4; dans la Parte veinte y ocho de Comedias nuevas de los mejores ingenios d'esta corte, Madrid, Joseph Fernandez de Buendia, 1667, in-4. Dans ce dernier recueil, la pièce est attribuée à Mira de Amescua; mais, comme elle figure dans les œuvres authentiques de Lope de Vega, il n'est pas douteux qu'elle ne soit de lui.
L'autre livre dont Corneille avoue s'être servi, Dom Pelage, ou l'Entrée des Maures en Espagne, par le Sieur de Juvenel (à Paris, chez Guillaume Macé, 1643, 2 vol. in-8), n'offre que de bien faibles analogies avec Don Sanche; M. Marty-Laveaux, qui a pris la peine de le lire, n'a pu en rapprocher que deux courts passages (Œuvres de Corneille, t. Ve, pp. 483 et 489).
On remarquera que la pièce est annoncée non pas comme une tragédie, mais comme une comédie héroïque. Le poëte nous en dit lui-même la raison dans son Épitre dédicatoire.
La représentation de Don Sanche dut avoir lieu presque en même temps que celle d'Andromède; on a même supposé qu'elle avait précédé celle de l'opéra. Immédiatement après la phrase de l'Examen que nous avons citée plus haut, Corneille dit, en parlant de sa pièce: «Elle eut d'abord grand éclat sur le Théatre, mais une disgrace particuliére fit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suffrage dissipa les applaudissemens que le Public lui avoit donnez trop libéralement, et aneantit si bien tous les Arrests que Paris et le reste de la Cour avoient prononcez en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les Provinces, où elle conserve encor son prémier lustre.» La Monnoye (Jugements des Savants sur les principaux ouvrages des Auteurs [par Adrien Baillet; Paris, 1722, 7 vol. in-4], t. Ve, p. 354 en note), Joly (Théatre de P. Corneille; Paris, 1747, t. Ier, p. xxxix), Voltaire (Théatre de Corneille; Genève, 1764, t. Ve, p. 305), Guizot (Corneille et son temps; Paris, 1852, in-8, p. 204) et M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille, t. Ve, p. 400), ont cru que l'«illustre suffrage» refusé à Don Sanche était celui du prince de Condé; or, l'arrestation de Condé ayant eu lieu le 18 janvier 1650, il faut de toute nécessité, si l'on admet cette opinion, placer la représentation de Don Sanche avant la fin de l'année 1649. Malgré les autorités sur lesquelles cette explication est appuyée, elle nous paraît peu probable. Condé devait être trop occupé des événements politiques pour s'arrêter à critiquer une pièce de théâtre. Nous avons peine à croire que les comédiens aient donné un ouvrage nouveau alors que la rivalité de Mazarin et de Condé mettait tout Paris en feu. Ce ne fut qu'après l'arrestation du prince que la cour put songer aux fêtes et aux spectacles. Alors sans doute, mais alors seulement, furent joués Andromède et Don Sanche. Nous croyons que le suffrage refusé à Corneille fut celui de la reine. Anne d'Autriche avait aimé le Cid, qui lui avait montré un véritable héros espagnol; elle ne dut voir dans Don Sanche qu'un héros de roman d'une origine trop humble pour qu'une princesse pût s'éprendre de lui.
Ce fut peut-être pour consoler le poëte du chagrin que lui causa le mauvais succès de sa pièce que la reine, profitant d'un voyage de la cour à Rouen, le fit nommer procureur des états de Normandie (15 février 1650).
Corneille fait hommage de Don Sanche à Huyghens, seigneur de Zuilychem, homme d'État hollandais, né en 1596. Ce personnage, qui a laissé divers ouvrages, était un homme fort lettré; il professait une estime particulière pour l'auteur du Cid, et nous aurons l'occasion de citer, dans notre chapitre VIIe, les deux pièces de vers ajoutées par lui à l'édition elzévirienne du Menteur. M. Éd. Fournier a publié, dans la Revue des Provinces du 15 février 1865, deux lettres de Corneille à Huyghens qui viennent fort heureusement compléter la dédicace imprimée. Nous y voyons que l'Argument ajouté à Don Sanche et à Andromède est une concession faite aux idées du savant hollandais.
Corneille répète dans la dernière édition de ses œuvres, publiée en 1682, la phrase qu'il écrivait en 1660, que Don Sanche est «relégué dans les provinces». On peut en conclure que les théâtres parisiens ne reprirent pas Don Sanche avant 1682, mais à cette date, sinon un peu plus tôt, la pièce fut remise à la scène. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale (msc. franç. no 24.330) nous fournit une liste des pièces qui composèrent le répertoire du théâtre du Faubourg Saint-Germain de 1673 à 1685, et l'on y voit figurer Don Sanche. Cependant cette pièce n'est pas mentionnée dans le manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus no 9).
De 1680 à 1715, la Comédie française en donna 14 représentations à la ville et 3 à la cour. Sous Louis XV, Racot de Grandval interpréta Don Sanche avec un grand succès (1753); la pièce de Corneille eut alors 35 représentations, dont 4 à la cour.
En 1833, la Comédie française a donné un arrangement de Don Sanche dû à M. Planat (voy. notre chapitre XIIe). C'est sous cette forme réduite que Mlle Rachel l'a joué en 1844.
61. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au || Palais, en la petite Salle || des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 83 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 5 ff. pour l'épître dédicatoire; 2 ff. pour l'Argument et les noms des Acteurs.
Le privilége occupe les pp. 82 et 83; il contient les mêmes mentions que le texte contenu dans l'édition in-4o. L'achevé d'imprimer est du 14 mai 1650, à Rouen par Laurens Maurry.
62. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Salle des Merciers, à la Palme; [ou Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél. sign. ê, et 72 pp. sign. A-F.
Au verso du titre, l'extrait du privilége accordé pour dix ans au Sieur de Corneille, à la date du 11 avril 1650. Il n'y est pas fait mention des libraires à qui l'auteur l'a cédé. On lit au-dessous: Acheué d'imprimer à Paris le 15. Septembre 1653. Les 5 ff. suivants sont occupés par l'épître dédicatoire, l'Argument et les noms des Acteurs.
63. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; [ou Chez Edme Pepingué, en || la grand'Salle du Palais, du Costé || de la Cour des Aydes; ou Chez Loüys Chamhoudry, || au Palais, deuaint la Saincte || Chappelle]. || M. DC. LV. [1655] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 72 pp.
Au verso du titre, l'extrait du privilége, comme dans l'édition précédente, mais sans achevé d'imprimer. Les caractères sont un peu plus petits, et l'impression est plus nette que dans l'édition de 1653. Le nombre des pages est le même, bien qu'il y ait souvent un nombre de vers différent dans les pages qui se correspondent. Quant au texte, nous n'y avons relevé que de légères variantes orthographiques, par exemple, p. 13:
Éd. de 1653:
Et bien, seigneur Marquis, qu'est-il besoin qu'on face?
Éd. de 1655:
. . . . . . . . qu'est-il besoin qu'on fasse?
64. D. Sanche d'Arragon, Comedie heroïque. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.
Nous n'avons pas vu cette édition, qui doit se composer de 2 ff., 69 pp. et 1 f. Cf. ci-dessus, no 25.
XXI
65. Nicomede || Tragedie. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI [1651]. || Et se vend A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 4 ff. et 124 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.
Le privilége, daté du 12 mars 1651, est celui dont nous avons déjà parlé à la fin de l'édition originale in-4o d'Andromède (no 51). Il n'y est pas fait mention du libraire ou des libraires à qui Corneille en a fait cession.
On remarquera que l'édition in-12, que nous décrivons ci-après, parle d'une cession faite, non pas à Charles de Sercy, mais à Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Achevé d'imprimer le vingt-neufiéme de Nouembre mil six cent cinquante & un.
Le faible succès qu'avait eu Don Sanche décida Corneille à s'éloigner des Espagnols et à revenir à l'antiquité. Un court passage de Justin lui fournit le sujet d'une tragédie qui doit être comptée parmi ses plus beaux ouvrages. Ainsi qu'il le déclare lui-même dans l'Examen de Nicomède, il a voulu faire une pièce dans laquelle «la tendresse et les passions» ne tinssent aucune place. «Mon principal but, ajoute-t-il, a été de peindre la Politique des Romains au dehors, et comme ils agissoient impérieusement avec les Rois leurs alliez; leurs Maximes pour les empescher de s'accroistre, et les soins qu'ils prenoient de traverser leur grandeur, quand elle commençoit à devenir suspecte, à force de s'augmenter, et de se rendre considérable par de nouvelles conquestes.»
On ne sait rien ni des acteurs qui jouèrent Nicomède à l'origine, ni même du théâtre sur lequel la pièce fut donnée. Jolly (Théatre de Corneille; Paris, 1738, t. Ier, p. LII; Paris, 1747, t. Ier, p. XL) rapporte seulement que la représentation eut lieu avant que le prince de Condé et son frère eussent été remis en liberté (13 février 1651); quelques-uns donnèrent ainsi matière à des allusions qui en augmentèrent le succès.
Les troupes qui parcouraient les provinces, la troupe de Molière en particulier, jouèrent à leur tour Nicomède. Dans l'avertissement placé par Lagrange en tête de l'édition des Œuvres de Monsieur Moliere (Paris, Denis Thierry, 1682, 8 vol. in-12), on trouve des détails très-curieux sur une représentation qui décida du sort de Molière et de ses camarades. «Le 24. Octobre 1658, dit Lagrange, cette Troupe commença de paroistre devant Leurs Majestez et toute la Cour, sur un Théatre que le Roy avait fait dresser dans la Salle des Gardes du vieux Louvre. Nicomede, Tragedie de Monsieur de Corneille l'aisné, fut la Piece qu'elle choisit pour cet éclatant debut. Ces nouveaux Acteurs ne déplurent point, et l'on fut surtout fort satisfait de l'agrément et du jeu des Femmes.» Molière remercia le Roi de sa bienveillance, et fit ingénieusement l'éloge de la troupe royale, ce qui ne l'empêcha pas de la tourner en ridicule, cinq ans après, à propos de cette même pièce de Nicomède.
«J'avois songé, dit Molière, dans l'Impromptu de Versailles, une Comedie, où il y auroit eu un Poëte que j'aurois représenté moy-mesme, qui seroit venu pour offrir une Piece à une Trouppe de Comediens nouvellement arrivez de la campagne. Avez-vous, auroit-il dit, des Acteurs et des Actrices, qui soyent capables de bien faire valoir un Ouvrage, car ma piece est une piece... Eh! Monsieur, auroient répondu les Comediens, nous avons des Hommes et des Femmes qui ont esté trouvé raisonnables par tout où nous avons passé. Et qui fait les Roys parmy vous? voilà un Acteur qui s'en démesle par fois. Qui! ce jeune Homme bien fait? vous mocquez-vous! Il faut un Roy qui soit gros et gras comme quatre. Un Roy, morbleu, qui soit entripaillé comme il faut! un Roy d'une vaste circonférence, et qui puisse remplir un Throsne de la belle manière! La belle chose qu'un Roy d'une taille galante! voilà déjà un grand défaut; mais que je l'entende un peu réciter une douzaine de Vers. Là-dessus le Comedien auroit récité, par exemple, quelques Vers du Roy de Nicomede:
Te le diray-je Araspe, il m'a trop bien servy,
Augmentant mon pouvoir....
Le plus naturellement qui luy auroit esté possible. Et le Poëte: Comment vous appelez cela reciter? C'est se railler; il faut dire les choses avec emphase. Ecoutez-moy:
Te le diray-je, Araspe, etc.
Imitant Monfleury excellent Acteur de l'Hostel de Bourgogne. Voyez-vous cette posture? remarquez bien cela, là appuyez comme il faut le dernier Vers. Voilà ce qui attire l'approbation, et fait faire le brouhaha, etc.»
Le Registre de Lagrange ne mentionne que cinq représentations de Nicomède, deux en 1660: le 13 avril et le 30 mai, et trois en 1661: les 29 et 31 juillet et le 21 août. A chacune de ces représentations, Molière ajouta une de ses comédies: les Précieuses ridicules, le Cocu imaginaire et l'École des maris. Cette addition, qui assurait la recette, est un indice que la tragédie n'avait plus beaucoup de vogue auprès du public. Peut-être la foule se pressait-elle à l'hôtel de Bourgogne, où régnait l'emphatique Montfleury.
Dans sa Lettre en vers à Madame, du 17 novembre 1668, Robinet nous rend compte en ces termes d'une représentation de Nicomède:
Achevant de verbaliser,
Gazetiser, nouvelliser,
D'un Monsieur d'assez bonne mine,
J'apprend que chez mon Héroïne, [Madame.]
Jeudy, la Troupe de l'Hôtel,
Par un Poëme, non tel quel,
Charma très-nombreuse Assemblée,
De Beaux, et de Belles, comblée,
Frisez et musquez, comme il faut,
Et braves par bas, et par haut,
Nicoméde, étoit ce Poëme,
Digne d'une loüange extréme.
Il est de Corneille, l'Aîné,
Qui fut, je croi, prédestiné,
Pour emporter, dans le Tragique,
Tout seul l'Honneur du Dramatique.
Parmi les interprètes de Nicomède, il convient de citer au premier rang Baron qui sut donner un grand caractère au prince de Bithynie. Le Manuscrit du Dauphin nous donne la distribution complète de la pièce au commencement de l'année 1685:
DAMOISELLES. |
|
| Laodice: | le Comte. |
| Arsinoé: | Beauval. |
| Cleone: | Poisson. |
HOMMES. |
|
| Attale: | de Villiers. |
| Flaminius: | la Tuillerie. |
| Nicomede: | Baron. |
| Prusias: | Chanmeslé. |
| Araspe: | Beauval. |
Baron prit sa retraite en 1691; il fut remplacé dans le rôle de Nicomède par Beaubourg (17 décembre 1691), puis par Dufer (2 mai 1694). Au dix-huitième siècle, Grandval (1754) et Lekain (1771) tinrent ce même rôle avec un talent qui frappa vivement leurs contemporains. Dans ces dernières années, M. Beauvallet l'a rempli non sans éclat (6 juin 1861).
Quant au rôle de Laodice, il suffit de rappeler qu'il a été joué par Mlle Lecouvreur, Mlle Clairon, Mme Vestris et Mlle Rachel.
La Comédie française a donné, de 1680 à 1870, 314 représentations de Nicomède, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 138; à la cour, 12;—sous Louis XV: à la ville, 48; à la cour, 2;—sous Louis XVI: à la ville, 3;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74; à la cour, 3;—sous la Restauration: 27;—sous Louis-Philippe: 3;—sous le second Empire: 4.
66. Nicomede. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, || au Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy.
66 bis. Nicomede. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au || Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la salle des Merciers, à la || Palme]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 80 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.
On trouve à la fin du privilége (le même que dans l'édition in-4o) mention de la cession faite par Corneille à Guillaume de Luine (sic).
Première édition in-12 de Nicomède, comme le prouve la double date de 1652 et 1653. Elle paraît avoir été exécutée à Paris et ne doit pas être confondue avec la suivante.
Vendu: 70 fr., vélin, Potier, 1870 (no 1232).
67. Nicomede || tragedie. || A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII [1653]. || Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes. In-12 de 4 ff. et 80 pp., sign. A-G.
Les ff. prél. comprennent: 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et 1 f. pour le privilége et les noms des Acteurs.
Le privilége est donné par extrait comme dans l'édition précédente et se termine par une mention de la cession faite à Guillaume de Luyne.
La collation de cette édition est la même que celle de l'édition que nous croyons avoir été imprimée à Paris, mais les caractères et fleurons sont différents, ainsi que le contenu d'un certain nombre de pages. On distinguera facilement les deux éditions en tenant compte des détails suivants:
A (édition de Paris), dernière ligne du 2e f. ro:
dessein de faire assassiner sõ fils Nicomede pour
B (édition de Rouen) ibid.:
dessein de faire assassiner son, etc.
A, p. 3, dernière ligne:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous contraindre.
B, ibid.:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous cõtraindre.
A, p. 33 (chiffrée par erreur 36), 1er vers:
Alors peut-estre, alors vous le prierez en vain.
B, ibid.:
Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.
(Le vers qui commence la page dans A n'est ici que le 5e).
Toutes les pages présentent de petites différences analogues à celles que nous venons de signaler.
Il doit exister une édition de Nicomède publiée par Sommaville et ses associés Pepingué et Chamhoudry, en 1655, dans le format in-12. Voy. le no 103.
68. Nicomede, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux et Forests. M. DC. LXXXII. [1682]. In-12.
Cette édition, que nous n'avons pas vue, doit se composer de 2 ff. et 72 pp. Cf. ci-dessus, no 25.
XXII
69. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII. [1653]. || Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luynes, au Pa- || lais, sous la montée de la Cour des Aydes. In-12 de 6 ff. et 71 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'avis Au Lecteur; 4 ff. pour les extraits des auteurs et la liste des Acteurs.
La page 71 est occupée par l'Extrait du Privilége, accordé «au sieur Corneille, Advocat en nostre Parlement,» pour trois pièces de théâtre intitulées: Pertharite, Roy des Lombards, D. Bertran de Cigarral et l'Amour à la mode. Nous trouvons ici une confusion entre les pièces de Pierre et de Thomas Corneille, analogue à celle que nous avons relevée à propos d'Andromède. Le privilége, dont Corneille déclare faire cession à Guillaume de Luyne, lui est donné pour vingt ans, à la date du 24 décembre 1651. L'achevé d'imprimer est du 30 avril 1653.
Après Nicomède, le génie de Corneille touche à son déclin. Pertharite, dont le sujet est tiré de Paul Diacre et des Historiæ insubricæ d'Henri Dupuis, ne trouva pas grâce devant le public. La pièce ne fut jouée, dit-on, qu'une ou deux fois. M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 4) a fort habilement fixé la date de la représentation, que la plupart des éditeurs de Corneille plaçaient en 1653. Il a relevé un passage de Tallemant des Réaux qui avait échappé à ses devanciers: «Au carnaval de 1652, dit Tallemant, Mme de Montglas fit une plaisante extravagance chez la presidente de Pommereuil. On y devait joüer Pertharite, roy des Lombards, piéce de Corneille qui n'a pas réussy...»
Avec sa franchise ordinaire, Corneille nous apprend lui-même l'échec de Pertharite: «La mauvaise reception que le Public a faite à cet Ouvrage, nous dit-il au commencement de l'avis Au Lecteur, m'avertit qu'il est temps que je sonne la retraite... Il vaut mieux que je prenne congé de moy-mesme que d'attendre qu'on me le donne tout à fait, et il est juste qu'apres vingt années de travail je commence à m'appercevoir que je deviens trop vieux pour etre encor à la mode.» Cette dernière phrase, écrite en 1652, fournit un argument de plus à ceux qui placent la représentation de Mélite en 1629 ou en 1630. Nous n'avons pas à insister sur ce point, qui ne nous a pas paru contestable (Voy. ci-dessus, no 1). S'il était vrai, comme le prétend Fontenelle et comme le répète d'après lui la Bibliothèque du Théâtre François (t. IIIe, p. 2), que Mélite eût été jouée en 1625, Corneille n'eût pas manqué de dire: «Apres vingt-cinq années de travail.»
Malgré ses faiblesses, Pertharite offre encore de beaux passages; mais ce qui fait le principal intérêt de cette pièce, c'est que Racine en a tiré plusieurs des situations d'Andromaque. Voltaire a, l'un des premiers, relevé les ressemblances qui existent entre les deux tragédies; mais, comme dans bien d'autres circonstances, il s'est montré injuste pour Corneille: «Il est évident, dit-il, que Racine a tiré son or de cette fange.» Parmi les critiques qui ont le mieux apprécié Pertharite et le mieux mis en lumière les emprunts faits par Racine à Corneille, nous citerons M. A. Thiénot, qui a consacré un long article à cette question dans le journal le Constitutionnel du 18 août 1869.
70. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || Imprimé à Roüen, || & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, || à la Palme. || M. DC. LIV. [1654]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 94 pp. et 1 f. bl., sign. Cc-Ff.
Cette édition, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque nationale (Y. 5624. A. Rés.), est un tirage à part du recueil publié en 1654, sous le titre d'Œuvres de Corneille du 24 décembre 1651, avec l'achevé d'imprimer du 30 avril 1653. Nous dirons plus loin (no 102) dans quelles circonstances ce tirage à part fut exécuté. La pagination commence au deuxième feuillet, à 579, et se continue régulièrement jusqu'à 670. La dernière page contient un extrait du privilége.
71. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || A Paris, || Chez Anthoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || M. DC. LVI [1656]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 84 pp., y compris le titre et les feuillets prélim.
L'extrait du privilége, qui occupe la page 15, est le même que dans l'édition de 1653, avec achevé d'imprimer du 30 avril 1653.
Il doit exister des exemplaires au nom d'Edme Pepingué et de Louis Chamhoudry.
72. Pertharite, Roy des Lombards, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII. [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Cette édition doit compter 2 ff. et 68 pp. (Voy. ci-dessus, no 25.)
XXIII
73. Œdipe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || Imprimée à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, || dans la mesme Gallerie, || à la Iustice. || M. DC. LIX. [1659]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 89 pp. et 1 f. blanc.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour les Vers presentez à Monseigneur le Procureur General Foucquet, Sur-Intendant des Finances; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des personnages.
Au verso de la page 89 se trouve l'extrait du privilége accordé pour sept ans à Corneille lui-même, à la date du 10 février 1659, et dont Corneille fait cession aux deux libraires nommés sur le titre. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, le 26. Mars 1659, à Roüen, par L. Maurry.
Au rapport de M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 110; t. Xe, p. 133), on trouve en tête de certains exemplaires une pièce intitulée: Sur la mort de Damoiselle Elisabeth Ranquet, Femme de Nicolas de Cheureul, Escuyer, Sieur d'Esturville. Epitaphe. Nous n'avons pas été assez heureux pour voir nous-même un exemplaire présentant cette particularité.
L'échec de Pertharite dégoûta Corneille du théâtre; pendant sept ans il se consacra tout entier à la traduction de l'Imitation de Jésus-Christ et à des travaux littéraires de moindre importance, qui ne nous sont pas tous parvenus. Les représentations données par Molière à Rouen en 1658, l'admiration que la Du Parc fit éprouver à Corneille, enfin l'invitation de Fouquet décidèrent l'auteur du Cid à reprendre la plume. Dans une pièce de vers adressée au surintendant, il lui demanda de choisir un sujet, promettant de retrouver, pour le traiter,
La main qui crayonna
L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna.
Fouquet choisit trois sujets: Œdipe, Camma et un troisième sujet qui n'est pas connu. Pierre Corneille écrivit Œdipe, tandis que Thomas se chargea de Camma. Il se pourrait que le troisième sujet fût celui de Stilicon, traité par Thomas Corneille peu de temps avant la représentation d'Œdipe. Dans sa lettre du 29 janvier 1661, l'auteur de la Muse historique établit une sorte de parenté entre ces trois pièces:
Tout-de-bon le cadet Corneille
Quoy qu'il ait fait mainte merveille,
Et maint Ouvrage bien sensé,
En cétuy-cy s'est surpassé.
Ainsi cette Piéce divine,
Qui du grand Œdipe est couzine,
Et propre sœur de Stilicon,
(Piéces qu'on tient sans parangon)
Est trés-digne de sa naissance,
Et par l'agréable abondance
De mille beaux traits diférens,
Ne fait point tort à ses parens.
Le sujet d'Œdipe, emprunté à Sophocle et à Sénèque, avait été plusieurs fois remis à la scène avant Corneille, entre autres par les Italiens (Edipo, tragedia di Seneca, tradotta da Lodovico Dolce; in Vinegia, per Giambattista e Marchio Sessa, 1560, in-12;—Edipo, tragedia di Gio. Andrea dell' Anguillara; in Vinegia, per Dom. Farri, 1565, in-8; in Padova, per Lorenzo Pasquati, 1565, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta in lingua volgare da Orfato Giustiniano; in Venetia, per Francesco Ziletti, 1585, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta dalla greca nella toscana lingua da Pietro Angelio [detto il Bargeo]; in Firenze, per Bart. Sermatelli, 1589, in-8;—Edipo Re, tragedia di Sofocle, tradotta in lingua italiana da Girolamo Giustiniani; Venetia, per Sebastiano Combi, 1610, in-12;—Edipo, tragedia di Seneca tradotta, da Ettore Nini; in Venezia, per Marco Ginammi, 1622, in-8). Les Anecdotes dramatiques (Paris, 1775, 3 vol. in-8, t. IIe, p. 15) indiquent deux pièces françaises écrites avant Corneille sur le sujet d'Œdipe: l'une de Jean Prévôt (1605), l'autre de Nicolas de Sainte-Marthe (1614); mais ce renseignement est en tout cas inexact: nous ne connaissons pas l'Œdipe de Sainte-Marthe, qui n'est cité dans aucune bibliographie; quant à celui de Prévôt, il n'est pas de 1605, mais de 1614 (Les Tragedies et autres Œuvres poëtiques de Jean Prévost, advocat en la Basse-Marche; à Poictiers, chez Julian Thoreau, 1614, in-12).
Corneille ne s'arrêta pas à ces imitations modernes; il prit directement pour guides Sophocle et Sénèque, mais, dès qu'il eut commencé sa tragédie, il crut devoir faire de larges concessions à l'esprit de son siècle. Il s'éloigna ainsi de ses modèles et renonça volontairement à la simplicité, qui est le plus noble caractère du drame antique. Cette condescendance envers la mode ne manqua pas de séduire le parterre. Le nouvel Œdipe, représenté le vendredi 24 janvier 1659, eut un grand succès. Voici en quels termes Loret en rendit compte, dès le lendemain, dans sa Muze historique:
Monsieur de Corneille, l'Aîné,
Depuis peu de temps a donné
A ceux de l'Hôtel de Bourgogne
Son dernier Ouvrage, ou Bezogne,
Ouvrage grand et signalé,
Qui l'Œdipe est intitulé;
Ouvrage (dis-je) Dramatique,
Mais si tendre et si patétique,
Que, sans se sentir émouvoir,
On ne peut l'entendre ou le voir.
Jamais Piéce, de cette sorte,
N'ût l'élocution si forte,
Jamais, dit-on, dans l'Univers,
On entendit [sic] de si beaux vers.
Hier, donc, la Troupe Royale,
Qui, tels sujets point ne ravale,
Mais qui les met en leur beau jour,
Soient qu'ils soient de Guerre, ou d'Amour,
En donna le premier spectacle,
Qui fit, cent fois, crier miracle.
Je n'y fus point; mais on m'a dit
Qu'incessamment on entendit
Exalter cette Tragédie
Si merveilleuze et si hardie;
Et que les gens d'entendement
Luy donnoient, par un jugement
Fort sincere et fort équitable,
Le beau titre d'inimitable,
Mais cela ne me surprend pas
Qu'elle ait d'admirables apas,
Ny qu'elle soit rare et parfaite;
Le divin Corneille l'a faite.
Le roi assista, le 8 février, à une représentation d'Œdipe qui, au dire de Loret et de Renaudot (Voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 106 sqq.), fut des plus brillantes. Floridor, qui remplissait le principal rôle, fit à Louis XIV un compliment qui charma toute la cour. Le roi fut si satisfait qu'il fit remettre à Corneille une gratification dont celui-ci parle naïvement dans son avis Au Lecteur: «Cette Tragedie a plû assez au Roy, dit-il, pour me faire recevoir de veritables et solides marques de son approbation: Je veux dire ses liberalitez que j'ose nommer ses ordres tacites, mais, pressans de consacrer aux divertissemens de Sa Majesté ce que l'âge et les vieux travaux m'ont laissé d'esprit et de vigueur.»
Le succès de l'Œdipe ne fut dépassé que par celui des Précieuses ridicules, de Molière, représentées à la fin de la même année. Voici comment Loret s'exprime, au sujet de cette dernière pièce, dans sa lettre du 6 décembre 1659:
Cette Troupe de Comédiens,
Que Monsieur avoue être siens,
Reprézentant sur leur Théatre
Une action assez folâtre,
Autrement, un sujet plaizant>
A rire sans cesse induizant
Par des chozes facécieuzes,
Intitulé Les Précieuzes;
Ont été si fort vizitez
Par Gens de toutes qualitez
Qu'on en vit [sic] jamais tant ensemble
Que ces jours passez, ce me semble,
Dans l'Hôtel du Petit-Bourbon,
Pour ce sujet mauvais, ou bon.
Ce n'est qu'un sujet chimérique,
Mais si boufon et si comique,
Que jamais les Pièces Du-Ryer,
Pui fut si digne de laurier;
Jamais l'Œdipe de Corneille,
Que l'on tient être une merveille;
La Cassandre de Bois-robert;
Le Néron de Monsieur Gilbert;
Alcibiade, Amalazonte, de M. Quinaut.
Dont la Cour a fait tant de conte;
Ny le Fédéric de Boyer,
Digne d'un immortel loyer,
N'ûrent une vogue si grande,
Tant la Piéce semble friande
A pluzieurs, tant sages, que fous;
Pour moy j'y portay trente sous:
Mais oyant leurs fines paroles
J'en ry pour plus de dix pistoles.
A l'exception de Floridor, nous ne savons rien des acteurs qui jouèrent Œdipe à l'origine. L'actrice qui remplissait le rôle de Jocaste tomba malade après quelques représentations et fut remplacée par la Beauchâteau (lettre de Corneille à l'abbé de Pure, en date du 12 mars 1659). Molière ne disputa point Œdipe à l'Hôtel de Bourgogne; du moins le Registre de Lagrange n'en mentionne aucune représentation.
En 1663, le rôle d'Iphicrate était tenu par de Villiers: c'est Molière lui-même qui nous l'apprend dans l'Impromptu de Versailles. Quant au rôle d'Œdipe, il fut joué avec éclat par Baron (1676). Il servit plus tard aux débuts de Champvalon (1718) et de Sarrasin (1729). Depuis lors l'Œdipe de Voltaire, représenté en 1718, a remplacé au répertoire celui de Corneille.
De 1680 à 1729, le Théâtre-Français a donné 114 représentations de l'Œdipe de Corneille, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 70; à la cour, 22;—sous Louis XV: à la ville, 21; à la cour, 1.
74. Œdipe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Au Palais. || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, || proche le Greffe des Eaux & Forests. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 78 pp.