Une visite à Versailles.—Les grandes bouches et les petits morceaux.—La résignation.—Les transes d'un criminel.—C'est soi-même qui fait son sort.—Le sommeil d'un meurtrier.—Les nouveaux convertis.—Ils m'invitent à leur exécution.—Réflexions au sujet d'une boîte en or.—Le Meg des Megs.—Il n'y a pas de honte. L'heure fatale.—Nous nous retrouverons là-bas.—La Carline.—Les deux Jean de la vigne.—J'embrasse deux têtes de mort.—L'esprit de vengeance.—Dernier adieu.—L'éternité.

Je revins directement à Paris. Je conduisis Pons à Versailles, où Court et Raoul étaient détenus. En arrivant, j'allai les voir. «Eh bien! leur dis-je, notre homme est arrêté.

—»Vous l'avez? dit Court, ah! tant mieux!

—»Il ne l'a pas volé, s'écria Raoul; je suis sûr qu'il aura fait une belle vie!

—»Lui? répliquai-je, il a été doux comme un mouton.

—»Quoi! il ne s'est pas défendu!... Hein, vois-tu, Raoul? il ne s'est pas défendu!

—»Ces terribles-là, ils ont une grande bouche, mais ils n'avalent que les petits morceaux.

—»Les renseignements que vous m'avez donnés, leur dis-je, n'ont pas été perdus.»

Avant de partir de Versailles, je voulus par reconnaissance procurer une distraction aux deux prisonniers, en les faisant dîner avec moi. Ils acceptèrent avec une satisfaction marquée, et tout le temps que nous passâmes ensemble, je ne vis plus sur leur front le plus léger nuage de tristesse: ils étaient plus que résignés, je ne serais pas surpris qu'ils fussent redevenus honnêtes gens, leur langage semblait du moins l'indiquer. «Il faut convenir, mon pauvre Raoul, disait Court, que nous faisions un fichu métier.

—»Oh! ne m'en parle pas: tout métier qui fait pendre son maître......

—»Et puis, ce n'est pas tout ça, être dans des transes continuelles, n'avoir pas un instant de tranquillité, trembler à l'aspect de chaque nouveau visage.

—»C'est bien vrai, partout il me semblait voir des mouchards ou des gendarmes déguisés; le plus petit bruit, mon ombre quelquefois me mettaient sens dessus dessous.

—»Et moi, dès qu'un inconnu me regardait, je m'imaginais qu'il prenait mon signalement, et à la chaleur qui me montait, je sentais bien que malgré moi je rougissais jusque dans le blanc des yeux.

—»Qu'on ne sait guère ce qu'il en est, quand on commence à donner dans le travers! si c'était à refaire, j'aimerais mieux mille fois me brûler la cervelle.

—»J'ai deux enfants, mais s'ils devaient mal tourner je recommanderais plutôt à leur mère de les étouffer de suite.

—»Si nous nous étions donné autant de peine pour bien faire, que nous en avons pris pour faire le mal, nous ne serions pas ici; nous serions plus heureux.

—»Que veux-tu? c'est notre sort.

—»Ne me dis pas ça.... c'est soi-même qui fait son sort..... la destinée, c'est des bêtises; il n'y a pas de destinée, et sans les mauvaises fréquentations, je sens bien que je n'étais pas né pour être un coquin. Te souviens-tu, à chaque coup que nous venions de faire, combien je prenais de la consolation? C'est que j'avais sur l'estomac comme un poids de cinq cents livres, j'en aurais avalé une velte que ça ne me l'aurait pas retiré.

—»Et moi, je sentais comme un fer chaud qui me brûlait le cœur; je me mettais sur le côté gauche pour dormir, si je m'assoupissais, c'était le reste: on aurait dit que j'avais les cinq cents millions de diables à mes trousses; à des fois on me surprenait avec mes habits pleins de sang, enterrant un cadavre, ou bien encore l'emportant sur mon dos. Je m'éveillais, j'étais trempé comme une soupe; l'eau coulait de mon front, qu'on l'aurait ramassée à la cuillère; après cela il n'y avait plus moyen de fermer l'œil: mon bonnet me gênait, je le tournais et le retournais de cent façons; c'était toujours un cercle de fer qui me serrait la tête, avec deux pointes aiguës qui s'enfonçaient de chaque côté dans les tempes.

—»Ah! tu as aussi éprouvé ça. On croirait que c'est des aiguilles.

—»C'est p't-être tout ça qu'on appelle des remords.

—»Remords ou non, toujours est-il que c'est un fier tourment. Tenez, M. Jules, je n'y pouvais plus durer, il était temps que ça finisse: d'honneur, c'était assez comme ça. D'autres vous en voudraient, moi je dis que vous nous avez rendu service; qu'en dis-tu, Raoul?

—»Depuis que nous avons tout avoué, je me trouve comme en paradis, au prix de ce que j'étais auparavant. Je sais bien que nous avons un fichu moment à passer, mais ils n'étaient pas non plus à la noce ceux que nous avons tué: d'ailleurs, c'est bien le moins que nous servions d'exemple.»

Au moment de me séparer d'eux, Raoul et Court me demandèrent en grâce de venir les voir aussitôt qu'ils seraient condamnés; je le leur promis et tins parole. Deux jours après le prononcé du jugement qui les condamnait à mort, je me rendis près d'eux. Quand je pénétrai dans leur cachot, ils poussèrent un cri de joie. Mon nom retentit sous ces voûtes sombres comme celui d'un libérateur; ils témoignèrent que ma visite leur faisait le plus grand plaisir, et ils demandèrent à m'embrasser. Je n'eus pas la force de leur refuser. Ils étaient attachés sur un lit de camp, où ils avaient les fers aux pieds et aux mains; j'y montai, et ils me pressèrent contre leur sein avec la même effusion de cœur que de véritables amis qui se retrouvent après une longue et douloureuse séparation. Une personne de ma connaissance, qui était présente à cette entrevue, eut une très grande frayeur en me voyant ainsi en quelque sorte à la discrétion de deux assassins. «Ne craignez rien, lui dis-je.

—»Non, non, ne craignez rien, dit Raoul avec vivacité, nous, faire du mal à monsieur Jules! il n'y a pas de risques.

—»Monsieur Jules! proféra Court, c'est ça un homme; nous n'avons que lui d'ami, et ce qui m'en plaît, c'est qu'il ne nous a pas abandonnés.»

Comme j'allais me retirer, j'aperçus auprès d'eux deux petits livres dont l'un était entr'ouvert (c'étaient des Pensées chrétiennes): «Il paraît; leur dis-je, que vous vous livrez à la lecture; est-ce que vous donneriez dans la dévotion, par hasard?

—»Que voulez-vous? me répondit Raoul, il est venu ici un ratichon (un ecclésiastique) pour nous reboneter (nous confesser); c'est lui qui nous a laissé ça. Il y a tout de même là-dedans des choses que, si on les suivait, le monde serait meilleur qu'il est.

—»Oh! oui, b........t meilleur! On a beau dire, la religion ce n'est pas de la bamboche; nous n'avons pas été mis sur terre pour y crever comme des chiens.»

Je félicitai ces nouveaux convertis de l'heureux changement qui s'était opéré en eux. «Qui aurait dit, il n'y a pas deux mois, reprit Court, que je me serais laissé embêter par un calotin!

—»Et moi, observa Raoul, tu sais comme je les avais dans le piffe; mais quand on est dans notre passe, on y regarde à deux fois: ce n'est pas que la mort m'épouvante, je m'en f... comme de boire un verre d'eau. Vous verrez comme j'irai là, monsieur Jules.

—»Ah! oui, me dit Court, il faudra venir.

—»Je vous le promets.

—»Parole d'honneur?

—»Parole d'honneur.»

Le jour fixé pour l'exécution, je me rendis à Versailles; il était dix heures du matin lorsque j'entrai dans la prison, les deux patients s'entretenaient avec leurs confesseurs. Ils ne m'eurent pas plutôt aperçu que, se levant précipitamment, ils vinrent à moi.

Raoul (me prenant les mains). «Vous ne savez pas le plaisir que vous nous faites, tenez, on était en train de nous graisser nos bottes.

Moi.»Que je ne vous dérange pas.

Court.»Vous, monsieur Jules, nous déranger! plaisantez-vous?

Raoul.»Il faudrait que nous n'eussions pas dix minutes devant nous, pour ne pas vous parler; (se tournant vers les ecclésiastiques) ces messieurs nous excuseront.

Le confesseur de Raoul.»Faites, mes enfants, faites.

Court.»C'est qu'il n'y en a pas beaucoup comme monsieur Jules; tel que vous le voyez, c'est pourtant lui qui nous a emballés, mais ça n'y fait rien.

Raoul.»Si ce n'avait pas été lui, c'était un autre.

Court.»Et qui ne nous aurait pas si bien traités.

Raoul.»Ah! monsieur Jules, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour nous.

Court.»Un ami n'en ferait pas autant.

Raoul.»Et par dessus le marché venir encore nous voir faire la culbute!

Moi. (leur offrant du tabac, dans l'espoir de changer la conversation).»Allons, une prise, c'est du bon.

Raoul (aspirant avec force).»Pas mauvais! (il éternue à plusieurs reprises) c'est un billet de sortie, n'est-ce pas, monsieur Jules?

Moi.»Cela se dit.

Raoul.»Je suis pourtant bien malade.» (Dans ce moment, il prend ma boîte, et après l'avoir ouverte pour en faire les honneurs, il l'examine.) «Elle est belle, la fonfière (tabatière)! Dis donc, Court, sais-tu ce que c'est que ça?

Court (détournant la vue). C'est de l'or.

Raoul.»Tu as bien raison de regarder de l'autre côté; l'or, c'est la perdition des hommes. Tu vois où ça nous a conduits.

Court.»Dire que pour une saloperie pareille, on se fait arriver tant de peine! N'aurait-il pas mieux valu travailler? Tu avais des parents honnêtes, moi aussi, au jour d'aujourd'hui, nous ne ferions pas déshonneur à nos familles.

Raoul.»Oh! ce n'est pas là mon plus grand regret. Ce sont les messières que nous avons escarpés.... les malheureux!

Court (l'embrassant).»Tu fais bien de te repentir. Celui qui donne la mort à ses semblables n'est pas fait pour vivre. C'est un monstre!

Le Confesseur de Court.»Allons, mes enfants, le temps s'écoule.

Raoul.»Ils ont beau dire, le Meg des Megs (l'Être suprême), s'il y en a un, ne nous pardonnera jamais.

Le Confesseur de Court.»La miséricorde de Dieu est inépuisable.... Jésus-Christ, mourant sur la croix, a intercédé auprès de son père pour le bon larron.

Court.»Puisse-t-il intercéder pour nous!

L'un des Confesseurs.»Élevez votre ame à Dieu, mes enfants, prosternez-vous et priez.»

Les deux patients me regardent comme pour me consulter sur ce qu'ils doivent faire; ils semblent craindre que je ne les accuse de faiblesse.

Moi.»Il n'y a pas de honte.

Raoul (à son camarade).»Mon ami, recommandons-nous.»

Raoul et Court s'agenouillent: ils restent environ quinze minutes dans cette position.... ils sont plutôt recueillis qu'absorbés. L'horloge sonne, c'est onze heures et demie, ils se regardent et disent ensemble, dans trente minutes, ce sera fait de nous! En prononçant ces mots, ils se lèvent; je vois qu'ils veulent me parler, je m'étais tenu un instant à l'écart, je m'approche. «Monsieur Jules, me dit Court, si c'était un effet de votre bonté, nous vous demanderions un dernier service.

—»Quel est-il? je suis tout prêt à vous obliger.

—»Nous avons nos femmes à Paris. J'ai ma femme... ça me brise le cœur... c'est plus fort que moi!» Ses yeux se remplissent de larmes, sa voix s'altère, il ne peut achever.

—»Eh bien! Court, dit Raoul, qu'as-tu donc? ne vas tu pas faire l'enfant? Je ne te reconnais pas là, mon garçon; es-tu un homme ou ne l'es-tu pas? Parce que tu as ta femme; est-ce que je n'ai pas aussi la mienne? allons! un peu de courage.

—»C'est passé à présent, reprit Court, ce que j'avais à vous dire, monsieur Jules, c'est que nous avons nos femmes, et que sans vous commander, nous voudrions bien vous charger de quelques petites commissions pour elles.»

Je leur promis de m'acquitter de toutes celles qu'ils me donneraient, et lorsqu'ils m'eurent exposé leurs intentions, je leur renouvelai l'assurance qu'elles seraient religieusement remplies.

Raoul.»J'étais bien sûr que vous ne nous refuseriez pas.

Court.»Avec les bons enfants, il y a toujours de la ressource.... Ah! monsieur Jules, comment nous reconnaître de tout ça?

Raoul.»Si ce que dit le rebonneteur (confesseur) n'est pas de la blague, un jour nous nous retrouverons là-bas.

Moi.»Il faut l'espérer, peut-être plutôt que vous ne pensez.

Court.»Ah! c'est un voyage que l'on fait le plus tard que l'on peut. Nous sommes bien près du départ.

Raoul.»Monsieur Jules, votre montre va-t-elle bien?

Moi.»Je crois qu'elle avance. (Je la tire.)

Raoul.»Voyons-la. Midi.

Court.»La Carline (la mort), Dieu! comme elle nous galoppe!

Raoul.»La grande aiguille va toucher la petite. Nous ne nous ennuyons pas avec vous, M. Jules.... mais il faut se quitter. Tenez, prenez ces babillards, nous n'en avons plus besoin. (Les babillards étaient les deux Pensées chrétiennes).

Court.»Et ces deux Jean de la vigne (les crucifix), prenez-les aussi; cela fera qu'au moins vous aurez souvenance de nous.» On entend un bruit de voitures: les deux condamnés pâlissent.

Raoul.»Il est bon d'être repentant, mais est-ce que je vas faire le c....., par hasard? oh! non, pas de bravades comme il y en a d'aucuns, mais soyons fermes.

Court.»C'est cela: fermes et contrits.

Le bourreau arrive. Au moment d'être placés sur la charrette, les patients me font leurs adieux: «C'est pourtant deux têtes de mort que vous venez d'embrasser, me dit Raoul.»

Le cortège s'avance vers le lieu du supplice. Raoul et Court sont attentifs aux exhortations de leurs confesseurs; tout à coup je les vois tressaillir: une voix a frappé leur oreille, c'est celle de Fontaine, qui, rétabli de ses blessures, est venu se mêler à la foule des spectateurs. Il est animé par l'esprit de vengeance; il s'abandonne aux transports d'une joie atroce. Raoul l'a reconnu; d'un coup-d'œil, qu'accompagne l'expression muette d'une pitié méprisante, il semble me dire que la présence de cet homme lui est pénible. Fontaine était près de moi, je lui ordonnai de s'éloigner; et par un signe de tête, Raoul et son camarade me témoignèrent qu'ils me savaient gré de cette attention.

Court fut exécuté le premier; monté sur l'échafaud, il me regarda encore comme pour me demander si j'étais content de lui. Raoul ne montra pas moins de fermeté; il était dans la plénitude de la vie; par deux fois sa tête rebondit sur le fatal plancher, et son sang jaillit avec tant de force, qu'à plus de vingt pas des spectateurs en furent couverts.

Telle fut la fin de ces deux hommes, dont la scélératesse était moins l'effet d'un mauvais naturel que celui d'un contact avec des êtres pervertis, qui, au sein même de la société générale, forment une société distincte, qui a ses principes, ses vertus et ses vices. Raoul n'avait pas plus de trente-huit ans; il était grand, élancé, agile et vigoureux; son sourcil était élevé; il avait l'œil petit, mais vif, et d'un noir étincelant; son front, sans être déprimé, fuyait légèrement en arrière; ses oreilles étaient tant soit peu écartées, et semblaient être entées sur deux protubérances, comme celles des Italiens, dont il avait le teint cuivré. Court avait une de ces figures qui sont des énigmes difficiles à expliquer; son regard n'était pas louche, mais il était couvert, et l'ensemble de ses traits n'avait, à vrai dire, ni bonne ni mauvaise signification; seulement des saillies osseuses prononcées, soit à la base de la région frontale, soit aux deux pommettes, dénotaient quelqu'instinct de férocité. Peut-être ces indices d'un appétit sanguinaire s'étaient-ils développés par l'habitude du meurtre..... D'autres détails, qui appartenaient plus particulièrement au jeu de sa physionomie, avaient un sens non moins profond; à les considérer, on y voyait quelque chose de maudit qui inquiétait et faisait frémir. Court était âgé de quarante-cinq ans, et depuis sa jeunesse, il était entré dans la carrière du crime! Pour jouir d'une si longue impunité, il lui avait fallu une forte dose d'astuce et de finesse.

Les commissions qui me furent confiées par ces deux assassins étaient de nature à prouver que leur cœur était encore accessible à de bons sentiments; je m'en acquittai avec ponctualité: quant aux présents qu'ils me firent, je les ai conservés, et l'on peut voir chez moi les deux Pensées chrétiennes et les deux crucifix.

Pons Gérard, que l'on ne put pas convaincre de meurtre, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.





FIN DU TOME TROISIÈME.



TABLE
DES MATIÈRES
Du Tome troisième.
Pages.
CHAPITRE XXXII M. de Sartines et M. Lenoir.—Les filous avant la révolution.—Le divertissement d'un lieutenant-général de police.—Jadis et aujourd'hui.—Les muets de l'abbé Sicard et les coupeurs de bourse.—La mort de Cartouche.—Premiers voleurs agents de la police. Les enrôlements volontaires et les bataillons coloniaux.—Les bossus alignés et les boiteux mis au pas.—Le fameux Flambard et la belle israélite.—Histoire d'un chauffeur devenu mouchard; son avancement dans la garde nationale parisienne.—On peut être patriote et grinchir.—Je donne un croc-en-jambe à Gaffré.—Les meilleurs amis du monde.—Je me méfie.—Deux heures à Saint-Roch.—Je n'ai pas les yeux dans ma poche.—Le vieillard dans l'embarras.—Les dépouilles des fidèles.—Filou et mouchard, deux métiers de trop.—Le danger de passer devant un corps-de-garde.—Nouveau croc-en-jambe à Gaffré.—Goupil me prend pour un dentiste.—Une attitude.1
CHAPITRE XXXIII Un enfonceur enfoncé.—La provocation.—Les loups, les agneaux et les voleurs.—Ma profession de foi.—La bande à Vidocq et le Vieux de la Montagne.—Il n'y a plus de morale dans la police.—Mes agents calomniés.—Il n'est si bon matou qui attrape une souris avec des mitaines.—L'instrument du péché.—Mettez des gants.—Desplanques, ou l'amour de l'indépendance; où diable va-t-il se nicher?—Le réglement de MM. Delavau et Duplessis.—Les roulettes ambulantes et les trop-philanthropes.—Les bonnes mœurs, les bonnes lettres, les tonnes études.—Les jésuites de robe longue et de robe courte.—L'empire du cotillon.—Dureté des voleurs qui se croient, corrigés.—Coco-Lacour et un ancien ami.—Castigat ridendo mores.28
CHAPITRE XXXIV Dieu vous bénisse.—Les conciliabules.—L'héritage d'Alexandre.—Les cancans et les prophéties.—Le salut en spirale.—Grande conjuration.—Enquête.—Révélations au sujet d'un Monseigneur le dauphin.—Je suis innocent.—La fable souvent reproduite.—Les Plutarques du pilier littéraire et l'imprimeur Tiger.—L'histoire admirable et pourtant véridique du fameux Vidocq.—Sa mort, en 1875.52
CHAPITRE XXXV Les nouvellistes de malheur.—L'écho de la rue de Jérusalem et lieux circonvoisins.—Toujours Vidocq.—Feus les Athéniens et défunt Aristide.—L'ostracisme et les coquilles.—La patte du chat.—Je fais des voleurs.—Les deux Guillotin.—Le cloaque Desnoyers.—Le chaos et la création.—Monsieur Double-Croche et la cage à poulet.—Une mise décente.—Le suprême bon ton.—Guerre aux modernes.—Le Cadran bleu de la canaille.—Une société bien composée.—Les orientalistes et les argonautes.—Les gigots des prés salés.—La queue du chat.—Les pruneaux et la chahut.—Riboulet et Manon la Blonde.—L'entrée triomphale.—Le petit père noir.—Deux ballades.—L'hospitalité.—L'ami de collége.—Les Enfants du Soleil.73
CHAPITRE XXXVI Un habitué de la Petite-Chaise.—Je ne suis pas trop calé.—Une chambre à dévaliser.—Les oranges du père Masson.—Le tas de pierres.—Il ne faut pas se compromettre.—Un déménagement nocturne.—Le voleur bon enfant.—Chacun son goût.—Ma première visite à Bicêtre.—A bas Vidocq!—Superbe discours.—Il y a de quoi frémir.—l'orage s'appaise.—On ne me tuera pas.102
CHAPITRE XXXVII L'utilité d'un bon estomac.—L'occurence suspecte.—La procession des ballots.—Les Hirondelles de la Grève.—La commodité d'un fiacre.—Les fredaines de ces messieurs.—Le garçon de chantier.—Il n'y a plus de fiat du tout.—Madame Bras, ou la marchande scrupuleuse.—Annette ou la bonne femme.—On ne mange pas toujours.—Le premier qui fut roi.—Vidocq enfoncé, pièce nouvelle, dont le dernier acte se passe au corps-de-garde.—Je joue le rôle de Vidocq.—Représentation à mon bénéfice.—Applaudissements unanimes.—La Pomme rouge.—Le Grand casuel.—L'inspection des papiers.—Je fais évader un voleur.—Le vétéran qui prend un potage.—L'auteur du Pied-de-Mouton.—Les bas et les madras accusateurs.—J'ai perdu ma pièce de cinq francs.—Le soufflet et le marchand de vin.—Je suis arrêté.—La ronde du commissaire.—Ma délivrance.—La chute du bandeau.—Vidocq l'enfonceur reconnu dans Vidocq l'enfoncé.—Souhaitez-vous un bon conseil?—Gare à la caboche.122
CHAPITRE XXXVIII Allons à Saint-Cloud.—L'aspirant mouchard.—Le système des diversions, ou les trompeuses amorces.—Une visite matinale.—Le désordre d'une chambre à coucher.—Singulières remarques.—Néant au rapport.—Ce sont d'honnêtes gens dans le faubourg Saint-Marceau.—Les pattes du dindon.—Prenez garde à vos souliers.—Sacrifice au dieu des ventrus. Deus est in nobis.—La langue de monsieur Judas.—Le nectar du policien.—Explication du mot Traiffe.—Les deux maîtresses.—L'homme qui s'arrête lui-même.—Le contentement donne des ailes.—Le nouvel Epictète.—Un monologue.—L'incrédulité désespérante.—Métamorphose d'un tilbury en philosophes.—La tradition.—La maîtresse d'un prince russe.—Le pain de munition et les sorbets de Tortoni.—La mère Bariole.—Le vieux sérail ou l'enfer d'une femme entretenue.—Les courtisanes et les chevaux de fiacre.—L'amie de tout le monde.—L'invulnérable.—Le tableau des Sabines.—L'Arche sainte.—La tire-rire.—Infandum regina jubes....—Haine aux épaulettes.—Ah! petit fourier!—Les bons sentiments.—L'étrange religion.—Le billet de loterie et la châsse de Sainte-Geneviève.—Il n'est pas de petite économie.—Exemple de fidélité remarquable.—Pénélope.—Le serment des filles.—Je te connais, beau masque.—Voyage dans Paris.—Louison la blagueuse.—Nécessité n'a pas de loi.—Le monstre.—Une furie.—Devoir cruel.—Emilie au violon.—Retour chez la Bariole.—La petite bouteille des amis.—Le trépied de la Sybille.—Philémon et Baucis.—Joséphine Réal, ou les fruits d'une bonne éducation.—Réflexions philosophiques sur la concorde et la mort.—Trois arrestations.—Le traître puni.—Un trait pour la nouvelle Morale en action.—Une mise en liberté.—Réponse aux critiques.152
CHAPITRE XXXIX Je m'effraie de ma renommée.—L'approche d'une grande fête.—Les voleurs classés.—Les rouletiers aux abois.—Un déluge de dénonciations.—Je faillis la gober.—Le matelas, les fausses clés et la pince.—La confession par vengeance.—Le terrible Limodin.—La manie de moucharder.—La voleuse qui se dénonce.—Le bon fils.—L'évadé malencontreux.—Le gâteau des rois et la reine de la fève.—Le baiser perfide.—La difficulté tournée.—Le panier de la blanchisseuse.—L'enfant volé.—Le parapluie qui ne met pas à couvert.—La moderne Sapho.—La liberté n'est pas le premier des biens.—Les inséparables.—Héroïsme de l'amitié.—Le vice a ses vertus.208
CHAPITRE XL Nos amis les ennemis.—Le bijoutier et le curé.—L'honnête homme.—La cachette et la cassette.—Une bénédiction du ciel et le doigt de Dieu.—Fatale nouvelle.—Nous sommes ruinés.—L'amour du prochain.—Les cosaques sont innocents.—100,000 francs, 50,000 francs, 10,000 francs ou la récompense au rabais.—Le faux soldat.—L'entorse de commande.—La tonnelière de Livry.—La petite réputation locale.—Je suis juif.—Mon pélerinage avec la religieuse de Dourdans.—Le phénix des femmes.—Ma métamorphose en domestique allemand.—Mon arrestation.—Je suis incarcéré.—Le hacheur de paille.—Mon entrée en prison.—Les étrangers ont des amis partout.—Le rat d'église.—L'habit viande.—Les boutons de ma redingote.—Ce qu'entend toujours un ivrogne.—Mon histoire.—La bataille de Montereau.—J'ai volé mon maître.—Projet d'évasion.—Voyage en Allemagne.—La poule noire.—Confidence au procureur du roi.—Ma fuite avec un compagnon d'infortune.—Cent mille écus de diamants.—Le minimum.250
CHAPITRE XLI Les glaces enlevées.—Un beau jeune homme.—Mes quatre états.—La fringale.—Le connaisseur.—Le Turc qui a vendu ses odalisques.—Point de complices.—Le général Bouchu.—L'inconvénient des bons vins.—Le petit saint Jean.—Le premier dormeur de France.—Le grand uniforme et les billets de banque.—La crédulité d'un recéleur.—Vingt-cinq mille francs de flambés.—L'officieux.—Capture de vingt-deux voleurs.—L'adorable cavalier.—Le parent de tout le monde.—Ce que c'est d'être lancé.—Les Lovelaces de carcan.—L'aumônier du régiment.—Surprise au café Hardi.—L'Anacréon des galères.—Encore une petite chanson.—Je vais à l'affût aux Tuileries.—Un grand seigneur.—Le directeur de la police du Château.—Révélations au sujet de l'assassinat du duc de Berry.—Le géant des voleurs.—Paraître et disparaître.—Une scène, par madame de Genlis.—Je suis accoucheur.—Les Synonymes.—La mère et l'enfant se portent bien.—Une formalité.—Le baptême.—Il n'y a pas de dragées.—Ma commère à Saint-Lazarre.—Un pendu.—L'allée des voleurs.—Le médecin dangereux.—Craignez les bénéfices.—Je revois d'anciens amis.—Un dîner au Capucin.—J'enfonce les Bohémiens.—Un tour chez la duchesse.—On retrouve les objets.—Deux montagnes ne se rencontrent pas.—La bossue moraliste.—La foire de Versailles.—Les insomnies d'une marchande de nouveautés.—Les ampoules et la chasse aux punaises.—Amour et tyrannie.—Le grillage et les rideaux verts.—Scènes de jalousie.—Je m'éclipse.274
CHAPITRE XLII Le boucher bon enfant.—Trop parler nuit.—L'innocence du petit vin.—Un assassinat.—Les magistrats de Corbeil.—La levée du corps.—L'adresse accusatrice.—Si ce n'est pas toi, c'est ton frère.—La blessure perfide.—C'est lui.—Le front de Caïn.—Le réveil matinal.—Arrestation de deux époux.—Un coupable.—J'en cherche un autre.—L'accusé de libéralisme.—Les goguettes, ou les bardes du quai du Nord.—Une couleur.—Les chansons séditieuses.—J'aide à la cuisine.—Le vin de propriétaire.—L'homme irréprochable.—Translation à la préfecture.—Une confession.—Résurrection d'un marchand de volailles.—Une scène de somnambulisme.—La confrontation.—Habemus confitentes reos.—Deux amis s'embrassent.—Un souper sous les verroux.—Départ de Paris.339
CHAPITRE XLIII Arrivée à Corbeil.—Sornettes populaires.—La foule.—Les gobe-mouches.—La bonne compagnie.—Poulailler et le capitaine Picard.—Le dégoût des grandeurs.—Le marchand de dindons.—Le général Beaufort.—L'idée qu'on se fait de moi.—Grande terreur d'un sous préfet.—Les assassins et leur victime.—Le repentir.—Mettez des couteaux.—Révélations importantes, etc., etc.373
CHAPITRE XLIV Voyage à la frontière.—Un brigand.—La mère Bardou.—Les indications d'une petite fille.—La délibération.—J'aborde mon homme.—La reconnaissance simulée.—Quel gaillard!—Les deux font la paire.—Le faux contrebandier.—L'avis perfide.—Le brigand pétrifié.—Il ne faut pas tenter le diable.—Je délivre le pays d'un fléau.—L'Hercule à la peau d'ours.—Le mangeur de tabac.394
CHAPITRE XLV Une visite à Versailles.—Les grandes bouches et les petits morceaux.—La résignation.—Les transes d'un criminel.—C'est soi-même qui fait son sort.—Le sommeil d'un meurtrier.—Les nouveaux convertis.—Ils m'invitent à leur exécution.—Réflexions au sujet d'une boîte en or.—Le Meg des Megs.—Il n'y a pas de honte.—L'heure fatale.—Nous nous retrouverons là-bas.—La Carline.—Les deux Jean de la vigne.—J'embrasse deux têtes de mort.—L'esprit de vengeance.—Dernier adieu.—L'éternité.409





FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.




NOTES:

[1] Les bataillons coloniaux, à une époque où la France n'avait plus de colonies, étaient destinés à devenir les égoûts de notre armée de terre. Les officiers de ces corps étaient presque tous de méchants garnements déshonorés par leur inconduite, et moins faits pour porter l'épée que le bâton de l'argousin. Lorsque le despotisme impérial existait dans toute sa vigueur, les bataillons coloniaux se recrutèrent d'une foule de citoyens honorables, militaires ou non, que les Fouché, les Rovigo, les Clarke, immolaient à leurs caprices ou à ceux du maître dont ils étaient les esclaves. Des généraux, des colonels, des adjudants-commandants, des magistrats, des prêtres, furent envoyés comme simples soldats dans les îles de Ré et d'Oléron. La police avait réuni dans cet exil, bon nombre de royalistes et de patriotes à cheveux blancs, qu'elle soumettait à la même discipline que les voleurs réputés incorrigibles. Le commandant Latapie faisait marcher au pas les uns et les autres.

[2] Je mets ce Réglement sous les yeux du lecteur, afin de lui prouver que, sans me mêler de politique, j'avais assez d'occupation.

PRÉFECTURE DE POLICE.
Réglement pour la brigade particulière de sûreté.

Art. I. «La brigade particulière de sûreté se divise en quatre escouades. Chacun des agents commandant une escouade reçoit ses instructions de son chef de brigade, et celui-ci reçoit les notes de surveillance et de recherches du chef de la deuxième division de la préfecture de police, avec lequel il doit se concerter tous les jours, et autant de fois qu'il sera nécessaire pour le maintien de l'ordre et de la sûreté des personnes et des propriétés. Il lui rendra compte, tous les matins, du résultat de la surveillance exercée la veille et pendant la nuit par cette brigade, chaque chef d'escouade devant lui faire son rapport particulier.

II.»Les agents particuliers exerceront une surveillance sévère et active pour prévenir les délits; ils arrêteront, tant sur la voie publique que dans les cabarets et autres lieux semblables, les individus évadés des fers et des prisons; les forçats libérés qui ne pourront leur justifier d'avoir obtenu la permission de résider à Paris; ceux qui ont été renvoyés de la capitale dans leurs foyers pour y rester sous la surveillance de l'autorité locale, conformément au Code pénal, et qui seraient revenus à Paris sans autorisation, ainsi que ceux qu'ils surprendraient en flagrant délit. Ils conduiront ces derniers devant le commissaire de police du quartier, auquel ils feront leur rapport, pour lui faire connaître le motif de l'arrestation des prévenus. En cas d'absence de ce fonctionnaire public, ils les consigneront au poste le plus voisin, et les fouilleront soigneusement devant le commandant du poste, afin qu'ils puissent constater provisoirement la nature des objets trouvés sur eux. Ils demanderont toujours aux délinquants leur demeure, pour la vérifier de suite, et en cas de fausse indication de domicile, ils en feront part au commissaire de police, qui constatera alors leur vagabondage. Ils lui indiqueront aussi les témoins qui pourraient être entendus, et dont ils auront eu soin de se procurer les noms et demeures.

III.»Les agents particuliers de la sûreté ne pourront consigner dans les postes que les individus mentionnés en l'article précédent. Ils ne pourront ensuite les en extraire que sur un ordre écrit de leur chef de brigade, auquel ils sont tenus de rendre compte de leurs opérations, ou en vertu d'un ordre supérieur.

IV.»Les agents de police ne pourront s'introduire dans une maison particulière pour arrêter un prévenu de délit, sans être muni d'un mandat, et sans être accompagnés d'un commissaire de police, s'il y a perquisition à faire au domicile.

V.»Les agents de police devront, en tout temps, marcher isolément, afin de mieux examiner les personnes qui passent sur la voie publique, et ils feront de fréquentes stations dans les carrefours les plus passagers.

VI.»La circonspection, la véracité et la discrétion étant des qualités indispensables pour tout agent de police, ils ne peuvent y manquer sans être sévèrement punis.

VII.»Il est défendu aux agents de police de diriger leur surveillance, soit de jour, soit de nuit, dans un autre quartier de la ville que celui qui leur aura été indiqué par leur chef, à moins d'un événement extraordinaire, qui l'eût exigé, et dont ils rendraient compte.

VIII.»Il est également défendu aux agents de police d'entrer dans les cabarets et autres lieux publics pour s'y attabler et boire avec des femmes publiques ou autres individus susceptibles de les compromettre. Ceux qui se prendraient de boisson, qui entretiendraient des liaisons secrètes et habituelles avec des voleuses ou filles publiques, ou vivraient maritalement avec elles, seront punis sévèrement.

IX.»Le jeu étant celui de tous les vices qui conduit le plus promptement l'homme à commettre des bassesses, il est expressément défendu aux agents de police de s'y livrer. Ceux qui seraient trouvés à jouer de l'argent dans un lieu quelconque, seront sur-le-champ suspendus de leurs fonctions.

X.»Les agents de police sont tenus de rendre compte à leur chef de brigade de leur emploi de leur temps.

XI.»La première contravention aux défenses faites dans les articles précédents, sera punie par une retenue de deux journées d'appointement; en cas de récidive, cette retenue sera doublée, sans préjudice d'une punition plus grave, s'il y a lieu.

XII.»Le chef de la brigade est spécialement chargé de veiller à l'exécution du présent réglement. Cette exécution est aussi particulièrement recommandée aux chefs d'escouades qui reçoivent ses ordres, et doivent lui rendre compte, chaque jour, de l'exécution de ceux qu'ils auront reçus de lui, comme de ceux qu'ils auront été à portée de donner eux-mêmes aux agents qu'ils dirigent.

Fait à la Préfecture de police, le             1818.



Le Ministre d'État, Préfet de Police,

Signé, COMTE ANGLÈS.

Par Son Excellence,

Le Secrétaire-général de la Préfecture,

Signé FORTIS.

Sous M. Delaveau, je voulus ajouter quelques articles à cette charte de la brigade; mais le dévôt préfet, qui couvrait de ses roulettes ambulantes Paris et la banlieue, refusa de donner sa sanction à un réglement dans lequel les jeux étaient anathématisés. J'avais aussi classé parmi les attributions de mes agents, le droit de pourchasser sur le Quai de l'École, aux Champs Élisées, et dans tous les lieux publics, cette foule de misérables, de tout rang et de tout âge, qui s'abandonnent ou se prostituent à un goût honteux qui semblait avoir émigré avec les jésuites. Je sollicitai souvent la répression de ces désordres, messieurs Delaveau et Duplessis firent constamment la sourde oreille; enfin il me fut impossible de leur faire comprendre; que la loi qui punit les attentats aux mœurs est applicable à messieurs les trop-philanthropes, toutes les fois qu'ils ne vont pas chercher les ténèbres intra-muros. Je n'ai pas encore pu m'expliquer pourquoi de si hideuses dépravations étaient en quelque sorte privilégiées; peut-être existait-il une secte qui, pour se détacher du monde au moins par un côté, et se soustraire à la plus douce des influences, avait juré haine à la plus belle moitié de l'humaine espèce; peut-être qu'à l'instar de la société des bonnes lettres et de celle des bonnes études, il s'était formé une société des bonnes mœurs: les mœurs jésuitiques. Je n'en sais rien, mais en peu d'années le mal a fait tant de progrès, que je conseille à nos dames d'y prendre garde; si cela continue, adieu l'empire du cotillon; de robe courte ou longue, les jésuites n'aiment que la leur.

[3] Cette pièce, à laquelle j'en aurais pu joindre beaucoup d'autres, renferme toute ma justification: je la reproduis ici textuellement:

DÉCLARATIONS

Des nommés Peyois et Lefebure, relatives au sieur Vidocq, faussement accusé d'avoir fourni de l'argent pour acheter une pince, à l'aide de laquelle un vol s'est commis.

(Deuxième division.—Premier bureau.—Nº 70,465.)

«Aujourd'hui treize octobre mil huit cent vingt-trois, à dix heures du matin, nous Guillaume Recodère, maire de la commune de Gentilly, d'après les ordres de M. le conseiller d'état préfet de police, nous sommes transporté en la maison centrale de détention de Bicêtre, où étant, avons fait comparaître par-devant nous, au greffe de ladite prison, André Peyois, détenu par suite d'un jugement qui le condamne à la peine des fers, auquel, après avoir présenté une lettre adressée au chef de la deuxième division de la préfecture de police, commençant par ces mots «pardonnez à la liberté, et finissant par ceux-ci «dont ma mère m'a donné l'avertit», ladite lettre datée du dix du courant et signée Peyois, avons fait invitation de nous dire s'il la reconnaissait pour avoir été par lui souscrite et signée, et s'il en avouait tout le contenu.

»A répondu, qu'il connaît parfaitement cette lettre pour être la même que celle qu'il a adressée à M. Parisot, chef de la deuxième division à la préfecture de police, elle est signée par lui. Le corps de cette lettre n'a pas été écrit par lui, il ne sait pas assez bien écrire pour cela, mais ce qu'elle contient a été dicté à l'écrivain (le nommé Lemaître, détenu en cette même prison), par lui déclarant, et pour preuve de ce qu'il avance, il est disposé à nous déclarer oralement tous les faits et circonstances contenus en icelle, sans qu'il soit besoin de notre part de les rappeler à sa mémoire, par la lecture de son contenu; en conséquence, il déclare «que lors de l'instruction de l'affaire qui l'amena au banc des accusés, et à la suite de laquelle il fut condamné à la peine des fers, quand il soutint publiquement que le sieur Vidocq lui avait donné une somme de trois francs pour acheter la pince à l'aide de laquelle il avait commis le vol, cause de sa condamnation, il dit un fait non-seulement inexact, mais tout-à-fait faux, car jamais pareille avance et pour pareil motif ne lui fut faite par ce fonctionnaire, et jamais encore, dans cette circonstance comme dans toute autre, il n'a reçu de lui aucun secours en argent; s'il avança cette fausseté en plein tribunal, il le fit à la suite de mauvais conseils qui lui furent donnés par les nommés Utinet et Chrestien, qui lui persuadèrent que par ce moyen seulement son affaire prendrait une tournure favorable, et qu'il ne serait pas condamné, d'autant mieux que s'il les faisait appeler l'un et l'autre comme témoins de ce qu'il avançait, ils soutiendraient son assertion, et qu'ils déposeraient dans le même sens que lui, et que même ils diraient qu'ils avaient vu donner la somme de trois francs; ils allèrent même plus loin, ils lui persuadèrent qu'ils avaient à leur disposition un protecteur puissant, dont l'influence devait garantir lui déclarant, de tout espèce de condamnation, ou si cette condamnation devenait inévitable, devait lui servir utilement pour faire casser son jugement.

»Ce fut encore par le conseil de ces deux individus, qu'il fit appeler à l'audience les nommés Lacour et Decostard, qui déposèrent les mêmes faits imputés par lui, déclarant, au sieur Vidocq, quoiqu'ils fussent absolument faux.

»Après sa condamnation, ces mêmes individus exigèrent de lui qu'il se mît en appel, en lui promettant de lui fournir à leurs frais un défenseur, et de payer tout ce que cet appel occasionerait de dépens. Sur cette dernière circonstance, on pourra entendre la mère, à lui déclarant, qui reçut de la part de Lacour et Decostard les mêmes promesses et les mêmes avances; elles lui furent faites chez un marchand de vin, place du Palais de Justice, qu'on appelle M. Bazile. Sa mère demeure avec son mari, rue du faubourg Saint-Denis, nº 143, chez M. Restauret, propriétaire.

»Ainsi, il doit, pour la satisfaction de sa conscience, et pour rendre hommage à la justice et à la vérité, désavouer ce qu'il a dit en plein tribunal, au désavantage du sieur Vidocq, contre sa moralité et contre son honneur; il en demande humblement pardon.

»Pour corroborer la déclaration qu'il vient de faire, il nous invite à entendre le nommé Lefebure, son co-accusé, et condamné comme lui dans la même affaire, qui est dans cette prison, lequel doit savoir par qui, et avec quel argent fut achetée la pince que j'avais dit avoir été payée de l'argent de M. Vidocq.»

Lecture à lui faite de sa déclaration, a dit qu'elle contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

Signé PEYOIS.

Ensuite, avons fait appeler le nommé Lefebure, ci-dessus désigné et détenu en cette maison, auquel nous avons demandé s'il savait comment le nommé Peyois, s'était procuré la pince à l'aide de laquelle le vol qui a motivé leur condamnation commune, fut commis.

A répondu que deux ou trois jours avant que le vol ne fût commis, il avait vu cet instrument entre les mains dudit Peyois, qui, avant l'instruction de son affaire, lui avait toujours dit que c'était lui qui l'avait achetée trois francs; mais jamais il ne dit que c'était M. Vidocq qui lui avait donné l'argent. Ce fut au tribunal, et pendant l'instruction de leur affaire, qu'il sut pour la première fois que c'était M. Vidocq qui lui avait fourni les moyens de l'acheter.

Qui est tout ce qu'a dit savoir, lecture à lui faite de sa déclaration, a dit qu'elle contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

Signé LEFEBURE.

Dont et de tout quoi il a été rédigé le présent procès-verbal, pour être icelui transmis à M. le conseiller d'état préfet de police, dont acte, les jours, mois et an que dessus.

Signé RECODÈRE.

[4] Ville en ville.

[5] Travailler.

[6] La marchande.

[7] Vendait du vin.

[8] Je lui demande en argot.

[9] Manger.

[10] Bon vin sans eau.

[11] Pain blanc.

[12] Une porte et une clé.

[13] Un lit pour dormir.

[14] J'entre dans sa chambre.

[15] De m'arranger avec elle.

[16] Je remarque au coin du feu.

[17] Un homme qui dormait.

[18] Fouillé dans ses poches.

[19] Son argent j'ai pris.

[20] Son argent et sa montre.

[21] Boucles d'argent.

[22] Sa chaîne et sa culotte.

[23] Chapeau galonné.

[24] Son habit et sa veste.

[25] Bas brodés.

[26] Sauve-toi, marchande.

[27] Pendus.

[28] Sur la place de Ville.

[29] Danser.

[30] Regardés de toutes ces femmes.

[31] Peuple.

[32] Voleurs, bons enfants.

[33] Tous venant voler.

[34] Voleurs.

[35] La nuit.

[36] Des montres.

[37] De l'argent.

[38] Prenons nos précautions.

[39] Volons.

[40] Bourgeois et bourgeoise.

[41] Éveiller les soupçons.

[42] Criait au voleur.

[43] Je lui pris sa montre.

[44] Ses boucles en diamant.

[45] Ses billets.

[46] Minuit sonne.

[47] Les voleurs.

[48] Au cabaret.

[49] Ta porte.

[50] Donne de l'argent.

[51] Couche dans ton logis.

[52] Demande à sa femme.

[53] Dis-donc, la belle.

[54] Ces voleurs-là.

[55] Voleurs de montres.

[56] Enfonceurs de boutiques.

[57] Ne les connais-tu pas.

[58] Culotte.

[59] Bénéfice.

[60] Prêt.

[61] Cave.

[62] Patrouille.

[63] La lune.

[64] Regarde.

[65] Mouchard.

[66] Rit.

[67] Plaisante.

[68] Pleurer.

[69] Exempt, soldats et gendarmes.

[70] Palais de Justice.

[71] Pris en flagrant délit.

[72] Fantassins de la garde de Paris, dont l'uniforme était vert.

[73] Dragons de Paris.

[74] Le soir dans Paris.

[75] Bon coup.

[76] Chambre.

[77] Pleine de marchandises.

[78] De l'argent au gousset.

[79] Sans crainte ni inquiétude.

[80] Sans peur.

[81] Par surcroît.

[82] Une jolie maîtresse.

[83] Buvant du vin sans eau.

[84] Du vin non frelaté.

[85] Bas, escarpins.

[86] Beau jabot de dentelles.

[87] Chapeau galonné.

[88] Enmouraché.

[89] Bourgeois.

[90] Une montre d'or.

[91] La danse.

[92] Le suivant sur le boulevard.

[93] Je l'étourdi.

[94] Je passe sa chemise.

[95] Je vole sa montre, ses habits, ses souliers.

[96] L'endroit où l'on recèle.

[97] Peureux.

[98] Entre dans une boutique.

[99] Vole des louis.

[100] On crie sur elle à la garde.

[101] Je m'enfuis.

[102] Prise en flagrant délit.

[103] Le commissaire l'interroge.

[104] Dénonce tes complices.

[105] Faire un conte.

[106] On me garotte.

[107] Mon beau lit, mes amours.

[108] Au tribunal.

[109] On me condamne aux galères.

[110] A l'exposition.

[111] Vieux.

[112] Du rouge.

[113] Dans ce monde.

[114] Quoi qu'on en dise.

[115] Lot.

[116] Douze ans de fers.

[117] Une bamboche.

[118] En 1815 et 1816, il y eut dans Paris un grand nombre de réunions chantantes, connues sous le nom de goguettes. Ces espèces de souricières politiques se formèrent d'abord sous les auspices de la police, qui les peupla de ses agent. C'était là qu'en trinquant avec les ouvriers, ces derniers les travaillaient, afin de les envelopper dans de fausses conspirations. J'ai vu plusieurs de ces rassemblements prétendus patriotiques; les individus qui s'y montraient le plus exaltés étaient toujours des mouchards, et il était aisé de les reconnaître; ils ne respectaient rien dans leurs chansons; la haine et ses outrages les plus grossiers y étaient prodigués à la famille royale...... et ces chansons, payées sur les fonds secrets de la rue de Jérusalem, étaient l'œuvre des mêmes auteurs que les hymnes de la Saint-Louis et de la Saint-Charles. Depuis feu M. le chevalier de Piis, feu Esménard, on sait que les Bardes du quai du Nord ont le privilége des inspirations contradictoires. La police a ses lauréats, ses ménestrels et ses troubadours; elle est, comme on le voit, une institution très gaie; malheureusement elle n'est pas toujours en train de chanter ou de faire chanter. Trois têtes tombèrent, celles de Carbonneau, Pleignier, Tolleron, et les goguettes furent fermées: on n'en avait plus besoin..... le sang avait coulé.