38—page 106, note—... les dévoués des Galls et des Aquitains...

Cæsar, B. Gall, l. III, c. XXII: «Devoti, quos illi soldurios appellant... Neque adhùc repertus est quisquam qui, eo interfecto, cujus se amicitiæ devovisset, mori recusaret.»—Athenæus, l. VI, c. XIII:... Ἁδιάτομον τὸν τῶν Σωτιανῶν βασιλέα (ἔθνος δὲ τοῦτο Κελτιχὸν) έξαχοσίους ἔχειν λογάδας τερὶ αὐτὸν, οὕς χαλεῖσθαι ὐπὸ Γαλατῶν Σιλοδούρους έλληνιστὶ εὐχωλιμαίους.—Zaldi ou Saldi, cheval, dans la langue basque.

39—page 109Quelques mots grecs dans l'idiome celtique...

M. Champollion-Figeac en a reconnu jusque dans le Dauphiné.—On retrouve à Marseille, sous forme chevaleresque, la tradition de la reconnaissance d'Ulysse et de Pénélope.—Naguère encore l'Église de Lyon suivait les rites de l'Église grecque.—Il paraît que les médailles celtiques antérieures à la conquête romaine offrent une grande ressemblance avec les monnaies macédoniennes. Caumont, Cours d'Antiq. monument., I, 249.—Tout cela ne me semble pas suffisant pour conclure que l'influence grecque ait modifié profondément, intimement, le génie gaulois. Je crois plutôt à l'analogie primitive des deux races qu'à l'influence des communications.

40—page 110Si nous en croyons les Romains, leur langue prévalut dans la Gaule...

S. August., de Civ. Dei, l. XIX, c. VII: «At enim opera data est ut imperiosa civitas non solùm jugum, verum etiam linguam suam domitis gentibus, per pacem societatis, imponeret.»

Val. Max., l. II, c. II: «Magistratus verô prisci, quantopere suam populique romani majestatem retinentes se gesserint, hinc cognosci potest, quod, inter cætera obtinendæ gravitatis indicia, illud quoque magnâ cum perseverantiâ custodiebant, ne Græcis unquam nisi latine responsa darent. Quin etiam ipsâ linguæ volubilitate, quâ plurimum valent, excussâ, per interpretem loqui cogebant; non in urbe tantùm nostrâ, sed etiam in Græciâ et Asiâ; quo scilicet latinæ vocis honos per omnes gentes venerabilior diffunderetur.»

L. Decreta, D. l. XLII, t. I: «Decreta a prætoribus latine interponi debent.»—Tibère s'excusa auprès du sénat d'employer le mot grec de monopole... «Adeo ut monopolium nominaturus, prius veniam postulant quôd sibi verbo peregrino utendum esset; atque etiam in quodam decreto patrum, cùm ἔμβλημα recitaretur, commutandam censuit vocem.» Suet. in Tiber., c. LXXI.

41—page 112Dans le langage... des traces de l'idiome national...

Dès le huitième siècle, le mariage des deux langues gauloise et latine paraît avoir donné lieu à la formation de la langue romane. Au neuvième siècle, un Espagnol se fait entendre d'un Italien (Acta SS. Ord. S. Ben., sec. III, P. 2a, 258). C'est dans cette langue romane rustique que le concile d'Auxerre défend de faire chanter par des jeunes filles des cantiques mêlés de latin et de roman, tandis qu'au contraire ceux de Tours, de Reims et de Mayence (813, 847) ordonnent de traduire les prières et les homélies; c'est enfin dans cette langue qu'est conçu le fameux serment de Louis-le-Germanique à Charles-le-Chauve, premier monument de notre idiome national.—Le latin et le gaulois durent, sans aucun doute, y entrer, suivant les localités, dans des proportions très différentes. Un Italien a pu écrire, vers 960: «Vulgaris nostra lingua quæ latinitati vicina est» (Martène, Vet. Scr. I, 298): ce qui explique pourquoi la langue vulgaire provençale était commune à une partie de l'Espagne et de l'Italie; mais rien ne nous dit qu'il en fût de même de la langue vulgaire du milieu et du nord de la Gaule. Grégoire de Tours (l. VIII), en racontant l'entrée de Gontran à Orléans, distingue nettement la langue latine de la langue vulgaire. En 995, un évêque prêche en gaulois (gallice. Concil. Hardouin, V, 734). Le moine de Saint-Gall donne le mot veltres (lévriers) pour un mot de la langue gauloise (gallica lingua). On lit dans la vie de saint Columban (Acta SS. sec. II, p. 17): «Ferusculam, quam vulgo homines squirium vocant (un écureuil).» Il est curieux de voir poindre ainsi peu à peu, dans un patois méprisé, notre langue française.

42—page 113La langue vulgaire des Gaulois, analogue aux dialectes gallois, etc...

Alb, d'où: Alpes, Albanie; penn, pic, d'où Apennins, Alpes Pennines.—Bardd, Βάρδοι, ap. Strab., l. IV, et Diod., l. V. Bardi, ap. Amm. Marc., l. XV, etc.—Derwydd (V. note, p. 43); aujourd'hui encore en Irlande, Drui signifie magicien; Druidheacht, magie; Toland's Letters, p. 58. Dans le pays de Galles, on appelle les amulettes de verre: gleini na Droedh, verres des druides.—Trimarkisia, de tri, trois, et marc, cheval. Owen's welsch Dictionn. Armstrong's gael dict. «Chaque cavalier gaulois, dit Pausanias, l. X, ap. Scr. fr. I, 469) est suivi de deux serviteurs qui lui donnent au besoin leurs chevaux; c'est ce qu'ils appellent dans leur langue Trimarkisia (τριμαρχίσια), du mot celtique marca.»—À ces exemples, on en pourrait joindre beaucoup d'autres. On retrouve le gæsum. (javelot gaulois) des auteurs classiques dans les mots galliques: gaisde, armé; gaisg, bravoure, etc. Le cateia, dans gath-teht (prononcez ga-té). La rotta, ou chrotta (Fortunat., VII, 8), dans le gaélique cruit, le cymrique crwdd, est la roite du moyen âge.—Le sagum, dans l'armoric sae, etc., etc.

43—page 113Le premier vers de l'Énéide, le Fiat lux, etc...

Il n'y a pas un homme illettré en Irlande, Galles et Écosse du Nord, qui ne comprenne:

  Arma virumque(ac) cano Trojæ qui primus ab oris.
Gaeliq. Arm agg fer can   pi pim fra or.
Gallois. Arvau ac gwr canwyv Troiau cw priv o or.
Γηνητήθω φάος χαὶ ἐγένετο φάος.
G'ennnet pheos agg genneth pheor,
Ganed fawdd ac y genid fawdd
Fiat lux et (ac) lux facta fuit.
Feet lur agg lur feet fet.
Tydded lluch a lluch a feithied.

Cambro-Briton, janvier 1822.

44—page 113Analogies dans les mots, etc...

Ardennæ: l'article ar, et den (cymr.), don (bas-bret.), domhainn (gaël.), profond.—Arelate: ar, sur, et lath (gaël), llaeth (cymr.), marais.—Avenio: abhainn (gaël), avon (cymr.), eau.—Batavia: bat, profond, et av, eau.—Genabum (Orléans, et de même Genève): cen, pointe, et av, eau.—Morini (le Boulonnais): môr, mer.—Rhodanus: rhed-an, rhod-an, eau rapide (Adelung. Dict. gaël. et welsch.), etc.

45—page 114—... le même mot plus rapproché des dialectes celtiques que du latin...

On peut citer les exemples suivants:

  Breton. Gallois. Irlandais. Latin.
Bâton     batta baculus.
Bras   braich   brachium.
Carriole, chariot carr   carr currus.
Chaîne chadden   caddan catena.
Chambre cambr     camera.
Cire     ceir cera.
Dent   dant   dens.
Glaive Glaif     gladius.
Haleine halan alan   halitus.
Lait   laeth laith lac, lactis.
Matin mintin   madin manè, matutinus.
Prix pris   pris pretium.
Sœur choar   seuar soror.

46—page 115—... à une époque où l'union du monde celtique n'était pas rompue encore...

Ces idées que je hasarde ici trouvent leur démonstration complète et invincible dans le grand ouvrage que M. Edwards va publier sur les langues de l'occident de l'Europe. Puisque j'ai rencontré le nom de mon illustre ami, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon admiration sur la méthode vraiment scientifique qu'il suit depuis vingt ans dans ses recherches sur l'histoire naturelle de l'homme. Après avoir pris d'abord son sujet du point de vue extérieur (Influence des agents physiques sur l'homme), il l'a considéré dans son principe de classification (Lettres sur les races humaines). Enfin il a cherché un nouveau principe de classification dans le langage, et il a entrepris de tirer du rapprochement des langues les lois philosophiques de la parole humaine. C'est avoir saisi le point par où se confondent l'existence extérieure de l'homme et sa vie intime.—Ceci était écrit en 1832.—En 1842, nous avons eu le malheur de perdre cet excellent ami.—M. Edwards, né dans les colonies anglaises, était originaire du pays de Galles.

47—page 117—... les églises servaient de tribunaux en Irlande...

Partout où le christianisme ne détruisit pas les cercles druidiques, ils continuèrent à servir de cours de justice.—En 1380, Alexandre lord de Stewart Badenach tint cour aux pierres debout (the Standing Stones) du conseil de Kingusie.—Un canon de l'Église écossaise défend de tenir des cours de justice dans les églises.

48—page 118—... en Bretagne... une douzaine de femmes...

Guillelm. Pictav., ap. Scr. Fr. XI, 88: «La confiance de Conan II était entretenue par le nombre incroyable de gens de guerre que son pays lui fournissait; car il faut savoir que dans ce pays, d'ailleurs fort étendu, un seul guerrier en engendre cinquante; parce que, affranchis des lois de l'honnêteté et de la religion, ils ont chacun dix femmes, et même davantage.»—Le comte de Nantes dit à Louis-le-Débonnaire: «Coeunt frater et ipsa soror, etc.» Ermold. Nigellus, l. III, ap. Scr. Fr. VI, 52.—Hist. Brit. Armoricæ, ibid. VII, 52: «Sorores suas, neptes, consanguineas, atque alienas mulieres adulterantes, necnon et hominum, quod pejus est, interfectores... diabolici viri.»—César disait des Bretons de la Grande-Bretagne: «Uxores habent deni duodenique inter se communes, et maxime fratres cum fratribus et parentes cum liberis. Sed si qui sunt ex his nati, eorum habentur liberi, a quibus primùm virgines quæque ductæ sunt.» Bell. Gall., l. V, c. XIV.—V. aussi la lettre du synode de Paris à Nomenoé (849), ap. Scr. Fr. VII, 504, et celle du concile de Savonnières aux Bretons (859), ibid., 584.

49—page 118Les Bretons qui se louaient partout...

Ducange, Glossarium. On disait: un Breton pour un soldat, un routier, un brigand. Guibert, de Laude B. Mariæ, c. X.—Charta an. 1395: «Per illas partes transierunt gentes armorum, Britones et pillardi, et amoverunt quatuor jumenta.»—On disait aussi Breton, pour: conseiller de celui qui se bat en duel. Édit de Philippe-le-Bel: «... et doit aler cius ki a apelet devant, et ses Bretons porte sen escu devant lui.» Carpentier, Supplément au Glossaire de Ducange.—(Breton, bretteur? bretailleur?)—Willelm. Malmsbur., ap. Scr. Fr. XIII, 13: «Est illud genus hominum egens in patriâ, aliàsque externo ære laboriosæ vitæ mercatur stipendia; si dederis, nec vilia, sine respectu juris et cognationis, detrectans prælia; sed pro quantitate nummorum ad quascumque voles partes obnoxium.»

50—page 118—... la femme, objet du plaisir...

Elle est esclave chez les Germains même, comme chez les Celtes. C'est la loi commune des âges où règne sans partage la brutalité de la force.

Strabon, Dion, Solin, saint Jérôme, s'accordent sur la licence des mœurs celtiques.—O'Connor dit que la polygamie était permise chez eux; Derrick, qu'ils changeaient de femme une fois ou deux par an; Campion, qu'ils se mariaient pour un an et un jour.—Les Pictes d'Écosse prenaient leurs rois de préférence dans la ligne féminine (Fordun, apud Low, Hist. of Scotland); de même chez les Naïrs du Malabar, dans le pays le plus corrompu de l'Inde, la ligne féminine est préférée, la descendance maternelle semblant seule certaine.—C'est peut-être comme mères des rois que Boadicea et Cartismandua sont reines des Bretons, dans Tacite.—Les lois galloises limitent à trois cas le droit qu'a le mari de battre sa femme (lui avoir souhaité malheur à sa barbe, avoir tenté de le tuer, ou commis adultère). Cette limitation même indique la brutalité des maris.—Cependant l'idée de l'égalité apparaît de bonne heure dans le mariage celtique. Les Gaulois, dit César (B. Gall., lib. VI, 17) apportaient une portion égale à celle de la femme, et le produit du tout était pour le survivant. Dans les lois de Galles, l'homme et la femme pouvaient également demander le divorce. En cas de séparation, la propriété était divisée par moitié. Enfin dans les poésies ossianiques, bien modifiées il est vrai par l'esprit moderne, les femmes partagent l'existence nuageuse des héros. Au contraire, elles sont exclues du Walhalla scandinave.

51—page 119—... qu'un seul doive posséder...

Le partage égal tombe de bonne heure en désuétude dans l'Allemagne; le Nord y reste plus longtemps fidèle. V. Grimm, Alterthümer, p. 475, et Mittermaier, Grundsatze des deutschen Privatrechts, 3e ausg., 1827, p. 730.—J'ai lu dans un voyage (de M. de Staël, si je ne me trompe) une anecdote fort caractéristique. Le voyageur français, causant avec des ouvriers mineurs, les étonna fort en leur apprenant que beaucoup d'ouvriers français avaient un peu de terre qu'ils cultivaient dans les intervalles de leurs travaux. «Mais quand ils meurent, à qui passe cette terre?—Elle est partagée également entre leurs enfants.» Nouvel étonnement des Anglais. Le dimanche suivant, ils mettent aux voix entre eux les questions suivantes: «Est-il bon que les ouvriers aient des terres?» Réponse unanime: «Oui.» «Est-il bon que ces terres soient partagées et ne passent pas exclusivement à l'aîné?» Réponse unanime: «Non.»

52—page 119Cette loi de succession égale, etc...

V. mon IIIe vol. et les ouvrages de Sommer, Robinson, Palgrave, Dalrymple, Sullivan, Hasted, Low, Price, Logan, les Collectanea de Rebus Hibernicis, et les Usances de Rohan, Brouerec, etc. Blackstone n'y a rien compris.

53—page 120—... une cause continuelle de troubles...

Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Saxons, I, 233), ce qui livra la Bretagne aux Saxons, ce fut la coutume du gavelkind, qui subdivisait incessamment les héritages des chefs en plus petites tyrannies. Il en cite deux exemples remarquables.

54—page 120La petite société du clan, etc...

On sait qu'en Bretagne on donne le titre d'oncle au cousin qui est supérieur d'un degré. Cette coutume tendait évidemment à resserrer les liens de parenté.—En général, l'esprit de clan a été plus fort en Bretagne qu'on ne l'imagine, bien qu'il domine moins chez les Kymry que chez les Gaëls.

55—page 121, noteLes cousins du chef...

Logan, I, 192. Le jeune chef de clan Rannald, venant prendre possession et voyant la quantité de bêtes qu'on avait tuées pour célébrer son arrivée, remarqua que quelques poules auraient suffi. Tout le clan s'insurgea, et déclara qu'il ne voulait rien avoir à faire avec un chef de poules. Les Frasers, qui avaient élevé le jeune chef, livrèrent un combat sanglant où ils furent défaits et le chef tué.

56—page 122—... ils avaient essayé une sorte de république...

Suivant Gildas, p. 8, les Saxons avaient une prophétie selon laquelle ils devaient ravager la Bretagne cent cinquante ans et la posséder cent cinquante (interpolation cambrienne?).

A serpent with chains
Towering and plundering
With armed wings
From Germania...
(Taliesin, p. 94, et apud Turner, I, p. 312.)

Nous rapporterons aussi la fameuse prophétie de Myrdhyn, d'après Geoffroi de Montmouth, qui nous a transmis les traditions religieuses de la Bretagne renfermées autrefois dans les livres d'exaltation, comme disaient les Latins (libri exaltationis):

«Wortigern étant assis sur la rive d'un lac épuisé, deux dragons en sortirent, l'un blanc et l'autre rouge.» Le rouge chasse le blanc; le roi demande à Myrdhyn ce que cela signifie.... Myrdhyn pleure; le blanc c'est le Breton, le rouge c'est le Saxon...—«Le sanglier de Cornouailles foulera leurs cols sous ses pieds. Les îles de l'Océan lui seront soumises, et il possédera les ravins des Gaules. Il sera célèbre dans la bouche des peuples, et ses actions seront la nourriture de ceux qui les diront. Viendra le lion de la justice; à son rugissement trembleront les tours des Gaules et les dragons des îles. Viendra le bouc aux cornes d'or, à la barbe d'argent. Le souffle de ses narines sera si fort qu'il couvrira de vapeurs toute la surface de l'île. Les femmes auront la démarche des serpents, et tous leurs pas seront remplis d'orgueil. Les flammes du bûcher se changeront en cygnes qui nageront sur la terre comme dans un fleuve. Le cerf aux dix rameaux portera quatre diadèmes d'or. Les six autres rameaux seront changés en cornes de bouviers, qui ébranleront, par un bruit inouï, les trois îles de Bretagne. La forêt en frémira, et elle s'écriera par une voix humaine: «Arrive, Cambrie, ceins Cornouailles à ton côté, et dis à Guintonhi: La terre t'engloutira.»

Ce qui précède est emprunté à la traduction qu'en a donnée Edgar Quinet dans les épopées françaises inédites du douzième siècle. Voici la suite:

«Alors il y aura massacre des étrangers. Les fontaines de l'Armorique bondiront, la Cambrie sera remplie de joie, les chênes de Cornouailles verdiront. Les pierres parleront; le détroit des Gaules sera resserré... Trois œufs seront couvés dans le nid, d'où sortiront renard, ours et loup. Surviendra le géant de l'iniquité, dont le regard glacera le monde d'effroi.»

(Galfrid. Monemutensis, l. IV.)

57—page 123En attendant... elle chante cette grande race...

Voici la plus populaire des chansons galloises: elle est mêlée d'anglais et de gallois.

Doux est le champ du joyeux barde,
Ar hyd y Nôs (toute la nuit);
Doux le repos des pasteurs fatigués,
Ar hyd y Nôs;
Et pour les cœurs oppressés de chagrin,
Obligés d'emprunter le masque de la joie,
Il y a trêve jusqu'au matin,
Ar hyd y Nôs.
(Cambro-Briton, novembre 1819.)

58—page 124—... la puissance de faire des rois, etc..

On couronnait le roi d'Irlande sur une pierre noirâtre, appelée la Pierre du Destin. Elle rendait un son clair, si l'élection était bonne. (Voyez Toland, p. 138.) D'Iona elle fut transportée dans le comté d'Argyle, puis à Scone, où l'on inaugurait les rois d'Écosse. Édouard Ier la fit placer, en 1300, à Westminster, sous le siège du couronnement. Les Écossais conservent l'oracle suivant: «Le peuple libre de l'Écosse fleurira, si cet oracle n'est point menteur: partout où sera la pierre fatale, il prévaudra par le droit du ciel.» Logan, I, 197.—En Danemark et en Suède, comme dans l'Irlande et l'Écosse, c'était sur une pierre qu'on faisait l'inauguration des chefs.—Id., page 198. Sur une belle colline verte, aux environs de Lanark, est une pierre creusée de main d'homme, où siégeait Wallace pour conférer avec ses chefs.

59—page 125Une moitié du monde celtique perd sa langue, etc...

Voyez le Cambro-Briton (avec cette épigraphe: Kymri fu, Kymri fud).—Plusieurs lois défendaient aux Irlandais de parler le celtique, et de même aux Gallois, vers 1700.—Cambro-Briton, déc. 1821. Dans les principales écoles galloises, surtout dans le Nord, le gallois, loin d'être encouragé, a été depuis plusieurs années défendu sous peine sévère. Aussi les enfants le parlent incorrectement, n'en connaissent point la grammaire, et sont incapables de l'écrire. Mais il semble que les langues celtiques se soient réfugiées dans les académies. En 1711, le pays de Galles avait soixante-dix ouvrages imprimés dans sa langue: il en a aujourd'hui plus de dix mille. Logan, the Scotish Gaël, 1831.—Le costume n'a pas été moins persécuté que la langue. En 1585, le parlement défendit de paraître aux assemblées en habit irlandais. (Toutefois les Irlandais ont quitté leur costume au milieu du dix-septième siècle, plus aisément que les highlanders d'Écosse.)—On lit dans un journal écossais, de 1750, qu'un meurtrier fut acquitté parce que sa victime portait la tartane.

60—page 125—... l'Irlande, l'île des Saints...

Giraldus Cambrensis (Topograph. Hiberniæ, III, c. XXIX) reproche à l'Irlande de ne pas compter parmi ses saints un seul martyr. «Non fuit qui faceret hoc bonum: non fuit usque ad unum!» Moritz, archevêque de Cashel, répondit que l'Irlande pouvait du moins se vanter d'un grand nombre de personnages dont la science avait éclairé l'Europe. «Mais peut-être, ajouta-t-il, aujourd'hui que votre maître, le roi d'Angleterre, tient la monarchie entre ses mains, nous pourrons ajouter des martyrs à la liste de nos saints.»—O'Halloran, Introduct. to the hist. of Ireland. Dublin, 1803, p. 177.

61—page 126Quatre cent mille Irlandais dans nos armées...

O'Halloran prétend que, d'après les registres du ministère de la guerre, depuis l'an 1691 jusqu'à l'an 1745 inclusivement, quatre cent cinquante mille Irlandais se sont enrôlés sous les drapeaux de la France. Peut-être ceci doit-il s'entendre de tous les Irlandais entrés dans nos armées jusqu'en 1789.

62—page 131Chez les Germains, le culte des éléments...

Lorsque saint Boniface alla convertir les Hessois... «alii lignis et fontibus clanculo, alii autem aperte sacrificabant, etc.» Acta SS. ord. S. Ben., sect. III, in S. Bonif.

Tacit. Germania, c. XL: «Ils adorent Ertha, c'est-à-dire la Terre-Mère. Ils croient qu'elle intervient dans les affaires des hommes et qu'elle se promène quelquefois au milieu des nations. Dans une île de l'Océan est un bois consacré, et dans ce bois un char couvert dédié à la déesse. Le prêtre seul a le droit d'y toucher; il connaît le moment où la déesse est présente dans ce sanctuaire; elle part traînée par des vaches, et il la suit avec tous les respects de la religion. Ce sont alors des jours d'allégresse; c'est une fête pour tous les lieux qu'elle daigne visiter et honorer de sa présence. Les guerres sont suspendues; on ne prend point les armes; le fer est enfermé. Ce temps est le seul où ces barbares connaissent, le seul où ils aiment la paix et le repos; il dure jusqu'à ce que, la déesse étant rassasiée du commerce des mortels, le même prêtre la rende à son temple. Alors le char et les voiles qui le couvrent, et si on les en croit, la divinité elle-même, sont baignés dans un lac solitaire. Des esclaves s'acquittent de cet office, et aussitôt après le lac les engloutit. De là une religieuse terreur et une sainte ignorance sur cet objet mystérieux, qu'on ne peut voir sans périr.»

Le Castum nemus de Tacite ne serait-il pas l'île Sainte des Saxons, Heiligland, à l'embouchure de l'Elbe, appelée aussi Fosetesland, du nom de l'idole qu'on y adorait (... a nomine dei sui falsi Fosete, Fosetesland est appellata. Acta SS. ord. S. Bened., sect. 1, p. 25)? Les marins la révéraient encore au onzième siècle, selon Adam de Brème. Pontanus la décrit en 1530.—Les Anglais possèdent depuis 1814 cette île danoise, berceau de leurs aïeux (elle a pour armes un vaisseau voguant à pleines voiles); mais la mer, qui a anéanti North-Strandt en 1634, a presque détruit Heiligland en 1649. Elle est formée de deux rocs, comme le Mont-Saint-Michel et le rocher de Delphes. V. Turner, Hist. of the Anglo-Saxons, I, 125.

63—page 132—... des Amali, des Balti...

Jornandès (c. XIII, XIV) a donné la généalogie de Théodoric, le quatorzième rejeton de la race des Amali, depuis Gapt, l'un des Ases ou demi-dieux.—Baltha ou Bold (hardi, brave). «Origo mirifica», dit le même auteur, c. XXIX. C'est à cette race illustre qu'appartenait Alaric.—La famille des Baux, de Provence et de Naples, se disait issue des Balti. Voyez Gibbon, V, 430.

64—page 134Saxons, Ases...

Saxones, Saxen, Sacæ, Asi, Arii?—Turner, I, 115. Saxones, i. e. Sakai-Suna, fils des Sacæ, conquérants de la Bactriane.—Pline dit que les Sakai établis en Arménie s'appelaient Saccassani (l. VI, c. XI); cette province d'Arménie s'appela Saccasena. (Strab., l. XI, p. 776-8). On trouve des Saxoi sur l'Euxin (Stephan de urb. et pop., p. 657). Ptolémée appelle Saxons un peuple scythique sorti des Sakai.

65—page 136—... l'esprit de la race germanique...

Distinguons soigneusement de la Germanie primitive deux formes sous lesquelles elle s'est produite à l'extérieur; premièrement, les bandes aventureuses des barbares qui descendirent au Midi, et entrèrent dans l'Empire comme conquérants et comme soldats mercenaires; deuxièmement, les pirates effrénés qui, plus tard, arrêtés à l'ouest par les Francs, sortirent d'abord de l'Elbe, puis de la Baltique, pour piller l'Angleterre et la France. Les uns et les autres commirent d'affreux ravages. Au premier contact des races, lorsqu'il n'y avait encore ni langues, ni habitudes communes, les maux furent grands sans doute, mais les vaincus n'oublièrent aucune exagération pour ajouter eux-mêmes à leur effroi.

66—page 136—... le mysticisme et l'idéalisme, etc...

J'ai parlé dans un autre ouvrage de la profonde impersonnalité du génie germanique et j'y reviendrai ailleurs. Ce caractère est souvent déguisé par la force sanguine, qui est très remarquable dans la jeunesse allemande; tant que dure cette ivresse de sang, il y a beaucoup d'élan et de fougue. L'impersonnalité est toutefois le caractère fondamental (V. mon Introduction à l'Histoire universelle). C'est ce qui a été admirablement saisi par la sculpture antique, témoin les bustes colossaux des captifs Daces, qui sont dans le Bracchio Nuovo du Vatican et les statues polychromes qu'on voit dans le vestibule de notre Musée. Les Daces du Vatican, dans leurs proportions énormes, avec leur forêt de cheveux incultes, ne donnent point du tout l'idée de la férocité barbare, mais plutôt celle d'une grande force brute, comme du bœuf et de l'éléphant, avec quelque chose de singulièrement indécis et vague. Ils voient sans avoir l'air de regarder, à peu près comme la statue du Nil dans la même salle du Vatican, et la charmante Seine de Vietti, qui est au Musée de Lyon. Cette indécision du regard m'a souvent frappé dans les hommes les plus éminents de l'Allemagne.

67—page 138Élevée par un guerrier, la vierge, etc...

V. le commencement du Nialsaga.—Salvian. de Provident., liv. VII. «Gotorum gens perfida, sed pudica est. Saxones crudelitate efferi, sed castitate mirandi.»

68—page 139—... la femme cultivait la terre...

Tacit. Germ., c. XV. «Fortissimus quisque... nihil agens, delegatâ domûs et penatium et agrorum curâ feminis senibusque, et infirmissimo cuique ex familiâ.»

69—page 140Mellobaud, Arbogast, etc...

Zozim., l. IV, ap. Script. Fr. I, 584:—Paul. Oros., l. VII, c. XXXV: «Eugenium tyrannum creare ausus est, legitque hominem, cui titulum imperatoris imponeret, ipse acturus imperium.» Prosper. Aquitan., ann. 394. Marcelin. Chron. ap. Scr. Fr. I, 640.—Claudien (IV Consul. Honor. v. 74) dit dédaigneusement:

Hunc sibi Germanus famulum delegerat exul.

70—page 140Mériadec, ou Murdoch,...

Triades de l'île, de Bretagne, trad. par Probert, p. 381. «La troisième expédition combinée fut conduite hors de cette île par Ellen, puissant dans les combats, et Cynan, son frère, seigneur de Meiriadog, en l'Armorique, où ils obtinrent terres, pouvoir et souveraineté de l'empereur Maxime, pour le soutenir contre les Romains... et aucun d'eux ne revint, mais ils restèrent là et dans Ystre Gyvaelwg, où ils formèrent une communauté.»—En 462, on voit au concile de Tours un évêque des Bretons.—En 468, Anthemius appelle de la Bretagne et établit à Bourges douze mille Bretons. Jornandès, de Reb. Geticis, c. XLV.—Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Sax., p. 282), les Bretons ne s'établirent dans l'Armorique qu'en 532, comme le dit la Chronique du Mont-Saint-Michel.—Au reste, il y eut sans doute de toute antiquité, entre la Grande-Bretagne et l'Armorique, un flux et reflux continuel d'émigrations, motivé par le commerce et surtout par la religion (V. César). On ne peut disputer que sur l'époque d'une colonisation conquérante.

71—page 145—... la bande de plus en plus gagnée à la civilisation romaine...

Procope oppose les Goths aux nations germaniques. De Bello Gothico, l. III, c. XXXIII, ap. Scr. Fr. II, 41.—Paul Orose, ap. Scr. Fr. I. «Blande, mansuete, innocenterque vivunt, non quasi cum subjectis, sed cum fratribus.»

72—page 146Le nom oriental d'Attila, Etzel...

«Etzel, Atzel, Athila, Athela, Ethela.—Atta, Atti, Aetti, Vater, signifient, dans presque toutes les langues, et surtout en Asie, père, juge, chef, roi.—C'est le radical des noms du roi marcoman Attalus, du Maure Attala, du Scythe Atheas, d'Attalus de Pergame, d'Atalrich, Eticho, Ediko.—Mais il y a un sens plus profond et plus large. Attila est le nom du Volga, du Don, d'une montagne de la province d'Einsiedeln, le nom général d'un mont ou d'un fleuve. Il aurait ainsi un rapport intime avec l'Atlas des mythes grecs.» Jac. Grimm, Aldeutsche Walder, I, 6.

73—page 146—... Attila, avide comme les éléments...

On voit dans Priscus et Jornandès les Grecs et les Romains l'apaiser souvent par des présents (Priscus, in Corp. Hist. Byzantinæ, I, 72.—Genséric le détermine, par des présents, à envahir la Gaule.—Pour réparation d'un attentat à sa vie, il exige une augmentation de tribut, etc.).—Dans le Wilkina-saga, c. LXXXVII, il est appelé le plus avide des hommes; c'est par l'espoir d'un trésor que Chriemhild le décide à faire venir ses frères dans son palais.

74—page 147—... le front percé de deux trous ardents...

Jornandès, de rebus Getic, ap. Duchesne, I, 226: «Formâ brevis, lato pectore, capite grandiori, minutis oculis, rarus barbâ, canis aspersus, simo naso, teter colore, originis suæ signa referens.»—Amm. Marcel., XXXI, 1. «Hunni... pandi, ut bipedes existimes bestias: vel quales in commarginandis pontibus effigiati stipites dolantur incompti.»—Jornandès, c. XXIV. «Species pavendâ nigredine, sed veluti quædam (si dici fas est) offa, non facies, habensque magis puncta quàm lumina.»

75—page 148—... appelé par son compatriote Aétius...

Greg. Tur., l. II, ap. Scr. Fr. I, 163: «Gaudentius, Aetii pater, Scythiæ provinciæ primoris loci.»—Jornandès dit (ap. Scr. Fr. I, 22): «Fortissimorum Mœsiorum stirpe progenitus, in Dorostenâ civitate.»—Aétius avait été otage chez les Huns (Greg. Tur., loc. cit.).—Parmi les ambassadeurs d'Attila étaient Oreste, père d'Augustule, le dernier empereur d'Occident, et le Hun Édecon, père d'Odoacre, qui conquit l'Italie. Voyez la relation de Priscus.

76—page 150Le chant d'Hildebrand et Hadubrand...

Le chant d'Hildebrand et Hadubrand a été retrouvé et publié en 1812 par les frères Grimm. Ils le croient du huitième siècle. Je ne puis m'empêcher de reproduire ce vénérable monument de la primitive littérature germanique. Il a été traduit par M. Gley (Langue des Francs, 1814) et par M. Ampère (Études hist. de Chateaubriand). J'essaye ici d'en donner une traduction nouvelle.

«J'ai ouï dire qu'un jour, au milieu des combattants, se défièrent Hildibraht et Hathubraht, le père et le fils... Ils arrangeaient leurs armures, se couvraient de leurs cottes d'armes, se ceignaient, bouclaient leurs épées; ils marchaient l'un sur l'autre. Le noble et sage Hildibraht demande à l'autre, en paroles brèves: Qui est ton père entre les hommes du peuple, et de quelle race es-tu? Si tu veux me l'apprendre, je te donne une armure à trois fils. Je connais toute race d'hommes.—Hathubraht, fils d'Hildibraht, répondit: Les hommes vieux et sages qui étaient jadis me disaient que Hildibraht était mon père; moi, je me nomme Hathubraht. Un jour il s'en alla vers l'Orient, fuyant la colère d'Othachr (Odoacre?); il alla avec Théothrich (Théodoric?) et un grand nombre de ses serviteurs. Il laissa au pays une jeune épouse assise dans sa maison, un fils enfant, une armure sans maître, et il alla vers l'Orient. Le malheur croissant pour mon cousin Dietrich, et tous l'abandonnant, lui, il était toujours à la tête du peuple, et mettait sa joie aux combats. Je ne crois pas qu'il vive encore.—Dieu du ciel, seigneur des hommes, dit alors Hildibraht, ne permets point le combat entre ceux qui sont ainsi parents! Il détache alors de son bras une chaîne travaillée en bracelet que lui donna le roi, seigneur des Huns. Laisse-moi, dit-il, te faire ici ce don!—Hathubraht répondit: C'est avec le javelot que je puis recevoir, et pointe contre pointe! Vieux Hun, indigne espion, tu me trompes avec tes paroles. Dans un moment je te lance mon javelot. Vieil homme, espérais-tu donc m'abuser? Ils m'ont dit, ceux qui naviguaient vers l'Ouest, sur la mer des Vendes, qu'il y eut une grande bataille où périt Hildibraht, fils d'Heeribraht.—Alors, reprit Hildibraht, fils d'Heeribraht: Je vois trop bien à ton armure que tu n'es point un noble chef, que tu n'as pas encore vaincu... Hélas! quelle destinée est la mienne! J'erre depuis soixante étés, soixante hivers, expatrié, banni. Toujours on me remarquait dans la foule des combattants; jamais ennemi ne me traîna, ne m'enchaîna dans son fort. Et maintenant, il faut que mon fils chéri me perce de son glaive, me fende de sa hache, ou que moi je devienne son meurtrier. Sans doute, il peut se faire, si ton bras est fort, que tu enlèves à un homme de cœur son armure, que tu pilles son cadavre; fais-le, si tu en as le droit, et qu'il soit le plus infâme des hommes de l'Est, celui qui te détournerait du combat que tu désires. Braves compagnons, jugez dans votre courage lequel aujourd'hui sait le mieux lancer le javelot, lequel va disposer des deux armures.—Là-dessus, les javelots aigus volèrent et s'enfoncèrent dans les boucliers; puis ils en vinrent aux mains, les haches de pierre sonnaient, frappant à grands coups les blancs boucliers. Leurs membres en furent quelque peu ébranlés, non leurs jambes toutefois...»