112—page 228—L'Église anglo-saxonne, romaine d'esprit...
Acta SS. ord. S. Ben., sæc. III. Le Pape Zacharie écrit à saint Boniface: «Provincia in quâ natus et nutritus es, quam et in gentem Anglorum et Saxonum in Britanniâ insulâ primi prædicatores ab apostolicâ sede missi, Augustinus, Laurentius, Justus et Honorius, novissime vero tuis temporibus Theodorus, ex græco latinus, arte philosophus et Athenis eruditus, Romæ ordinatus, pallio sublimatus, ad Britanniam præfatam transmissus, judicabat et gubernabat...» Ce Théodore, moine grec de Tarse en Cilicie, avait été envoyé pour remplir le siège de Kenterbury, par le pape Vitalien; il était fort savant en astronomie, en musique, en métrique, en langues grecque et latine; il apporta un Homère et un saint Chrysostome. Il était conduit par Adrien, moine napolitain, né en Afrique, non moins savant, et qui avait été deux fois en France. (Usque hodie supersunt de eorum discipulis, qui latinam græcamque linguam æque ut propriam norunt.) Sous eux, le moine northumbrien Benedict Biscop fit venir des artistes de France, et bâtit dans le Northumberland le monastère de Weremouth, selon l'architecture romaine; les murs étaient ornés de peintures achetées à Rome et de vitres apportées de France. Un maître chanteur avait été appelé de Saint-Pierre de Rome. (Beda, Hist. Abbat. Viremuth.)—Théodore et Adrien eurent pour élèves Alcuin et Aldhelm, parent du roi Ina, le premier Saxon qui ait écrit en latin, selon Camden; il chantait lui-même ses Cantiones Saxonicæ dans les rues, à la populace. Guill. Malmesbury le qualifie: «Ex acumine Græcum, ex nitore Romanum, ex pompâ Anglum.» (Warton, Diss. on the introd. of learning into England, I, CXXII.)
113—page 230—Boniface se voue au pape...
Bonifac, Epist. 105: «Decrevimus in nostro synodali conventu et confessi sumus fidem catholicam, et unitatem, et subjectionem Romanæ Ecclesiæ, fine tenus vitæ nostræ, velle servare: sancto Petro et vicario ejus velle subjici... Metropolitanos pallia ab illâ sede quærere: et per omnia, præcepta Petri Canonice sequi desiderare, ut inter oves sibi commendatas numeremur.»
114—page 230—Il demande au pape, dans sa simplicité, etc...
Le pape écrit à Boniface: «Talia nobis a te referuntur, quasi nos corruptores simus canonum et Patrum rescindere traditiones studeamus: ac per hoc (quod absit) cum nostris clericis in simoniacam hæresim incidamus, expetentes et accipientes ab illis præmia, quibus tribuimus pallia. Sed hortamur, carissime frater, ut nobis deinceps tale aliquid minime scribas...» Acta SS. ord. S. Ben., sæc. III, 75.
115—page 230—Adalbert, etc...
Saint Boniface écrit au pape Zacharie: «Maximus mihi labor fuit adversus duos hæreticos pessimos..., unus qui dicitur Adelbert, natione Gallus, alter qui dicitur Clemens, genere Scotus.—Fecit quoque (Adelbert) cruciculas et auratoriola in campis et ad fontes...; ungulas quoque et capillos dedit ad honorificandum et portandum cum reliquiis S. Petri, principis apostolorum.» Epist. 135.
116—page 233, note—... un tribut de trois cents chevaux...
Annal. Met., ap. Script. Fr., V, 336. Le cheval était la principale victime qu'immolaient les Perses et les Germains. Le pape Zacharie (Epist. 142) recommande à Boniface d'empêcher qu'on ne mange de chair de cheval, sans doute comme viande de sacrifice.
117—page 234—Les Francs contre les Vasques, etc..
Fredegar. Scholast., c. XXI. Je doute fort que les Francs, qui furent battus par eux dans la jeunesse de leur empire, leur aient imposé un tribut, comme le prétend Frédégaire, sous les faibles enfants de Brunehaut.
118—page 238—Guaifer repoussa ces demandes...
Voy. aussi Eginhard, Annal., ibid., 199: «Cùm res quæ ad ecclesias... pertinebant, reddere noluisset.—Spondet se ecclesiis sua jura redditurum, etc.»
119—page 239—Pepin portant les reliques...
Secunda S. Austremonii translatio, ap. Scr. Rer. Fr. V, 433. «Rex, ad instar David regis... oblita regali purpurâ, præ gaudio omnem illam insignem vestem lacrymis perfundebat, et antè sancti martyris exequias exultabat, ipsiusque sacratissima membra propriis humeris evehebat. Erat autem hiems.»—Translat. S. Germani Pratens., ibid., 428 «...mittentes, tâm ipse quàm optimates ab ipso electi, manus ad feretrum.»
120—page 239, note 3—Charlemagne...
Les Chroniques de Saint-Denys disent elles-mêmes Challes et Challemaines, pour Charles et Carloman (maine, corruption française de mann; comme lana, laine, etc.). On trouve dans la Chronique de Théophane un texte plus positif encore. Il appelle Carloman Καρουλλόμαγνος; Scr. Fr., V, 187. Les deux frères portaient donc le même nom.—Au dixième siècle, Charles-le-Chauve gagna aussi à l'ignorance des moines latins le surnom de Grand, comme son aïeul. Épitaph., ap. Scr. Fr., VII, 322:
... Nomen qui nomine duxit
De magni magnus, de Caroli Carolus.
C'est ainsi que les Grecs se sont trompés sur le nom d'Élagabal, dont ils ont fait, bon gré, mal gré, Héliogabal, du grec Hélios, soleil.
121—page 241—... dans ces déserts ils élevaient quelque place forte...
Fronsac (Francicum ou Frontiacum) en Aquitaine (Eginh., Annal., ap. Scr. Fr., V, 201); et en Saxe, la ville que les chroniques désignent sous le nom de Urbs Karoli (Annal. Franc, ibid., p. 11), un fort sur la Lippe (p. 29), Ehresburg, etc.
122—page 242—Charlemagne confirma la dîme...
Capitulare ann. 789, c. VII. «De decimis, ut unusquisque suam decimam donet, atque per jussionem pontificis dispensetur.»—Capitulatio de Saxon., ann. 791, c. XVI: «Undecunque censûs aliquid ad fiscum pervenerit..., decima pars ecclesiis et sacerdotibus reddatur.» C. XVII: «Omnes decimam partem substantiæ et laboris sui dent, tàm nobiles quàm ingenui, similiter et liti.»—Voy. aussi Capitul. Francoford., ann. 794, c. XXIII.—Dès l'an 567, on trouve mention de la dîme dans une lettre pastorale des évêques de Touraine; une constitution de Clotaire et les Actes du concile de Mâcon, en 588, la prescrivent expressément. Ducange, II, 1334, vo Decimæ.
123—page 242—... affranchit l'Église de la juridiction séculière.
Capitul. add. ad leg. Langob., ann. 801, c. I. «Volumus primo, ut neque abbates, neque presbyteri, neque diaconi, neque subdiaconi, neque quislibet de clero, de personis suis ad publica, vel ad secularia judicia trahantur vel distringantur, sed a suis episcopis judicati justitiam faciant.»—Cf. Capitul. Aquisgr., ann. 789, c. XXXVII.—Capitul. Francoford., ann. 794, c. IV: «Statutum est a domino rege et S. Synodo, ut episcopi justifias faciant in suas parochias... Comites quoque nostri veniant ad judicium episcoporum.»
124—page 245—... la première victoire des Germains sur l'Empire.
Stapfer, art. Arminius, dans la Biogr. univers.: «Les lieux voisins de Dethmold sont encore pleins de souvenirs de ce mémorable événement. Le champ qui est au pied de Teutberg s'appelle encore Wintfeld, ou Champ de la Victoire; il est traversé par le Rodenbeck, ou Ruisseau de sang, et le Knochenbach, ou Ruisseau des os, qui rappelle ces ossements trouvés, six ans après la défaite de Varus, par les soldats de Germanicus venus pour leur rendre les derniers honneurs. Tout près de là est Feldrom, le champ des Romains; un peu plus loin, dans les environs de Pyrmont, le Herminsberg, ou mont d'Arminius, couvert des ruines d'un château qui porte le nom de Harminsbourg, et sur les bords du Weser, dans le même comté de la Lippe, on trouve Varenholz, le bois de Varus.
125—page 245—... la victoire des Francs sanctifiée par un miracle, etc...
Eginhard. Annal., ap. Script. Fr., V, 201. «Ne diutius siti confectus laboraret exercitus, divinitus factum creditur ut quâdam die, cùm juxta morem, tempore meridiano, cuncti quiescerent, prope montem qui castris erat contiguus tanta vis aquarum in concavitate cujusdam torrentis eruperit, ut exercitui cuncto sufficeret.»—Poetæ Saxonici Annal., l. I.
126—page 248—Le nom du fameux Roland...
Eginhard, vita Karoli, ap. Scr. Fr., V, 93.—Voy. aussi Eginhard. Annal., ibid., 203.—Poet. Sax., l. I, ibid., 143.—Chroniques de Saint-Denys, l. I, c. VI.—Les autres chroniques ne parlent point de cette déroute.—Sur les poèmes carlovingiens, voyez le cours de M. Fauriel, et l'excellente thèse de M. Monin: Sur le Roman de Roncevaux, 1832.
127—page 249—... un système de conversion...
Il prit pour otages quinze des plus illustres, et les remit à la garde de l'archevêque de Reims, Vulfar, auquel il accordait la plus grande confiance. Vulfar avait été précédemment revêtu des fonctions de Missus Dominicus en Champagne. Flodoard. Hist. Remens., l. II, c. XVIII. «Le très sage et très habile Charles, dit le biographe de Louis-le-Débonnaire, savait s'attacher les évêques. Il établit par toute l'Aquitaine des comtes et des abbés, et beaucoup d'autres encore, qu'on nomme des Vassi, de la race des Francs; il leur confia le soin du royaume, la défense des frontières et le gouvernement des fermes royales.» Astronom. Vita Ludov. Pii. c. 3, ap. Scr. Fr., VI, 88.—Les abbés remplissent ici des fonctions militaires. Charlemagne écrit à un abbé de Saxe de venir avec des hommes bien armés et des vivres pour trois mois. Caroli M. Epist., 21, ap. Scr. Fr., V, 633.
Vita S. Sturmii, abbat. Fuld., ap. Scr. Fr., V, 447. «Karolus... assumptis universis sacerdotibus, abbatibus, presbyteris... totam illam provinciam in parochias episcopales divisit... Tunc pars maxima beato Sturmio populi et terræ illius ad procurandum commititur.» Annal. Franc., ap. Scr. Fr., V, 26. «Divisitque ipsam patriam inter presbyteros et episcopos, seu et abbates, ut in eis baptizarent et prædicarent.»—Idem, Chron. Moissiac., ibid. 71.
128—page 253—... le camp des Avares...
Monach. S. Galli, l. II, c. II. «Terra Hunorum novem circulis cingebatur... Tàm latus fuit unus circulus... quantùm est spatium de castro Turonico ad Constantiam... Ita vici et villæ erant locatæ, ut de aliis ad alias vox humana posset audiri. Contra eadem quoque ædificia, inter inexpugnabiles illos muros, portæ non satis latæ erant constitutæ... Item de secundo circulo, qui similiter ut primus erat exstructus; viginti miliaria Teutonica quæ sunt quadraginta Italica, ad tertium usque tendebantur; similiter usque ad nonum; quamvis ipsi circuli alius alio multo contractiores fuerunt... Ad has ergo munitiones per ducentos et eo ampliùs annos, qualescumque omnium occidentalium divitias congregantes... orbem occiduum pene vacuum dimiserunt.»
129—page 255—... un canal du Rhin au Danube...
Eginh. Annal., ad ann. 793. «On avait persuadé au roi que si l'on creusait entre le Rednitz et l'Altmul un canal assez grand pour contenir des vaisseaux, on pourrait naviguer facilement du Rhin au Danube, parce que l'une de ces rivières se jette dans le Danube et l'autre dans le Mein. Aussitôt il vint dans ce lieu avec toute sa cour, y réunit une grande multitude, et employa à cette œuvre toute la saison de l'automne. Le canal fut donc creusé sur deux mille pas de longueur et trois cents pieds de largeur, mais en vain, car au milieu d'une terre marécageuse déjà imprégnée d'eau par sa nature, et inondée par des pluies continuelles, l'entreprise ne put s'achever: autant les ouvriers avaient tiré de terre pendant le jour, autant il en retombait pendant la nuit, à la même place. Pendant ce travail, on lui apporta deux nouvelles fort déplaisantes: les Saxons s'étaient révoltés de tous côtés; les Sarrasins avaient envahi la Septimanie, engagé un combat avec les comtes et les gardes de cette frontière, tué beaucoup de Francs, et ils étaient rentrés chez eux victorieux.»
130—page 257, note—Charlemagne et le pape Adrien...
Eginh. Kar. M. c. 19: «Nuntiato Adriani obitu, quem amicum præcipuum habebat, sic flevit, ac si fratrem aut carissimum filium amisisset.» C. XVII: «Nec ille toto regni sui tempore quicquam duxit antiquius, quàm ut urbs Roma suâ operâ suoque labore veteri polleret auctoritate...»—Voy. les lettres d'Adrien à Charlemagne. (Scr. Fr. V, 403, 544, 545, 546, etc.)
131—page 257—... le couronnement de Charlemagne...
Eginh. Annal., p. 215. «Coram altari, ubi ad orationem se inclinaverat, Leo papa coronam capiti ejus imposuit.»—Eginh. Vit. Kar. M., ibid. 100. «Quod primo in tantum adversatus est, ut affirmaret se eo die, quamvis præcipua festivitas esset, ecclesiam non intraturum fuisse, si pontificis consilium præscire potuisset.»
132—page 258—Les présents d'Haroun...
«Ce que le poète disait impossible:
Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim,
parut alors, dit le moine de Saint-Gall, une chose toute simple, à cause des relations de Charles avec Haroun. En témoignage de ce fait, j'appellerai toute la Germanie, qui, du temps de votre glorieux père Louis (il s'adresse à Charles-le-Chauve), fut contrainte de payer un denier par chaque tête de bœuf et par chaque manse dépendant du domaine royal, pour le rachat des chrétiens qui habitaient la terre sainte. Dans leur misère, ils imploraient leur délivrance de votre père, comme anciens sujets de votre bisaïeul Charles et de votre aïeul Louis.» Monach. Sangall., l. II, c. XIV.
133—page 258—Charlemagne actif dans son repos même, etc...
Eginh. in Karol. M., c. XXV. «Il apprit la grammaire sous le diacre Pierre de Pise, et eut pour maître, dans les autres études, Albinus, surnommé Alcuin, également diacre, né en Bretagne, et de race saxonne, homme d'une science universelle, et sous la direction duquel il donna beaucoup de temps et de travail à la rhétorique et à la dialectique, mais surtout à l'astronomie. Il apprenait aussi le calcul et étudiait le cours des astres avec une curieuse et ardente sagacité.»—«Dans les dernières années de sa vie, il ne fit plus que s'occuper de prières et d'aumônes et corriger des livres. La veille de sa mort, il avait soigneusement corrigé, avec des Grecs et des Syriens, les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean.» Thegan. de Gestis Ludov. Pii, c. VII, ap. Scr. Fr. VI, 76.—Il envoya aussi «à son meilleur ami», le pape Adrien, un Psautier en latin, écrit en lettres d'or, et avec une dédicace en vers. (Eginh. ap. Script. Rer. Franc., t. V, p. 402.) Aussi l'ensevelit-on avec un Évangile d'or à la main. (Monach. Engolism. in Kar. M., ibid. 186.)
134—page 259—Il se piquait de bien chanter au lutrin...
Eginh. in Kar. M., c. XXVI. «Il perfectionna soigneusement la lecture et le chant sacrés, car il s'y entendait admirablement, quoiqu'il ne lût jamais lui-même en public, et qu'il ne chantât qu'à demi voix et en chœur.»—Mon. Sangall., l. I, c. VII. «Jamais, dans la basilique du docte Charles, il ne fut besoin de désigner à chacun le passage qu'il devait lire, ni d'en marquer la fin avec de la cire ou avec l'ongle; tous savaient si bien ce qu'ils avaient à lire, que si on leur disait à l'improviste de commencer, jamais il ne les trouvait en faute. Lui-même, il levait le doigt ou un bâton, ou envoyait quelqu'un aux clercs, assis loin de lui, pour désigner celui qu'il voulait faire lire. Il marquait la fin, par un son guttural, que tous attendaient en suspens, tellement que, soit qu'il fît signe après la fin d'un sens, ou à un repos au milieu de la phrase, ou même avant le repos, personne ne reprenait trop haut ou trop bas, quelque étrange commencement que cela pût faire. En sorte que, bien que tous ne comprissent pas, c'était dans son palais que se trouvaient les meilleurs lecteurs, et nul n'osa entrer parmi ses choristes (fût-il même connu d'ailleurs) qui ne sût bien lire et bien chanter.»
135—page 259—... pour observer ceux qui entraient...
Mon. S. Galli, l. I, c. XXXII. «Quæ (mensiones) ita circa palatium peritissimi Caroli ejus dispositione constructæ sunt, ut ipse per cancellos solarii sui cuncta posset videre, quæcumque ab intrantibus vel exeuntibus quasi latenter fierent. Sed et ita omnia procerum habitacula a terrâ erant in sublime suspensa, ut sub eis non solum militum milites et eorum servitores, sed omne genus hominum ab injuriis imbrium vel nivium, vel gelu, caminis possent defendi, et nequaquàm tamen ab oculis acutissimi Caroli valerent abscondi.»
136—page 259—La nuit, il se levait pour les matines...
Eginh. in Kar. M., c. XXVI. «Ecclesiam mane et vespere, item nocturnis horis et sacrificii tempore, quoad eum valetudo permiserat, impigrè frequentabat.»—Mon. Sangall., l. I, c. XXXIII: «Gloriosissimus Carolus ad nocturnas laudes pendulo et profundissimo pallio utebatur.»
137—page 259—Portrait de Charlemagne...
Eginh. in Kar. M., c. XXII. «Corpore fuit amplo atque robusto, staturâ eminenti, quæ tamen justam non excederet... apice corporis rotundo, oculis prægrandibus ac vegetis, naso paululum mediocritatem excedente... Cervix obesa et brevior, venterque projectior... Voce clarâ quidem, sed quæ minùs corporis formæ conveniret.—Medicos pene exosos habebat, quod ei in cibis assas, quibus assuetus erat, dimittere, et elixis adsuescere suadebant.»—Permis aux grandes Chroniques de Saint-Denys, écrites si longtemps après, de dire qu'il fendait un chevalier d'un coup d'épée, et qu'il portait un homme armé debout sur la main. On a proportionné l'empereur à l'empire, et conclu que celui qui régnait de l'Elbe à l'Èbre devait être un géant.
138—page 259—C'était plaisir de les voir cavalcader derrière lui...
Id. ibid., c. XIX: «Numquàm iter sine illis faceret. Adequitabant ei filii, filiæ vero pone sequebantur... Quæ cùm pulcherrimæ essent et ab eo plurimum diligerentur, mirum dictu quod nullam earum cuiquam aut suorum aut exterorum nuptum dare voluit. Sed omnes secum usque ad obitum suum in domo suâ retinuit, dicens se earum contubernio carere non posse. Ac propter hoc, alias felix, adversæ fortunæ malignitatem expertus est. Quod tamen ita dissimulavit, ac si de eis nunquam alicujus probri suspicio exorta, vel fama dispersa fuisset.»
139—page 260—... la dissonance reparaissait toujours...
V. un passage curieux d'une vie de saint Grégoire, ap. Scrip. Rer. Fr. t. V, p. 445.—V. aussi la vie de Charlemagne, par un moine d'Angoulême (ap. Scr. Fr. V, 185).—Mon. Sangall., l. 1, c. X. «Voyant avec douleur que le chant était divers selon les diverses provinces, il demanda au pape douze clercs instruits dans la psalmodie. Mais, par malice, lorsqu'on les eut dispersés de côté et d'autre, ils se mirent à enseigner tous des méthodes différentes. Charles indigné se plaignit au pape, et le pape les mit en prison.»
140—page 265—Charlemagne fit recueillir les vieux chants nationaux de l'Allemagne...
Eginh. in Kar. M., c. XXIX. «Barbara et antiquissima carmina, quibus veterum regum actus ac bella canebantur, scripsit, memoriæque mandavit. Inchoavit et grammaticam patrii sermonis.»—Suivant Éginhard (c. XIV) Charlemagne donna au mois des noms significatifs dans la langue allemande (mois d'hiver, mois de boue, etc.); mais, selon la remarque de M. Guizot, on les trouve en usage chez différents peuples germains avant le temps de Charlemagne.
141—page 266—... parlant souvent la langue latine...
Eginh. in Kar: M. c. XXV. «Latinam ita didicit, ut æque, illâ ac patriâ linguâ orare esset solitus; græcam vero melius intelligere quam pronunciare poterat.»—Poeta Saxon., l. V, ap. Scr. Fr. V, 176:
..... Solitus linguâ sæpe est orare latinâ;
Nec græcæ prorsus nescius extiterat.
«Telle était sa faconde, qu'il en ressemblait à un pédagogue (ut didasculus appareret; alibi dicaculus, petit plaisant).»
142—page 270—Dans les Capitulaires, le ton pédantesque...
On pourrait multiplier les exemples. Capitul. anni 802, ap. Scr. Fr. V, 659. «Placuit ut unusquisque ex propriâ personâ se in sancto Dei servitio secundum Dei præceptum et secundum sponsionem suam pleniter conservare studeat secundum intellectum et vires suas; quia ipse domnus imperator non omnibus singulariter necessariam potest exhibere curam.» Capitul. anni 806, ibid. 677. «Cupiditas in bonam partem potest accipi et in malam. In bonam juxta apostolum, etc.—Avaritia est alienas res appetere, et adeptas nulli largiri. Et juxta apostolum, hæc est radix omnium malorum. Turpe lucrum exercent qui per varias circumventiones lucrandi causâ inhoneste res quaslibet congregare decertant.»
143—page 270—Les livres Carolins contre l'adoration des images...
Carol. libr. I, c. XXI. «Solus igitur Deus colendus, solus adorandus, solus glorificandus est, de quo per prophetam dicitur: exaltatum est nomen ejus solius, etc.»
144—p. 271—... son fils Louis ayant restitué toutes les spoliations de Pepin...
Je crois qu'il faut entendre ainsi cette dilapidation du domaine que Charlemagne reprocha à son fils. Ce domaine avait dû se former de toutes les violences de la conquête. Le caractère scrupuleux de Louis, et les réparations qu'il fit plus tard à d'autres nations maltraitées par les Francs, autorisent à interpréter ainsi sa conduite en Aquitaine. Voici le texte de l'historien contemporain: «In tantum largus, ut antea nec in antiquis libris nec in modernis temporibus auditum est, ut villas regias quæ erant et avi et tritavi (Pepin et Charles-Martel), fidelibus suis tradidit eas in possessiones sempiternas... Fecit enim hoc diu tempore.» Theganus, de gestis Ludov. Pii, c. XIX, ap. Scr. Fr. VI, 78.
145—page 273—«L'Empereur assemble des hommes en Gaule, en Germanie...»
Annal. Franc., ad ann. 810, ap. Scr. Fr. V, 59. «Nuntium accepit classem CC navium de Nortmannia Frisiam appulisse... Missis in omnes circumquaque regiones ad congregandum exercitum nuntiis...»—Ibid., ad ann. 809. Cumque ad hoc per Galliam atque Germaniam homines congregasset...»
146—page 273—«Le roi des Northmans, Godfried, etc...»
Eginh. in Kar. M., c. XIV. «Godefridus adeo vanâ spe inflatus erat, ut totius sibi Germanise promitteret potestatem, etc.»—V. aussi Annal. Franc., ap. Scr. Fr. V, 57, Hermann. Contract., ibid. 366.
147—page 275—Le saint Louis du neuvième siècle...
Il y a une singulière ressemblance entre les portraits que l'histoire nous a laissés de Louis-le-Débonnaire et de saint Louis. «Imperator erat... manibus longis, digitis redis, tibiis longis et ad mensuram gracilibus, pedibus longis.» Theganus, de Gest. Ludov. Pii, c. XIX, ap. Scr. Fr. VI, 78.—«Ludovicus (saint Louis) erat subtilis et gracilis, macilentus, convenienter et longus, habens vultum anglicum (angelicum?), et faciem gratiosam.» Salimbeni, 302; ap. Raumer, Geschichte der Hohenstauffen, IV, 271.—L'un et l'autre se gardaient soigneusement de rire aux éclats. «Numquam in risu imperator exaltavit vocem suam, nec quando in festivitatibus ad lætitiam populi procedebant themilici, scurræ et mimi cum choraulis et citharistis ad mensam coram eo: tunc ad memsuram coram eo ridebat populus; ille numquam vel dentes candidos suos in risu ostendit.» Thegan. ibid.—Sur la gravité de saint Louis et son horreur pour les baladins et les musiciens, V. le IIe vol.—Enfin les deux saints ont montré le même désir de réparer par des restitutions les injustices de leurs pères.
148—page 276—Réforme des monastères, etc....
Acta SS. ord. S. Bened., sec. IV, p. 195. «Regulam B. Benedicti tironibus seu infirmis positam fore contestans, ad beati Basilii dicta necnon Pachomii regulam scandere nitens.»—Astronom., c. XXXVIII, ap. Scr. Fr. VI, 100: «Ludovicus... fecit componi ordinarique librum canonicæ vitæ normam gestantem; misit... qui transcribi facerent... itidemque constituit Benedictum abbatem, et cum eo monachos strenuæ vitæ per omnia, qui per omnia monachorum euntes redeuntesque monasteria, uniformem cunctis traderent monasteriis, tam viris quàm feminis, vivendi secundum regulam S. Benedicti incommutabilem morem.»
149—page 276—Louis renvoya, dans leur couvent Adalhard et Wala...
S. Adhalardi Vita, ibid., 277. «Invidiâ... pulsus præsentibus bonis, dignitate, exutus vulgi existimatione fœdatus... exilium tulit.»—Acta SS. ord. S. Bened., sec. IV, p. 464: «Wala... cujus Augustus, efficaciam auspicatus ingenii, licet consobrinus ipsius esset, patrui ejus filius, decrevit humiliari, cujuslibet instinctu, et redigi inter infimos.»—P. 492. Un jour il dit à Louis-le-Débonnaire: «Velim, reverendissime imperator Auguste, dicas nobis tuis quid est quod tantùm propriis interdum relictis officiis, ad divina te transmittis.»—Astronom., c. XXI: «Timebatur quàm maxime Wala, summi apud Carolum imperatorem habitus loci, ne forte aliquid sinistri contra imperatorem moliretur.»
150—page 276—Le palais impérial eut sa réforme...
Astronom., c. XXI: «Moverat ejus animum jamdudum, quanquam naturâ mitissimum, illud quod a sororibus illius in contubernio exercebatur paterno; quo solo domus paterna inurebatur nævo... Misit... qui... aliquos stupri immanitate et superbiæ fastu, reos majestatis caute ad adventum usque suum adservarent.»—C. XXIII: «Omnem cœtum femineum, qui permaximus erat, palatio excludi judicavit præter paucissimas. Sororum autem quæque in sua, quæ a patre acceperat, concessit.»
151—page 276—Roi d'Aquitaine, il s'était réduit à une telle pauvreté...
Astronom., c. VII.—Le roi Louis donna bientôt une preuve de sa sagesse, et fit voir la tendresse de miséricorde qui lui était naturelle. Il régla qu'il passerait les hivers dans quatre lieux différents; après trois ans écoulés, un nouveau séjour devait le recevoir pour le quatrième hiver; ces habitations étaient: Doué, Chasseneuil, Audiac et Ébreuil. Ainsi chacune, quand son tour revenait, pouvait suffire à la dépense du service royal. Après cette sage disposition, il défendit qu'à l'avenir on exigeât du peuple les approvisionnements militaires, qu'on appelle vulgairement foderum. Les gens de guerre furent mécontents; mais cet homme de miséricorde, considérant et la misère de ceux qui payaient cette taxe, et la cruauté de ceux qui la percevaient, et la perdition des uns et des autres, aima mieux entretenir ses hommes sur son bien que de laisser subsister un impôt si dur pour ses sujets. À la même époque, sa libéralité déchargea les Albigeois d'une contribution de vin et de blé... Tout cela plut tellement, dit-on, au roi son père, qu'à son exemple il supprima en France l'impôt des approvisionnements militaires, et ordonna encore beaucoup d'autres réformes, félicitant son fils de ses heureux progrès.»—Voy. aussi Thegan, De gestis, etc.
152—page 276—Empereur, il rendit aux Saxons le droit de succéder...
Astronom, c. XXIV. «Saxonibus atque Frisonibus jus paternæ hæreditatis, quod sub patre ob perfidiam legaliter perdiderant, imperatoriâ restituit clementiâ... Post hæc easdem gentes semper sibi devotissimas habuit.»
153—page 277—... confirma les droits des chrétiens d'Espagne...
Diplomata Ludov. Imperat., ann. 816, ap. Scr. Fr. VI, 486, 487: «Jubemus ut hi, qui vel nostrum vel domini et genitoris nostri præceptum accipere meruerunt, hoc quod ipsi cum suis hominibus de deserto excoluerunt, per nostram concessionem habeant. Hi vero qui postea venerunt, et se aut comitibus aut vassis nostris aut paribus suis se commendaverunt, et ab eis terras ad habitandum acceperunt, sub quali convenientiâ atque conditione acceperunt, tali eas in futurum et ipsi possideant, et suæ posteritati derelinquant, etc.»
154—page 277, note 3—... premier essai de l'Italie pour se délivrer des barbares...
«Omnes civitates regni et principes Italiæ in hæc verba conjuraverunt, sed et omnes aditus, quibus in Italiam intratur, positis obicibus et custodiis obserarunt.»—Astronom., c. XXIX.—V. aussi Eginh. Annal., ap. Scr. F. VI, 177.
155—page 278—Charlemagne avait désigné Louis, etc...
Thegan., c. VI. «Cùm intellexisset appropinquare sibi diem obitus sui, vocavit filium suum Ludovicum ad se cum omni exercitu, episcopis, abbatibus, ducibus, comitibus, loco positis... interrogans omnes a maximo usque ad minimum, si eis placuisset ut nomen suum, id est imperatoris, filio suo Ludovico tradidisset. Illi omnes responderunt Dei esse admonitionem illius rei.»—Il avait aussi consulté Alcuin au tombeau de saint Martin de Tours: «Quo in loco tenens manum Albini, ait secrete: Domine magister, quem de his filiis meis videtur tibi in isto honore quem indigno quanquam dedit mihi Deus, habere me successorem? At ille vultum in Ludovicum dirigens, novissimum illorum, sed humilitate clarissimum, ob quam a multis despicabilis notabatur, ait: Habebis Ludovicum humilem successorem eximium.» Acta SS. ord. S. Bened., sec. IV, p. 156.
156—page 278—Louis ne pouvait consentir à l'exécution de Bernard, etc...
Astron., c. XXX. «Cum lege judicioque Francorum deberent capitali invectione feriri, suppressâ tristiori sententiâ, luminibus orbarit consensit, licet multis obnitentibus, et adnimadverti in eos totâ severitate legali cupientibus.» Thegan., ibid., 79. «Judicium mortale imperator exercere noluit; sed consiliarii Bernhardum luminibus privârunt... Bernhardus obiit. Quod audiens imperator, magno cum dolore flevit mullo tempore.»
157—page 278—La Suède eut un évêque dépendant de l'archevêque de Reims...
S. Anscharii vita, ibid., 305. «In civitate Hammaburg sedem constituit archiepiscopalem.»—Ibid., 306. «Ebo (archiep. Remensis) quemdam... pontificali insignitum honore, ad partes direxit Sueonum, etc.»
158—page 279—Louis choisit la plus belle. Judith, etc...
Astron., c. LXXX. «Undecumque abductas procerum filias inspiciens, Judith.»—Thegan., c. XXVI. «Accepit filiam Velfi ducis, qui erat de nobilissimâ stirpe Bavarorum, et nomen virginis Judith, quæ erat ex parte matris nobilissimi generis Saxonici, eamque reginam constituit. Erat enim pulchra valde.»—L'évêque Friculfe lui écrit: «Si agitur de venustate corporis, pulchritudine superas omnes, quas visus vel auditus nostræ parvitatis comperit, reginas.» Scr. Fr. VI, 355.
159—page 279—Savante...
V. les épîtres dédicatoires du célèbre Raban de Fulde et de l'évêque Friculfe. Celui-ci lui écrit: «In divinis et liberalibus studiis, ut tuæ eruditionis cognovi facundiam, obstupui.» Script. Fr. VI, 355, 356.—Walafrid versus, ibid., 268:
Organa dulcisono percurrit pectine Judith.
O si Sappho loquax, vel nos inviseret Holda.
Ludere jam pedibus...
Quidquid enim tibimet sexûs subtraxit egestas,
Reddidit ingeniis culta atque exercita vita.
—Annal. Met., ibid., 212. «Pulchra nimis et sapientiæ floribus optime instructa.»
160—page 282—Une diète fut assemblée à Nimègue...
Astron., c. XLV. «Hi qui imperatori contraria sentiebant, alicubi in Franciâ conventum fieri generalem volebant. Imperator autem clanculo obnitebatur, diffidens quidem Francis, magisque se credens Germanis. Obtinuit tamen sententia imperatoris, ut in Neomago populi convenirent... Omnisque Germania eo confluxit, imperatori auxilio futura.» Louis se réconcilie avec son fils; le peuple, furieux, menace de massacrer et l'empereur et Lothaire. On saisit les mutins.—«Quos postea ad judicium adductos, cum omnes juris censores filiique imperatoris judicio legali, tanquam reos majestatis, decernerent capitali sententià feriri, nullum ex eis permisit occidi.»—Voy. aussi Annal. Bertinian., ibid. 193.
161—page 282—... l'empereur se voyant abandonné, etc...
Thegan., c. XLII. «Dicens: Ite ad filios meos. Nolo ut ullus propter me vitam aut membra dimittat. Illi infusi lacrymis recedebant ab eo.»
162—page 284—Ebbon, l'un de ces fils de serfs, etc...
Thegan., c. XLIV. «Hebo Remensis episcopus, qui erat ex originalium servorum stirpe... O qualem remunerationem reddidisti ei. Vestivit te purpurâ et pallio, et tu eum induisti cilicio... Patres tui fuerunt pastores caprarum, non consiliarii principum!... Sed tentatio piissimi principis... sicut et patientia beati Job. Qui beato Job insultabant, reges fuisse leguntur; qui istum vero affligebant, legales servi ejus erant ac patrum suorum.—Omnes enim episcopi molesti fuerunt ei, et maxime hi quos ex servili conditione honoratos habebat, cum his qui ex barbaris nationibus ad hoc fastigium perducti sunt.»—Id., c. XX: «Jamdudum illa pessima consuetudo erat, ut ex vilissimis servis summi pontifices fierent, et hoc non prohibuit...» Puis vient une longue invective contre les parvenus.