1—page 4—En latitude, les zones de la France se marquent par leurs produits...
Arthur Young, Voyage agronomique, t. II de la traduction, p. 189: «La France peut se diviser en trois parties principales, dont la première comprend les vignobles; la seconde, le maïs; la troisième, les oliviers. Ces plants forment les trois districts: 1o du Nord, où il n'y a pas de vignobles; 2o du Centre, où il n'y a pas de maïs; 3o du Midi, où l'on trouve les vignes, les oliviers et le maïs. La ligne de démarcation entre les pays vignobles et ceux où l'on ne cultive pas la vigne, est, comme je l'ai moi-même observé, à Coucy, à trois lieues du nord de Soissons; à Clermont dans le Beauvoisis, à Beaumont dans le Maine, et à Herbignai près Guérande, en Bretagne.»—Cette limitation, peut-être trop rigoureuse, est pourtant généralement exacte.
Le tableau suivant des importations dont le règne végétal s'est enrichi en France, donne une haute idée de la variété infinie de sol et de climat qui caractérise notre patrie:
«Le verger de Charlemagne, à Paris, passait pour unique, parce qu'on y voyait des pommiers, des poiriers, des noisetiers, des sorbiers et des châtaigniers. La pomme de terre, qui nourrit aujourd'hui une si grande partie de la population, ne nous est venue du Pérou qu'à la fin du seizième siècle. Saint Louis nous a apporté la renoncule inodore des plaines de la Syrie. Des ambassadeurs employèrent leur autorité à procurer à la France la renoncule des jardins. C'est à la croisade du trouvère Thibault, comte de Champagne et de Brie, que Provins doit ses jardins de roses. Constantinople nous a fourni le marronnier d'Inde au commencement du dix-septième siècle. Nous avons longtemps envié à la Turquie la tulipe, dont nous possédons maintenant neuf cents espèces plus belles que celles des autres pays. L'orme était à peine connu en France avant François Ier, et l'artichaut avant le seizième siècle. Le mûrier n'a été planté dans nos climats qu'au milieu du quatorzième siècle. Fontainebleau est redevable de ses chasselas délicieux à l'île de Chypre. Nous sommes allés chercher le saule pleureur aux environs de Babylone; l'acacia dans la Virginie; le frêne noir et le thuya, au Canada; la belle-de-nuit, au Mexique; l'héliotrope, aux Cordillières; le réséda en Égypte; le millet altier, en Guinée; le ricin et le micocoulier, en Afrique; la grenadille et le topinambour, au Brésil; la gourde et l'agave, en Amérique; le tabac, au Mexique; l'amomon, à Madère; l'angélique, aux montagnes de la Laponie; l'hémérocalle jaune, en Sibérie; la balsamine, dans l'Inde; la tubéreuse, dans l'île de Ceylan; l'épine-vinette et le chou-fleur, dans l'Orient; le raifort, à la Chine; la rhubarbe, en Tartane; le blé sarrasin, en Grèce; le lin de la Nouvelle-Zélande, dans les terres australes.» Depping (Description de la France, t. I, p. 51).—V. aussi de Candolle, sur la Statistique végétale de la France, et A. de Humboldt, Géographie botanique.
2—page 7—Le génie de la Bretagne, etc...
Il a percé bien loin sur une ligne droite, sans regarder à droite ni à gauche; et la première conséquence de cet idéalisme qui semblait donner tout à l'homme, fut, comme on le sait, l'anéantissement de l'homme dans la vision de Malebranche et le panthéisme de Spinoza.
3—page 8—Saint-Malo et Nantes, etc...
Ce sont deux faits que je constate. Mais que ne faudrait-il pas ajouter si l'on voulait rendre justice à ces deux villes, et leur payer tout ce que leur doit la France?
Nantes a encore une originalité qu'il faut signaler: la perpétuité des familles commerçantes, les fortunes lentes et honorables, l'économie et l'esprit de famille; quelque âpreté dans les affaires, parce qu'on veut faire honneur à ses engagements. Les jeunes gens s'y observent, et les mœurs y valent mieux que dans aucune ville maritime.
4—page 11, note 3—Dans les Hébrides et autres îles, etc... V. Tolland's Letters, p. 2-3 et Martin's Hébrides, etc. Naguère encore, le paysan qui voulait se marier demandait femme au lord de Barra, qui régnait dans ces îles depuis trente-cinq générations. Solin, c. XXII, assure déjà que le roi des Hébrides n'a point de femmes à lui, mais qu'il use de toutes.
5—page 14 et note—Superstitions bretonnes...
D'autres se découvrent quand l'étoile de Vénus se lève (Cambry, I, 193).—Le respect des lacs et des fontaines s'est aussi conservé: ils y apportent à certain jour du beurre et du pain. (Cambry, III, 35. Voy. aussi Depping, 1, 76.)—Jusqu'en 1788, à Lesneven, on chantait solennellement, le premier jour de l'an: Guy-na-né. (Cambry, II, 26.)—Dans l'Anjou, les enfants demandaient leurs étrennes, en criant: Ma Gullanneu (Bodin, Recherches sur Saumur).—Dans le département de la Haute-Vienne en criant: Gui-gne-leu.—Il y a peu d'années que dans les Orcades la fiancée allait au temple de la Lune, et y invoquait Woden (? Logan, II, 360.)—La fête du Soleil se célébrerait encore dans un village du Dauphiné, selon M. Champollion-Figeac (Sur les Dialectes du Dauphiné, p. 11).—Aux environs de Saumur, on allait, à la Trinité, voir paraître trois soleils.—À la Saint-Jean, on allait voir danser le soleil levant. (Bodin, loco citato.)—Les Angevins appelaient le soleil Seigneur, et la lune Dame. (Idem, Recherches sur l'Anjou, I, 86.)
6—page 16—Un mot profond a été dit sur la Vendée, etc..
Témoignage de M. le capitaine Galleran, à la cour d'assises de Nantes, octobre 1832.
7—page 18—Le dolmen de Saumur...
C'est une espèce de grotte artificielle de quarante pieds de long sur dix de large et huit de haut, le tout formé de onze pierres énormes. Ce dolmen, placé dans la vallée, semble répondre à un autre qu'on aperçoit sur une colline. J'ai souvent remarqué cette disposition dans les monuments druidiques, par exemple, à Carnac.
8—page 21—L'abbaye de Fontevrault...
En 1821, il restait de l'abbaye trois cloîtres, soutenus de colonnes et de pilastres, cinq grandes églises, et plusieurs statues, entre autres celle de Henri II. Le tombeau de son fils, Richard Cœur-de-Lion, avait disparu.
9—page 22—Le Poitou, le pays du mélange, des mulets...
Les mules du Poitou sont recherchées par l'Auvergne, la Provence, le Languedoc, l'Espagne même.—La naissance d'une mule est plus fêtée que celle d'un fils.—Vers Mirebeau, un âne étalon vaut jusqu'à 3,000 francs. (Dupin, Statistique des Deux-Sèvres.)
Des vipères...
Les pharmaciens en achetaient beaucoup dans le Poitou.—Poitiers envoyait autrefois ses vipères jusqu'à Venise. (Stat. de la Vendée, par l'ingénieur La Bretonnière.)
10—page 25—Vers La Rochelle, une petite Hollande, etc..
Le marais méridional est tout entier l'ouvrage de l'art. La difficulté à vaincre, c'était moins le flux de la mer que les débordements de la Sèvre.—Les digues sont souvent menacées.—Les cabaniers (habitants de fermes appelées cabanes) marchent avec des bâtons de douze pieds pour sauter les fossés et les canaux.—Le Marais mouillé, au delà des digues, est sous l'eau tout l'hiver. (La Bretonnière.)—Noirmoutiers est à douze pieds au-dessous du niveau de la mer, et on trouve des digues artificielles sur une longueur de onze mille toises.—Les Hollandais desséchèrent le marais du Petit-Poitou, par un canal appelé Ceinture des Hollandais. (Statistique de Peuchet et Chanlaire. Voyez aussi la Description de la Vendée, par M. Cavoteau, 1812.)
11—page 26—Le pape protégea La Rochelle contre les seigneurs...
Raymond Perraud, né à La Rochelle, évêque et cardinal, homme actif et hardi, obtint en 1502, pour les Rochellois, des bulles qui défendent à tout juge forain de les citer à son tribunal.
12—page 27—La Vendée qui a quatorze rivières, et pas une navigable...
Voy. Statist. du départ. de la Vienne, par le préfet Cochon, an X.—Dès 1537, on proposa de rendre la Vienne navigable jusqu'à Limoges; depuis, de la joindre à la Corrèze qui se jette dans la Dordogne; elle eût joint Bordeaux et Paris par la Loire; mais la Vienne a trop de rochers.—On pourrait rendre le Clain navigable jusqu'à Poitiers, de manière à continuer la navigation de la Vienne. Châtellerault s'y est opposé par jalousie contre Poitiers.—Si la Charente devenait navigable jusqu'au-dessus de Civray, cette navigation, unie au Clain par un canal, ferait communiquer en temps de guerre Rochefort, la Loire et Paris.—Voy. aussi Texier, Haute-Vienne; et La Bretonnière, Vendée.
N'était ni plus religieuse ni plus royaliste que bien d'autres provinces frontières...
J'ai déjà cité le mot remarquable de M. le capitaine Galleran.—Genoude, Voyage en Vendée, 1821: «Les paysans disent: Sous le règne de M. Henri (de Larochejaquelein).»—Ils appelaient patauds ceux des leurs qui étaient républicains. Pour dire le bon français, ils disaient le parler noblat.—Les prêtres avaient peu de propriétés dans la Vendée; toutes les forêts nationales, dit La Bretonnière (p. 6), proviennent du comte d'Artois ou des émigrés; une seule, de cent hectares, appartenait au clergé.
13—page 29—Dans les montagnes d'Auvergne...
L'hiver, ils vivent dans l'étable, et se lèvent à huit ou neuf heures. (Legrand d'Aussy, p. 283.) Voy. divers détails de mœurs, dans les Mémoires de M. le comte de Montlosier, 1{er} vol.—Consulter aussi l'élégant tableau du Puy-de-Dôme par M. Duché; les curieuses Recherches de M. Gonod sur les antiquités de l'Auvergne; Delarbre, etc.
14—page 31—Le Rouergue...
C'est, je crois, le premier pays de France qui ait payé au roi (Louis VII) un droit pour qu'il y fît cesser les guerres privées. Voy. le Glossaire de Laurière, t. I, p. 164, au mot Commun de paix, et la Décrétale d'Alexandre III sur le premier canon du concile de Clermont, publié par Marca.—Sur le Rouergue, voyez Peuchet et Chanlaire, Statistique de l'Aveyron, et surtout l'estimable ouvrage de M. Monteil.
15—page 34—Dans les Landes les troupeaux de moutons noirs, etc...
Millin, t. IV, p. 347.—On trouve aussi beaucoup de moutons noirs dans le Roussillon (Voy. Young, t. II, p. 59) et en Bretagne. Cette couleur n'est pas rare dans les taureaux de la Camargue.
Vous les rencontrez montant des plaines, etc...
Arthur Young, t. III, p. 83.—En Provence, l'émigration des moutons est presque aussi grande qu'en Espagne. De la Crau aux montagnes de Gap et de Barcelonnette, il en passe un million, par troupeaux de dix mille à quarante mille. La route est de vingt à trente jours. (Darluc, Hist. nat. de Provence, 1782, p. 303,329.)—Statistique de la Lozère, par M. Jerphanion, préfet de ce département, an X, p. 31: «Les moutons quittent les basses Cévennes et les plaines du Languedoc vers la fin de floréal, et arrivent sur les montagnes de la Lozère et de la Margéride, où ils vivent pendant l'été. Ils regagnent le bas Languedoc au retour des frimas.»—Laboulinière, I, 245: Les troupeaux des Pyrénées émigrent l'hiver jusque dans les landes de Bordeaux.
En Espagne, sous la protection de la compagnie de la Mesta, etc..
A year in Spain, by an American, 1832: Au seizième siècle, les troupeaux de la Mesta se composaient d'environ sept millions de têtes. Tombés à deux millions et demi au commencement du dix-septième, ils remontèrent sur la fin à quatre millions, et maintenant ils s'élèvent à cinq millions, à peu près la moitié de ce que l'Espagne possède de bétail.—Les bergers sont plus redoutés que les voleurs même; ils abusent sans réserve du droit de traduire tout citoyen devant le tribunal de l'association, dont les décisions ne manquent jamais de leur être favorables. La Mesta emploie des alcades, des entregadors, des achagueros, qui, au nom de la corporation, harcèlent et accablent les fermiers.
16—page 36—L'escalier colossal des Pyrénées, etc..
Dralet, 1,5,—Ramond: «Au midi tout s'abaisse tout d'un coup et à la fois. C'est un précipice de mille à onze cents mètres, dont le fond est le sommet des plus hautes montagnes de cette partie de l'Espagne. Elles dégénèrent bientôt en collines basses et arrondies, au delà desquelles s'ouvre l'immense perspective des plaines de l'Aragon. Au nord, les montagnes primitives s'enchaînent étroitement et forment une bande de plus de quatre myriamètres d'épaisseur... Cette bande se compose de sept ou huit rangs, de hauteur graduellement décroissante.» Cette description, contredite par M. Laboulinière, est confirmée par M. Élie de Beaumont. L'axe granitique des Pyrénées est du côté de la France.
17—page 38—Comparez les deux versants, etc..
Dralet, II, p. 197: «Le territoire espagnol, sujet à une évaporation considérable, a peu de pâturages assez gras pour nourrir les bêtes à cornes; et comme les ânes, les mules et mulets se contentent d'une pâture moins succulente que les autres animaux destinés aux travaux de l'agriculture, ils sont généralement employés par les Espagnols pour le labourage et le transport des denrées. Ce sont nos départements limitrophes et l'ancienne province de Poitou, qui leur fournissent ces animaux; et la quantité en est considérable. Quant aux animaux destinés aux boucheries, c'est nous qui en approvisionnons aussi les provinces septentrionales, particulièrement la Catalogne et la Biscaye. La ville seule de Barcelone traite avec des fournisseurs français pour lui fournir chaque jour cinq cents moutons, deux cents brebis, trente bœufs, cinquante boucs châtrés, et elle reçoit en outre plus de six mille cochons qui partent de nos départements méridionaux pendant l'automne de chaque année. Ces fournitures coûtent à la ville de Barcelone deux millions huit cent mille francs par an, et l'on peut évaluer à une pareille somme celles que nous faisons aux autres villes de la Catalogne. La Catalogne paie en piastres et quadruples, en huile et lièges, en bouchons.» Les choses ont dû, toutefois, changer beaucoup depuis l'époque où écrivait Dralet (1812).
18—page 38—Aux foires de Tarbes, etc..
Arthur Young, t. I, p. 57 et 116: «Nous rencontrâmes des montagnards qui me rappelèrent ceux d'Écosse; nous avions commencé par en voir à Montauban. Ils ont des bonnets ronds et plats, et de grandes culottes.»—«On trouve des flûteurs, des bonnets bleus, et de la farine d'avoine, dit sir James Stewart, en Catalogne, en Auvergne et en Souabe, ainsi qu'à Lochabar.»—Toutefois, indépendamment de la différence de race et de mœurs, il y en a une autre essentielle entre les montagnards d'Écosse et ceux des Pyrénées: c'est que ceux-ci sont plus riches, et sous quelques rapports plus policés que les diverses populations qui les entourent.
Le Béarnais et le Basque...
Iharce de Bidassouet, Gantabres et Basques, 1825, in-8o: «Le peuple basque, qui a conservé avec ses pâturages le moyen d'amender ses champs, et avec ses chênes celui de nourrir une multitude infinie de cochons, vit dans l'abondance, tandis que dans la majeure partie des Pyrénées...»—Laboulinière, t. III, p. 416:
Bearnes
Faus et courtes.
Bigordan
Pir que can.
«Le Béarnais est réputé avoir plus de finesse et de courtoisie que le Bigordan, qui l'emporterait pour la franchise et la simple droiture mêlée d'un peu de rudesse.»—Dralet, I, 170: «Ces deux peuples ont d'ailleurs peu de ressemblance. Le Béarnais, forcé par les neiges de mener ses troupeaux dans les pays de plaine, y polit ses mœurs et perd de sa rudesse naturelle. Devenu fin, dissimulé et curieux, il conserve néanmoins sa fierté et son amour de l'indépendance... Le Béarnais est irascible et vindicatif autant que spirituel; mais la crainte de la flétrissure et de la perte de ses biens le fait recourir aux moyens judiciaires pour satisfaire ses ressentiments. Il en est de même des autres peuples des Pyrénées, depuis le Béarn jusqu'à la Méditerranée: tous sont plus ou moins processifs, et l'on ne voit nulle part autant d'hommes de loi que dans les villes du Bigorre, du Comminges, du Conserans, du comté de Foix et du Roussillon, qui sont bâties le long de cette chaîne de montagnes.»
19—page 41—Quantité de hameaux ont quitté les hautes vallées faute de bois de chauffage...
Dralet, II, 105. Les habitants allaient voler du bois jusqu'en Espagne.—Il y a de fortes amendes pour quiconque couperait une branche d'arbre dans une grande forêt qui domine Cauterels, et la défend des neiges.-Diodore de Sicile disait déjà (lib. II): «Pyrénées vient du mot grec pur (feu), parce qu'autrefois, le feu ayant été mis par les bergers, toutes les forêts brûlèrent.»—Procès-verbal du 8 mai 1670: «Il n'y a aucune forêt qui n'ait été incendiée à diverses reprises par la malice des habitants, ou pour faire convertir les bois en prés ou terrains labourables.»
20—page 43, note 2—Le Cers, etc..
Senec. Quæst. natur. I. III, c. XI: «Infestat..... Galliam Circius: cui ædificia quassanti, tamen incolæ gratias agunt, tanquam salubritatem cœli sui debeant ei. Divus certe Augustus templum illi, quum in Gallia moraretur, et vovit et fecit.»
21—page 45—Les deux Chénier...
Les deux Chénier naquirent à Constantinople, où leur père était consul général; mais leur famille était de Limoux, et leurs aïeux avaient occupé longtemps la place d'inspecteur des mines de Languedoc et de Roussillon.
22—page 48—Ils ont préféré les figues fiévreuses de Fréjus...
Millin, II, 487. Sur l'insalubrité d'Arles, id., III, 645.—Papon, I, 20, proverbe: Avenio ventosa, sine vento venenosa, cum vento fastidiosa.—En 1213, les évêques de Narbonne, etc., écrivent à Innocent III qu'un concile provincial ayant été convoqué à Avignon: «multi ex prælatis, quia generalis corruptio aeris ibi erat, nequivimus colloquio interesse; sicque factura est ut necessario negotium differetur.»(Epist. Innoc. III, éd. Baluze, II, 762.) Il y eut des lépreux à Martigues jusqu'en 1731; à Vitrolles, jusqu'en 1807. En général, les maladies cutanées sont communes en Provence. (Millin, IV, 35.)
Les marais pontins de la Provence...
Il y a quatre cent mille arpents de marais. (Peuchet et Chanlaire, Statistique des Bouches-du-Rhône.) Voy. aussi la Grande Statistique de M. de Villeneuve, 4 vol. in-4o.—Les marais d'Hyères rendent cette ville inhabitable l'été; on respire la mort avec les parfums des fruits et des fleurs. De même à Fréjus. (Statistique du Var, par Fauchet, préfet, an IX, p. 52, sqq.)
23—page 49—Le Rhône symbole de la contrée...
On trouve le long de tout le cours du Rhône des traces du culte sanguinaire de Mithra. On voit à Arles, à Tain et à Valence des autels tauroboliques; un autre à Saint-Andéol. À la Bâtie-Mont-Saléon, ensevelie par la formation d'un lac, et déterrée en 1804, on a trouvé un groupe mithriaque.—À Fourvières, on a trouvé un autel mithriaque consacré à Adrien; il y en a encore un autre à Lyon consacré à Septime-Sévère. (Millin, passim.)
Page 52 et note 1—Le drac, la tarasque...
Millin, III, 453. Cette fête se retrouve, je crois, en Espagne.—L'Isère est surnommée le serpent, comme le Drac le dragon; tous deux menacent Grenoble:
Le serpent et le dragon
Mettront Grenoble en savon.
—À Metz, on promène le jour des Rogations un dragon qu'on nomme le graouilli; les boulangers et les pâtissiers lui mettent sur la langue des petits pains et des gâteaux. C'est la figure d'un monstre dont la ville fut délivrée par son évêque, saint Clément.—À Rouen, c'est un mannequin d'osier, la gargouille, à qui on remplissait autrefois la gueule de petits cochons de lait. Saint Romain avait délivré la ville de ce monstre, qui se tenait dans la Seine, comme saint Marcel délivra Paris du monstre de la Bièvre, etc.
24—page 51—Fréjus...
«Cette ville devient plus déserte chaque jour, et les communes voisines ont perdu, depuis un demi-siècle, neuf dixièmes de leur population.» (Fauchet, an IX, loc. cit.)
25—page 52 et note 1—Fidélité du peuple provençal aux vieux usages...
Millin, III, 346. La fête patronale de chaque village s'appelle Romna-Vagi, et par corruption Romerage, parce qu'elle précédait souvent un voyage de Rome que le seigneur faisait ou faisait faire (?)—Millin, III, 336. C'est à Noël qu'on brûle le caligneau ou calandeau; c'est une grosse bûche de chêne qu'on arrose de vin et d'huile. On criait autrefois en la plaçant: Calene ven, tout ben ven, calende vient, tout va bien. C'est le chef de la famille qui doit mettre le feu à la bûche; la flamme s'appelle caco fuech, feu d'amis. On trouve le même usage en Dauphiné. (Champollion-Figeac, p. 124.) On appelle chalendes le jour de Noël. De ce mot on a fait chalendal, nom que l'on donne à une grosse bûche que l'on met au feu la veille de Noël au soir, et qui reste allumée jusqu'à ce qu'elle soit consumée. Dès qu'elle est placée dans le foyer, on répand dessus un verre de vin en faisant le signe de la croix, et c'est ce qu'on appelle: balisa la chalendal. Dès ce moment cette bûche est pour ainsi dire sacrée, et l'on ne peut pas s'asseoir dessus sans risquer d'en être puni, au moins par la gale.-Millin, III, 339. On trouve l'usage de manger des pois chiches à certaines fêtes, non seulement à Marseille, mais en Italie, en Espagne, à Gênes et à Montpellier. Le peuple de cette dernière ville croit que, lorsque Jésus-Christ entra dans Jérusalem, il traversa une sesierou, un champ de pois chiches, et que c'est en mémoire de ce jour que s'est perpétué l'usage de manger des sesés.—À certaines fêtes, les Athéniens mangeaient aussi des pois chiches (aux Panepsies.)
26—page 52, note 2—Procession du bon roi René à Aix, etc...
Millin, II, 299. On y voyait le duc d'Urbin (le malheureux général du roi René) et la duchesse d'Urbin montés sur des ânes; on y voyait une âme que se disputaient deux diables; les chevaux frux ou fringants, en carton; le roi Hérode, la reine de Saba, le temple de Salomon, et l'étoile des Mages au bout d'un bâton, ainsi que la Mort, l'abbé de la jeunesse couvert de poudre et de rubans, etc., etc.
27—page 56—Ces hommes de la frontière, raisonneurs et intéressés...
On trouve dans les habitudes de langage des Dauphinois des traces singulières de leur vieil esprit processif. «Les propriétaires qui jouissent de quelque aisance parlent le français d'une manière assez intelligible, mais ils y mêlent souvent les termes de l'ancienne pratique, que le barreau n'ose pas encore abandonner. Avant la Révolution, quand les enfants avaient passé un an ou deux chez un procureur, à mettre au net des exploits et des appointements, leur éducation était faite, et ils retournaient à la charrue.» (Champollion-Figeac, Patois du Dauphiné, p. 67.)
28—page 60—Metz, Toul et Verdun...
Sur les mœurs des habitants des Trois-Évêchés et de la Lorraine en général, voyez le Mémoire manuscrit de M. Turgot, qui se trouve à la bibliothèque publique de Metz: Description exacte et fidèle du pays Messin, etc.—Les trois évêques étaient princes du Saint-Empire.—Le comté de Créange et la baronnie de Fenestrange étaient deux francs-alleus de l'Empire.
29—page 61—On portail l'épée devant l'abbesse de Remiremont...
Piganiol de la Force, XIII. Elle était pour moitié dans la justice de la ville, et nommait, avec son chapitre, des députés aux états de Lorraine.—La doyenne et la sacristaine disposaient chacune de quatre cures. La sonzier, ou receveuse, partageait avec l'abbesse la justice de Valdajoz (val-de-joux), consistant en dix-neuf villages; tous les essaims d'abeilles qui s'y trouvaient lui appartenaient de droit. L'abbaye avait un grand prévôt, un grand et un petit chancelier, un grand sonzier, etc..
30—page 62—Les légendes du Rhin...
Un duc d'Alsace et de Lorraine, au septième siècle, souhaitait un fils; il n'eut qu'une fille aveugle, et la fit exposer. Un fils lui vint plus tard, qui ramena la fille au vieux duc, devenu farouche et triste, solitairement retiré dans le château d'Hohenbourg. Il la repoussa d'abord, puis se laissa fléchir, et fonda pour elle un monastère, qui depuis s'appela de son nom, sainte Odile. On découvre de la hauteur Baden et l'Allemagne. De toutes parts les rois y venaient en pèlerinage: l'empereur Charles IV, Richard Cœur-de-Lion, un roi de Danemark, un roi de Chypre, un pape... Ce monastère reçut la femme de Charlemagne et celle de Charles-le-Gros.—À Winstein, au nord du Bas-Rhin, le diable garde dans un château taillé dans le roc de précieux trésors.—Entre Haguenau et Wissembourg, une flamme fantastique sort de la fontaine de la poix (Pechelbrunnen); cette flamme, c'est le chasseur, le fantôme d'un ancien seigneur qui expie sa tyrannie, etc.—Le génie musical et enfantin de l'Allemagne commence avec ses poétiques légendes. Les ménétriers d'Alsace tenaient régulièrement leurs assemblées. Le sire de Rapolstein s'intitulait le Roi des Violons. Les violons d'Alsace dépendaient d'un seigneur, et devaient se présenter, ceux de la Haute-Alsace à Rapolstein, ceux de la Basse à Bischwiller.
31—page 70—Les Segusii lyonnais étaient une colonie d'Autun...
Gallia Christiana, t. IV.—Dans un diplôme de l'an 1189, Philippe-Auguste reconnaît que Lyon et Autun ont l'une sur l'autre, quand l'un des sièges vient à vaquer, le droit de régale et d'administration.—L'évêque d'Autun était de droit président des états de Bourgogne.—On se rappelle les liaisons qui existaient entre saint Léger, le fameux évêque d'Autun, et l'évêque de Lyon.
32—page 70—En vain Autun déposa sa divinité...
Inscription trouvée à Autun:
DEAE BIBRACTI
P. CAPRIL PACATUS
I II II I VIR AUGUSTA,
V. S. L. M.
Millin, I, 337.
Et se fit de plus en plus romaine...
Il semble que l'aristocratie se livra entièrement à Rome, tandis que le parti druidique et populaire chercha à ressaisir l'indépendance. «Le sage gouvernement d'Autun, dit Tacite, comprima la révolte des bandes fanatiques de Maricus, Boïe de la lie du peuple, qui se donnait pour un dieu et pour le libérateur des Gaules.» (Annal, I. II, c. LXI.) On a vu, au Ier vol., la révolte de Sacrovir.—Enfin les Bagaudes saccagèrent deux fois Autun. Alors furent fermées les écoles Mœniennes, que le Grec Eumène rouvrit sous le patronage de Constance Chlore.—François Ier visita Autun en 1521, et la nomma «sa Rome française». Autun avait été appelée la sœur de Rome, selon Eumène, ap. Scr. fr. I, 712, 716, 717.
Toutes les grandes guerres des Gaules, etc....:
Elle fut presque ruinée par Aurélien, au temps de sa victoire sur Tétricus, qui y faisait frapper ses médailles.-Saccagée par les Allemands en 280, par les Bagaudes sous Dioclétien, par Attila en 451, par les Sarrasins en 732, par les Normands en 886 et 895. En 924, on ne put en éloigner les Hongrois qu'à prix d'argent. (Histoire d'Autun, par Joseph de Rosny, 1802.)
33—page 71—En Bourgogne les villes mettent des pampres dans leurs armes...
Un bas-relief de Dijon représente les triumvirs tenant chacun un gobelet Ce trait est local.—La culture de la vigne, si ancienne dans ce pays, a singulièrement influé sur le caractère de son histoire, en multipliant la population dans les classes inférieures. Ce fut le principal théâtre de la guerre des Bagaudes. En 1630, les vignerons se révoltèrent sous la conduite d'un ancien soldat, qu'ils appelaient le roi Mâchas.
Pays de bons vivants, etc....
La Fête des Fous se célébra à Auxerre jusqu'en 1407.—Les chanoines jouaient à la balle (pelota), jusqu'en 1538, dans la nef de la cathédrale. Le dernier chanoine fournissait la balle, et la donnait au doyen; la partie finie, venaient les danses et le banquet. (Millin, I.)
34—page 72—L'aimable sentimentalité de la Bourgogne, etc...
N'oublions pas non plus la pittoresque et mystique petite ville de Paray-le-Monial, où naquit la dévotion du Sacré-Cœur, où mourut madame de Chantal. Il y a certainement un souffle religieux sur le pays du traducteur de la Symbolique et de l'auteur de l'Histoire de la Liberté de conscience, MM. Guigniaut et Dargaud.
35—page 74—La coutume de Troyes déclare que «le ventre anoblit»...
Cette noblesse de mère se trouve ailleurs aussi en France, et même sous la première race (Voy. Beaumanoir). Charles V (15 novembre 1370) assujettit les nobles de mère au droit de franc fief. À la deuxième rédaction de la Coutume de Chaumont, les nobles de pères réclament contre; Louis XII ordonne que la chose reste en suspens.—La Coutume de Troyes consacrait l'égalité de partage entre les enfants; de là l'affaiblissement de la noblesse. Par exemple, Jean, sire de Dampierre, vicomte de Troyes, décéda, laissant plusieurs enfants qui partagèrent entre eux la vicomté. Par l'effet des partages successifs, Eustache de Conflans en posséda un tiers, qu'il céda à un chapitre de moines. Le second tiers fut divisé en quatre parts, et chaque part en douze lots, lesquels se sont divisés entre diverses maisons et les domaines de la ville et du roi.
36—page 76—Les histoires allégoriques et satiriques de Renard et Isengrin...
L'esprit railleur du nord de la France éclate dans les fêtes populaires.
En Champagne et ailleurs, roi de l'aumône (bourgeois élu: pour délivrer deux prisonniers, etc.); roi de l'éteuf (ou de la balle) (Dupin, Deux-Sèvres); roi des arbalétriers avec ses chevaliers (Cambry, Oise, II); roi des guétifs ou pauvres, encore en 1770 almanach d'Artois, 1770; roi des rosiers ou des jardiniers, aujourd'hui encore en Normandie, Champagne, Bourgogne, etc.—À Paris, fêtes des sous-diacres ou diacres soûls, qui faisaient un évêque des fous, l'encensaient avec du cuir brûlé; on chantait des chansons obscènes; on mangeait sur l'autel.—À Évreux, le 1er mai, le jour de Saint-Vital, c'était la fête des cornards; on se couronnait de feuillages, les prêtres mettaient leur surplis à l'envers, et se jetaient les uns aux autres du son dans les yeux; les sonneurs lançaient des casse-museau (galettes).—À Beauvais, on promenait une fille et un enfant sur un âne... à la messe, le refrain chanté en chœur était hihan!—À Reims, les chanoines marchaient sur deux files, traînant chacun un hareng, chacun marchant sur le hareng de l'autre...—À Bouchain, fête du prévôt des étourdis; à Chalon-sur-Saône, des gaillardons; à Paris, des enfants sans-souci, du régiment de la calotte, et de la confrérie de l'aloyau.—À Dijon, procession de la mère folle.—À Harfleur, au mardi gras, fête de la scie. (Dans les armes du président Cossé-Brissac, il y avait une scie.) Les magistrats baisent les dents de la scie. Deux masques portent le bâton friseux (montants de la scie). Puis on porte le bâton friseux à un époux qui bat sa femme.—Dès le temps de la conquête de Guillaume existait l'association de la chevalerie d'Honfleur.
37—page 81—Plus on avance au nord dans cette grasse Flandre, etc...
Voy. les Coutumes du comté de Flandre, traduites par Legrand, Cambrai. 1719, Ier vol. Coutume de Gand, p. 149, rub. 26: Niemandt en sal bastaerdi wesen van de mœder: Personne ne sera bâtard de la mère; mais ils succéderont à la mère avec les autres légitimes (non au père). Ceci montre bien que ce n'est pas le motif religieux ou moral qui les exclut de la succession du père, mais le doute de la paternité. Dans cette Coutume, il y a communauté, partage égal dans les successions, etc.
La Flandre est une Lombardie prosaïque...
Vous y retrouvez la prédilection pour le cygne, qui, selon Virgile, était l'ornement du Mincius et des autres fleuves de Lombardie. Dès l'entrée de l'ancienne Belgique, Amiens, la petite Venise, comme l'appelait Louis XIV, nourrissait sur la Somme les cygnes du roi. En Flandre, une foule d'auberges ont pour enseigne le cygne.
38—page 84 et note 1—Cette frontière des races et des langues...
La Marche, ou marquisat d'Anvers, créée par Othon II, fut donnée par Henri IV au plus vaillant homme de l'Empire, à Godefroi de Bouillon.—C'est au Sas de Gand qu'Othon fit creuser, en 980, un fossé qui séparait l'Empire de la France. À Louvain, dit un voyageur, la langue est germanique, les mœurs hollandaises et la cuisine française.—Avec l'idiome germanique commencent les noms astronomiques (Al-ost, Ost-ende); en France, comme chez toutes les nations celtiques, les noms sont empruntés à la terre (Lille, l'île).
Les hommes poussent vite, multiplient à étouffer...
Avant l'émigration des tisserands, en Angleterre, vers 1382, il y avait à Louvain cinquante mille tisserands. (Forster, I, 364.) À Ypres (sans doute en y comprenant la banlieue), il y en avait deux cent mille en 1342.—En 1380, «ceux de Gand sortirent avec trois armées. (Oudegherst, Chronique de Flandre, folio 301.)—Ce pays humide est dans plusieurs parties aussi insalubre que fertile. Pour dire un homme blême, on disait: «Il ressemble à la mort d'Ypres.»—Au reste, la Belgique a moins souffert des inconvénients naturels de son territoire que des révolutions politiques. Bruges a été tuée par la révolte de 1492; Gand, par celle de 1540; Anvers, par le traité de 1648, qui fit la grandeur d'Amsterdam en fermant l'Escaut.
39—page 90—... dans les chefs-lieux des clans galliques, Bourges, etc...
Bourges était aussi un grand centre ecclésiastique. L'archevêque de Bourges était patriarche, primat des Aquitaines, et métropolitain. Il étendait sa juridiction comme patriarche sur les archevêques de Narbonne et de Toulouse, comme primat sur ceux de Bordeaux et d'Auch (métropolitain de la 2me et 3me Aquitaine); comme métropolitain, il avait anciennement onze suffragants, les évêques de Clermont, Saint-Flour, le Puy, Tulle, Limoges, Mende, Rodez, Vabres, Castres, Cahors. Mais l'érection de l'évêché d'Albi en archevêché ne lui laissa sous sa juridiction que les cinq premiers de ces sièges.
40—page 91—La tour des Coucy...
La tour de Coucy a cent soixante-douze pieds de haut, et trois cent cinq de circonférence. Les murs ont jusqu'à trente-deux pieds d'épaisseur. Mazarin fit sauter la muraille extérieure en 1652, et, le 18 septembre 1692, un tremblement de terre fendit la tour du haut en bas.—Un ancien roman donne à l'un des ancêtres des Coucy neuf pieds de hauteur. Enguerrand VII, qui combattit à Nicopolis, fit placer aux Célestins de Soissons son portrait et celui de sa première femme, de grandeur colossale.—Parmi les Coucy, citons seulement: Thomas de Marle, auteur de la Loi de Vervins (législation favorable aux vassaux), mort en 1130; Raoul Ier, le trouvère, l'amant, vrai ou prétendu, de Gabriel de Vergy, mort à la croisade en 1191; Enguerrand VII, qui refusa l'épée de connétable et la fit donner à Clisson, mort en 1397.—On a prétendu à tort qu'Enguerrand III, en 1228, voulut s'emparer du trône pendant la minorité de saint Louis. (Art de vérifier les dates, XII, 219, sqq.)