NOTES:
[1] Préface de la 1re édition, p. IX-XII.
[2] Sur les méthodes employées pour composer des «Lectures historiques» à l'usage des classes dans les différents pays d'Europe et d'Amérique, voir l'excellent ouvrage de M. R. Altamira, La enseñanza de la historia, Madrid, 1895, in-16, p. 322 et suiv.
[3] P. XIII-XIV. Je disais: «Si les sujets traités seront en petit nombre, ils seront très variés, afin que chacun trouve dans le recueil des choses à sa convenance.... La lecture d'une page colorée de Chateaubriand décida, dit-on, la vocation historique d'Augustin Thierry; je sais des jeunes gens dont la vocation a été suscitée par la noblesse des belles, froides et élégantes synthèses de M. Guizot ou de M. Fustel de Coulanges; d'autres ont été séduits par les vivantes résurrections de Michelet ou de M. Lavisse; d'autres encore pourraient l'être par la rigueur et la solidité de certaines démonstrations critiques. C'est affaire de goût et de tempérament. J'en conclus que tous les genres devront être représentés dans le livre complémentaire; il y faudra jeter toutes les espèces de bon grain. Ce que l'un ne lira point, l'autre en profitera, et rien ne sera perdu. Des germes seront ainsi déposés dans les cerveaux, qui fructifieront tôt ou tard.»
[4] Cf. Quellenlectüre und Quellenbücher im Unterricht dans Festgabe zur Versammlung Deutscher Historiker in München, Ostern 1893, Leipzig, 1893, in-8º, p. 79 et s.
[5] Il va de soi que j'ai choisi arbitrairement et que j'ai plus d'une fois regretté d'être obligé de choisir. Les notices bibliographiques, placées au commencement des chapitres, sont faites pour réparer cela; elles indiquent les ouvrages où, si j'avais eu de la place, j'aurais puisé volontiers.—Il va également de soi qu'insérer quelques pages d'un auteur n'équivaut point à garantir que toutes les affirmations de cet auteur sont exactes dans le détail. Noterait-on, dans deux morceaux d'auteurs différents qui figurent dans ce recueil, de menues contradictions, il n'y aurait pas lieu d'en être surpris ou offensé.
[6] Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de prouver qu'elle est utile. Elle l'est aux étudiants (il n'est pas interdit de penser à eux), aux professeurs et aux gens du monde qui—les spécialistes le constatent tous les jours—recourent souvent, faute d'être bien informés, à des livres détestables, aux premiers livres venus. Elle l'est aussi aux élèves, ne serait-ce qu'en leur donnant la notion de ce que l'activité scientifique de notre époque a de prodigieux.—Dans certains pays, le Guide bibliographique scolaire est un ouvrage distinct du «Recueil de documents», du «Précis», et du livre de «Lectures». Voyez W. F. Allen, The reader's Guide to the English history, etc.
[7] Je n'ai pas hésité à recommander les meilleurs livres, en quelque langue qu'ils soient écrits: français, allemand, anglais ou italien. On a dit que, «puisque notre France possède une riche collection d'historiens nationaux», «la lecture des historiens étrangers ne s'impose qu'aux érudits»; tel n'est pas notre avis. Il n'y a pas que les érudits qui doivent préférer un bon livre à un livre médiocre, même si le bon livre est en langue étrangère, même si le livre médiocre est en français. Un homme cultivé ne peut pas, de nos jours, se contenter d'être au courant de sa littérature nationale, à quelque nation qu'il appartienne.—Il est d'ailleurs exact que la France a produit, et produit encore, beaucoup de livres d'histoire excellents. Les études relatives au moyen âge, en particulier, sont depuis longtemps très florissantes dans notre pays.
[8] Je me suis attaché à indiquer: 1º les principaux Manuels généraux de haute vulgarisation scientifique, à consulter plutôt qu'à lire; 2º les monographies de premier ordre; 3º les meilleurs livres ou articles de vulgarisation élémentaire, écrits pour le grand public.—Je ne crois pas que l'on trouve ailleurs un ensemble de renseignements de ce genre.
[9] Le dernier Manuel de Bibliographie historique universelle (où le moyen âge a sa place) est celui de Ch. Kendall Adams (A Manual of historical literature, New-York, 1888, 3e éd.), qui n'est pas sûr.
Les répertoires bibliographiques d'histoire nationale sont, naturellement, bien plus soignés. Consulter, pour l'histoire de France: G. Monod, Bibliographie de l'histoire de France, Paris, 1888, in-8º;—pour l'histoire d'Allemagne: Dahlmann-Waitz-Steindorff, Quellenkunde der deutschen Geschichte, Göttingen, 1894, in-8º, 6e éd.;—pour l'histoire de Belgique: H. Pirenne, Bibliographie de l'histoire de Belgique, Gand, 1893, in-8º;—pour l'histoire d'Angleterre: S. R. Gardiner et J. Bass Mullinger, Introduction to the study of English history, London, 1894, in-8º, 3e éd.—M. Menéndez y Pelayo prépare une Bibliographie historique de l'Espagne.—Rien d'analogue, malheureusement, pour l'Italie. L'ouvrage de C. Lozzi (Biblioteca istorica della antica e nuova Italia, Imola, 1884-1887, 2 vol. in-8º) est insuffisant. Cf. un bon catalogue de libraire: U. Hœpli, Biblioteca historica italica, Milano, 1895, in-8º.
M. U. Chevalier est l'auteur d'une gigantesque entreprise de bibliographie internationale, chronologiquement limitée au moyen âge, le Répertoire des sources historiques du moyen âge. Son ouvrage se compose de deux parties: la première (Biobibliographie, Paris, 1877-1886; Supplément en 1888) fournit la réponse à cette question: Quels sont les livres à consulter sur tel personnage historique ayant vécu de 395 à 1500?—la seconde (Topobibliographie, dont les deux premiers fascicules [A-E] ont paru en 1894-1895), fournit la réponse à cette question: Quels sont les travaux dont telle localité, tel fait, telle institution du moyen âge, a été l'objet depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à nos jours?
Quelques-uns des répertoires précités (Monod, Lozzi, etc.) datent déjà d'une dizaine d'années. Pour savoir ce qui s'est fait depuis et pour se tenir au courant de ce qui se fait chaque jour, il faut se servir d'instruments spéciaux, comptes rendus périodiques, pour la plupart annuels (Jahresberichte), où les écrits historiques nouveaux sont classés avec méthode et brièvement appréciés. Les Jahresberichte der Geschichtswissenschaft, publiés chaque année depuis 1880 sous les auspices de la Société d'histoire de Berlin, sont très commodes. Quelques Revues, où la partie bibliographique est soignée, rendent, d'ailleurs, des services analogues; je citerai au premier rang la Revue historique, l'Historisches Jahrbuch (catholique), la Deutsche Zeitschrift für Geschichtswissenschaft; mais il y en a beaucoup d'autres, telles que l'Historische Zeitschrift, l'English historical review, la Revue des questions historiques (catholique), etc., etc., qui, recommandables à d'autres égards, ne sont pas à dédaigner, même au point de vue bibliographique.
Une Revue, Le Moyen Age, se propose depuis 1888 de tenir ses lecteurs au courant de tout ce qui paraît dans le domaine de l'histoire du moyen âge.—La Bibliothèque de l'École des chartes est une Revue d'érudition consacrée à l'étude du moyen âge; elle n'a pas la prétention de fournir des indications bibliographiques complètes.—Des Revues spéciales, telles que la Romania, la Byzantinische Zeitschrift, la Revue de l'Orient latin, etc., donnent des renseignements complets sur ce qui se publie dans le domaine de leurs études.
[10] La Weltgeschichte de L. v. Ranke est sans contredit la meilleure des «histoires universelles» où le moyen âge a sa place; mais il y en a beaucoup d'autres.—Sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud se publie depuis 1893 une Histoire générale du IVe siècle à nos jours, dont les deux premiers volumes (Paris, 1893, in-8º) sont consacrés aux matières comprises dans le programme de Troisième. J'indique ici une fois pour toutes cette publication inégale. Les quatre ou cinq chapitres vraiment intéressants qui s'y trouvent seront signalés à part.
On observera que je n'ai parlé nulle part des grandes «Histoires de France» de H. Martin, de E. Dareste, de J. Michelet, de MM. Bordier et Charton, etc. C'est que toutes ont vieilli. Les deux dernières conservent du reste une grande valeur, celle de Michelet comme œuvre d'art, celle de Bordier et Charton comme Manuel. Une nouvelle «Histoire de France», dont six volumes seront consacrés à la période antérieure au XIVe siècle, est en préparation à la librairie Hachette.
[11] Il est à remarquer qu'en cela ils faisaient simplement ce qu'avaient fait jadis les Romains, qui, traités de Βἁρβαροι par les Grecs, n'éprouvaient aucun embarras à se qualifier eux-mêmes ainsi. Plus tard, les Romains se joignirent aux Grecs et regardèrent comme barbare tout ce qui n'était pas Grec ou Romain; mais les Grecs les appelèrent longtemps encore Βἁρβαροι; plusieurs d'entre eux persistaient à les traiter ainsi même à l'époque impériale.
[12] Fortunat et Grégoire de Tours emploient certainement encore ce mot avec complaisance, pour qualifier, soit eux-mêmes, soit ceux dont ils parlent. Les hagiographes mentionnent volontiers, et certainement pour lui faire honneur, l'origine romaine de leur saint.
[13] Aussi si l'on veut traduire les paroles mises par les historiens de ce temps dans la bouche des Allemands, faut-il toujours rendre Romanus par Welche. Par exemple dans la Vie de saint Éloi, II, 19: Nunquam tu, Romane, consuetudines nostras evellere poteris, le mot Romane traduit certainement le Walah! qui fut adressé au saint homme.
[14] En 462, un magistrat fut destitué pour avoir employé, en Égypte, le grec au lieu du latin dans les actes publics.
[15] On note que les Gaulois adoptèrent volontiers le suffixe acus au lieu du suffixe anus usité en Italie.
[16] Symmaque (Q. Aurelius Symmachus) avait occupé les plus hautes fonctions de l'empire; il avait été questeur, préteur, pontife, gouverneur de plusieurs grandes provinces, préfet de la ville et consul ordinaire. C'était un lettré fort distingué, un orateur célèbre, qu'on mettait à côté et quelquefois au-dessus de Cicéron.... Païen convaincu, ce qui l'attachait surtout au culte des aïeux, c'est qu'en toute chose il aimait le passé; les anciens usages lui étaient tous également chers....
[17] Les barbares du Nord donnaient aux Francs le nom de Hugas.
[18] Rambaud, Histoire de Russie, 2e édit., p. 63, 64.
[19] Lavoix, les Arts musulmans; de l'emploi des figures. (Gazette des Beaux-Arts, 1875.)
[20] Fr. Lenormant, la Grande-Grèce, 1881, t. II, p. 406, 407. L'auteur s'est attaché à faire ressortir l'importance de l'élément grec dans l'histoire de l'Italie méridionale au moyen âge.
[21] Boçrâ était pour les Arabes une importante ville de commerce. Elle était le siège d'un évêché chrétien et la ville la plus voisine d'entre celles où régnait la civilisation grecque.
[22] La Kaba.
[23] Le temple de Jérusalem.
[24] [Les scribes et miniaturistes anglo-saxons, instruits à l'école des Celtes de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, exercèrent une influence considérable sur la réforme de l'écriture et de l'ornementation de l'écriture en Occident, sous Charlemagne. Voyez, ci-dessous, chapitre VI, § 4, «Manuscrits Carolingiens».]
[25] On sait que les noms de Pépin de Landen et de Pépin d'Héristal ou de Herstal, qui figurent encore dans nos histoires, n'ont aucun fondement historique et ne paraissent pas avoir été inventés avant le XIIIe siècle.
[26] C'est de même que Hugues Capet porte couramment le surnom qui appartient réellement à son père et non à lui.
[27] Dès avant la fin du Xe siècle, nous voyons le moine Benoît de Soracte attribuer à Charles une expédition en Palestine et d'autres exploits merveilleux. Le poème qui porte le nom de l'archevêque Turpin est bien connu. Les meilleures anecdotes relatives à Charles—et quelques-unes sont très bonnes—se trouvent dans l'ouvrage du moine de Saint-Gall. Plusieurs font allusion à sa conduite envers les évêques, qu'il y traite à la façon d'un maître d'école en belle humeur. [Sur les légendes dont la vie de Charlemagne a été surchargée au moyen âge: G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, Paris, 1867, in-8º; et G. Rauschen, Die Legende Karls des grossen im XI u. XII Jahrhundert, Leipzig, 1890, in-8º.]
[28] [Les manuscrits écrits en lettres d'or, ou «chrysographiques», de l'époque carolingienne sont très nombreux. «Ils remontent, dit M. S. Berger, pour le plus grand nombre, au règne de Charlemagne, et même à la première partie de ce règne. L'Evangéliaire de Godescalc a été copié entre 781 et 785, le psautier d'Adrien Ier, s'il lui appartient réellement, est antérieur à 795, le Codex Adæ paraît antérieur à 803.... Il est probable que le plus grand nombre des manuscrits en lettres d'or sont sortis de l'école palatine. L'école palatine, en effet, fut dirigée, à partir de 782, par Alcuin, qui n'avait pas encore fondé l'école de Tours.» (Histoire de la Vulgate..., p. 277.)]
[29] [«Le comte Vivien fut un grand personnage. Quoique laïque, il reçut, en 845, de Charles le Chauve, l'investiture de l'abbaye de Saint-Martin et de celle de Marmoutier. C'est lui qui, en 846, réduisit à deux cents le nombre des chanoines de Saint-Martin. Détesté en qualité de laïque, et peut-être à cause de l'énergie (ou de la dureté) dont il paraît avoir fait preuve dans son administration, il fut tué, aux applaudissements de ses moines, en 851, au cours d'une campagne contre les Bretons.» (S. Berger, p. 217.)]
[30] [Sur Adalbald et l'école de Tours, S. Berger, op. cit., p. 243 et s.].
[31] [Sur la Bible de Théodulfe, S. Berger, op. cit., p. 145 et s.].
[32] [Le château féodal du Xe siècle, dit M. Viollet-le-Duc, consistait en une enceinte de palissades entourée de fossés ou d'une escarpe de terre. Au milieu de l'enceinte s'élevait un tertre factice ou motte, sur lequel on bâtissait une maison carrée, en bois, à trois ou quatre étages, ce qui fut plus tard le donjon. Pour protéger ce donjon primitif contre les projectiles incendiaires, on étendait sur la plateforme et sur les murs extérieurs des peaux de bêtes récemment écorchées. Les palissades de défense avancée s'appelaient haies quand elles étaient formées de haies vives, plessis (plexitium) quand elles étaient formées de fascines de branchages entrelacés, fertés (firmitates) quand c'étaient des enceintes en planches avec des tourelles de distance en distance. Il existe encore dans le centre de la France, et surtout dans l'Ouest, des traces de ces châteaux primitifs. Les châteaux de Langeais, de Beaugency et de Loches sont du XIe siècle. Tout autrement formidables sont les châteaux du XIIe siècle, tout en pierres de taille, véritables camps retranchés, avec leur double enceinte de murailles crénelées, leurs donjons et leurs bailles.—Voyez ci-dessous la description du château du Krak des Chevaliers.]
[33] Voici en quoi consistait cette réparation: Raoul offrait de se rendre d'Origny à Nesle, localités qu'une distance de «14 lieues» (en réalité 43 kil.) séparait, accompagné de cent chevaliers portant chacun sa selle sur la tête; Raoul, chargé de celle de son ancien écuyer, aurait dit à toutes les personnes qui se seraient trouvées sur son chemin: «Voici la selle de Bernier». Les hommes de Raoul trouvaient fort acceptable, pour Bernier, cette «amendise» que l'offensé refusa hautement.
[34] Les Allemands appelaient cette colline, la plus haute de celles qui entourent Rome ou qu'elle enferme, et que fait remarquer le beau groupe de pins pignons qui en décore la cime, Mons Gaudii. L'origine du nom italien Monte Mario, est inconnue, à moins que ce ne soit, comme quelques-uns le pensent, une corruption de Mons Malus.—C'est sur cette colline qu'Otton III fit pendre Crescentius et ses partisans.
[35] On attachait une grande importance à cette partie de la cérémonie où l'empereur tenait l'étrier au pape pour monter en selle et conduisait son palefroi pendant quelques instants. L'omission de cette marque de respect par Frédéric Barberousse, lorsque Hadrien IV vint à sa rencontre, à son approche de Rome, faillit amener une rupture entre les deux potentats, Hadrien se refusant absolument à donner le baiser de paix avant que l'empereur se fût soumis à la formalité obligée, ce que celui-ci se vit contraint de faire à la fin, d'une façon quelque peu ignominieuse.
[36] Un remarquable discours de remontrances adressé par Otton III au peuple romain (après une de ses révoltes), de la tour de sa maison sur l'Aventin, nous a été conservé. Il commence ainsi: «Vosne estis mei Romani? Propter vos quidem meam patriam, propinquos quoque reliqui; amore vestro Saxones et cunctos Theotiscos, sanguinem meum, projeci; vos in remotas partes imperii nostri adduxi, quo patres vestri cum orbem ditione promerent nunquam pedem posuerunt; scilicet ut nomen vestrum et gloriam ad fines usque dilatarem; vos filios adoptavi; vos cunctis prætuli.»
[37] La cité Léonine, ainsi appelée du pape Léon IV, s'étend entre le Vatican et Saint-Pierre, et le fleuve.
[38] Il paraîtrait qu'Otton a été trompé et que ce furent, en réalité, les ossements de saint Paulin de Nole.
[39] Ces fresques, tout à fait curieuses, sont dans la chapelle de Saint-Sylvestre, attachée à la très ancienne église des Quattro Santi sur le mont Cœlius, et l'on suppose qu'elles ont été exécutées du temps d'Innocent III. Elles représentent des scènes de la vie du saint, plus particulièrement celle où Constantin lui fait la célèbre donation; l'empereur y tient d'un air soumis la bride du palefroi du pape.
[40] [C'est sous Innocent III que vivait saint Dominique, fondateur de la milice des dominicains (Domini canes, suivant le calembour étymologique des contemporains), si dévouée au Saint-Siège.]
[41] «Romano plumbo nudantur ecclesiæ», dit Étienne de Tournay. Innocent III fait souvent allusion aux dépenses que, par les voyages fréquents et les longs séjours à Rome, les procès nécessitaient.
[42] «Nunc dicitur Curia Romana quæ antehac dicebatur Ecclesia Romana. Si revolvantur antiqua Romanorum pontificum scripta, nusquam in eis reperitur hoc nomen, quod est Curia, in designatione sacrosanctæ Romanæ Ecclesiæ....» (Gerohi liber De corrupto statu Ecclesiæ ad Eugenium III papam.)
[43] Le pape Alexandre III, élu en 1160, paraît être le dernier qui, dans sa lettre encyclique, ait dit: «Fratres nos, assentiente clero ac populo, elegerunt.»
[44] La vraie physionomie du Denarius Sancti Petri, avec ses modifications successives, ne se marque nulle part aussi bien que dans l'histoire des relations du Saint-Siège avec l'Angleterre.
[45] Pierre s'étant endormi dans l'église du Saint-Sépulcre aurait vu en songe Jésus-Christ, qui lui aurait dit: «Lève-toi; le patriarche te donnera une lettre de mission. Tu raconteras dans ton pays la misère des Lieux Saints et tu réveilleras les croyants pour qu'ils délivrent Jérusalem des païens.» Il aurait obtenu en effet une lettre du patriarche à Urbain II, qui aurait décidé ce pape à déclarer la croisade et à en confier à Pierre la prédication.
[46] Les prêtres occidentaux paraissent, au surplus, être arrivés assez vite à identifier les reliques tombées entre leurs mains. Le pauvre prêtre châlonnais Marcel, qui trouva le chef de saint Clément, fut de force à déchiffrer sans aide l'inscription de la plaque d'or à l'image du saint qui ornait le reliquaire: Klêmentios ὑ ἁγιος Κλημεντἱος.
[47] Nous citerons, parmi les reliques apportées de Constantinople après 1204, qui sont encore aujourd'hui conservées en Occident: la vraie croix d'Hélène, la Quadrige, les pierreries de la Pala d'Oro, à Venise; les reliques insignes du Bucoléon, à la Sainte-Chapelle de Paris; des phylactères à la cathédrale de Lyon, à Saint-Pierre de Lille, à Notre-Dame de Courtrai, à Floreffes; le saint Mors, à Carpentras; les reliquaires du Paraclet, à Amiens; une croix d'or, à Saint-Étienne de Troyes; le doigt de saint Jean-Baptiste, à Valenciennes; la Siegeskreuz de Nassau, à Limbourg (don d'Henri d'Ulmen à l'église de Steuben), etc.—Cf. Rohaut de Fleury, Mémoire sur les instruments de la Passion, Paris, 1870, in-4º.
[48] [M. P. Riant a consacré deux volumes à l'histoire de la translation et des destinées des objets apportés de Constantinople en Occident à la suite de la quatrième croisade: Exuviæ sacræ Constantinopolitanæ, fasciculus documentorum quarti belli sacri imperiique gallo-græci historiam illustrantium, Genève, 1877-78, 2 vol. in-8º.]
[49] En Syrie, plusieurs forteresses portent le nom de Krak ou Karak; ce sont le Krak des Chevaliers, le Krak de Montréal et le Krak ou Petra deserti; ce nom est encore porté par plusieurs villages bâtis sur des tertres.
[50] L'auteur se sert, dans la description qui suit, de quelques termes techniques d'architecture: échauguettes, hourdage, merlons, potelets, doubleaux, mâchicoulis, etc. On en trouvera l'explication dans les ouvrages élémentaires d'archéologie médiévale (v. ci-dessous la Bibliographie du chapitre XIV), notamment dans le Dictionnaire de Viollet-le-Duc.—La description est du reste facile à suivre sur les figures et le plan que nous donnons, d'après M. Rey, pp. 265, 269 et 273.
[52] Les yeux des hommes du Nord s'habituèrent en Orient à des couleurs nouvelles: lilas, carmin, pourpre de Tyr, couleurs laquées.
[53] [Sur l'histoire du principe d'association, surtout en Allemagne, voyez O. Gierke, Die Staats-und Korporationslehre des Alterthums und des Mittelalters, und ihre Aufnahme in Deutschland, Berlin, 1881, in-8º.]
[54] On peut citer parmi les plus anciennes: la charte de Saint-Omer, de 1127, conservée en double expédition dans les archives de cette ville; celle de la commune rurale de Bruyères-sous-Laon, de 1129, à la bibliothèque municipale de Laon; celle d'Abbeville, de 1184, aux archives de la ville; celle d'Ergnies, de 1210, aux archives départementales de la Somme; celle de Fismes et Champagne, de 1227, aux archives communales de Fismes.
[55] Adélaïde de Maurienne était d'ailleurs fort laide, si l'on en croit le chroniqueur Gilbert de Mons. Le comte de Hainaut, Baudouin III, qui s'était engagé avec elle, la refusa quand il l'eut vue et s'empressa de se marier ailleurs.
[56] A. Deville. Histoire du château Gaillard et du siège qu'il soutint contre Philippe Auguste en 1203 et en 1204, Rouen, 1849.
[57] [Le nom de ce chef de routiers, que Guillaume le Breton appelle en latin Lupicarus, était, en langue du Midi, Lou Pescaire.]
[58] Ce passage explique parfaitement l'assiette du camp de Philippe Auguste qui se trouvait en R (fig. 1), précisément au sommet de la colline qui domine la roche Gaillard et qui ne s'y réunit que par cette langue de terre dont nous avons parlé. On voit encore, d'ailleurs, les traces des deux fossés de contrevallation et de circonvallation creusés par le roi.
[59] C'est le sentier qui aboutit à la poterne S; c'était en effet la seule entrée du château Gaillard.
[60] Cette chaussée est encore visible aujourd'hui.
[61] Il s'agit ici, comme on le voit, de tout l'ouvrage avancé, dont deux murailles, formant un angle aigu au point de leur réunion avec la tour principale A, vont en déclinant suivant la pente du terrain.
[62] La fidélité scrupuleuse de la narration de Guillaume ressort pleinement lorsqu'on examine le point qu'il décrit ici. En effet, le fossé est creusé dans le roc, à fond de cuve; il a dix mètres de large environ sur sept à huit mètres de profondeur. On comprend très bien que les soldats de Philippe Auguste, ayant jeté quelques fascines et des paniers de terre dans le fossé, impatients, aient posé des échelles le long de la contrescarpe et aient voulu se servir de ces échelles pour escalader l'escarpe, espérant ainsi atteindre la base de la tour; mais il est évident que le fossé devait être comblé en partie du côté de la contrescarpe, tandis qu'il ne l'était pas encore du côté de l'escarpe, puisqu'il est taillé à fond de cuve; dès lors, les échelles qui étaient assez longues pour descendre ne l'étaient pas assez pour remonter de l'autre côté. L'épisode des trous creusés à l'aide de poignards sur les flancs de la contrescarpe n'a rien qui doive surprendre, le rocher étant une craie mêlée de silex. Une saillie de 60 centimètres environ qui existe entre le sommet de la contrescarpe et la base de la tour a pu permettre à de hardis mineurs de s'attacher aux flancs de l'ouvrage. Encore aujourd'hui, le texte de Guillaume à la main, on suit pas à pas toutes les opérations de l'attaque, et pour un peu on retrouverait encore les trous percés dans la craie par ces braves pionniers lorsqu'ils reconnurent que leurs échelles étaient trop courtes pour atteindre le sommet de l'escarpe.
[63] C'est le bâtiment H tracé sur notre plan.
[64] C'étaient les latrines; dans son histoire en prose, l'auteur s'exprime ainsi: Quod quittem religioni contrarium videbatur. Les latrines étaient donc placées sous la chapelle, et leur établissement, du côté de l'escarpement, n'avait pas été suffisamment garanti contre une escalade, comme on va le voir. Les latrines jouent un rôle important dans les attaques des châteaux par surprise.
[65] [«Nous sommes bien tenté, dit M. H.-Fr. Delaborde (Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, II, Paris, 1885, p. 205), d'identifier ce brave sergent avec un certain Raoul Bogis, à qui le roi de France donna, précisément vers cette époque, un fief de chevalier, propter servicium quod ipse nobis fecit. En ce cas, Bogis aurait été anobli pour sa vaillante conduite.
Quant au nom ou plutôt au surnom de ce personnage, la Chronique nous apprend qu'il lui avait été donné par plaisanterie, a brevitate nasi. Bogis signifiait alors camus.»]
[66] C'est le pont marqué sur notre plan et communiquant de l'ouvrage avancé à la basse-cour E.
[67] C'est le pont L.
[68] Le château Gaillard fut réparé par Philippe Auguste après qu'il s'en fut emparé, et il est à croire qu'il améliora même certaines parties de la défense. Il supprima, ainsi qu'on peut encore aujourd'hui s'en assurer, le massif de roche réservé au milieu du fossé de la dernière enceinte elliptique et supportant le pont, ce massif ayant contribué à la prise de la porte de cette enceinte.
[69] Comparer un mémoire de Louis IX à ses envoyés près du Saint-Siège, au temps d'Alexandre IV: «Lorsque la prochaine promotion [de cardinaux] se fera, le roi supplie et requiert que l'on élève à cette dignité des hommes passionnés pour le service de Dieu et pour le salut des âmes, ennemis de la cupidité, qui avariciam detestentur. Ils doivent, en effet, donner à tous les prélats de l'Église le modèle de l'honneur et de la sainteté chrétienne.»
[70] Ici le mémoire ajoute durement: «D'abord les églises n'ont pas de troupes, et si elles en avaient, quels soldats! D'ailleurs on ne sait même pas si l'Empereur viendra et, à supposer qu'il vint, il faudrait préférer aux conseils des hommes le conseil de Dieu, qui a dit: «S'ils vous persécutent dans une ville, réfugiez-vous dans une autre.»
[71] On s'étonne de voir déclarer incidemment par le représentant de Louis IX qu'il y a peu de temps encore les rois de France conféraient à leur gré, in camera sua, tous les évêchés du royaume à qui leur plaisait.
[72] E. Berger, Saint Louis et Innocent IV, pp. 293, 297.
[73] [M. P. Meyer a publié depuis une édition complète du poème: L'Histoire de Guillaume le Maréchal, Paris, 1891-1894, 2 vol. in-8º. J'ai collationné les extraits qui suivent avec l'édition définitive].
[74] Il était considéré comme déloyal de frapper un chevalier qui n'avait pas ses armes défensives.
[75] Comte de Poitiers. Richard n'était pas encore couronné.
[76] Voyez La chanson de la croisade contre les Albigeois, commentée et traduite par M. P. Meyer, Paris, 1875, 2 vol. in-8º.
[77] Citons l'un des traits qui lui étaient prêtés; il fera juger des autres, car c'est le cas d'appliquer à ces puérilités l'adage Ab uno disce omnes: «Primat ne voulait chanter à l'église qu'en ouvrant la moitié de la bouche; et comme on lui demandait un jour la raison de cette singulière habitude, il répondit que, n'ayant encore qu'une demi-prébende, il ne devait pas, aux heures canoniales, l'office de sa bouche tout entière.»
[78] Goliardique, de Goliard. Le mot «goliard» apparaît dans les textes, vers 1220, pour désigner les clercs vagabonds, indociles, burlesques, qui étaient en quelque sorte les jongleurs du monde ecclésiastique. Ils se recommandaient d'un personnage mythique, l'évêque Golias ou Goliath, auquel sont attribués quelques-uns des plus beaux poèmes goliardiques.
[79] Philippe de Grève était le fils naturel de Philippe, archidiacre de Paris et parent de Gautier, chambrier de France. Après avoir été procureur général en cour romaine des églises de la province de Reims, il fut chancelier de l'église et de l'Université de Paris de 1218 à 1236.
[80] Quelles qu'aient été ses mœurs, Philippe de Grève ne se gêne pas, dans ses sermons, pour blâmer celles des écoliers et des maîtres de l'Université, ses justiciables: «Autrefois, quand chacun enseignait pour son propre compte et qu'on ne connaissait pas encore ce nom d'Université, les leçons, les controverses étaient plus fréquentes; on avait plus d'ardeur pour l'étude. Aujourd'hui on fait tout le plus vite possible, on enseigne peu, on dérobe leur temps aux leçons pour aller traiter en des conventicules les affaires de la communauté. Et tandis que les anciens s'assemblent pour délibérer, pour réglementer, les jeunes, que soutiennent et protègent les anciens, vont faire la chasse aux femmes et aux maris». (B. Hauréau, dans le Journal des Savants, juillet 1894.)
[82] [M. Gebhart cite en cet endroit, à titre d'exemple, quelques strophes de la Confessio Goliæ, attribuée au chanoine Primat. (Sur Primat et sur les Goliards, voyez ci-dessus, p. 422 et s.) Nous imprimons ici ces strophes d'après la meilleure édition qui ait été publiée de cette très célèbre pièce. (Notices et extraits des manuscrits, XXIX, 2e partie, p. 266-270.) «Accusé, dit M. Gebhart, près de son évêque, de trois vices capitaux: la luxure, le jeu et le vin, l'auteur de la Confessio Goliæ se défend par une confession grotesque que notre chroniqueur (Salimbene) se plaît à rapporter tout entière. En voici quelques vers en l'honneur de l'ivrognerie»:
[83] [Cf. E. Michael, Salimbene und seine Chronik, Innsbruck, 1889, in-8º.]
[84] [M. L. Clédat a cru devoir rajeunir la forme des vers de Rutebeuf qu'il cite.]
[85] Une «Histoire générale de la littérature française», rédigée dans la même forme que l'Histoire générale du IVe siècle à nos jours, est en préparation. Elle sera publiée sous la direction de M. Petit de Julleville.
[86] Quelques monographies importantes ont paru depuis 1890. Une des plus importantes est celle de J. Bédier, Les fabliaux, Paris, 1895, 2e éd.—Sur Villehardouin et Joinville, nommément désignés au programme, voy. G. Paris et A. Jeanroy, Extraits des chroniqueurs français, Paris, Hachette, 1892, in-16, et L. Petit de Julleville, Extraits des chroniqueurs français du moyen âge, Paris, 1895, in-18. Cf. H.-Fr. Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, Paris, 1894, in-8º.
[87] Il va de soi qu'il existe un très grand nombre de traités généraux sur l'histoire de chacune des littératures nationales, parmi lesquels il y en a d'excellents; je n'indique ici que les plus commodes.
[88] M. Samuel Berger a bien voulu revoir et récrire ce morceau pour notre Recueil. Nous l'en remercions vivement.
[89] [Comparez L. Courajod, La polychromie dans la statuaire du moyen âge, Paris, 1888, in-8º, et les nombreux travaux du même auteur sur l'histoire de la sculpture française, pleins de vues originales.]
[90] C'est-à-dire le «Chœur».
[91] [Depuis la publication de l'article de M. J. Quicherat, de nombreux savants ont repris et approfondi l'étude de l'Album de Villard de Honnecourt (Voy. notamment la publication de l'Album, en fac-similé, par M. de Lassus (Paris, 1858, in-4º), et C. Enlart, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1895, p. 1).—Des travaux de M. Bénard, «il ressort que Villard était Picard, qu'il a presque certainement bâti l'église de Saint-Quentin et que par contre rien n'autorise beaucoup plus à lui attribuer des travaux dans la cathédrale de Cambrai que dans celle de Reims».—«Les chantiers de l'abbaye cistercienne de Vaucelles, dit M. Enlart, à six kilomètres de Honnecourt, sur l'autre rive de l'Escaut, ont été probablement l'école où Villard dut recevoir les premiers enseignements de son art.» Et cet auteur pense que ce sont les Cisterciens de Vaucelles qui recommandèrent notre architecte à leurs confrères de Hongrie. «Beaucoup d'architectes français du XIIe et du XIIIe s., dit-il, ont été mandés à l'étranger par des évêques, notamment en Espagne, où la plupart de ces prélats appartenaient à l'ordre de Cluny; en Suède, où le premier archevêque d'Upsal, ancien écolier de Sorbonne, avait pu connaître Etienne de Bonneuil à Paris; en Danemark enfin où l'archevêque Absalon fonda en même temps l'abbaye cistercienne de Sorö et la cathédrale de Roskilde, qui ressemble à celles d'Arras, Noyon et Cambrai, et qui ne peut être que l'œuvre d'un Français du nord. Rien n'empêche que Villard ait travaillé de même pour les évêques de Hongrie,... mais il est beaucoup plus probable que c'est pour le service des Cisterciens que fut appelé un architecte qui possédait leurs traditions.»]
[92] Comparez Boivin déguisé en croquant:
[94] Paille de blé;
[95] Tout ce qu'il.
[96] Fumier.
[97] Cf. une curieuse pièce en prose intitulée: Des .XXIII. manières de vilains (éd. Jubinal, Paris, 1834, in-8º). Quelques traits de cette furieuse diatribe ont assez de naturel. Le vilain refuse d'enseigner leur chemin aux étrangers et leur dit: «Vous le savez miex que je ne faic!» S'il voit un gentilhomme passer devant sa porte, l'épervier au poing: «Cil huas mangera anuit une geline, et mi anfant en fuissent tout saoul.» S'il visite la capitale, il s'arrête devant Notre-Dame, regarde les rois du portail, et dit: «Vex ci Pepin, vès la Charlemainne!» et on lui coupe sa bourse par derrière.
[98] Il y a des vilains, dit l'auteur des .XXIII. manières, qui mènent les autres et défendent leurs droits devant le bailli du seigneur: «Sire, au temps mon aïeul et mon bisaïeul, nos vaches furent par ces prés, nos brebis par ces copeis.» Il y en a qui «haïssent Dieu, sainte Église et toute gentillesse».