—Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connaîtrais pas de besogne pénible.

A cela le pauvre répliqua:

—Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connaîtrais pas d'humiliation ni de servitude.

Les sages disent qu'il est préférable de manger tranquillement le pain qu'on a gagné, que de porter une écharpe d'or et d'être le serviteur d'un autre. Il est préférable de pétrir la chaux et l'argile de ses mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilité.

SAADI.

11

Ne pas rester à la porte des riches et ne pas parler d'une voix de quémandeur—c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il ne faut pas craindre le travail.

HOTOPADEZÉ hindou.

12

Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.

13

L'aumône d'une pauvre veuve est égale aux plus riches dons, avec cette différence qu'elle est la vraie charité.

Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charité. Les riches, les oisifs, en sont privés.


[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolstoï a connu l'auteur et commenté son ouvrage. (N. du trad.)


CHAPITRE X

DE LA CUPIDITÉ

Le péché de cupidité est dans l'accumulation d'une quantité toujours grandissante d'objets ou d'argent nécessaires aux autres hommes, et de garder ces objets ou cet argent afin de jouir à sa guise du travail d'autrui.


I—Le péché du riche.

1

Dans notre société, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place. L'air, l'eau, la lumière du soleil ne lui appartiennent que sur la grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur cette grand'route jusqu'à ce que l'on commence à chanceler de fatigue, parce qu'on ne peut s'arrêter et que l'on doit marcher toujours.

GRANT ALLEN [1].

2

Dix hommes bons s'étendent et dorment paisiblement sur le même feutre, mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un homme de cœur trouve une miche de pain, il en donne la moitié à celui qui a faim. Mais lorsqu'un conquérant conquiert une partie du monde, il ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie encore.

3

Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.

Le paysan a une chaumière de sept mètres pour sept personnes; mais il laisse volontiers entrer un voyageur en disant: «Dieu nous ordonne de partager».

4

Les riches et les pauvres se complètent les uns les autres. Quand il y a des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe effréné, existe et doit exister l'affreuse misère qui force ceux qui n'ont rien à être au service du luxe.

Le Christ aimait les pauvres et s'éloignait des riches.

Dans le royaume de vérité qu'Il prêchait, les riches et les pauvres seraient également impossibles.

HENRY GEORGE.

5

Le vagabond est le complément indispensable du millionnaire.

HENRY GEORGE.

6

Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.

7

Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils forment sous ce prétexte un complot en vue d'assurer leurs intérêts.

THOMAS MORE.

8

Les honnêtes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais honnêtes.

LAO-TSEU.

9

«Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre,» dit Salomon. Pourtant, ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose très ordinaire: le riche profite toujours de la misère du pauvre pour le forcer à travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits à vil prix.

On dévalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dévaliser un pauvre sans aucun risque.

D'après JOHN RUSKIN.

10

Les gens qui appartiennent aux classes ouvrières tâchent le plus souvent de passer dans la classe des gens aisés qui vivent du travail d'autrui. Ils appellent ça se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire quitter les bonnes gens pour les méchants.

La richesse est un grand péché devant Dieu, la pauvreté l'est devant les hommes.

Proverbe russe.


II.—-L'homme et la terre.

1

Etant issu de la terre, la terre m'est donnée pour que j'y prenne tout ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de réclamer ma part.

Montrez-moi donc où elle est.

EMERSON.

2

La terre est notre mère à tous; elle nous nourrit, nous donne asile, nous réjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment où nous nous endormons du dernier sommeil sur son cœur de mère, elle nous caresse constamment de son étreinte affectueuse.

Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle présente, en effet, à notre époque vénale, un article de négoce, elle est vendue et achetée.

Mais la vente de la terre créée par le Créateur céleste est une énorme ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et à tous les fils des hommes qui la travaillent, de même qu'à ceux qui la travailleront dans l'avenir.

Elle est la propriété non seulement d'une seule génération, mais de toutes les générations passées, futures et présentes qui la travaillent.

style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"CARLYLE.

3

Nous occupons une île sur laquelle nous vivons des produits de nos mains. Un marin naufragé est rejeté sur notre côte. A-t-il le même droit naturel que nous d'occuper sur les mêmes bases que nous, une parcelle de terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre planète auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.

DE LAVELEYE.


III.—Les conséquences nuisibles de la richesse.

1

Les hommes se plaignent d'être pauvres et s'efforcent, par tous les moyens, d'arriver à la richesse; cependant, la misère et la pauvreté donnent aux gens la fermeté et la force, alors que les excès et le luxe les affaiblissent et les amènent à leur perte.

Les pauvres ont tort de vouloir échanger l'indigence utile au corps et à l'âme contre la richesse qui est nuisible au corps et à l'âme.

2

Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.

3

Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les pauvres qui sont la majorité. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop nettement son péché, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.

4

La richesse a l'or, la pauvreté a la joie.

Proverbe.

5

La richesse habitue les gens à l'orgueil, à la cruauté, à l'ignorance présomptueuse et à la débauche.

6

Seul un homme riche peut être insensible et indifférent au malheur d'autrui.

Le Talmud.

7

La misère assagit, la richesse abêtit. Les chiens eux-mêmes deviennent enragés à force de trop bien manger.

Proverbe russe.

8

Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est sûrement pas charitable.

Proverbe mandchourien.

9

Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils perdent de bonté en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle, ils auraient cherché à s'en débarrasser avec le même zèle qu'ils mettent à l'acquérir.

10

Le moment est proche où les hommes cesseront de croire que la richesse donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vérité qu'en gagnant et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non meilleure l'existence des autres et la leur.


IV.—On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte.

1

Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et s'éloigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas être fier de ses biens, mais honteux.

2

Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.

3

L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blâmant les riches, agissent de même qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres qu'eux-mêmes!


V.—L'excuse de la richesse.

1

Si tu as des revenus sans travailler, il y a sûrement quelqu'un qui travaille sans être payé.

2

Seul celui qui est sûr de n'être pas un homme comme tous les autres, mais meilleur qu'eux, peut posséder des richesses au milieu des pauvres et avoir la conscience tranquille. Seule la pensée qu'il est meilleur que les autres peut justifier un tel homme à ses propres yeux. Et, chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa supériorité sur les autres hommes. «Je jouis de la richesse parce que je suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce que je jouis de la richesse,» se dit-il.

3

Rien ne prouve aussi clairement la fausseté de la religion professée parmi nous que ce fait que les hommes qui se considèrent comme chrétiens peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres, mais encore en être fiers.

4

L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus significatives que les hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment la richesse, et bien que le mal de la richesse soit évident, ils se persuadent que la richesse est bonne.

5

Est-ce que Dieu a donné quelque chose à l'un, sans le donner à l'autre? Est-ce que notre Père commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament par lequel il aurait privé les autres frères de son héritage.

LAMENNAIS.

6

Il semblerait que, connaissant l'affreuse misère des ouvriers qui meurent de privations et d'excès de travail (et il est impossible de ne pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide, seraient forcés de s'en émouvoir. Cependant, ces gens riches, libéraux, humanitaires, très sensibles non seulement aux souffrances des hommes, mais à celles des bêtes, cherchent à s'enrichir davantage, c'est-à-dire à profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute sérénité.

Cette sérénité des riches est due à l'intervention d'une nouvelle science dénommée économie politique, qui a posé des lois en vertu desquelles la répartition du travail et la jouissance de ses produits dépendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux des salaires, des bénéfices, etc.

Il a été écrit sur ce thème, en peu de temps, un nombre incalculable de traités, de brochures; il a été fait des cours et des conférences, et on en écrit et on conférencie encore à l'infini.

Bien que la plupart des gens ignorent les détails de ces explications rassurantes de la science, ils savent quand même que cette explication existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de démontrer que l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit être, et que l'on peut se laisser vivre tranquillement dans cet état de choses, sans essayer de le modifier.

Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre société, qui plaignent sincèrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille, s'attaquent à la vie de leurs semblables.


VI.—Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui.

1

Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste même après la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette richesse—c'est ton âme.

Proverbe hindou.

2

Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de développer leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est chez lui.

D'après SCHOPENHAUER.

3

Et il leur dit celte parabole: «Les terres d'un riche donnèrent, une abondante récolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas assez de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: j'abatterai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens. Puis je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé, celte nuit même ton âme te sera prise, et ce que tu as amassé, à qui cela appartiendra-t-il?

Luc, XII, 16-20.

4

Pourquoi l'homme voudrait-il être riche? Pourquoi lui faut-il des chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits d'entrée dans les lieux de distractions?

Parce qu'il manque de vie spirituelle.

Donnez à cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.

EMERSON.

5

De même qu'un vêtement riche embarrasse les mouvements du corps, la richesse entrave les mouvements de l'âme.


VII.—La lutte contre de péché de cupidité.

1

Celui qui possède moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a plus qu'il ne mérite.

LICHTENBERG.

2

On peut éviter la misère par deux moyens: augmenter son avoir, ou bien apprendre à se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas toujours possible, et c'est presque toujours malhonnête; tandis que diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire à notre âme.

3

Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est nécessaire, mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas besoin.

4

«Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le besoin, lui fermerait son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la vérité!» I. JEAN, III, 17-18.

Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vérité il doit donner à celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et si l'on donne à celui qui demande, toute richesse s'épuise bientôt. Et dès que l'homme cesse d'être riche, il lui arrive ce que Jésus a dit au jeune homme, c'est-à-dire que ce qui empêchait le jeune homme riche de le suivre n'existe plus.

5

La charité est véritable seulement quand tu t'es privé en la faisant. C'est alors que celui qui reçoit un don matériel, reçoit également un don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le résultat de la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reçoit.

6

Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils l'enlèvent souvent des mains de plus pauvres encore.


[1] Moraliste anglais (N. du tr.)


CHAPITRE XI

DE LA COLÈRE

I.—Péché de malveillance.

1

«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera jugé.»

MATTH., V, 21-22.

2

Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose n'est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est en mauvais état: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.

3

Les péchés de la gourmandise, de l'oisiveté, de la volupté, sont mauvais par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu'ils engendrent le pire des péchés: la malveillance, l'iniquité envers les gens.

4

Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la propriété des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il n'y a rien d'effrayant à cela.

Que sont les exécutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela n'a également rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de réellement effrayant, c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.


II.—L'absurdité de la colère.

1

Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur, l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas également stupide?

2

Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée. Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant. Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par laquelle il entre.

3

Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.

4

Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.

DJERBELOTE, persan.

5

Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.

6

La colère ment toujours de l'impuissance.


III.—La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce que le même Dieu vit en nous tous.

1

On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun, hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains, les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à sa vraie nature, il me fait du mal.

MARC-AURÈLE

2

Si tu t'es fâché contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle, et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine, personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher.

3

On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme.

Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu'il y a en lui; si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.

Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez autrui qu'en soi-même et respecter l'homme comme un être spirituel en qui demeure l'esprit divin.


IV.—Plus l'homme se diminue, mieux il vaut.

1

On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux; en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les autres hommes. Cela tient à ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi a souvent péché, et que s'il s'irrite contre les méchants, il doit, tout d'abord, s'irriter contre lui-même.

SÉNÈQUE.

2

Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et déraisonnables.

—Comment puis-je ne pas me fâcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.

—Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est égaré. On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-même de vivre comme il vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi d'étonnant qu'il vive ainsi.

Tu diras que ces gens là doivent être punis.

Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?

On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre.

Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs égarements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de ce que ton âme renferme tant d'inimitié et de méchanceté.

ÉPICTÈTE.

3

Tu dis que tu n'es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, c'est une preuve certaine que tu es méchant toi-même.

4

Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.

Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres.

5

Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est précisément envers de pareils hommes qu'on doit être bon, et pour eux, et pour soi.

6

Lorsqu'on se fâche contre quelqu'un, on cherche généralement à justifier sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimitié. Alors, qu'au contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on réussit à découvrir le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais encore on éprouve une joie profonde.

7

Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver. Il faut s'efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé l'homme et les lui faire voir de façon à ce qu'il arrive lui-même à la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de l'immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être vertueux et libre.

D'après KANT.

8

Si tu te fâches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l'auras compris, tu ne seras plus fâché, parce qu'on ne peut se fâcher de ce que la pierre tombe du haut en bas et non de bas en haut.


V.—La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes.

1

Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.

2

Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans amour traiter les hommes.

Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même, manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux toi-même.

3

Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.

«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en vous.»

4

Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer leurs actes, et les aimer eux-mêmes.

5

Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans notre âme le sentiment de malveillance.

6

Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes? Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable. Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.

Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans impatience et sans orgueil.

MARC-AURÈLE.

7

Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder celui qui s'adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très désagréables, mais il faut se souvenir qu'ils sont très malheureux, ne connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre.

8

On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu'en disant à celui qui se fâche que celui contre lequel il se fâche, n'est qu'un malheureux. La pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère.

9

L'homme qui désire faire du tort à son ennemi, n'a qu'à s'imaginer qu'il lui a déjà fait mal et qu'il souffre de corps et d'âme; il n'a qu'à se l'imaginer et à comprendre que tout cela est l'œuvre de nos mains, pour que, à l'idée des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus méchant cesse de garder sa rancune.

SCHOPENHAUER.


VI.—La lutte contre le péché de malveillance.

1

On me blâme, je suis ennuyé, j'ai de la peine. Comment me débarrasser de ce sentiment désagréable? D'abord, par l'humilité; quand on connaît sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le raisonnement; car, en définitive, on reste toujours ce qu'on a été, et si l'on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu'à modifier son opinion. Enfin, et principalement, par le pardon; il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent, c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas à les changer, du moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même.

AMIEL.

2

La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il a déjà sur les lèvres; qu'il ne la laisse pas, échapper et l'avale.

MAHOMET.

3

Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de ses propres intérêts.

Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un a réellement du profit à faire ce qui t'est désagréable, il a raison et il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'à lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre lui.

ÉPICTÈTE.

4

Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles et modestes.

D'après SAADI.


VII.—La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent.

1

Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose pour laquelle on se fâche.

2

Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s'irritent et font du mal aux autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie!

D'après SOCRATE.

3

Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu.

Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même.

Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du mal, tu seras plus pauvre encore.

Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs ennemis, mais ils n'éviteront jamais les conséquences de leurs péchés. Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu'à ce qu'elle les fasse périr.

Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de tort aux autres.

Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.

Kouran hindou.

4

Être vertueux, c'est avoir l'âme libre. Les gens qui s'irritent continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'âme libre. Celui qui ne peut pas avoir l'âme libre ne verra pas en regardant, n'entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant.

CONFUCIUS.

5

Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l'homme s'emplit de colère, bien qu'il la ramasse petit à petit, lorsqu'il se permet de s'irriter contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la poussière jetée contre le vent.

Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il n'y a de place dans tout l'univers, où l'homme pourrait se débarrasser de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en.

DJAMAPADA.

6

La loi hindoue dit: De même qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver et chaud en été, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offensé et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une parole, ni par une pensée. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.

7

Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l'encourager, le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable, considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne pas reconnaître que j'en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.

Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est que j'oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et de se considérer comme étant supérieur à eux—est l'une des raisons principales de mon inimitié.

En repassant ma vie écoulée, je vois que je n'ai jamais laissé s'accroître mon sentiment d'inimitié envers les gens que je considérais supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m'était facile de l'offenser. Parfois même, rien que l'idée de l'infériorité de l'homme, provoquait déjà une offense de ma part.

8

Un jour d'hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille que nos frères donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de sainteté. Note, cependant, que ce n'est pas là qu'est la joie parfaite.»

Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:

«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est pas là non plus que sera la joie parfaite.»

Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non plus ne serait pas une joie parfaite.»

Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit: «Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n'y aurait pas de joie parfaite.»

Alors le frère Léon dit à François:

—En quoi donc consiste la joie parfaite?

Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous, vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi voulez-vous l'aumône des pauvres; allez-vous en d'ici,» et il ne nous ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et affamés, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidité sans murmurer contre le portier, c'est alors, frère Léon, que sera la joie parfaite.»


CHAPITRE XII

DE L'ORGUEIL

Il est difficile de se débarrasser des péchés, surtout lorsque les tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.


I.—L'absurdité de l'orgueil.

1

Les gens fiers sont tellement occupés à prêcher aux autres qu'ils n'ont pas le temps de penser à eux-mêmes; au reste, ils le croient inutile; ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prêchent aux autres, plus ils tombent bas eux-mêmes.

2

De même que l'homme ne peut pas se soulever lui-même, il ne peut pas se glorifier lui-même.

3

La fierté est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.

4

Si vous êtes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tâchez de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si vous êtes plus fort, aidez les faibles; si vous êtes plus intelligent, aidez ceux qui ne le sont pas; si vous êtes instruit, aidez ceux qui le sont moins; si vous êtes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possèdent ce que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci, mais n'ont qu'à se vanter devant eux.

5

Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frères, se fâche contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par conséquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait être traité lui-même.

6

C'est stupide lorsque des gens tirent vanité de leur visage, de leur corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs parents, de leurs ancêtres, de leurs amis, de leur classe, de leur peuple.

Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil. C'est de là que proviennent les querelles entre les hommes, entre les familles, et les guerres entre les peuples.

7

La bêtise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans la bêtise.

8

Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et dans les cavités des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit, mais la mer sans fin est muette, elle se balance à peine.

Les Soutes bouddhistes.

9

Plus la substance est légère et moins elle est dense, plus elle occupe de place. Il en est de même de l'orgueil.

10

Une mauvaise roue grince plus fort, un épi vide s'élève plus haut, Il en est de même d'un homme mauvais et vain.

11

Plus l'homme est content de lui-même, moins il possède ce dont on peut être fier.

12

Un homme fier est comme couvert d'une écorce de glace. Aucun bon sentiment ne peut pénétrer à travers cette écorce.

13

Le plus sot des hommes est plus facile à éclairer qu'un orgueilleux.

14

Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux qui profitent de leur fierté, ils cesseraient d'être fiers.


II.—L'orgueil national

1

Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons tous. Considérer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mérite particulier. Considérer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus stupide qui puisse exister. Or, loin d'être jugée comme mauvaise, cette présomption apparaît comme une grande vertu.

2

Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors, pour se donner le change à eux-mêmes et pour étouffer leur conscience, ils inventent des excuses à leur animosité. L'une de ces excuses est que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux. Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres familles; la troisième, que ma classe est meilleure que les autres classes; la quatrième, que mon peuple est meilleur que les autres peuples.

Rien ne désunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.


III.—Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres, parce que le même Esprit vit dans tous les hommes.

1

L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considère uniquement la vie charnelle: seul le corps peut être plus fort, plus grand, meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut se considérer meilleur que les autres, car l'âme est la même chez tous.

2

On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'éminence, de monsieur, de père, etc., alors qu'un seul titre convient à tous et n'offense personne: frère, sœur.

Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Père pour qui nous sommes tous frères et sœurs.

3

L'homme a raison s'il croît que, dans tout l'univers, if n'y a pas un seul être qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.

4

C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes œuvres.

5

L'homme est bon lorsqu'il élève très haut son «moi» spirituel, divin; mais il est affreux lorsqu'il veut élever au-dessus des hommes son «moi» charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.

6

Si l'homme est fier des marques de distinctions extérieures, il ne fait que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mérite intérieur qui, en comparaison de toutes les marques extérieures de distinction, est comme le soleil par rapport à la bougie.

7

Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas, parce que la chose la plus précieuse en lui, c'est son âme et que personne, sauf Dieu, ne connaît le prix de l'âme humaine.

8

La fierté n'est pas du tout la même chose que la conscience de la dignité d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la fierté, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blâme augmentent la conscience de la dignité.


IV.—Conséquences de la tentation de l'orgueil.

1

De même que les mauvaises herbes qui poussent parmi le blé, boivent l'eau et le jus de la terre et empêchent le soleil de pénétrer jusqu'au blé, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la lumière de la vérité.

2

La conscience du péché est souvent plus utile à l'homme qu'une bonne action: la conscience du péché humilie l'homme, alors qu'une bonne action augmente souvent sa fierté.

3

Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition principale et la plus douloureuse est le fait que, malgré tous les mérites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment pas.

4

Dès que je me réjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe dans l'abîme.

5

L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les hommes.

6

L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment où il n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.

7

L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les attirait. Mais il n'y a pas de défaut qui éloigne davantage.

8

L'assurance étonne les gens au début. Et, les premiers temps, ils attribuent à l'homme confiant en lui-même exactement la même importance que celle qu'il se donne. Mais l'étonnement passe vite. Les gens sont bientôt désenchantés et ils paient par le mépris pour avoir été trompés.


V.—La lutte contre la tentation de l'orgueil.

1

Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil n'existait pas. Comment se débarrasser de cette cause du mal? Il n'y a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-même. Les tentations de l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette profonde racine du mal. S'il vit dans notre cœur, comment pouvons-nous espérer qu'il mourra dans les cœurs des autres hommes? C'est pourquoi, la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres souffrent.

Aucune amélioration n'est possible, tant que chacun n'aura commencé cet amendement de lui-même.

D'après LAMENNAIS.

2

Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considère pas comme supérieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni supérieur ou ni meilleur que soi-même.

3

Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'âme. Mais l'orgueilleux se croit toujours très bon. C'est pour cette raison que l'orgueil est particulièrement nuisible. Il empêche de travailler à l'œuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.

4

«Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.»

MATTH., XXIII, 11-12.

Celui qui s'élève dans l'opinion des gens sera abaissé, car celui que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir meilleur, plus sage, plus charitable.

Mais celui qui s'abaisse sera élevé, car celui qui se croit mauvais s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.

Les présomptueux font ce que ferait le piéton si, au lieu de marcher, il s'était hissé sur des échasses. Sur les échasses on est plus haut, la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de rester en arrière.

Il en est de même des vaniteux. Ils restent bien en arrière de ceux qui ne s'élèvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent souvent de leurs échasses et deviennent la risée de fous.



CHAPITRE XIII

DE L'INÉGALITÉ

La base de la vie de l'homme, est le séjour en lui de l'esprit divin, égal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous égaux entre eux.


I.—De la tentation de l'inégalité.

1

Autrefois, les hommes croyaient qu'ils étaient d'origine différente, appartenant aux tribus de Cham ou à celles de Japhet, et que les uns devaient être maîtres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette division en maîtres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait été instituée par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse subsiste encore, mais sous un autre aspect.

2

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la vie des peuples chrétiens, divisés en classes, pour être frappé du degré effrayant d'inégalité auquel sont arrivés les gens qui professent la loi du christianisme et mettent en avant le mensonge de l'égalité. Parmi ces classes, les unes passent leur vie entière dans un travail abrutissant, inutile et meurtrier, les autres sont blasées des plaisirs de tous genres.

3

L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme idée, était celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue une croyance universelle et n'a pas donné à la vie des hommes les fruits qu'elle pouvait apporter, est que ses maîtres ont estimé que les hommes n'étaient pas égaux et les ont divisés en castes. Pour les gens qui se croient inégaux, il ne peut y avoir de vrai religion.

4

On pourrait comprendre que les gens se croient inégaux parce que l'un est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont pas égaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un porte des vêtements riches et l'autre des sabots.

5

Les hommes de notre époque comprennent déjà que l'inégalité des hommes est une superstition et ils la blâment intérieurement. Mais ceux qui en retirent un profit ne se décident pas à s'en séparer, tandis que ceux pour qui elle est désavantageuse ne savent pas comment la supprimer.

6

Les gens se sont habitués à diviser les hommes en gens distingués et non distingués, valeureux et lâches, instruits et non instruits, et ils se sont si bien accoutumés à ce classement, qu'ils croient, en réalité, que les uns peuvent être meilleurs que les autres, parce que les uns sont placés par les hommes dans une catégorie et les autres dans une autre.

7

Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens sont loin de reconnaître l'égalité entre eux.

8

Si la superstition de l'inégalité n'existait pas, les hommes ne pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont égaux.


II.—Les excuses de l'inégalité.

1

Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement s'unissent entre eux, en laissant tous les autres à l'écart.

2

Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de l'inégalité des hommes que ceux qui se croient, inférieurs aux gens qui se vantent devant eux.

3

Nous sommes étonnés de voir combien ce que nous appelons maintenant le christianisme est loin de ce que prêchait Jésus, et combien notre vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il être autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens qui croyaient que Dieu a divisé les hommes en maîtres et esclaves, en fidèles et infidèles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la vraie égalité, disant que tous les hommes était fils de Dieu, que tous sont frères, que la vie de tous étaient également sacrée. Les gens qui embrassèrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou dénaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernière.


III.—Tous les hommes sont frères.

1

Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres, mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.

2

On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu l'indépendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherché à soumettre les autres peuples par les mêmes procédés; il croyait que son peuple était le vrai peuple bon, charitable et aimé de Dieu, et que tous les autres étaient des Philistins, des barbares. Les hommes du Moyen Âge pouvaient également le croire; on pouvait le croire naguère encore, à la fin du siècle dernier. Mais, à notre époque, nous ne pouvons plus le croire.

3

L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forcé de sentir son égalité et sa fraternité avec tous les hommes non seulement de son peuple, mais de tous les peuples.

4

Chaque homme, avant d'être autrichien, serbe, turc, chinois, est un homme, c'est-à-dire un être raisonnable et aimant dont l'unique mission est de remplir sa destinée pendant le court laps de temps qu'il doit vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.

5

Un enfant accueille un autre, indépendamment de la classe de la religion ou de la nationalité à laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait être plus raisonnable que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre, quelle est sa classe, sa religion, sa nationalité et le traite de façon ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalité. Le Christ disait bien: soyez comme les enfants.

6

Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et les peuples étrangers était une supercherie et un mal. Ayant compris cela, le chrétien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimitié pour d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait auparavant, les actes de cruauté à l'égard des peuples étrangers, par le fait que ces peuples étaient pires que le sien. Le chrétien ne peut pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette distinction est une tentation, et, par conséquent, il ne peut plus se laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.

Le chrétien ne peut pas ignorer que son bonheur est lié, non pas à celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut être rompue par la frontière et les règlements relatifs à sa nationalité. Il sait que tous les hommes sont frères partout, et sont, par conséquent, tous égaux.


IV.—Tous les hommes sont égaux.

1

L'égalité, c'est la reconnaissance à tous les hommes de droits égaux aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la personnalité humaine.

2

La loi de l'égalité des hommes renferme toutes les lois morales; c'est le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles convergent toutes.

E. CARPENTER

3

Le vrai «moi» de l'homme est spirituel. Et ce «moi» est le même en tous. Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas être égaux?

4

Et un jour la mère et les frères de Jésus-Christ vinrent chez lui, mais ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui. Et un homme les aperçut, et il s'approcha de Lui et dit: «Les gens de Ta famille, Ta mère et Tes frères sont dehors et veulent te voir.» Mais, Jésus dit:—Ma mère et mes frères sont ceux qui ont compris la volonté de mon Père et qui l'accomplissent.

Les paroles de Jésus signifient que pour un homme raisonnable qui comprend sa destination, il ne peut y avoir de différence ou d'avantages entre les uns et les autres.

5

Nous sommes mécontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le bonheur là où il nous est donné.

C'est là la raison de toutes les tentations.

Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est donné. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous disons: je veux mon bonheur à moi, celui de ma famille, celui de mon peuple.


V.—Pourquoi tous les hommes sont égaux.

1

Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer à certaines gens plus d'importance qu'aux autres.

2

Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont égaux.

3

Le même sentiment d'attendrissement tout particulier que nous éprouvons indifféremment à la vue d'un nouveau-né, aussi bien qu'à la vue d'un être humain qui vient de mourir, indépendamment de la classe à laquelle il appartient, nous démontre notre conscience innée de l'égalité de tous les hommes.

4

Si l'on considère tous les hommes comme ses égaux, cela ne veut pas dire que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit, aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la plus importante au monde qui est la même en tous les hommes: l'Esprit de Dieu.

5

Dire que les hommes ne sont pas égaux, serait prétendre que le feu de la cheminée, de l'incendie, de la bougie n'est pas le même. L'esprit divin vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une différence entre les porteurs du même principe?

Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le même et nous nous comportons envers chaque feu de la même façon.


VI.—La reconnaissance de l'égalité de tous les hommes est possible et l'humanité s'y rapproche.

1

Les hommes s'occupent à établir l'égalité devant leurs lois, mais ils ne veulent rien savoir de l'égalité établie par la loi éternelle qu'ils transgressent par leur loi.

2

Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de façon à ce que l'élévation sur les degrés de l'échelle sociale ne séduise pas les hommes, mais les effraye; car cette élévation les prive de l'un des principaux bienfaits de la vie: des rapports égaux entre tous les hommes.

D'après RUSKIN.

3

On dit que l'égalité est impossible. Il faudrait dire au contraire: l'inégalité est impossible parmi les chrétiens.

On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible, un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit également aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un sage comme un sot.