4
On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles, que les uns sont plus intelligents, les autres plus bêtes. C'est précisément parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que les autres, dit Lichtenberg, que l'égalité des droits des hommes est nécessaire. Si, outre l'inégalité intellectuelle et physique, il y avait encore l'inégalité des droits, l'oppression des faibles par les forts serait encore plus grande.
5
Ne crois pas que l'égalité est impossible, ou bien qu'elle ne puisse être réalisée dans un avenir très éloigné. Apprends-la chez les enfants. Elle peut exister dès à présent pour chaque homme. Toi-même, tu peux établir dans ta vie l'égalité envers tous les gens que tu rencontres. Seulement, ne témoigne pas de respect particulier à ceux qui se croient grands et haut placés, mais traite surtout avec le même respect ceux que l'on considère comme petits et placés au bas de l'échelle sociale.
VII.—Tous les hommes sont égaux pour celui qui vit de la vie spirituelle.
1
Pour le chrétien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous les hommes. Pour bien des gens le mot «amour» exprime un sentiment absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal: c'est le sentiment qui force la mère, pour le bien de son enfant, à ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mère à un autre enfant; un père à arracher le dernier morceau à ceux qui ont faim pour le donner à ses enfants; celui qui aime une femme, à la faire souffrir en la séduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment qui détermine les gens du même clan à nuire à ceux des camps étrangers ou ennemis; celui qui pousse les hommes outragés dans leur orgueil national à couvrir les champs de bataille de morts et de blessés. Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les éprouvent ne reconnaissent pas tous les hommes comme égaux. Et sans la reconnaissance de l'égalité des hommes, il ne peut y avoir de véritable amour.
2
On ne peut combiner l'inégalité avec l'amour. L'amour est comme le soleil qui éclaire indifféremment tout ce qui tombe sous ses rayons. Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.
3
Il est difficile d'aimer également tous les hommes; mais pour la raison que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer de le réaliser.
Tout ce qui est bien est difficile.
4
Plus les hommes sont inégaux par leurs qualités, plus on doit se donner de la peine pour les traiter d'une façon égale.
5
En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort de te fâcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que nous sommes tous égaux.
MAKHMUD HASCHA hindou.
Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire à la possibilité d'améliorer, d'organiser la vie des autres hommes en recourant à la violence.
I.—La violence de l'homme exercée sur l'homme.
1
L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par tel ou tel, mais de ce que, poussés par leurs passions, les hommes avaient commencé par violenter leurs semblables, puis ont cherché une excusé à cette violence.
2
Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie, qu'il y a quelque chose à améliorer. Mais nous ne pouvons améliorer que ce qui est en notre pouvoir: nous-même. A cette fin, il faut tout d'abord reconnaître que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie. Dès lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est en noire pouvoir: notre âme, mais sur les conditions extérieures qui ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas plus améliorer la situation des hommes que le transvasement du vin d'un récipient dans un autre ne peut changer sa qualité. De là, la vie oisive, d'abord, puis, nuisible, présomptueuse (nous corrigeons les autres hommes) et méchante (on peut tuer les hommes qui entravent le bonheur général).
3
On croit forcer les gens à bien vivre en employant la contrainte, alors que l'on montre soi-même l'exemple de la mauvaise vie en recourant à la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tâcher d'en sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se salir.
4
Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.
5
Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils à lui peuvent organiser sa vie de façon à ce qu'elle soit meilleure.
6
L'erreur de croire qu'il y à des gens qui peuvent organiser la vie des autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont pervers, plus ils sont estimés.
7
Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser personne, alors qu'eux-mêmes forcent les gens, non par la douceur, mais par la violence, à vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient: faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut craindre ces gens-là, mais on ne peut pas avoir foi en eux.
II.—La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que les hommes conçoivent le mal différemment.
1
Etant donné que chaque homme détermine le mal à sa manière, il semblerait évident que si chacun combat le mal par la violence, cela ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal à Pierre, celui-ci prend le même droit de faire du mal à Jean, et le mal ne fait qu'augmenter.
Mais chose étrange: tout en pénétrant les lois du mouvement des étoiles, les hommes ne comprennent pas une vérité aussi évidente. Pourquoi? Parce qu'ils croient que la violence est bienfaisante.
2
La doctrine conformément à laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais faire violence pour arriver à ce qui lui semble bien, est juste pour cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et le mal de la même façon. Ce que l'un considère comme mal est douteux (d'autres le considèrent comme bien), tandis que la violence dont il use afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves à la liberté, mort, est incontestablement un mal.
3
Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser la vie des autres, par la violence, réside en ce fait, qu'aussitôt qu'un homme se permet d'user de violence à l'égard d'un seul pour le bien de tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la même superstition qui justifiait dans les temps passés, les tortures, l'inquisition, le servage, et à notre époque, les guerres qui font périr des millions d'hommes.
III.—L'inefficacité de la violence.
1
Forcer les gens par la violence à cesser de faire le mal revient au même que de poser une digue sur une rivière, et de se réjouir que, l'eau soit devenue moins profonde derrière la digue. De même que la rivière inondera la digue en son temps et coulera comme par le passé, les hommes qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement une occasion propice.
2
Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits, et c'est pourquoi, nous le détestons. Par contre, nous aimons comme nos bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage, mais l'homme grossier et ignorant qui a recours à la violence. Pour employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre, on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour agir sur la raison n'aura pas recours à la violence. Seuls ceux qui se reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.
D'après SOCRATE.
3
Contraindre les gens à faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen de les en dégoûter.
4
Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres deviennent tels que nous désirerions qu'ils soient.
5
S'il est possible de soumettre les hommes à l'équiter par la violence, cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la violence.
PASCAL.
IV.—L'erreur d'organiser la vie par la violence.
1
Il a déjà été fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt planètes de la grandeur de la terre; mais est-on arrivé au moindre résultat? A aucun, sinon à ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus. Malgré tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel, baigné de sang, l'humanité semble vouloir se prosterner jusqu'à la consommation des siècles, au son du tambour; au bruit des canons et des gémissements humains.
ADIN BALLOU.
2
«L'instinct de conservation est la première loi de la nature» disent ceux qui nient la loi de la non-résistance.
«D'accord, mais qu'en résulte-t-il?» demandai-je!
«Il en résulte que la défense contre ce qui menace est également une loi de la nature. Et de là, cette conclusion que la lutte et, sa conséquence, la disparition du plus faible, est une loi de la nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence et la vengeance; de sorte que la conséquence de l'instinct de conservation,—est que la défense est légitime; par suite, la doctrine qui défend l'emploi de la violence est erronée, comme étant contraire à la nature et aux conditions de la vie sur la terre.»
—Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la première loi de la nature, et qu'il incite à la défense. Je suis d'accord que les hommes, à l'instar des organismes inférieurs, luttent ordinairement les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent même, sous le prétexte de se défendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que la plupart des hommes, malgré la loi humaine supérieure qui leur est révélée continuent malheureusement à vivre suivant la loi bestiale, et se privent ainsi du moyen de défense le plus efficace: de payer le mal par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.
ADIN BALLOU.
3
Il est certain que la violence et le meurtre révoltent l'homme et que son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un tel procédé, bien qu'il se rapproche de celui employé par les animaux et soit peu efficace, n'a rien d'insensé ni de contradictoire. Mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de justifier ces procédés. Dès que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'échaffauder des inventions ingénieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une pareille tentative.
Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.
«Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur l'illégalité de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un autre,» disent les défenseurs de la violence.
Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens peuvent vivre des centaines d'années sans rencontrer un brigand qui tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les règlements de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie réelle et non pas des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens, et nous-mêmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence de la superstition suivant laquelle la violence est légitime. Ensuite, nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui réfléchit reconnaîtrait que la cause du mal ne réside nullement en ce brigand imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite à faire un mal réel en vertu d'un mal imaginaire.
V.—Les conséquences néfastes de la superstition de la violence.
1
Le mal dont les gens croient se défendre par la violence est incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se défendant par la violence.
2
Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs, ont enseigné que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mêmes de la violence disent que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et ils ont raison pour eux-mêmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.
3
Il est difficile d'observer la doctrine de la non-résistance au mal par la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de la vengeance?
Pour obtenir une réponse à cette question, ouvrez l'histoire de n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille batailles que les hommes se sont livrées pour obéir à la loi de la lutte. Au cours de ces guerres ont été tué des milliards d'hommes, si bien que pendant une seule on a sacrifié un plus grand nombre de vies, supporté plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des siècles en ne résistant pas au mal.
4
La violence provoque la colère, et celui qui en use pour se défendre non seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent à des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa garantie est un mauvais calcul.
5
Toute violence ne désarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter davantage. Il est donc évident que la violence ne saurait améliorer la vie des hommes.
6
La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle éloigne les hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence.
7
Pourquoi le christianisme a-t-il été perverti? Pourquoi la moralité est-elle tombée si bas? Il n'y a qu'une seule raison à cela; la foi en l'efficacité du régime de violence.
VI.—Seule la non-résistance au mal par la violence permet à l'humanité de substituer la loi de l'amour à la loi de la violence.
1
La signification des paroles: «Vous avez entendu qu'il a été dit: œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne résiste pas au méchant. Et celui qui te frappera etc.,» est absolument claire et n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant l'ancienne loi de violence: œil pour œil dent pour dent, renie par cela même tout l'ordre des choses fondée sur cette loi, et institue une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et, par cela même, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fondée sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette doctrine dans son véritable sens et prévoyant que sa mise en pratique fera disparaître tous leurs privilèges et avantages, certains hommes ont crucifié le Christ et continuent à crucifier ses disciples. D'autres hommes ayant également compris le sens réel de la doctrine sont allés et vont encore à la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la nouvelle organisation de la vie fondée sur la loi de l'amour.
2
La doctrine de la non-résistance au mal par le mal n'est pas une nouvelle loi, mais simplement le signalement de la déviation de la loi de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain, que ce soit sous prétexte de vengeance ou sous celui de la libération de soi-même ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.
3
Rien n'entrave l'amélioration de la vie humaine tant que le désir des hommes d'améliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence des uns envers les autres, nous détourne plus que tout de la seule chose qui pourrait améliorer notre vie: l'effort sur nous-mêmes pour devenir meilleurs.
4
Moins l'homme est satisfait de lui-même et de sa vie intérieure, plus il se fait remarquer dans la vie extérieure, publique.
Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appelé à organiser la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes, uniquement de son perfectionnement intérieur que cela seulement est en son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie des autres.
5
Si les hommes consacraient le temps et les forces dépensés aujourd'hui à l'organisation de la vie des autres à la lutte de chacun contre ses propres péchés, le but qu'ils veulent atteindre—la meilleure organisation de la vie—serait bien vite réalisé.
6
Lorsqu'on demandait à Socrate où il était né, il disait: sur la terre. Lorsqu'on lui demandait de quel pays il était; il répondait: du pays universel.
Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les habitants de la même terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir suprême de la loi divine.
Cette loi est toujours la même pour tous les hommes.
7
Aucun homme ne peut être ni un instrument, ni un but. Là est sa dignité d'homme. Et de même qu'il ne peut disposer de sa personne à aucun prix (ce qui serait contraire à sa dignité), il n'a pas le droit de disposer de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnaître la dignité humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect à chaque homme.
KANT.
8
A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer que par la violence?
9
Chose étrange! L'homme se révolte à la vue du mal venant du dehors, des autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.
MARC-AURÈLE.
10
On peut instruire les autres en leur révélant la vérité et en leur donnant l'exemple du bien, et non pas en les forçant à faire ce que nous voulons.
11
Si, au lieu de vouloir sauver l'humanité, chacun travaillait à son propre salut et au lieu de vouloir libérer l'humanité, tentait de se libérer soi-même,—combien on aurait fait pour le salut et la libération de l'humanité.
HERZEN [1].
12
Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme, et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes.
13
Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous donner ce bonheur qui le détruit.
VIII.—Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant d'user de la violence contre le mal.
1
La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi? Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du Christ.
2
Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence, comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi? Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.
3
Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence.
L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre, en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal pour le mal.
[1] Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (N. du Tr.)
Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour se maîtriser, l'animal cherche à rendre le mal pour le mal, sans s'apercevoir que le mal accroît inévitablement le mal. L'homme, pourvu de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte souvent sur sa raison et il emploie cette même raison à justifier le mal qu'il commet en le qualifiant de châtiment, de punition.
I.—Le châtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie.
1
On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par le mal.
2
Punir veut dire en russe: donner une leçon. Or, on ne peut enseigner que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le mal on n'instruit pas, mais on déprave.
3
L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout particulièrement dangereuse, pour cette raison que les gens qui commettent ainsi le mal considèrent que cela est non seulement permis, mais encore bienfaisant.
4
Par la punition, par la menace du châtiment on peut effrayer l'homme, le retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.
5
La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les hommes—pécheurs—se sont reconnu le droit de punir.
6
La preuve la plus éclatante de ce que sous le nom de «science» on entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans l'existence d'une science de punitions, c'est-à-dire visant l'acte le plus grossier qu'un homme puisse commettre.
II.—Superstition de l'efficacité de la vengeance.
1
De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.
2
«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable. Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;—Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers, et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne voyant personne que la femme, lui dit:—Femme, où sont tes accusateurs? Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.»
JEAN VIII, 3-11.
3
Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier, ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de corriger celui qui leur a fait du mal.
4
Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et ont pitié quand même les uns des autres.
5
Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, que parce qu'il déprave celui qui punit.
III.—La vengeance dans les rapports individuels.
1
Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter davantage.
2
Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté de jouir des bienfaits de la vie.
3
Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action qu'ils qualifient de châtiment.
4
On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne puissent être plus raisonnables qu'un ours?
IV.—La vengeance dans les rapports sociaux.
1
La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de son fondement principal.
2
Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne saurait exister.
3
S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect différent, mais le fond restera.
D'après BALLOU.
4
Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures. «Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de ce qu'ils faisaient» diront nos descendants.
V.—Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence.
1
Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait.
2
Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.
MAHOMET.
3
La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre.
4
Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne conduite.
5
Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout le plaisir qu'il voit au mal.
6
Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien ne procure plus de joie à celui qui le fait.
7
La bonté vainct tout, et elle-même est invincible.
8
On peut résister à tout hormis à la bonté.
D'après ROUSSEAU.
9
Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.
10
Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque l'offenseur est au pouvoir de l'offensé.
MAHOMET.
11
Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.
(MATTH., XVIII, 21, 22)
12
Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche.
13
La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime, est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit lui-même cette exigence d'amour.
VI.—Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels.
1
Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même temps que leur vie soit meilleure.
2
Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à chaque homme, à sa raison et dans son cœur.
3
On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal aux hommes.
4
En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement tranchée depuis longtemps.
«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail, organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés, instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la sécurité des États et ainsi de suite.
«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est qualifié de vain radotage.
En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain, ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution.
VII.—La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de l'homme moderne.
1
Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser.
2
L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière? Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas frères?
Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais l'amour des uns pour les autres.
LAMENNAIS.
Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit.
I.—En quoi consiste la tentation de la vanité.
1
La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.
2
Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des louanges des autres.
L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu, cherchant ainsi son approbation seule.
3
Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie, nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être imaginaire qui existe dans la pensée des autres.
Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition de passer pour braves.
PASCAL.
4
L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: «tous font ainsi.»
5
Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes réside dans le désir d'être glorifié par les hommes.
6
On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier, mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons: nous ne l'entendons plus.
7
Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs; il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.
SÉNÈQUE.
8
Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.
EMERSON.
9
Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour être glorifié par les autres.
10
Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait pas.
—Parce que tous le font, répondit celui-ci.
—Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.
—Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.
—Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les intelligents?
—Certainement ce sont les sots.
—Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.
II.—Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas que cette opinion soit juste.
1
Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.
2
Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention.
3
Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire presque toujours qu'il faut faire mal.
LA BRUYÈRE.
4
Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les considérer comme bonnes.
5
L'homme a son tribunal—sa conscience. On ne doit tenir qu'à son jugement.
6
Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.
7
Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.
CONFUCIUS.
III.—Conséquences pernicieuses de la vanité.
1
La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.
D'après LUCIE MALAURY.
2
C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du tout.
Traduit du chinois.
3
Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des hommes.
4
Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme, la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais, continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.
5
L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du mal causé par le respect des anciennes coutumes.
Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.
IV.—La lutte contre la tentation de la vanité.
1
Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne penser qu'à son âme.
2
Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant, à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre sa vie à se perfectionner y doit être préparé.
3
C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la raison en subissant les coutumes pernicieuses.
4
On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.
5
Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as pas besoin de t'en préoccuper—ne fais pas attention à leur opinion. Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend rien à son métier n'approuve pas son travail.
Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?
D'après ÉPICTÈTE.
6
Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet, quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.
EMERSON.
7
Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion publique.
V.—On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire.
1
Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.
Causeries de SOCRATE.
2
Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de ce que te diront les gens.
3
Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien, uniquement pour rester bon dans son for intérieur.
SÉNÈQUE.
4
Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens; apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres.
5
Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs actes, les hommes se distinguent entre eux.
6
Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme, pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais, c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.
VI.—Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges.
1
Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas d'après les conseils et les opinions des autres.
2
Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd'hui, ils veulent une chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.
3
Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste à toujours reconnaître l'opinion des gens comme juste, et à ne prêter aucune attention à notre voix intérieure.
JOHN RUSKIN.
4
Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous, par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut, nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et qu'il commence à vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit pas comme eux.
PASCAL.
Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce qu'elles leur sont nécessaires pour leur âme, mais parce qu'ils croient en ceux qui les prêchent.
I.—En quoi consiste la supercherie des fausses croyances.
1
Souvent les hommes pensent qu'ils croient à la loi de Dieu, alors qu'ils ne croient qu'à ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas à la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les empêche pas de mener la vie qui leur plaît.
2
Quand les hommes vivent dans le péché et les tentations, ils ne sauraient être tranquilles. La conscience les dénonce. C'est pourquoi ils sont obligés de choisir entre ces deux alternatives: ou se reconnaître coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de pécher, ou bien continuer à mener une vie de pécheurs, commettre de mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes que l'on a inventé les fausses croyances, grâce auxquelles on peut se considérer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.
3
C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se mentir à soi-même. Ce mensonge est tout particulièrement nuisible parce que les autres peuvent dénoncer ton mensonge, tandis que personne ne t'accusera de t'être menti à toi-même. C'est pourquoi, garde-toi de te mentir à toi-même, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.
4
«Crois ou sois maudit.» C'est la qu'est la raison principale du mal. Si l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait dû examiner par sa propre raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis à la malédiction et induit ses proches au péché. Le salut des hommes réside en ce que chacun doit apprendre à vivre de sa raison.
EMERSON.
5
On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent encore les fausses croyances.
La religion règle les rapports de l'homme envers Dieu, à l'égard de l'univers; elle détermine la destinée de l'homme qui découle de ces rapports. Quelle doit être la vie de l'homme si ces rapports et la destination déterminés ainsi sont faux?
6
Il y a trois sortes de fausses croyances. La première est de croire à la possibilité de pouvoir apprendre par l'expérience ce qui ne peut l'être d'après les lois de l'expérience. La seconde fausse croyance fait admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur lesquelles nous ne pouvons nous former aucune idée par notre raison. La troisième fausse croyance reconnaît la possibilité d'évoquer par un moyen surnaturel une action mystérieuse à l'aide de laquelle la divinité exerce son influence sur notre moralité.
KANT.
II.—Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences supérieures, mais les exigences inférieures de l'âme humaine.
1
L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est-à-dire des éléments moraux dont nous pouvons reconnaître et étudier nous-mêmes la nécessité incontestable, et que nous concevons par notre raison.
KANT.
2
L'homme ne peut plaire à Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout ce par quoi l'homme croit plaire à Dieu, en dehors d'une vie pure et juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.
D'après KANT.
3
Faire pénitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter de l'état d'esprit où l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est un travail inutile. De plus, une telle pénitence a cette mauvaise conséquence; l'homme croit avoir payé ainsi toutes ses dettes, et ne songe plus à son perfectionnement qui seul est nécessaire lorsqu'on reconnaît ses erreurs.
KANT.
4
C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
LACTANCE.
5
On dit: Dieu a créé l'homme à Son image; on aurait mieux fait de dire que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image.
LICHTENBERG.
6
Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux, on se le représente généralement quelque part très haut, dans les régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes, et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison, l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.
7
Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à prier.
La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens, et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément divin que nous sentons en nous.
Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.
III.—Le Culte extérieur.
1
Bien qu'il y ait une différence de procédé entre un chamane tounghouse et un prélat catholique européen, ou bien, en prenant pour exemple des gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins, pose sur sa tête la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de sa prière: «Ne me tue pas,» et un puritain indépendant de Connecticut; il n'y a aucune différence dans les principes de leurs croyances, car ils appartiennent tous deux à la même catégorie de gens dont le culte ne consiste pas à devenir meilleurs, mais de croire et d'exécuter certains règlements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu consiste à aspirer à une vie meilleure diffèrent des premiers, parce qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus élevé, réunissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui seul peut être un temple universel.
KANT.
2
«Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambré et, ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton Père qui te voit dans le secret, te récompensera».
MATTH., VI, 5-6.
3
«Gardez-vous des scribes qui se plaisent à se promener en longues robes, et qui aiment les salutations dans les assemblées et les premières places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de longues prières.»
Luc, XX, 46-47.
IV.—La pluralité des croyances et l'unité de la religion vraie.
1
L'homme qui ne pense pas à la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une seule vraie religion—celle dans laquelle il est né. Mais tu n'as qu'à te demander ce qui arriverait si tu étais né dans une autre religion, toi chrétien si tu étais né mahométan; toi bouddhiste—chrétien; toi chrétien—brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion, nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas toi-même et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.
IV.— Conséquences de la confession des fausses croyances.
1
En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui avait écrit un livre contre l'épiscopat anglican, a été jugé et condamné aux châtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa une oreille et on lui ouvrit un côté du nez, puis on inscrivit sur sa joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sédition. Sept jours plus tard on le fouetta à nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos n'aient pas encore été fermées; puis on lui ouvrit l'autre côté du nez, on lui trancha l'autre oreille et on lui tâtoua l'autre joue. Tout cela fut fait au nom du christianisme.
MORISSON DAVIDSON.
2
En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hérétique pour avoir dévoilé la fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il fut condamné à mort, sans que son sang puisse être versé, c'est-à-dire à être brûlé.
L'exécution eut lieu derrière les portes de la villes, entre deux jardins. En arrivant sur place, Huss se mit à genoux et commença à prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bûcher, il se leva et dit très haut:
«Jésus-Christ. Je vais à la mort pour avoir prêché Ta parole, je souffrirai docilement.»