LXXXI
15759.
Comment l'Acteur muë propos
Pour son honneur et son bon loz,
Garder, en priant qu'il soit quictes
Des paroles qu'il a cy dictes.
Or entendés, loial Amant,
Que li diex d'Amors vous amant
Et doint de vos amors joïr!
En ce bois-ci porrés oïr
Les chiens glatir, se m'entendés,
Au connin prendre où vous tendés[101],
Et le furet qui, sans faillir,
Le doit faire ès resiaus saillir.
Notés ce que ci vois disant,
D'amors aurés art soffisant;
Et se vous i trovés riens troble,
J'esclarcirai ce qui vous troble;
Quant le songe m'orrés espondre,
Bien saurés lors d'amors respondre,
S'il est qui en sache oposer,
Quant le texte m'orrés gloser;
Et saurés lors par cest escrit
Quanque j'aurai devant escrit,
Et quanque ge bée à escrire.
Mès ains que plus m'en oiés dire,
Aillors voil ung petit entendre
Por moi de male gent deffendre;
Non pas pour vous faire muser,
Mès por moi contre eus escuser.
LXXXI
15939.
Ci l'auteur change de propos
Pour son honneur et son bon los
Garder, en priant qu'il soit quitte
De toute parole ici dite.
Or entendez, loyaux amants
(Que le Dieu d'Amours en tout temps
Sur vous tous veille d'un il tendre!),
En ce bois-ci pourrez entendre
Les chiens japer, si m'écoutez,
Au lapin que vous poursuivez[101b],
Et le furet dont la poursuite
Le fera choir aux lacs ensuite.
Notez ce que je vais disant,
D'Amour aurez art suffisant;
Et si rien y voyez de trouble,
J'éclaircirai ce qui vous trouble;
Quand vous m'ouïrez exposer
Le songe et le texte gloser,
Bien saurez-vous d'amour répondre
Si quelqu'un voulait vous confondre,
Et saurez lors par cet écrit
Ce que j'ai ci-devant écrit
Et ce qu'après je vais écrire.
Mais avant de plus vous en dire,
Je veux, non pour vous abuser,
Doux amis, mais pour m'excuser
Et de male gent me défendre,
Ailleurs un petitet m'étendre.
LXXXII
15787.
Cy dit par bonne entencion
L'Acteur son excusacion.
Si vos pri, seignors amoreus
Par les gieus d'amors savoreus,
Que se vous i trovés paroles
Semblans trop baudes ou trop foles,
Por quoi saillent li mesdisant,
Qui de nous aillent mesdisant,
Des choses à dire, ou des dites,
Que cortoisement les desdites;
Et quant vous les aurés des diz
Repris, retardés ou desdiz,
Se mi diz sunt de tel maniere
Qu'il soit droit que pardon en quiere,
Pri vous que le me pardonnés,
Et de par moi lor responnés[102]
Que ce requeroit la matire
Qui vers tex paroles me tire
Par les propriétés de soi,
Et por ce tex paroles oi:
Car chose est droiturière et juste,
Selonc l'autorité Saluste,
Qui nous dit par sentence voire,
Tout ne soit-il semblable gloire
De celi qui la chose fait,
Et de l'escrivain qui le fait
Vuet metre proprement en livre,
Por miex la vérité descrivre,
Si n'est-ce pas chose legiere,
Ains est de moult fort grant maniere
LXXXII
15967.
Ici par intention bonne
L'Auteur son excuse nous donne.
Par les jeux d'Amour savoureux,
Croyez-moi, seigneurs amoureux,
Si vous trouvez quelques paroles
Un peu trop gaillardes et folles,
Dont s'emparent les médisants
Pour nous tous aller méprisants,
Sur les choses à dire ou dites,
Courtoisement les contredites;
Et quand vous les aurez repris
Et combattus et contredits,
Si lors sont de telle manière
Mes dits, que pardon j'en requière,
Sans doute me pardonnerez
Et de ma part leur répondrez
Qu'ainsi l'exigeait la matière;
Car ne me laissait de choix guère
La propriété du sujet
Qui ces paroles me tirait.
Une chose est, selon Saluste,
Avant tout droiturière et juste:
«Semblable gloire, en vérité,
Nous dit-il, si n'a mérité,
Comme celui qui fit la chose,
L'écrivain qui le fait expose
En un livre savant, pour mieux
La vérité produire aux yeux,
Ce n'est pourtant chose légère,
Mais moult belle et grande au contraire
15817.
Metre bien les fais en escrit:
Car quiconques la chose escrit,
Se du voir ne vous vuet embler,
Li dis doit le fait resembler;
Car les vois as choses voisines
Doivent estre à lor faiz cousines.
Si me convient ainsinc parler,
Se par le droit m'en voil aler.
LXXXIII
Comment l'Acteur moult humblement
S'excuse aux dames du Rommant.
Si vous pri toutes, vaillans fames,
Soiés damoiseles ou dames,
Amoreuses ou sans amis,
Que se moz i trovés jà mis
Qui semblent mordans ou chenins
Encontre les meurs femenins,
Que ne m'en voilliés pas blasmer,
Ne m'escriture diffamer
Qui tout est por enseignement.
Onc n'i dis rien certainement,
Ne volenté n'ai pas de dire,
Ne par yvresce, ne par ire,
Par haïne, ne par envie,
Contre fame qui soit en vie.
Car nus ne doit fame despire,
S'il n'a cuer des mauvès le pire;
Mès por ce en escrit li méismes,
Que nous et vous de nous méismes
Poïssions congnoissance avoir,
Car il fait bon de tout savoir.
15997.
Que bien les faits mettre en écrit.
Car celui qui livres écrit,
S'ils ne sont menteurs et frivoles,
Doit accorder faits et paroles;
Car les mots aux choses voisins
Doivent être à leurs faits cousins.
Ainsi dus-je parler, sans doute,
Pour aller par la droite route.
LXXXIII
Comment l'Auteur moult humblement
S'excuse aux dames du Roman.
Toutes aussi, vaillantes femmes,
Daignez, damoiselles et dames,
Amoureuses ou sans amis,
Si mots y trouvés déjà mis
Qui vous semblent mordants, infâmes,
Ou pis contre les moeurs des femmes,
Daignez ne pas trop m'en blâmer
Ni mon livre trop diffamer
Qui tout est fait pour vous instruire;
Car oncques n'eus vouloir de dire,
Et rien n'y dis par passion,
Colère, ivresse ou déraison,
Ni par haine, ni par envie,
Contre femme qui soit en vie.
Nul ne doit médire de vous,
S'il n'a cœur le pire de tous.
Si tels mots sont en mon poème,
C'est pour que chacun de soi-même
Puisse la connaissance avoir,
Car il fait bon de tout savoir.
15847.
D'autre part, dames honorables,
S'il vous semble que ge di fables,
Por mentéor ne m'en tenés,
Mès as Auctors vous en prenés,
Qui en lor livres ont escrites
Les paroles que g'en ai dites,
Et ceus avec que g'en dirai[103],
Que jà de riens n'en mentirai,
Se li prodomme n'en mentirent,
Qui les anciens livres firent;
Et tuit à ma raison s'acordent,
Quant les meurs femenins recordent;
Ne ne furent ne fol ne yvres,
Quant il les mistrent en lor livres.
Cil les meurs femenins savoient,
Car tous esprovés les avoient,
Et tiex ès fames les troverent,
Que par divers tens esproverent;
Par quoi miex m'en devés quiter:
Ge n'i fais riens fors reciter,
Se par mon gieu qui poi vous couste,
Quelque parole n'i ajouste,
Si cum font entr'eus li poëte,
Quant chascuns la matire traite
Dont il li plest à entremetre:
Car, si cum tesmoigne la letre,
Profit et delectacion[104]
C'est toute lor entencion.
Et se gens encontre moi groucent,
Et se troblent et se corroucent,
Qui sentent que ge les remorde
Par ce chapitre où ge recorde
Les paroles de Faus-Semblant,
Et por ce s'aillent assemblant,
16027.
D'autre part, dames honorables,
Si vous croyez que ce soit fables,
Pour un menteur ne me tenez,
Mais aux auteurs vous en prenez
Par qui furent jadis écrites
Les paroles que j'en ai dites.
Et quand d'autres je vous dirai[103b],
Jamais non plus ne mentirai,
Si tous ces sages ne mentirent
Quand les anciens livres ils firent;
A moi s'accordent ces auteurs
Quand des femmes peignent les murs.
Ils n'étaient fous ni certes ivres
Quand ils les mirent dans leurs livres;
Ils les connaissaient mieux que nous,
Leurs murs ayant éprouvé tous,
Puisque telles ils les trouvèrent
De tout temps, quand les éprouvèrent.
Aussi devez-vous m'acquitter,
Car je ne fais que réciter,
Sauf parfois, pour l'art, quand j'ajoute
Un mot innocent, somme toute,
Comme chacun poète fait
Quand il veut traiter un sujet
Et quelque peu du sien y mettre.
Ainsi le témoigne la lettre,
Profit et délectation[104b],
C'est toute leur intention.
Et si contre moi se trémoussent,
Tonnent, grondent et se courroucent
Par ci, par là, quelques grincheux,
Parce qu'ils sentent que sur eux
Durement parfois ma dent porte,
En ce chapitre où je rapporte
15881.
Que blasmer ou pugnir me voillent,
Por ce que de mon dit se doillent;
Ge fais bien protestacion
C'oncques ne fu m'entencion
De parler contre homme vivant
Sainte religion sivant,
Ne qui sa vie use en bonne euvre,
De quelque robe qu'il se cueuvre.
Ains prins mon arc, et l'entesoie,
Quiexque peschierres que ge soie,
Si fis ma sajete voler
Generaument por afoler:
Por afoler! mès por congnoistre,
Fussent seculer ou de cloistre,
Les desloiaus gens, les maldites,
Que Jhesus apele ypocrites;
Dont maint, por sembler plus honeste,
Lessent à mangier char de beste
Tous tens en non de penitence;
Et font ainsinc lor astenence,
Si cum nous en karesme fomes[105],
Mès tous vis menguent les homes
O les dens de detraccion.
Par venimeuse entencion.
Onc d'autre saing ne fis bersaut,
Là vois, et voil que mon fer aut.
Si trais sor eus à la volée,
Et se, por avoir la colée,
Avient que desous la sajete
Aucuns hons de son gré se mete,
Qui por orgoil si se deçoive,
Que dessus soi le cop reçoive,
16061.
Les paroles de Faux-Semblant,
Et dès lors vont se rassemblant
Pour me châtier et maudire,
Chagrinés qu'ils sont de mon dire:
Je fais ci protestation
Qu'oncques je n'eus l'intention
De parler contre homme qui vive,
S'il est tel que le bien poursuive
(Quel que soit son habit), selon
Notre sainte religion.
Mais je prends mon arc et le ploie,
Tout pécheur, las! que je me voie,
Et fais ma sagette voler
Pour blesser et pour affoler
Ces déloyales gens maudites
Que Jésus appelle hypocrites,
Et de leur masque dépouiller
Ces monstres, moine ou séculier,
Qui, pour paraître plus honnêtes,
N'oseraient manger chair de bêtes,
Par pénitence, au nom de Dieu,
Et font abstinence en tout lieu,
Comme nous faisons en carême,
Mais mangent vif l'homme lui-même
Des dents de la détraction,
Par venimeuse intention.
Voilà quel est mon point de mire,
Et ceux-là seuls mon fer déchire.
Sur ceux-là je tire au hasard;
Mais s'il advient, quand le coup part,
Que de plein gré quelqu'un se mette
Droit au devant de ma sagette,
Et qu'égaré par son orgueil
Le coup reçoive et dans son deuil
15913.
Puis se plaint que ge l'ai navré,
Corpe n'en ai, ne jà n'auré,
Néis s'il en devoit perir;
Car ge ne puis nuli ferir,
Qui du cop se voille garder,
S'il set son estat regarder.
Néis cil qui navré se sent
Par le fer que ge li présent,
Gart que plus ne soit ypocrites,
Si sera de la plaie quites.
Et neporquant qui que s'en plaingne,
Combien que prodomme se faingne.
Onc riens n'en dis, mien esciant,
Combien qu'il m'aut contrariant,
Qui ne soit en escrit trové,
Et par experiment prové,
Ou par raison au mains provable
A qui que soit desagréable.
Et s'il i a nule parole
Que sainte Église tiengne à fole,
Prest sui qu'à son voloir l'amende,
Se ge puis soffire à l'amende.
LXXXIV
Cy reprent son propos sans faille
L'Acteur, et vient à la bataille
Où dame Franchise combat
Contre Dangier qui fort la bat.
Franchise vint premierement
Contre Dangier moult humblement,
Qui trop ert fiers et courageus,
Par semblant fel et outrageus.
16095.
Amèrement me le reproche,
Je n'en accepte le reproche
Quand même il en devrait périr;
Car personne ne puis férir,
Qui de ma flèche ne se garde
Pour peu que son état regarde.
Tel même qui se sent blessé
Par le trait que j'aurai lancé,
N'a qu'à cesser d'être hypocrite
Et de sa plaie il sera quitte.
Et pourtant, à mon escient,
Combien qu'ils m'aillent décriant,
Combien qu'honnêtes gens se feignent,
Je ne dis rien, quoiqu'ils s'en plaignent,
Qui ne soit en écrits trouvé,
Par expérience prouvé,
Ou par raison au moins prouvable;
Tant pis s'ils ne l'ont agréable.
Enfin si nul mot s'y trouvait
Que sainte Église à fol tiendrait,
Prêt suis qu'à son vouloir l'amende
Si je puis suffire à l'amende.
LXXXIV
Ici l'Auteur reprend son conte
Et la bataille nous raconte
Où dame Franchise combat
Contre Danger qui fort la bat.
Franchise, en main sa forte lance,
D'abord contre Danger s'avance
Qui trop est fier et courageux,
A l'air félon et outrageux.
15943.
En son poing tint une maçuë[106],
Fierement la paumoie, et ruë
Entor soi cop si perilleus,
Qu'escus, s'il n'est trop merveilleus,
Ne puet tenir qu'il nel' porfende,
Et que cis vaincus ne se rende,
Qui contre li se met en place,
S'il est bien atains de la mace,
Ou qu'il nel' confonde ou escache,
S'il n'est tex que trop d'armes sache.
Il la prist où bois de Refus,
Li lez vilain que ge refus;
Sa targe fut d'estoutoier,
Bordée de gens viltoier.
Franchise, refu bien armée,
Moult seroit envis entamée,
Por qu'el se séust bien covrir.
Franchise, por la porte ovrir,
Contre Dangier avant se lance,
En sa main tint une fort lance
Qu'ele aporta bele et polie
De la forest de Chuërie.
Il n'en croist nule tele en Biere[107].
Li fers fu de douce priere;
Si r'ot par grant dévocion
De toute suplicacion
Escu, c'onques ne fu de mains
Bordé; de jointures de mains,
De promesses, de convenances,
Par seremens et par fiances,
Colorés trop mignotement.
Vous déissiés certainement
Que Largesce le li bailla,
Et qu'el le paint et entailla,
16125.
Au poing il tient une massue[106b],
Fièrement la manie, et rue
Entour soi coups si périlleux
Qu'écu, s'il n'est trop merveilleux,
N'y peut tenir qu'il ne pourfende,
Et qu'à lui vaincu ne se rende
Celui qui l'affronter ne craint
De la masse s'il est atteint,
Ou qu'il n'assomme ou ne confonde,
S'il n'est le plus vaillant du monde.
Il la prit au bois de Refus,
Legs que jamais accepté n'eus;
Son bouclier était de noises
Bordé de fables discourtoises.
Franchise, pour la porte ouvrir,
Je vis contre Danger courir.
Franchise était si bien armée
Qu'arme ne l'eût oncque entamée,
Si trop bien se couvrir savait.
Forte lance en sa main tenait,
Qu'elle apporta belle et polie
De la forêt de Flatterie,
Comme on n'en voit croître chez nous[107]
Le fer était de parler doux;
Son écu de douce prière,
Comme on n'en borde point sur terre,
Était tout de compliments fins
Bordé; de jointures de mains,
De promesses et d'assurances,
De serments et de confidences
Coloré trop mignotement,
Vous eussiez dit certainement
Que c'était œuvre de Largesse,
Tant il était de grand' richesse
15977.
Tant sembloit bien estre de s'uevre.
Et Franchise qui bien s'en cuevre,
Brandist la hante de sa lance,
Et contre le vilain la lance
Qui n'avoit pas cuer de coart,
Ains sembloit estre Renoart[108]
Au Tinel, qui fust revescus.
Tout fu porfendus ses escus,
Més tant ert fors à desmesure,
Qu'il ne cremoit nule arméure,
Si que du cop si se covri,
Qu'onques sa panse n'en ovri.
Li fers de la lance brisa,
Par quoi le cop mains en prisa.
Si r'iert moult d'armes engorsés
Li vilains fel et aorsés:
La lance prent, si la depiece
A sa maçuë piece à piece,
Puis esma ung cop grant et fier:
Dangier à Franchise.
Qui me tient que ge ne te fier,
Dist-il, orde garce ribaude?
Comment as-tu esté si baude
Qu'ung prodomme osas assaillir?
L'Amant.
Sus son escu fiert sans faillir,
La preus, la bele, la cortoise,
Bien la fait saillir une toise
D'angoisse, et à genoux l'abat,
Moult la ledenge, moult la bat,
16159.
Pour la sculpture et les décors.
Franchise s'en couvre le corps,
Brandit la hampe de sa lance
Et contre le vilain la lance,
Qui n'avait pas cœur de couard,
Mais semblait être Renouard[108b]
Au Tinel, déréchef en vie.
Son écu par si grand' furie
Fut pourfendu; mais il était
Si fort, qu'armure il ne craignait;
Si bien se couvrit, que la lance
Oncques ne put ouvrir sa panse,
Et le fer du coup se brisa,
Ce qui soudain le rassura.
Embarrassé dans son armure
Un instant, et par la rupture
Ébranlé, le vilain félon
Soudain se redresse, et d'un bond
La lance prend et la dépèce
Avec sa masse, pièce à pièce,
Et médite un coup furieux:
Danger à Franchise.
Quoi donc retient mon bras, grands Dieux!
Dit-il, sale garce, maraude,
Comment donc as-tu pu, ribaude,
Oser un prudhomme assaillir?
L'Amant.
Lors il la frappe sans faillir,
Et fait la belle, la courtoise,
Reculer de plus d'une toise
D'angoisse, et à genoux l'abat,
Et moult l'insulte et moult la bat.
16005.
Et croi qu'à ce cop morte fust,
S'ele éust fait escu de fust.
Dangier à Franchise.
Autreffois vous ai-ge créuë,
Dame orde, garce recréuë,
Dist-il, n'onc bien ne m'en chaï,
Vostre losange m'a traï.
Par vous soffri-ge le baisier
Por le ribaudel aaisier:
Bien me trova fol debonnaire,
Déables le me firent faire.
Par la char Diex mal i venistes,
Quant nostre chastel assaillistes!
Ci vous estuet perdre la vie.
L'Acteur.
Et la bele merci li crie,
Por Diex, que pas ne l'acravant,
Quant el ne puet mès en avant:
Et li vilains crole la hure,
Et se forcene, et sor sains jure
Qu'il l'occira sans nul respit.
Moult en ot Pitié grant despit,
Qui, por sa compaigne rescorre,
Au vilain se hastoit de corre.
Pitié, qui à tout bien s'acorde,
Tenoit une misericorde
En leu d'espée, en tretous termes,
Decorant de plors et de lermes,
Ceste, se li Actor ne ment,
Perceroit pierre d'aïment,
16189.
Il l'eût certe occise sans peine
Si l'écu fût de simple chêne.
Danger à Franchise.
Je vous crus, dit-il, autrefois,
Et mal m'en échut, je le vois,
Sale dame, garce avérée,
Ribaude à la langue dorée.
Par vous j'ai souffert le baiser
Pour le libertin apaiser;
Fol je fus d'être débonnaire,
Le diable seul me le fit faire.
Par la chair Dieu! mal vous a pris
D'avoir tel assaut entrepris,
Car vous allez perdre la vie.16159.
L'Auteur.
Et la belle merci lui crie,
Pour Dieu, qu'il l'épargne un instant,
Puisque ne peut aller avant.
Et le vilain branle la hure,
Tempête et par tous les saints jure
Qu'il l'occira sans nul répit.
Moult en a Pitié grand dépit,
Et pour secourir son amie
Au vilain court toute transie.
Pitié, au cœur doux et bénin,
En guise d'épée, à la main
Tenait une miséricorde
Qui toujours de larmes déborde.
Ce glaive, si l'auteur ne ment,
Percerait la pierre d'aimant[109]
16033.
Por qu'ele fust bien de li pointe,
Car ele a trop aguë pointe;
Ses escus ert d'alegement,
Tous bordés de gemissement,
Plains de sopirs et de complaintes.
Pitié, qui plorait lermes maintes,
Point le vilain de toutes pars,
Qui se deffent comme liépars.
Mès quant ele ot bien arousé
De lermes l'ort vilain housé,
Si le convint amoloier:
Vis li fu qu'il déust noier
En ung fleuve tous estordis.
Onques mès par faiz ne par dis
Ne lu si durement hurtés;
Du tout defailloit sa durtés,
Fiébles et vains tremble et chancele,
Foïr s'en volt, Honte l'apele.
Honte.
Dangier, Dangier, vilains provés,
Se recréans estes trovés,
Que Bel-Acueil puist eschaper,
Vous nous ferés tous atraper;
Qu'il baillera tantost la Rose
Que nous tenons céans enclose;
Et tant vous di-ge bien sans faille,
S'il as gloutons la Rose baille,
Sachiés qu'ele en porra tost estre
Blesmie ou pâle, ou mole ou flestre.
Et si me repuis bien vanter,
Tex vent porroit céans venter,
Se l'entrée trovoit overte,
Dont aurions damage et perte;
16217.
Pour peu qu'elle en fût effleurée,
Tant la pointe en est acérée,
Écu portait d'allégements
Tout bordé de gémissements,
Plein de soupirs et de complaintes.
Pitié, qui pleurait larmes maintes,
Perce le fol de part en part
Qui se défend en léopard.
Mais du vilain botté les armes
Quand elle eut baigné de ses larmes,
Il sentit son cœur délayer
Et pensa qu'il s'allait noyer,
Tout étourdi, dedans un fleuve.
Onc il ne fut à telle épreuve
Ni tant par dits et faits heurté,
Tout défaillait sa dureté.
Faible et vain, il tremble et chancelle,
Et veut s'enfuir. Honte l'appelle.
Honte.
Danger, Danger, vilain prouvé,
Je ne vous ai jamais trouvé
Si lâche, il faut que je le dise;
Or si par votre couardise
Bel-Accueil se peut échapper
Vous nous ferez tous attraper,
Car il emportera la Rose
Que nous tenons céans enclose
Et aux gloutons la baillera,
Qui tantôt s'étiolera,
Et tretoute pâle et blémie
Se flétrira, n'en doutez mie.
Or je prévois, sans me vanter,
Que tel vent peut céans venter,
16065.
Ou que trop la graine esmovroit,
Ou qu'autre graine i aplovroit
Dont la Rose seroit chargiée.
Dieu doint que tel graine n'i chiée!
Trop nous en pourroit meschéoir:
Car, ains qu'ele en poïst chéoir,
Tost en porroit, sans resortir,
La Rose du tout amortir;
Ou se d'amortir eschapoit,
Et li vens tex cops i frapoit
Que les graines s'entremellassent,
Que de lor fez la flor grevassent,
Que des foilles, en son descendre,
Féist aucune où que soit fendre,
Et par la fente de la foille
(Laquel chose jà Diex ne voille!)
Parust desous li vers boutons[110],
L'en diroit par tout que gloutons
L'auroient tenuë en saisine.
Nous en aurions la haïne
Jalousie qui le sauroit,
Qui du savoir tel duel auroit
Qu'à mort en serions livré;
Maufez vous ont si enivré.
L'Acteur.
Dangier crie: Secors! secors!
Atant es-vous Honte le cors
Vient à Pitié, si la menace,
Qui trop redoute sa menace.
16249.
Dont nous aurons dommage et perte,
Si notre porte il trouve ouverte;
Car trop la graine secoûra
Ou d'autre graine y sèmera,
Qui trop surchargera la Rose.
Dieu nous garde de telle chose!
Trop de mal nous pourrait échoir,
Car cette graine, avant de choir,
Sans sortir même de la Rose,
Pourrait de sa mort être cause.
Et quand la mort l'épargnerait,
Si le vent tels coups y frappait
Que les graines s'entremêlassent
Et de leur faix la fleur grevassent,
Ou faisait du choc, par hasard,
Fendre une feuille quelque part:
S'il advenait (Dieu ne le veuille!),
Que par la fente de la feuille
Apparût le vermeil bouton[110b],
On dirait partout que glouton
L'aurait possédée et flétrie.
Nous en aurions de Jalousie
La haine, qui bien le saurait
Et tel deuil en ressentirait,
Qu'il nous faudrait cesser de vivre.
C'est le diable qui vous enivre!
L'Auteur.
Secours! secours! hurle Danger.
Honte alors de Pitié charger
En toute hâte, la menace
Et l'effrayant de sa menace:
Honte.
16093.
Trop avés, dist-ele, vescu,
Ge vous froisserai cest escu,
Vous en gerrés encui par terre:
Mal empréistes ceste guerre.
L'Acteur.
Honte porte une grant espée
Clere, bien faite et bien trempée,
Qu'ele forgea douteusement
De soussi, d'aparçoivement.
Fort targe avoit qui fu nommée
Doute de male-renommée:
De tel fust l'avoit-ele faite,
Mainte langue ot au bort portraite.
Pitié fiert si que trop la ruse,
Près que ne la rendi confuse;
Atant i est venus Deliz[111],
Biaus bachelers frans et esliz[112].
Cil fist à Honte une envaïe;
Espée avoit de plesant vie,
Escu d'aise (dont point n'avoie),
Bordé de solas et de joie.
Honte fiert; mès ele se targe
Si resnablement de sa targe,
Conques li cops ne li greva,
Et Honte requerre le va,
Si fiert Délit par tel angoisse,
Que sor le chief l'escu li froisse,
Et l'abat jus tout estendu.
Jusqu'as dens l'éust porfendu,
Quant Diex amene ung bacheler
Que l'en apele Bien-Celer.
16279.
Honte.
Trop avez, dit-elle, vécu;
Je vous froisserai cet écu
Et vous renverserai par terre.
Malheur à vous qui cette guerre
Entreprîtes si follement.
L'Auteur.
Honte brandissait fièrement
En sa main une longue épée,
Claire, bien faite et bien trempée,
Qu'elle forgea secrètement
De vigilance et de tourment.
Grand' targe avait qui fut nommée
Crainte de male-renommée,
C'est de ce bois qu'elle la fit,
Et mainte langue au bord peignit.
Si fort elle frappe en la tête
Pitié, que confuse l'arrête.
Mais Désir accourt aussitôt[111b],
Beau, franc et gentil jouvenceau[112b];
A Honte il pousse en grand' furie.
Glaive avait de plaisante vie
Écu d'aise (que je n'ai pas)
Bordé de joie et de soulas.
Honte il frappe; mais elle lève
Si bien sa targe, que le glaive
Arrêté point ne la greva,
Et Honte à son tour à lui va
Et le frappe par telle angoisse,
Que sur son chef l'écu lui froisse,
L'abat sur la terre étendu,
Et jusqu'aux dents l'eût pourfendu,
16123.
Bien-Celer fut moult bon guerriers,
Sages et veziés, et fiers;
En sa main une coie espée
Ainsinc cum de langue copée.
Si la brandist sans faire noise,
Qu'en ne l'oïst pas d'une toise,
Qu'el ne rent son, ne resbondie,
Jà si fort ne sera brandie.
Ses escus ert de leu-repost,
Onques geline en tel ne post,
Bordé de séures alées,
Et de revenuës celées:
Hauce l'espée, et puis fiert Honte
Tel cop, qu'à poi qu'il ne l'afronte;
Honte en fu tretoute estourdie.
Bien-Celer.
Honte, dit-il, jà Jalousie
La dolereuse, la chetive,
Ne le saura jor qu'ele vive;
Bien vous en asséureroie,
Et de ma main fianceroie;
S'en feroie cent seremens,
N'est-ce grans asséuremens?
Puis que Male-Bouche est tués,
Prise estes: ne vous remués.
16309.
Si Dieu céans n'eût un jeune homme
Conduit, que Bien-Celer on nomme.
Bien-Celer, le vaillant guerrier
Tenait, adroit et sage, et fier,
En main une paisible épée
Semblant une langue coupée.
Sans nul bruit faire il la brandit,
D'une toise on ne l'entendit;
Elle ne siffle ni résonne,
Il n'en est pourtant de si bonne.
Sa targe est de refuge-bon
(Poule en lieu plus secret ne pond),
Tout bordé de sûres allées
Et de retraites moult celées.
Honte il frappe d'un si grand coup
Qu'il lui brise presque le cou.
Honte en fut tiretoute étourdie.
Bien-Celer.
Honte, lui dit-il, Jalousie
L'amère, la chétive, jamais,
Haut la main, je le jurerais,
Ne le saura quoi qu'il arrive,
Si longtemps voire qu'elle vive,
J'en ferais serments plus de cent.
Puisqu'est dans les fossés gisant
Malebouche mort, sans feintise,
Ne bougez plus, vous êtes prise.
LXXXV
16147.
Comment Bien-Celer si surmonte
En soy combatant dame Honte;
Et puis Paour et Hardement
Se combatent moult fierement.
Honte ne set à ce que dire.
Paor saut toute plaine d'ire,
Qui trop soloit estre coarde:
Honte sa cousine regarde,
Et quant si la vit entreprise,
S'à la main a l'espée mise
Qui trop ert trenchant malement.
Souspeçon d'emboffissement
Ot non, car de ce l'avoit faite.
Et quant el l'ot du fuerre traite,
Plus fut clere que nul beril[113].
Escu de dote de péril,
Bordé de travail et de paine
Ot Paor, qui forment se paine
De bien-Celer tout detrenchier
Por sa cousine revenchier,
Le va sor son escu ferir
Tel cop, qu'il ne le pot garir;
Tretous estourdis chancela.
Adonc Hardement apela:
Cil saut: car s'ele recovrast
L'autre cop, malement ovrast.
Mort fust Bien-Celer sans retor,
S'el li donnast ung autre tor.
Hardement fut preus et hardis,
En apert par faiz et par dis:
LXXXV
16335.
Comment Bien-Celer ci surmonte
Après dur combat dame Honte,
Peur et Courage également
Se combattent moult fièrement.
Honte à cela ne sait que dire.
Mais Peur bondit bouillante d'ire,
D'ordinaire au cœur si couard.
Honte à sa sœur lance un regard,
Et quand Peur en telle équipée
La voit, met à la main l'épée
Tranchante à donner le frisson.
Soupçon d'orgueil elle avait nom,
Puisque fut de ce métal faite;
Et du fourreau quand fut extraite
Plus brillante était qu'un béril[113b].
Ecu de crainte de péril
Bordé de travail et de peine
Peur avait; lors à grande haleine
Elle veut pourfendre et trancher
Bien-Celer, pour sa sœur venger.
Elle frappe de telle force
Qu'en vain s'en parer il s'efforce
Et chancelle tout étourdi.
Lors Courage il appelle à lui
Qui s'élance, car trop redoute
Qu'à ce coup Peur un autre ajoute.
Bien-Celer sans retour fût mort,
Si Peur l'eût pu frapper encor.
Lame avait bonne et bien fournie
De l'acier de forcennerie
16177.
Espée ot bonne et bien forbie
De l'acier de forsenerie;
Ses escus ert moult renommés,
Despit de mort estoit nommés;
Bordés fu d'abandonnement
A tous periz. Trop folement
Vient à Paor, si li aesme
Por li ferir grand cop et pesme.
Le cop lest corre, et el se cuevre,
Car el savoit assés de l'uevre
Qui afiert à ceste escremie.
Bien s'est de ce cop escremie,
Puis le fiert ung cop si pesant,
Qu'el l'abat à terre gisant,
Conques escus nel' garanti.
Quant Hardement jus se senti,
Jointes mains li requiert et prie
Por Diex que ne l'occie mie;
Et Paor dit que si fera.
Ci escrie Seurtez Honte.
Dist Séurtés: Ce que sera,
Par Diex, Paor, ici morrés,
Faites au pis que vous porrés.
Vous soliés avoir les fievres
Cent tens plus coardes que lievres:
Or estes desacoardie,
Déables vous font si hardie
Que vous prenés à Hardement
Qui trop aime tornoiement,
Et tant en set, s'il i pensot,
Conques nul plus de li n'en sot;
N'onc mès puis que terre marchastes,
Fors en ce cas ne tornoiastes.
16365.
Courage, le hardi, le preux,
Par faits et dits audacieux.
Sa targe était moult renommée;
Mépris de mort était nommée.
Bordure avait d'ébattement
En tous périls. Trop follement
Sur Peur il s'élance, et terrible
Un coup lui porte irrésistible.
Peur l'attend, et d'un geste prompt
Se couvre, qui connaît à fond
D'escrime toute la science,
Et le coup pare d'assurance,
Puis riposte un coup si pesant,
Qu'à terre elle l'abat gisant.
Ecu n'est qui tenir y puisse.
Courage étendu dans la lice
La prie et requiert jointes mains
De l'épargner par tous les saints,
Peur dit: Non, vous perdrez la vie.
Ci crie Sûreté à Honte.
Mais soudain Sûreté s'écrie:
Par Dieu, c'est vous, Peur, qui mourrez,
Faites du mieux que vous pourrez.
Autrefois vous aviez les fièvres
Cent fois plus couardes que lièvres;
Or vous êtes brave à présent,
Et c'est le diable assurément
Qui vous a soufflé telle rage
D'oser tenir tête à Courage,
Car tant il aime les tournois
Et tant est fort que nul, je crois,
De lui ne saurait être maître.
Or c'est la seule fois peut-être,
16209.
N'en savés faire aillors les tors;
Aillors en tous autres estors
Vous fuiés, ou vous vous rendés,
Vous qui ici vous deffendés.
Avec Cacus vous enfoïstes[114],
Quant Hercules venir véistes
Le cors, à son col sa maçuë;
Vous fustes lors toute esperduë,
Et li méistes ès piez eles,
Qu'il n'avoit onques éu teles,
Por ce que Cacus ot emblés
Ses bués, et les ot assemblés
En son recept qui moult fu lons,
Par les queuës à reculons,
Que la trace ne fust trovée.
Là fu vostre force esprovée;
Là monstrates-vous bien sans faille
Que riens ne valés en bataille;
Et puisque hanté ne l'avés,
Petit ou noiant en savés.
Si vous estuet non pas deffendre,
Mès foïr, ou vos armes rendre;
Ou chier vous estuet comparer
Qu'à li vous osés comparer.
L'Acteur.
Séurtés ot l'espée dure
De fuite de trestoute cure;
Escu de pez, bon sans doutance,
Tretout bordé de concordance.
Paor fiert, occire la cuide;
En soi covrir met son estuide
16397.
Depuis que sur vos pieds marchez,
Que contre lui vous revanchez.
Ailleurs vous êtes moins farouche;
Ailleurs, à la moindre escarmouche,
Vous fuyez ou vous vous rendez,
Vous ici qui vous défendez.
Avec Cacus vous vous enfuîtes[114b],
Quand en grand'hâte venir vîtes
Hercule la massue au col;
Tous deux vous prîtes votre vol
(Car aux pieds lui mîtes des ailes
Comme il n'en eut oncques de telles),
Quand eût Cacus les bœufs volés
D'Hercule et les eût rassemblés
Dans sa caverne d'une lieue
Longue, les tirant par la queue,
Pour qu'on ne pût suivre leurs pas.
Là fut éprouvé votre bras,
Là vous montrâtes bien, ma chère,
Ce que vous valez à la guerre,
Et puisqu'ainsi troublé l'avez,
C'est que rien autre ne savez
Sinon fuir ou vos armes rendre,
Oncques ne sûtes vous défendre.
Or donc, vous allez cher payer
D'oser ainsi nous guerroyer.
L'Auteur.
Sûreté portait bonne épée
De prudence et de soin trempée,
Ecu de paix dont tout le bord
Était garni de bon accord.
Peur elle frappe et croit l'occire;
Mais Peur veille, et sans un mot dire
16239.
Paor, et l'escu giete encontre,
Qui sainement le cop encontre;
Si ne li greva de noiant,
Le cop chiet jus en glaçoiant,
Et Paor tel cop li redonne
Sor l'escu, que toute l'estonne;
Moult s'en faut poi que ne l'afole;
S'espée et ses escus li vole
Des poins, tant i a fort hurté.
LXXXVI
Comment Paour et Seureté
Ont par bataille fort heurté;
Et les autres pareillement
S'entreheurtent subtilement.
Savés que fist lors Séurté,
Por donner as autres exemples?
Paor saisit parmi les temples,
Et Paor li, si s'entretiennent,
Et tuit li autre s'entreviennent.
Li uns se lie à l'autre et cople,
Onc en estor ne vi tel cople.
Si renforça li chapléis,
Là rot si fort trupignéis,
C'onques en nul tornoiement
N'ot de cops itel paiement.
Tornent de çà, tornent de là,
Chascuns sa menie apela;
Tuit i acorent pesle mesle,
Onc plus espès ne noif, ne gresle
16429.
Leve l'écu pour se couvrir,
Et le glaive, sans la férir,
Rencontre la surface lisse,
Puis vers la terre en tombant glisse.
Contre Sûreté Peur brandit
Son glaive et du coup l'étourdit.
Moult peu s'en faut qu'elle n'immole
Son ennemi, dont soudain vole
Des poings l'épée avec l'écu,
Qui du choc est tout pourfendu.
LXXXVI
Comment ont Peur et Sûreté
Par bataille ensemble heurté,
Et tous les autres s'entr'assaillent
Et tous subtilement bataillent.
Or que fit dame Sûreté,
Pour donner de la fermeté
L'exemple? Alors Peur elle embrasse
Par les tempes, et Peur l'enlace
Et s'entretiennent toutes deux
Et les autres à qui mieux mieux.
Onc ne vis en combat tel couple;
L'un l'autre se lie et s'accouple,
Et tel est leur acharnement,
Cliquetis et trépignement,
Que ne fut de coups telle rage
Onc en tournois, ni tel carnage.
Tournant de ci, tournant de là,
Chaque chef sa suite appela;
Tous accoururent pêle-mêle.
Oncques plus épais neige ou grêle
16267.
Ne vi voler, que li cop volent;
Tuit se derompent et afolent.
Onques ne furent tex mellées
De tant de gens ainsinc mellées.
Mès ne vous en mentirai jà,
L'ost qui le chastel asseja,
En avoit adès le pior:
Li diex d'Amors ot grant paor
Que sa gent n'i fust toute occise.
Sa mere mande par Franchise
Et par Douz-Regart, qu'ele viengne,
Que nul essoingne ne la tiengne,
Et prist trives endementiers,
Entor huit jors, ou dix entiers,
Ou plus, ou mains, jà recité
Ne vous en iert certaineté.
Voir à tous jors fussent-els prises,
S'à tous jors les éust requises,
Comment qu'il fust d'eles casser,
Qui que les déust trespasser.
Mais se son meillor i séust,
Jà trives prises n'i éust;
Et se li Portier ne cuidassent
Que li autre ne les cassassent,
Puis que fussent abandonnées,
Jà ne fussent espoir données
De bon cuer, ains s'en corroçassent,
Quelque semblant qu'il en monstrassent[115]:
Ne jà trive n'i éust prise,
Se Venus s'en fust entremise;
Mès sans faille il le convint faire.
Ung poi s'estuet arriere traire,
Ou por trive, ou por quelque fuite,
Trestoutes les fois que l'en luite
16459.
Ne vis voler que drus les coups,
A l'envi se pourfendent tous;
Oncques ne vis telles mêlées
De bonnes gens ainsi mêlées.
Mais, las! à ne vous point mentir,
L'ost accouru pour assaillir
Le fort castel de Jalousie
Certe avait la pire partie.
Un instant même Dieu d'Amour
Trembla que sa gent en ce jour
Tout entière n'y fût occise.
Sa mère il mande, par Franchise
Et par Doux-Regard, d'accourir
Sans que rien la pût retenir.
Cependant on prit une trêve
De huit ou dix jours, ou plus brève
Ou plus longue, je ne le sais,
Et nul ne le saura jamais.
Pour toujours trêve eût été prise
Si pour toujours on l'eût requise,
Dût l'un ou l'autre la casser
Et sa parole outrepasser.
Car Amour, le combat propice,
N'eût point accepté d'armistice,
Comme eux, s'ils eussent pu penser
Qu'Amour dût la trêve casser
Et qu'elle fût abandonnée,
Les portiers ne l'eussent donnée
De bon cœur, sans nul contredit,
Quoiqu'ils celassent leur dépit[115b].
Trêve non plus n'eût été prise
Si Vénus se fût entremise;
Mais il le faut bon gré mal gré.
L'ost s'est arrière un peu tiré
16301.
A tel qu'en ne puet sormonter,
Tant qu'en le puisse miex donter.
LXXXVII
Comment les messagiers de l'ost
D'Amours, chascun de cuers devost,
Vindrent à Venus, pour secours
Avoir en l'ost au dieu d'Amours.
De l'ost se partent li message
Qui tant ont erré comme sage,
Qu'il sunt à Citeron venu:
Là sunt à grant honor tenu.
Citeron est une montaigne
Dedens ung bois en une plaigne,
Si haute, que nule arbaleste,
Tant soit fort ne de traire preste,
N'i trairoit ne bojon, ne vire.
Venus qui les dames espire,
Fist là son principal manoir,
Principaument volt là manoir;
Mès se tout l'estre descrivoie,
Espoir trop vous ennoieroie,
Et si me porroie lasser,
Pour ce m'en voil briefment passer.
Venus s'iert où bois devalée
Por chacier en une valée[116]:
Li biaus Adonis ert o li,
Ses douz amis au cuer joli;
Ung petitet ert enfantis,
A chacier où bois ententis.
16493.
Comme le soir fait une armée
Qui, luttant toute la journée,
N'a pu l'ennemi surmonter,
Pour mieux ensuite le dompter.
LXXXVII
Comment les messagers agiles
D'Amour, ambassadeurs habiles,
A Vénus vinrent pour secours
Quérir à l'ost du Dieu d'Amours,
De l'ost, munis de leurs messages,
Ils s'orientent comme sages
Et sont à Cythère venus,
Là sont en grand honneur tenus.
Cythère se dresse sereine
Dedans un bois sur une plaine,
Si haut, que nul arc, tant soit-il
Grand et fort et l'archer subtil,
N'y lancerait carreau ni flèche.
Vénus, qui toutes dames prêche,
De ce manoir toujours fleuri
A fait son séjour favori.
Si j'en voulais peindre tout l'être,
Trop vous ennuîrais-je peut-être
Et m'en pourrais vite lasser;
Je vais donc brèvement passer.
Vénus était au bois allée
Pour chasser en une vallée[116b];
Avec elle était Adonis,
Le plus cher de tous ses amis.
Chasseur alerte, infatigable,
De cœur aimant autant qu'aimable,
16329.
Enfès iert, jones et venans,
Mès moult iert biaus et avenans:
Midis estoit pieçà passés,
Chascuns ert de chacier lassés.
Sous ung poplier en l'erbe estoient
Jouste ung vivier où s'ombroioient:
Li chien qui las de corre furent,
Tesgans où ru du vivier burent.
Lor darz, lor arz et lor cuirées
Orent delez eus apoiées:
Jolivement se déduisoient,
Et les oisillons escoutoient
Par ces rainsiaus tout environ.
Après lor gieux, en son giron
Venus embracié le tenoit,
Et en baisant li aprenoit
De chacier où bois la maniere,
Si cum ele en iert coustumiere.
LXXXVIII
Comment Venus à Adonis,
Qui estoit sur tous ses amis,
Deffendoit qu'en nulle maniere
N'allast chasser à beste fiere.
Amis, quant vostre mute iert preste,
Et vous irés querant la beste,
Chaciés la, puis qu'el torne en fuie;
Se vous trovés beste qui fuie,
Corés après hardiement;
Mès contre ceus qui fierement
16523.
C'était un bel adolescent,
Joli, gracieux, avenant.
De midi l'heure était passée;
Vénus de la chasse lassée,
Avec lui, sous un peuplier,
Sur le gazon, près d'un vivier
Riant, goûtait le frais et l'ombre
Dans ce réduit charmant et sombre.
Près d'eux leur carquois et leurs dards
Avec leur arc gisaient épars.
Haletants d'une longue course,
Les chiens buvaient l'eau de la source,
Et chacun gaîment se jouait
Et les oisillons écoutait
Sur les rameaux du voisinage.
Puis cessant leur doux badinage,
Vénus sur son sein le pressait,
Et le baisant, lui apprenait
De chasser au bois la manière,
Comme elle en était coutumière.
LXXXVIII
Ci Vénus au bel Adonis,
Le plus cher de tous ses amis,
Défend en aucune manière
De poursuivre bête trop fière.
Ami, votre meute lâchant,
Quand vous irez bête cherchant,
Attaquez-la pour qu'elle fuie,
Et la béte une fois partie
Suivez-la de près hardiment.
Mais s'il en est qui fièrement
16357.
Metent à deffense lor cors,
Ne soit jà torné vostre cors.
Coars soiés et pareceus
Contre hardis; car contre ceus
Où cuers hardis sunt ahurté,
Nul hardement n'a séurté,
Ains fait perilleuse bataille,
Hardi quant à hardi bataille.
Cerz et biches, chevriaus et chievres,
Rengiers et dains, connins et lievres,
Ceus voil-ge bien que vous chaciés,
En tel chasse vous solaciés.
Ours, leus, lions, sanglers deffens
Ne chaciés pas sor mon deffens:
Car tex bestes qui se deffendent,
Les chiens occient et porfendent,
Et font les vénéors méesmes
Moult sovent faillir à lor esmes;
Maint en ont occis et navré.
Jamès de vous joie n'auré,
Ains m'en pesera malement,
Se vous le faites autrement.
Ainsinc Venus le chastioit,
En chastiant moult li prioit
Que du chasti li sovenist
Où qu'il onques chacier venist.
Adonis, qui petit prisoit
Ce que s'amie li disoit,
Fust à mençonge, fust à voir,
Tout otroioit por pez avoir,
Qu'il ne prisoit riens le chasti;
Poi vaut quanque cele a basti.
16553.
Aux chasseurs veuille tenir tête,.
Abandonnez plutôt la bête.
Couard soyez et paresseux
Contre hardi; car contre ceux
Qui sont pleins d'ardeur et de rage
Souvent est vain notre courage
Et périlleux est le combat,
Hardi lorsque hardi combat.
Biches et cerfs, chevreuils et chèvres,
Rennes et daims, lapins et lièvres,
Je veux bien que ceux-là chassiez
Et de tels jeux vous délassiez.
Mais, ami, je vous en conjure,
Sangliers à la puissante hure,
Ours et loups, lions dévorants
Ne chassez pas, je le défends.
Car ces bêtes, quand se défendent,
Les chiens occisent et pourfendent,
Et souvent même le chasseur
Est victime de leur fureur.
Maint fut navré de mort affreuse:
Je ne serai jamais heureuse,
Mais inquiète malement
Si vous agissez autrement.
Ainsi Vénus son ami tance,
Le priant d'avoir souvenance
De la leçon qu'elle lui fait
Quand il courra par la forêt.
Adonis, qui peu se soucie
De tout ce que lui dit sa mie,
Qui, faux ou vrai, ne veut rien voir,
Tout accorde pour paix avoir,
Mais ses dits ne prise une paille.
En vain la belle se travaille.
16389.
Chastit-le tant cum el vorra,
S'el s'en part, jamès nel' verra.
Ne la crut pas, puis en morut;
C'onc Venus ne l'en secorut,
Qu'ele n'i estoit pas presente,
Puis le plora moult la dolente;
Qu'il chaça puis à un sangler
Qu'il cuida prendre et estrangler;
Mès nel' prist ne ne destrencha,
Car li sanglers se revencha
Cum fiere et orguilleuse beste.
Contre Adonis escout la teste,
Ses dens en l'aine li flati,
Son groing estort, mort l'abati.
Biau seignor, que qu'il vous aviengne,
De cest exemple vous soviengne:
Vous qui ne créés vos amies,
Sachiés, vous faites grans folies;
Bien les déussiés toutes croire,
Car lor dit sunt voir cum istoire.
S'el jurent, toutes sommes vostres,
Créés les comme paternostres;
Jà d'eus croire ne recréés,
Se Raison vient, point n'en créés;
S'el vous aportoit crucefiz,
Nel' créés point ne que ge fiz.
Se cist s'amie éust créuë,
Moult éust sa vie acréuë.
L'ung se jouë à l'autre et déduit
Quant lor plest; après lor déduit
A Citeron sunt retorné:
Cil qui n'ierent pas sejorné,
Ainçois que Venus se despuille,
Li content de fil en aguille
16587.
Qu'elle parle autant que voudra,
Absente oncques rien n'en verra.
Il mourut n'ayant cru sa mie.
Vénus ne put sauver sa vie,
Car elle était loin ce jour-là,
Et moult dolente le pleura.
Il chassait un vieux solitaire
Un jour, qu'il crut prendre et défaire;
Mais il ne le prit ni trancha,
Car le sanglier se revancha
En fière et orgueilleuse bête.
Contre Adonis levant la tête,
De ses dents l'aine il lui fendit
Et du grouin mort l'abattit.
Beaux seigneurs donc, quoi qu'il advienne,
De cet exemple vous souvienne,
Vous qui vos belles ne croyez,
C'est mal à vous, ne l'oubliez,
Car vous devez toutes les croire;
Leurs dits sont vrais comme l'histoire.
Si Raison vient, ne l'écoutez,
A les croire oncques n'hésitez.
S'elles disent: Nous sommes vôtres,
Croyez-les comme patenôtres;
Mais l'autre, eût-elle un crucifix,
Ne croyez pas plus que ne fis.
Car enfin, s'il eût cru sa mie,
Combien eût-il accru sa vie!
L'un l'autre ils se sont caressés
Tout à loisir; leurs jeux cessés,
Ils s'en retournent à Cythère.
Lors, sans attendre que la mère
D'Amour se vêtît à nouveau,
De fil en aiguille aussitôt
16423.
Tretout quanque lor appartint.
Par foi, ce dist Venus, mal tint
Jalousie chastel ne case
Contre mon fiz: se tout n'embrase
Les Portiers et tout lor ator,
Ou les clez rendront de la tor,
Ge ne doi prisier ung landon[117]
Moi, ne mon arc, ne mon brandon.
LXXXIX
Comment huit jeunes colombeaux
En ung char qui fut riche et beaux,
Mainent Venus en l'ost d'Amours,
Pour luy faire hatif secours.
Lors fist sa mesnie apeler;
Son char commande à ateler,
Qu'el ne volt pas marchier les boës.
Biaus fu li chars à quatre roës,
D'or et de pelles estelés:
En leu de chevaus atelés
Ot es limons huit colombiaus
Pris en son colombier moult biaus;
Toute lor chose ont aprestée.
Adonc est en son char montée
Venus qui Chastéé guerroie.
Nus des colons ne se desroie,
Lor esles batent, si s'en partent,
L'air devant eus rompent et partent,
Viennent en l'ost. Venus venuë
Tost est de son char descenduë.
Contre li saillent à grant feste
Son filz premiers, qui par sa heste
16621.
Les courriers content leur affaire.
Jalousie, oh! tu as beau faire,
Dit Vénus, castel ni maison
Contre mon fils n'aura raison.
Si les portiers et tout n'embrase,
Si la tour ne prends ou ne rase,
Je ne dois priser un lardon[117b]
Moi, ni mon arc, ni mon brandon.
LXXXIX
Comment huit jeunes colombeaux
En son char riche et des plus beaux
Vénus en l'ost d'Amour transportent
A qui secours en hâte apportent.
Sa suite lors fit appeler
Vénus et son char atteler,
Ne voulant marcher par les boues.
C'est un beau char à quatre roues
D'or et de perles étoilé,
Au lieu de chevaux attelé
De huit belles colombes grises
Qu'on a dans son colombier prises.
En moins d'un instant tout est prêt,
Et vite en un beau char se met
Vénus qui chasteté guerroie.
Les oiseaux connaissent la voie,
Fendent l'air, des ailes battant,
Et tout droit arrivent au camp
A tire d'aile. Vénus venue
Tôt de son char est descendue.
Son fils au devant d'elle accourt
Le premier, qui ce même jour
16453.
Avoit jà les trives cassées,
Ainçois que fussent trespassées.
C'onques n'i garda convenance
De serement, ne de fiance.
XC
C'est l'assault devant le chastel,
Si grant que pieça n'y eut tel:
Mais Amours, ne sa compaignie
A ceste foys ne l'eurent mie;
Car ceulx de dedans résistance
Luy firent par leur grant puissance.
Formant à guerroier entendent,
Cist assaillent, cil se deffendent;
Cil drecent au chastel perrieres,
Grans cailloux de pesans perrieres
Por les murs rompre lor envoient;
Et li Portiers les murs hordoient
De fors cloies refuséices[118]
Tissues de verges pléices,
Qu'il orent par grans estoties
En la haie Dangier coillies;
Et cist sajetes barbelées,
De grans promesses empennées,
Que de servises, que de dons,
Por tost avoir lor guerredons,
(Car il n'i entra onques fust
Qui tout de promesses ne fust
D'un fer ferrées fermement
De fiance et de serement),
Traient sor eus, et cil se targent,
Qui de deffendre ne s'atargent:
16651.
Avait la trève outrepassée
Avant que ne fût trépassée.
Car il ne sut oncques longtemps
Garder sa foi ni ses serments.
XC
C'est l'assaut devant le castel
Si grand que ne fut oncques tel;
Mais Amour et sa compagnie
A cette fois ne l'eurent mie;
Car grand' résistance au dedans
Lui firent les portiers vaillants.
Lors tous à guerroyer entendent,
A l'envi frappent, se défendent.
Ceux de l'ost dressent les pierriers
Et gros cailloux, et gros quartiers
Pour les murs rompre leur envoient;
Mais les portiers devant déploient
Maints poteaux en bois de refus[118b]
Et de liens souples tissus,
Qu'ils avaient cueillis sur les haies
De Danger et dans ses futaies.
Et ceux de l'ost traits barbelés
De grand' promesses empennés,
De beaux dons et de prévenances,
Pour tôt avoir leurs récompenses
(Car nul trait n'avaient dont le fût
De belles promesses ne fût
Et ferré d'une forte pointe
De fiance et de serments ointe),
Tirent sur eux; et les portiers
Se couvrent de leurs boucliers;
16483.
Car targes ont et fors et fîeres,
Ne trop pesans, ne trop legieres,
D'autel fust cum erent les claies
Que Dangier cuilloit en ses haies,
Si que traire riens n'i valoit.
Si cum la chose ainsinc aloit,
Amors vers sa mere se trait,
Tout son estat li a retrait,
Si li prie que le secore.
Venus.
Male-mort, dit-ele, m'acore,
Qui tantost me puist acorer,
Se ge jamès lais demorer
Chastéé en famé vivant,
Tant aut Jalousie estrivant!
Trop sovent en grant peine en sommes:
Biauz fiz, jurés ausinc des hommes,
Qu'il saudront tuit par vos sentiers.
Le dieu d'Amours.
Certes, ma dame, volentiers:
N'en ierent nesuns respité;
Jamès au mains par vérité
Ne seront prodomme clamé,
S'il n'aiment, ou s'il n'ont amé.
Grant dolor est que tex gens vivent
Qui les déduiz d'Amors eschivent,
Por qu'il les puissent maintenir;
A mal chief puissent-il venir!
Tant les hé, que se ges poïsse
Confondre, tuit les confondisse[119].