Vers 12056-12156. Guillaume de Saint-Amour, chanoine de Beauvais, prêcha contre l'hypocrisie des ecclésiastiques, et principalement des moines. (Du Haillan, Histoire de France.)
Floruit Guillelmus de Sancto-Amore, doctor Sorbonicus, qui scripsit contra ordines mendicantium. (Genebrardus in chronographia.)
«Ce docteur, qui vivoit en 1260, composa un traité sous le titre Des périls des derniers temps, pour la défense de l'Écriture et de l'Église, contre les périls qui menaçoient l'Église universelle, de la part des hypocrites et faux prédicateurs, se fourrant ès maisons, oiseux, curieux, vagabonds.» Cet ouvrage est divisé en quatre livres; il a pour but de rendre à l'Université de Paris la tranquillité qui avoit été troublée en 1243, par la doctrine des religieux mendians. Saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin y répondirent. Le pape Alexandre IV condamna le livre de Saint-Amour, De Periculis novissimorum temporum, où il déclame contre la pauvreté fictive des mendians; et ceux-ci remuèrent tant de ressorts, qu'ils le firent bannir du royaume. (Lantin de Damerey.)
Note 31, pages 114-115. [p.430]
Vers 12089-12189. Faussonniers et terminéours, que nous avons traduits par faux monnayeurs et banqueroutiers, adoptant l'opinion de Lantin de Damerey et de Méon. M. Francisque Michel veut voir une erreur dans cette interprétation, disant que faussonniers doit se traduire par commis des gabelles, et terminéours par arpenteurs. Sans prendre la défense de ces deux honorables corporations, dont la première surtout devait être peu sympathique au public, nous dirons d'abord que le sens de la phrase s'accommode mieux de la version de MM. Méon et Lantin de Damerey que de celle de M. Francisque Michel. Puis, après avoir étudié la question, nous avouerons que si le mot banqueroutier est trop moderne pour exprimer une idée du XIIe siècle, il se rapproche plus du sens probable qu'arpenteur.
En effet, pour bien comprendre un mot entièrement disparu de la langue, à défaut d'un texte précis ne laissant de place à aucun doute, il est d'usage de rechercher le sens primitif du mot.
Faussonnier, dit Du Cange, veut dire faux-monnayeur, comme faussonner, faire de la fausse-monnaie. Racine: falsare, falsoneria, falsus-saulnerius, falsonarius. Le sens primitif était faussaire, puis faux-monnayeur. Au mot Falsonarius, Du Cange cite une vieille charte où il est dit: Falsonarii et retonsores denariorum. Au mot Falsoneria, il cite cette phrase des Ordonnances royales de France, année 1388, tome VII, page 242, art. 26: «Sur les Fauçonneries qui se font dans lesdites monnoyes, etc.... Au mot FALSUS-SAULNERIUS, idem qui FÀLSONARIUS, nostris [p.431]alias FAUSSONNIER, il cite cette phrase des Édits de saint Louis, chap. 39: Dictus le Galoys falsus-saulnerius reputatus communiter erat faussoniers de monoyes. Puis au tome IV, page 396, des Ordonnances royales de France, année 1363, ces mots: Monnoyes d'or et d'argent faussonnées ... Le sens de faux-monnayeur est donc indiscutable pour faussonnier, et comme M. Francisque Michel se garde bien de donner aucune preuve à l'appui de sa version: commis des gabelles, nous n'avons pas cru devoir l'accepter.
Quant à terminéours, tiré du bas latin terminarius, suivant Du Cange, il s'écrivait indistinctement: termoieeur, termoieur, termineur, c'est-à-dire qui aliquod tenementum possidet ad terminum, d'où le mot termor, tenens ex termino. Terminéours signifieroit donc emprunteur à terme, débiteur, puis enfin banqueroutier, et les deux vers 12287 et 12288:
Ou se nus homme oultre mesure
Vent à TERME ou preste à usure ...
semblent consacrer le sens que donne Du Gange à terminéours. Pour être juste, nous devons dire que le bas latin terminator signifiait aussi: arpenteur, géomètre.
Quant au mot maiours, que nous avons traduit par guerriers, nous avouons avoir hésité longtemps. Nous avions primitivement adopté:
Maires, prévôts, baillis, archers ...
Mais le mot maire, maior, qui voulait dire chef, nous a paru, rapproché de bedeau (simple archer), signifier ici officier, comme bailli est opposé à prévost. Peut-être y doit-on voir tout fonctionnaire ou chef de service.
Note 32, pages 118-119. [p.432]
Vers 12140-12242. Béguines. Ce nom se donnoit aux filles d'une ancienne congrégation séculière établie en plusieurs lieux de Flandres, de Picardie et de Lorraine. Il y a des auteurs, au nombre desquels est le P. Thomassin, qui ont regardé les béguines comme des espèces de chanoinesses ou de bénéficières: Jehan de Meung paroît les prendre ici dans cette acception.
Du Cange le fait dériver de Begga, fille de Pepin de Landau, sur de sainte Gertrude, qui institua des religieuses nommées béguines. (Lantin de Damerey.)
Vers 12154-12256. Nous avons choisi la forme ironique pour notre traduction. Gaignons veut dire proprement: chiens.
Vers 12164-12264. Super cathedram Moysi sederunt Scribæ et Pharisæ. Omnia ergo quæcumque dixerint vobis, servate et facite; secundum opera vero eorum nolite facere: dicunt enim, et non faciunt. (Vers 2 et 3.)
Vers 12185-12187. Philatière, du mot philacterium; c'étoit un morceau de parchemin sur lequel étoient [p.433]écrits les préceptes du Décalogue. Les Pharisiens en portoient une bande sur le front, et l'autre sur le bras, pour avoir toujours présente la loi que Dieu avoit donnée à Moyse. Les philatières se nommoient aussi téphillins; il falloit bien des cérémonies pour les faire. Vigenere, dans son Traité des chiffres, a observé que lorsque les Juifs tuent un veau pour faire des téphillins, ils disent: «Je sacrifie ce veau ici en intention d'employer sa peau à en faire des téphillins.» Ils en disent autant quand ils donnent cette peau au corroyeur et à l'écrivain; mais cela ne se pratique que du côté de la chair, et non pas de celui du poil.
Pendant qu'ils le portent sur eux, ils n'approchent point des sépultures ni de leurs femmes, que premièrement ils n'aient bien serré leurs théphillins en de doubles boëtes, de peur de les polluer; car selon les traditions du Talmud, quiconque a le téphillin à son chef et au bras, et sur le sommier de sa porte, il se prépare comme une habitude à se contre-regarder du péché, suivant ce qui est écrit, «qu'une fisselle cordelée en trois est plus forte à rompre.»
Observant hodie Judei rigidè in tephillis suis, et in fronte et in armillarum loco ut sint litteræ, non plures in unâ lineâ quam in aliâ, et equaliter semper in omnibus: olim dilalabant super frontem ut essent conspicua, et hoc est quod reprehendit Christus dum dicit dilatare philacteria: tegunt illa hodie, veste et pileo, præsertim ne Christiani obripiant illa. (Hæc in Scaligerianis, littera T.)
Philatière ou philatire se prenoit aussi pour un reliquaire en forme de croix, dont les uns, plus grands, étoient conservés dans les églises, pour y être exposés à la vénération des fidèles, qui portoient les petits [p.434]pendus à leurs cols comme un préservatif contre toutes sortes d'accidens: on voit par là que la vertu de ces reliquaires les avoit fait nommer filatières, à cause du rapport qu'ils avoient en cela aux filatîères des Juifs. (Lantin de Damerey.)
Note 36, page 130.
Vers 12322. L'original porte savoit; c'est évidemment une erreur. Elle est reproduite par M. Francisque Michel.
Vers 12346-12450. Si je mets une note ici, cher lecteur, c'est uniquement pour vous permettre de souffler après une phrase pareille.
Vers 12347-12451. Tout ce passage, jusqu'au vers 12457-12559, a dû être rajouté après coup.
Vers 12362-12466. Évangile pardurable; voici ce que dit Henri-Étienne, au chap. 38 de l'Apologie d'Hérodote, de ce livre fameux, aujourd'hui complètement perdu:
«Les Jacobins et les Cordeliers, sur les mémoires de l'abbé Joachim et sur les visions d'un carme nommé Cyrille, firent un livre intitulé l'Évangile éternel, ou du Saint-Esprit, dont le but étoit de [p.435]prouver que l'état de grâce ne procédoit pas de la loi de l'Évangile, mais de la loi de l'esprit. C'est avec de telles armes que ces religieux mendians voulurent combattre l'hérésie des Vaudois ou pauvres de Lyon, dont fut auteur un Jean le Vauldois, qui vivoit en 1170. Alexandre IV, comme le raconte Platine, fit brûler l'Évangile pardurable. Guillaume de Saint-Amour, au nom de l'Université de Paris, s'éleva beaucoup contre cet ouvrage, que ses auteurs disoient être autant au-dessus de l'Évangile de Jésus-Christ que le soleil est supérieur à la lune par sa clarté.» (Lantin de Damerey.)
Vers 12368-12473. Il y avoit auprès de Notre-Dame une école qu'Abaylard appeloit Schola Parisiaca. Les écoliers en étoient devenus si nombreux, que les chanoines de Notre-Dame s'en trouvèrent incommodés, et en 1257, ces écoles, qui étoient au septentrion, furent transférées au midi, entre le palais épiscopal et l'Hôtel-Dieu. (Lantin de Damerey.)
Vers 12498-12600. Les Béguins étoient une espèce de moines qui étoient mariés; ils furent condamnés au concile de Cologne en 1260, et au concile général de Vienne en l'an 1311. On les appeloit aussi Béguards.(Lantin de Damerey.)
L'auteur semble parler de ces moines avant leur condamnation, avant 1260, si nous en jugeons par [p.436]les vers qui suivent, à moins d'admettre qu'il comprenne sous ce terme général tous les ordres plus ou moins mendiants, ce qui nous paraît vraisemblable. Dans tous les cas, la preuve ne serait pas suffisante pour faire remonter le Roman avant cette date. (P.M.)
Vers 12513-12617. Ce passage, entre crochets jusqu'au vers 12528-12632, est encore évidemment une intercalation.
Vers 12536-12640. Baillir voulait dire garder, d'où bien baillir, bien garder, et par extension bien traiter; mal baillir signifiait mal garder et mal traiter. Ainsi, aux vers 12227 et 11525, le sens n'est pas douteux; c'est bien: «mal gardé, en grand péril, perdu.» Maltraité ne se comprendrait pas.
Ici les deux interprétations se dressent en face l'une de l'autre avec un sens tout à fait différent. D'abord mal garder:
Aussi vous pourrai-je bien manquer (de parole)
Si vous me deviez mal garder.
D'autre part maltraiter:
Aussi pourrai-je bien vous tromper,
Quand même vous m'en devriez maltraiter,
ou bien encore:
S'il vous venait à l'idée de me maltraiter.
[p.437] Nous avons adopté la première version; le lecteur jugera si nous avons été bien inspiré. Une fois de plus, nous nous trouvons en désaccord avec M. Francisque Michel, qui adopte maltraiter.
Vers 12609-12716. Robe cameline. Camelin et cameline, espèce d'étoffe qui a pris son nom des poils de chameau qui entroient dans sa contexture. Il y avoit des camelins d'Amiens, de Cambrai. On lit dans une pièce qui a pour titre le Couronnement du Renart:
De vert de Gant, ne de Douay,
Ne des camelins de Cambray.
Robert Sorbon, reprochant à Joinville devant saint Louis qu'il étoit plus richement vêtu que le roy, il lui répondit: «Mestre Robert, salve vostre grâce, je ne foiz mie à blasmer se je me vest de vert et de vair, car cest habit me lessa mon père et ma mère; mès vous faites à blasmer, car vous estes filz de vilain et de vilaine, et avez lessié l'abit vostre pere et vostre mere, et estes vestu de plus riche camelin que le roy n'est.» (Histoire de saint Louis, par Joinville.) (Lantin de Damerey.)
Vers 12641-12749. «Un bourdon de larcin, plein de tristes pensers et de peines, une écharpe de soucis pleine, une potence de trahison, etc....»
Cette singulière manie d'introduire l'allégorie [p.438]jusque dans les descriptions était fort en vogue au moyen âge. Nous verrons tout à l'heure les combattants manier des armes fantastiques: «épées de miséricordes, lances de sanglots, écus de discrétion bordés de langues coupées, etc....» Il est curieux de mettre ici en parallèle un des plus célèbres poètes du XIIIe siècle avec nos deux compatriotes, le satirique Rutebœuf. Dans son poème la Voie de Paradis, il raconte qu'en songe il se dirigea vers le paradis. Il rencontre en chemin Pitié, sous les traits d'un homme qui le guide et lui conseille de se garder de ses ennemis: Avarice, Envie, Orgueil, etc.... Il les lui dépeint, ainsi que leur demeure. Disons tout d'abord que le poète normand est loin d'atteindre ses contemporains orléanais, quoique cependant il ne manque pas d'inspiration. Les portraits de Guillaume de Lorris sont à ceux de Rutebœuf ce qu'est «le soleil à la lune,» et la description de la maison d'Avarice ne saurait soutenir le parallèle avec celle de Fortune, dans la partie de Jehan de Meung. Rutebœuf commence ainsi sa description:
Du fondement de la meson
Vous di que tel ne vit mès hon.
Ung mur i a de félonie
Tout destrempé à vilonie;
Li sueil sunt de desesperance
Et li pommel de mescheance;
Li torchéis est de haïne, etc....
De même la nef de Renard le Novel dans le Roman de ce nom.
Li fons est de male pensée
Et s'est de traïson bordée,
Et clauwée de vilonnie,
Et de honte très bien poïe, etc....
[p.439]tandis que celle de Noble, le Lion, n'est construite que de bonne pensée, fine amour, courtoisie et mainte vertu.
Cet abus de l'allégorie se perpétua beaucoup plus longtemps qu'on ne pourrait le supposer, car nous voyons Cervantès encore, dans son Voyage au Parnasse, bâtir son navire fantastique de matériaux tout aussi fabuleux, tels qu'élégies, chansons, drames, odes, etc.
Vers 12702-12814. Menesterel, de manus et histrio, étymologie qui paroît plus sûre que celle de ministelli quasi parvi ministri, rapportée par Du Cange, Dissert. V sur l'histoire de saint Louis. On appeloit ainsi celui qui alloit jouer des instruments de musique, chanter des chansons ou donner des aubades à la porte de celle qu'il aimoit: ce nom est resté à tous ceux qui jouent de quelque instrument pour de l'argent; mais il n'y a plus que les violons de campagne à qui on le donne.
On faisoit anciennement grand cas des menestriers. On lit dans Froissard que le duc de Lancastre donna aux menestriers, qui avoient bien joué, cent nobles, et que le duc de Touraine donna, tant aux hérauts qu'aux menestriers, la somme de cinq cents livres, et qu'il les revêtit de draps d'or et fourrés de fin menu vair, lesquels draps furent estimés à 200 francs. (Lantin de Damerey.)
N'en déplaise à M. Lantin, c'est son adversaire qui est dans le vrai: ménestrel vient de ministerellus, diminutif de minister.(P.M.)
Vers 12703-12815. Barré. C'est le nom qu'on donnoit aux Carmes à leur arrivée en France, sous le règne de saint Louis, en 1259, à cause de la bigarrure de leurs habits noirs, jaunes et blancs. La rue où ils demeuroient autrefois à Paris a conservé le nom des Barres.
Ces religieux, dans la suite, quittèrent leur chape et leur manteau bigarrés, et prirent la chape blanche sur l'habit noir, qui fut changé en tanné par ceux qui embrassèrent la réforme en Espagne.
Ce manteau, si l'on en croit l'abbé Trithême, étoit de la même couleur que celui qui fut jeté à Elisée par le prophète Elie lorsqu'il fut enlevé dans un chariot de feu. (Traité de l'origine des noms, par La Roque, chap. 42.)(Lantin de Damerey.)
Vers 12705-12817.
Et sachent tuit li autres freres;
N'i a cil qui prodons n'apere.
M. Francisque Michel écrit: li autre frere.
Nous prions le lecteur de se reporter au Ve volume; il y verra quelles étaient les règles qui dominaient alors dans la déclinaison.
Nous nous contenterons de dire ici que la règle du pluriel le plus en usage au XIIIe siècle était que le sujet pluriel ne prenait pas l's, et que le régime le prenait toujours.
Partant de là, si nous adoptons l'orthographe de [p.441]Méon, «li autres frères» serait régime; dans l'autre cas, il devient sujet. Donc deux traductions se trouvent en présence:
1° Sachent, de sachier (tirer, exploiter): «Et qui exploitent tous les autres frères.»
2° Sachent, subj. de savoir: «Et que le sachent tous les autres frères.»
Nous nous sommes, tout en respectant l'orthographe de Méon, dont nous tenons à reproduire le texte exact, rangé à l'opinion de M. Francisque Michel. La rime, en effet, indique que frere doit s'écrire sans s. Or, bien que plusieurs fois nous nous heurtions à de pareilles licences, qui cependant ne rendent pas le sens douteux, nous reconnaissons qu'elles ne sont que des exceptions, et nous ne sommes pas obligé d'en voir une ici. La première traduction nous séduit cependant beaucoup plus que celle que nous avons adoptée; elle est tout à fait dans le goût de l'auteur et nous semble bien plus rationnelle ici.
Ajoutons que tuit (toti), était primitivement le sujet, et tous (totos) le régime. Deux vers plus haut, nous lisons:
Li Jacobin sunt tuit prodomme.
Note 49, page 164.
Vers 12852. Nous avons encore à signaler une singulière erreur de M. Francisque Michel. Pourquoi repousse-t-il ce vers après:
Por tant qu'il le puisse savoir...?
Il l'a fait, à nos yeux, sans rime ni raison.
Note 50, pages 172-173. [p.442]
Vers 12951-13071. A guersay. MM. Méon, Francisque Michel et Roquefort traduisent: Jersey. Pourquoi? nous nous le demandons. A guersay correspond exactement à notre: à tirelarigot. Quand les Anglais buvaient, le premier disait: vessail! (à votre santé), ou bien encore have! (salut), et l'autre répondait: guersai!
Guesseillier voulait dire boire outre mesure, comme le peuple dit: jusqu'à plus soif, à mort. Wassailer, en anglais, signifie ivrogne.
Vers 13046-13168. Faé, dont les fées se sont mêlées. Le peuple appeloit ainsi des femmes qui s'occupoient à faire des enchantemens et des charmes. Le Roman de Lancelot du Lac, chap. 8, tome Ier, dit: «Moult en étoient principalement en la Grande-Bretagne; elles sçavoient la force et la vertu des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles étoient tenues en jeunesse, et en beauté et richesse. Ce fut Merlin, surnommé le saint prophète, qui avoit instruit ces femmes dans l'art de f?rie et de nigromancie; et fut ledit Merlin engendré en femme par un diable, en la Marche d'Ecosse et d'Irlande.»
Fatas antiqui in supremo ordine collocabant pro eo quod fatare præcipuum sit, atque divinum inter omnia quæ diis attribuuntur: fatare namque non solum modo est prædicere, vel cavere, sed etiam præordinare, et ut eveniant quæ prædicuntur efficere.
(Vide Guillelmum Alvernum, Episcopum Parisiensem, [p.443]in tertiâ parte secundæ partis De universo spirituali, cap. xii, col. i, t. I, éd. 1674.) (Lantin de Damerey.)
Note 52, page 180.
Vers 13073-74-81. Accordissiez, gaaingnissiez, alissiez, au lieu de ... assiez. Ces trois verbes prouvent que les deux formes isse et asse étaient usitées pour la première conjugaison primitivement, car nous ne saurions y voir de licences pour la rime.
Note 53, page 182.
Vers 13087. Cortiz, petit jardin de campagne qui n'était point enfermé de murailles; il signifie aussi une petite cour.
On lit in Scaligerianis, litterâ C, que c'est faute d'entendre notre langue que nous écrivons Cour de parlement pour court, qui vient de curtis: l'italien dit corte. Les parlemens suivoient les rois anciennement; on dressoit un enclos qui s'appeloit curtis, où le parlement s'assembloit, et le roi écrivoit de curti nostrâ: ce qu'on appelle aujourd'hui cour s'exprimoit en gaulois par le mot cort. (Lantin de Damerey.)
Nous reproduisons cette note avec d'autant plus d'empressement que nous constatons, trois lignes plus haut, dans le glossaire de Méon, une étrange anomalie. Au mot cour, celui-ci donne la racine curia. Pourquoi donner cette racine (lui qui n'en signale pour ainsi dire aucune) au-dessus de la note ci-dessus, qu'il intercale dans son glossaire? Il ne prenait sans [p.444]doute pas au sérieux cette étymologie, qui est cependant la vraie. Cortis, en latin, signifiait proprement l'espace compris entre les bâtiments d'une ferme. (P.M.)
Vers 13352-13478. On voit, en jetant les yeux sur l'original, que la phrase est boiteuse; elle n'est point finie. Nous l'avons soudée, il est vrai, aux vers suivants; mais évidemment tout le passage compris entre crochets, dans l'original, est une addition postérieure. La suite de la phrase reparaît au vers 13385-13511.
Note 55, page 204.
Vers 13416. Méon et Francisque Michel écrivent les; c'est une erreur. Si maint vaillant homme était le régime pluriel, il prendrait l's. C'est donc un singulier. De plus, si c'était un pluriel, chéu, participe toujours déclinable, devrait prendre aussi l's, en tant que régime. Voir l'introduction au glossaire, tome V.
Note 56, page 204.
Vers 13430. Repos n'est pas l'indicatif de reposer, après la chute de l'e. C'est l'indicatif de répondre; ge me repons, je me cache. L's fait tomber l'n, suivant la règle générale (voir l'introduction au glossaire, tome V). Toutefois, cette forme doit être considérée comme une licence pour la rime, d'autant plus que les liquides résistaient généralement à l'élision.
Note 57, pages 212-213. [p.445]
Vers 13540-13670. Porpris, proprement enceinte, enclos, parc, jardin, cour, ferme.
C'est le participe de porprendre. envelopper.
Mais au XIIIe siècle, et nous le voyons par ce roman, il signifiait plus particulièrement clos, jardin. Nous avons déjà critiqué dans nos notes du premier volume la traduction constante de porpris par enceinte. En effet, dans notre poème, cette interprétation est beaucoup trop large. C'est à peine si elle serait acceptable dans quelques endroits, comme par exemple ici, la Vieille n'ayant été appelée à garder les roses que lorsqu'elles furent dans le castel; ou bien encore au vers 3973 où la porprise signifie la partie du verger autour de laquelle Jalousie fit creuser un fossé; ou au vers 15093, où ce mot semble s'appliquer spécialement aux murailles. Mais, ne l'oublions pas, le pourpris était enfermé dans le castel, lequel était bâti dans le verger, lui-même ceint de murs, que Guillaume de Lorris ne qualifie jamais cependant de porprise, tandis que chaque fois qu'il veut désigner spécialement l'enceinte crénelée, il la désigne par muraille, mur.
Vouloir restreindre le sens des mots à leur étymologie est une faute, surtout quand ce n'est pas nécessaire, puisque pourpris est resté dans la langue. C'est comme si l'on s'obstinait à traduire constamment courtis par cour, métairie, sous prétexte que c'était le sens primitif, ou bien encore aller par naviguer, parce que la racine est adnare.
A partir du XVIIe siècle, pourpris ne fut plus guère employé qu'en poésie; mais au XVIe siècle il avait [p.446]conservé à la fois le sens d'habitation, d'espace compris dans une enceinte, et celui de terrain, champ, jardin. Le céleste pourpris, disent les poètes. On lit dans Amyot: «Comme Romulus feist faire un fossé à l'entour du pourpris qu'il vouloit enfermer de murailles, Rémus s'en moqua.» (Voyez le Dictionnaire de Littré.)
Vers 13560-13690.
Mès s'ous en volez entremetre....
Ce vers peut se comprendre de deux façons: 1° mais si vous voulez entreprendre d'aimer; 2° mais si vous voulez bien le permettre. Nous avons adopté la première version.
Vers 13584-13714.
Certainement traï l'éust.
Toutes les éditions reproduisent ce vers sans changement.
Aucune ne donne m'éust, qui serait cependant rationnel. Nous avons donc cherché à l'éust une version satisfaisante. Traï ne peut se rapporter à la Vieille; il faudrait traïe. Donc, l' se rapporte à conte et signifierait: il me l'eût caché; ou bien éust a pour sujet la Vieille, et traï signifierait rendu traître. Nous avons adopté la première manière, faute de mieux.
Vers 13719-13851.
Nec timide promitte, trahunt promissa puellas:
Pollicitis testes quoslibet adde Deos.
Jupiter ex alto perjuria ridet amantum,
Et jubet Æolios irrita ferre notos.
Per styga Junoni falso jurare solebat
Jupiter.
(Ovide, De Arte amandi, lib. I, car. 631.)
Note 62, page 224.
Vers 13741. Hez. Quel est ce mot? Le sens est indiscutable: hez signifie qu'il aille. Est-ce une faute d'orthographe, et devons-nous lire vez ou vese pour voise? M. Francisque Michel a écrit carrément aut. C'est bien le sens, mais de quel droit? Jehan Dupré et Marot donnent hay. Dans hay, doit-on voir haye, pour aille, qui se prononcent de même, comme aujourd'hui: travailler, essayer?
Quoi qu'il en soit, nous nous contenterons de signaler l'antique haie! (pron. haille), resté dans la langue, et qui signifie va! dans l'argot des charretiers; puis haz, hax, qui signifie saut, enjambée; d'autre part hay, qui signifie âne (asinus), et enfin nous nous permettrons de rapprocher de ces différents termes le mot hazeteur, qui veut dire meunier (probablement de azenia, que Du Cange signale comme employé dans le sens de moulin à eau).
Note 63, pages 224-225. [p.448]
Vers 13752-13884. Saint Liffard, prêtre et abbé de Meung-sur-Loire, bourg et château de France, entre Orléans et Beaugency.
Nos anciens poètes employoient souvent les noms des saints dans leurs vers, sous prétexte de donner plus d'autorité aux choses qu'ils avançoient. Pour moi, je crois qu'il faut regarder ces noms-là comme des chevilles placées seulement pour la facilité du vers, toutes les fois que ces saints n'ont aucun rapport aux faits pour lesquels les poètes les appellent en garantie. (Lantin de Damerey.)
Vers 13810-13946. Demophon, ou Demophoon, étoit fils de Thésée et de Phèdre. Comme il revenoit de la guerre de Troie, il fut poussé par la tempête sur les côtes de Thrace, où régnoit Philis. Cette princesse, qui avoit le cœur tendre, devint amoureuse de Demophon: elle lui proposa de l'épouser; il y consentit; et quelque temps après il la pria de le laisser retourner à Athènes pour mettre ordre à ses affaires. Son voyage fut long; et son amante, au désespoir d'une si longue absence, s'imagina qu'il lui avoit manqué de foi; elle se pendit et fut changée en un arbre que l'on appela Phylis ou amandier sans feuilles.
Demophon étant revenu après ce tragique accident, il embrassa ce tronc infortuné, qui, sensible aux caresses de ce prince, parut tout à coup couvert de feuilles. (Métamorphoses d'Ovide.) On peut lire [p.449]les regrets de Phylis et son impatience sur le retour de son mari, dans la seconde épître des Héroïdes, d'Ovide. (Lantin de Damerey.)
Vers 13813-13951. Pâris, surnommé Alexandre, fils de Priam et d'Hécube. Sa mère songea, pendant sa grossesse, qu'elle mettoit au monde un flambeau qui devoit embraser la ville de Troie: ce songe l'ayant effrayée, elle eut recours à l'oracle, qui répondit que l'enfant dont elle étoit enceinte seroit un jour la cause de la ruine de sa patrie. Priam, voulant prévenir ce malheur, donna ses ordres pour que l'on fît périr cet enfant aussitôt qu'il auroit vu la lumière: la tendresse maternelle s'opposa à l'exécution d'un ordre si cruel. Elle confia l'éducation de son fils à des bergers. Lorsqu'il fut grand, il s'enflamma pour la nymphe ?none, fille du fleuve Xantus; il l'abandonna dans la suite pour la femme de Ménélas. Ce que l'auteur du Roman de la Rose raconte des amours de Pâris et d'?none est tiré de la cinquième épître des Héroïdes, d'Ovide. (Lantin de Damerey.)
Vers 13823-13961. Nom d'une petite rivière fort célèbre dans les anciens poètes, parce qu'elle couloit dans la Troade, et près la ville de Troie. Elle a sa source au mont Ida. (Lantin de Damerey.)
Note 67, pages 234-235. [p.450]
Vers 13895-14035.
Sus ses oreilles port tex cornes.
Allusion à la coiffure des femmes au XIIIe siècle. Elles élevaient leurs bandeaux de chaque côté de la tête, à des hauteurs prodigieuses. Consulter à ce sujet les miniatures du temps.
Note 68, page 234.
Vers 13903.
Sanguine quæ vero non rubet, arte rubet.
(Ovide, De Arte amandi, lib. III.)
Note 69, page 236.
Vers 13939.
Pes malus in niveâ semper cæletur alutâ,
Arida nec vinclis crura resolve tuis.
(Ovide, De Arte amandi, lib. III, carm. 271.)
Note 70, page 238.
Vers 13961.
Si niger, aut ingens, aut non erit ordine natus
Dens tibi, ridendo maxima damna feres.
(Ovide, De Arte amandi, lib. III, carm. 279.)
Note 71, page 238.
Vers 13980. Ici se représente dans l'édition de M. Francisque Michel une erreur d'impression que [p.451]nous avons déjà signalée trop souvent. Ce vers, passé par inadvertance, est replacé quelques lignes plus loin, à l'alinéa suivant, où il ne signifie absolument rien.
Note 72, page 240.
Vers 13991.
Sera veni, positâque decens incede lucernâ:
Grata mora venies; maxima lena mora est.
(Ovide, De Arte amandi, lib. III, carm. 751.)
Vers 14047-14191.
Turpe jacens mulier multo madefacta lyæo;
Digna est concubitus quoslibet illa pati.
Nec somno tutum est positâ succumbere mensâ;
Per somnos fieri multa pudenda solent.
(Ovide, De Arte amandi, lib. III, carm. 765.)
Vers 14088-14232. Le passage placé entre crochets jusqu'au vers 14114-14258 a été évidemment ajouté après coup.
Vers 14179-14327. Chevelure ou cheveux, qui, selon Borel, viennent de chef. Saint Ambroise, au livre VI de l'Hexameron, dit «que la chevelure est honorable aux vieillards, vénérable sur la tête d'un prêtre, terrible sur celle d'un gendarme, séante aux [p.452]jouvenceaux, de bonne grâce aux femmes, mignonne aux enfans.» Comme en matière d'usages tout est problématique, Jean Dant, Albigeois, réfuta le témoignage de ce père par un livre intitulé: Le chauve ou Le mépris des cheveux, imprimé à Paris en 1621. Cet auteur qui, selon toutes les apparences, étoit chauve, déclame amèrement contre l'usage et l'inutilité des cheveux, imitant en cela le renard de la fable qui avoit eu la queue coupée, et qui conseilloit à ses camarades de se débarrasser de cet ornement superflu.
On voit, par l'éloge que fait saint Ambroise des cheveux naturels, l'avantage qu'ils ont sur les perruques.
Le Roman de la Rose recommande aux femmes de prendre soin de leurs cheveux, n'y ayant rien de plus laid, à son avis, qu'une tête dépouillée de cet ornement.
Turpe pecus mutilum, turpe est sine gramine campus,
Et sine fronde frutex, et sine crine caput.
(De Arte amandi, lib. III.)
Et si elles n'ont pas de cheveux, il veut qu'elles aient des tours ou des perruques. Cet usage, qui s'est renouvelé de nos jours, est fort ancien, puisque Ovide, écrivant à sa maîtresse, lui faisoit des complimens sur la victoire que les Romains avoient remportée sur les Allemands, parce qu'il lui seroit facile d'avoir des cheveux pour réparer la chute des siens:
Nunc tibi captivos mittet Germania crines,
Culta triumphatæ munere gentis eris.
(Amor, lib. I, élég. 14.)
C'étoit un des avantages de la victoire, de faire tondre le vaincu. On ne pouvoit faire un plus grand affront à un homme libre que de lui couper les [p.453]cheveux: cela étoit même défendu sous de grosses peines.
Si quis puerum crinitum sine voluntate parentum totonderit, quadraginta quinque solidis culpabilis judicetur; si vero puellam totonderit LXII solidis culpabilis judicetur. (Tit. 26, Legis salicæ, art. 2 et 3.) Et au titre 65, art. 10 et 20 de la loi des Allemands: Si quis alicui contra legem tonderit caput liberum non volenti cum XII solidis componat; si autem barbam alicujus tonderit nolentis cum VI solidis componat.
Menot nous apprend que les infidèles qui coupèrent les cheveux à saint Pierre le firent dans le dessein de le couvrir de confusion. Voici ses termes: Heu, Domini mei, dicitur quod corona sacerdotum primo introducta fuit in Antiochiâ, ubi infideles fecerunt tonsuram beato Petro qui residebat ibi, et licet facta fuerit in contumeliam; est nunc tamen in honorem. (Feriâ tertiâ, post secundum dominicum Quadragesimalem.) (Lantin de Damerey.)
Vers 14184-14332.
Ad multas lupa tendit oves, prædetur ut unam,
Et Jovis ad mulias devolat ales oves.
Semper tibi pendeat hamus.
(De Arte amandi, lib. III.)
Vers 14217-14365.
Ipse licet venias Musis comitatus, Homere:
Si nil attuleris, ibis, Homere, foràs.
(Ovide, De Arte amandi, iib. II, carm. 279.)
[p.454]Gomers. M. Francisque Michel remplace ce mot par deniers, sur l'affirmation de Lenglet du Fresnoy, qui dit avoir vu ce mot dans quelques manuscrits, à la place de gomers, que celui-ci conserve cependant dans son édition. La plupart des glossaires traduisent ce mot par chose de petite valeur, de gomeria, sans doute. Mais Méon affirme que gomers vient de vomere et veut dire vomissement. Il est certain qu'on trouve plusieurs exemples de gomir et gomissement; v et g se substituaient souvent, l'un à l'autre.
Vers 14229-14379.
Sed vitate viros culto formamque professos,
Quique suas ponunt in statione comas.
(De Arte amandi, lib. III, carm. 433.)
Note 79, page 266.
Vers 14417.
Nel' garroient armes esmolues.
Garroient comptant pour trois syllabes, fausse ici le vers. Il faudrait probablement armes molues. L'édition de Dupré donne herbes moulues.
Vers 14440-14596. Tout ce passage, jusqu'au vers 14798-14956, a été évidemment ajouté après coup. En effet, nous retrouvons avec étonnement la fin de la phrase:
Mais ceste a jalousie fainte, etc....
[p.455]absolument incompréhensible à la place qu'elle occupe, et qui ne devrait être séparée du vers:
Avecques Mars prise provée,
que par un «;». Le passage, selon nous, devrait être restitué ainsi:
Et quant orra ceste parole
Cil qui la pensée aura fole,
Si cuidera tout erraument
Que cele l'aint trop loiaument
Et que plus soit de li jalouse
C'onc ne fu de Venus s'espouse
Vulcanus, quant il l'ot trovée
Avecques Mars prise provée;
Mais ceste a jalousie fainte
Qui faintement fait tel complainte
Et amuse ainsinc le musart.
Quant plus l'amuse, et cil plus art.
Vers 14525-14683. Hélène, fille de Jupiter et de Léda, étoit sœur de Castor et de Pollux: elle épousa Ménélas, roi des Lacédémoniens. La grande beauté de cette princesse fut cause que Thésée l'enleva lorsqu'elle étoit encore fille: elle prétendoit qu'à quelques baisers près, il l'avoit laissée telle qu'il l'avoit prise, ce qui étoit assez difficile à croire. En effet, cette retenue dans Thésée est aussi extraordinaire que ce que l'on conte d'Angélique, qui avoit couru les quatre coins du monde seule avec Roland, aussi entière après cela que quand elle étoit sortie de chez son père, ce qui fait dire à l'Arioste:
Forte era ver, ma non pero credibile.
[p.456] ce qui revient à la pensée d'?none dans son épître à Pâris:
A juvene et Cupido credatur reddita virgo.
Horace n'auroit pas manqué de dire:
Credat judæus Apella, non ego.
Ménélas, plus crédule, n'y regarda point de si près; et quoique la belle Hélène eût déjà eu un enfant de Thésée:
Il la prit pour pucelle,
Et dans son erreur par la belle
Apparemment il fut laissé.
(La Fontaine, conte de La Fiancée du roi de Garbe.)
Et si l'on doit ajouter quelque foi au témoignage de ce poëte, lorsqu'elle fut de retour à Sparte, après un séjour de dix ans à la cour de Priam:
Ménélas rencontra des charmes dans Hélène
Qu'avant qu'être à Pâris la belle n'avoit pas.
(Conte de La Coupe enchantée.)
L'auteur du Roman de la Rose soutient que les femmes ont été de tous temps les causes des guerres et des disputes qui se sont élevées parmi les hommes: Horace l'avoit dit avant lui.
Ménélas étant mort, Nicostrate et Mégapente chassèrent Hélène, qui crut trouver un asile à Rhodes, auprès de Polixo, qui commandoit dans cette isle; mais au lieu d'y recevoir le secours qu'elle devoit attendre de sa parente, elle fut pendue à un arbre par les ordres de cette reine. (Lantin de Damerey.)
Note 82, pages 278-279. [p.457]
Vers 14626-14782.
Naturam expellas furcâ, tamen usque recurret.
(Horat., lib. I, epist. x, carm. 24.)
Ce que La Fontaine a dit depuis dans la fable de La Chatte métamorphosée en femme:
Coups de fourches ni d'étrivières
Ne lui font changer de manières....
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.
(Lantin de Damerey.)
Vers 14676-14832.
Qu'el n'en ra nules espiées,
Fors que les truisse déliées.
Ces deux vers sont incompréhensibles ici. Evidemment le passage a été mal restitué. Dans l'édition de Dupré, il est au contraire très-clair. En effet, ces deux vers se trouvent plus haut, après:
Se frein ou bride nel' retarde;
Qu'il n'en ra nules espiées,
Fors que les treuve desliées,
Ou qu'il puisse sur eus saillir,
Toutes les voudroit assaillir.
Traduction mot à mot:
Si frein ou bride ne l'arrête;
Il n'en a pourtant nulles épiées,
Il suffit qu'il les trouve déliées
Ou qu'il puisse dessus saillir,
Toutes les voudrait assaillir.
Puis nous trouvons plus loin:[p.458]
C'est cis qui ses maris seroit,
Qu'ele n'en a nul espié,
Mais que le treuve deslié.
Ce passage, ainsi restitué, devient on ne peut plus clair. Mais comme l'a reproduit Méon, les deux derniers vers n'ont aucun sens, car il est impossible d'expliquer ces deux participes, desliées, espiées, au féminin pluriel.
Inutile d'ajouter que M. Francisque Michel ne nous fournit aucun éclaircissement.
Vers 14681-14837. Le mot bélier n'existait pas au moyen âge. Il n'apparaît qu'au XVe siècle pour la première fois, et encore comme nom propre. Mouton désignait à la fois le bélier et le mouton.
Vers 14684-14840. Doutes n'est-il pas une licence pour la rime? En effet, la Vieille ne tutoie jamais Bel-Accueil, sauf ici et au vers 14887 (encore avec la même rime), et au vers 15278; mais là cette familiarité s'explique par une explosion d'admiration. Au reste, l'impératif ne prit l's qu'au XVIe siècle.
Vers 14726-14882. Méon et Francisque Michel mettent un point après:
Volentiers tuit me recéussent.
La phrase suivante devient alors incompréhensible. En effet, [p.459] comment traduire:
Por qu'il fust de poissant aage
Et de religions saillissent...?
Pour rendre le passage intelligible, nous avons mis une virgule après recéussent, et placé les quatre vers suivants entre parenthèses. Saillissent et recéussent ont alors le même sujet: ces valés.
Vers 14763-14921. M. Francisque Michel traduit mains par moins. Assurément il ne s'est pas donné la peine de regarder.
Vers 14767-14924. Damp, dam et dom. Lorsque la barbarie se fut introduite dans la langue latine, on fit de dominus un domnus, domnulus, domnula, et de domnus on fit le mot dom.(Pasquier, Recherches, liv. VIII, chap. v.)
C'est le nom qu'on donne depuis longtemps aux religieux titrés. La Règle de saint Benoist porte que l'abbé, comme vicaire de Jésus-Christ, doit être appelé Dom.
Anciennement, le nom de Dominus ne se donnoit qu'à Dieu. Saint Martin, par une prérogative particulière, porta le premier ce titre qui, dans la suite, passa à tous les autres saints, que les légendaires et les sermonaires traitèrent longtemps de Monsieurs et même de Monseigneurs.
Il n'y a plus que les prédicateurs de villages qui [p.460]en usent ainsi, mais à tort, le titre de saint étant au-dessus de toutes nos qualités les plus relevées. (Remarques de la langue françoise.)
Saint Hiérome, qui mourut au commencement du Ve siècle, se plaignoit déjà de ce que les nouveaux religieux de son temps se vouloient attribuer le même titre que Jésus-Christ avoit donné à son père, quand il l'avoit appelé Abba, c'est-à-dire Père.
Ses plaintes auroient été plus vives s'il eût vécu dans un siècle où le nom d'abbé, qui vient d'abba, terme syriaque, est usurpé par le moindre petit clerc, sans autre titre qu'un petit collet. Cependant, à prendre le terme d'abbé dans son véritable sens, il ne devroit convenir qu'aux évêques, qui sont les pères des fidèles de leur diocèse, et aux abbés réguliers, tant à cause de leur juridiction qu'à cause qu'ils sont véritablement les chefs et les pères de leurs moines. Il est vrai que ce titre a passé sans aucune contradiction aux abbés commendataires, quoique denués de juridiction ecclésiastique, et renfermés dans les seuls droits honorifiques de leurs églises, moins étendus toutefois que ceux des abbés réguliers, en ce qu'ils ne peuvent y officier avec la mitre et la crosse; mais on ne les nomme abbés qu'à cause de leur qualité représentative des anciens abbés. (Lantin de Damerey.)
Vers 14898-15060.
Ad metam properate simul; tunc plena voluptas,
Cum pariter victi femina virque jacent.
(Ovide, De Arte amandi, lib. II, carm. 727.)
Note 90, pages 296-297. [p.461]
Vers 14907-15069.
Tu quoque cui Veneris sensum natura negavit,
Dulcia mendaci gaudia finge sono.
Infelix cui torpet hebes locus ille puellæ!
Quo pariter debent femina virque frui.
Tantùm, cùm finges, ne sis manifesta caveto.
(De Arte amandi, lib. III, carm. 797.)
Vers 15000-15165. Charroie. C'est la danse des sorciers au sabat: on appeloit ainsi le chariot du diable, qu'on croyoit entendre passer pendant la nuit en l'air avec un grand bruit; on le prenoit aussi pour le chariot du roi Artus, qu'on regarde comme un grand magicien, à cause de sa sœur, la fée Morgain.
Charroie doit s'entendre ici pour tout ce qui est appelé charmes et enchantements. Charroieresse, qui se lit au vers 9666, se prend pour enchanteresse, sorcière, magicienne. (Lantin de Damerey.)
Vers 15001-15167. Balenus. C'est le nom d'un devin: ce pourrait bien être Helenus, fils de Priam et d'Hécube, qui eut en partage le don de prévoir l'avenir. Presque tous les noms anciens sont défigurés dans les manuscrits.
Virgile fait mention de cet Helenus au livre III de l'Ænéide. (Lantin de Damerey.)
Note 93, page 306. [p.462]
Vers 15083.
Li autres tous amis clamoie....
Li autres tous étant régime, il devrait y avoir les. En effet, que la déclinaison fût alors en pleine dissolution, qu'on mît l's un peu à tort et à travers, l'article n'en devait pas moins s'accorder avec le nom. Le pluriel sujet eût dû être: Li autre tuit; le pluriel régime: les autres tous. Que le poète adoptât l'une ou l'autre forme, selon sa fantaisie, cela pouvait être; mais elles ne devaient point se confondre dans le même membre de phrase.
Vers 15108-15277.
Que de pex ne m'amonestast.
M. Francisque Michel traduit par pieu, bâton. Assurément il n'a pas lu la phrase. Cette traduction serait absurde ici. Le poète dit: «Tant d'avanies m'eût il fait, il fallait qu'il implorât la paix.» M. Fr. Michel s'est laissé tromper par l'apparence: pex et pez figurant à deux vers de distance, il a pu croire que c'étaient deux mots différents.
Note 95, page 318.
Vers 15281. Ce vers est faux; il faudrait défaillirent.
Note 96, pages 320-321. [p.463]
Vers 15296-15468. As gans. M. Francisque Michel traduit: aux gens. C'est faute de réflexion. En effet, comment expliquer l'exclamation de l'Amant: as gans! Elle serait plus que ridicule.
As gans peut se traduire, selon Lantin de Damerey, par: à propos. C'est la version que nous avons adoptée. Toutefois, à propos ne traduit pas exactement la pensée de l'auteur. En effet, gans signifie la récompense ou la gratification qu'on donnait à un serviteur quand il apportait un présent ou une bonne nouvelle: Je vous doi vos gans, dit le roi Perceforest au valet qui lui amène un destrier de la part de sa maîtresse. Venir as gans veut ici proprement dire: venir réclamer la récompense promise. Aussi l'Amant répond par un feu roulant de promesses.
Vers 15401-15578. Balance voulait dire à la fois balance et incertitude, hasard, danger, situation désespérée.
Vers 15535-15717. Damoisiaus, damoisel: seigneur. Dans les Chroniques de France, de Philippe Mouskes, poëte cité par Pasquier, saint Louis est surnommé Damoisel de Flandres. Quelquefois damoisel désignoit un homme galant, qui savoit faire sa cour aux dames.
C'étoit aussi le nom du gentilhomme qui n'étoit pas encore chevalier. Ce terme étoit exprimé par domicellus dans la basse latinité. (Lantin de Damerey.)