Maintenant ce barbare des régions méridionales, homme à la langue de l'oiseau criard Kioué, ne possède aucunement la doctrine des anciens rois; comme vous avez abandonné votre maître pour étudier sous lui, vous différez beaucoup de Thseng-tseu.
J'ai entendu dire que «l'oiseau sortant de la profonde vallée s'envolait sur les hauts arbres[23].» Je n'ai jamais entendu dire qu'il descendait du sommet des arbres pour s'enfoncer dans les vallées ténébreuses. Le Lou-soung[24] dit:
«Il[25] mit en fuite les barbares de l'occident et du septentrion,
Et il dompta les royaumes de Jung et de Chou.»
C'est sous un homme des régions barbares que Tcheou-koung vainquit, que vous étudiez! Je pense, moi, que ce n'est pas bien de changer ainsi.
[Tching-liang répondit:] Si l'on suivait la doctrine de Hiu-tseu, alors la taxe dans les marchés ne serait pas double, et la fraude ne s'exercerait pas jusqu'au centre du royaume. Quand même vous enverriez au marché un jeune enfant de douze ans, on ne le tromperait pas. Si des pièces de toile de chanvre et d'étoffe de soie avaient la même longueur et la même largeur, alors leur prix serait le même; si des tas de chanvre brut et de chanvre filé, de soie écrue et de soie préparée, avaient le même poids, alors leur prix serait le même; si les cinq sortes de grains étaient en même quantité, petite ou grande, alors leur prix serait le même; et des souliers grands ou petits se vendraient également le même prix.
MENG-TSEU dit: L'inégale valeur des choses est dans la nature même des choses. Certaines choses diffèrent entre elles d'un prix double, quintuple; certaines autres, d'un prix décuple, centuple; d'autres encore, d'un prix mille fois ou dix mille fois plus grand. Si vous confondez ainsi toutes choses en leur donnant à toutes une valeur proportionnée seulement à la grandeur ou à la quantité, vous jetez le trouble dans l'empire. Si de grands souliers et de petits souliers sont du même prix, quel homme voudrait en confectionner de grands? Si l'on suivait les doctrines de Hiu-tseu, on s'exciterait mutuellement à exercer la fraude: comment pourrait-on alors gouverner sa famille et l'État?
5. Un nommé I-tchi, disciple de Mé, demanda, par l'entremise de Siu-phi[26] à voir MENG-TSEU. MENG-TSEU dit: Je désire certainement le voir; mais maintenant je suis encore malade. Lorsque je serai mieux, moi j'irai le voir. Que I-tseu se dispense donc de venir.
Le lendemain il demanda encore à voir MENG-TSEU. MENG-TSEU dit: Aujourd'hui je puis le voir. Si je ne le ramène pas à la droiture et à la vérité, alors c'est que la doctrine que nous suivons ne porte pas l'évidence avec soi. Mais j'ai l'espérance de le ramener aux véritables principes. J'ai entendu dire que I-tseu était le disciple de Mé. Or la secte de Mé se fait une règle de la plus grande économie dans la direction des funérailles. Si I-tseu pense à changer les mœurs et les coutumes de l'empire, pourquoi regarde-t-il cette règle comme contraire à la raison, et en fait-il peu de cas? Ainsi I-tseu a enseveli ses parents avec somptuosité; alors il suit de là qu'il s'est conduit envers ses parents selon les principes que sa secte méprise.
Siu-tseu rapporta ces paroles à I-tseu. I-tseu dit: C'est aussi la doctrine des lettrés. «Les [saints] hommes de l'antiquité avaient la même tendresse pour un jeune enfant au berceau que pour tout autre[27].» Que signifient ces paroles? Or, moi Tchi, j'estime que l'on doit également aimer tout le monde sans acception de personne; mais il faut commencer par ses parents.
Siu-tseu rapporta ces paroles à MENG-TSEU. MENG-TSEU dit: I-tseu croit-il qu'il ne doive pas y avoir de différence entre les sentiments que l'on porte au fils de son frère aîné, et les sentiments que l'on porte au jeune enfant au berceau de son voisin? C'est du Chou-king qu'il a tiré sa citation; mais elle signifie simplement que si un jeune enfant qui ne fait encore que se traîner se laisse tomber dans un puits, ce n'est pas la faute de l'enfant. Or le ciel, en produisant des êtres vivants, a fait en sorte qu'ils aient en eux un principe fondamental unique [qui est de devoir la naissance à leur père et à leur mère][28]. Cependant I-tseu partage en deux ce principe fondamental [en obligeant d'aimer pareillement son père et sa mère et les hommes qui passent sur le chemin][29]; par conséquent il est dans l'erreur.
Or, dans les siècles reculés de la haute antiquité, l'usage n'était pas encore établi d'ensevelir ses parents. Lorsque leurs père et mère étaient morts, les enfants prenaient leurs corps et les allaient jeter dans des fosses pratiquées le long des chemins. Le lendemain, lorsqu'ils repassaient auprès d'eux, et qu'ils voyaient que les loups les avaient dévorés, ou que les vers les avaient rongés, une sueur froide couvrait leur front; ils en détournaient leurs regards et ne pouvaient plus en supporter la vue. Cette sueur qui couvrait leur front n'était pas produite en eux pour avoir vu les corps d'autres personnes que ceux de leurs père et mère; mais c'est la douleur qui, de leur cœur, parvenait jusqu'à leur front.
Ils s'en retournaient promptement, et, rapportant avec eux un panier et une bêche, ils couvraient de terre le corps de leurs parents. Si cette action de recouvrir de terre le corps de leurs parents était naturelle et conforme à la raison, alors il faut nécessairement que le fils pieux et l'homme humain aient une règle à suivre pour enterrer leurs parents.
Siu-tseu rapporta ces paroles à I-tseu. I-tseu, hors de lui-même, s'écria au même instant: Je suis instruit dans la bonne doctrine!
[1] Littéralement, fils de la génération ou du siècle.
[2] Littéralement, à étudier et à interroger.
[3] Le plus âgé des six King ou grand» dignitaires. (Commentaire.)
[4] Celle de l'agriculture. (Commentaire.)
[5] Ode Thsi-youeï, section Pin-foung.
[6] Ou de dix parties une. (Commentaire.)
[7] Ancien sage. (Commentaire.)
[8] Traitements prélevés sur les revenus royaux, et accordés aux fils et aux petits-fils de ceux qui se sont illustrés par leurs mérites ou leurs actions dans l'État. (Commentaire.)
[9] Ode Ta-tien, section Siao-ya.
[10] «Les champs communs d'abord, les champs privés ensuite.» (Commentaire.)
[12] Il indique Wen-koung. (Commentaire.)
[13] L'établissement des écoles de tous les degrés. (Commentaire.)
[14] Nécessité d'établir des écoles.
[15] Commentaire.
[16] On représente cette division des terres par un carré partagé en neuf carrés égaux, dont celui du milieu constitue le champ public.
[17] Il veut parler de la distribution des terres en portions carrées. (Commentaire.)
[18] Du royaume de Thsou.
[19] A ceux qui gouvernent un empire. (Commentaire.)
[20] Les principes d'économie politique que le philosophe chinois a fait ressortir avec tant d'art et de finesse dans les pages précédentes ne seraient pas désavoués par les premiers économistes modernes. En les comparant aux principes de même nature des anciens philosophes de la Grèce, on peut juger de quel côté est la plus haute raison.
[21] Commentaire. Voyez pour les travaux de Yu les Livres sacrés de l'Orient, pag. 60.
[22] Yao, ainsi appelé par ses ministres. (Commentaire.)
[23] Paroles du Livre des Vers, ode Fa-mo, section Siao-ya.
[24] Section du Livre des fers, ode Pi-Kong.
[25] Tcheou-koung.
[26] Disciple de MENG-TSEU.
[27] Paroles du Chou-king.
[28] Commentaire.
[29] Ibid.
1. Tchin-taï (disciple de MENG-TSEU) dit: Ne pas faire le premier une visite aux princes de tous rangs, paraît être une chose de peu d'importance. Maintenant, supposez que vous soyez allé les voir le premier, le plus grand bien qui pourra en résulter sera de les faire régner selon les vrais principes, le moindre sera de faire parvenir celui que vous aurez visité au rang de chef des vassaux. Or le Mémorial (tchi) dit: En se courbant d'un pied on se redresse de huit. Il me parait convenable que vous agissiez ainsi.
MENG-TSEU dit: Autrefois King-koung, roi de Thsi, voulant aller à la chasse, appela auprès de lui, au moyen de l'étendard orné de plumes, les hommes préposés à la garde du parc royal. Ces derniers ne s'étant pas rendus à l'appel, il résolut de les faire aussitôt mettre à mort. «L'homme éclairé et ferme dans sa résolution [dit à ce sujet KHOUNG-TSEU] n'oublie pas que son corps pourra bien être jeté à la voirie ou dans une fosse pleine d'eau. L'homme brave et résolu n'oublie pas qu'il peut perdre sa tête.» Pourquoi KHOUNG-TSEU fait-il ainsi l'éloge [des hommes de résolution]? Il en fait l'éloge, parce que ces hommes ne se rendirent pas à un signal qui n'était pas le leur. Si, sans attendre le signal qui doit les appeler, des hommes préposés à de certaines fonctions les abandonnaient, qu'arriverait-il de là?
Or cette maxime, de se courber d'un pied pour se redresser de huit, concerne l'utilité ou les avantages que l'on peut retirer de cette conduite. Mais s'il s'agit d'un simple gain ou profit, est-il permis, en vue de ce profit, de se courber de huit pieds pour ne se redresser que d'un?
Autrefois Tchao-kian-tscu [ un des premiers fonctionnaires, ta-fou, de l'État de Tçin] ordonna à Wang-liang [un des plus habiles cochers] de conduire son char pour son serviteur favori nommé Hi. Pendant tout le jour il ne prit pas une bête fauve.
Le favori, en rendant compte à son maître de ce résultat, dit: C'est le plus indigne cocher de tout l'empire!
Quelqu'un ayant rapporté ces paroles à Wang-liang, celui-ci dit: Je prie qu'on me laisse de nouveau conduire le char. Il insista si vivement que le favori Hi y consentit. Dans un seul matin, il prit dix bêtes fauves.
Le favori, en rendant compte à son maître de ce résultat, dit: C'est le plus habile cocher de tout l'empire!
Kian-tseu dit alors: J'ordonne qu'il conduise ton char. Wang-liang, en ayant été averti, refusa en disant: Lorsque pour lui j'ai dirigé ses chevaux selon les règles de l'art, il n'a pas pu prendre une seule bête fauve de toute la journée; lorsque pour lui je les ai laissés aller à tort et à travers, en un seul matin il en a pris dix. Le Livre des Vers dit:
«Quand il n'oublie pas de guider les chevaux selon les règles de l'art,
L'archer lance ses flèches avec la plus grande précision.»
Mais je n'ai pas l'habitude de conduire un char pour un homme aussi ignorant des règles de son art. Je vous prie d'agréer mon refus.
Ainsi un cocher a honte même de se voir adjoint à un [mauvais] archer. Il ne voudrait pas y être adjoint quand même cet archer prendrait autant de bêtes fauves qu'il en faudrait pour former une colline. Que serait-ce donc si l'on faisait plier les règles de conduite les plus droites pour se mettre à la merci des princes en allant les visiter le premier! Or vous vous êtes trompé [dans votre citation]. Celui qui s'est une fois plié soi-même ne peut plus redresser les autres hommes.
2. King-tchun dit: Kong-sun-yen et Tchangni ne sont-ils pas de grands hommes? lorsque l'un d'eux s'irrite, tous les princes tremblent; lorsqu'ils restent en paix, tout l'empire est tranquille.
MENG-TSEU dit: Comment pour cela peuvent-ils être considérés comme grands? Vous n'avez donc jamais étudié le Livre des Rites? Lorsque le jeune homme reçoit le bonnet viril, le père lui donne ses instructions; lorsque la jeune fille se marie, la mère lui donne ses instructions. Lorsqu'elle se rend à la demeure de son époux, sa mère l'accompagne jusqu'à la porte, et l'exhorte en ces termes: Quand tu seras dans la maison de ton mari, tu devras être respectueuse, tu devras être attentive et circonspecte: ne t'oppose pas aux volontés de ton mari. Faire de l'obéissance et de la soumission sa règle de conduite, est la loi de la femme mariée.
Habiter constamment dans la grande demeure du monde[1]; se tenir constamment sur le droit siége du monde[2]; marcher dans la grande voie du monde[3]; quand on a obtenu l'objet de ses vœux [des emplois et des honneurs], faire part au peuple des biens que l'on possède; lorsqu'on n'a pas obtenu l'objet de ses vœux, pratiquer seul les principes de la droite raison en faisant tout le bien que l'on peut faire; ne pas se laisser corrompre par les richesses et les honneurs; rester impassible dans la pauvreté et l'abjection; ne pas fléchir à la vue du péril et de la force armée: voilà ce que j'appelle être un grand homme.
3. Tcheou-siao fit une question en ces termes: Les hommes supérieurs de l'antiquité remplissaient-ils des fonctions publiques? MENG-TSEU dit: Ils remplissaient des fonctions publiques. L'histoire dit: Si KHOUNG-TSEU passait trois lunes sans obtenir de son prince un emploi public, alors il était dans un état inquiet et triste. S'il franchissait les frontières de son pays pour aller dans un État voisin, il portait toujours avec lui des dons de bonne réception. Koung-ming-i disait: Lorsque les hommes de l'antiquité passaient trois lunes sans obtenir de leur prince des emplois publics, alors ils en étaient vivement affligés. [Tcheou-siao dit]: Si l'on est pendant trois mois sans obtenir de son prince un emploi public, et qu'on en soit vivement affligé, n'est-ce pas être beaucoup trop susceptible?
MENG-TSEU dit: Pour un lettré, perdre son emploi, c'est comme pour les princes perdre leur royaume. Le Livre des Rites dit: «Ces princes labourent la terre avec l'aide de leurs fermiers pour fournir du millet à tout le monde; leurs femmes élèvent des vers à soie, et dévident les cocons pour aider à la fabrication des vêtements.»
Si la victime n'est pas parfaitement propre au sacrifice, si le millet que l'on doit offrir n'est pas mondé, si les vêtements ne sont pas préparés, le prince n'ose pas faire la cérémonie aux ancêtres.
Si le lettré n'a pas un champ [comme les fonctions publiques donnent droit d'en avoir un], alors il ne fait pas la cérémonie à ses ancêtres; si la victime qui doit être immolée, si les ustensiles et les vêtements ne sont pas préparés, il n'ose pas se permettre de faire la cérémonie aux ancêtres; alors il n'ose pas se procurer la moindre joie. Cela ne suffit-il pas pour qu'il soit dans l'affliction?
[Tcheou-siao dit:] S'il franchissait les frontières de son pays pour aller dans un État voisin, il portait toujours avec lui des dons de bonne réception; que signifient ces paroles?
MENG-TSEU dit: Pour un lettré, occuper un emploi public, c'est comme pour un laboureur cultiver la terre. Lorsque le laboureur quitte sa patrie, y laisse-t-il les instruments de labourage?
Tcheou-siao dit: Le royaume de Tçin est aussi un royaume où l'on remplit des fonctions publiques. Je n'avais jamais entendu dire que les hommes fussent aussi impatients d'occuper des emplois; s'il convient d'être aussi impatient d'occuper des emplois, que dire des hommes supérieurs qui n'acceptent que difficilement un emploi public?
MENG-TSEU dit: Dès l'instant qu'un jeune homme est né [ses père et mère] désirent pour lui une femme; dès l'instant qu'une jeune fille est née [ses père et mère] désirent pour elle un mari. Le sentiment du père et de la mère [pour leurs enfants], tous les hommes l'ont personnellement. Si, sans attendre la volonté de leurs père et mère et les propositions du chargé d'office[4], les jeunes gens pratiquent une ouverture dans les murs de leurs habitations, afin de se voir l'un l'autre à la dérobée; s'ils franchissent les murs pour se voir plus intimement en secret: alors le père et la mère, ainsi que tous les hommes du royaume, condamneront leur conduite, qu'ils trouveront méprisable.
Les hommes de l'antiquité ont toujours désiré occuper des emplois publics; mais de plus ils détestaient de ne pas suivre la voie droite[5]. Ceux qui ne suivent pas la voie droite en visitant les princes sont de la même classe que ceux qui percent les murs [pour obtenir des entrevues illicites].
4. Pheng-keng (disciple de MENG-TSEU) fit une question en ces termes: Lorsqu'on se fait suivre [comme MENG-TSEU] par quelques dizaines de chars, et que l'on se fait accompagner par quelques centaines d'hommes [qui les montent], n'est-il pas déplacé de se faire entretenir par les différents princes dans ses différentes excursions?
MENG-TSEU dit: S'il fallait s'écarter de la droite voie, alors il ne serait pas convenable de recevoir des hommes, pour sa nourriture, une seule cuillerée de riz cuit; si on ne s'écarte pas de la droite voie, alors Chun peut accepter l'empire de Yao sans que cela paraisse déplacé. Vous, pensez-vous que cela soit déplacé?
—Aucunement. Mais il n'est pas convenable qu'un lettré sans mérite, et vivant dans l'oisiveté, mange le pain des autres [en recevant des salaires en nature qu'il ne gagne pas].
MENG-TSEU dit: Si vous ne communiquez pas vos mérites aux autres hommes; si vous n'échangez rien de ce que vous possédez contre ce que vous ne possédez pas, afin que par votre superflu vous vous procuriez ce qui vous manque, alors le laboureur aura du millet de reste, la femme aura de la toile dont elle ne saura que faire. Mais si vous faites part aux autres de ce que vous possédez [par des échanges], alors le charpentier et le charron pourront être nourris par vous.
Supposons qu'il y ait ici un homme[6] qui dans son intérieur soit rempli de bienveillance, et au dehors plein de commisération pour les autres; que cet homme conserve précieusement la doctrine des anciens rois, pour la transmettre à ceux qui l'étudieront après lui; lorsque cet homme n'est pas entretenu par vous, pourquoi honorez-vous tant les charpentiers et les charrons [qui se procurent leur entretien par leur labeur], et faites-vous si peu de cas de ceux qui [comme l'homme en question] pratiquent l'humanité et la justice?
Tcheou-siao dit: L'intention du charpentier et du charron est de se procurer l'entretien de la vie; l'intention de l'homme supérieur qui pratique les principes de la droite raison est-elle aussi de se procurer l'entretien de la vie?
MENG-TSEU répondit: Pourquoi scrutez-vous son intention? Dès l'instant qu'il a bien mérité envers vous, vous devez le rétribuer, et vous le rétribuez. Or rétribuez-vous l'intention, ou bien rétribuez-vous les bonnes œuvres?
—Je rétribue l'intention.—Je suppose un homme ici. Cet homme a brisé les tuiles de votre maison pour pénétrer dans l'intérieur, et avec les tisons de l'âtre il a souillé les ornements des murs. Si son intention était, en agissant ainsi, de se procurer de la nourriture, lui donnerez-vous des aliments?
—Pas du tout.
—S'il en est ainsi, alors vous ne rétribuez pas l'intention; vous rétribuez les bonnes œuvres.
5. Wen-tchang fit une question en ces termes: Le royaume de Soung est un petit royaume. Maintenant il commence à mettre en pratique le mode de gouvernement des anciens rois. Si les royaumes de Thsi et de Thsou le prenaient en haine et qu'ils portassent les armes contre lui, qu'en arriverait-il?
MENG-TSEU dit: Lorsque Tching-thang habitait le pays de Po, il avait pour voisin le royaume de Ko. Le chef de Ko avait une conduite dissolue, et n'offrait point de sacrifices à ses ancêtres. Thang envoya des hommes qui lui demandèrent pourquoi il ne sacrifiait pas. Il répondit: Je ne puis me procurer de victimes. Thang ordonna de lui envover des bœufs et des moutons. Le chef de Ko les mangea, et n'en eut plus pour offrir en sacrifice. Thang envoya de nouveau des hommes qui lui demandèrent pourquoi il ne sacrifiait pas.—Je ne puis me procurer du millet pour la cérémonie. Thang ordonna que la population de Po allât labourer pour lui, et que les vieillards ainsi que les faibles portassent des vivres à cette population. Le chef de Ko, conduisant avec lui son peuple, alla fermer le chemin à ceux qui portaient le vin, le riz et le millet, et il les leur enleva; et ceux qui ne voulaient pas les livrer, il les tuait. Il se trouvait parmi eux un enfant qui portait des provisions de millet et de viande; il le tua et les lui enleva. Le Chou-king dit: «Le chef de Ko traita en ennemis ceux qui portaient des vivres.» Il fait allusion à cet événement.
Parce que le chef de Ko avait mis à mort cet enfant, Thang lui déclara la guerre. Les populations situées dans l'intérieur des quatre mers dirent unanimement: Ce n'est pas pour enrichir sou empire, mais c'est pour venger un mari ou une femme privés de leurs enfants, qu'il leur a déclaré la guerre.
Thang commença la guerre par le royaume de Ko. Après avoir vaincu onze rois, il n'eut plus d'ennemis dans l'empire. S'il portait la guerre à l'orient, les barbares de l'occident se plaignaient; s'il portait la guerre au midi, les barbares du nord se plaignaient, en disant: Pourquoi nous laisse-t-il pour les derniers?
Les peuples aspiraient après lui comme dans une grande sécheresse ils aspirent après la pluie. Ceux qui allaient au marché n'étaient plus arrêtés en route; ceux qui labouraient la terre n'étaient plus transportés d'un lieu dans un autre. Thang faisait mourir les princes et consolait les peuples, comme dans les temps de sécheresse la pluie qui vient à tomber procure une grande joie aux populations. Le Chou-king dit: «Nous attendons notre prince; lorsque notre prince sera venu, nous serons délivrés de la tyrannie et des supplices.»
Il y avait des hommes qui n'étaient pas soumis; Wou-wang se rendit à l'orient pour les combattre. Ayant rassuré les maris et les femmes, ces derniers placèrent leur soie noire et jaune dans des corbeilles, et dirent: En continuant à servir notre roi des Tcheou, nous serons comblés de bienfaits. Aussitôt ils allèrent se soumettre dans la grande ville de Tcheou. Leurs hommes élevés en dignité remplirent des corbeilles de soie noire et jaune, et ils allèrent avec ces présents au-devant des chefs des Tcheou; le peuple remplit des plats de provisions de bouche et des vases de vin, et il alla avec ces présents au-devant de la troupe de Wou-wang. [Pour obtenir un pareil résultat], celui-ci délivrait ces populations du feu et de l'eau [c'est-à-dire de la plus cruelle tyrannie]; il mettait à mort leurs tyrans; et voilà tout.
Le Taï-chi [un des chapitres du Chou-king] dit: «La renommée de ma puissance s'est étendue au loin; lorsque j'aurai atteint les limites de son royaume, je me saisirai du tyran. Cette renommée s'accroîtra encore lorsque j'aurai mis à mort ce tyran et vaincu ses complices; elle brillera même de plus d'éclat que celle de Thang.»
Le royaume de Soung ne pratique pas le mode de gouvernement des anciens rois, comme il vient d'être dit ci-dessus. S'il pratiquait le mode de gouvernement des anciens rois, toutes les populations situées entre les quatre mers élèveraient vers lui des regards d'espérance, et n'aspireraient qu'en lui, en désirant que le roi de ce royaume devint leur prince. Quoique les royaumes de Thsi et de Thsou soient grands et puissants, qu'aurait-il à en redouter?
6. MENG-TSEU, s'adressant à Thaï-pou-ching (ministre du royaume de Soung), dit: Désirez-vous que votre roi devienne un bon roi? Si vous le désirez, je vous donnerai des instructions bien claires à ce sujet. Je suppose que le premier ministre de Thsou soit ici. S'il désire que son fils parle le langage de Thsi, ordonnera-t-il à un habitant de ce royaume de l'instruire? ordonnera-t-il à un habitant du royaume de Thsou de l'instruire?
—Il ordonnera à un habitant de Thsi de l'instruire.
—Si un seul homme de Thsi lui donne de l'instruction, et qu'en même temps tous les hommes de Thsi lui parlent continuellement leur langue, quand même le maître le frapperait chaque jour pour qu'il apprît à parler la langue de Thsi, il ne pourrait en venir à bout. Si au contraire il l'emmène et le retient pendant plusieurs années dans le bourg de Tchouang-yo[7], quand même il le frapperait chaque jour pour qu'il apprît à parler la langue de Thsou, il ne pourrait en venir à bout.
Vous avez dit que Sie-kiu-tcheou (ministre du royaume de Soung) était un homme doué de vertu, et que vous aviez fait en sorte qu'il habitat dans le palais du roi. Si ceux qui habitent le palais du roi, jeunes et vieux, vils et honorés, étaient tous d'autres Sie-kiu-tcheou, avec qui le roi pourrait-il mal faire? Si ceux qui habitent le palais du roi, jeunes et vieux, vils et honorés, étaient tous différents de Sie-kiu-tcheou, avec qui le roi pourrait-il faire le bien? Si donc il n'y a que Sie-kiu-tcheou d'homme vertueux, que ferait-il seul près du roi de Soung?
7. Kong-sun-tcheou fit une question en ces termes: Vous n'allez pas voir les princes; quel en est le motif?
MENG-TSEU dit: Les anciens qui ne voulaient pas devenir ministres des rois n'allaient pas les voir.
Touan-kan-mo, se sauvant par-dessus le mur, évita le prince, qui alla le visiter. Sie-lieou ferma sa porte, et ne voulut pas le recevoir. L'un et l'autre de ces sages allèrent trop loin. Si le prince insiste fortement, le sage lettré peut aller le visiter.
Yang-ho désirait voir KHOUNG-TSEU, mais il redoutait de ne pas observer les rites.
[Il est dit dans le Livre des Rites:] «Lorsque le premier fonctionnaire porte un présent à un lettré, s'il arrive que celui-ci ne soit pas dans sa maison pour le recevoir, alors il se présente à la demeure du fonctionnaire pour l'en remercier.»
Yang-ho s'informa d'un moment où KHOUNG-TSEU se trouvait absent de sa maison, et il choisit ce moment pour aller porter à KHOUNG-TSEU un petit porc salé. KHOUNG-TSEU, de son côté, s'informa d'un moment où Yang-ho était absent de sa maison pour aller l'en remercier. Dans ces circonstances, Yang-ho fut le premier à faire les avances; comment KHOUNG-TSEU aurait-il pu s'empêcher d'aller le visiter?
Thsêng-tseu disait: Ceux qui se serrent les épaules pour sourire avec approbation à tous les propos de ceux qu'ils veulent flatter, se fatiguent plus que s'ils travaillaient à l'ardeur du soleil.
Tseu-lou disait: Si des hommes dissimulés parlent ensemble avant d'avoir contracté entre eux des liens d'amitié, voyez comme leur visage se couvre de rougeur. Ces hommes-là sont de ceux que je prise peu. En les examinant bien, on peut savoir ce que l'homme supérieur nourrit en lui-même.
8. Taï-yng-tchi [premier ministre du royaume de Soung] disait: Je n'ai pas encore pu n'exiger pour tribut que le dixième des produits[8], ni abroger les droits d'entrée aux passages des frontières et les taxes des marchés. Je voudrais cependant diminuer ces charges pour attendre l'année prochaine, et ensuite je les supprimerai entièrement. Comment faire?
MENG-TSEU dit: Il y a maintenant un homme qui chaque jour prend les poules de ses voisins. Quelqu'un lui dit: Ce que vous faites n'est pas conforme à la conduite d'un honnête homme. Mais il répondit: Je voudrais bien me corriger peu à peu de ce vice; chaque mois, jusqu'à l'année prochaine, je ne prendrai plus qu'une poule, et ensuite je m'abstiendrai complètement de voler.
Si l'on sait que ce que l'on pratique n'est pas conforme à la justice, alors on doit cesser incontinent. Pourquoi attendre à l'année prochaine?
9. Kong-tou-tseu dit: Les hommes du dehors proclament tous, maître, que vous aimez à disputer. Oserais-je vous interroger à cet égard?
MENG-TSEU dit: Comment aimerais-je à disputer? je ne puis m'en dispenser. Il y a longtemps que le monde existe; tantôt c'est le bon gouvernement qui règne, tantôt c'est le trouble et l'anarchie.
A l'époque de l'empereur Yao, les eaux débordées inondèrent tout le royaume. Les serpents et les dragons l'habitaient, et le peuple n'avait aucun lieu pour fixer son séjour. Ceux qui demeuraient dans la plaine se construisaient des huttes comme des nids d'oiseaux; ceux qui demeuraient dans les lieux élevés se creusaient des habitations souterraines. Le Chou-king dit: «Les eaux débordant de toutes parts me donnent un avertissement.» Les eaux débordant de toutes parts sont de grandes et vastes eaux[9]. Chun ayant ordonné à Yu de les maîtriser et de les diriger, Yu fit creuser des canaux pour les faire écouler dans la mer. Il chassa les serpents et les dragons, et les fit se réfugier dans les marais pleins d'herbes. Les eaux des fleuves Kiang, Hoaï, Ho et Han, recommencèrent à suivre le milieu de leurs lits. Les dangers et les obstacles qui s'opposaient à l'écoulement des eaux étant éloignés, les oiseaux de proie et les bêtes fauves, qui nuisaient aux hommes, disparurent; ensuite les hommes obtinrent une terre habitable, et ils y fixèrent leur séjour.
Yao et Chun étant morts, la doctrine d'humanité et de justice de ces saints hommes dépérit. Des princes cruels et tyranniques apparurent pendant une longue série de générations. Ils détruisirent les demeures et les habitations pour faire à leurs places des lacs et des étangs, et le peuple ne sut plus où trouver un lieu pour se reposer. Ils ravagèrent les champs en culture pour en faire des jardins et des parcs de plaisance; ils firent tant que le peuple se trouva dans l'impossibilité de se vêtir et de se nourrir. Les discours les plus pervers, les actions les plus cruelles vinrent encore souiller ces temps désastreux. Les jardins et les parcs de plaisance, les lacs et les étangs, les mares et les marais pleins d'herbes se multiplièrent tant, que les oiseaux de proie et les bêtes fauves reparurent; et lorsqu'il tomba entre les mains de Cheou (ou Tcheou-sin), l'empire parvint au plus haut degré de trouble et de confusion.
Tcheou-koung aida Wou-wang à renverser et détruire Cheou, et à conquérir le royaume de Yan. Après trois années de combats, le prince de ce royaume fut renversé; Wou-wang poursuivit Feï-lian jusque dans un coin de terre fermé par la mer, et le tua. Après avoir éteint cinquante royaumes, il se mit à la poursuite des tigres, des léopards, des rhinocéros, des éléphants[10], et les chassa au loin. L'empire fut alors dans une grande joie. Le Chou-king dit: «Oh! comme ils brillent d'un grand éclat, les desseins de Wen-wang! comme ils furent bien suivis par les hauts faits de Wou-wang! Ils ont aidé et instruit les hommes de nos jours, qui sont leur postérité. Tout est maintenant parfaitement réglé; il n'y a rien à reprendre.»
La génération qui a suivi est dégénérée; les principes d'humanité et de justice [proclamés par les saints hommes et enseignés dans les livres sacrés][11] sont tombés dans l'oubli. Les discours les plus pervers, les actions les plus cruelles, sont venus de nouveau troubler l'empire. Il s'est trouvé des sujets qui ont fait mourir leur prince; il s'est trouvé des fils qui ont fait mourir leur père.
KHOUNG-TSEU, effrayé [de cette grande dissolution], écrivit son livre intitulé le Printemps et l'Automne[12] (Tchun-thsieou). Ce livre contient les devoirs du fils du ciel [ou de l'empereur]. C'est pourquoi KHOUNG-TSEU disait: «Ceux qui me connaîtront ne me connaîtront que d'après le Printemps et l'Automne[13]; ceux qui m'accuseront[14] ne le feront que d'après le Printemps et l'Automne.»
Il n'apparaît plus de saints rois [pour gouverner l'empire]; les princes et les vassaux se livrent à la licence la plus effrénée; les lettrés de chaque lieu[15] professent les principes les plus opposés et les plus étranges; les doctrines des sectaires Yang-tchou et Mé-ti remplissent l'État; et les doctrines de l'empire [celles qui sont professées par l'État], si elles ne rentrent pas dans celles de Yang, rentrent dans celles de Mé. La secte de Yang rapporte tout à soi; elle ne reconnaît pas de princes. La secte de Mé aime tout le monde indistinctement; elle ne reconnaît point de parents. Ne point reconnaître de parents, ne point reconnaître de princes, c'est être comme des brutes et des bêtes fauves.
Koung-ming-i disait: «Les cuisines du prince regorgent de viandes, ses écuries sont remplies de chevaux fringants; mais le peuple porte sur son visage les empreintes de la faim; les campagnes désertes sont encombrées d'hommes morts de misère: c'est ainsi que l'on pousse les bêtes féroces à dévorer les hommes[16].»
Si les doctrines des sectes Yang et Mé ne sont pas réprimées; si les doctrines de KHOUNG-TSEU ne sont pas remises en lumière, les discours les plus pervers abuseront le peuple et étoufferont les principes salutaires de l'humanité et de la justice. Si les principes salutaires de l'humanité et de la justice sont étouffés et comprimés, alors non-seulement ces discours pousseront les bêtes féroces à dévorer les hommes, mais ils exciteront les hommes à se dévorer entre eux.
Moi, effrayé des progrès que font ces dangereuses doctrines, je défends la doctrine des saints hommes du temps passé; je combats Yang et Mé; je repousse leurs propositions corruptrices, afin que des prédicateurs pervers ne surgissent dans l'empire pour les répandre. Une fois que ces doctrines perverses sont entrées dans les cœurs, elles corrompent les actions; une fois qu'elles sont pratiquées dans les actions, elles corrompent tous les devoirs qui règlent l'existence sociale. Si les saints hommes de l'antiquité paraissaient de nouveau sur la terre, ils ne changeraient rien à mes paroles.
Autrefois Yu maîtrisa les grandes eaux et fit cesser les calamités qui affligeaient l'empire; Tcheou-koung réunit sous sa domination les barbares du midi et du septentrion, il chassa au loin les bêtes féroces[17], et toutes les populations de l'empire purent vivre en paix. Après que KHOUNG-TSEU eut achevé la composition de son livre historique le Printemps et l'Automne, les ministres rebelles et les brigands tremblèrent.
Le Livre des Vers dit:
«Les barbares de l'occident et du septentrion sont mis en fuite;
Les royaumes de Hing et de Chou sont domptés;
Personne n'ose maintenant me résister.»
Ceux qui ne reconnaissent ni parents ni princes[18] sont les barbares que Tcheou-koung mit en fuite.
Moi aussi je désire rectifier le cœur des hommes, réprimer les discours pervers, m'opposer aux actions dépravées, et repousser de toutes mes forces des propositions corruptrices, afin de continuer l'œuvre des trois grands saints, YU, TCHEOU-KOUNG et KHOUNG-TSEU[19], qui m'ont précédé. Est-ce là aimer à disputer[20]? Je n'ai pu me dispenser d'agir comme je l'ai fait. Celui qui peut par ses discours combattre les sectes de Yang et de Mé est un disciple des saints hommes.
10. Khouang-tchang dit: Tchin-tchoung-tseu n'est-il pas un lettré plein de sagesse et de simplicité? Comme il demeurait à Ou-ling, ayant passé trois jours sans manger, ses oreilles ne purent plus entendre, et ses yeux ne purent plus voir. Un poirier se trouvait là auprès d'un puits; les vers avaient mangé plus de la moitié de ses fruits. Le moribond, se traînant sur ses mains et sur ses pieds, cueillit le restant pour le manger. Après en avoir goûté trois fois, ses oreilles recouvrèrent l'ouïe, et ses yeux la vue.
MENG-TSEU dit: Entre tous les lettrés du royaume de Thsi, je regarde certainement Tchoung-tseu comme le plus grand[21]. Cependant, malgré cela, comment Tchoung-tseu entend-il la simplicité et la tempérance? Pour remplir le but de Tchoung-tseu, il faudrait devenir ver de terre; alors on pourrait lui ressembler.
Le ver de terre, dans les lieux élevés, se nourrit de terre sèche, et dans les lieux bas, il boit l'eau bourbeuse. La maison qu'habite Tchoung-tseu n'est-ce pas celle que Pé-i[22] se construisit? ou bien serait-ce celle que le voleur Tche[23] bâtit? Le millet qu'il mange n'est-il pas celui que Pé-i sema? ou bien serait-ce celui qui fut semé par Tche? Ce sont là des questions qui n'ont pas encore été résolues.
Kouang-tchang dit: Qu'importe tout cela? Il faisait des souliers de sa personne, et sa femme tissait du chanvre pour échanger ces objets contre des aliments.
MENG-TSEU poursuivit: Tchoung-tseu est d'une ancienne et grande famille de Thsi. Son frère aîné, du nom de Taï, reçoit, dans la ville de Ho, dix mille mesures de grain de revenus annuels en nature. Mais lui regarde les revenus de son frère aîné comme des revenus iniques, et il ne veut pas s'en nourrir; il regarde la maison de son frère aîné comme une maison inique, et il ne veut pas l'habiter. Fuyant son frère aîné et se séparant de sa mère, il est allé se fixer à Ou-ling. Un certain jour qu'il était retourné dans son pays, quelqu'un lui apporta en présent, de la part de son frère aîné, une oie vivante. Fronçant le sourcil à cette vue, il dit: A quel usage destine-t-on cette oie criarde? Un autre jour sa mère tua cette oie et la lui donna à manger. Son frère aîné, revenant du dehors à la maison, dit: Cela, c'est de la chair d'oie criarde. Alors Tchoung-tseu sortit, et il la vomit de son sein.
Les mets que sa mère lui donne à manger, il ne les mange pas; ceux que sa femme lui prépare, il les mange. Il ne veut pas habiter la maison de son frère aîné, mais il habite le village de Ou-ling. Est-ce de cette façon qu'il peut remplir la destination qu'il s'était proposé de remplir? Si quelqu'un veut ressembler à Tchoung-tseu, il doit se faire ver de terre; ensuite il pourra atteindre son but.