[1] De certaines femmes de cette époque on a pu dire: «Elles n'ont connu ni les grandes passions ni les grands repentirs; les philosophes du XVIIIe siècle ne leur avaient laissé que la moins consolante des religions: celle du plaisir.» (A. de Pontmartin, Causeries du Lundi.)
[2] Ignorés d'ailleurs de la plupart des intéressés.
[3] M. de La Rocheterie a également publié la Correspondance du marquis et de la marquise de Raigecourt avec le marquis et la marquise de Bombelles pendant l'émigration. Société d'histoire contemporaine, 1892. Tiré à petit nombre et devenu rarissime.
[4] Nous l'avons dit plus haut: grâce à M. M. de la Rocheterie, on connaissait la correspondance pendant l'émigration des Raigecourt avec la marquise de Bombelles.
[5] Sauf dans Feuillet de Conches (Louis XVI, Marie-Antoinette, etc.), pour la période qui se rapporte à sa mission en Russie, et récemment dans la Correspondance du comte de Vaudreuil avec le comte d'Artois (2 volumes publiés par M. Léonce Pingaud).
[6] Archives de Seine-et-Oise, E. 231.
[7] A Fontenoy, à Raucoux, il se distingua particulièrement; comme gouverneur de la Lorraine allemande qu'il a fortifiée et rendue praticable par des chemins militaires, il a droit également aux éloges, comme le témoigne l'importante correspondance militaire qui lui est adressée.
[8] Arch. de Seine-et-Oise, E. 233, 234.
[9] Arch. de Seine-et-Oise, E. 387, E. 391.
[10] Lettre du 6 avril 1758 du prince héréditaire de Hesse Darmstadt au lieutenant général de Bombelles.
[11] Lettre du 13 avril 1786.
[12] Le duc de Bourgogne mourut le 22 mars 1761. Voir les pages émouvantes consacrées à ce charmant prince dans: la Mère des trois derniers Bourbons, par Casimir Stryienski, Paris, 1902, et l'Eloge de Lefranc de Pompignan.
[13] Anecdote contée par Alissan de Chazet: Mgr de Bombelles, dans Mémoires, Souvenirs et Portraits (t. II).
[14] Les Gobelin d'Offémont descendaient de Jean Gobelin, seigneur de la Tour en 1516. Baltazar Gobelin, seigneur de Brinvilliers, président en la chambre des Comptes, fit ériger sa terre en marquisat pour son fils Antoine. Celui-ci fut, en 1668, marié à Marie-Madeleine Dreux d'Autray, fille d'Antoine, seigneur de Villiers et d'Offémont. C'est la célèbre empoisonneuse, marquise de Brinvilliers. Claude Antoine de Gobelin porta le nom de comte d'Offémont. Son fils, Nicolas-Louis, était le mari de Françoise de Bombelles. D'où le comte d'Offémont, né le 3 novembre 1774 (Dossier 234). Le château d'Offémont appartient aujourd'hui à M. de Sancy de Parabère, ancien officier supérieur de cavalerie.
[15] Les instructions du comte de Vergennes pour M. de Bombelles, établissaient notamment certains points politiques qui devaient, quelques années plus tard, être opposés aux calculs ambitieux de Joseph II sur la Bavière: «Le roi, y était-il dit, ne négligera rien pour resserrer et rendre plus inviolables les liens qui assurent le repos de l'Allemagne; mais, en remplissant ses engagements à cet égard. Elle (sic) ne se croit pas déchargée de ceux qu'elle a formés bien plus anciennement avec le corps germanique par la garantie du traité de Westphalie... Sa Majesté n'a cessé de recommander à son ministre auprès de la Diète aussi bien qu'à tous ses autres ministres résidant près des princes de l'empire de déclarer que son alliance avec la maison d'Autriche était fondée sur les traités de Westphalie et sur les constitutions germaniques; qu'elle regardait comme une de ses premières maximes de ne pas permettre d'y porter atteinte; que, bien loin de vouloir servir d'instrument aux projets d'oppression que la Cour impériale pourrait former, Sa Majesté se prévaudrait plutôt de l'alliance comme d'un moyen de plus pour servir la cause des Etats.» (Le comte de Vergennes au marquis de Bombelles, 10 avril 1715.—Arch. de Seine-et-Oise, E. 453).
[16] La princesse de Guéménée, née Rohan-Soubise, était propriétaire de ce domaine de Montreuil, qui deviendra l'habitation aimée de Madame Elisabeth. La comtesse de Marsan occupait rue Champ-la-Garde une grande maison dont le parc pouvait communiquer avec celui de sa nièce. Derrière la propriété de Mme de Guéménée, avec son entrée sur la rue Champ-la-Garde, se trouvait la petite maison prêtée à Mme de Mackau, et que lui donna plus tard Madame Elisabeth.
[17] «L'usage de ce temps aimable et frivole, écrit la vicomtesse de Noailles (Vie de la princesse de Poix) était de confier l'éducation des filles au couvent depuis l'enfance jusqu'au mariage. Personne n'avait, ou ne croyait avoir le temps d'élever ses enfants: d'ailleurs, sur plusieurs filles, il y en avait toujours quelqu'une destinée à entrer en religion, et, par conséquent, il fallait l'éloigner du monde avant qu'elle pût le regretter.» La dernière phrase est-elle bien juste? Ce n'est pas toujours dans ces couvents-là qu'on plaçait les jeunes filles destinées au voile.
[18] L'abbaye de Panthémont était située là où est maintenant le temple protestant, 108, rue de Grenelle. C'était le couvent le plus élégant et le plus mondain de Paris. Les princesses Bathilde d'Orléans et Louise de Condé y passèrent plusieurs années, cette dernière jusqu'à sa vingt-cinquième année. Les deux princesses avaient leur appartement à part, leur train de vie à part, leur table particulière, une dame d'honneur, plusieurs femmes de service. Elles donnaient à dîner et recevaient toute une petite cour. (Voir la Dernière des Condé, par le marquis P. de Ségur;—et comte Ducos, la Mère du duc d'Enghien.—Voir aussi la Femme au XVIIIe siècle des Goncourt, et les charmants Portraits de Jules Soury.)
[19] Ces maisons où l'éducation est si frivole font naturellement penser à ce couvent de Terceire dans les Açores, où firent halte les officiers français revenant d'Amérique. Lauzun, Broglie, Ségur y remportèrent de faciles succès. L'abbesse qui n'y voyait pas de mal adressait aux jeunes conquérants des compliments que Ségur paraphrasa ainsi: «Ces jeunes personnes auxquelles je vous laisse offrir vos hommages, s'étant exercées à plaire, seront un jour plus aimables pour leurs maris, et celles qui se consacreront à la vie religieuse, ayant exercé la sensibilité de leur âme et la chaleur de leur imagination, aimeront plus tendrement la divinité.»
[20] Mariées à quatorze ans: Mlles de Bouillon, de Luynes, de Noailles d'Ayen; à treize ans et demi: Mlles de Montmorency, de Polignac; à douze ans, Mlle de Nantes, Mlles de Brézé, du Lude, d'Arquien; à onze ans, Mlles de Noailles, de Boufflers et la fille de Samuel Bernard; à dix ans et demi, Mlles de Mailly, Colbert, etc. Un duc d'Uzès se maria à dix-sept ans avec une fille du prince de Monaco qui en avait trente-quatre; le prince de Turenne, le duc de Fitz-James, le duc de Fronsac se mariaient aux mêmes âges. Le duc de la Trémoille se mariait à quatorze ans, la même année que Louis XV qui en avait quinze... Il en est bien d'autres dont les Mémoires du duc de Luynes et de Saint-Simon nous donnent les noms. Charles-Gaspard de Rohan Rochefort aura seize ans quand il épousera sa cousine, Louise-Josèphe de Rohan-Guéménée, de six mois plus âgée que lui. Le fils du comte de Berchenyi, à seize ans, épousera une enfant de neuf ans. (Voir infra).—Voir aussi l'excellent livre de M. Fernand Giraudeau, les Vices du jour et les Vertus d'Autrefois.
[21] Qui n'a présent à l'esprit le mariage du jeune duc de Bourbon, âgé de quatorze ans et demi, avec la princesse Bathilde d'Orléans. Celui qui, depuis, devait faire si mauvais ménage avec sa femme, commença par l'enlever le soir des noces. Ce petit scandale amusa la cour, et Laujon en fit une pièce qu'il appela l'Amoureux de quinze ans (Voir la Mère du duc d'Enghien, par le comte Ducos;—et nos Fantômes et Silhouettes, Emile Paul, 1903).
[22] Elisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, née le 3 mai 1764, baptisée le même jour en présence de la famille royale, par l'archevêque de Reims, et tenue sur les fonts par le duc de Berry, son frère aîné, le futur Louis XVI, au nom de l'Infant Don Philippe, et par Madame Adélaïde, sa tante, au nom de la reine d'Espagne douairière. Le dauphin mourut en 1765; la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, deux ans après.
[23] Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth.
[24] Marie-Louise Geneviève de Rohan-Soubise, veuve de Jean-Baptiste Charles, comte de Marsan, prince de Lorraine, mort à vingt-trois ans sans enfants, en 1743. La comtesse de Marsan, très «Rohan» et très «Lorraine», portait au plus haut degré l'orgueil des maisons qu'elle représentait. Elle embrassa les prétentions des Rohan de passer avant les ducs et pairs, comme descendants des rois de Bretagne et des rois de Navarre. Ils réclamèrent le titre d'Altesse quand Elisabeth Godfried, de Rohan Soubise, épousa le prince de Condé (Voir les lettres d'elle publiées dans Fantômes et Silhouettes, Émile-Paul, 1903). On connaît la carrière militaire, plus fastueuse que glorieuse, du maréchal de Soubise, qui dut l'exagération des faveurs versées sur sa tête par Louis XV à son dévouement absolu au roi, à la perfection de ses manières, à sa complaisance pour les favorites et à la finesse de son esprit de courtisan. La comtesse de Marsan était gouvernante des Enfants de France depuis 1754. Elle avait été l'ennemie acharnée de Choiseul. Mme de Pompadour la détestait. (Cf. les Mémoires de Mme du Hausset, et les Mémoires de Choiseul, tout récemment publiés par M. Fernand Calmettes.)
[25] Sur Mme de la Ferté-Imbault, consulter le Royaume de la rue Saint-Honoré, par le marquis Pierre de Ségur.
[26] Les Mackau appartenaient à une noble et ancienne famille irlandaise. Au XIXe siècle le nom fut illustré par l'amiral de Mackau, une des gloires de la marine française. Il était le petit-fils de la baronne de Mackau, mère d'Angélique, et le père du vaillant champion des Droites à la Chambre, député de l'Orne depuis trente ans.
[27] Le 13 août 1775.
[28] Mgr Darboy, Préface à la Correspondance de Madame Elisabeth, publiée par Feuillet de Conches.
[29] Voir la Vie de Madame Elisabeth, par M. de Beauchesne, et Madame Elisabeth, par Mme la comtesse d'Armaillé.
[30] C'était aussi une ancienne élève de Saint-Cyr. Elle était douce et gaie et s'était fait aimer de Madame Elisabeth.
[31] Nombreuses lettres conservées aux archives de Seine-et-Oise.
[32] La marquise de Soucy.
[33] Les Réflexions à la Reine de France sont un véritable examen de conscience où l'empereur présentait à la jeune princesse ses devoirs sous deux aspects: 1o comme épouse; 2o comme reine. (Voir Marie-Antoinette, par M. de la Rocheterie, où cette instruction est donnée en grande partie, p. 351 et suivantes.)
Voici quelques-uns des paragraphes du questionnaire impérial:
—Employez-vous tous les soins à plaire au Roi? Etudiez-vous ses désirs, son caractère pour vous y conformer? Tâchez-vous de lui faire goûter votre compagnie et les plaisirs que vous lui procurez, et auxquels, sans vous, il devrait trouver du vide?
Votre seul objet doit être l'amitié, la confiance du Roi.
Comme Reine, vous avez un emploi lumineux: il faut en remplir les fonctions.
Votre façon n'est-elle pas un peu trop leste?...
Plus le Roi est sérieux, plus votre Cour doit avoir l'air de se calquer après lui. Avez-vous pesé les suites des visites chez les dames, surtout chez celles où toute sorte de compagnie se rassemble, et dont le caractère n'est pas estimé?
Avez-vous pesé les conséquences affreuses des jeux de hasard, la compagnie qu'ils rassemblent, le ton qu'ils y mettent?
... Daignez penser un moment aux inconvénients que vous avez déjà rencontrés aux bals de l'Opéra.
... Gardez-vous, ma sœur, des propos contre le prochain, dont on fait tout l'amusement... Par des méchancetés dites sur le prochain..., on évite les honnêtes gens...
L'Empereur recommandait aussi à sa sœur de conserver l'étiquette, de bien penser à sa situation et à sa nation «qui est trop encline à se familiariser et à manger dans la main».
Or, lui-même donnait l'exemple de la simplicité outrée. On peut s'étonner de voir l'Empereur philosophe recommander à sa sœur de se montrer «dévote et recueillie à l'église», ajoutant que le plus grand impie devrait l'être par politique. Il était mieux dans son rôle en signalant l'inconvénient de la société des jeunes gens, et de l'accueil trop facile fait aux étrangers, surtout aux Anglais dont les usages et les mœurs devenaient alors fort à la mode, au grand déplaisir du Roi.—Joseph II à Léopold, 11 mai 1777, et Mercy à Marie-Thérèse.
[34] Il avait passé en revue les manufactures et les arsenaux, rendu visite à Geoffrin et à l'Institut, à Mme du Barry et à Buffon (avec le grand naturaliste, il avait à réparer une bévue de son frère Maximilien refusant maladroitement un exemplaire de luxe de l'Histoire naturelle); il avait causé avec économistes et savants. Il avait voulu tout voir, se rendre compte de tout, peut-être sans grand esprit de suite. Ce séjour, comme l'écrivait Louis XVI à Vergennes, devait donner une furieuse jalousie au roi de Prusse. Et, d'ailleurs, c'était vrai.
Dans ce concert de louanges, il pouvait se produire des notes discordantes.
Joseph II, en effet, se montra plus que froid avec Choiseul, qui pourtant était le promoteur de l'Alliance autrichienne, qui avait valu la Dauphine à la France.
Le duc était venu à Versailles le jour de la cérémonie des cordons bleus et au jeu de la Reine, «mais il n'y a rien eu de bien remarquable dans l'accueil qu'il lui a fait, l'ayant connu personnellement à Vienne, écrit le comte de Viry, si ce n'est que le Roi Très Chrétien a laissé apercevoir de nouveau, à cette occasion, ses dispositions peu favorables pour cet ex-ministre qui est retourné mardi dernier à la campagne.»
Joseph II avait traversé la Touraine sans s'arrêter à Chanteloup.
Avec M. de Vergennes, l'Empereur attaqua de front la question brûlante. L'entrevue se passa ainsi, d'après la dépêche du comte de Viry, ministre de Sardaigne.
«Bien des gens, lui dit ce prince, sont surpris de l'inaction de la France dans les circonstances actuelles.
«—Je le sais, a répondu le secrétaire d'Etat; mais le conseil du Roi a pensé sagement qu'il ne fallait pas qu'un Roi de vingt-deux ans signalât le commencement de son règne par une guerre d'ambition. Nous connaissons tous les avantages de notre position, mais nous ne voulons pas nous embarquer dans une guerre qui pourrait causer un incendie général.—La France, répliqua l'Empereur, n'a rien à craindre, tant que durera notre alliance. Quant à moi, je me trouve dans des positions plus épineuses; il me sera bien difficile de toujours conserver la paix...—J'ose vous assurer, monsieur le Comte (l'Empereur voyageait sous le nom de comte de Falkenstein), dit alors M. de Vergennes, que la maison d'Autriche n'a rien à craindre, tant que durera notre alliance.—Cette réponse, placée avec esprit et à propos, a fait sentir finement à l'Empereur, combien l'on pensait à Versailles que cette alliance lui était avantageuse. Aussi le prince a-t-il coupé court à ces matières...»
[Au marquis d'Aigueblanche, 6 juin 1777 (Recueil Flammermont.)]
Paris l'avait séduit, la nation ne lui déplaisait pas, malgré sa légèreté, et, s'il avait une fort mince opinion de ceux qui gouvernaient, malgré les belles phrases dont il les avait bernés, il conservait une haute idée des ressources de la monarchie, si le gouvernail était aux mains de plus habiles.
Il redoutait le retour de Choiseul au pouvoir. «Si le duc de Choiseul avait été en place, disait-il,—à la satisfaction du Roi, et au vrai déplaisir de la Reine, sa tête inquiète et turbulente aurait pu jeter le royaume dans de grands embarras.»
Par contre, l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, lui avait laissé une haute idée de sa capacité (Mercy, t. III, p. 70).
Sur chacun il avait une opinion: le comte d'Artois était «un petit-maître», Mesdames de France étaient «nulles». Avec Louis XVI, il s'était ouvert sur bien des questions, et il avait semblé goûter sa conversation. En revanche, il écrivait à Léopold son impression intime: «Cet homme est un peu faible, mais point imbécile; il a des notions, il a du jugement, mais c'est une apathie de corps comme d'esprit. Le fiat lux n'est pas encore venu, et la matière est encore en globe.»
Joseph II, qui prétendait tout savoir et morigénait tout le monde à fleur de jugement, était jugé par plus fin que lui. «L'Empereur, écrivait le comte de Provence à Gustave III, est fort cajolant, grand faiseur de protestations et de serments d'amitié; mais, à l'examiner de près, ses protestations et son air ouvert, cachent le désir de faire ce qui s'appelle tirer les vers du nez et de dissimuler les sentiments propres, mais en maladroit; car avec un peu d'encens, dont il est fort friand, loin d'être pénétré par lui, on le pénètre facilement. Ses connaissances sont très superficielles.» (Gustave III et la Cour de France, t. II, 390.)
[35] «L'Empereur, écrit le comte de Viry, ministre de Sardaigne, n'ignorant pas tous les bruits qui ont couru du projet de mariage qu'on lui supposait avec Madame Elisabeth, a affecté de dire à Leurs Majestés très chrétiennes, à toute la famille royale, qu'il ne pensait pas à se remarier.» (Au roi de Sardaigne, 25 avril 1777. Dans Correspondance diplomatique publiée par Flammermont.)
[36] «Ce petit château», on l'a déjà dit, était une modeste maison donnant sur la rue Champ-la-Garde et dont le jardin communiquait avec le parc de la princesse de Guéménée. La maison de la comtesse de Marsan était un peu plus loin dans la même rue.
[37] Voir comte Horric de Beaucaire, Une Mésalliance dans la maison de Brunswick;—un article de M. Depping dans la Revue bleue, 1896;—Paul Gaulot, les Chemises rouges:—G. Lenôtre, le Baron de Batz, 1896;—le Carnet de 1901 sur Mlle d'Olbreuse, et un livre récent de M. H. d'Alméras, Emilie de Saint-Amaranthe.
Il est question aussi des Chemises rouges dans l'aimable ouvrage de M. Jacques de la Faye, la Princesse Charlotte de Rohan et le duc d'Enghien (Émile-Paul, 1905).
[38] Gazette de France, 19 janvier 1778 et jours précédents.
[39] Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth. Notes de Mme de Reichenberg.
[40] Situé rue Colbert.
[41] «Qu'une vie est belle, a écrit Pascal, lorsqu'elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition.»
Bombelles menait les deux de front.
[42] Voir chapitre suivant.
[43] Louis-Philippe Ier, veuf de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, remarié secrètement à la marquise de Montesson, mort en 1785.
[44] Louise-Marie-Adélaïde Bourbon-Penthièvre, femme de Louis-Philippe-Joseph (Philippe-Egalité), morte en 1821.
[45] Sur les Esterhazy, voir Fantômes et Silhouettes, Emile-Paul, 1903.
[46] Veuve du marquis de Rosières Soran, fille de Donatien de Maillé, marquis de Curman, chevalier de Saint-Louis et d'Elisabeth d'Anglebermes de Lagny, veuve de Jean-Louis d'Alsace, comte de Hénin-Liétard-Blincourt, marquis de Saint-Phal, laquelle avait eu de son premier mariage une fille qui épousa le marquis du Muy, fils du maréchal.
La marquise de Soran sera, quelques mois plus tard, nommée dame de Madame Elisabeth. Elle ne chercha pas à jouer de rôle à la Cour, mais elle était très appréciée dans le monde des lettres, et La Harpe, un de ses admirateurs, l'avait surnommée la Mère des Amours. Avec sa taille mince et bien prise, sa coiffure et son ajustement très soignés, ses petites grâces malicieuses et ses coquetteries, c'était une charmante petite vieille. Elle était généralement accompagnée de sa fille Delphine, mariée depuis au comte Stanislas de Clermont-Tonnerre, et qui ne tarda pas à devenir aussi dame de Madame Elisabeth.
[47] C'est à ce propos que Bezenval, qui s'est mêlé de l'affaire comme témoin du comte d'Artois avant, mais est arrivé après le duel, se laisse aller à des épigrammes contre la Reine qui l'a reçu dans ses petits appartements, «simplement, mais commodément meublés». Je fus étonné, non pas que la Reine eût désiré tant de facilités, mais qu'elle eût osé se les procurer.» Bezenval se vengeait d'avoir été, peu de temps auparavant, remis à sa place par la Reine, que ses assiduités importunaient... (Voir dans les Mémoires de Mme Campan, t. I, la réfutation des dires de Bezenval.)
[48] Cette assez mauvaise pièce fut pourtant applaudie; mais, dit Mme du Deffand, c'était plutôt Voltaire qui en était l'objet que la pièce. L'auteur fut couronné de fleurs, et Vestris lui adressa un impromptu qui finissait par ces vers:
Voltaire, reçois la couronne,
Que l'on vient de te présenter.
Il est beau de la montrer,
Quand c'est la France qui la donne.
Dans sa lettre du 1er avril, Mme de Bombelles, ayant assisté à Versailles à la représentation de la pièce jouée à Paris, donne ces détails.
[49] Correspondance de Mme de Bombelles, 19 et 29 mars;—Lettre de Mme de Mackau, 18 mars;—Correspondance secrète, édit. Lescure, t. I;—Correspondance de Mme du Deffand;—Mémoires de Bezenval et de Mme Campan;—Bachaumont, Mémoires secrets.
[50] Mme de Canillac, malgré l'aventure, allait être nommée en titre dame pour accompagner Madame Elisabeth.
[51] Le salon de Mme de Guéménée n'était pas prude, on y jouait un jeu d'enfer, et la Reine avait le grand tort de s'y montrer beaucoup trop souvent. Joseph II l'avait proclamé, non sans des épithètes peu flatteuses pour la princesse de Guéménée, à son voyage de l'année précédente.
[52] Fille du prince de Condé et d'Élisabeth Godfried de Rohan-Soubise, à qui le marquis de Ségur a consacré de très intéressantes pages: la Dernière des Condé (Calm. Lévy, 1899). Elle eut un amour platonique pour le marquis de la Gervaisais (Lettres publiées par Ballanche, 1827, rééditées par Paul Viollet, 1875). Ne se maria jamais, et entra en religion sous le nom de Sœur Marie-Joseph de la Miséricorde.
[53] Plus tard seraient nommées dames: la vicomtesse d'Imécourt, la marquise de Lambellon des Essarts, la comtesse de La Bourdonnaye, la vicomtesse des Monstiers-Mérinville, la comtesse de Lastic, la comtesse de Blangy, la marquise de Marguerie, la comtesse des Deux-Ponts, enfin la marquise de Raigecourt, née Causans (Almanach royal, de 1778 à 1789).
[54] «Vous aurez su le changement survenu dans ma fortune, écrira-t-il à Gustave III... Je me suis rendu maître de moi à l'extérieur fort vite et j'ai toujours tenu la même conduite qu'avant, sans témoignage de joie, ce qui aurait passé pour fausseté et ce qui l'aurait été, car franchement, et vous pouvez aisément m'en croire, je n'en ressentais pas du tout; ni de tristesse, qu'on aurait pu attribuer à de la faiblesse d'âme. L'intérieur a été plus difficile à vaincre.» Madame et la comtesse d'Artois, tout en conservant une attitude très convenable, n'en faisaient pas moins, in petto, de désagréables réflexions (Voir la Correspondance de Mercy, t. III, mai à août).
[55] Parmi ceux-ci: Maurepas et les ministres qui, dans cette grossesse, voyaient l'affermissement du crédit de la Reine sur l'esprit de Louis XVI; les envieux des Polignac, dont la faveur était plus forte que jamais; Mme de Marsan, qui ne pardonnait pas à la Reine son goût pour Choiseul et son peu de sympathie pour les Rohan. Un volume de pamphlets les plus odieux était jeté dans l'Œil de Bœuf, et l'auteur, découvert mais non poursuivi, était Champcenetz.
[56] Le comte de Coigny, chevalier d'honneur.
[57] Les papiers trouvés dans l'armoire de fer ont appris que Louis XVI remettait tous les ans 15.000 francs à la Reine pour le comte Esterhazy.
[58] Esterhazy jouissait de faveurs spéciales qui excitaient la jalousie. Il sera, nous le verrons, l'un des quatre gentilshommes autorisés à tenir compagnie à la Reine, pendant qu'elle a la rougeole (été de 1779). Mercy se plaint, dès le 17 janvier, qu'il est autorisé, plus expressément que quiconque, à venir faire sa cour à la Reine, dans sa loge, à Versailles et à Paris. Cette distinction, qui n'était pas dans les usages de ce pays-ci, et qui était une prérogative exclusive pour les charges de cour, a excité de la jalousie contre le comte Esterhazy et quelque surprise parmi cet ordre du public qui fréquente habituellement les théâtres.»
[59] Voir les Mémoires de Lauzun, dans Fantômes et Silhouettes, les Esterhazy à la cour de Marie-Antoinette, et les fragments de Mémoires de Valentin Esterhazy, publiés par Feuillet de Conches.
[60] Dans l'année 1778, la Reine fit des différences énormes. A la fin de l'année, elle se trouvait perdre 7.550 louis, chiffre donné par l'abbé de Vermond au comte de Mercy.
[61] Corresp. du comte de Mercy, t. III;—Lettres de Mme de Coislin, dans le Gouvernement de la Normandie, par C. Hippeau, t. IV.
[62] Madame Élisabeth sera fort bonne écuyère, mais d'une hardiesse qui effrayait ceux qui l'accompagnaient. «Il serait peut-être désirable, écrit à cette époque Mme de Mackau à Madame Clotilde, qu'elle montât moins à cheval, mais c'est un goût dominant, et elle s'en porte à merveille, de manière que l'on ne peut guère la contrarier sur cet objet.» (Archives de la Maison royale de Savoie;—lettres communiquées aimablement par notre érudit confrère M. G. Roberti, professeur à l'Académie militaire de Turin.)
[63] Voltaire, revenu à Paris le 10 février, après un exil de vingt-sept ans, était descendu chez le marquis de Villette, au coin de la rue de Beaune et du quai des Théatins (aujourd'hui quai Voltaire). Il avait été reçu par la foule en triomphateur; les Académies réunies lui prodiguèrent des honneurs quasi souverains; la Comédie-Française lui décerna une couronne que le prince de Beauvau tint à lui mettre sur la tête... Il ne put résister à tant d'émotions. Il tomba dangereusement malade, refusa les consolations de la religion et mourut le 30 mai, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Le 2 juillet, Jean-Jacques Rousseau, devenu hypocondre, mourait à Ermenonville, où le marquis Stanislas de Girardin lui donnait asile. A l'heure qu'il est, on n'est pas encore d'accord sur les circonstances de sa mort.
[64] Mme de Soucy sera, en effet, nommée sous-gouvernante deux ans plus tard.
[65] Née Talleyrand-Périgord, belle-fille du maréchal de Mailly, de la branche de Mailly-Haucourt.
[66] Depuis 1729, on ne se rappelait pas avoir vu une crue pareille.
[67] M. de Brentano, secrétaire de la légation.
[68] Frédéric II au baron de Goltz, décembre 1776, 22 août 1777.—Bancroft, Histoire de l'action commune de l'Amérique et de la France, t. III.
[69] Voir chapitre II. Le baron de Goltz, après avoir dit que l'Empereur «s'était montré peu édifié de l'affabilité du Roi», ajoute que, «quant au bons sens, il le trouvait supérieur à ce qu'il en croyait». (A Frédéric II, 18 mai 1777. Recueil Flammermont).
[70] Correspondance du comte de Scarnafis avec le roi de Sardaigne (Recueil Flammermont).
[71] Maria Theresia und Joseph II, t. II (Recueil Geffroy-d'Arneth).—Cf. Correspondance diplomatique du marquis de Bombelles. (Bib. nat.).
[72] Correspond. diplomatique de Bombelles.
[73] On devra lire les nombreux extraits de correspondance entre Frédéric II et Goltz donnés dans l'ouvrage de Bancroft (t. III). Le ministre prussien, moine scrupuleux encore que jamais, mit tout en œuvre pour exciter les esprits contre la Cour de Vienne. Mercy à la même époque ne se lassait pas de signaler, avec nombreuses preuves à l'appui, les inventions et les calomnies de son collègue.
[74] Mercy à Marie-Thérèse, 17 janvier.
[75] Le comte de Vergennes le mandait à M. de Bombelles, 9 février. C'était là le commentaire obligé des instructions données en 1775 au marquis (Voir chapitre I), et l'on doit se rappeler cette phrase: «... Loin de vouloir servir d'instrument aux projets d'oppression que la Cour impériale pourrait former, Sa Majesté se prévaudrait de l'alliance comme d'un moyen de plus pour servir la cause de l'Etat.» (Archives de Seine-et-Oise, E. 453). Les partisans de la Reine désapprouvaient hautement la circulaire du comte de Vergennes, disant que c'était une demi-démarche uniquement propre à exciter de la défiance entre des alliés. (Correspondance du comte de Scarnafis, Recueil Flammermont).—On doit aussi se souvenir des considérations sur le voyage de l'Empereur en 1777, que Vergennes soumit au roi le 12 avril... «Si cette alliance est intéressante à conserver, elle veut être maintenue avec assez d'égalité pour qu'un des alliés ne se croie pas en droit de tout exiger de l'autre sans être tenu à lui rien rendre; c'est ce qui arriverait immanquablement, Sire, si Votre Majesté, prêtant l'oreille à des insinuations spécieuses, se portait à donner plus d'extension au traité de 1756, ou (ce que la Cour a paru désirer singulièrement) si Votre Majesté prenait l'engagement d'employer toutes ses forces au soutien de l'alliance (Beauchesne, Vie de Madame Elisabeth, t. I, appendice).
[76] M. de La Rocheterie, Hist. de Marie-Antoinette, I, p. 369.
[77] Malgré les conseils de Joseph II, le jeu avait repris de plus belle au début de l'année. Les finances de la Reine en étaient obérées au point qu'elle «était obligée de se refuser aux actes de bienfaisance que lui dicteraient sa grandeur d'âme et sa générosité naturelle.» (Mercy, III, 155).
[78] L'année précédente, le 3 février, elle écrivait déjà à sa mère: «Je suis plus révoltée qu'étonnée des vilenies et méchancetés du mauvais voisin; peut-être même est-il trompé sur quelques points par le ministre qu'il a ici; il est connu depuis longtemps pour un homme peu scrupuleux et qui, pour se faire valoir auprès de son maître, n'hésite pas à lui mander toutes sortes de fables.»
[79] L'ingérence de Marie-Antoinette dans l'affaire a pourtant déjà indisposé contre elle le public. Voir la Correspondance du comte de Scarnafis (Recueil Flammermont, p. 356 et suivantes).
[80] Bombelles à Vergennes: Corr. diplom. (Bib. nation.), mars à juin.
[81] Bombelles à Vergennes.
[82] Mercy à Marie-Thérèse, 17 juillet.
[83] Marie-Thérèse à Joseph II.
[84] Correspondance de Mercy, III, 231, 234;—Marie-Antoinette à Marie-Thérèse.—Marie-Thérèse à Marie-Antoinette.—Vergennes à Bombelles (Arch. de Versailles).—Maria Theresa und Joseph II, II, 345.
[85] Vergennes à Bombelles (archives de Seine-et-Oise).
[86] Correspondance de Mercy, 9 et 17 septembre.
[87] Corresp. de Mirabeau et de la Marck, Introduction;—Corresp. du baron de Goltz, dans Bancroft, t. III.
[88] 21 décembre.—Archives de Versailles. E, 449.
[89] Bombelles à Vergennes, 2 décembre (Arch. de Versailles).
[90] Bombelles à Vergennes, 23 décembre (Arch. de Versailles).
[91] Frédéric II, Œuvres posthumes, t. V;—Flassan, Hist. de la diplomatie, t. VII, liv. VII.
[92] Pour la guerre d'Amérique, outre les Mémoires de Ségur, l'ouvrage de Bancroft, on devra consulter les Histoires de Louis XVI, etc., de Droz, de Todières, et un excellent livre récent de M. le vicomte de Noailles: la Marine française en Amérique.
[93] Dame d'atours de Madame Élisabeth.
[94] Voir A. Dinaux, Histoire des Sociétés badines, 2 vol. in-fo;—et M. de Ségur, le Royaume de la rue Saint-Honoré, C. Lévy, 1897.
[95] Sur les loges d'adoption admises par le Grand-Orient et dont faisaient partie en France, à la même époque, la duchesse de Chartres, la princesse de Lamballe et presque toute l'aristocratie, voir un très curieux chapitre de Mme de Lamballe, par G. Bertin, 1888.
[96] Mlle de Schwartzenau, dont il a été question, chapitre I.
[97] On sait que la chambre où Marie-Antoinette accoucha de Madame Royale et de ses trois autres enfants était celle qu'avaient occupée, depuis Louis XIV, les Reines et les Dauphines. Dessus de portes signés Natoire, Boucher, de Troy; magnifiques Gobelins tendant la pièce entière... Cette chambre, placée près du salon de la Paix et contiguë à la pièce des Nobles, est aujourd'hui défigurée. Le grand portrait en robe blanche, toque et manteau bleus, par Mme Vigée-Lebrun, peint en 1788, rappelle seul le souvenir de la Reine. Cf. P. de Nolhac, Marie-Antoinette reine de France.
[98] Mme Campan assure que le désappointement d'avoir une fille entra pour beaucoup dans cette crise. Ceci paraît controuvé par la lettre de Mercy écrite à midi trois quarts, où il est dit qu'à ce moment la Reine ignorait le sexe de l'enfant.
[99] Lettre du 21 décembre.—Journal du Roi; Couches de la reine.—Journal de Papillon de la Ferté.—Correspond. du comte de Mercy.—Mémoires de Mme Campan.
[100] Fille de Louis-Armand, marquis de Caulaincourt et de Gabrielle-Pélagie de Bovelles, Mme d'Orsay, restée veuve de très bonne heure, était belle, aimable et spirituelle. Voir les Mémoires de Dufort de Chevernin.
[101] Il fut le père du célèbre comte d'Orsay, le roi de la mode sous le règne de Louis-Philippe et de la belle duchesse de Guiche, puis de Gramont, mère du ministre et ambassadeur.
[102] Fille du landgrave.
[103] La comtesse de Beichlingen était en effet inscrite dans l'Almanach de Gotha, comme princesse de Würtemberg, ainsi que la comtesse de Waldgrave, femme du duc de Glocester, la comtesse d'Irhham, femme du duc de Cumberland, et Mme de Villabrisa qui avait épousé un frère du roi d'Espagne; mais ces exemples n'avaient pas convaincu le landgrave, qui n'avait pas osé donner ce mécontentement à sa famille.
[104] Ce prince de Nassau-Siegen qui fut l'ami, en même temps, de la Cour de France et de Catherine II, fut chargé de missions pendant l'émigration. Ce ne fut que plus tard que le besoin de son crédit lui valut le titre de cousin du prince de Nassau-Saarbrück.
[105] Titre parfaitement usurpé du reste.
[106] Il a été fait bien des travaux sur les mariages inégaux en Allemagne. Au dossier Bombelles, figure un traité qui résume les articles sur lesquels pouvait s'appuyer Mme de Reichenberg. E. 397. Voir aussi l'Intermédiaire des Chercheurs, 1er semestre 1901.
[107] Les charbonniers occupaient la loge du Roi, les poissardes celle de la Reine. Les spectateurs entonnèrent en masse avec les acteurs le chœur: «Chantons, célébrons notre reine.»—Mémoires secrets, t. XII.—Histoire de Marie-Antoinette, par Montjoye.
[108] Dans une lettre de Mme de Mackau à Madame Clotilde, nous trouvons quelques détails sur Madame Elisabeth qui «se fait aimer de tout le monde; elle est exacte à tous ses devoirs essentiels sans que personne l'y excite comme si elle était encore à l'éducation». Sur la petite princesse qui vient de naître et sur les enfants du comte d'Artois, Mme de Mackau écrit les impressions suivantes:
«Il faut que j'entretienne ma chère Reine [A] de Madame sa nièce: elle vient à merveille et est extrêmement forte pour son âge; elle a les plus beaux yeux possible, et un petit visage bien arrondi, une très jolie bouche, et je trouve que, du bas du visage, elle ressemble beaucoup à Madame sa tante, la Princesse de Piémont: je le faisais remarquer tantôt à ces femmes qui ont été de mon avis; jugez, ma chère Reine, combien cette idée redouble mon intérêt pour cette auguste enfant. Tout ce que je désire est qu'elle conserve cette ressemblance, que j'avais trouvée dans Mademoiselle, et qu'elle a perdue en grandissant. Elle est pourtant régulièrement belle, mais elle a un sérieux dans la physionomie qui n'a nul rapport avec l'air gracieux et plein de bonté de ma chère princesse; monsieur le duc d'Angoulême, sans être beau, est un charmant enfant plein d'esprit, fort doux et toujours gai; pour monsieur le duc de Berri, on n'en peut encore rien dire, car il a un terrible masque sur le visage, cependant on aperçoit de beaux traits, et je crois que, lorsqu'il sera guéri, il deviendra le plus beau des trois; la Reine est parfaitement rétablie et plus belle que jamais.» (Archives de la maison royale de Savoie, aimable communication de M. G. Roberti.)
[A] Mme de Mackau nommait ainsi la princesse de Piémont.
[109] Louis-Constantin de Rohan, né en 1697, élu évêque de Strasbourg à la mort du cardinal de Soubise, en 1756, cardinal en 1761, mort le 11 mars 1779. Comme ses prédécesseurs et comme son fameux successeur, le cardinal Louis, il habitait à Paris l'hôtel de Rohan, rue Vieille-du-Temple, où se trouvait en dernier lieu l'Imprimerie nationale.
[110] Le comte Édouard Dillon, Irlandais d'origine, très infatué de sa personne, faisait partie de l'intimité de la Reine. Il se distingua en Amérique.
[111] Arthur Dillon commandait le régiment Dillon et se distingua, en 1792, à la tête d'un corps d'armée; mort révolutionnairement sur l'échafaud.
[112] C'est le fameux voyage de Trianon qui fit tant crier. Pour achever de se remettre, la Reine avait décidé ce petit déplacement dont le Roi était exclu comme n'ayant pas eu la rougeole. Le Roi, «accoutumé à ne se refuser à rien de ce qui peut plaire à son auguste épouse, avait approuvé que les ducs de Coigny et de Guines, le comte d'Esterhazy et le baron de Bezenval restassent auprès de la Reine; le consentement avait été provoqué par cette princesse, qui n'en sentit pas d'abord les conséquences». (Correspondance de Mercy.) Les mauvais propos ne manquèrent pas, et l'on mit en question de savoir «quelles seraient les dames choisies dans le cas où le Roi tomberait malade». Ces gardes-malades improvisés n'eurent-ils pas la prétention de veiller la Reine, pendant la nuit? Il fallut l'intervention de Mercy pour obtenir que ces galants chevaliers sortissent de chez la Reine à onze heures du soir et ne fussent qu'«externes», c'est-à-dire ne logeassent pas à Trianon. Cette idée étrange de la Reine eut le plus fâcheux effet, et, si l'on en croit Mercy, de mauvaises conséquences au point de vue des intrigues de cour.
[113] Le comte de Gramont, titré duc de Guiche à l'occasion de son mariage avec Mlle de Polignac. Il était le neveu du duc de Gramont et le frère de la comtesse d'Ossun qui devint dame d'atours de la Reine.
[114] Le marquis avait été nommé maréchal de camp, deux ans auparavant.
[115] Bien que, de cette année 1780, on ne possède nulle lettre de Madame Elisabeth.
[116] La date nous est donnée par une lettre de Mme de Mackau à la princesse de Piémont. Elle reçoit chaque jour des nouvelles par son gendre; du bonheur ressenti à Ratisbonne, du contentement de sa fille Soucy, qui a été nommée sous-gouvernante de la gentille petite princesse, Mme de Mackau se réjouit d'autant plus que, d'autre part, son fils lui a donné les plus grands chagrins: santé détraquée par les excès et dépenses exagérées, qui ont forcé la baronne à demander le concours de Madame Clotilde. (Lettre du 13 juillet. Archives royales de Turin.)
[117] Fille du baron de Breteuil.
[118] Alors à Metz où il dirigeait des exercices militaires.
[119] Le marquis de Brunoy était fils de Pâris de Montmartel, un des frères Pâris qui s'enrichirent dans les fournitures sous le ministère du duc de Bourbon, puis sous Mme de Pompadour. M. de Brunoy avait épousé Mlle des Cars. Il dépensa dix millions dans le château, le parc et l'église. Le château fut acheté un peu plus tard par le comte de Provence qui y donna une grande fête en l'honneur de Marie-Antoinette. Léon Gozlan donne d'amusants détails sur Brunoy et ses habitants dans les Châteaux de France.
[120] Alissan de Chazet, moraliste et auteur dramatique à ses heures, a laissé des Mémoires et des Portraits. Il n'était pas sans raisons pour se défier de la sagesse de M. de Mackau. Par le fait, le ménage marcha très bien, grâce surtout à la bonne influence de la jeune femme sur son mari. Le marquis de Bombelles nous dira plus tard que sa belle-sœur était un trésor.
[121] Archives royales de Turin.
[122] Lettre chiffrée du 10 mai.
[123] C'eût été en effet un beau chef d'accusation au procès de Madame Elisabeth!
[124] La baronne de Mackau, qui n'avait pas seize ans, avait été présentée à la Cour peu de temps auparavant. On la trouvait généralement jolie, et sa belle-mère ne tarit pas d'éloges sur son compte (Lettre à Madame Clotilde, loc. cit.).
[125] Datée de Langres, le 8 mai, cette lettre, comme toutes celles du marquis après séparation d'avec sa femme, est fort triste et d'une tendresse très expansive.
[126] Le prince Charles-Alain-Gabriel de Rohan, duc de Montbazon, épousa en effet, le 29 mai 1781, Louise-Aglaé de Conflans d'Armentières, sœur de la célèbre marquise de Coigny, l'amie plus ou moins platonique de Lauzun.
[127] Fils et petit-fils de magistrats connus; conseiller d'État en 1781, eut l'administration des finances après Necker.
[128] Geneviève de Gramont, sœur du duc de Guiche, comtesse d'Ossun, se montra très dévouée à la Reine, revint de Mayence en 1792 pour ne plus la quitter jusqu'au Temple; emprisonnée et morte sur l'échafaud en 1794. Sa fille unique devint la duchesse de Caumont La Force.
[129] Cette salle avait été organisée par Lulli en 1673, dans l'ancienne salle des Comédiens français, joignant le Palais Royal à l'est, à peu près où est la cour des Fontaines. La salle de Lulli brûla une première fois en 1763; une seconde, le 8 juin 1781. L'Opéra fut alors transféré où est aujourd'hui le théâtre de la Porte-Saint-Martin.
[130] Ce journal existe dans le dossier de Bombelles aux Archives de Seine-et-Oise, mais il n'offre qu'un intérêt secondaire.
[131] Née baronne de Wrierzen d'Hoffel. Son mari, le marquis de Louvois, devait épouser peu après la sœur de M. de Bombelles, veuve du landgrave.
[132] Antoinette-Cécile Clavel, dite Saint-Huberti, née en 1756, assassinée près de Londres en 1812 avec son mari, le comte d'Antraigues. Ce fut une artiste aimée et acclamée dans les opéras de Glück, de Piccini. Elle ramena le costume à la vérité historique. Elle a laissé un grand nom dans les fastes de l'Opéra.
[133] On se rappelle l'important voyage politique de Joseph II en 1772. En 1781, il vint incognito, et son séjour fut très court. La Reine se montra très heureuse de le voir, car avec lui elle put parler de sa mère qu'elle regrettait toujours profondément. Elle témoigna une grande émotion du départ de son frère, on la vit même se cacher sous son chapeau pour pleurer. L'Empereur parut fort content de sa visite, constatant chez le Roi et la Reine «un changement en mieux considérable» (Joseph II à Marie-Christine, 6 août). L'Empereur et la Reine allèrent ensemble à Trianon dans le plus modeste appareil, sans gardes et sans suite, la Reine en lévite de mousseline avec une ceinture bleue, les cheveux relevés par un simple ruban. «L'Empereur, dit à ce propos M. de Kageneck, est venu recevoir les embrassements d'une sœur digne de toute sa tendresse et qui a de commun avec lui le bonheur de jouir de l'amour de ses sujets (lettres de M. de Kageneck, citées par M. de la Rocheterie). Il y eut souper à Trianon le 1er août. (Voir le Petit Trianon, par Desjardins, 210, 211.)
[134] Marie-Thérèse avait dit avec raison: «L'Empereur ne se remariera pas.»
[135] Augustin-Gabriel de Franquetot, comte de Coigny, frère du duc, chevalier d'honneur de Madame Elisabeth. Propriétaire de la belle terre et du château de Mareuil-en-Brie, dont les jardins avaient été dessinés par lui dans un goût tout nouveau. De son mariage avec Josèphe de Boissy, morte en 1775, il avait eu une fille unique, Aimée de Coigny, duchesse de Fleury, «la jeune Captive» de Chénier, dont M. Etienne Lamy vient de publier les Mémoires avec une longue et très intéressante étude bibliographique.
[136] Le comte Guignard de Saint-Priest resta à Constantinople jusqu'en 1783. Il y rédigea un projet de descente en Egypte, qui, dit-on, ne fut pas inutile au Directoire et à Bonaparte. Il fut en suite ambassadeur en Hollande; ministre de l'Intérieur après la prise de la Bastille, et dans les journées d'octobre, il conseilla à Louis XVI de repousser la force par la force. Il émigra en 1790 et fut chargé de missions auprès des cours étrangères. M. de Bombelles le retrouvera en Russie en 1791. Rentré en France seulement en 1818, M. de Saint-Priest mourut en 1821.
[137] Il faisait partie de la «coterie». Ayant épousé une veuve riche, Mme de Valbelle, il se piqua d'ambition. Ami intime du comte de Vaudreuil et poussé par la duchesse de Polignac, il finit par obtenir l'ambassade de Londres en 1781.
[138] Voir les Esterhazy à la cour de Marie-Antoinette (Fantômes et Silhouettes, Emile-Paul, 1903).
[139] Il avait épousé en premières noces Mlle de Logny, en secondes, une hollandaise, la baronne de Wrierzen d'Hoffel qui, on l'a vu plus haut, avait laissé sa fortune au baron de Breteuil. Sur ses folies de jeunesse et sa prodigalité, voir les Mémoires de la baronne d'Oberkirch (t. I, chap. X), qui contiennent, de plus d'ailleurs, plusieurs erreurs, dont l'une, en note, sur la famille de Bombelles.
[140] On disait dans le public que la comtesse Diane s'éloignait pour accoucher. De sa liaison avec le marquis d'Autichamp elle eut en effet un fils connu pendant l'émigration sous le nom de marquis de Villerot. On se rappelle que la comtesse Diane avait été imposée par le clan Polignac, comme dame d'honneur de Madame Elisabeth. Le choix était détestable, la comtesse Diane ayant fort mauvaise réputation et n'étant pas sympathique à la jeune princesse.
[141] Le comte d'Angiviller (Flahaut de la Billarderie), surintendant des Bâtiments, successeur du marquis de Marigny.
[142] Mme Binet de Marchais, fille de La Borde, valet de chambre du Roi, avait été une des actrices du théâtre de Mme de Pompadour. Personne ne comprenait pourquoi, très fanée et presque vieille, elle épousait M. d'Angiviller, avec qui elle vivait depuis près de vingt ans. Dans une lettre du 17 septembre, M. de Bombelles dira: «Le mariage de M. d'Angiviller me paraît bien ridicule. Est-ce un moyen honnête qu'il a trouvé de rompre avec Mme de Marchais?»—Sur Mme de Marchais qui vécut à Versailles pendant la Révolution et échappa à la persécution, grâce à des opinions jacobines avancées et au buste de Marat qui trônait dans son salon, cf., pour la première partie de sa vie: A. Jullien, la Comédie à la Cour;—Laujon, Spectacles des Petits Cabinets, Souvenirs de Papillon de la Ferté;—de Nicolas Moreau, Mémoires de Mme du Hausset;—du duc de Luynes; pour la seconde: Souvenirs de Mme Necker, Mémoires de Suard;—Intermédiaire des chercheurs, années 1897 et 1898.
[143] Mme de Lastic devint dame pour accompagner deux ans après.
[144] Dame de Mesdames de France, mère du séduisant Louis de Narbonne, diplomate et général.
[145] La santé de la Reine avait été excellente pendant tout l'été. «Ma santé est parfaite, écrivait-elle en mars à la princesse Louise de Hesse-Darmstadt, je grossis beaucoup. Votre sorcellerie est bien aimable de me promettre un garçon. J'y ai beaucoup de foi, et je n'en doute nullement.»—Le public espérait un garçon, et le nommait le Consolateur. (Lettres de M. de Kageneck au baron Alstromer.)
[146] Les couches de la Reine étaient proches et faisaient l'objet de toutes les conversations de la Cour. «L'importance dont il est pour la Reine d'avoir un Dauphin, écrit le chevalier de l'Isle au comte de Riocour, s'accroît encore par une nouveauté qui nous surprend tous, je veux dire la grossesse de Madame; elle en a tous les symptômes... Or, jugez quel désagrément ce serait pour la Reine si les deux belles-sœurs donnaient avant elle des héritiers! Espérons que, dans six semaines au plus, elle sera à l'abri d'un si cruel dégoût.» (Lettres inédites, archives de M. le comte de Riocour.) Inutile d'ajouter que la prétendue grossesse de Madame n'eut pas de suites.
[147] Madame Clotilde, sœur de Louis XVI, depuis reine de Sardaigne.
[148] Récit du comte de Stedingk, dans Gustave III et la Cour de France, t. I.
[149] Le 22 octobre, à trois heures de l'après-midi, Monseigneur le Dauphin fut baptisé par le prince Louis de Rohan, cardinal de Guéménée, grand-aumônier de France... et tenu sur les fonds de baptême par Monsieur, au nom de l'Empereur, et par Madame Elisabeth de France, au nom de Madame la princesse de Piémont. Relation... etc. (Supplément à la Gazette de France, du vendredi 26 octobre 1781.)
[150] Madame apprit de façon piquante cette nouvelle si importante pour elle. Elle courait chez la Reine «au grand galop» lorsqu'elle rencontra le comte de Stedingk, qui ne pouvait contenir sa joie: «Un Dauphin, Madame, lui cria-t-il étourdiment, quel bonheur!» La princesse ne répondit pas; en apparence, elle eut le bon goût de manifester la plus grande satisfaction. Le comte d'Artois, lui, laissa échapper un mot de dépit. Le jeune duc d'Angoulême était allé voir le Dauphin.—«Mon Dieu, papa, qu'il est petit, mon cousin!—Un jour, mon fils, vous le trouverez assez grand!» (Mémoires de Mme Campan.)
[151] Née Caumont la Force, celle qui devint la favorite in partibus du comte de Provence. Elle était dame du palais de la comtesse.
[152] Voir les Mémoires de Weber, Mémoires secrets, etc., t. XVIII. Supplément à la Gazette de France, et, pour l'ensemble, Histoire de Marie-Antoinette par M. Max. de la Rocheterie, ouvrage consciencieux et renseigné auquel tous ceux écrivant sur cette époque ont soin de faire de larges emprunts, tout en oubliant de le citer.