[153] Inédite.
[154] Baronne de Mackau, née Alissan de Chazet.
[155] Pendant un mois, il y eut des réjouissances et des illuminations. Les principales fêtes, celles des relevailles, devaient avoir lieu en janvier.
[156] La petite princesse ne fut pas atteinte par l'épidémie de petite vérole, mais elle eut, quelques semaines après, la coqueluche, qui faisait aussi des ravages à Versailles. (Lettre de Mme de Mackau à Madame Clotilde. loc. cit.)
[157] A cette même date le chevalier de l'Isle écrivait au comte de Riocour: «Si M. de Maurepas n'a pas encore, au moment où j'écris, rendu le dernier soupir, il s'en faut de si peu que ce n'est pas la peine d'en parler. L'affliction que cet événement cause au Roi va être soulagée par l'heureuse et triomphante nouvelle de la reddition de toute l'armée de Cornwallis consistant en 6.000 hommes de troupes réglées et 18.000 matelots. Ces troupes acculées dans York ont capitulé le 19 octobre, forcées par les armées réunies de Washington et de Rochambeau. C'est M. de Lauzun qui nous en apporte à l'instant la nouvelle, ayant fait le trajet en vingt-quatre jours; il est suivi du comte Guillaume de Deux-Ponts.» (Lettres inédites, archives de M. le comte de Riocour.)
M. de Maurepas mourut le 21 novembre. Il avait juste quatre-vingts ans. On tarda jusqu'au dernier moment à lui donner les sacrements. Sur l'indifférence de la Cour pendant cette agonie pénible, on relira avec fruit les lettres de Mme de Coislin au duc d'Harcourt dans Hippeau, le Gouvernement de la Normandie, t. IV, et Louis XV intime et les Petites maîtresses, p. 159. La veille de la mort, Mme de Coislin écrit: Ce n'est que depuis hier que l'on cesse de se flatter sur l'état de M. de Maurepas, et l'on aperçoit déjà une sorte d'envie d'en être quitte. On parle à la fois de sa fin très prochaine et du bal que les gardes du corps donneront le mois prochain. Quel pays que le nôtre! Quels amis, quels cœurs et quels esprits!
Peu de temps avant sa mort, Maurepas montra à Augeard la copie d'une note qu'il avait remise au Roi. Il y était écrit: «Liste des personnes que le Roi ne doit jamais employer après sa mort, s'il ne veut voir de ses jours la destruction du royaume. A la tête était l'archevêque de Toulouse, le président de Lamoignon, M. de Calonne, quatre ou cinq autres personnages, et, en dernière ligne, le retour de M. Necker.» (Mémoires d'Augeard, p. 112.) Maurepas fut loin d'être un ministre irréprochable, mais à sa mort les finances étaient en bon état, c'est un fait. Il n'en fut pas précisément de même avec Loménie de Brienne et Calonne.
[158] Guillaume des Deux-Ponts, né en novembre 1752, fils du prince palatin Jean des Deux-Ponts et de Sophie, comtesse de Dham. Il s'était marié le 30 janvier 1780 avec Marie-Anne, princesse des Deux-Ponts. En 1782, il devint colonel du régiment de dragons Jarnac, qui devint Deux-Ponts.
[159] Ministre de la marine; maréchal en 1783.
[160] Charles Mann, marquis Cornwallis, général anglais, né le 31 décembre 1738. Il se distingua au début de la guerre d'Amérique où il seconda le général en chef Clinton. Après cette capitulation de Yorktown, il eut des alternatives de succès et de revers. Finalement il fut surpris sur les côtes de Virginie et dut mettre bas les armes avec 9.000 hommes qu'il commandait. Gouverneur du Bengale en 1786, gouverneur général de l'Inde en 1801, il mourut en 1805 dans la province de Bénarès. Ses lettres ont été publiées à Londres en 1889 (3 vol.).
[161] Voir la Dernière des Condé, par le marquis Pierre de Ségur.
[162] Marie-Catherine de Brignole, princesse Honoré de Monaco, était depuis longtemps la maîtresse du prince de Condé. Il l'épousa en émigration. Elle mourut en 1837. Voir, dans la Dernière des Condé, le chapitre Marie-Catherine de Brignole.
[163] La comtesse de Courtebonne née Gouffier, une des dames de la duchesse de Bourbon, avait été le prétexte d'un duel en 1779, entre le marquis d'Agoult, qu'elle avait promis d'épouser, et le prince de Condé, son amant d'un jour.
[164] Duchesse de la Trémoïlle, née princesse de Salim Kirlbourg.
[165] La princesse de Tarente, fille du dernier duc de Chastillon, femme du fils aîné du duc de la Trémoïlle, fut dame d'honneur de la Reine. Emprisonnée en 1792 à l'abbaye, elle échappa par miracle aux massacres de septembre, et mourut en Russie pendant l'émigration en 1814. Le duc de la Trémoïlle actuel, fils du second mariage de son père, a publié (Grimaud, Nantes, 1897) les Souvenirs de la princesse de Tarente sur la Terreur.
[166] Le prince de Tarente ne tarda pas à se séparer de sa femme. Devenu veuf et duc de la Trémoïlle, il épousa, en 1830, Mlle Valentine Walsh de Serrant, d'où le duc actuel.
[167] Christophe de Beaumont, comte de Lyon, né à la Roque, près de Sarlato, le 26 juillet 1703; évêque de Bayonne, 1741; archevêque de Vienne, 1745; archevêque de Paris en 1746. Commandeur des ordres du Roi en 1748. Duc et pair de France en 1750.
[168] Le nouvel archevêque sera Antoine-Éléonor Le Cler de Juigné de Neuchelles, né en 1728, évêque de Châlons le 29 avril 1764, archevêque de Paris en 1781. C'était un excellent choix.
[169] Le mot n'est pas juste. Tout en étant subjugué, le prince de Condé bénissait cette chaîne, si pesante qu'elle fût parfois. La fidélité et l'amitié de Mme de Monaco déterminèrent le prince de Condé à régulariser, dès qu'il le put, une union à laquelle il ne manquait que le sacrement. Dès la mort d'Honoré III de Monaco (1795), le prince de Condé avait songé à épouser sa veuve. Les péripéties de l'émigration, la crainte du quand dira-t-on l'empêchèrent de réaliser son projet avant 1808. Voir le livre cité du marquis de Ségur: la Dernière des Condé.
[170] Etienne-Charles de Loménie de Brienne, né, en 1726, à Paris, où il mourut en prison, le 16 février 1794. Evêque de Condom, 1760; archevêque de Toulouse, 1764. Il ne fut pas nommé archevêque de Paris, Louis XVI ayant répondu: «Encore faut-il que l'archevêque de Paris croie en Dieu.» Ceci ne l'empêcha pas d'être plus tard archevêque de Sens, après avoir été un an contrôleur des finances (1787-1788), en remplacement de Calonne. Il se montra aussi désastreux administrateur que son prédécesseur.
[171] M. de Bombelles s'apprêtait à célébrer avec faste à Ratisbonne la naissance du Dauphin.
[172] Melchior, troisième fils du duc et de la duchesse de Polignac.
[173] Ancien ambassadeur en Portugal, beau-père de Geneviève de Gramont, comtesse d'Ossun, qui sera dame d'atours de la Reine.
[174] Mémoires secrets, t. XX:—Hippeau, le Gouvernement de Normandie, t. IV;—Supplément à la «Gazette de France» du 29 janvier 1782;—Journal de Hardy, t. V;—Mémoires de Weber. Jamais fêtes ne donnèrent lieu, à l'avance, à autant de pronostics fâcheux, à autant d'amères critiques. On mettait en avant la carte à payer, les accidents à prévoir; on s'effrayait des précautions prises pour empêcher le retour de catastrophes. Un certain nombre de personnes furent mises à la Bastille pour des écrits ou des propos répandus contre la Reine. Au sujet de la fête du 21 janvier, il y eut de sinistres placards faisant allusion à l'usage pratiqué pour les condamnés à mort: on disait que le Roi et la Reine, conduits sous bonne escorte à la place de Grève, «iraient à l'Hôtel de Ville confesser leurs crimes et qu'ensuite ils monteraient sur un échafaud pour y expier leurs crimes.» Le 21 janvier! Hardy, (V, 88).—Le même narrateur ajoute: «Les précautions prises pour ces fêtes sont effrayantes. On s'attend à quelque malheur» (V, 94).
[175] Voir P. de Nolhac, la Reine Marie-Antoinette.
[176] En dehors de la table royale servie dans la Galerie, il y avait une table de cent quarante couverts aménagée dans l'hôtel même. Pour les autres invités des couverts étaient placés un peu partout. Un grand retard fut apporté au service de certaines tables et, comme on devait les lever toutes à la fois, lorsque le Roi quitta les siennes, certains courtisans entamaient à peine les relevés.
[177] L'affluence était extrême. On se pressait, on s'étouffait tout en criant: Vive le Roi!... Le Roi, ne pouvant plus avancer, finit par s'écrier: «Si vous voulez qu'il vive, ne l'étouffez donc pas.»
[178] Voir les Souvenirs de Belleval et les Mémoires de la baronne d'Oberkirch.
[179] Dumoret, de Tarbes, de la compagnie de Noailles, fut le garde du corps désigné pour danser avec la Reine. «Il était transfiguré de joie, dit Belleval, et ses camarades eurent bien de la peine à ne pas crier: «Vive le Roi!» tant ils sentaient combien cet honneur fait à un rejaillissait sur tout le corps.»
[180] La marquise de Soucy, née Mackau, sous-gouvernante depuis 1781.
[181] La comtesse de Soucy, belle-mère de la précédente et belle-sœur de la baronne de Mackau, sous-gouvernante depuis 1775.
[182] La vicomtesse d'Aumale, troisième sous-gouvernante.
[183] Mémoires de la baronne d'Oberkirch.
[184] Dans cette promotion les Polignac n'étaient pas parvenus à placer leur cousin le baron d'Andlau, et la Reine elle-même n'avait pu faire donner encore une ambassade au comte d'Adhémar, ministre à Bruxelles. Il est vrai qu'il sera bientôt dédommagé par l'ambassade de Londres.
[185] Sophie-Philippine-Elisabeth-Justine de France, née le 27 juillet 1734, morte le 3 mars 1782. Appelée d'abord Madame cinquième et, à partir de 1745, Madame Sophie. Louis XV lui avait donné le surnom de Graille. Elle était fort aimée de ceux qui l'entouraient.
[186] «Il eût été impossible, écrit la baronne de Mackau à Madame Clotilde, le 11 mars, de n'avoir pas le cœur percé de douleur en voyant le cruel état de Mesdames ses sœurs; nous tremblions toutes pour leur santé.» (Archives royales de Turin.)
[187] Son testament a été publié en entier par M. de Beauchesne. Madame Elisabeth, t. I; appendices.
[188] Voir chapitre III, 1779. Il s'agit du comte de Neipperg.
[189] La branche aînée des princes de la Tour et Taxis résidait à Ratisbonne.
[190] Jean-Ange Braschi, pape sous le nom de Pie VI de 1775 à 1799, et dont le pontificat fut une lutte perpétuelle contre la cour de Naples, le grand-duc Léopold de Toscane, l'Empereur Joseph II, plus tard contre l'Assemblée Constituante, puis contre le Directoire.
[191] Charles-Théodore, de la Maison Palatine, 1777-1799,—électeur depuis la mort de Maximilien-Joseph,—laquelle avait entraîné l'affaire de la succession de Bavière.
[192] Marie Fedorowna, née Dorothée, princesse de Wurtemberg.
[193] A Lyon, où il avait passé, venant de Suisse, en se rendant à Paris, le grand-duc avait produit aussi deux genres d'impression. Il avait visité en touriste la ville industrielle et n'avait pas manqué de se montrer dans les hôpitaux. On voulait l'en dissuader, bien qu'il n'y eut pas d'épidémie, il répondit par ce mot «historique» qui fleure l'Emile de Jean-Jacques: «Plus les grands sont éloignés des misères humaines, plus ils doivent faire d'efforts pour s'en rapprocher.» Sa visite aux manufactures, dans un moment où l'impératrice Catherine faisait exécuter d'importantes commandes, parut opportune: patrons et ouvriers acclamèrent le fils d'une souveraine qui les enrichissait. En revanche, gens du peuple et Canuts de le saluer de cette épithète: «Oh! qu'il est vilain!» Une fois, à ces peu aimables compliments, il répondit avec à-propos: «... C'est une vérité que mon miroir m'a enseignée depuis longtemps, mais, si je pouvais l'ignorer, voilà des gens qui se chargeraient de m'en instruire.»
[194] Cf. aussi l'étude consciencieuse de Ch. Larivière dans la Revue Bleue du 3 octobre 1896, un article de M. P. de Nolhac dans l'Echo de Versailles du 22 octobre 1898 reproduit dans l'ouvrage de M. G. Mazinghin et A. Terrade: les Officiers de l'escadre russe à Versailles (Aubert, 1894);—un Czarewitz à Paris, par M. Justin Bellanger (Revue des Etudes historiques, no 4, 1898);—les Notes du duc de Penthièvre dans les Pièces justificatives de la Vie de Madame Elisabeth, par A. de Beauchesne, t. I;—enfin, un récit émanant des Archives nationales, découvert par M. le vicomte de Grouchy et publié par nous: le Comte et la Comtesse du Nord à Versailles en 1782, d'après un document inédit (Revue de Versailles et de Seine-et-Oise, mai 1902; et Fantômes et Silhouettes, Emile-Paul, 1903).
[195] Malheureusement ce que la princesse écrivait à l'Impératrice Catherine n'était pas précisément sur le même ton. Le Roi y était déclaré «lourdaud» et «ennuyeux», la Reine «frivole et coquette». Cette impression de ses enfants, la Czarine l'adopta d'autant plus facilement qu'elle était disposée à juger de même. A l'heure de l'infortune, elle ne portera aux malheureux souverains qu'un intérêt bien superficiel et inefficace.
[196] Voir la Dernière des Condé, par le marquis Pierre de Ségur.
[197] Inédite. Archives de la maison de Savoie. Cette lettre, avec d'autres qui l'accompagnent, nous a été communiquée par M. G. Roberti, l'éminent professeur de l'Académie militaire de Turin.
[198] Le voyage du comte du Nord n'avait pas, à beaucoup près, l'importance du voyage du tzar Nicolas en 1896, mais, néanmoins, c'était une vraie tentative de rapprochement efficace.
[199] Inédite (Archives de M. le comte de Riocour).
[200] Voir, dans Louis XV intime et les Petites Maîtresses (p. 161), tes lettres de Mme de Coislin au duc d'Harcourt sur la faillite Guéménée. Le chevalier de l'Isle, qui a suivi en Touraine le prince de Guéménée venu, peu avant la banqueroute, pleurer la comtesse Dillon, son amie de vingt ans, écrit au prince de Ligne: «M. et Mme de Guéménée ont tout perdu: fortune, existence, asile, en un mot tout, sans même qu'il leur restât ce que notre François Ier s'applaudissait d'avoir sauvé. La banqueroute est énorme... le nombre des misérables qu'elle fait est immense... et l'auteur de tant de calamités n'a pas tout à fait trente-sept ans.»
[201] Celui-ci se paya d'un mot orgueilleux: «Il n'y a qu'un Roi ou un Rohan qui puisse faire une pareille banqueroute!» Le mot était dans l'air. Un soir, chez la maréchale de Luxembourg, quelqu'un disait que la banqueroute du prince de Guéménée était une banqueroute de souverain. «Oui, s'écria la maréchale, mais il faut espérer que ce sera le dernier acte de souveraineté que fera la maison de Rohan (Allusion aux prétentions des Rohan d'être traités en souverains).
[202] La vente du port de Lorient et de la partie de Brest appelée Recouvrance ne fut consommée qu'en septembre 1786 (Corresp. secrètes Lescure, t. II).
[203] Dans la Révolution française de février 1898, M. J. Flammermont a publié deux lettres de Marie-Antoinette à la princesse de Guéménée, qui prouvent qu'au début du scandale la Reine s'était montrée désireuse de sauver la Gouvernante des Enfants de France jusque-là traitée en amie. A la fin de septembre elle assurait la princesse de «son désir de l'obliger», prêtait son concours pour obtenir des lettres de surséance. Quelques jours après, sur les instances de Mercy, elle avait changé d'avis et laissait suivre le cours des choses. Le 5 novembre la Gazette de France annonçait la démission de la princesse de Guéménée et son remplacement par la duchesse de Polignac.
[204] D'où cette épigramme de M. de Villette, l'inventeur du mot de la «Sérénissime banqueroute» à Mme de Coislin: «En place de ce vers en poème des Jardins:
Les grâces en riant dessinèrent Montreuil,
il faudra substituer:
Les rentiers en pleurant achèveront Montreuil.
[205] Nous avons vu que Louis XVI avait permis l'achat, par le Trésor, du port de Lorient, pour la somme de 12 millions; mais là s'arrêta sa condescendance. Il refusa de recevoir son grand-chambellan et éconduisit le maréchal de Soubise qui venait intercéder en faveur de son gendre.
[206] Mme de Polignac, d'après les Mémoires de Ségur, ne recherchait pas ce nouvel honneur dont la responsabilité l'effrayait.
[207] Requête adressée au marquis de Bombelles par la Municipalité de Bitche (Arch. S.-et-O., E. 405).
[208] Louis-Elisabeth de Lavergne, comte de Tressan, né au Mans, en 1705, mort en 1783, fit les campagnes de Flandre et d'Allemagne, devint maréchal de camp et grand-maréchal à la Cour du Roi Stanislas. Il consacra ses dernières années à des travaux importants de science et de littérature. Il publia deux volumes sur le fluide électrique considéré comme agent universel, et donna la traduction arrangée des romans de chevalerie, dont il avait découvert la collection complète. Ses œuvres choisies ont été publiées une première fois en 1823, avec préface de Campenon. Le marquis de Tressan a publié les Souvenirs de son grand-oncle (Versailles, 1899).
[209] Voir plus loin, page 301, une note sur les promenades à cheval de Madame Élisabeth.
[210] Jacques-François, baron de Menou (1750-1810). Maréchal de camp lorsque la Révolution éclata. Il fut envoyé aux Etats Généraux, où il se montra partisan des réformes et se distingua dans le Comité de la Guerre. Général en Vendée contre la Rochejacquelein qui le battit, sauvé à grand'peine de l'échafaud par Barrère. Il montra de l'énergie aux journées de prairial an III, mais au 13 vendémiaire son rôle fut violemment attaqué. Bonaparte le protégea, l'emmena en Egypte, où, plus tard, après l'assassinat de Kléber, il prit le commandement en chef; il fut obligé de capituler devant Alexandrie en un jour. Nommé gouverneur du Piémont, puis de Venise, il mourut dans cette ville en 1810.
[211] Il habitait dans le parc le pavillon dit de Breteuil.
[212] Cette acquisition très onéreuse de Saint-Cloud était faite au duc d'Orléans, poussé par la marquise de Montesson, qui voulait se retirer à Sainte-Assise. Elle grevait le Trésor déjà obéré de six millions. Il y eut de longues négociations, des difficultés, des discussions d'argent. Voir Mémoires d'Augeard. Sur les séjours de la Reine dans cette nouvelle résidence, voir notre livre: le Palais de Saint-Cloud, Laurens, 1902.
[213] Cet appartement ne forme plus qu'une même salle contenant les tableaux relatifs aux événements de 1830.
[214] Archives nationales O1, 3496.—Comtesse d'Armaillé, Madame Élisabeth, passim.
[215] Ceci est la phrase consacrée; il y eut moins de surprise sans doute de la part de Madame Elisabeth, puisque, nous l'avons vu au chapitre précédent, Mme de Bombelles parlait ouvertement à son mari de la cession de Montreuil à la princesse.
[216] Ce domaine, après avoir longtemps appartenu à M. Sauvage de Brantes, est maintenant la propriété de M. Edgar Stern.
[217] Éloge par Ferrand.
[218] Ce manuscrit fut rendu au comte d'Artois, à la Restauration, par la famille Mauduit.
[219] Voir dans la Revue de l'histoire de Versailles, novembre 1903, un article très documenté de M. J. Fennebresque sur les promenades à cheval de Madame Elisabeth, les travaux entrepris pour rendre les promenades moins dangereuses au moment où l'on coupe les bois. Des trous ou des troncs d'arbres ont été laissés sur les bords des routes pratiquées par la cour, ils effarouchent les chevaux, au point de causer des accidents funestes. «Si Madame Elisabeth n'était pas aussi bonne cavalière qu'elle est, dit le Rapport de Devienne, elle aurait succombé aux pointes que ses chevaux ont faites sous elle à l'aspect de ces bois.» (Arch. nat., O1 1804.)
[220] Coup d'œil sur Bel-Œil, où il est parlé des beaux jardins des environs de Paris.
[221] C'est à Montreuil que Jacques et Marie furent heureux par elle.
Ce Jacques Bosson était un brave Fribourgeois que, sur la recommandation de Mme de Diesbach, Madame Elisabeth avait fait venir de Suisse, et qu'elle avait proposé au gouvernement de sa ferme, ce dont il s'acquittait à merveille. En même temps que lui, elle avait fait venir son père et sa mère, et, en lui procurant les joies de la famille, la naïve princesse s'était figurée combler tous les vœux de son protégé. Pourtant, malgré les efforts du pauvre garçon pénétré de reconnaissance pour sa maîtresse, celle-ci ne put ignorer qu'il lui manquait quelque chose, car il maigrissait à vue d'œil, et sa mélancolie était remarquée. Elle s'informa et apprit la cause réelle du chagrin de l'excellent serviteur. Une fiancée laissée à Bulle, son pays natal, qu'il regrettait et dont il était regretté, voilà ce qui motivait la tristesse de Jacques. «J'ai donc fait deux malheureux sans le savoir? dit la princesse. Je veux réparer ma faute. Il faut que Marie vienne ici; elle épousera Jacques et elle sera la laitière de Montreuil.»
La jeune suissesse arriva bientôt à Paris, et, conduite immédiatement à Versailles, elle fut présentée à Madame Elisabeth. Les bans des deux fiancés ne tardèrent pas à être publiés en l'église de Saint-Symphorien à Montreuil et à Notre-Dame de Versailles, et, le 26 mai 1789, quelques jours après l'ouverture des Etats Généraux, Jacques Bosson et Marie Magnin, dotés par Madame Elisabeth, furent mariés dans la petite église de Montreuil.
Cette idylle pastorale devait pendant quelques jours occuper la Cour et la Ville. Mme de Travanet composa sur les regrets de Marie une romance dans le goût du temps, qui fut bientôt dans toutes les bouches. Mélancoliquement nos grand'mères ont souvent fredonné l'air près du berceau de leurs petits-enfants:
Pauvre Jacques, quand j'étais près de toi,
Je ne sentois pas ma misère;
Mais à présent que tu vis loin de moi,
Je manque de tout sur la terre.
Quand tu venois partager mes travaux,
Je trouvois ma tâche légère;
T'en souvient-il? Tous les jours étaient beaux;
Qui me rendra ce temps prospère?
Quand le soleil brille sur nos guérets,
Je ne puis souffrir la lumière;
Et quand je suis à l'ombre des forêts,
J'accuse la nature entière.
Les paroles de cette romance, longtemps à la mode, ont été oubliées; l'air a subsisté et est devenu le cantique
Vous qu'en ces lieux combla de ses bienfaits
Une mère auguste et chérie.
On ne pouvait mieux rappeler le souvenir de la bienfaisance de Madame Elisabeth [A].
Cette romance, qui avait le plaisir de sa petite Cour, Madame Elisabeth devait l'entendre à un moment où elle ne s'y attendait guère. C'était dans les premiers jours d'août 1792... De son petit appartement du pavillon de Flore, Madame Elisabeth un matin, entendit sous ses croisées fredonner l'air du Pauvre Jacques. Elle écouta, attirée par ce refrain qui évoquait de douces ressouvenances, entrebâilla sa fenêtre, écouta encore. C'était bien l'air, ce n'était pas la romance de Mme de Travanet qu'elle entendait, mais les couplets royalistes des Apôtres. Au Pauvre Jacques on avait substitué le pauvre Peuple: on le plaignait de n'avoir plus de roi et de ne plus connaître la misère...
[A] Mémoires de la baronne d'Oberkirch;—A. de Beauchesne, Vie de Madame Elisabeth;—Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth;—Feuillet de Conches, Correspondance de Madame Elisabeth;—Leroi, Histoire de Versailles, rue par rue.
[222] Voir Beauchesne, ouvrage cité, et comtesse d'Armaillé, Madame Elisabeth.
[223] L'autre grande amie de Madame Elisabeth, Mlle de Causans, appelée comtesse de Vincens, eut également part à sa bonté tendre. Quand elle la maria au marquis de Raigecourt en 1784, la jeune princesse alla trouver la Reine: «Promettez-moi, lui dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous demander.—Avant de rien promettre, j'aimerais savoir ce que vous voulez, répond la Reine en souriant.—Commencez par promettre.—Non, dites d'abord.»—Après un débat de quelques minutes, plein d'amabilité et d'enjouement: «Eh bien, dit la princesse, voici: un parti se présente pour Causans; afin de lui faciliter le mariage, je voudrais lui faire une dot de cinquante mille écus. Le Roi me donne tous les ans trente mille livres d'étrennes; obtenez qu'il m'en avance cinq années.—La Reine promit, le roi donna; le mariage fut conclu, et pendant cinq années, tandis que chacun des princes et princesses recevait ses étrennes, Madame Elisabeth, qui n'avait rien à recevoir, s'écriait gaiement: «Moi, je n'ai rien, mais j'ai ma Raigecourt». (Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth.)
Mme de Raigecourt était intimement liée avec Mme de Bombelles, qui, un peu plus âgée, conseillait et protégeait son amie. Nous les verrons, aux jours d'émigration, correspondre régulièrement.
[224] Voir Geffroy, Gustave III et la Cour de France, Mémoires de la baronne d'Oberkirch, etc.
[225] Hippeau, Gouvernement de la Normandie, t. IV.
[226] Ségur, t. II;—Correspondance de Métra, XIV, 144;—Comte Beugnot, Mémoires, t. I;—Mémoires de Malouet, I.—Voir aussi F. Roquain, l'Esprit révolutionnaire avant la Révolution, 1878.
[227] Loménie, Beaumarchais et son temps, t. II, 295.
[228] Voir Chaix d'Est Ange, le Procès du Collier, et les deux intéressants volumes de M. Franz Funck Brentano.
[229] Peu après la naissance de la petite princesse Sophie-Béatrix, qui ne devait vivre que onze mois.
[230] Fragment des Mémoires du duc de Saxe-Teschen dans Louis XVI, etc., par Feuillet de Conches.
[231] La mission du marquis de Bombelles était à la fois politique et commerciale. Il s'agissait, sinon d'amener le Portugal à exécuter toutes les clauses du Pacte de famille, du moins à en admettre les principales, c'est-à-dire les clauses défensives; il fallait empêcher le Gouvernement portugais de continuer à s'inféoder exclusivement aux intérêts anglais et à laisser établir un modus vivendi commercial entre la France, l'Espagne et le Portugal. Voir les Instructions aux ambassadeurs en Portugal, publiées par le M. vicomte de Caix de Saint-Aimour.
[232] Celle qui devait plus tard être aimée du duc d'Enghien. Charlotte-Louise-Dorothée, née le 25 octobre 1767, fut baptisée à Saint-Sulpice le lendemain (Chastellux). Elle était fille de Charles-Jules-Armand, prince de Rohan Rochefort de Montauban, et de Marie-Henriette-Charlotte-Dorothée d'Orléans Rothelin (descendant de Dunois, bâtard d'Orléans). Voir l'ouvrage récent de M. Jacques de La Faye, Émile-Paul, 1905.
[233] Maria Ire, née en 1734, reine en 1760, mariée à son oncle qui régnait conjointement avec elle depuis 1777. Après la mort de son époux en 1786, elle régna seule, fut frappée d'aliénation mentale en 1790, et mourut à Rio-de-Janeiro où son fils Jean VI l'avait emmenée lors de l'occupation du Portugal par les Français.
[234] La comtesse de Lastic, née Montesquiou, dame pour accompagner de Madame Elisabeth depuis 1784. Elle était veuve, depuis l'année précédente, d'un jeune colonel, que l'on avait dit tué en duel, tandis qu'il avait été trouvé mort dans son lit d'un coup d'apoplexie. Amédée était sa fille.
[235] Cette lettre provient des archives de M. Gabriel de Luremain, à Besançon, qui l'a communiquée à M. Léonce Pingaud. Notre savant confrère l'a publiée dans la Revue des Questions historiques, d'octobre 1901.
[236] La baronne de Mackau.
[237] La vicomtesse des Monstiers-Mérinville.
[238] Le fils de celle-ci ainsi surnommé des deux premières syllabes du nom paternel.
[239] Philippine-Thérèse de Broglie, fille du second maréchal de ce nom, née le 5 février 1762, mariée le 4 mars 1783, à Jules-Marie-Henri de Faret, marquis de Fournès, colonel du régiment de Royal-Champagne-Cavalerie, plus tard député aux États Généraux. Morte le 15 août 1843.
[240] Le comte de Vergennes, ministre des Affaires étrangères, mort le 13 février 1787. Il avait épousé, durant son ambassade de Constantinople, une dame Testa, veuve d'un chirurgien de Péra. Son frère, le président de Vergennes, était ambassadeur auprès des treize cantons suisses.
[241] Montmorin, successeur de Vergennes au Ministère des Affaires étrangères, avait deux filles: Victoire, qui épousa le vicomte de la Luzerne, fils du ministre de la Marine; Pauline, dont il est ici question, qui devint comtesse de Beaumont, et tint plus tard une grande place dans la vie de Chateaubriand. Voir le livre que lui a consacré M. Bardoux.
[242] De Mackau.
[243] Charles est le troisième fils de Mme de Bombelles, celui qui deviendra le troisième mari de «Sa Majesté l'archiduchesse» Marie-Louise.
[244] Nous nous rappelons que Bitche est le second fils; le sage Bombon est l'aîné.
[245] Après une lutte devant les notables qui demandaient des comptes et au cours de laquelle Necker, attaqué par Calonne, avait riposté vivement. La mauvaise gestion, pour ne pas dire les malversations de Calonne étaient prouvées.
[246] Exilé à sa terre d'Allonville, en Lorraine, Calonne était parti furieux contre la Reine, à laquelle il attribuait, avec l'opinion publique, sa disgrâce et son exil. Décrété de prise de corps par le Parlement, il perdit la tête, et, «sans essayer même de sauver les apparences» (Mme de Sabran au chevalier de Boufflers), il s'enfuit à Londres. (Voir Corresp. secrète, t. II, éd. Lescure, et Corr. diplomatique, du baron de Staël.)
[247] Mme de Soucy, sous-gouvernante des Enfants de France.
[248] On sait que c'est le moment où la faveur de la duchesse de Polignac subissait des alternatives de hausse et de baisse. Choquée de certaines familiarités ou de manquements à l'étiquette, Marie-Antoinette avait fait comprendre à la «Société» qu'elle ne lui était pas indispensable, et elle aimait passer des soirées dans l'intimité, chez la comtesse d'Ossun, sa dame d'atours.
[249] Les ducs de Cadaval et les ducs de Virogua descendaient de don Alvare, frère de Ferdinand II, duc de Bragance, lequel était trisaïeul de Jean, duc de Bragance que la Révolution de Portugal mit sur le trône en 1640. (Depuis 1580 les Espagnols détenaient le Portugal.) Sur la généalogie des Bragance de différentes branches, voir le tome VIII des Mémoires de Saint-Simon, édit. Boislile, pages 109 et 131 et notes.
[250] La princesse, née d'Orléans Rothelin était une femme très séduisante, au dire des contemporains. Tout en étant moins follement prodigue que les Rohan-Guéménée, leurs cousins, les Rohan-Rochefort menaient grand train dans leur terre de Rochefort en Yvelines et dans leur hôtel de Paris, situé rue de Varenne, lequel a subsisté jusqu'en ces dernières années. La seconde fille du prince et de la princesse de Rohan-Rochefort, devenue marquise de Querrieux, hérita de l'hôtel de ses parents. Elle n'eut qu'un fils qui mourut sans postérité en 1878, léguant l'ancienne résidence familiale à son cousin, le prince Louis de Rohan établi en Autriche. Celui-ci vendit l'immeuble; le terrain fut morcelé et, sur l'emplacement très vaste de la demeure des Rohan, on a construit toute la cité Vaneau. Sur les Rohan-Rochefort et les autres branches des Rohan on trouvera d'intéressants détails dans le livre de M. Jacques de la Faye: Un Roman d'exil: la Princesse Charlotte de Rohan et le duc d'Enghien. A l'appendice de cet attachant volume, on trouvera quelques fragments des lettres ici citées, qu'en raison de la correspondance ayant trait à la princesse Charlotte nous avions confraternellement communiqués à l'auteur.
[251] Voir les Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun.
[252] De la maison de Lorraine; sa veuve, née Montmorency, femme d'esprit libéral, fut l'amie de Fouché et de Mme de Custine.
[253] Avec une parente, Mlle de Saint-Vincent.
[254] Depuis, il était rentré dans celles de Bombelles.
[255] Avec même des droits au trône, si la branche régnante s'éteignait. (Autre lettre au baron de Mackau.)
[256] Jean, vicomte de Rohan, issu des ducs souverains de Bretagne, épousa, en 1371, Jeanne, fille du roi de Navarre.
De lui descendent par filiation prouvée les branches de Rohan Montbazon et Rohan Soubise.
Et de la branche aînée sortent en ligne droite et légitime:
1o Charles-Jules-Armand, prince de Rohan Rochefort, marié à Dorothée d'Orléans Rothelin, issue de Jean d'Orléans[A], comte de Dunois et de Longueville, neveu du roi de France, Charles VI et oncle de Louis XII, surnommé le père du Peuple;
2o Le prince Camille, venu à Lisbonne, général des Galères de Malte;
3o La comtesse de Mérode, grande d'Espagne, de la première classe;
4o La comtesse de Brionne, veuve et mère des grands-écuyers de France, de la maison de Lorraine.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1o Charles-Louis Gaspard, prince de Rohan, marié à Joséphine de Rohan, fille du prince de Guéménée;
2o Louis-Camille-Jules, chanoine et comte de Strasbourg, nommé le prince Jules;
3o Charlotte-Louise-Dorothée à marier;
4o Henry;
5o Clémentine.
[A] La princesse de Nemours, femme de Pierre II, roi de Portugal, descendait, aussi, par sa mère, de Jean d'Orléans.
Louis de Bourbon, quatrième aïeul du Grand Condé, épousa en secondes noces, le 8 novembre 1565, Françoise d'Orléans, fille du marquis de Rothelin.
Le comte de Soissons, fruit de ce mariage, est l'agent maternel des princes de Savoie-Carignan et du célèbre prince Eugène.
[257] Le prince Charles s'était marié à seize ans, à sa cousine Marie-Josèphe de Rohan-Guéménée.