[a1] Page 1, ligne 7.—Naissance...

Cochlæus prétend que Luther fut engendré par un incube. Lorsqu'il était moine, ajoute-t-il, il fut soupçonné d'avoir commerce avec le diable. Un jour, à l'évangile, à l'endroit où il est parlé d'un diable sourd et muet, forcé de quitter le corps d'un possédé, Luther tomba en criant: Non sum, non sum.—Dans un sermon au peuple, il dit que lui et le diable se connaissaient de longue date, qu'ils étaient en relations habituelles, et que lui, Luther, avait mangé plus d'un grain de sel avec Satan.—Cochlæus, Vie de Luther, préface et pages 1 et 2.—Voir le chapitre du diable dans notre second volume.

Des Espagnols, qui se trouvaient à la diète d'Augsbourg (1530), croyaient sérieusement que Luther avec sa femme devait engendrer l'Anti-Christ. Luth. Werke, t. I, p. 415.

Jules-César Vanini, Cardan et François Junctinus, trouvèrent dans les constellations qui avaient accompagné la naissance de Luther, qu'il devait être un archi-hérétique et un archi-scélérat. Tycho-Brahé et Nicolas Prücker, au contraire, déclarèrent qu'il était né sous un très heureux signe.

Plusieurs de ses ennemis le disaient sérieusement fils et disciple du diable. D'autres prétendaient qu'il était né en Bohême, parmi les Hussites. Il s'exprime ainsi dans une de ses lettres, au sujet de cette dernière assertion: «Il est un noble et célèbre comté, du nom de Mansfeld, situé dans l'évêché de Halberstadt et la principauté de Saxe. Presque tous mes seigneurs me connaissent personnellement, ainsi que mon père.—Je suis né à Eisleben, j'ai été élevé à Mansfeld, instruit à Magdebourg et à Eisenach, fait Maître et moine augustin à Erfurt, docteur à Wittemberg, et dans toute ma vie je n'ai pas approché de la Bohême plus près que Dresde.» (Ukert, Biogr. de L., t. II, p. 66.)

[a2] Page 3, ligne 24. Martin Luther...

Lotharius, lut-her, leute-herr? chef des hommes, chef du peuple?

[a3] Page 9, ligne 8.—Tentations...

«Quand j'étais jeune, il arriva qu'à Eisleben, à la Fête-Dieu, j'allais avec la procession en habit de prêtre. Tout-à-coup la vue du Saint-Sacrement, que portait le docteur Staupitz, m'effraya tellement, que je suai de tout mon corps, et crus mourir de terreur. La procession finie, je me confessai au docteur Staupitz, et lui racontai ce qui m'était arrivé. Il me répondit: «Tes pensées ne sont pas selon le Christ, Christ n'effraie point; il console.» Cette parole me remplit de joie et me fut d'une grande consolation.» (Tischreden, p. 133, verso).

«Le docteur Martin Luther racontait que, lorsqu'il était au cloître à Erfurth, il avait dit une fois au docteur Staupitz: «Ah! cher seigneur docteur, notre Seigneur-Dieu agit d'une manière si terrible avec les gens? Qui peut le servir, s'il frappe ainsi autour de soi?» A quoi il me répondit: «Mon cher, apprenez à mieux juger de Dieu; s'il n'agissait pas ainsi, comment pourrait-il dompter les têtes dures? il doit prendre garde aux grands arbres de crainte qu'ils ne montent jusqu'au ciel.» (Tischreden, page 150, verso.)

Dans sa jeunesse, lorsqu'il étudiait encore à Erfurt, Luther fut atteint d'une très grave maladie; il croyait qu'il en mourrait. Un vieux curé lui dit alors, au rapport de Matthésius: «Prenez courage, mon cher bachelier, vous ne mourrez point cette fois; Dieu fera encore de vous un grand homme qui consolera beaucoup de gens.» (Ukert, t. I, p. 318.)

Luther avait difficilement supporté les obligations qu'imposait la vie monastique. Il raconte comment, au commencement de la Réforme, il tâchait encore de lire régulièrement ses Heures sans y parvenir. «Quand je n'aurais fait autre chose que délivrer les hommes de cette tyrannie, on me devrait de la reconnaissance.» (Tischreden, page 150.)

Cette répétition constante et à heure fixe des mêmes méditations, cette matérialisation de la prière, qui pesait tant au génie impatient de Luther, Ignace de Loyola, contemporain du réformateur allemand, la mettait alors plus que jamais en honneur dans ses singuliers Exercices religieux.

«A Erfurt, Luther lut la plupart des écrits qui nous restent des anciens latins, Cicéron, Virgile, Tite-Live... A l'âge de vingt ans il fut décoré du titre de maître-ès-arts, et, d'après l'avis de ses parens, il commença à s'appliquer à la jurisprudence... Au couvent d'Erfurth, il excitait l'admiration dans les exercices publics, par la facilité avec laquelle il se tirait des labyrinthes de la dialectique... Il lisait avidement les prophètes et les apôtres, puis les livres de saint Augustin, son Explication des psaumes et son livre De l'esprit et de la lettre: il apprit presque par cœur les Traités de Gabriel Biel et de Pierre d'Ailly, évêque de Cambray; il lut assidument les écrits d'Occam, dont il préférait la logique à celle de Thomas et de Scot. Il lut beaucoup aussi les écrits de Gerson, et par-dessus tout ceux de saint Augustin.» (Vie de Luther, par Mélanchton.)

[a4] Page 20, ligne 10.—Trente cardinaux en une fois...

C'est trente et un cardinaux qui furent créés le 13 juin 1517. Le même jour, un orage renversa l'ange qui est au haut du château Saint-Ange, frappa un enfant Jésus dans une église et fit tomber les clés de la statue de saint Pierre. (Ruchat, I, 36; d'après Hotting., 19.)

[a5] Page 20, ligne 17.—Tetzel...

Il enseignait dans ses prédications que si quelqu'un avait violé la sainte Vierge, son péché lui serait pardonné en vertu des indulgences; que la croix rouge qu'il plantait dans les églises, avait autant de vertu que celle de Jésus-Christ; qu'il avait plus converti de gens par ses indulgences, que saint Pierre par ses sermons; que les Saxons n'avaient qu'à donner de l'argent, et que leurs montagnes deviendraient des mines d'argent, etc. (Luther adv. Brunsvic. Seckendorf. hist. Lutheranismi, livre I, § 16, etc.)

Comme concession indirecte, les catholiques abandonnèrent Tetzel. Miltitz écrivit à Pfeffinger, un des ministres de l'Électeur: «Les mensonges et les fraudes de Tetzel me sont assez connus; je lui en ai fait de vifs reproches, je les lui ai prouvés en présence de témoins. J'écrirai tout au pontife, et j'attendrai sa sentence. D'après une lettre d'un facteur de la banque des Fugger, chargé de tenir compte de l'argent des indulgences, je l'ai convaincu d'avoir reçu par mois quatre-vingts florins pour lui-même et dix pour son serviteur, outre ce qu'on lui payait pour se défrayer lui et les siens, et pour la nourriture de trois chevaux. Je ne compte pas là-dedans ce qu'il a volé ou dépensé inutilement. Vous voyez comment le misérable a servi la sainte Église romaine et l'archevêque de Mayence, mon très clément seigneur.» (Seckendorf, livre I, p. 62.)

[a6] Page 21, ligne 13.—Il fut saisi d'indignation...

«Lorsque j'entrepris d'écrire contre la grossière erreur des indulgences, le docteur Jérôme Schurff m'arrêta et me dit: «Voulez-vous donc écrire contre le pape? Que voulez-vous faire? on ne le souffrira pas.—Eh quoi! répondis-je; s'il fallait qu'on le souffrît?» (Tischreden, 384 verso.)

[a7] Page 21, ligne 27.—S'adressa à l'évêque de Brandebourg...

Sa lettre à l'évêque de Brandebourg est assez méticuleuse; ses paroles, pleines de soumission, sont loin d'annoncer les violences qui vont bientôt éclater. Il lui envoie ses propositions, ou plutôt ses doutes; car il ne veut rien dire ni dans un sens ni dans l'autre, jusqu'à ce que l'Église ait prononcé. Il blâme les adversaires du saint-siége. «Que ne disputent-ils aussi de la puissance, de la sagesse et de la bonté de celui qui a donné ce pouvoir à l'Église?» Il loue la douceur et l'humilité de l'évêque; il l'engage à prendre la plume et à effacer ce qu'il lui plaira, ou à brûler le tout. (Luth. Werke, IX, p. 64.)

[a8] Page 27, ligne 15.—Sermon sur l'indulgence et la grâce...

Dans les cinq premiers paragraphes, dans le sixième surtout, qui est très mystique, il expose très clairement la doctrine de saint Thomas; il prouve ensuite, par l'Écriture, contre cette doctrine, que le repentir et la conversion du pécheur peuvent seuls lui assurer le pardon de ses péchés.—§ IX. «Quand même l'Église déclarerait aujourd'hui que l'indulgence efface les péchés mieux que les œuvres de satisfaction, il vaudrait mille fois mieux, pour un chrétien, ne point acheter l'indulgence, mais plutôt faire les œuvres et souffrir les peines; car l'indulgence n'est et ne peut être qu'une dispense de bonnes œuvres et de peines salutaires.»—§ XV. «Il est meilleur et plus sûr de donner pour la construction de saint Pierre que d'acheter l'indulgence prêchée à ce sujet. Vous devez avant tout donner à votre pauvre prochain, et s'il n'y a plus personne dans votre ville qui ait besoin de votre secours, alors vous devez donner pour les églises de votre ville... Mon désir, ma prière et mon conseil sont que personne n'achète l'indulgence. Laissez les mauvais chrétiens l'acheter; que chacun marche pour soi.»—§ XVIII. «Si les âmes peuvent être tirées du purgatoire par l'efficacité de l'indulgence, je n'en sais rien, je ne le crois même pas; le plus sûr est de recourir à la prière... Laissez les docteurs scolastiques rester scolastiques; ils ne sont pas assez, tous ensemble, pour autoriser une prédication.»

Ce morceau, très court, semble moins un sermon que des notes sur lesquelles Luther devait parler. (Luth. Werke, VII, p. 1.)

[a9] Page 28, ligne 26.—Léon X...

«Autrefois, le pape était extrêmement orgueilleux, et méprisait tout le monde. Le cardinal-légat Caietano me dit à Augsbourg: «Quoi! tu crois que le pape se soucie de l'Allemagne? Le petit doigt du pape est plus puissant que tous vos princes.»—«Quand on présenta au pape mes premières propositions sur les indulgences, il dit: «C'est d'un Allemand ivre, laissez-le se dégriser, et il parlera autrement.» C'est avec ce ton de raillerie qu'il méprisait tout le monde.»

Luther ne fut point en reste avec les Italiens; il leur rendit énergiquement leur mépris. «Si ce Sylvestre ne cesse de me provoquer par ses niaiseries, je mettrai fin au jeu, et lâchant la bride à mon esprit et à ma plume, je lui montrerai qu'il y en a, en Allemagne, qui comprennent ses ruses et celles de Rome; et Dieu veuille que cela vienne bientôt! Depuis trop long-temps, les Romains, avec leurs jongleries, leurs tours et leurs détours, s'amusent de nous comme de niais et de bouffons.» (1er septembre 1518.)

«Je suis charmé que Philippe (Mélanchton) ait éprouvé par lui-même le génie des Italiens. Cette philosophie ne veut croire qu'après expérience. Pour moi, je ne pourrais plus me fier à aucun Italien, pas même au confesseur de l'Empereur. Mon Caietano m'aimait d'une telle amitié, qu'il aurait voulu verser pour moi tout le sang qui coule dans..... mes veines. Ce sont des drôles. L'Italien, quand il est bon, est très bon; mais c'est un prodige qui ressemble beaucoup à celui du cygne noir.» (21 juillet 1530.)

«Je souhaite à Sadolet de croire que Dieu est le père des hommes, même hors de l'Italie; mais les Italiens ne peuvent se mettre cela dans l'esprit.» (14 octobre 1539.)

«Les Italiens, dit Hutten, qui nous accusaient d'être impuissans à produire ce qui demande du génie, sont forcés d'admirer aujourd'hui notre Albert Durer, si bien que, pour mieux vendre leurs ouvrages, ils les marquent de son nom. (Hutten, III, 76.)

[a10] Page 29, ligne 1.—Fra Luther est un beau génie...

Bien avant 1523, le seigneur Conrad Hofmann engageait l'archevêque de Mayence à pourvoir aux affaires de la religion, de crainte qu'il ne s'élevât un grand incendie. Il répondit: «C'est une affaire de moines, ils l'arrangeront bien eux-mêmes.»

[a11] Page 32, ligne 5.—Ce prince, par intérêt pour sa nouvelle université...

L'université de Wittemberg écrivit à l'Électeur, lui demandant sa protection pour le plus illustre de ses membres. (p. 55, Seckendorf.) La célébrité croissante de Luther amenait à Wittemberg un concours immense d'étudians. Luther dit lui-même: Studium nostrum more formicarum fervet. Un auteur presque contemporain écrit: «J'ai appris de nos précepteurs que des étudians de toutes nations venaient à Wittemberg pour entendre Luther et Mélanchton; sitôt qu'ils apercevaient la ville, ils rendaient grâces à Dieu, les mains jointes; car de Wittemberg, comme autrefois de Jérusalem, est sortie la lumière de la vérité évangélique, pour se répandre de là jusqu'aux terres les plus lointaines. (Scultetus in annalibus, an 1517, p. 16, 17. Cité par Seckendorf, p. 59.)

Toutefois, la protection de l'Électeur n'était point très généreuse. «Ce que je t'ai déjà dit, mon cher Spalatin, je te le dis et te le répète encore: cherche bien à savoir si c'est l'intention du prince que cette académie s'écroule et périsse. J'aimerais fort à le savoir, pour ne pas retenir inutilement ceux que chaque jour on appelle ailleurs. Ce bruit s'est déjà tellement accrédité, que ceux de Nuremberg sollicitent pour faire venir Mélanchton, tant ils sont persuadés, que cette école est désertée. Tu sais cependant qu'on ne peut ni ne doit contraindre le prince.» (1er novembre 1524.)

Après la mort de l'Électeur, Luther envoya à Spalatin un plan pour l'organisation de l'université. (20 mai 1525.)

[a12] Page 32, ligne 7.—L'avait toujours protégé...

L'Électeur écrit lui-même à Spalatin, l'affaire de notre Martin va bien, Pfeffinger a bonne espérance. (Seckendorf, p. 53.)

Il fit dire à Luther qu'il avait obtenu du légat Caietano que celui-ci écrirait à Rome pour que l'on remît à de certains juges le soin de décider l'affaire; que jusque là il patientât, et que peut-être les censures ne viendraient point. (Seckendorf, p. 44.)

[a13] Page 32, ligne 27.—La sainte Écriture parle avec une telle majesté quelle n'a pas besoin...

Schenk avait été chargé d'acheter des reliques pour l'église collégiale de Wittemberg; mais, en 1520, la commission fut révoquée, et les reliques renvoyées en Italie pour y être vendues à quelque prix que ce fût. «Car ici, écrit Spalatin, le bas peuple les méprise, dans la ferme et très légitime persuasion qu'il suffit d'apprendre de l'Écriture à avoir foi et confiance en Dieu, et à aimer son prochain.» (Maccrée, p. 37, d'après la vie de Spalatin par Schlegel, p. 59. Seckendorf. I, p. 223.)

[a14] Page 36, ligne 13.—Le légat Caietano...

Extrait d'une relation des conférences du cardinal Caietano avec Luther.

Luther ayant déclaré que le pape n'avait de pouvoir que salvâ Scripturâ, le cardinal se moqua de ces paroles, et lui dit: «Ne sais tu pas que le pape est au-dessus des conciles? N'a-t-il pas tout récemment condamné et puni le concile de Bâle?» Luther: «Mais l'université de Paris en a appelé.» Le cardinal: «Ceux de Paris seront punis également.» Plus tard, Luther ayant cité Gerson, le cardinal lui répliqua: «Que m'importent les Gersonistes?» Sur quoi Luther lui demanda qui donc étaient les Gersonistes? «Eh! laissons cela,» dit le cardinal, et il se mit à parler d'autre chose.

Le cardinal envoya au pape la réponse de Luther par un courrier extraordinaire. Il fit aussi dire à Luther, par le docteur Wenceslas, que pourvu qu'il voulût révoquer ce qu'il avait avancé sur les indulgences, l'affaire serait tout arrangée. «Car, ajouta-t-il, l'article sur la foi nécessaire pour le saint sacrement pourrait bien se laisser interpréter et tourner.»

Pendant que Luther était à Augsbourg, il fut souvent prié de prêcher dans cette ville, mais il refusa constamment, avec civilité; il craignait que le légat ne crût qu'il le ferait pour le railler et le braver.

Luther dit en s'en retournant d'Augsbourg: «Que s'il avait quatre cents têtes, il voudrait plutôt les perdre toutes que de révoquer son article touchant la foi.»—«Personne en Allemagne, dit Hutten, ne méprise plus la mort que Luther.»

Dans la Protestation qu'il rédigea après ses conférences avec Caietano, il offrit à celui-ci d'exposer ses opinions dans un mémoire, et de les soumettre au jugement des trois universités de Bâle, de Fribourg (en Brisgaw) et de Louvain; même, si on le demandait, au jugement de l'université de Paris, «estimée de tout temps la plus chrétienne et la plus savante.»

Lettre de Luther à l'électeur de Saxe pour se défendre contre les accusations du cardinal Caietano. (19 novembre 1518.) «Une chose m'afflige vivement, c'est que le seigneur légat parle malicieusement de votre Grâce électorale comme si je me fondais sur elle en entreprenant toutes ces choses. Il y a de même des menteurs parmi nous qui avancent que c'est d'après l'exhortation et le conseil de votre Grâce que j'ai commencé à discuter la question des indulgences; et cependant il n'est personne, parmi mes plus chers amis, qui ait été instruit d'avance de mon dessein, excepté messeigneurs l'archevêque de Magdebourg et l'évêque de Brandebourg...»

[a15] Page 44, ligne 2.—Examiner l'affaire par des juges non suspects...

Les légats se réduisaient cependant à demander qu'on brûlât les livres de Luther. «Le pape, disaient-ils, ne veut pas souiller ses mains du sang de Luther.» (Luth. opera, II.)

[a16] Page 46, ligne 4.—Miltitz changea de ton...

En 1520, les adversaires de Luther s'étaient divisés en deux partis, représentés par Eck et Miltitz. Le premier, qui a disputé publiquement contre Luther, croit son honneur et sa réputation de théologien engagés à obtenir une rétractation formelle de Luther ou sa condamnation par le pape comme hérétique. Eck pousse aux mesures violentes. Miltitz, au contraire, qui est l'agent direct du saint-siége, voudrait concilier les choses. Il accorde tout à Luther, parle comme lui, même de la papauté, et ne lui demande que le silence.

Le 20 octobre 1520, il écrit que, si Luther s'en tient à ses promesses, il le délivrera de la bulle, qui ne doit avoir son effet que dans quatre mois. Le même jour il écrit à l'Électeur pour lui demander de l'argent afin qu'il ait de quoi envoyer à Rome pour se faire, près du pape, des patrons pour combattre les malicieuses délations et les honteux mensonges d'Eck contre Luther. Il l'invite à écrire lui-même au pontife, et à envoyer aux jeunes cardinaux, parens du pape, deux ou trois pièces d'or à son effigie et autant en argent afin de se les concilier. Enfin il le supplie de lui continuer sa pension et de lui donner à lui-même quelque chose; car ce qu'il avait reçu, on le lui a volé.

Le 14 octobre, il écrit que Luther consent à se taire si ses adversaires veulent garder le silence. Il promet que les choses n'iront pas comme l'espèrent Eck et sa faction, il engage encore l'Électeur à envoyer quarante ou cinquante florins au cardinal quatuor Sanctorum (Seckendorf, l. I, p. 99.)

Ce Miltitz était un assez bon compagnon. Dans une lettre à l'Électeur, où il réclame le paiement de sa pension, il raconte qu'étant à Stolpa, avec l'évêque de Misnie, ils buvaient joyeusement ensemble lorsque sur le soir on apporta un petit livre de Luther, contre l'official de Stolpa; l'évêque s'indigna, l'official jura; mais lui, il ne fit qu'en rire, comme fit plus tard le duc George qui s'en amusa beaucoup. (1520.) (Seckendorf, l. I, p. 98.)

Le docteur Wolffgang Reissenbach raconte que Luther et Miltitz, l'un avec trente chevaux, l'autre accompagné de quatre seulement, vinrent le 11 octobre, à Lichtenberg; qu'ils y vécurent joyeusement, son économe leur fournissant en abondance tout ce qui était nécessaire. Il ajoute qu'il avait mieux aimé se trouver absent, parce qu'il n'aime pas Miltitz qui lui a fait perdre six cents florins. (Seckendorf, l. I, p. 99.)

Miltitz finit dignement: on dit qu'un jour après de copieuses libations, il tomba dans le Rhin près de Mayence et s'y noya. Il avait alors sur lui cinq cents pièces d'or. (Seckendorf, l. I, p. 117.)

[a17] Page 46, ligne 7.—Lui avoua qu'il avait enlevé le monde à soi...

Les livres de Luther avaient en effet déjà une grande vogue. Jean Froben, célèbre imprimeur de Bâle, lui écrivit le 14 février 1519 que ses livres sont lus et approuvé, à Paris même, et jusque dans la Sorbonne; qu'il ne lui reste plus un seul exemplaire de tous ceux qu'il avait réimprimés à Bâle; qu'il sont dispersés en Italie, en Espagne et ailleurs, partout approuvés des docteurs. (Seckendorf, l. I, p. 68.)

[a18] Page 47, ligne 22.—Non content d'aller se défendre à Leipsig...

Voyage de Luther à Leipsig: «Il y avait d'abord Carlostad seul sur un chariot, et précédant tous les autres; mais une roue s'étant brisée près de l'église Saint-Paul, il tomba, et cette chute fut considérée comme un mauvais présage pour lui. Puis venait le chariot de Barnim, prince de Poméranie, qui alors étudiait à Wittemberg et portait le titre de recteur honoraire. A ses côtés étaient Luther et Mélanchton; un grand nombre d'étudians de Wittemberg accompagnaient en armes la voiture.» (19 juin 1519.) (Seckendorf, l. I, p. 92.)

Eck raconte son entrevue avec Luther (qu'il appelle Lötter, en allemand un vagabond, un pendard). «Luther vint en grande pompe à Leipsig, avec deux cents étudians de Wittemberg, quatre docteurs, trois licenciés, plusieurs maîtres et un grand nombre de ses partisans; le docteur Lang d'Erfurth, Egranus, un prédicateur de Gorlitz, un bourgeois d'Anneberg, des schismatiques de Prague et des picards (hussites), qui vantent Martin comme un grand docteur de vérité, comme l'égal de leur Jean Hussinetz. La dispute fut arrêtée pour le 20 juin; j'accordai que ceux de Leipsig ne seraient pas juges, quoiqu'ils fussent bien disposés pour moi. Par toute la ville il n'était bruit que de ma défaite, et personne n'osait me faire société. Moi, comme un vieux docteur, j'étais là pour faire tête à tous. Cependant le prince m'envoya un bon cerf et donna une biche à Carlostad, contre lequel je devais aussi disputer. La citadelle fut magnifiquement préparée pour nous servir de champ de bataille. Le lieu était gardé par soixante-seize soldats pour nous défendre en cas de besoin, contre les insultes de ceux de Wittemberg et des Bohémiens... Quand Luther entra, je vis bien qu'il ne voulait pas disputer... Il refusa de reconnaître aucune espèce de juges. Je lui proposai les commissaires du prince (le duc George), l'université de Leipsig, ou tout autre université qu'il voudrait choisir en Allemagne, ou si l'Allemagne lui semblait trop petite, en Italie, en France, en Espagne. Il refusa tout. Seulement à la fin il consentit à convenir d'un juge avec moi, et à disputer, pourvu qu'il lui fût permis de publier en allemand les actes de la conférence. Je ne pouvais accorder cela. Je ne sais maintenant quand nous commencerons..... Le sénat qui craint que ceux de Wittemberg n'exécutent leurs menaces, a, la nuit dernière, garni de soldats les maisons voisines.» (Seckendorf, l. I, p. 85-6.)

Mosellanus, professeur de langue grecque à Leipsig et qui fut chargé d'ouvrir les conférences par un discours au nom du prince, rapporte dans une lettre à Pirkheimer, qu'on avait enfin choisi pour juges des docteurs d'Erfurth et de Paris. Mosellanus est favorable à Luther. «Eck, dit-il, par ses cris, sa figure de soldat, ses regards de travers, ses gestes d'histrion, semblait un petit furieux... se vantant sans cesse, affirmant des choses fausses, niant impudemment des choses vraies...» (Seckendorf, l. I, p. 90.)

[a19] Page 47, ligne 25.—Le prince qui le protégeait...

Luther ne dut plus douter de la protection de l'Électeur, lorsque Spalatin, le confident de ce prince, traduisit en allemand et publia son livre intitulé: Consolation à tous les chrétiens. (février 1520.)

[a20] Page 48, ligne 1.—Pour qu'ils vinssent disputer avec lui...

A cette époque, Luther, encore peu arrêté dans ses idées de réforme, cherchait à s'éclairer sur ses doutes par la discussion; il demandait, il sollicitait les conférences publiques. Le 15 janvier 1520, il écrivit à l'Empereur:

«Voici bientôt trois ans que je souffre des colères sans fin, et d'outrageantes injures, que je suis exposé à mille périls et à tout ce que mes adversaires peuvent inventer de mal contre moi. En vain j'ai demandé pardon pour mes paroles, en vain j'ai offert de garder le silence, en vain j'ai proposé des conditions de paix, en vain j'ai prié que l'on voulût bien m'éclairer si j'étais dans l'erreur. L'on n'a rien écouté; l'on n'a fait qu'une chose, préparer ma ruine et celle de l'Évangile. Puisque j'ai vainement tout tenté jusqu'à présent, je veux, à l'exemple de saint Athanase, invoquer la majesté impériale; j'implore donc humblement votre Majesté, Charles, prince des rois de la terre, pour qu'elle ait pitié, non pas de moi, mais de la cause de la vérité, pour laquelle seule il vous a été donné de porter le glaive. Qu'on me laisse prouver ma doctrine; je vaincrai, ou je serai vaincu; et si je suis trouvé impie ou hérétique, je ne veux point de protection ni de miséricorde.» (Opera latina Lutheri. Wittemb., II, 42.)

Le 4 février, il écrit encore à l'archevêque de Mayence et à l'évêque de Mersebourg des lettres pleines de soumission et de respect, où il les supplie de ne pas croire les calomnies que l'on répand sur son compte; il ne demande qu'à s'instruire, qu'à éclaircir ses doutes. (Luth. opera, II, 44.)

[a21] Page 51, ligne 9.—Lorsque la bulle...

Les cicéroniens de la cour pontificale, les Sadolets, etc., avaient déployé toute leur science, toute leur littérature pour écrire la bulle de Léon X. Leur belle invocation à tous les saints contre Luther rappelle évidemment la fameuse péroraison du discours de Cicéron, De Signis, dans laquelle il adjure tous les dieux de venir témoigner contre Verrès qui a outragé leurs autels. Par malheur, les secrétaires du pape, plus préoccupés des formes oratoires de l'antiquité que de l'histoire de l'Église, ne s'étaient point aperçus qu'ils évoquaient contre Luther celui même sur lequel s'appuyait Luther: «Exsurge, tu quoque, quæsumus, Paule, qui Ecclesiam tuâ doctrinâ illustrasti. Surgit novus Porphyrius...—(Lutheri opera, II, 52.)

Léon X, en condamnant dans cette bulle les livres de Luther, lui offrait de nouveau un sauf-conduit pour se rendre à Rome, et promettait de lui payer ses frais de voyage.

Les universités de Louvain et de Cologne approuvèrent la bulle du pape, et s'attirèrent ainsi les attaques de Luther. Il les accusa d'avoir injustement condamné Occam, Pic de la Mirandole, Laurent Valla, Jean Reuchlin. Pour affaiblir, dit Cochlæus, l'autorité de ces universités, il les attaquait sans cesse dans ses livres, mettant en marge, lorsqu'il rencontrait un barbarisme ou quelque chose de mal dit: comme à Louvain, comme à Cologne, lovanialiter, colonialiter, etc. (Cochlæus, p. 22.)

A Cologne, à Mayence, et dans tous les états héréditaires de Charles V, on brûla, dès 1520, les livres de Luther. (Cochlæus, p. 25.)

[a22] Page 52, ligne 26.—Aucun d'eux plus éloquemment que lui.....

Il écrivait le 29 novembre 1521 aux Augustins de Wittemberg: «Je sens chaque jour combien il est difficile de déposer les scrupules que l'on a conservés long-temps. Oh! qu'il m'en a coûté de peine, quoique j'eusse l'Écriture de mon côté, pour me justifier par-devant moi-même de ce que seul j'osai m'élever contre le pape et le tenir pour l'Antichrist! Quelles n'ont pas été les tribulations de mon cœur! que de fois ne me suis-je pas opposé avec amertume à cet argument des papistes: «Es-tu seul sage? Tous les autres se tromperaient-ils, se seraient-ils trompés depuis si long-temps? que sera-ce si tu te trompes et que tu entraînes dans ton erreur tant d'âmes qui seront éternellement damnées? Ainsi je me débattais avec moi-même, jusqu'à ce que Jésus-Christ, par sa propre et infaillible parole, me fortifiât et dressât mon cœur contre cet argument, comme un rivage de rochers, dressé contre les flots, se rit de toutes leurs fureurs...» (Luth. Briefe, t. II, p. 107.)

[a23] Page 56, ligne 28.—Il se fondait alors sur saint Jean...

«Il faut procéder dans l'Évangile de saint Jean, d'après un tout autre point de vue que dans les autres évangélistes. L'idée de cet évangile, c'est que l'homme ne peut rien, n'a rien de soi-même, qu'il ne tient rien que de la miséricorde divine... Je le répète, et le répéterai: Celui qui veut s'élever à une pensée, à une spéculation salutaire sur Dieu, doit tout subordonner à l'humanité du Christ. Qu'il se la représente sans cesse dans son action ou dans sa passion, jusqu'à ce que son cœur s'amollisse. Alors qu'il ne s'arrête pas là, qu'il pénètre et pousse plus loin la pensée: ce n'est pas par sa volonté, mais par celle de Dieu le Père, que Jésus fait ceci et cela. C'est là qu'il commencera à goûter la douceur infinie de la volonté du père, révélée dans l'humanité du Christ.»

[a24] Page 60, ligne 5.—On s'arrachait ses pamphlets...

Le célèbre peintre Lucas Cranach faisait des gravures pour les opuscules de Luther. (Seckendorf, p. 148.)

[a25] Page 61, ligne 2.—Si quelque imprimeur apportait du soin aux ouvrages des papistes, on le tourmentait...

De même à Augsbourg. La confession d'Augsbourg fut imprimée et répandue dans toute l'Allemagne avant la fin même de la diète; la réfutation des catholiques dont l'Empereur avait ordonné l'impression, fut remise aux imprimeurs, mais ne parut pas. Aussi Luther, reprochant aux catholiques de ne pas oser la publier, appelle cette réfutation, un oiseau de nuit, un hibou, une chauve-souris (noctua et vespertilio). (Cochlæus, 202.)

[a26] Page 61, ligne 7.—Luther avait fait appel à la noblesse.

«A sa Majesté impériale et à la noblesse chrétienne de la nation allemande, le docteur Martin Luther. (1520.)

»Grâce et force de notre Seigneur Jésus... Les Romanistes ont habilement élevé autour d'eux trois murs, au moyen desquels ils se sont jusqu'ici protégés contre toute réforme, au grand préjudice de toute la chrétienté. D'abord ils prétendent que le pouvoir spirituel est au-dessus du pouvoir temporel; ensuite, qu'au pape seul il appartient d'interpréter la Bible; troisièmement, que le pape seul a droit de convoquer un concile.

»Sur ce, puisse Dieu nous être en aide et nous donner une de ces trompettes qui renversèrent jadis les murs de Jéricho, pour souffler bas ces murs de paille et de papier, mettre en lumière les ruses et les mensonges du diable, et recouvrer par pénitence et amendement la grâce de Dieu. Commençons par le premier mur.

»Premier mur... Tous les chrétiens sont de condition spirituelle, et il n'est entre eux d'autre différence que celle qui résulte de la différence de leurs fonctions, selon la parole de l'apôtre (I. Cor. xii), qui dit «que nous sommes tous un même corps, mais que chaque membre a un office particulier, par lequel il est utile aux autres.»

»Nous avons tous le même baptême, le même Évangile, la même foi, et nous sommes tous égaux comme chrétiens..... Il devrait en être du curé comme du bailli; que pendant ses fonctions il soit au-dessus des autres; déposé, qu'il redevienne ce qu'il a été, simple bourgeois. Les caractères indélébiles ne sont qu'une chimère... Le pouvoir séculier étant institué de Dieu, afin de punir les méchans et de protéger les bons, son ministère devrait s'étendre sur toute la chrétienté, sans considération de personne, pape, évêque, moine, religieuse ou autre, n'importe... Un prêtre a-t-il été tué: tout le pays est frappé d'interdit. Pourquoi n'en est-il pas de même après le meurtre d'un paysan? D'où vient une telle différence entre des chrétiens que Jésus-Christ appelle égaux? Uniquement des lois et des inventions humaines...

»Deuxième mur... Nous sommes tous prêtres. L'apôtre ne dit-il pas (I. Cor. ii): «Un homme spirituel juge toutes choses et n'est jugé par personne?» Nous avons tous un même esprit dans la foi, dit encore l'Évangile, pourquoi ne sentirions-nous pas, aussi bien que les papes qui sont souvent des mécréans, ce qui est conforme ou contraire à la foi?

»Troisième mur... Les premiers conciles ne furent pas convoqués par les papes. Celui de Nicée lui-même fut convoqué par l'empereur Constantin..... Si les ennemis surprenaient une ville, l'honneur serait à celui qui, le premier, crierait aux armes, qu'il fût bourgmestre ou non. Pourquoi n'en serait-il pas de même de celui qui ferait sentinelle contre nos ennemis de l'enfer, et, les voyant s'avancer, rassemblerait le premier les chrétiens contre eux? Faut-il pour cela qu'il soit pape...»

Voici en résumé les réformes que propose Luther: Que le pape diminue le luxe dont il est entouré, et qu'il se rapproche de la pauvreté de Jésus-Christ. Sa cour absorbe des sommes immenses. On a calculé que plus de trois cent mille florins allaient tous les ans d'Allemagne à Rome. Douze cardinaux suffiraient et ce serait au pape à les nourrir. Pourquoi les Allemands se laisseraient-ils dépouiller par les cardinaux qui envahissent toutes les riches fondations, et qui en dépensent les revenus à Rome? Les Français ne le souffrent pas.—Que l'on ne donne plus rien au pape pour être employé contre les Turcs; ce n'est qu'un leurre, un misérable prétexte, pour tirer de nous de l'argent.—Qu'on cesse de lui reconnaître le droit d'investiture. Rome attire tout à soi par les pratiques les plus impudentes. Il est en cette ville un simple courtisan qui possède vingt-deux cures, sept prieurés et quarante-quatre prébendes, etc.

Que l'autorité séculière n'envoie plus à Rome d'annates, comme on fait depuis cent ans.—Qu'il suffise, pour l'installation des évêques, qu'ils soient confirmés par les deux évêques les plus voisins, ou par leur archevêque, conformément au concile de Nicée.—«Je veux seulement, en écrivant ceci, faire réfléchir ceux qui sont disposés à aider la nation allemande à redevenir chrétienne et libre après le déplorable gouvernement du pape, ce gouvernement anti-chrétien.»

Moins de pélerinages en Italie.—Laissons s'éteindre les ordres mendians. Ils ont dégénéré et ne remplissent pas le but de leurs fondateurs.—Permettre le mariage des prêtres.—Supprimer un grand nombre de fêtes, ou les faire coïncider avec les dimanches. Abolir les fêtes de patronage, si préjudiciables aux bonnes mœurs.—Supprimer des jeûnes. «Beaucoup de choses qui ont été bonnes autrefois ne le sont plus à présent.»—Éteindre la mendicité. Que chaque commune soit tenue d'avoir soin de ses pauvres.—Défendre de fonder des messes privées.—Examiner la doctrine des Bohèmes mieux qu'on n'a fait, et se joindre à eux pour résister à la cour de Rome.—Abolir les décrétales.—Supprimer les maisons de prostitution.

«Je sais encore une autre chanson sur Rome et les Romanistes; si l'oreille leur démange, je la leur chanterai aussi, et je monterai jusqu'aux derniers octaves. Me comprends-tu, Rome?» (Luth. Werke, VI, 544-568.)

[a27] Page 62, ligne 25.—Je ne voudrais pas qu'on fît servir à la cause de l'Évangile la violence et le meurtre...

Il voulait que l'Allemagne se séparât paisiblement du saint-siége: c'est en ce sens qu'il écrivit en 1520 à Charles-Quint et aux nobles allemands pour les engager à renoncer à l'obédience de Rome. «L'Empereur, disait-il, a égal pouvoir sur les clercs et sur les laïques; la différence entre ces deux états n'est qu'une fiction, puisque, par le baptême, nous devenons tous prêtres.» (Lutheri opera, II, p. 20.)

Cependant, si l'on en croit l'autorité assez suspecte, il est vrai, de Cochlæus, il aurait, dès cette époque même, prêché la guerre contre Rome.—«Que l'Empereur, les rois, les princes ceignent le glaive et frappent cette peste du monde. Il faut en finir par l'épée; il n'y a point d'autre remède. Que veulent dire ces hommes perdus, privés de sens commun: que c'est là ce que doit faire l'Antichrist. Si nous avons des potences pour les voleurs, des haches pour les brigands, des bûchers pour les hérétiques, pourquoi n'aurions-nous pas des armes pour ces maîtres de perdition, ces cardinaux, ces papes, toute cette tourbe de la Sodome romaine qui corrompt l'Église de Dieu? pourquoi ne laverions-nous pas nos mains dans leur sang?» Je ne sais de quel ouvrage de Luther Cochlæus a tiré ces paroles. (page 22.)

[a28] Page 63, ligne 19.—Hutten... pour former une ligue entre les villes et les nobles du Rhin...

Dès l'ouverture de la diète, il s'était enquis auprès de Spalatin de la conduite que l'Électeur tiendrait en cas de guerre. On avait lieu de croire qu'il soutiendrait son théologien, la gloire de son université. «Qui ignore, lui écrit Luther, que le prince Frédéric est devenu, pour la propagation de la littérature, l'exemple de tous les princes? Votre Wittemberg hébraïse et hellénise avec bonheur. Les préceptes de Minerve y gouvernent les arts mieux que jamais, la vraie théologie du Christ y triomphe.» Il écrit à Spalatin (3 octobre 1520:) «Plusieurs ont pensé que je devais demander à notre bon prince de m'obtenir un édit de l'Empereur, pour que personne ne pût me condamner sans que j'eusse été convaincu d'erreur par l'Écriture. Examine si cela est à propos.» On voit par ce qui suit que Luther croyait aussi pouvoir compter sur la sympathie des peuples de l'Italie. «Au lieu de livres, j'aimerais mieux qu'on pût multiplier les livres vivans, c'est-à-dire les prédicateurs. Je t'envoie ce qu'on m'a écrit d'Italie sur ce sujet. Si notre prince le voulait, je ne crois pas qu'il pût entreprendre d'œuvre plus digne de lui. Le petit peuple d'Italie y prenant part, notre cause en recevrait une grande force. Qui sait, Dieu peut-être les suscitera. Il nous garde notre prince, afin de faire agir la parole divine par son intermédiaire. Vois donc ce que tu pourras faire de ce côté pour la cause du Christ.»

Luther n'avait pas négligé de s'attirer l'affection des villes: nous le voyons à la fin de l'an 1520 solliciter de l'Électeur une diminution d'impôts pour celle de Kemberg. «Ce peuple, écrit-il, est misérablement épuisé par cette détestable usure..... Ce sont les prêtrises, les offices du culte, et même quelques confréries, qu'on nourrit de ces impôts sacriléges et de ces rapines impies.»

[a29] Page 64, ligne 12.—Buntschuh.—Soulier d'alliance...

Le sabot servait déjà de signe distinctif au douzième siècle. Sabatati était un nom des Vaudois. (Voy. Dufresne, Glossar. au mot Sabatati.)

[a30] Page 64, ligne 24.—Pour le décider à prendre les armes...

«L'audace des romanistes augmente, écrit-il à Hutten; car, comme ils disent, tu aboies, mais tu ne mords point.» (Opera Hutten, IV, 306.)

Un autre littérateur, Helius Eobanus Hessus, le presse de s'armer pour Luther. «Franz y sera pour nous soutenir, et tous deux, je le prédis, vous serez la foudre qui écrasera le monstre de Rome.» (Hutten op. IV, 309.)

[a31] Page 65, ligne 13.—Sauf-conduit...

«Charles, par la grâce de Dieu, etc. Révérend, cher et pieux docteur! Nous et les États du Saint-Empire, ici rassemblés, ayant résolu de nous informer de ta doctrine et des livres que tu as publiés depuis un certain temps, nous t'avons donné et t'envoyons ci-joints la garantie et le sauf-conduit de l'Empire pour venir ici et retourner ensuite en lieu de sûreté; c'est notre volonté très précise que tu te rendes auprès de nous dans les vingt et un jours que porte ledit sauf-conduit, sans craindre violence ni dommage aucun... Donné en notre ville libre de Worms, le sixième jour du mois de mars 1521, dans la seconde année de notre règne. Signé de la main de l'archichancelier.» (Luth. Werke, IX, p. 106.)

[a32] Page 68, ligne 14.—J'avais tiré un grand éclat de tout cela...

Spalatin raconte dans ses annales (p. 50) que le second jour où Luther avait comparu, l'électeur de Saxe, revenant de la maison de la ville, fit appeler Spalatin dans sa chambre et lui exprima dans quelle surprise il était: «Le docteur Martin a bien parlé devant l'Empereur et les princes et états de l'Empire, seulement il a été trop hardi.» (Marheinecke, histoire de la Réforme, I, 264.)

«Cependant Luther recevait continuellement la visite d'un grand nombre de princes, de comtes et autres personnes de distinction. Le mercredi suivant (huit jours après sa première comparution) il fut invité par l'archevêque de Trèves à se rendre chez lui. Il y vint avec plusieurs de ses amis et y trouva, outre l'archevêque, le margrave de Brandebourg, le duc George de Saxe, le grand-maître de l'ordre Teutonique, et un grand nombre d'ecclésiastiques. Le chancelier du margrave de Bade prit la parole, et l'engagea, avec beaucoup d'éloquence, à entrer dans de meilleures voies; il défendit l'autorité des conciles, et essaya d'alarmer Luther sur l'influence que son livre de la Liberté chrétienne allait avoir sur le peuple, déjà si disposé à la sédition. «Il faut aujourd'hui des lois et des établissemens humains, dit-il, nous ne sommes plus au temps où tous les fidèles n'étaient qu'un cœur et un esprit.» Il finit par menacer Luther de la colère de l'Empereur qui allait infailliblement l'accabler.—Luther, dans sa réponse, remercia les assistans de l'intérêt qu'ils prenaient à lui et des conseils qu'ils lui faisaient donner. Il dit qu'il était loin de blâmer tous les conciles, mais que celui de Constance avait condamné formellement un article de la foi chrétienne, qu'il ferait tout plutôt que de rétracter la parole de Dieu, qu'il prêchait sans cesse au peuple la soumission à l'autorité; mais qu'en matière de foi il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Cela dit, il se retira et les princes délibérèrent. Quand il fut rappelé, le chancelier de Bade répéta une partie de ce qu'il avait déjà dit et l'exhorta finalement à soumettre ses livres au jugement de Sa Majesté et de l'Empire. Luther répondit, avec modestie, qu'il ne lui convenait point de se soustraire au jugement de l'Empereur, des Électeurs et des États qu'il révérait; il voulait s'y soumettre, mais à la condition que l'examen se ferait selon le texte de l'Écriture sainte: «Car, ajouta-t-il, ce texte est si clair pour moi que je ne puis céder, à moins qu'on ne prouve, par l'Écriture même, l'erreur de mon interprétation.» Alors les princes se retirèrent pour se rendre à la maison de ville, et l'archevêque resta avec son official et Cochlæus pour renouveler ses tentatives auprès de Luther, qui avait de son côté le docteur Schurff et Nicolas Amsdorf. Tout échoua.

Néanmoins l'Empereur, à la prière de l'archevêque, prolongea de deux jours le sauf-conduit de Luther pour donner le temps d'entamer de nouvelles conférences. Il y en eut encore quatre, mais elles n'eurent pas plus de succès.» (Luth. Werke, IX. 110.)

[a33] Page 78, ligne 4.—Dans la dernière conférence...

Luther termina cette conférence en disant: «En ce qui touche la parole de Dieu et la foi, tout chrétien est juge lui-même, aussi bien que le pape, car il faut que chacun vive et meure selon cette foi. La parole de Dieu est une propriété de la commune entière. Chacun de ses membres peut l'expliquer. «Je citai à l'appui, continue Luther, le passage de saint Paul, I. Cor. xiv, où il est dit: Revelatum assidenti si fuerit, prior taceat. Ce texte prouve clairement que le maître doit suivre le disciple, si celui-ci entend mieux la parole de Dieu. Ils ne purent réfuter ce témoignage, et nous nous séparâmes.» (Luth. Werke, IX, p. 117.)

[a34] Page 89, ligne 16.—Il trouva peu de livres à Wartbourg. Il se mit à l'étude du grec et de l'hébreu...

C'est là qu'il commença sa traduction de la Bible. Plusieurs versions allemandes en avaient été déjà publiées à Nuremberg, en 1477, 1483, 1490, et à Augsbourg en 1518; mais elles n'étaient point faites pour le peuple. (Nec legi permittebantur, nec ob styli et typorum horriditatem satisfacere poterant. Seckendorf, lib. I, 204.)

Avant la fin du quinzième siècle, l'Allemagne possédait au moins douze éditions de la Bible en langue vulgaire, tandis que l'Italie n'en avait encore que deux, et la France une seule. (Jung, hist. de la Réforme à Strasbourg.)

Les adversaires de la Réforme contribuaient eux-mêmes à augmenter le nombre des Bibles en langue vulgaire. Ainsi, Jérôme Emser publia une traduction de l'Écriture pour l'opposer à celle de Luther. (Cochlæus, 50.) Celle de Luther ne parut complète qu'en 1534.

Le seul institut de Canstein à Halle, imprima, dans l'espace de cent ans, deux millions de Bibles, un million de Nouveaux Testamens et autant de Psautiers. (Ukert, t. ii, p. 339.)

«J'avais vingt ans, dit Luther lui-même, que je n'avais pas encore vu de Bible. Je croyais qu'il n'existait d'autres évangiles ni épîtres que celles des sermonaires. Enfin, je trouvai une Bible dans la bibliothèque d'Erfurt, et j'en fis souvent lecture au docteur Staupitz avec un grand étonnement...» (Tischreden, p. 255.)

»Sous la papauté, la Bible était inconnue aux gens. Carlostad commença à la lire lorsqu'il était déjà docteur depuis huit ans.» (Tischreden, p. 6, verso.)

«A la diète d'Augsbourg (1530), l'évêque de Mayence jeta un jour les yeux sur une Bible. Survint par hasard un de ses conseillers qui lui dit: «Gracieux seigneur, que fait de ce livre votre Grâce électorale?» A quoi il répondit: «Je ne sais quel livre c'est; seulement tout ce que j'y trouve est contre nous.»—Le docteur Usingen, moine augustin, qui fut mon précepteur au couvent d'Erfurt, me disait, quand il me voyait lire la Bible avec tant d'ardeur: «Ah! frère Martin, qu'est-ce que la Bible? On doit lire les anciens docteurs qui en ont sucé le miel de la vérité. La Bible est la cause de tous les troubles.» (Tischred., p. 7.)

Selneccer, contemporain de Luther, rapporte que les moines, voyant Luther très assidu à la lecture des livres saints, en murmurèrent et lui dirent que ce n'était pas en étudiant de la sorte, mais en quêtant et ramassant du pain, de la viande, du poisson, des œufs et de l'argent, qu'on se rendait utile à la communauté.—Son noviciat fut très dur; on le chargea, dans l'intérieur de la maison, des travaux les plus pénibles et les plus vils, et en dehors, de la quête avec la besace. (Almanach des protestans pour 1810, p. 43.)

«Naguère le temps n'était pas bon pour étudier; on tenait en tel honneur le païen Aristote, que celui qui eût parlé contre, eût été condamné à Cologne comme le plus grand hérétique. Encore ne l'entendaient-ils pas. Les sophistes l'avaient tant obscurci! Un moine, en prêchant la Passion, agita pendant deux heures cette question: Utrùm qualitas realiter distincta sit à substantiâ. Et il disait, pour donner un exemple: Ma tête pourrait bien passer par ce trou, mais la grosseur de ma tête n'y peut passer.» (Tischred., p. 15, verso.)

«Les moines méprisaient ceux d'entre eux qui étaient savans. Ainsi mes frères au couvent m'en voulaient d'étudier. Ils disaient: Sic tibi, sic mihi, sackum per nackum (le sac sur le cou). Ils ne faisaient aucune distinction.» (Tischred., p. 272.)

«Autrefois les premiers docteurs n'auraient pu, je ne dis pas composer, mais bien lire une oraison latine. Ils mêlaient à leur latin des mots qui n'étaient pas même allemands, mais wendes.» (Tischred., p. 15.)

Cette ignorance du clergé était générale en Europe. En 1530, un moine français disait en chaire: «On a trouvé une nouvelle langue que l'on appelle grecque; il faut s'en garantir avec soin. Cette langue enfante toutes les hérésies: Je vois dans les mains d'un grand nombre de personnes un livre écrit en cette langue; on le nomme Nouveau Testament: c'est un livre plein de ronces et de vipères. Quant à la langue hébraïque, tous ceux qui l'apprennent deviennent juifs aussitôt.» (Sismondi, Hist. de Fr., XVI, p. 364.)

[a35] Page 90, ligne 7.—Le cardinal de Mayence... Il l'appelait le pape de Mayence.

Durant la révolte des paysans, il lui écrivit pour l'engager à se marier et à séculariser ses deux archevêchés. Ce serait, lui disait-il entre autres raisons, un puissant moyen de faire cesser les troubles dans son électorat. (7 juin 1525.)

[a36] Page 90, ligne 21.—Ils en entendraient bien d'autres, si...

Après Worms, il comprit que les conférences et discussions publiques, que jusque là il avait demandées, seraient à l'avenir inutiles, et dès-lors il s'y refusa toujours. «Je ne reconnaîtrai plus, dit-il, dans son livre Contra statum ecclesiasticum, je ne reconnaîtrai plus désormais de juges, ni parmi vous, ni parmi les anges. J'ai montré déjà à Worms assez d'humilité; je serai, comme dit saint Paul, votre juge et celui des anges, et quiconque n'acceptera pas ma doctrine, ne pourra être sauvé, car ce n'est point la mienne, mais celle de Dieu, c'est pourquoi mon jugement sera celui de Dieu même.» Je cite d'après le très suspect Cochlæus (p. 48), n'ayant pas en ce moment le texte sous les yeux.

[a37] Page 104, ligne 5.—Le motif de son départ de Wartbourg, c'était le caractère alarmant que prenait la Réforme...

Avant de quitter sa retraite, il chercha plusieurs fois, par ses lettres, à empêcher les siens d'aller trop loin.—Aux habitans de Wittemberg. «... Vous attaquez les messes, les images et autres misères, tandis que vous abandonnez la foi et la charité dont vous avez tant besoin. Vous avez affligé, par vos scandales, beaucoup d'âmes pieuses, peut-être meilleures que vous. Vous avez oublié ce que l'on doit aux faibles. Si le fort court de toute sa vitesse, ne faut-il pas que le faible, laissé en arrière, succombe?

«Dieu vous a fait une grande grâce et vous a donné la Parole dans toute sa pureté. Cependant je ne vois nulle charité en vous. Vous ne supportez point ceux qui n'ont jamais entendu la Parole. Vous n'avez nul souci de nos frères et de nos sœurs de Leipsig, de Meissen et de tant d'autres pays que nous devons sauver avec nous... Vous vous êtes précipités dans cette affaire, tête baissée et sans regarder ni à droite ni à gauche. Ne comptez donc pas sur moi; je vous renierai. Vous avez commencé sans moi, il vous faudra bien finir de même...» (décembre 1521.)

[a38] Page 112, ligne 6.—Le désordre s'est mis dans son troupeau...

De retour à Wittemberg, il prêcha huit jours de suite. Ces sermons suffirent pour remettre l'ordre dans la ville.

[a39] Page 113, ligne 23.—Je ne connais point Luther...

«Exhortation charitable du docteur Martin Luther à tous les chrétiens, pour qu'ils se gardent de l'esprit de trouble et de révolte. (1524.)

»... En premier lieu, je vous prie de vouloir laisser de côté mon nom, et de ne pas vous appeler luthériens, mais chrétiens. Qu'est-ce que Luther? Ma doctrine ne vient pas de moi. Moi, je n'ai été crucifié pour personne. Saint Paul (I. Corinth. iii) ne voulait point que l'on s'appelât pauliens, ni pétriens, mais chrétiens. Comment donc me conviendrait-il, à moi, misérable sac à vermine et à ordure, de donner mon nom aux enfans du Christ? Cessez, chers amis, de prendre ces noms de parti, détruisons-les et appelons-nous chrétiens, d'après le nom de celui de qui vient notre doctrine.

»Il est juste que les papistes portent un nom de parti, parce qu'ils ne se contentent pas de la doctrine et du nom de Jésus-Christ; ils veulent être en outre papistes. Eh bien! qu'ils appartiennent au pape qui est leur maître. Moi je ne suis ni ne veux être le maître de personne. Je tiens avec les miens pour la seule et commune doctrine du Christ qui est notre unique maître.» (Luth. Werke II, p. 4.)

[a40] Page 116, ligne 1.—Jamais, avant cette époque, un homme privé n'avait adressé à un roi des paroles si méprisantes...

En même temps qu'il traitait si rudement Henri VIII et les princes, il passait toutes les bornes dans ses attaques contre le saint-siége. Dans sa réponse aux brefs du pape Adrien, il dit en finissant: «Je suis fâché d'être obligé de donner de si bon allemand contre ce pitoyable latin de cuisine. Mais Dieu veut confondre l'Antichrist en toutes choses, il ne lui laisse plus rien, ni art, ni langue; on dirait qu'il est fou, qu'il est tombé en enfance. C'est une honte d'écrire aux Allemands en pareil latin, de présenter à des gens raisonnables une interprétation aussi maladroite et aussi absurde de l'Écriture.» (1523.)

Préface mise par Luther en tête de deux bulles par lesquelles le pape Clément II annonçait la célébration du jubilé pour 1525:

«... Le pape dit dans sa bulle qu'il veut ouvrir la porte d'or. Nous avons depuis long-temps ouvert toutes les portes en Allemagne, mais les escrocs italiens ne nous rapportent pas un liard de ce qu'ils nous ont volé par leurs indulgentiæ, dispensationes et autres inventions diaboliques. Cher pape Clément, toute ta clémence et toutes tes douceurs ne te serviront de rien ici. Nous n'achèterons plus d'indulgences. Chère porte d'or, chères bulles, retournez d'où vous venez; faites-vous payer par les Italiens. Qui vous connaît, ne vous achète plus. Nous savons, Dieu merci, que ceux qui entendent et qui croient le saint Évangile, ont à toute heure un jubilé... Bon pape, qu'avons-nous à faire de tes bulles? Épargne le plomb et le parchemin; cela est désormais d'un mauvais rapport.» (Luth. Werke, IX, p. 204.)

«Je ferais un même paquet du pape et des cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans ce petit fossé de la mer de Toscane. Ce bain les guérirait; j'y engage ma parole et je donne Jésus-Christ pour caution.»

«Mon petit Paul, mon petit pape, mon petit ânon, allez doucement, il fait glacé: vous vous rompriez une jambe; vous vous gâteriez, et on dirait: Que diable est ceci? comme le petit papelin s'est gâté?» (1542? traduction de Bossuet, Variations, I, 45-6.)

Interprétation du monachovitule et de deux horribles monstres papalins trouvés dans le Tibre, à Rome, l'an 1496; publié à Friberg en Misnie l'an 1523, par Ph. Mélanchton et Martin Luther.—«Dans tous les temps Dieu a montré par des signes évidens sa colère ou sa miséricorde. C'est ainsi que son prophète Daniel a prédit l'arrivée de l'Antichrist, afin que tous les fidèles avertis se gardassent de ses blasphèmes et de son idolâtrie.

»Durant cette domination tyrannique, Dieu a donné beaucoup de signes, et dernièrement encore, cet horrible monstre papalin, trouvé mort dans le Tibre l'an 1496... D'abord la tête d'âne désigne le pape; car l'Église est un corps spirituel qui ne doit ni ne peut avoir de tête visible; Christ seul est le seigneur et le chef de l'Église. Le pape s'est voulu faire contre Dieu la tête visible de l'Église; cette tête d'âne attachée à un corps humain, le désigne donc évidemment. En effet, une tête d'âne convient-elle mieux au corps de l'homme que le pape à l'Église? Autant le cerveau de l'âne diffère de la raison et de l'intelligence humaine, autant la doctrine papale s'éloigne des dogmes du Christ. Dans le royaume du pape les traditions humaines font la loi: il s'est étendu, il s'est élevé par elle. S'il entendait la parole du Christ, il croulerait aussitôt.

»Ce n'est pas seulement pour les saintes Écritures qu'il a une cervelle d'âne, mais pour ce qui regarde même le droit naturel, pour les choses que doit décider la raison humaine. Les juristes impériaux disent en effet qu'un véritable canoniste est véritablement un âne.

»La main droite du monstre, semblable au pied de l'éléphant, montre qu'il écrase les craintifs et les faibles. Il blesse en effet et perd les âmes par tous ses décrets qui, sans cause ni nécessité, chargent les consciences de la terreur de mille péchés qu'ils inventent et dont on ne sait pas même les noms.

»La main gauche désigne la puissance temporelle du pape. Contre la parole de Christ, il est devenu le seigneur des rois et des princes. Aucun d'eux n'a soulevé, fait et conduit tant de guerres, aucun n'a versé autant de sang. Occupé de choses mondaines, il néglige la doctrine et abandonne l'Église.

»Le pied droit, semblable au sabot d'un bœuf, désigne les ministres de l'autorité spirituelle, qui, pour l'oppression des âmes, soutiennent et défendent ce pouvoir; c'est à savoir les docteurs pontificaux, les parleurs, les confesseurs, ces nuées de moines et de religieuses, mais surtout les théologiens scolastiques, qui tous s'en vont répandant ces intolérables lois du pontife, et tiennent ainsi les consciences captives sous le pied de l'éléphant.

»Le pied gauche, qui se termine par des ongles de griffon, signifie les ministres de la puissance civile. De même que les ongles du griffon ne lâchent point facilement ce qu'ils ont une fois pris, de même les satellites du pape ont pris aux hameçons des canons les biens de toute l'Europe, et les retiennent opiniâtrément sans qu'on les leur puisse arracher.

»Le ventre et les seins de femme désignent le corps du pape, c'est-à-dire les cardinaux, évêques, prêtres, moines, tous les sacro-saints martyrs, tous ces porcs bien engraissés du troupeau d'Épicure, qui n'ont d'autre soin que de boire, manger et jouir de voluptés de tout genre, de tout sexe; le tout en liberté, et même avec garantie de priviléges...

»Les yeux pleins d'adultère, le cœur d'avarice, ces fils de la malédiction ont abandonné le droit chemin pour suivre Balaam qui allait chercher le prix de l'iniquité.»

[a41] Page 118, ligne 9.—(Fin de l'extrait du livre contre Henri VIII.)

Cette réponse violente scandalisa, comme Luther le dit lui-même, un grand nombre de ses partisans. Le roi Christiern l'engagea même à écrire à Henri VIII, qui, disait-il, allait établir la réforme en Angleterre. La lettre de Luther est très humble: il s'excuse en disant que des témoins dignes de foi, l'ont assuré que le livre qu'il avait attaqué n'avait pas été composé par le roi d'Angleterre: il lui offre de chanter la palinodie (palinodiam cantare).—(1er septembre 1525.)

Cette lettre ne produisit aucun effet. Henri VIII avait été trop vivement blessé pour revenir. Luther en fut pour ses avances. Aussi, disait-il quelques mois après: «Ces tyrans, au cœur de femme, n'ont qu'un esprit impuissant et sordide; ils sont dignes d'être les esclaves du peuple. Mais, par la grâce de Christ, je suis assez vengé par le mépris que j'ai pour eux et pour Satan leur dieu.» (fin de décembre 1525.)

Thomas Morus, sous le nom de Guillaume Rosseus, prit, contre Luther, la défense de Henri VIII. Il attaqua surtout le langage sale et ignoble de Luther. (Cochlæus p. 60.)

[a42] Page 118, ligne 12.—Les princes sont du monde...

«Rien d'étonnant si les princes ne cherchent que leur compte dans l'Évangile, et s'ils ne sont que de nouveaux ravisseurs à la chasse des anciens. Une lumière s'est levée qui nous fait voir ce que c'est que le monde; c'est le règne de Satan.» (1524.)

[a43] Page 122, ligne 2.—Nous serons toujours en sûreté en disant que ta volonté soit faite...

Le découragement commence déjà parfois à percer dans les écrits de Luther. Cette même année 1523, au mois d'août, il écrivait aux lieutenans impériaux, présens à la diète de Nuremberg. «... Il me semble aussi qu'aux termes du mandement impérial, rendu au mois de mars, je devrais être affranchi du ban et de l'excommunication jusqu'au futur concile: autrement je ne saurais comprendre ce que veut dire la remise dont il est parlé dans ce mandement; car je consens à observer les conditions sur lesquelles elle est fondée... Au reste, il n'importe. Ma vie est peu de chose. Le monde a assez de moi, et moi de lui: que je sois sous le ban ou non, cela est indifférent. Mais du moins, ayez pitié du pauvre peuple, chers seigneurs. C'est en son nom que je vous supplie de m'écouter...» Il demande qu'on n'exécute pas sévèrement le mandement impérial relatif à la punition des membres du clergé qui se marieraient ou sortiraient de leur ordre.

[a44] Page 124, ligne 2.—Essais d'organisation...

Lorsque Luther sentit la nécessité de mettre un peu d'ordre et de régularité dans l'Église nouvelle, lorsqu'il se vit appelé chaque jour à juger des causes matrimoniales, à décider sur tous les rapports de l'Église avec les laïques, il se mit à étudier le droit canon.

«Dans cette affaire de mariage qui m'était déférée, j'ai jugé d'après les décrets mêmes du pape. Je commence à lire les réglemens des papistes et je vois qu'ils ne les suivent même pas.» (30 mars 1529.)

«Je donnerais ma main gauche pour que les papistes fussent obligés d'observer leurs canons. Ils crieraient plus fort contre eux que contre Luther.»

«Les décrétales ressemblent au monstre: jeune fille par la tête, le corps est un lion dévorant; la queue est celle du serpent; ce n'est que mensonges et tromperie. Voilà, au reste, l'image de toute la papauté.» (Tischreden, p. 277, folio et verso.)

[a45] Page 125, ligne 20.—Les réponses qu'il donne...

(11 octobre 1533.) A la commune d'Esslingen... «Il est vrai que j'ai dit que la confession était une bonne chose. De même je ne défends à personne de jeûner, de chômer, d'aller en pélerinage, etc., mais je veux que ces choses se fassent librement, à la volonté de chacun, et non comme si c'était péché mortel d'y manquer. Nous devons avoir la conscience libre en toutes choses qui ne touchent pas la foi, ni l'amour du prochain... Mais, comme il y a beaucoup de consciences captives dans les lois du pape, tu fais bien de ne pas manger de viande en présence de ces hommes encore faibles dans la foi. Cette abstinence de ta part devient une œuvre de charité, par cela qu'elle ménage la conscience de ton prochain. Du reste, ces œuvres ne sont pas commandées, les prescriptions du pape ne sont rien...»