Oreille se dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont des oreilles, pour dire qu'on a beau parler secretement & à l'oreille, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.
On dit qu'un homme se fait tirer l'oreille, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'oreille, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.
OREILLÉ. ée. adj. terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leurs oreilles sont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont des oreilles aussi d'émail different.
ORGUE. s. f. & autrefois masculin. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelques orgues portatives, qu'on nomme cabinets d'orgues, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'orgues cette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme le positif. Ce mot vient du Latin organum.
L'orgue est composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.
On appelle accompagnement en l'orgue les divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grande orgue sont differents de ceux du positif.
La plûpart des piéces qui composent l'orgue sont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que le chassis est une des principales piéces de l'orgue, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelle Barreaux, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48. Raynures ou crans ou graveures, sur lesquelles on met des chappes ou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de ces Raynures, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nomme Registres, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle le sommier de l'orgue. On appelle le secret de l'orgue une layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme le sommier canon musical.
On appelle le tamis, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'orgue, & qui les tient en état.
L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, & le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Une orgue a pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.
Les simples jeux de l'orgue sont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.
De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'orgue celui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'orgue y ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.
On appelle le temperament de l'orgue une diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'invention de l'orgue est fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'une orgue qui avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.
On appelle aussi orgue le lieu de l'Eglise où sont les orgues. Il est allé aux orgues entendre le Sermon. Ce mot vient du Latin organum. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'orgue est Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'orgue aussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'orgue, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.
Orgues en termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.
Orgues est aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.
Orgues en termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrement dalots.
ORIFLAME. s. f. les Anciens le faisoient masculin. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece de labarum ou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoit cendal ou samit vermeil, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.
PEAGE. s. m. Il s'est dit autrefois en général de toutes sortes d'impôts, qui se payoient sur les marchandises, qu'on transportoit d'un lieu à un autre: maintenant il se dit d'un Droit qu'on prend sur les voitures des marchandises pour l'entretien des grands chemins. La plûpart des Seigneurs s'attribuent des droits de péage sur leurs terres, sous prétexte d'entretenir les chemins, les ponts & chaussées. Anciennement ceux qui tenoient ce droit, devoient rendre les chemins seurs, & répondre des vols faits aux passans. Cela s'observe encore en quelques endroits d'Angleterre & d'Italie, où il y a des gardes qu'on appelle stationnaires, établis pour la seureté des Marchands, & entre autres à Terracine sur le chemin de Rome à Naples. Anciennement si un homme étoit détroussé en chemin public & entre deux soleils, le Seigneur Haut-Justicier qui levoit le péage, étoit obligé de le rembourser. Il y a une Ordonnance de mille cinq cens septante portant abolition de tous péages établis depuis cent ans sur la riviére de Loire. La plûpart des péages sont de pures usurpations. L'Ordonnance de 1552. enjoint aux Seigneurs qui ont droit de péage, d'entretenir les ponts & passages. Le péage est appellé de divers noms dans les Coûtumes & les Ordonnances. On le nomme Barrage aux entrées des Bourgs & des Villes, Pontenage aux passages des ponts, Billete ou Brunchiere aux passages de campagne, où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche, on l'appelle quelquefois coûtume ou droit établi sans titre, quelquefois prevôté ou menu droit casuel, & quelquefois travers, qui est un droit qui ne se paye que sur la frontiére. Ce mot vient de paagium, abregé de passagium selon Vossius cité par Ménage: d'autres disent de pedagium qu'on trouve aussi chez les Auteurs Latins. Borel le dérive de pagus ou pais.
PEAGER. s. m. Fermier du péage, qui exige & fait payer ce droit. Les Péagers doivent mettre des billetes, des tableaux & pancartes en lieu éminent, pour faire connoître les droits qui sont dûs.
PEAUTRE s. m. le gouvernail d'un vaisseau. On dit proverbialement à des importuns qu'on veut chasser loin de soy: Allez au peautre: Je l'ay bien envoyé au peautre, je l'ay bien envoyé promener.
PEAUTRÉ en termes de Blason se dit de la queuë des poissons, lorsqu'elle est d'autre couleur que le corps, parce qu'elle est en effet le gouvernail des poissons: Il portoit d'argent au dauphin versé de sable, allumé, barbé & peautré d'or.
PEIGNE. s. m. petit instrument qui sert à décrasser & à nettoyer la tête, à arranger les cheveux, & à les tenir proprement. Il est fait d'un morceau de bois, d'ivoire, de corne, ou d'écaille de tortuë, divisé en plusieurs dents, ou petites ouvertures qui donnent passage aux cheveux. Les peignes font la principale garniture d'une toilette, d'une trousse, un étuy, une brosse à peignes: les Dames se coiffent avec les peignes: Les Courtisans fanfarons ont toûjours un peigne à la main. Les Tyrans ont eu aussi des peignes de fer, pour tourmenter les Martyrs en leur déchirant la peau: Les grosses dents d'un peigne s'appellent les oreilles. Ce mot vient du Latin pectem.
Peigne se dit aussi de l'instrument avec lequel on carde, on démêle la laine, la bourre, la soye. Un peigne de Cardeur est un morceau de bois chargé d'une infinité de petites pointes recourbées de fil de fer.
Peigne de Tisserand est une espece de chassis, ou treillis qui a un grand nombre de petites divisions ou ouvertures, dans chacune desquelles on passe les fils de la chaîne qui doit former la longueur de la piéce de la toile, ou de l'étoffe: elles servent à les soûtenir, & à laisser passer la navette qui porte les fils qui doivent être en travers. Les peignes de velours ont soixante ou quatre-vingt portées.
Peigne de jable se dit chez les Tonneliers des morceaux de douve amenuisez par un bout, & qui entrent à force dans les cerceaux pour réparer un jable rompu.
Peignes en termes de Manége sont des gratelles farineuses qui viennent aux paturons du cheval, & qui font hérisser le poil sur la couronne.
Peigne se dit figurément en choses morales: Il faut donner encore un coup de peigne à cet ouvrage; pour dire, il le faut revoir pour le polir davantage. On dit aussi qu'un Satirique a donné un coup de peigne à quelqu'un; pour dire qu'il en a fait quelque description maligne, qu'il l'a rendu ridicule.
Peigne de Venus, est une plante medicinale, que les Medecins appellent pecten Veneris, & autrement scandix, qui est ainsi nommée, parce qu'elle a plusieurs cornets disposez comme un peigne à peigner le lin. Sa tige est haute d'un demi pied, ses feüilles semblables aux pastenates sauvages, ou à la camomille. Elle jette plusieurs petits bouquets de fleurs blanches & menuës à la cime de ses branches, d'où sortent plusieurs petits becs ou aiguilles séparées les unes des autres, & disposées comme un peigne de Cardeur.
On dit proverbialement d'un homme qui est en mauvaise humeur, ou en colere, qu'il tueroit volontiers un Mercier pour un peigne.
PEIGNER. v. act. décrasser sa tête, démêler, ou arranger ses cheveux avec un peigne: Les Courtisans sont toûjours bien peignez & bien frisez; c'est l'épithete ordinaire que donne Homere à tous ses Grecs.
Peigner signifie figurément rendre bien propre & bien ajusté: Cet ouvrage est bien peigné, on y a mis la derniére main, il est fort poli & orné: Voilà un jardin bien peigné, dont on a grand soin, il est fort propre & fort net.
On dit aussi en contre-sens que deux Harengeres se sont peignées, quand elles se sont prises aux cheveux, décoiffées, égratignées. On dit aussi que le chat a peigné le chien, quand il lui a donné quelques coups de griffes.
PEIGNÉ. ée. part. pass. & adj. On dit de la laine peignée, du chamvre peigné, lorsqu'ils ont passé par les mains des Cardeurs, ou qu'ils ont eu quelque autre préparation pour les nettoyer.
PEIGNIER. s. m. Marchand & Artisan qui vend, ou qui fait des peignes.
PEIGNOIR. s. m. linge qu'on met sur ses épaules tandis qu'on est à sa toilette, qu'on se peigne: Les femmes en deshabiller ont de beaux peignoirs à dentelles.
PEIGNURES. s. f. pl. cheveux qui tombent quand on se peigne: Les perruques ne se faisoient autrefois que de peignures.
PELLICAN. s. m. oiseau aquatique qui approche de la forme d'un heron, dont le cry ressemble au braire de l'âne, d'où vient que les Grecs l'ont appellé onocrotalos. On tient qu'il aime si fort ses petits, qu'il meurt pour eux, & se déchire l'estomach pour les nourrir. On en dit plusieurs fables, & on en fait l'hieroglyphe de l'amour paternelle.
Pellican est un vaisseau de Chymie fait ordinairement de verre avec des anses creuses & percées, qui sert à faire plusieurs distillations des liqueurs par circulation; & à les réduire dans leurs plus petites parties.
Pellican est aussi un ferrement dont se servent les Chirurgiens pour arracher des dents.
Pellican est aussi un nom qu'on donne à une ancienne piéce d'artillerie, qui est un quart de coulevrine portant six livres de boulet. Voyez Hanzelet.
PENDULE. s. m. poids attaché à une corde, ou à une verge de fer, lequel étant agité une fois, fait plusieurs vibrations jusqu'à ce qu'il se soit remis en repos. Les vibrations du pendule contiennent un espace de temps parfaitement égal. Un pendule de trois pieds huit lignes & demie marque les secondes, & en Musique la mesure égale ou binaire. Galilée a le premier écrit & fait des observations sur le mouvement du pendule. On a trouvé par le moyen du pendule qu'un corps pesant en tombant, parcourt en une seconde de temps, un espace de quinze pieds & un pouce, mesure de Paris. On se peut servir du pendule comme d'une mesure invariable & universelle pour les lieux les plus éloignez & les siécles les plus reculez, par le moyen d'une vibration qu'on aura trouvée être précisément d'une seconde de temps selon le mouvement du Soleil: car si par exemple on trouve que le pied horaire (c'est ainsi que Monsieur Huggens appelle la troisiéme partie de ce pendule à secondes) étant comparé au pied de Paris, soit, comme il est en effet, en proportion de 864. à 881. il sera aisé de faire la réduction de toutes les autres mesures du monde à ces mêmes pieds par le calcul. Mouton Chanoine de Lion a fait aussi un beau traité de mensura posteris transmittenda, sur le même principe.
PENDULE. s. f. est une horloge de nouvelle invention qu'on fait avec un pendule qui en régle le mouvement égal par le moyen d'une ligne cycloïde, qu'on dit être inventée par M. Huggens, qui a fait un trés-beau Volume de horologio oscillatorio imprimé en 1673.
PENES ou PESNES en termes de mer se dit des bouchons d'étouppe attachez à un manche, qui servent aux calfateurs à goudronner un vaisseau, & le suifver & brayer.
PENNAGE. s. m. Terme de Fauconnerie. Tout ce qui couvre le corps de l'oiseau de proye. Pennage blond, roux, noir, baglé, fleuri, turturin, cendré, &c. Selon les diverses couleurs que les oiseaux portent en leur robbe. L'oiseau a quatre sortes de pennage: 1. le duvet qui est comme la chemise de l'oiseau proche sa chair; 2. la plume menuë qui couvre tout son corps; 3. les vanneaux qui sont les grandes plumes de la premiére jointure des aîles; 4. les pennes qui s'étendent jusqu'à la penne du bout de l'aîle qu'on appelle le cerceau.
PENNES ou PANNES, terme de Fauconnerie. Sont les longues plumes des aîles, celles de la queuë s'appellent balay. Les pennes croisées sont une marque de la bonté de l'oiseau. Toutes les pennes des aîles ont leurs noms, une, deux, trois, quatre, cinq, les rameaux & le cerceau; les pennes du balay pareillement, le milieu, la deux, la trois, &c. Les oiseaux ont 12. pennes à la queuë. Ce mot vient de penna.
Pennes se dit aussi des petites plumes qu'on met au bout d'une fléche, ou d'un matras pour les faire aller droit, d'où est venu le mot de trait bien empenné, & un matras desempenné. Les pennes se faisoient avec des plumes d'oye ou de gruë.
Penne, ou Pennache, en termes de Blason se dit des plumes d'oiseau qu'on met sur le Chapeau pour orner la tête, quand on les peint sur des écus: De Marolles porte d'azur à l'épée d'argent; la garde en haut d'or, accôtée de deux pennes ou pennaches adossées du second, c'est à dire, d'or.
Penne en termes de Marine est le point, ou le coin des voiles Latines, ou à tiers point.
PENNON. s. m. Etendart à longue queuë, qui appartenoit autrefois à un simple Gentilhomme: c'est proprement un guidon à mettre sur une tente. Il est opposé à banniére qui étoit quarrée: car quand on faisoit quelqu'un Banneret, la cérémonie étoit de couper la queuë de son pennon, d'où est venu un ancien Proverbe: Faire de pennon banniére; pour dire, passer à une nouvelle dignité. Il y a encore à Lion des Compagnies des quartiers qu'on appelle Pennonages, & leurs Chefs s'appellent Capitaines Pennons. Ce mot vient du Latin Pannus, parce que ces banniéres étoient autrefois faites de drap, ou d'autre riche étoffe, qui étoient comprises sous le même genre.
Pennon généalogique, est en termes de Blason un écu rempli de diverses alliances des Maisons desquelles un Gentilhomme est descendu, qui sert à faire ses preuves de noblesse. Il comprend les armes du pere & de la mere, ayeul & ayeule, bisayeul & bisayeule: il est composé de huit, de seize, de trente-deux quartiers, &c. sur quoi on dresse l'Arbre généalogique.
PIED. s. m. Partie double de l'animal, qui lui sert à se soûtenir & à marcher. L'homme & les oiseaux n'ont que deux pieds. La plûpart des animaux terrestres ont quatre pieds. La plûpart des insectes ont cent pieds, c'est à dire, un grand nombre. Les serpens n'ont point de pieds, ils rampent sur la terre. Les Marchands font accroire que les oiseaux de Paradis n'ont point de pieds, ce sont eux qui les coupent.
Les écrevisses ont douze pieds. Les araignées, les mittes, les polypes ont huit pieds. Les mouches, les sauterelles, les papillons ont six pieds. Les singes, les loups, la marmote marchent sur les pieds de derriére.
En Autourserie on dit le pied d'un vautour & d'un éprevier, au lieu qu'en Fauconnerie on dit la main de l'oiseau, du faucon.
Pied en tant qu'il appartient à l'homme, se marie avec plusieurs mots en diverses significations. On dit, lâcher le pied, pour dire, reculer, se défendre mal; gagner au pied, pour dire, prendre la fuite. On dit aussi qu'on ne peut mettre un pied devant l'autre, pour dire, être foible, ne pouvoir marcher. On dit, mettre pied à terre, pour dire, descendre de cheval; avoir le pied à l'étrier, pour dire, être prêt à partir. On dit aussi, trouver pied, prendre pied: Il y a pied là, lors qu'on trouve le fonds de la riviére, & qu'il n'est pas besoin d'y nager. On dit aussi, examiner un homme depuis les pieds jusqu'à la tête, l'armer de pied en cap. On dit aussi, qu'il sent le pied de Messager, pour dire qu'il pue; & on appelle pieds pourris, ceux qui ont toûjours les pieds dans l'eau, comme ceux qui conduisent les trains de bois flotté. On dit qu'un homme a le pied marin, pour dire qu'il supporte aisément la fatigue de la mer, qu'il ne s'y trouve point mal. On appelle pied plat un rustre, un paysan qui a des souliers tout unis. Prendre au pied levé, c'est à dire, sur le champ, sans delai. Avoir le pied bot, c'est un nom général qu'on donne à un pied estropié ou mal tourné, soit qu'il soit tourné en dedans, ce que les Latins appellent varus; soit qu'il soit tourné en dehors, ce que les mêmes appellent valgus. Avoir des cors aux pieds, c'est à dire, des calus ou des durillons. Porter le pied en avant, tourner bien le pied, attendre de pied ferme. Un appartement de plain pied; & au figuré un galand de plain pied.
Pied fourché se dit des animaux qui ont le pied fendu en deux seulement, comme les bœufs, les cochons, les moutons, les chévres, &c. Les Hebreux n'osoient manger la chair que des animaux qui avoient le pied fourché, & qui ruminoient. Le Pied fourché, est aussi une ferme d'un impôt qu'on léve aux portes de quelques Villes sur les animaux au pied fourché qui s'y consomment. La ferme du Pied fourché est differente de celle du Pied rond. On appelle des pieds de cochon assaisonnez des bas de soye. On appelle petits pieds la volaille, le menu gibier. Les Ecrivains appellent une écriture menuë & mal faite, des pieds de mouche.
Pied de cheval, c'est la partie de la jambe depuis la Couronne jusqu'au bas de la corne. Le pied gauche s'appelle le pied du montoir, & le droit, le pied hors du montoir. On dit qu'un cheval a le pied gras, quand il a la corne foible & mince, lors qu'il est difficile à ferrer; qu'il a le pied usé, qu'il a le pied mauvais, qu'il a le pied dérobé, lors qu'il a peu de corne, ou qu'il l'a usée pour avoir marché pied nud, c'est à dire, déferré; qu'il a le pied comble, lors que sa sole est arrondie par dessous, & qu'il a besoin d'un fer vouté.
Pied neuf se dit d'un cheval à qui la corne est revenuë, aprés que le sabot lui est tombé, auquel cas il ne vaut rien que pour le labour. Le petit pied est un os spongieux renfermé dans le milieu du sabot, & qui a toute la forme du pied. On dit aussi, remettre un cheval sur le bon pied, galoper sur le bon pied, quand on le fait aller uniment & sur les mêmes pieds qu'il a commencé de partir. On dit aussi, parer le pied d'un cheval, pour dire, enlever la corne du cheval avec un boutoir autant qu'il est nécessaire pour le bien ferrer.
Pied se dit aussi des plantes & des arbres: Il a tant de pieds d'œüillets, tant de pieds d'anemones: Il a tant de pieds d'arbres fruitiers dans ce jardin, tant de pieds d'arbres dans cette forest. On appelle pieds corniers les gros arbres qui sont dans les encoignures des ventes qui se font dans les forêts, & qui se marquent par le Garde-marteau. Pied cornier, se dit aussi des longues piéces de bois qui sont aux encoignures des pans de charpente. On le dit aussi des quatre principales piéces qui font l'assemblage du bateau d'un carosse, qui soûtiennent l'imperiale, & où on attache les mains, où on passe les soûpentes.
Pied se dit aussi des choses tout à fait inanimées. Le pied des Alpes, d'une montagne, d'un rocher. Le pied d'une escabelle, d'une table, d'un bahut: le pied d'un clavessin, d'un buffet, d'une platine: le pied d'une lunette, d'un graphometre, sur lequel on pose sa genoüillére pour faire des observations. On appelle aussi le pied d'une dentelle une petite dentelle qu'on coud à une plus grande pour la faire mieux paroître. On dit aussi qu'un homme a le nez fait en pied de marmite, quand il l'a retroussé.
Pied en termes d'Architecture se dit premiérement des murs. Le pied de la muraille, c'est l'escarpe: On a percé le fossé, on est au pied de la muraille: On a sappé ce bastion par le pied; ce qui se dit aussi au figuré d'un raisonnement dont on a détruit le principe. On dit à la Paulme: Chasse au pied, on entend du mur.
Pied se dit aussi d'un talus, d'un penchant qu'on donne à des ouvrages pour les soûtenir, & particuliérement quand ils sont de terre: Ce rampart n'a pas assez de pied, de talus, il s'éboulera. On dit aussi qu'il faut donner du pied à une échelle, l'éloigner de la muraille pour y monter sûrement.
On dit en Jurisprudence: Le pied saisit le chef, c'est à dire, l'édifice suit la nature du sol, sur lequel on le peut élever tant qu'on veut.
Pied de fief en Jurisprudence feodale, se dit d'un fief dépecé & démembré, dont il est fort parlé en la Coûtume de Touraine.
Pied se dit aussi en parlant de ce qui est debout: Il a fallu être sur pied toute la nuit pour veiller ce malade, ou à cause de cette allarme: Soyez sur pied demain dés cinq heures, pour dire, Levez-vous matin: Il se leva en pieds pour haranguer.
On dit d'un Courtisan, qu'il est obligé de faire le pied de gruë, pour dire, qu'il faut qu'il se tienne toûjours debout; qu'il fait le pied derriére, quand il fait la reverence, & burlesquement qu'il faut qu'il fasse le pied de veau, quand il est obligé d'aller saluer quelque Puissant. On dit aussi, qu'il n'a pas mis le pied dans une maison, pour dire, qu'il n'y est point entré depuis un tel temps. On dit de celui qui s'opiniâtre à demeurer dans un logis, qu'il n'en veut sortir que les pieds devant, c'est à dire, étant mort.
On dit en ce sens & en termes de Guerre, mettre une armée, des troupes sur pied, pour dire, les lever & les entretenir. Un Capitaine, un Lieutenant en pied, c'est à dire, qui subsiste, qui n'est point réformé. On dit aussi des Compagnies, des Régimens de gens de pied, pour dire, de l'Infanterie. On appelle aussi un Valet de pied, celui qui sert & qui suit à pied le Roy & les Princes.
On dit en termes de Marine, que des marchandises sont en pied, pour dire qu'elles sont encore en nature, & qu'un Marchand les peut revendiquer en payant les frais du sauvement. On dit aussi qu'un vieux Château, un bâtiment sont encore sur pied, pour dire qu'ils subsistent, qu'ils ne sont point abattus.
Pied de Roy est une mesure contenant douze pouces, ou cent quarante quatre lignes. Un pied quarré est la même mesure en longueur & en largeur, qui fait cent quarante quatre pouces de superficie. Un pied cube est la même mesure selon les trois dimensions. Le pied cube a huit cent quarante-quatre pouces cubes. Le pied des anciens Romains avoit quatre palmes, & on l'appelloit pied Romain, ou pied du Capitole. Le pied Rhenan, ou le pied de Leyden, est celui qui sert de mesure à tout le Septentrion: sa proportion avec le pied Romain est comme de 950. à 1000. Voyez Casimir Polonois, qui dans sa Pyrotechnie a fait la réduction au pied Rhenan de tous les autres pieds des plus fameuses Villes de l'Europe.
Pied en termes de Poësie Grecque & Latine est la mesure des vers. Un vers hexametre a six pieds, un pentametre en a cinq. Les pieds sont composez de deux syllabes, comme le spondée & l'iambe, ou de trois, comme le dactyle & l'anapeste.
Pied signifie aussi mesure de proportion. Toutes les moyennes d'or se réglent pour leur poids & leur valeur sur le pied de l'écu sol, à proportion de son titre: On a fait cette contribution sur le pied de vingt mille écus: On l'a payé sur le pied de cent écus de gages: Sur ce pied-là il lui faut cent francs: Les Rentes se constituënt sur le pied du denier 20. On dit aussi, réduire une figure au petit pied, pour dire, faire la copie d'un grand tableau en petit avec les mêmes proportions; ce qui se fait avec le chassis, le parallelogramme, ou le singe.
Pied en termes de Teinturiers se dit des premiéres couleurs qu'on donne aux étoffes teintes en grand & bon teint, pour en recevoir aprés d'autres qui ayent plus d'éclat ou de durée. Ainsi on dit que les Teinturiers du bon teint doivent donner aux étoffes un pied necessaire de pastel, de garence ou de cochenille, devant que de les envoyer aux Teinturiers du petit teint; & ils sont obligez de laisser à la tête de la piéce une rosette de chaque sorte de pied du bon teint qu'ils luy auront donné.
Pied se dit figurément en plusieurs choses morales. On dit, mettre ses injures, ses ressentimens au pied du Crucifix, pour dire, les oublier, les pardonner pour l'amour de Dieu. On dit au contraire, mettre quelqu'un sous ses pieds, pour dire, le ravaler & le mépriser. On dit, se jetter aux pieds de quelqu'un, pour dire, implorer sa grace, sa misericorde. On dit qu'un homme, est aux pieds de la Cour, pour dire, qu'il est dans le Parquet de l'Audience. On dit, qu'un homme est à la Cour sur le bon pied, pour dire, en crédit, en fortune; qu'on le va voir sur le pied de bel esprit, de sçavant. On dit aussi qu'on s'est réduit au petit pied, pour dire, qu'on a retranché son train, diminué sa dépense. On dit prendre les choses au pied de la lettre, pour dire, à la rigueur & sans vouloir souffrir d'interpretation.
Pied se dit aussi en ces composez, d'arrache-pied, à clochepied, marchepied, trepied, chevrepied, pied leger, drap de pied, tapis de pied qui sont expliquez à leur ordre.
A PIED, adverbial, se dit en ces phrases: être à pied, c'est-à-dire, n'avoir ni cheval, ni carrosse: être venu de son pied. On dit aussi qu'on a mis quelqu'un à pied, quand on luy a fait vendre son équipage. On dit qu'il fait bon d'aller à pied quand on tient son cheval par la bride; qu'un cavalier qui n'a pas soin de son cheval, mérite d'aller à pied. On dit aussi, passer à pied sec; aller pied à pied, avancer peu à peu une affaire, accroître petit à petit sa fortune. Ou dit à la Guerre, gagner le terrain pied à pied lorsqu'on attaque une place dans les formes, qu'on fait des approches par trenchées.
Pied se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit qu'un homme a trouvé chaussure à son pied, pour dire, qu'il a trouvé une chose qui luy est fort convenable, ou au contraire quelqu'un qui luy résiste en face, qui se défend bien contre luy. On dit qu'il est déferré des quatre pieds, quand il a été si bien repoussé & contredit qu'il ne sçait plus que dire, ni que faire. On dit qu'un homme a bon pied, bon œïl, pour dire, qu'il se porte bien, & qu'il est fort vigilant, qu'il entend bien ses interêts; qu'il tient pied à boule, qu'il est assidu à son travail; qu'il ne se mouche pas du pied, pour dire qu'il est fin & difficile à surprendre; qu'il tirera pied, ou aîle d'une affaire, pour dire qu'il en aura l'avantage de quelque façon qu'elle tourne; & qu'il le trouve toûjours sur ses pieds, pour dire, qu'il subsiste, quelque changement d'affaires qui arrive. On dit qu'il s'est tiré une grande épine du pied, lorsqu'il a surmonté quelque grande difficulté, qu'il s'est tiré d'une grande inquiétude; & on dit de celuy qui est ruïné, qui n'a plus moyen de faire le fanfaron, qu'il ne sçait plus sur quel pied danser, qu'il est obligé d'aller à beau pied sans lance. On dit de celuy qui est joyeux du succés de quelque affaire, qu'il croit tenir Dieu par les pieds. On dit qu'un homme a eu un pied de nez, quand il a été trompé dans ses esperances. On dit qu'il a mis le pied dans la vigne du Seigneur, pour dire honnêtement qu'il a trop beu. Un Sergent dit que la vache a bon pied, lorsqu'une chose saisie est suffisante pour payer les frais d'un procés, ou que la partie qui poursuit, est riche. On dit lorsqu'on attend une chose promise qui ne vient point, qu'elle n'a point de pieds. On dit d'un grand criminel, qu'on l'a amené pieds & poings liez, & qu'on l'a emmené pied chaussé, l'autre nud, pour dire, en diligence, sans luy donner le loisir de s'habiller. Sa partie luy tient le pied sur la gorge, pour dire, luy propose des conditions fort déraisonnables. On dit de ceux qu'on fait partir brusquement: Beuvez un coup, & haut le pied. On dit de celuy qui cause beaucoup, qu'il a les pieds chauds. On dit d'une personne gaye, qu'elle a toûjours un pied en l'air; & d'un vieillard, qu'il a déja un pied dans la fosse. On dit qu'un homme qui a quelque grand sujet de tristesse, qu'il séche sur pied, qu'il voudroit être cent pieds sous terre. On dit d'un miserable qui n'a point de bien, que c'est un pied d'escaut, qu'il a les pieds poudreux. On dit aussi qu'un homme fait rage de ses pieds tortus: Chercher cinq pieds à un mouton où il n'y en a que quatre: Chercher à pied & à cheval. On dit aussi: Jamais coup de pied de jument ne fit mal au cheval: pour dire, qu'un homme ne se doit point fâcher des injures, ou des maux que luy font les femmes. On dit, aller du pied comme un chat maigre, comme un Basque. On dit, aller où le Roi va à pied, pour dire, aller à ses nécessitez. On appelle populairement un pendu, un Evêque des champs qui donne la benediction avec les pieds.
Pied d'aloüette, fleur qu'on appelle en Latin consolida regalis. Il y en a de plusieurs couleurs, de violettes, de gris-de-lin, de rouges, de blanches & de bleuës, il y en a aussi de pennachées. Elle fleurit aux mois de Juillet & d'Août.
Pied de biche, est la barre de fer qui sert à fermer les portes cocheres, qui se divise par un bout en deux crampons qui entrent dans les ferrures de la porte, & qui est par l'autre bout scellée dans la muraille.
Pied de chat, fleur dont on fait des sirops & des conserves pour les poulmoniques.
Pied de cheval, herbe, en Latin tussilago. Voyez Pas d'asne.
Pied de chévre est le composé de deux petits fers mobiles en charniéres, dont l'un se peut mouvoir d'un côté, & non pas de l'autre; c'est une piéce qui sert à faire la détente des horloges.
Pied de chévre est aussi une pince dont on se sert à remuër les pierres & les fardeaux, qui a un bec aigu, courbé & refendu.
Piedestal. s. m. C'est la partie basse de la colomne sur laquelle pose son fust. Il est composé de trois parties, de sa base, de son dé, & de sa corniche, qui ont differentes mesures suivant les divers ordres. On l'appelle aussi stilobate, quelquefois patin.
Pied droit, terme d'Architecture, est le jambage d'une porte ou d'une fenêtre, les parements de pierre de taille qui sont des deux côtez d'une porte, où les gons de la porte sont fichez, où on attache la menuiserie des fenêtres. On le dit aussi des jambages des cheminées: Les pieds droits des fenêtres doivent être embrasez & refeuïllez au moins de deux pouces, afin que la menuiserie puisse joindre contre les murs.
Pied de griffon est un instrument de Chirurgie, qui est de fer avec deux crochets, qui sert dans les accouchemens difficiles, à tirer la tête de l'enfant demeurée dans le ventre de la mere.
Pied de liévre se dit de ce qui sert aux Ecrivains à frotter & lisser leur papier, c'est en effet, un vray pied de liévre.
Pied de liévre est aussi une herbe qui croît parmi les bleds qu'on appelle autrement benoîte, galliot ou ressize, en Latin lagopus ou pes leporinus. Silvaticus la prend pour la caryophylata, ainsi nommée, parce qu'elle sent le girofle. C'est aussi le nom d'un oiseau ainsi appellé, parce qu'il a les pieds velus comme un liévre.
Pied de lion, ou patte de lion est une plante qui croît parmi les bleds & les champs, qui porte une tige haute d'un bon palme, qui a quelques concavitez, d'où elle jette plusieurs aîles, portant à sa cime deux ou trois grains dans des gousses en forme de cices. Ses fleurs sont rouges, & semblables à celles d'anemones; ses feüilles ressemblent à celles des choux, mais elles sont chiquetées comme celles de pavot; sa racine est noire & faite comme une rave, mais toute bossuë & pleine de durillons, en Latin leontopetalon. Il y a une espéce de pied de lion qui a la feüille comme la maulve; mais elle est plus dure & plus retirée, compartie en huit angles fort apparents, & dentelée tout à l'entour, si bien qu'en l'ouvrant & l'étendant elle est faite comme une étoile. Sa fleur est pâle, de pareille figure, & petite: elle naît au haut de ses tiges qui ont demi coudée, ce qui l'a fait appeller en Latin stellaria, alchimilla, pes, ou pata leonis.
Pied d'oiseau, autre plante appellée en Latin ornithopodium.
Piedouche est un petit piedestal qu'on met sous un buste, ou une petite figure, dans un cabinet, dans une gallerie. Il est ordinairement de marbre, on en fait quelques-uns de bois.
Pied d'oye est une plante qu'on nomme en Latin pes anserinus, tota bona.
Pied de veau, autre herbe, en Latin arum.
Pied de geline, herbe. Voyez Fumeterre.
PHOSPHORE, s. m. C'est une pierre qu'on appelle autrement pierre de Boulogne, qui imbibe la lumiére étant exposée au Soleil, & qui étant bien enveloppée, la conserve pour rendre en un lieu obscur aussi long-temps qu'elle a demeuré à la recevoir. Elle est trés-claire, & pesante, & semblable au plâtre; elle contient beaucoup de sel & de cendres caustiques. Elle soûtient une forte calcination: elle est transparente comme le talc qu'on appelle le miroir des ânes; mais elle se réduit plûtôt en brins qu'en lames. On l'appelle pierre de Boulogne, à cause qu'on la trouve prés de Boulogne la Grasse dans le mont Paterna qui en est à quatre milles. Il y en a aussi quantité dans l'Embrunois. On pile cette pierre en poussiere trés menuë, on en fait de petits gâteaux en la paîtrissant avec de l'eau commune & du blanc d'œuf; on la laisse secher à l'ombre, & puis on la calcine dans un fourneau de reverbere. Si on en fait des crucifix, aprés qu'ils auront été exposez le jour au soleil, ils rendront la nuit une trés-grande lumiére.
On a vû depuis quelque temps d'autres phosphores artificiels faits avec des compositions, &c.
RAMADAN. Terme de Relations. C'est ainsi qu'on appelle le Carême des Mahometans, pendant lequel ils jeûnent tout le jour avec tant de superstition, qu'ils n'oseroient laver leur bouche, non pas même avaler leur salive. Les hommes peuvent se baigner, pourvû qu'ils ne mettent point la tête dans l'eau, de peur qu'il n'y en entre quelque goutte par la bouche ou par les oreilles; mais les femmes ne le peuvent pas, de peur de prendre l'eau par en bas. En récompense ils font bonne chere la nuit, & dépensent plus en ce mois qu'en six autres.
RAMBERGE. s. f. Terme de Marine, vaisseau Anglois en forme de patache, qui sert à faire la premiére garde à l'entrée d'un port où elle est entretenuë, & à aller faire la découverte, étant legére, & plus petite que les autres. Il y a pourtant des Auteurs qui parlent des Ramberges d'Angleterre comme des plus gros vaisseaux qu'on mette en mer en ce païs-là.
RAT. s. m. Petit Animal nuisible, que quelques-uns mettent au rang de la vermine, lequel se fourre dans les trous des maisons, & ronge les grains & les hardes. Esope a fait une fable du Rat de ville & du Rat de village. Il y a des Rats de grenier qui vivent du grain; & des Rats d'eau, qui vivent de poisson, & qui habitent le long des étangs; l'un s'appelle mus, l'autre, mus aquaticus. On confond dans le langage ordinaire les souris & les Rats, quoi que ce soient des espéces differentes. Il y a des souris de campagne qu'on appelle rattes rousses. Les Rats d'Egypte ont le poil dur & picquant, comme le herisson. Les Naturalistes distinguent les Rats en plusieurs espéces, qui sont bien differentes selon les païs. Les Rats de Pont sont blancs, & ont le dessus de la queuë fort noir, elle n'a qu'un doigt de long: ils sont gros comme des escurieux: Mathiole croit que c'est la même chose que l'hermine. Les Rats Lassiques sont blancs & cendrez, ils ont le ventre blanc, & sont plus grands que les hermines; c'est ce qu'on appelle en Blason menu vair, & chez les Foureurs petit gris. Les Rats de Nuremberg sont gros comme fouïnes, & ont le poil semblable à celuy du liévre; ils ont la queuë courte, & n'ont point d'oreilles, mais seulement deux trous qui leur en tiennent lieu. Les Rats de Hongrie tirent sur le verd, & ressemblent aux bellettes, mais ils ne sont gueres plus gros que des souris. Les Rats d'Inde ont le poil presque semblable aux marmottes, à la réserve qu'il est mêlé de plusieurs poils blancs, qui le font paroître argenté: ils ont la tête longue, le museau long, & les oreilles fort petites, ils sont gros comme des chats, mais ils ont les pieds plus petits, & le poil plus rude: on les appelle aussi Rats de Pharaon, ou Ramadous; & quelques Auteurs tiennent que c'est une espéce d'Icneumon. On met aussi les Marmottes au rang des Rats: car on les nomme en Latin mus montanus. Quelques-uns mettent aussi l'escurieu au rang des Rats, parce qu'il ressemble extrêmement au Rat Pontique; & pareillement les loirs ou glirons qui sont des espéces de marmottes, qu'on appelle mus Alpinus, & pareillement les chauve-souris qu'on appelle mus pennaticus. Les mulots passent aussi pour une espéce de Rats cachez en terre, mus silvaticus ou campestris. Il y a dans les villes de l'Indostan des Rats si gros & si affamez, qu'ils attaquent même les hommes, lorsqu'ils sont dans leur lit. Ce mot vient de l'Allemand Rat signifiant la même chose.
On appelle ironiquement Rat de cave, un Commis des Aides qui va visiter & marquer les tonneaux des Cabaretiers, pour en faire payer le Gros & Huitiéme.
On appelle de l'Arsenic, de la mort aux Rats, & généralement toute sorte de poison; & on dit d'une femme qui a empoisonné son mary, qu'elle luy a donné de la mort aux Rats.
On dit des méchans Auteurs, qu'ils ont à craindre les Beurrieures & les Rats.
En termes de Manége on appelle un cheval, queuë de Rat, quand sa queuë est dégarnie de poil; on appelle aussi queuë de Rat, des calus qui viennent aux jambes de derriére plus bas que le jarret.
En terme de Marine on appelle queuë de Rat, le cordage qui est plus gros par le bout d'en haut que par celuy d'en bas; ainsi on dit des escoutes à queuë de Rat, des couëts à queuë de Rat, quand ils sont attachez avec des cordes.
Rat, est aussi un nom que donnent les calfateurs à une espéce de ponton composé de bordages ou de planches, qui leur sert à donner le radoub au vaisseau.
Rat, est aussi un nom qu'on donne aux courants d'eau, ou aux contremarées, qui sont des mouvemens d'eaux contraires & fort dangereux, qu'on trouve sur tout dans les canaux où les mers sont serrées, comme dans le détroit de Magellan.
Quelques Ouvriers appellent Rats les trous de filiéres qui servent à dégrossir l'or, l'argent, le leton, & à le réduire en fils déliez.
Rat, se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit, que la montagne est accouchée d'un Rat, pour dire, qu'il est venu un petit effet d'une grande attente. On dit du reste de quelque chose endommagée: Voilà ce que les Rats n'ont pas mangé. On dit d'un homme qui paye mal, ou en petites parties, & en donnant des hardes & de mauvais effets, qu'il paye en chats & en Rats. On dit aussi d'un logis étroit, obscur & sale, que c'est un nid à Rats. On dit d'un homme pauvre, qu'il est gueux comme un Rat d'Eglise. On dit aussi: A bon chat bon rat, en parlant de celuy qui se sçait bien défendre, quand on l'attaque. On dit, que des gens sont heureux comme rats en paille, lorsqu'ils ont abondance de vivres, & qu'ils les mangent en repos. On dit aussi qu'une arme a pris un rat, lorsque le chien s'est abattu, & que l'arme n'a pas pris feu: on le dit aussi de celuy qui a manqué son coup en quelque autre sorte d'affaires. On dit d'une personne de fort petite taille, qu'elle n'est pas plus haute qu'un rat.
RATE. s. f. Terme d'Anatomie, partie du corps des Animaux située en l'hypocondre gauche à l'opposite du foye. Sa partie cave est tournée vers le foye & le ventricule, & la gibbeuse vers les extrêmitez des épines des côtes. Elle est de figure longue & quadrangulaire, & ressemble à une langue de bœuf. Hippocrate la compare à la plante du pied d'un homme. Sa chair est comme du sang caillé, rare & lâche comme une éponge, propre pour recevoir & boire les grosses humeurs du foye. Galien dit, que l'usage de la rate est de nettoyer le sang feculent, & d'attirer l'humeur mélancolique; & pour cela quelques-uns l'ont appellée faux foye, & d'autres l'organe du ris; d'où vient qu'on dit de ceux qui se réjouïssent, qu'ils s'épanouïssent la rate. La rate n'est autre chose qu'un tissu de veines, d'artéres & de fibres nerveuses entrelacées ensemble, & ce tissu qui fait sa substance, est ce qu'on appelle le parenchyme de la rate; il est recouvert d'une membrane composée aussi de fibres nerveuses capable de constriction & de dilatation: sa membrane vient du peritoine, & ses veines du rameau splenique; & il y a un petit nerf inseré, qui vient de la sixiéme conjugaison du cerveau. C'est une maxime que la plus grande rate est toûjours pire que la plus petite: car quand elle s'enfle, elle rend toûjours le corps mal composé. On dit qu'on ôte la rate aux Couriers du Grand Seigneur, afin qu'ils courent mieux; mais c'est une fable, car un homme ne sçauroit vivre sans rate, quoi qu'on ait vû des chiens vivre quelque temps aprés qu'on la leur avoit ôtée. Les Animaux qui ont peu de sang limoneux, n'ont point de rate.
L'Empereur Trajan appelloit le Fisc la rate de l'Empire, parce que plus la rate s'enfle, plus le reste du corps diminuë; ainsi plus le Fisc s'enrichit, plus le Peuple s'appauvrit.
On dit proverbialement & ironiquement à ceux qui tiennent quelque discours ridicule & peu vray-semblable: Vous avez bon foye, Dieu vous sauve la rate.
RATELEUX. euse. adje. Qui est sujet aux maux de rate, aux opilations de rate: Les rateleux ont le corps livide & plombé: les rateleux sont ceux qui ont la rate enflée contre nature, ou qui l'ont endurcie de longue main, de sorte qu'on y apperçoit déja une tumeur skirrheuse. On les appelle autrement spleniques.
RATEPENNADE. s. f. Oiseau nocturne, chauve-souri. En Latin mus pennatus, vespertilio.
RESINE. s. f. Gomme, suc gras & visqueux qui coule des pins ou sapins, & de quelques autres arbres, qui s'enflamme aisément, & dont on fait de la poix & autres drogues. On mêle la poix resine dans les flambeaux. Le mastic est la resine du lentisque. Le camphre est une espéce de resine. La meilleure de toutes les resines est la terebenthine qui doit être blanche & claire, tirant un peu sur le pers; & aprés, celle du lentisque, du pin & du sapin, & enfin celle de la pesse. Le cyprés produit aussi une resine liquide qui a les mêmes proprietez que les autres. Pline distingue seulement deux sortes de resine, la liquide & la seiche. La resine seiche se tire des pommes de pin, de sapin & de la pesse, on l'appelle proprement poix resine. La meilleure est celle qui est odorante & transparente, qui n'est ni seiche, ni humide, & qui ressemble à la cire. On fait cuire, seicher & brûler les resines pour en tirer de la suye, comme on fait de l'encens, ou pour en faire de la colophone qu'on appelle resine frite.
RESINEUX. euse. adje. Bois qui produit de la resine. Dans les montagnes on fait des flambeaux d'une branche de pin & d'autres bois resineux.
RETINE. s. f. Terme d'Optique & d'Anatomie. C'est une des tuniques de l'œïl, qu'on met la cinquiéme en ordre, & qu'on appelle aussi retiforme ou reticulaire, parce qu'elle est faite en forme de rets. Elle naît de la substance moëlleuse du nerf optique dilaté, c'est pourquoi elle est molle & blanche, & ressemble à de la cervelle délayée, ou à du papier huilé, & elle a la transparence de la corne des lanternes. C'est en cette partie que se fait la vision, ou l'impression des images, des objets, par le moyen des rayons de lumiére qui partent de chaque point de l'objet, qui se brisent dans le crystallin, & se vont peindre au fond de l'œïl sur la retine. On fait des retines de papier huilé, ou d'une glace dépolie dans des yeux artificiels qui montrent clairement & sensiblement, comment se fait l'action de la vûë, & tournent en ridicule l'opinion de plusieurs Anciens qui croyoient qu'elle se faisoit par émission de rayons.
RETROGRADATION. s. f. Terme d'Astronomie, action par laquelle on marche, ou on se meut en arriére. On ne le dit guere que des planettes: La retrogradation de Mars & de Saturne.
RETROGRADE. adj. m. & f. Qui marche en arriére, à reculons, ce qu'on compte à rebours: Le mouvement des écrevisses est retrograde. Quand au lieu de dire, 1, 2, 3, 4. on dit 4, 3, 2, 1. on appelle cela un ordre retrograde. Il y a des vers retrogrades où on trouve les mêmes mots en les lisant à rebours, comme Roma tibi subitò motibus ibit amor: on les appelle aussi recurrents, & reciproques. Il y en a plusieurs exemples dans Pasquier.
Retrograde, en termes d'Astronomie, se dit d'un mouvement apparent des planettes, quand elles semblent reculer au lieu d'avancer. On les appelle directes, quand elles vont selon l'ordre, la suite & la succession des signes, comme d'Aries en Taurus, de Taurus en Gemini, &c. comme lorsqu'elles vont du perigée en l'apogée; & au contraire quand elles vont de l'apogée au perigée, elles sont retrogrades, & paroissent aller contre la succession des signes, de Gemini en Taurus, de Taurus en Aries, &c. la raison de ce phénomene est expliquée dans la Théorie des planettes de Quepler & d'autres Astronomes.
RETROGRADER. v. n. marcher ou se mouvoir en arriére, faire une chose à rebours, contre l'ordre naturel. Les planettes semblent retrograder aprés qu'elles ont été stationaires: la Lune & le Soleil ne retrogradent jamais: Les faiseurs d'acrostiches tâchent de trouver les mêmes mots, soit qu'on les lise de droit fil, ou en retrogradant: Cet écolier va en retrogradant, au lieu de monter de Cinquiéme en Quatriéme, il l'a fallu remettre en Sixiéme: Ceux qui font paroître de grands efforts de mémoire disent plusieurs mots ou nombres en retrogradant contre l'ordre naturel.
RHINOCEROS. s. m. Bête farouche à quatre pieds, ainsi nommée à cause d'une corne qui lui sort du nez. Pline dit que c'est l'ennemi de l'Elephant, qu'il s'aiguise la corne, quand il veut le combattre, tâchant de le frapper au ventre où il a la peau la plus tendre. Du Bartas a fait une belle description de ce combat qu'on tient fabuleux. Le Rhinoceros est de la longueur de l'Elephant, mais il a les jambes plus courtes, & les ongles des pieds fendus. Pausanias asseure qu'il a deux cornes, l'une fort grande sortant du nez, l'autre petite, mais trés-forte qui pousse en haut; & quelques-uns disent que ces cornes ne sont point arrêtées, mais s'agitent de part & d'autre, & que quand il entre en colere, elles deviennent si roides & si dures, qu'elles déracinent un tronc d'arbre, quand elles le heurtent de front. Festus croit que c'étoit un bœuf d'Egypte, quoi qu'il ait la tête & le museau d'un cochon. On le chasse pour avoir sa peau qui est trés-dure & trés-forte, étant toute couverte d'écailles, & épaisse de quatre doigts; on en fait des cottes d'armes, des boucliers & des socs de charruë.
On appelle proverbialement, un nez de rhinoceros, un homme qui a un nez gros & éminent. Les Latins ont dit d'un homme fin & rusé, qu'il avoir un nez de rhinoceros.
ROUVRE. s. m. C'est la seconde espece de chêne qui est moins haut que les autres, qui a le tronc & le branchage tortu, creux & fort dur, qui a l'écorce rabotteuse, & la feüille un peu moindre que le vray chêne. Il a un gland gros, long & mince, ayant une longue queuë, & fort agréable au bêtail. Il y a trois sortes de chêne. Le chêne ordinaire, le rouvre, & le chêne verd. Rouvre vient du Latin robur.
ROY. s. m. souverain, maître absolu. C'est la qualité qu'on donne à Dieu qui est le Roy, le souverain Créateur du Ciel & de la Terre, le Roy des Rois. On donne à J. C. sur la terre la qualité de Roy des Juifs.
Roy signifie aussi Monarque qui commande seul & souverainement à une région de la terre. Les Grecs appelloient le Roy de Perse le Grand Roy. Les Europeans regardent le Roy de France comme le Roy le plus grand & le plus puissant de l'Europe: on l'appelle le Roy trés-Chrêtien: Le Roy Louïs XIV. est le plus grand Roy qui ait été depuis l'établissement de la Monarchie. Le Roy d'Espagne est appellé le Roy Catholique. Le Roy des Romains, est un Prince désigné Empereur, qui est une espece de Coadjuteur à l'Empire. On a aussi appellé Roy le Seigneur d'Yvetot.
Roy, se dit aussi des personnes qui sont de vaines images ou representations du Roy: comme celui qu'on fait au jour des Rois qu'on nomme le Roy de la féve, c'est celui qui a trouvé la féve au gâteau dans sa part: On va faire les Rois, crier, Le Roy boit, en un tel lieu; pour dire, y faire la cérémonie de cette réjouïssance. On la célébre en l'honneur de la fête des Rois ou de l'Epiphanie, & c'est pourtant une imitation des Saturnales des Payens. On appelle Roy, celui qui doit payer pour tous les autres un repas qu'on a joüé, & on dit alors qu'on a fait un Roy. On appelle aussi le Roy du bal celui qui en fait les frais, & qui danse la premiére courante. Un Roy de théatre, est un Roy en representation, ou un Roy qui laisse toute son autorité entre les mains de ses Ministres.
Roy, se dit aussi entre les Animaux de celui qui est le plus excellent en leur espece. Le Lion est appellé le Roy des Animaux à cause de son courage. Le Phenix est le Roy des Oiseaux à cause de sa rareté, qui est encore plus grande qu'on ne pense. Le Basilic est appellé le Roy des Serpens, à cause qu'il tuë de ses regards, à ce que disent les Naturalistes qui ne l'ont jamais vû. Les Abeilles ont aussi leur Roy qu'on dit être femelle & sans aiguillon.
Roy, se dit aussi de ce qui est excellent en chaque chose, de ce qu'on veut loüer: Cet homme a milles bonnes qualitez, c'est le Roy des hommes: Voilà un manger de Roy, un plaisir de Roy, pour dire excellent: Quand ce seroit pour le Roy, il ne seroit pas plus chaud, il ne seroit pas meilleur: C'est un homme qui a un cœur de Roy, qui est vaillant, liberal, magnifique, qui fait une dépense de Roy, qui traite en Roy, c'est à dire, fort bien.
Roy, se dit aussi au jeu des Cartes, des quatre premiéres peintures, & on appelle ironiquement un jeu de cartes, le livre des Rois. Aux Eschecs le Roy est la principale piéce du jeu à qui il faut donner échec & mat pour gagner. On dit aussi qu'aux Echecs les foûs sont les plus prés des Rois; pour montrer qu'il n'est pas nouveau que les foûs ayent souvent l'oreille du Roy, la faveur du Roy.
Pied de Roy, poulce de Roy, c'est la mesure publique des longueurs, sur laquelle on étalonne les autres. Le pied de Roy a douze pouces, le pouce de Roy a 12. lignes, ou grains d'orge. Voyez Pied.
Roy, se dit aussi en plusieurs phrases qui regardent la personne ou le service du Roy. On appelle Maison du Roy, non pas seulement son Palais, mais tous ses Officiers qui servent à sa Cour, & qui sont couchez sur l'Etat. A la guerre on appelle, la Maison du Roy, tous les gens de guerre qui servent à sa garde, tant cavalerie qu'infanterie. En général on dit, aller servir le Roy, pour dire, s'enroller, prendre parti dans ses troupes. La Justice s'exerce sous le nom & l'autorité du Roy, sous les ordres du Roy, de par le Roy. Tous les Officiers Royaux de Judicature s'appellent Conseillers du Roy, même les Notaires & les Secrétaires. On dit que les choses saisies sont mises sous la main du Roy & de Justice. Les Edits & Déclarations du Roy, Arrêt du Conseil d'Etat du Roy, donné le Roy étant en son Conseil. On appelle dans les Prisons le pain du Roy, celui qui est pris sur le fonds des amendes, que le Roy donne pour la subsistance des Prisonniers qui n'ont pas le moyen de se nourrir. On n'entend dans les réjouïssances que des cris de Vive le Roy. On appelle dans un siége le quartier du Roy, celui où est campé le Général. On appelle dans les grandes maisons, ou dans les hôtelleries, la Chambre du Roy, celle où il a couché une fois en allant par païs.
Roy, se dit figurément en Morale. Un Stoïque dit que le sage est son Roy, pour dire qu'il est maître de ses passions.
Roy, s'est dit aussi autrefois de celui qui étoit le superieur, le premier, ou le Juge en quelque Corps & Compagnie. Ainsi on appelloit le Roy des Merciers, celui qui avoit l'œil sur les poids, aûnes & mesures des Marchands: le Roy des Barbiers, celui qui avoit droit de visite sur les autres: le Roy des Arbalêtriers, celui qui étoit le premier des Maîtres. On trouve des Lettres Patentes du Roy Charles VI. de l'an 1411. qui portent, qu'il a reçû la supplication des Rois, Connêtable & Maîtres de la Confrairie des 60. Arbalêtriers de Paris. Il y avoit aussi un Roy de la Basoche pour les Clercs. Un Roy des Arpenteurs, &c. Il y a encore maintenant un Roy des Violons, qui est le Chef de la Maîtrise. Aux Jeux floraux on appelloit le Roy des Poëtes celui qui avoit emporté le prix, & qui l'année suivante jugeoit des poësies des autres. Il y a eu aussi un grand Officier à la Cour qu'on nommoit Roy des Ribauds. Il est expliqué à Ribaud.
Le Roy d'armes étoit autrefois un Officier fort considérable dans les armées & dans les grandes cérémonies. Il commandoit aux Herauts, il présidoit à leur chapitre, & avoit Jurisdiction sur les armoiries. Quelques-uns disent que ce fut Clovis qui institua ces sortes d'Officiers, & les baptiza du nom de son cri, S. Denys mont-joye; d'autres disent que ce fut Dagobert. La Colombiere prétend que ce fut le Roy Robert, & que le premier qui eut cette Charge, fut un nommé Robert Dauphin, noble & vaillant Chevalier. Charlemagne les appella compagnons des Rois, & les reçût entre ses principaux Conseillers. Leur établissement en cette Charge se faisoit avec de grandes cérémonies, qui parce qu'elles sont curieuses, seront ici rapportées. Celui qui étoit élû par le Chapitre des Herauts, étoit presenté au Roy, qui lui donnoit des habits royaux d'écarlate fourrez de menu vair, qu'il lui faisoit vêtir par ses Valets de chambre: en suite il étoit conduit par le Connêtable & plusieurs Chevaliers, & tous les Herauts & poursuivans d'armes deux à deux, jusqu'au lieu où le Roy devoit entendre la Messe: là on le plaçoit devant l'autel dans une chaise sur un tapis velu, ayant à ses deux lez ou côtez des Chevaliers qui portoient les honneurs, comme la couronne, la cotte d'armes & l'épée. Le Roy arrivé lui faisoit faire serment sur les Evangiles, & lui donnoit le cri de Mont-joye Saint Denys, avec plusieurs articles concernans ses fonctions: en suite le Roy le faisoit Chevalier, en lui donnant l'épée qu'il lui faisoit ceindre par le Connêtable, & le Roy lui mettoit sa cotte d'armes, lui accrochoit à la poitrine le blason émaillé des Armes de France, & lui mettoit la couronne sur la tête. Puis le Roy d'armes étoit assis dans la chaise du Roy vis à vis de lui pendant le service; & le Roy le faisoit dîner au bas bout de sa table, & servir par ses mêmes Officiers. Il lui faisoit un grand present dans une couppe d'or, & en suite il étoit reconduit en son hôtel avec la couronne sur la tête & la cotte d'armes sur l'habit royal par deux Maréchaux de France & plusieurs Chevaliers en grande cérémonie. Voyez dans Louvan Geliot plusieurs autres particularitez.
Le Roy d'armes Mont-joye a l'avantage de tenir le premier rang sur les autres Rois d'armes des Marches ou Provinces, lesquels avoient sous eux chacun deux Herauts & deux Poursuivans, qui composoient un College, dont le Chapitre se tenoit à Paris en l'Eglise du petit S. Antoine. Il est distingué des autres par sa cotte d'armes de velours violet cramoisi, ornée devant & derriere de trois grandes fleurs de lis en broderie d'or, surmontées & couvertes d'une couronne royale frangée & galonnée d'or: sur la manche droite trois fleurs de lis, & le nom & titre de Mont-joye écrit en broderie d'or; & Roy d'armes de France sur la gauche. Anciennement il portoit sur sa poitrine un camayeu ou émail de crystal rechaussé d'or, garni & bordé de pierreries fines, où étoient peintes les armes du Roy: à present il porte un cordon large, d'où pend une médaille d'or avec l'effigie du Roy. Son bonnet est une toque de velours noir avec un cordon d'or semé de deux rangs de perles, & des touffes ou aigrettes de heron, il porte à la main droite un sceptre couvert de velours violet semé de fleurs de lis d'or en broderie, orné au bout d'une fleur de lis massive, chargée d'une couronne royale de même. Favin dit que la cotte d'armes des Rois d'armes de Province étoit appellé tunique; ayant les manches courtes & arrondies par en bas, sur lesquelles étoient marquez les noms de leurs Provinces.
Les Rois d'armes ont eu divers noms en divers lieux. Celui du Roy d'armes de France s'appelloit Mont-Joye S. Denys. Celui de l'Empereur est appellé Arche-Roy, qui est créé par l'Empereur aprés que le Marquis du S. Empire le lui a nommé. Celui du Roy d'Espagne s'appelle Toison d'or, à cause de l'Ordre de la Toison dont le Roy d'Espagne est le Chef. Jean de S. Remy fut le premier Roy d'armes sous le nom de Toison d'or, qui a laissé un Traité de l'an 1463. où il rapporte les Ordonnances faites par les anciens Ducs de Bourgogne sur les Armoiries.
En Angleterre il y a trois Rois d'armes, nommez Jarretiére, Clarence & Norroy. En Ecosse il est appellé Leon.
Ils prennent aussi leurs noms des Ordres de Chevalerie, dont ils sont Rois d'armes, comme celui du Roy Louïs XI. Mont S. Michel; celui des Ducs d'Orleans, Porc Epic; celui d'Anjou, Croissant; celui de Bretagne, Hermine, &c.
Maintenant les Rois d'armes sont bien déchûs de leur ancienne élevation & autorité. Le Grand Ecuyer prétend que la qualité de Roy d'armes est comme annexée à sa Charge, il en fait plusieurs fonctions, & en prétend les plus beaux droits. En la Cour des Ducs de Normandie les Rois d'armes s'appelloient Ducs d'armes.
Roy, se dit proverbialement en ces phrases: Un Dieu, un Roy, une Loy. On dit aussi souhait de Roy, fils & fille. On dit d'un homme de bonne maison, qu'il est noble comme le Roy. Et on dit pour affirmer une chose: Cela est vray, ou le Roy n'est pas noble. On dit de celui qui a obtenu une chose qu'il souhaitoit fort: Maintenant le Roy n'est pas son cousin. On dit en parlant des choses qui sont hors d'usage: Cela étoit bon du temps du Roy Guillemot. On dit d'une assemblée tumultueuse: C'est la Cour du Roy Peto où chacun est maître. Voyez l'origine de ce proverbe à Maistre. On dit à table quand on prend du sel avec les doigts: J'ay vû le Roy. On appelle, joüer au Roy dépoüillé, quand plusieurs personnes sont aprés quelqu'un pour le piller, le ruïner, pour en tirer chacun sa piéce. On dit aller où le Roy va à pied, pour dire à ses nécessitez. On dit, Qui aura de beaux chevaux, si ce n'est le Roy? quand on s'étonne de voir un homme riche bien meublé. On dit, Qui mange la vache du Roy, à cent ans de là en paye les os; pour dire que celui qui a manié les deniers du Roy, qui a fraudé les droits du Roy, en est recherché tôt ou tard. Pour se mocquer de celui qui dit absolument, Je le veux; on répond, Et le Roy dit, Nous voulons. On dit d'un opiniâtre qui s'est placé quelque part, qu'il n'en sortiroit pas pour le Roy. On dit, au Royaume des aveugles les borgnes sont Rois, pour dire que ceux qui ont moins de défauts, sont les plus estimables. On dit encore: Nous verrons cela avant qu'il soit trois fois les Rois; pour dire, dans quelque temps d'ici.