[368] Léopold, le comte de Firmian, Joseph II, ont répandu la vertu, mais sans esprit; il fallait créer des institutions, forcer les hommes par leur intérêt à être bons, et ne pas compter niaisement sur une exception, le hasard qui fait un honnête homme d'un despote.

[369] Léopold prohiba la commedia dell'arte, beau genre de littérature indigène à l'Italie.

[370] Cimarosa est jeté dans un cachot, et y prend la maladie dont il est mort; Canova est fait marquis.

[371] Beccaria et Verri étaient dans le gouvernement.

[372] Le prince Belgiojoso.

[373] Campagne de Murat en 1815. Incroyable lâcheté. Le meilleur voyage à faire, plus curieux que celui du Niagara ou du golfe Persique, c'est le voyage de Calabre. Les premiers donnent sur l'homme plus ou moins sauvage des vérités générales et connues depuis cinquante ans. Du reste, à Pétersbourg, comme à Batavia, on trouve l'honneur. Passé le Garigliano, ce grand sentiment des modernes n'a pas pénétré.

Les soldats de Murat disaient: «Se il nemico venisse per le strade maestre, si potrebbe resistar, ma viene per i monti.»

Un beau colonel, en grand uniforme, garni de plusieurs croix, arrive à Rome au moment des batailles; on lui demande ce qu'il vient faire; il répond avec une franchise inouïe: «Che volete ch'io faccia? Si tratta di salvarsi la vita. Vanno a battersi, io son venuto quì.»

Le brave général Filangieri cherche à retenir ses soldats, qui répondent à ses cris: «Ma, signor generale, c'è il cannone;» et ce sont les anciens Samnites qui font de ces sortes de réponses!

Pour pénétrer dans les Calabres, on se déguise en prêtre. Là, on voit les jeunes filles ne sortir qu'armées de fusils; à tout instant, on entend les armes à feu. Les plus farouches des hommes en sont les plus lâches. Apparemment que leurs nerfs trop sensibles leur font de la mort et des blessures une image trop horrible, et que la colère seule peut faire disparaître. (Note de sir W. E.)

[374] Foscolo était persécuté; mais les jeunes gens commençaient à lire un peu.

[375] Il fut secondé par un grand ministre, le comte Prina. On sait qu'il fut assassiné par des paysans gagés. Le bon peuple milanais est innocent de ce crime.

[376] Quand j'étais en garnison à Novarre, j'observais deux choses: que très-souvent l'on trouvait dans la campagne des trésors formés par des voleurs morts sans avoir fait de confidence, et que, lorsque, dans la ville, quelqu'un était attaqué, on se gardait bien de crier: Au voleur! personne ne serait venu; on criait: Au feu!

[377] Vita. Édition des classiques; les pages 71, 110 et 113 montrent que la force doit entrer dans la beauté d'Italie.

Burckardt, Journal d'Alexandre VI, pass. Brantôme.

Rolland, Voyage à Brescia; les valets d'auberge faisaient leur service les pistolets à la ceinture.

[378] La rareté des empoisonnements prouve que les mœurs de la bonne compagnie ont gagné depuis cinquante ans; en général, on n'empoisonne pas plus qu'en France; je ne connais dans ce genre que la mort d'un beau jeune homme de Lucques.

[379] «Une âme honnête, douce et paisible, exempte d'orgueil et de remords, remplie de bienveillance et d'humanité, une âme supérieure aux sens et aux passions, se découvrent aisément dans la physionomie, etc.» (Gellert.)

Voilà l'idéal du beau moral des Allemands. L'air passionné des figures de Raphaël leur fait peur.

CHAPITRE CXXXII.
LES FRANÇAIS D'AUTREFOIS.

Il faut dire à nos neveux qu'il y avait une différence extrême entre le Français de 1770 et le Français de 1811, année qui fut l'apogée des mœurs nouvelles. On était, en 1811, beaucoup plus près du beau antique.

Je n'en ferai pas honneur à la renaissance des arts, mais à la tourmente qui nous agite depuis trente ans, et par laquelle il n'y a plus en France ni société, ni esprit de société.

Ballottés par tant d'événements singuliers, et quelquefois dangereux, la justice, la bonté, la force, ont gagné; tandis que les qualités propres à la société ne sont plus estimées; car où les faire estimer? Tout ce qui est né depuis 1780 a fait la guerre, et prise beaucoup la force physique, non pas tant pour le jour du combat que pour les fatigues de la campagne.

Autrefois il fallait de la gaieté, de l'amabilité, du tact, de la discrétion, mille qualités qui, réunies sous le nom de savoir-vivre, étaient fort goûtées dans les salons de 1770. Il fallait un certain apprentissage. Aujourd'hui, nous en sommes revenus aux agréments qu'aucun despotisme ne peut ôter du commerce du monde. Un jeune homme de seize ans qui sait danser et se taire est une homme parfait.

Je remarque que l'estime pour la force ne porte pas, comme en Angleterre, sur une occupation favorite. Il n'y a pas de chasse au renard; et le ministère du cardinal de Fleury, avec ses trente ans de paix, nous éloignerait bien vite du beau antique.

CHAPITRE CXXXIII.
QU'ARRIVERA-T-IL DU BEAU MODERNE, ET QUAND ARRIVERA-T-IL?

Par malheur, depuis que le monde s'est mis à adorer le beau idéal antique, il n'a plus paru de grands peintres. L'usage qu'on en fait aujourd'hui en dégoûtera. Pourquoi pas? La Révolution nous a bien dégoûtés de la liberté, de grandes villes ont bien demandé qu'il n'y eût pas de constitution[380]!

La France a des poëtes qui, pour imiter Molière de plus près, le copient tout simplement, et qui, par exemple, pour faire un défiant, prennent l'intrigue du Tartufe. Mais ils changent les noms.

Cette méthode générale s'applique aussi à la peinture.

Les peintres, ayant appris que l'Apollon est beau, copient toujours l'Apollon dans les figures jeunes. Pour les figures d'hommes faits, on a le torse du Belvédère. Mais le peintre se garde bien de mettre jamais rien de son âme dans son tableau: il pourrait être ridicule. L'art redevient tranquillement, et au milieu d'un concert de louanges, un pur et simple mécanisme, comme chez les ouvriers égyptiens. Les nôtres pourraient se sauver par le coloris; mais le coloris demande un peu de sentiment, et n'est pas précisément une science exacte comme le dessin.

Si nos grands artistes lisaient l'histoire, ils seraient bien scandalisés de voir leur place marquée par la postérité entre Vasari et Santi di Tito. Ceux-ci furent pour Michel-Ange ce qu'ils sont pour l'antique. Précisément les mêmes reproches qu'ils faisaient au Corrége, ils les font à Canova.

La place est faite en France pour un autre Raphaël. Les cœurs ont soif de ses ouvrages. Voyez comme ils ont accueilli la tête de Phèdre[381]. Du reste, on admire les expositions actuelles par devoir, car on dit au public: «Cela n'est-il pas bien conforme à l'antique?» Et le pauvre public ne sait que répondre. Il est dans son tort[382], et s'écoule tranquillement en bâillant.

[380] La ville de Ls, par l'organe du grand poëte comique R.

[381] Tableau de M. Guérin, à Saint-Cloud. Voir les têtes de Didon, d'Élise et de Clytemnestre, exposition de 1817. Ce grand artiste fait des progrès dans la science de l'expression. Quel dommage qu'il s'occupe si peu du clair-obscur!

[382] Interrogatoire de l'Esturgeon, joli vaudeville des Variétés.