MADRIGAL.
Chandiot est une merveille
Qui n'aura jamais de pareille.
Sa beauté n'est qu'un simple trait
De son admirable portrait.
Ses vertus, son cœur magnanime
Ont acquis toute mon estime,
Et je l'aime d'un air et si tendre et si doux
Que mes plus chers amis en deviennent jaloux.
Voilà, Madame, un impromptu que je n'ai pu m'empêcher de faire, c'est l'ouvrage de ma reconnoissance plutôt que de mon esprit. Je vous envoye un petit mot de Mme de Balmont que je vous recommande tout de nouveau comme ma fille. Son mari l'a mandée, mais, comme ça été après avoir reçu une lettre de son oncle qui lui a donné l'emploi, je crains qu'il ne soit pas converti, et je lui conseillerois de loger chez la veuve du médecin que vous lui avez enseignée, car je craindrois que, s'il n'est pas converti, il ne l'empoisonnât [498], et il est bon d'examiner sa conduite avant que de s'y fier. Elle suivra vos conseils et vous trouverez que c'est une très-bonne personne; elle part pour aller à Besançon le 9 du mois prochain. M. l'abbé Bosquillon trouve votre générosité, aussi bien que moi, très-grande, et nous sommes toujours tout d'un avis en parlant de vous. Votre dernière lettre est si bien écrite qu'il l'a admirée comme moi. Le Roi est revenu en santé parfaite de Fontainebleau; il a mis à son retour Mme la duchesse de Bourgogne avec M. son époux [499]; elle fut le lendemain à Saint-Cyr pour éviter les visites des courtisans en semblables occasions. Sa Majesté ira le jour des Morts à Marly où elle sera quatorze jours. Voilà, Madame, ce qu'il y a de nouveau. Je suis à vous comme vous le méritez, c'est-à-dire que je suis, plus que personne ne peut l'être, votre très-humble et très-obéissante servante.
A M. VALLÉE, PREMIER COMMIS DU CONTRÔLE GÉNÉRAL
DES FINANCES [500].
27 janvier [1701].
Comme je crois que c'est aux bons offices que vous m'avez rendus, Monsieur, que je dois la bonté que Mgr Chamillart a eue pour moi, en me fesant payer de la pension dont le Roi m'honore, c'est par cette raison que je vous en rends de tout mon cœur mille très-humbles grâces. Je m'adresse aussi à vous, Monsieur, pour vous prier de lui rendre la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire pour lui en témoigner ma reconnoissance. Soyez, s'il vous plaît, bien persuadé de la mienne à votre égard, et que je n'oublierai jamais tous les services que vous me rendez avec tant de bonté, en me fesant payer si promptement. Je suis, Monsieur, avec toute l'estime que vous méritez, votre très-humble et très-obéissante servante, etc.
P. S.—Monseigneur Chamillart a fait une réponse très-obligeante à ma lettre.
A M. HUET, ÉVÊQUE D'AVRANCHES [501].
23 avril [1701].
J'ai reçu, Monseigneur, avec beaucoup de plaisir, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; car je croyois que vous m'aviez tout-à-fait oubliée. J'ai été fort touchée de la mort de M. de Segrais [502]: il y avoit cinquante ans qu'il étoit de mes amis, et j'ai fait quelques vers pour conserver sa mémoire. Cela vous doit faire connoître, Monseigneur, que je n'oublie pas mes anciens amis, et que je me souviens parfaitement de tous les témoignages d'amitié que vous m'avez rendus autrefois.
Le rhumatisme que j'ai aux genoux est devenu si fâcheux que je ne marche plus, mais mon estomac et ma raison sont toujours en santé, et par conséquent, Monseigneur, je serai toute ma vie, avec toute l'estime et le respect que vous méritez, votre très-humble et très-obéissante servante, etc.