[227] Alphonse-Henri de Gisors, architecte, né en 1796, mort en 1866, élève de Percier. Il a exécuté notamment le remaniement du palais et du jardin du Luxembourg.
[228] Alphonse Masson, graveur. On lui doit plusieurs portraits de Delacroix. Ce fut lui qui fut chargé par le maître de graver à l'eau-forte le Massacre de Scio. Il a gravé aussi un Lion. (Voir Catalogue Robaut, n° 985.)
[229] Adolphe-Pierre Leleux, peintre de genre, né à Paris en 1812: il fit de la peinture sans autre guide que lui-même. Il commença par faire de la gravure, de la lithographie et des vignettes, pressé qu'il était par le besoin; puis, après plusieurs années de luttes, exposa au Salon de 1835 Un voyageur, aquarelle qui fut remarquée. Il voyagea en Bretagne, d'où il rapporta des études de nature et de mœurs; puis dans les Pyrénées aragonaises. Les événements de 1848 jetèrent Leleux dans une voie nouvelle: il donna le Mot d'ordre, scène de juin 1848; la Sortie, autre scène de Juin; Une patrouille de nuit à cheval, scène de Février. Certains critiques ont voulu faire de lui un des chefs de l'École réaliste en peinture, à cause de son exactitude à reproduire la nature.
[230] Alexandre Vimont, peintre, qui exposa aux Salons de 1846, de 1850 et de 1861.
[231] Mort de Valentin, toile datée de 1847. Salon de 1848, Exposition universelle de 1855. Vente Collot, 1852, 4,750 francs, à Mme M. Cottier, qui en a légué la nue propriété au Musée du Louvre. (Voir Catalogue Robaut, n° 1008.)
[232] Sans doute Agnès de Méranie, qui fut représentée à l'Odéon en décembre 1846, et dont le succès ne répondit pas aux espérances fondées sur l'auteur de Lucrèce.
[233] «Je travaille maintenant à mon petit Christ au jardin des Oliviers, que je fais au pastel et que je prierai Mme Roché d'accepter en souvenir de ses bontés.» (Corresp., t.I, p. 329.) Voir Catalogue Robaut, n° 178 et 999.
[234] Georges Duval, vaudevilliste français et auteur de plusieurs ouvrages sur la Révolution.
[235] Robert Bruce, opéra en trois actes, de Rossini, représenté à l'Opéra pour la première fois le 30 décembre 1846.
[236] Mme Cavé, artiste, née à Paris vers 1810; elle étudia l'aquarelle avec Camille Roqueplan, et exposa aux Salons de 1835 et 1836. Elle avait épousé le peintre Clément Boulanger, sous la direction duquel elle aborda la peinture de genre. Veuve en 1842, elle épousa, quelques années après, François Cavé, qui fut chef de la division des Beaux-Arts. En dehors des Salons, elle se fit connaître par une Méthode de dessin sans maître, qui parut en 1853, et qui eut l'honneur de fixer l'attention de Delacroix. Le peintre fit sur cette méthode un rapport qui fut publié par le Moniteur officiel et reproduit par les journaux d'Art. Il écrivait à ce propos en 1861: «Je suis persuadé que la simplicité de cette méthode porterait la conviction dans tous les esprits, abrégerait beaucoup nos travaux et amènerait une décision plus prompte.» Les écrits de Mme Cavé l'avaient assez frappé pour qu'à plusieurs reprises dans son Journal, on trouve des réflexions sur la technique de la peinture qui lui avaient été suggérées par elle. «Voilà la première méthode de dessin qui enseigne quelque chose»: tel était le début de l'article de Delacroix sur Mme Cavé.
[237] Au moment où une chapelle de Saint-Sulpice fut donnée à Delacroix pour la décorer, on parlait encore de lui confier le mur du transept de l'église. Ce projet fut abandonné, et la chapelle des Anges livrée à Delacroix, qui commença son travail en 1859 et ne le termina qu'en 1861.
[238] Soutman, peintre et graveur hollandais, né en 1580, mort en 1653, élève de Rubens.
[239] Amateur dont la vente eut lieu le 7 décembre 1871.
[240] Marchand de tableaux et de couleurs.
[241] Laurent Jan était un des journalistes les plus spirituels de cette époque.
[242] Il s'agit ici d'une variante du tableau: Femmes d'Alger, qui fut exposé au Salon de 1834 et qui appartient au Musée du Louvre. Le tableau dont il est question ici, et qui est mentionné au catalogue Robaut sous le titre: Femmes d'Alger dans leur intérieur, fut envoyé par Delacroix au Salon de 1849. La disposition des bras de la négresse n'est pas tout à fait la même que dans le tableau du Louvre. Il fait maintenant partie de la galerie Broyas au Musée de Montpellier.
[243] Manuel Garcia, musicien français, fils du célèbre chanteur Manuel Garcia. Formé par son père à l'enseignement du chant, il s'y consacra lui-même exclusivement, et fut attaché vers 1835 au Conservatoire de Paris. Ses sœurs, Marie et Pauline Garcia, se sont toutes deux rendues célèbres comme cantatrices, la première (morte en 1836 à Bruxelles) sous le nom de Mme Malibran, la seconde sous le nom de Mme Viardot.
[244] Giuseppe Naldi, chanteur italien, né en 1765, mort en 1820 à Paris. Après de grands succès en Angleterre, il débuta en 1819 sur la scène des Italiens, a Paris; mais l'année suivante un terrible accident vint mettre fin à sa carrière. Une marmite de récente invention, et dont la soupape avait été trop fortement fixée, éclata en morceaux dans une expérience, et Naldi, atteint par les débris, fut tué net.
Sa fille et son élève, Mlle Naldi, avait débuté également en 1819 au théâtre Italien et partagé la vogue de la Pasta. Elle quitta la scène en 1823 pour épouser le comte de Sparre, et depuis cette époque elle ne s'est plus fait entendre que dans les salons.
[245] Voir Catalogue Robaut, n° 468.
[246] Delacroix avait connu la comtesse Marliani chez George Sand. Son mari, le comte Marliani, compositeur et professeur de chant, fit représenter au théâtre Italien plusieurs opéras, notamment le Bravo.
[247] Anselme Petetin, administrateur et publiciste. Il fut successivement préfet et directeur de l'Imprimerie nationale.
[248] Edmond Hédouin, peintre et graveur, élève de Célestin Nanteuil et de Paul Delaroche. Il s'est surtout consacré au paysage et aux sujets de genre. Il fut chargé d'exécuter les peintures décoratives dans la galerie des fêtes au Palais-Royal.
[249] Voir le Catalogue Robaut, n° 170.
[250] Louis Müller, peintre, né en 1815, élève de Gros et de Coignet. Il remplaça Hippolyte Flandrin à l'Institut en 1864.
2 février.—Le matin chez Müller.—Chez Gaultron[251].—Dupré et Rousseau venus dans la journée; ils m'ont répété beaucoup d'arguments en faveur de la fameuse société; mais j'avais pris mon parti, et leur ai déclaré ma complète aversion pour le projet.
Que faire après une journée, ou plutôt une matinée pareille? La sortie le matin et puis la venue de ces deux parleurs, au moment où j'eusse pu retrouver quelque disposition au travail, m'ont complètement abattu jusqu'au soir.
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3 février.—Müller[252] m'a rendu ma visite prestement; l'aplomb de ce jeune coq est remarquable. J'avais critiqué certaines parties de ses tableaux avec une réserve extrême; je ne puis m'empêcher en général de le faire, et je n'aime pas à affliger. Chez moi, il m'a paru tout à son aise: «Ceci est bien, ceci me déplaît.» Telles étaient les formes de son discours.
Hédouin est furieux. Il m'a parlé de l'extrême confiance en lui-même de Couture[253]. C'est assez le cachet de cette école, dans laquelle Müller se confond; l'autre cachet, c'est cet éternel blanc partout et cette lumière, qui semble faite avec de la farine.
J'ai effacé, sur ce que m'ont dit ces messieurs, la fenêtre du fond des Marocains endormis.[254]
—Henry m'apprend l'accouchement de sa sœur Claire.
—Travaillé aux Arabes en course: l'obscurité me force d'y renoncer.
Je commence alors à ébaucher le Christ au tombeau (toile de 100), le ciel seulement.[255]
Rivet[256] est arrivé à quatre heures. J'ai été heureux de le voir, et sa prévenance m'a charmé. Nous avons été bientôt comme autrefois. Je le trouve changé, et ce changement m'afflige. Il est très satisfait de mon article sur Prud'hon[257].
Resté le soir chez moi. Situation d'esprit mélancolique, si je puis dire, et point triste. Les diverses personnes que j'ai vues aujourd'hui ont causé sans doute cet état.
J'ai fait d'amères réflexions sur la profession d'artiste; cet isolement, ce sacrifice de presque tous les sentiments qui animent le commun des hommes.
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4 février.—Au moment de partir pour la Chambre des députés, M. Clément de Ris[258] est venu: aimable jeune homme. Laurent Jan est survenu; j'ai frémi en le voyant ramasser le gant aussitôt, sur quelques mots de l'interlocuteur qui, heureusement, est parti peu après. Laurent n'est pas resté non plus.
Arrivé à la Chambre à onze heures et demie. Vu, en arrivant, les voussures de Vernet[259]; il y a un volume à écrire sur l'affreuse décadence que cet ouvrage montre dans l'art du dix-neuvième siècle. Je ne parle pas seulement du mauvais goût et de la mesquine exécution des figures coloriées, mais les grisailles et ornements sont déplorables. Dans le dernier village, et du temps de Vanloo, elles eussent encore paru détestables.
J'ai revu avec plaisir mon hémicycle[260]; j'ai vu tout de suite ce qu'il fallait pour rétablir l'effet; le seul changement de la draperie de l'Orphée a donné de la vigueur au tout.
Quel dommage que l'expérience arrive tout juste à l'âge où les forces s'en vont! C'est une cruelle dérision de la nature que ce don du talent, qui n'arrive jamais qu'à force de temps et d'études qui usent la vigueur nécessaire à l'exécution.
—J'ai observé dans l'omnibus, à mon retour, l'effet de la demi-teinte dans les chevaux, comme les bais, les noirs, enfin à peau luisante: il faut les masser, comme le reste, avec un ton local, qui tient le milieu entre le luisant et le ton chaud coloré; sur cette préparation il suffit d'un glacis chaud et transparent pour le changement de plan de la partie ombrée ou reflétée, et sur les sommités de ce même ton de demi-teinte, les luisants se marquent avec des tons clairs et froids. Dans le cheval bai, cela est très remarquable.
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5 février.—J'ai passé toute la journée à me reposer et à lire dans ma chambre. Commencé Monte-Cristo: c'est fort amusant, sauf cependant les immenses dialogues qui remplissent les pages; mais, quand on a lu cela, on n'a rien lu...
Après dîner, chez Pierret, où j'ai trouvé le jeune Soulié[261]. Pierret est toujours malade de son point de côté. Ensuite chez Alberthe [262]; sa fille est alitée.
—Voici des titres d'ouvrages à avoir, que j'ai pris chez elle:
Moyen infaillible de conserver sa vue en bon état, jusqu'à une extrême vieillesse, traduit de l'allemand de M. G.-J. Beer, docteur en médecine de l'Université de Vienne.
Ifland: l'Art de prolonger la vie.
Confucius (dans le genre de Marc-Aurèle.)
Marc-Aurèle, ancienne édition, traduite par Dacier.
L'Homme de cour, de Balthazar Gracian[263], traduit par Amelot de la Houssaye[264].
—Chez Pierret, nous avons parlé des facéties et coq-à-l'âne de M. de C...
—Je disais qu'en littérature, la première impression est la plus forte; comme preuve, les Mémoires de Casanova, qui m'ont fait un effet immense, quand je les ai lus pour la première fois dans l'édition écourtée, en 1829. J'ai eu occasion depuis d'en parcourir des passages de l'édition plus complète, et j'ai éprouvé une impression différente.
Le jeune Soulié me dit que M. Niel[265], ayant lu le Neveu de Rameau,[266] dans la traduction française faite d'après celle que Gœthe avait faite en allemand, le préférait à l'original; nul doute que ce ne soit l'effet de cette vive impression de certaines formes sur l'esprit qui, sur le même objet, n'en peut plus recevoir de semblables.
(Je relis ceci en 1857.—Je relis les Mémoires de Casanova, pendant ma maladie, je les trouve plus adorables que jamais; donc ils sont bons.)
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6 février.—Peu de travail, le matin. L'après-midi, ébauché entièrement les figures du Christ au tombeau.—Dîné et passé la soirée avec J...
Planet[267] est venu à quatre heures; il a paru très frappé de mon ébauche; il eût voulu la voir en grand. L'admiration sincère qu'il me montre me fait grand plaisir; il est de ceux qui me réconcilient avec moi-même. Que le ciel le lui rende! Le pauvre garçon manque tout à fait de confiance, et c'est dommage, car il montre des qualités supérieures.
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7 février.—Malaise. Je n'ai rien fait de toute la journée.
Ce bon Fleury[268] est venu me voir avec un diable d'enfant qui touchait à tout. Il m'a donné sa recette pour imprimer les panneaux, cartons ou toiles: colle de peau et blanc d'Espagne, appliqués à la brosse et unis au papier de verre.
Le soir, quand je me délassais après le bain, que j'avais fait venir avant dîner, Riesener est venu. Resté une partie de la soirée: il m'a conté que Scheffer avait réuni les membres de la future société et s'était prononcé pour un système tellement exclusif, que peu s'en est fallu qu'il n'exclût tout le monde. Il a consterné l'auditoire.
Riesener me parle toujours de ses projets admirables de travail et de procédés propres à les faciliter.
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8 février.—Excellente journée.
J'ai débuté par aller voir, rue Taranne, le tableau de Saint Just, de Rubens; admirable peinture. Les deux figures des assistants, de son gros dessin, mais d'une franchise de clair-obscur et de couleur qui n'appartient qu'à l'homme qui ne cherche pas, et qui a mis sous les pieds les folles recherches et les exigences plus sottes encore.
Puis à la Chambre des députés. Travaillé à la femme portant le petit enfant, et l'enfant par terre; puis à l'homme couché au-dessus du Centaure[269]; je crois que j'ai fort avancé. Séance très longue. Revenu sans fatigue.
Pour compléter la journée, j'apprends en rentrant que Mme Sand est de retour et me l'a envoyé dire. Je suis heureux de la revoir.
Resté chez moi le soir; j'ai eu tort. La journée du lendemain s'en est ressentie. J'aurais dû faire quelques pas dehors. L'air seul contribue peut-être à accélérer la circulation; aussi, le lendemain, je n'ai rien fait. L'estomac dérangé commande en maître, mais en maître bien indigne de régner, car il remplit mal ses fonctions, et arrête tout le reste.
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9 février.—Donc mal disposé.
—Venu Demay[270]. Pendant qu'il y était, M. Haussoullier.[271] Tous les jeunes gens de cette école d'Ingres ont quelque chose de pédant; il semble qu'il y ait déjà un très grand mérite de leur part à s'être rangé du parti de la peinture sérieuse: c'est un des mots du parti. Je disais à Demay qu'une foule de gens de talent n'avaient rien fait qui vaille, à cause de cette foule de partis pris qu'on s'impose ou que le préjugé du moment vous impose. Ainsi, par exemple, de cette fameuse beauté, qui est, au dire de tout le monde, le but des arts: si c'est l'unique but, que deviennent les gens qui, comme Rubens, Rembrandt, et généralement toutes les natures du Nord, préfèrent d'autres qualités? Demandez la pureté, la beauté, en un mot, au Puget, adieu sa verve!... Développer tout cela.
... En général, les hommes du Nord y sont moins portés; l'Italien préfère l'ornement; cela se retrouve dans la musique.
Vu Don Juan[272] le soir. Sensation pareille, en voyant la pièce. Le mauvais Don Juan (l'acteur)! Est-ce l'exécution, le décousu qu'on met dans un ouvrage ancien? Mais comme il grandit par le souvenir, et que, le lendemain, je me le suis rappelé avec bonheur! Quel chef-d'œuvre de romantisme! Et cela en 1785! L'acteur qui fait Don Juan ôte son manteau pour se battre avec le Père; à la fin, ne sachant quelle contenance tenir, il se met à genoux devant le Commandeur; je suis sûr qu'il n'y a pas deux personnes dans la salle qui s'en soient aperçues.
Je pensais à la dose d'imagination nécessaire au spectateur pour être digne d'entendre un tel ouvrage. Il me paraissait évident que presque tous les gens qui étaient là écoutaient avec distraction. Ce serait peu de chose; mais les parties les plus faites pour frapper l'imagination ne les arrêtaient pas davantage. Il faut beaucoup d'imagination pour être saisi vivement au spectacle..... Le combat avec le Père, l'entrée du Spectre frapperont toujours un homme d'imagination; la plus grande partie des spectateurs n'y voient rien de plus intéressant que dans le reste.
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10 février.—Hier 9, à quatre heures, j'ai été voir Mme Sand; elle était souffrante. Revu sa fille et son gendre futur[273].
Aujourd'hui, il était plus de midi quand je suis parti pour le Palais-Bourbon. Il a fait un temps affreux: neige, gelée, gâchis. Il faut aller en voiture à mon travail, et on y reste si longtemps, qu'il y a des maladies à prendre. J'ai travaillé aux hommes du milieu.
Revenu de bonne heure et resté également très longtemps en voiture. Demeuré chez moi le soir, fatigué et souffrant.
—Ton local de la nymphe debout dans l'Orphée[274]: vert émeraude, vermillon et blanc; plus de blancs dans les clairs.
Deuxième Nymphe: ton orangé et vert émeraude.
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11 février.—Je devais retourner à la Chambre. J'écrirai à Henry [275], pour suspendre jusqu'à la semaine prochaine. Le froid est trop incommode. J'ai besoin de repos.
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12 février.—Mis au net la composition de Foscari.[276]
Essayé avec une toile de 80; je crois que cela ira ainsi.
—Vu Mme Sand à quatre heures et dîné chez Piron. Don Juan avec lui. J.-J... y était.
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14 février.—Le Beau est assurément la rencontre de toutes les convenances... Développer ceci, en se rappelant le Don Juan que j'ai vu hier.
Quelle admirable fusion de l'élégance, de l'expression, du bouffon, du terrible, du tendre, de l'ironique! chacun dans sa nature. Cuncta fecit in pondere numero et mensura. Chez Bossini, l'Italien l'emporte, c'est-à-dire que l'ornement domine l'expression. Dans beaucoup d'opéras de Mozart, le contraire n'a pas lieu, car il est toujours orné et élégant; mais l'expression des sentiments tendres prend une mesure mélancolique qui ne va pas indifféremment à tous les sujets. Dans le Don Juan, il ne tombe pas dans cet inconvénient; le sujet, au reste, était merveilleusement choisi, à cause de la variété des caractères: D. Anna, Ottavio, Elvira sont des caractères sérieux, les deux premiers surtout; chez Elvira, déjà on voit une nuance moins sombre. Don Juan tour à tour bouffon, insolent, insinuant, tendre même; la paysanne, d'une coquetterie inimitable; Leporello, parfait d'un bout à l'autre.
Rossini ne varie pas autant les caractères.
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15 février.—Levé en mauvaise disposition, je me suis mis à reprendre l'ébauche du Christ au tombeau.[277] L'attrait que j'y ai trouvé a vaincu le malaise, mais je l'ai payé par une courbature le soir et le lendemain. Mon ébauche est très bien, elle a perdu de son mystère; c'est l'inconvénient de l'ébauche méthodique. Avec un bon dessin pour les lignes de la composition et la place des figures, on peut supprimer l'esquisse, qui devient presque un double emploi. Elle se fait sur le tableau même, au moyen du vague où on laisse les détails. Le ton local du Christ est terre d'ombre naturelle, jaune de Naples et blanc; là-dessus, quelques tons de noir et blanc glissés çà et là, les ombres avec un ton chaud.
Le ton local des nuances de la Vierge: un gris légèrement roussâtre, les clairs avec jaune de Naples et noir.
—Essayé Foscari, sur la toile de 80... Décidément, cela est trop noyé. J'essayerai sur toile de 60.
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18 février.—Aujourd'hui été voir le Christ de Préault, à Saint-Gervais[278]. J'avais été au Luxembourg auparavant pour m'informer de la cause des refus d'entrée.
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19 février.—T... me dit très justement que le modèle rabaisse son homme. Une personne sotte vous assotit. L'homme d'imagination, dans son travail pour élever le modèle jusqu'à l'idéal qu'il a conçu, fait aussi, malgré lui, des pas vers la vulgarité qui le presse et qu'il a sous l'œil[279].
—Vu deux actes des Huguenots... Où est Mozart?
Où est la grâce, l'expression, l'énergie, l'inspiration et la science? le bouffon et le terrible...? Il sort de cette musique tourmentée des efforts qui surprennent, mais c'est l'éloquence d'un fiévreux, des lueurs suivies d'un chaos.
Piron m'y a donné des nouvelles de Mlle Mars, qui est bien mal.
Charles[280] très affligé.
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20 février.—Les moralistes, les philosophes, j'entends les véritables, tels que Marc-Aurèle, le Christ, en ne le considérant que sous le rapport humain; n'ont jamais parlé politique. L'égalité des droits et vingt autres chimères ne les ont pas occupés, ils n'ont recommandé aux hommes que la résignation à la destinée, non pas à cet obscur fatum des anciens, mais à cette nécessité éternelle que personne ne peut nier, et contre laquelle les philanthropes ne prévaudront point, de se soumettre aux arrêts de la sévère nature. Ils n'ont demandé autre chose au sage que de s'y conformer et de jouer son rôle à la place qui lui a été assignée au milieu de l'harmonie générale. La maladie, la mort, la pauvreté, les peines de l'âme, sont éternelles et tourmenteront l'humanité sous tous les régimes; la forme, démocratique ou monarchique, n'y fait rien.
—Dîné chez M. Moreau[281]; revenu avec Couture: il raisonne très bien, il est surprenant... Quel regard nous avons pour caractériser les défauts les uns des autres! Tout ce qu'il m'a dit de chacun est très vrai et très fin, mais il ne tient pas compte des qualités; surtout il ne voit et n'analyse, comme tous les autres, que des qualités d'exécution. Il me dit, et je le crois bien, qu'il se sent surtout propre à faire d'après nature. Il fait, dit-il, des études préparatoires, pour apprendre par cœur, en quelque sorte, le morceau qu'il veut peindre et s'y met ensuite avec chaleur: ce moyen est excellent à son point de vue. Je lui ai dit comment Géricault se servait du modèle, c'est-à-dire librement, et cependant faisant poser rigoureusement. Nous nous sommes récriés l'un et l'autre sur son immense talent!
Quelle force que celle qu'une grande nature tire d'elle-même! Nouvel argument contre la sottise qu'il y a à y résister et à se modeler sur autrui.
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21 février.—Aujourd'hui, fermé ma porte par excès d'ennui des visiteurs.
Repris les Comédiens arabes[282] de bonne heure, à cause du concert de Franchomme[283], où je devais aller à deux heures. En y allant, trouvé Mme Sand, qui m'a fait achever la route dans sa voiture. Je l'ai revue avec un vrai plaisir. Excellente musique. Quatuor d'Haydn, des derniers qu'il ait faits. Chopin me dit que l'expérience y a donné cette perfection que nous y admirons. Mozart, a-t-il ajouté, n'a pas eu besoin de l'expérience; la science s'est toujours trouvée chez lui au niveau de l'inspiration. Quintettes de lui, déjà entendus chez Boissard. Le trio de Rodolphe de Beethoven: passages communs, à côté de sublimes beautés.
Résisté à dîner chez Mme Sand, pour rentrer et me reposer.
Le soir chez M. Thiers; il n'y avait que Mme Dosne.
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22 février.—Continué les Comédiens arabes et avancé beaucoup.
—Chez Asseline[284] à sept heures et demie, pour aller à Vincennes; le prince paraît fort aimable[285].
Revenus de bonne heure; nous étions avec Decamps et Jadin[286]. Ce dernier ma dit que Mme D... remarquait avec mécontentement que je n'allasse pas la voir, et cela m'a beaucoup affligé. Asseline m'a présenté à sa femme: elle a l'air très simple et bon enfant.
Decamps était arrivé chez Asseline, pour aller chez le prince, avec une cravate noire fripée, à dessins, et un gilet de couleur fané; on lui a prêté une cravate blanche. J'ai intercédé, mais inutilement, pour qu'il ne fumât pas dans la voiture, en allant à Vincennes.
J'ai rencontré, chez le prince, Ch. His[287], en grand sautoir de commandeur, l'Auxerrois, mon ancien camarade, bardé d'ordres turcs; j'y ai vu Boulanger[288], L'Haridon[289], qui m'a l'air d'un fort aimable garçon.
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23 février.—Travaillé aux Comédiens arabes.[290] Préault[291] est venu.
Chez Alberthe, le soir; petite réunion. Je l'ai revue avec grand plaisir, cette chère amie; elle était rajeunie dans sa toilette et a été infatigable toute la soirée; sa fille aussi était très bien, elle danse avec grâce, surtout l'insipide polka. Vu M. de Lyonne et M. de la Baume. Cet homme ne vieillit pas.
Mareste[292] nous cite la lettre de Sophie Arnould au ministre Lucien: «Citoyen Ministre, j'ai allumé beaucoup de feux dans ma vie, je n'ai pas un fagot à mettre dans le mien; le fait est que je meurs de faim.» Signé: «Une vieille actrice qui n'est pas de votre temps.»
«Mlle de Châteauvieux,... Mlle de Châteauneuf... Qu'est-ce, lui disait-on, que toutes ces demoiselles-là?» Elle répondit: «Autant de châteaux branlants!»
Au plus fort de la Terreur, Mlle Clairon[293] était retirée à Saint-Germain, et dans le dernier besoin. Un soir, on heurte violemment à sa porte; elle ouvre après quelques hésitations; un homme vêtu en charbonnier se présente: c'était son camarade Larive, qui dépose un sac contenant du riz ou de la farine et s'en va sans mot dire.
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24 février.—Travaillé aux Arabes comédiens.
Le soir, chez M. le duc de Nemours: vu Pelletan[294], qui m'a fait des éloges de mon plafond, Philarète[295], Rivet. Désordre en sortant.
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25 février.—Chez Mme de Forget, le soir. Mme Henri m'a joué d'infâme musique moderne, entre autres, comme régal, les deux morceaux que les voisines du jardin ont écorchés tout l'été.
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26 février.—Dauzats[296] m'avait prévenu la veille que Mme la duchesse d'Orléans irait à l'Exposition de la rue Saint-Lazare et désirait m'y voir. Elle a été fort aimable pour moi.
En sortant, j'ai été rejoindre Villot, qui était venu le matin à une Exposition, rue Grange-Batelière: un Titien magnifique, Lucrèce et Tarquin, et la Vierge, de Raphaël, levant le voile... Gaucherie et magnificence du Titien! Admirable balancement des lignes de Raphaël! Je me suis aperçu tout à fait de ce jour que c'est sans doute à cela qu'il doit sa plus grande beauté. Hardiesses et incorrections que lui fait faire le besoin d'obéir à son style et à l'habitude de sa main. Exécution vue à la loupe: à petits coups de pinceau.
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27 février.—Lassalle[297], puis Arnoux[298], sont venus. Ce dernier cherche à se caser, après le naufrage de l'époque. J'ai écrit à Buloz[299] pour lui.
Grenier[300] est venu faire une étude au pastel d'après le Marc-Aurèle. Nous avons parlé de Mozart et de Beethoven; il trouve dans ce dernier cette verve de misanthropie et de désespoir, surtout une peinture de la nature, qui n'est pas à ce degré chez les autres; nous lui comparons Shakespeare. Il me fait l'honneur de me ranger dans la classe de ces sauvages contemplateurs de la nature humaine. Il faut avouer que, malgré sa céleste perfection, Mozart n'ouvre pas cet horizon-là à l'esprit. Cela viendrait-il de ce que Beethoven est le dernier venu? Je crois qu'on peut dire qu'il a vraiment reflété davantage le caractère moderne des arts, tourné à l'expression de la mélancolie et de ce qu'à tort ou à raison on appelle romantisme; cependant, Don Juan est plein de ce sentiment.
Dîné chez Mme de Forget et passé la soirée avec elle. Elle souffre encore, et je voudrais bien la voir se soigner mieux.
Rêvé de Mme de L... Décidément il ne se passe presque pas de nuit que je ne la voie ou que je ne sois heureux près d'elle, et je la néglige bien sottement: c'est un être charmant!
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28 février.—Tracé au blanc le Foscari et couvert la toile avec grisaille, noir de pêche et blanc; ce serait une assez bonne préparation pour éviter les tons roses et roux. La grande copie de Saint Benoît[301], que j'ai faite ainsi, a une fraîcheur difficile à obtenir par un autre moyen; ma composition me paraît offrir des difficultés de perspective, que je n'attendais pas.
En somme, journée mal employée, quoique je n'aie pas été interrompu.
Gaultron est venu un seul moment pour l'affaire de Bordeaux[302].
Dîné chez M. Thiers; j'éprouve pour lui la même amitié et le même ennui dans son salon.
A dix heures avec d'Aragon chez Mme Sand; il nous parle d'un ouvrage très intéressant, traduit par un M. Cazalis: La douloureuse Passion de N. S., par la Sœur Catherine Emmerich, extatique allemande. Lire cela. Ce sont des détails très singuliers sur la Passion, qui sont révélés à cette fille.