[490] Dans son charmant livre intitulé Souvenirs, Mme Jaubert a écrit d'intéressantes notes sur Delacroix et ses séjours à Alberville chez Berryer: «Delacroix, aimable, séduisant, d'une politesse exquise, sans aucune exigence, jouissait pleinement à Augerville d'une sorte de vacance qu'il s'accordait.» Elle y raconte une anecdote très intéressante sur les rapports de Delacroix avec la princesse Belgiojoso.

[491] Jules Laurens, peintre et lithographe, né en 1825, élève de Paul Del a roche. En 1847, il fut chargé par le gouvernement d'accompagner Hommaire de Hell, envoyé en mission en Turquie, en Perse, en Asie Mineure, et il dessina pendant ce voyage des sites, des types, des costumes qui étaient encore peu connus. Il a publié en 1854 la relation de ce voyage.

[492] Fortoul, qui devait, l'année suivante, recevoir du Président le portefeuille de la marine, était alors député à l'Assemblée législative.

[493] Delacroix fait sans doute allusion à un grand et magnifique dessin qui appartient à Mme Andrieu, la veuve du peintre élève de Delacroix. Il représente la première idée du maître, et certaines parties de la composition, notamment les parties basses, diffèrent sensiblement de l'exécution définitive.


Mercredi 3 avril.—Séance pour juger le concours de restauration. Séance dans la galerie d'Apollon, en présence de mon plafond; Revenu très fatigué.

J'aurai des difficultés dans l'atelier qu'on me donne au Louvre.

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Samedi 6 avril.—Travaillé beaucoup ces jours-ci à la composition du plafond. Un de ces jours, j'ai été trop longtemps et me suis fatigué.

Lundi 8 avril.—Je devais aller assister tantôt à la séance de jugement des restaurateurs de tableaux; j'ai été obligé de me recoucher le matin et ai été très souffrant toute la journée.

J'ai fait venir le docteur. Au demeurant, c'était un état passager; je n'ai eu à le consulter que sur mon rhume. J'ai causé avec lui des affaires du temps, puis de sa profession.

Le pauvre homme n'a pas un moment de relâche. En comparant sa vie à la mienne, je me suis applaudi de mon lot... Les cours, l'hôpital, les examens lui prennent tout le temps qu'il ne donne pas à ses malades, aux opérations, etc. Aussi me dit-il qu'il se sent très souvent très lourd et très fatigué. Dupuytren est mort sous le faix et dans un âge peu avancé. C'est le sort presque immanquable de tous ses confrères, qui prennent à cœur leur profession.

Vraiment, je devrais réfléchir à tout cela, quand je me trouve à plaindre.

*

Samedi 20 avril.—Concert de Delsarte[494] et Darcier[495]: Anciens Noëls ou Cantiques chantés en chœur pour se conformer à cette passion du gothique, sans la satisfaction de laquelle les Parisiens ne peuvent trouver aujourd'hui de plaisir à rien.

Ce Darcier ne manque pas d'une certaine verve, et est doué d'une belle voix; mais les refrains vulgaires et cette musique de mauvais goût faisaient un effet désolant auprès des morceaux de Delsarte.

Un malheureux enfant de chœur a psalmodié, sans une étincelle de sentiment, quelques complaintes gothiques, accompagné par une espèce d'orgue qui ne marquait aucune nuance et l'écrasait complètement.

Mme Kalerji était devant moi et auprès de M. J... et M. Piscatory[496].

Il a fallu livrer bataille, en sortant, pour avoir ma redingote, et j'y ai sans doute repris une seconde édition de mon rhume.

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Dimanche 21 avril.—Fatigué de la séance d'hier soir.

—Travaillé quelque peu à la composition du plafond et resté chez moi le soir.

—M. Lafont[497] venu dans la journée; il me plaît beaucoup. Je l'ai entrepris sur la peinture religieuse et monumentale, comme l'entendent les modernes. La mode a un empire incroyable sur les meilleurs esprits.

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Lundi 22 avril.—Enterrement de M. Meneval. Isabey, à côté de qui j'étais, me disait qu'il était contraire à l'architecture colorée. On y trouve à chaque instant des tons qui enfoncent ce qui devrait être saillant, et réciproquement. Les ombres produites par les saillies dessinent suffisamment les ornements. Tout cela se disait pendant la cérémonie, en face des peintures et de l'architecture de Notre-Dame de Lorette, où l'on ne voit que des contresens, il faudrait dire des contre-bon sens.

Il critique également avec raison les fonds d'or pour la peinture. Ils détruisent toute saillie dans les figures et désaccordent tout effet de peinture, en venant au-devant de tout, et en privant le tableau de fonds destinés à faire tout valoir.

Revenu de l'église par une pluie affreuse.

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Champrosay.—Vendredi 26 avril.—Parti pour Champrosay à onze heures et demie. Ravi de m'y retrouver. La sensation la plus délicieuse est celle de l'entière liberté dont j'y jouis. Là, les ennuyeux ne peuvent venir m'y trouver, quoique cela me soit arrivé, tant ils sont difficiles à éviter.

Le jardin était très en ordre, et tout s'est bien passé.

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Samedi 27 avril.—Je dors le soir outrageusement, et même dans la journée. L'écueil de la campagne, pour un homme qui craint de lire beaucoup, c'est l'ennui et une certaine tristesse que le spectacle de la nature inspire.

Je ne sens pas tout cela quand je travaille; mais cette fois, j'ai résolu de ne rien faire absolument pour me reposer du travail un peu abstrait de la composition de mon plafond.

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Dimanche 28 avril.—Le matin, grande promenade dans la forêt de Sénart.

Entré par la ruelle du marquis, revu les inscriptions amoureuses de la muraille de son parc; chaque année la pluie, l'effet du temps en emporte quelque chose; à présent elles sont presque illisibles. Je ne puis m'empêcher toutes les fois que je passe là, et j'y passe souvent exprès, d'être ému des regrets et de la tendresse de ce pauvre amoureux! Il a l'air bien pénétré de l'éternité de son sentiment pour sa Célestine. Dieu sait ce qu'elle est devenue, aussi bien que ses amours! Mais qui est-ce qui n'a pas connu cette jeune exaltation, le temps où l'on n'a pas un instant de repos, et où l'on jouit de ses tourments?

J'ai été jusqu'à l'endroit des grenouilles et revenu par le petit chemin le long de la colline?

J'ai été avec la servante cueillir dans la journée des fleurs dans le champ de Candas.

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Lundi 29 avril.—Je ne sais pourquoi il m'est venu la fantaisie d'écrire sur le bonheur. C'est un de ces sujets sur lesquels on peut écrire tout ce qu'on veut.

—Je me suis promené le matin dans le jardin abandonné et livré à la nature des pauvres gendarmes; leurs petits carrés de choux si bien alignés, leurs treilles, leurs arbres fruitiers, source de consolation et d'un petit produit sensible dans leur misère, sont presque effacés, ruinés par les allants et venants, par le vent, par les accidents de toutes parts; le vent fait battre les contrevents des fenêtres et achève de briser les vitres. Cela va devenir un repaire d'oiseaux et de créatures sauvages.

Sur le tantôt, promené avec Jenny vers le petit sentier de la colline où j'ai été lire.

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Mardi 30 avril.—Sorti vers neuf heures. Pris la ruelle du marquis et marché jusqu'à l'ermitage. En face de l'ermitage, immense abatis; tous les ans j'éprouve ce crève-cœur de voir une partie de la forêt à bas, et c'est toujours la plus belle, c'est-à-dire la plus fournie ou la plus ancienne. Il y avait un petit sentier couvert charmant.

Pris à droite jusqu'au chêne Prieur. J'ai vu là, le long du chemin, une procession de fourmis que je défie les naturalistes de m'expliquer. Toute la tribu semblait défiler en ordre comme pour émigrer; un petit nombre de ces ouvrières remontait le courant en sens contraire. Où allaient-elles? Nous sommes enfermés pêle-mêle, animaux, hommes, végétaux, dans cette immense boîte qu'on appelle l'Univers. Nous avons la prétention de lire dans les astres, de conjecturer sur l'avenir et sur le passé qui sont hors de notre vue, et nous ne pouvons comprendre un mot de ce qui est sous nos yeux. Tous ces êtres sont séparés à jamais, et indéchiffrables les uns pour les autres.


[494] Delsarte, artiste lyrique et musicien de haute valeur, se consacra surtout à l'enseignement de son art, et contribua par ses efforts à répandre dans le public le goût de la musique ancienne.

[495] Joseph Darcier, acteur, chanteur et compositeur, né en 1820.

[496] Piscatory, homme politique et diplomate, né en 1799, mort en 1870. Il joua un rôle assez important sous la Restauration et sous la monarchie de Juillet. Il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire en Grèce en 1844 et comme ambassadeur quelques années après en Espagne. Sous le second Empire, il rentra définitivement dans la vie privée.

[497] Émile Lafont, peintre de sujets religieux.


Mercredi 1er mai.—Sur la réflexion et l'imagination données à l'homme. Funestes présents.

Il est évident que la nature se soucie très peu que l'homme ait de l'esprit ou non. Le vrai homme est le sauvage; il s'accorde avec la nature comme elle est. Sitôt que l'homme aiguise son intelligence, augmente ses idées et la manière de les exprimer, acquiert des besoins, la nature le contrarie en tout. Il faut qu'il se mette à lui faire violence continuellement; elle, de son côté, ne demeure pas en reste. S'il suspend un moment le travail qu'il s'est imposé, elle reprend ses droits, elle envahit, elle mine, elle détruit ou défigure son ouvrage; il semble qu'elle porte impatiemment les chefs-d'œuvre de l'imagination et de la main de l'homme. Qu'importent à la marche des saisons, au cours des astres, des fleuves et des vents, le Parthénon, Saint-Pierre de Rome, et tant de miracles de l'art? Un tremblement de terre, la lave d'un volcan vont en faire justice..... Les oiseaux nicheront dans ces ruines; les bêtes sauvages iront tirer les os des fondateurs de leurs tombeaux entrouverts. Mais l'homme lui-même, quand il s'abandonne à l'instinct sauvage qui est le fond même de sa nature, ne conspire-t-il pas avec les éléments pour détruire les beaux ouvrages? La barbarie ne vient-elle pas presque périodiquement, et semblable à la Furie qui attend Sisyphe roulant sa pierre au haut de la montagne, pour renverser et confondre, pour faire la nuit après une trop vive lumière? Et ce je ne sais quoi qui a donné à l'homme une intelligence supérieure à celle des bêtes, ne semble-t-il pas prendre plaisir à le punir de cette intelligence même?

Funeste présent, ai-je dit? Sans doute, au milieu de cette conspiration universelle contre les fruits de l'invention du génie, de l'esprit de combinaison, l'homme a-t-il au moins la consolation de s'admirer grandement lui-même de sa constance ou de jouir beaucoup et longtemps de ces fruits variés émanées de lui? Le contraire est le plus commun. Non seulement le plus grand par le talent, par l'audace, par la constance, est ordinairement le plus persécuté, mais il est lui-même fatigué et tourmenté de ce fardeau du talent et de l'imagination. Il est aussi ingénieux à se tourmenter qu'à éclairer les autres. Presque tous les grands hommes ont eu une vie plus traversée, plus misérable que celle des autres hommes.

À quoi bon alors tout cet esprit et tous ces soins? Le vivre suivant la nature veut-il dire qu'il faut vivre dans la crasse, passer les rivières à la nage, faute de ponts et de bateaux, vivre de glands dans les forêts, ou poursuivre à coups de flèches les cerfs et les buffles, pour conserver une chétive vie cent fois plus inutile que celle des chênes qui servent du moins à nourrir et à abriter des créatures? Rousseau est donc de cet avis, quand il proscrit les arts et les sciences, sous le prétexte de leurs abus. Tout est-il donc piège, condition d'infortune ou signe de corruption dans ce qui vient de l'intelligence de l'homme? Que ne reproche-t-il au sauvage d'orner et d'enluminer à sa manière son arc grossier?... de parer de plumes d'oiseaux le tablier dont il cache sa chétive nudité? Et pourquoi la cacher au soleil et à ses semblables? N'est-ce pas encore là un sentiment trop relevé pour cette brute, pour cette machine à vivre, à digérer, à dormir?

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Jeudi 2 mai.—Chez M. Quantinet, vers deux heures. Vu lui et sa femme. Il faisait encore un froid du diable.

Monté dans la bibliothèque: vue enchanteresse, dont deux parties intéressantes: vu le couchant et vu le levant.

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Samedi 4 mai.—Travaillé ce matin; été voir Mme Quantinet dans le milieu de la journée; refusé le lendemain dimanche son invitation à dîner: j'avais la gorge fatiguée, et vraiment besoin d'être tranquille. Elle m'a lu les extraits de ses lectures; il y avait entre autres cette pensée de l'Adolphe de Benjamin Constant: «L'indépendance a pour compagnon l'isolement.» C'est autrement dit, mais c'est le sens.

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Lundi 6 mai.—Travaillé ce jour, hier et avant-hier au comte Ugolin.

—Ce matin est venu le nommé Hubert, pépiniériste, me réclamer, au bout de deux ans et demi, le payement d'une note d'arbres fruitiers et autres, que je lui ai payée en octobre 1847. J'ai trouvé heureusement le reçu. Il n'osera pas probablement revenir.

J'ai remarqué plus d'une fois combien des actes d'une immoralité profonde étaient traités doucement par notre Code athée. Je me rappelle le fait que j'ai lu, il y a un an ou deux, d'un malheureux qui, ayant porté plainte contre sa femme, laquelle vivait authentiquement en concubinage avec son propre fils, avait été mis, lui le père et l'époux, à la porte de son domicile commun...; la femme n'a été condamnée qu'à un mois ou deux de prison.

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Mardi 7 mai.—Je n'ai pas mis le pied dehors de toute la journée, malgré le projet d'aller à Fromont.

Je me suis occupé de rechercher à mettre au net la composition de Samson et Dalila. Quoique cela ne m'ait pris que peu de temps et dans la matinée seulement, je ne me suis pas ennuyé.

Écrit à Andrieu[498], à son oncle, à Haro pour le plafond, et à Duban.

—Pourquoi ne pas faire un petit recueil d'idées détachées qui me viennent de temps en temps toutes moulées et auxquelles il serait difficile d'en coudre d'autres? Faut-il absolument faire un livre dans toutes les règles? Montaigne écrit à bâtons rompus..... Ce sont les ouvrages les plus intéressants. Après le travail qu'il a fallu à l'auteur pour suivre le fil de son idée, la couver, la développer dans toutes ses parties, il y a bien aussi le travail du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se délasser, se trouve insensiblement engagé, presque d'honneur, à déchiffrer, à comprendre, à retenir ce qu'il ne demanderait pas mieux d'oublier, afin qu'au bout de son entreprise, il ait passé avec fruit par tous les chemins qu'il a plu à l'auteur de lui faire parcourir.

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Mercredi 8 mai.—Travaillé toute la matinée sans entrain; j'étais mal à l'aise, car je n'ai rien mangé jusqu'au dîner.

—Vers trois heures, je me suis décidé à faire la corvée de Fromont. J'ai beaucoup joui de cette promenade, quoique je n'aie vu du parc que ce qui se trouve depuis la porte sur la grande route, jusqu'à la serre du jardinier. J'ai vu, dans ce trajet, deux ou trois magnolias, dont un ou deux sur la fin de la floraison. Je n'avais pas d'idée de ce spectacle: cette profusion vraiment prodigieuse de fleurs énormes sur cet arbre dont les feuilles ne font que commencer à poindre, l'odeur délicieuse, une jonchée incroyable de pétales de fleurs déjà passées ou fanées m'ont arrêté et charmé. Il y avait devant la serre des rhododendrons rouges et un camélia d'une taille extraordinaire.

Revenu par Ris et pris des pâtisseries en passant. La vue du paysage au pont et en grimpant est charmante, à cause de la verdure printanière et des effets d'ombre que les nuages font passer sur tout cela. J'ai fait, en rentrant, une espèce de pastel de l'effet de soleil en vue de mon plafond.

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Jeudi 9 mai.—Je crois que les pâtisseries d'hier mangées à mon dîner pour égayer ma solitude ont contribué à me donner ce matin la plus affreuse et la plus durable morosité. Me sentant mal disposé pour quoi que ce soit, j'ai, vers neuf heures, gagné la forêt et été directement jusqu'au chêne Prieur. Quoique la matinée fût magnifique, rien n'a pu me distraire de cette humeur noire. J'ai fait un petit croquis du chêne; le frais qui commençait à s'élever m'a chassé.

J'ai été particulièrement frappé, sans en être égayé, de cette pourtant charmante musique des oiseaux au printemps: les fauvettes, les rossignols, les merles si mélancoliques, le coucou dont j'aime le cri à la folie, semblaient s'évertuer pour me distraire. Dans un mois au plus, tous ces gosiers seront silencieux. L'amour les épanouit pour le sentiment; un peu plus, il les ferait parler. Bizarre nature, toujours semblable, inexplicable à jamais!

—Vers trois ou quatre heures, la servante m'a parlé de l'homme qu'elle avait vu entrer dans la maison des gendarmes. Le garçon de la ferme est venu avec le garde champêtre, et je me suis joint à eux pour faire une visite domiciliaire; toute la soirée nous avons fait de grotesques préparatifs de défense en cas d'attaque de nuit; tout a été fort heureusement inutile.

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Samedi 11 mai.—J'ai reculé encore indéfiniment mon projet de départ que j'avais fixé pour aujourd'hui.

—Le matin, vu Candas dans la maison des gendarmes. Je lui ai parlé de mes projets et de ce qu'on pourrait faire. Ce lieu est charmant: il est bien dommage qu'il n'y ait pas de vignes de ce côté-là.

J'ai joui aujourd'hui délicieusement, et comme un enfant qui entre en vacances, de ma résolution subite de demeurer encore. Que l'homme est faible et facilement étrange dans ses émotions et ses résolutions!

J'étais hier soir d'une tristesse mortelle. En revenant de ma soirée, je ne rêvais que catastrophes; ce matin, la vue des champs, le soleil, l'idée d'éviter encore quelque temps ce brouhaha affreux de Paris m'ont mis au ciel.

Heureux ou malheureux, je le suis presque toujours à l'extrême!

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Lundi 13 mai.—J'ai passé ma journée tout seul et ne me suis pas ennuyé. Jenny et la servante sont allées à Paris dès le matin et sont revenues seulement à six heures.

J'étais en train de faire mon dîner, quand elles sont arrivées trempées par une pluie affreuse, qui n'a presque pas cessé tout le jour.

Je me suis plu dans l'isolement complet et le silence de cette journée.

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Mardi 14 mai.—Sur l'isolement de l'homme.

«L'indépendance a pour conséquence l'isolement», Mme Quantinet me cite cet extrait de l'Adolphe de Benjamin Constant. Hélas! l'alternative d'être ennuyé et harcelé toute la vie, comme l'est un homme engagé dans des liens de famille par exemple, ou d'être abandonné de tout et de tous, pour n'avoir voulu subir aucune contrainte, cette alternative, dis-je, est inévitable. Il y en a qui ont mené la vie la plus dure sous les impérieuses lois d'une femme acariâtre, ou souffrant les caprices d'une coquette à laquelle ils avaient lié leur sort, et qui à la fin de leurs jours n'ont pas même la consolation d'avoir pour leur fermer les yeux ou leur donner leurs bouillons cette créature qui serait bonne du moins pour adoucir le dernier passage. Elles vous quittent ou meurent au moment où elles pourraient vous rendre le service de vous empêcher d'être seul. Les enfants, si vous en avez eu, après vous avoir occasionné tous les soucis de leur enfance ou de leur sotte jeunesse, vous ont abandonné depuis longtemps.

Vous tombez donc nécessairement dans cet isolement affreux dans lequel s'éteint ce reste de vie et de souffrances.

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Jeudi 16 mai.—A Paris, par le premier convoi.

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Vendredi 17 mai.—Travaillé ce matin à la femme qui se peigne.

—Grande promenade dans la forêt, par le côté de Draveil. Pris en contournant la forêt par l'allée qui en fait le tour.

J'ai vu là le combat d'une mouche d'une espèce particulière et d'une araignée. Je les vis arriver toutes deux, la mouche acharnée sur son dos et lui portant des coups furieux; après une courte résistance, l'araignée a expiré sous ses atteintes; la mouche, après l'avoir sucée, s'est mise en devoir de la traîner je ne sais où, et cela avec une vivacité, une furie incroyables. Elle la tirait en arrière, à travers les herbes, les obstacles, etc. J'ai assisté avec une espèce d'émotion à ce petit duel homérique. J'étais le Jupiter contemplant le combat de cet Achille et de cet Hector. Il y avait, au reste, justice distributive dans la victoire de la mouche sur l'araignée, il y a si longtemps que l'on voit le contraire arriver. Cette mouche était noire, très longue, avec des marques rouges sous le corps.

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Samedi 18 mai.—Le matin, travaillé à la Femme qui se peigne, que je suis en train de gâter probablement, puis au Michel-Ange.

—Vers une heure, à la forêt avec ma bonne Jenny. J'avais un plaisir infini à la voir jouir si expansivement de cette charmante nature si verte, si fraîche. Je l'ai fait reposer longtemps, et elle est revenue sans accident. Nous avons été jusqu'au Chêne d'Antain. En parcourant le clos de Lamouroux, elle me disait douloureusement: «Comment! ne vous verrai-je jamais autrement que dans une position mince et peu digne de vous? Quoi! je ne vous verrai jamais un enclos comme celui-ci à habiter, à embellir?» Elle a raison. Je ressemble en ceci à Diderot qui se croyait prédestiné à habiter des taudis, et qui vit sa mort prochaine, quand il fut installé dans un bel appartement, dans des meubles splendides, qu'il devait aux bontés de Catherine.

Au reste, j'aime la médiocrité; j'ai le faste et l'étalage en horreur; j'aime les vieilles maisons, les meubles antiques; ce qui est tout neuf ne me dit rien. Je veux que le lieu que j'habite, que les objets qui sont à mon usage me parlent de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont été, et de ce qui a été avec eux.

Ai-je l'âme plus rétrécie en cela que mon voisin Minoret, qui vient d'abattre une partie du logement qu'il avait, pour construire un affreux chalet qui va offenser mes regards, tant que je vivrai ici? Quand ce Minoret est venu succéder au général Ledru[499], il s'est hâté de jeter bas sa modeste et ancienne maison; il aime mieux ces pierres toutes neuves qu'il a tirées de la carrière... La vieille d'Esnont en a fait autant. A la vérité, la maison lui tombait sur la tête. Cela me vaut deux constructions à la moderne, affreuses à tolérer.

Il y a, au reste, dans Champrosay, depuis quelque temps, émulation de mauvaises bâtisses. Gibert avait commencé avec sa magnifique grille. Les gens qui ont succédé au marquis de La Feuillade font recrépir la maison et ont imaginé d'y ajouter des ornements qui la rendent ridicule et lui ôtent tout caractère et toute proportion.

—Ce matin, Georges[500] est venu m'inviter à dîner de la part de sa mère, qui vient pour deux jours avec Mme Barbier[501] et M. P... et son mari.

Villot vient un moment dans la journée; nous avons été assez tristes à cause de toutes les menaces du temps.

Le soir pourtant je me suis mis en train et ai causé un peu. Revenu à onze heures. Mme Barbier est très amusante.

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Lundi 20 mai.—J'ai été vers deux heures les voir jusqu'au départ de quatre heures et demie et les ai menés jusqu'au chemin de fer. Je disais à Mme Barbier que l'indigne pantalon des femmes était un attentat aux droits de l'homme.

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Jeudi 23 mai.—Travaillé au Chasseur de lions et au Michel-Ange[502].

—Sorti pour aller voir Mme Quantinet. Elle est partie pour Paris.....

Vers cinq heures, promenade à l'allée de l'Ermitage. Temps charmant, quoique chaud. Joui délicieusement de cette heure charmante qui m'attriste moins qu'autrefois.

J'ai découvert dans cette grande allée un petit sentier délicieux, qui conduit à des retraites charmantes. Pensé involontairement à la dame à la robe de chambre bariolée.

Le soir, clair de lune ravissant dans mon petit jardin. Resté à me promener très tard. Je ne pouvais assez jouir de cette douce lumière sur ces saules, du bruit de la petite fontaine et de l'odeur délicieuse des plantes qui semblent, à cette heure, livrer tous leurs trésors cachés.


[498] Ici paraît pour la première fois le nom du peintre Pierre Andrieu, qui fut le collaborateur assidu de Delacroix, après avoir été son élève. Il eut sa part dans ses principaux travaux décoratifs, notamment dans la galerie d'Apollon du Louvre et la chapelle de Saint-Sulpice. Après sa mort, il fut chargé de la restauration du plafond de la galerie d'Apollon et de la coupole de la bibliothèque du Luxembourg. Andrieu s'était assimilé si complètement la manière de Delacroix que Th. Gautier écrivait à propos de lui: «Les dessous de ses chefs-d'œuvre n'ont pas de secret pour lui. Ses personnages se meuvent naturellement... comme ceux de Delacroix; ils ont les mêmes types, les mêmes allures, le même goût d'ajustement. Si ce ne sont pas des frères, ce sont au moins des cousins germains, et après quelques heures de retouche, le maître volontiers les signerait.» C'était à la fois faire l'éloge et la critique du talent d'Andrieu. La vénération de l'élève pour le maître revêtait le caractère d'une véritable religion: il conserva pendant près de trente années les copies du Journal que nous publions aujourd'hui, sans permettre qu'on y portât la main, malgré les propositions qui lui furent faites.

[499] Le général Ledru des Essarts, frère du naturaliste Pierre Ledru, fit toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire. En 1836, Louis-Philippe le nomma pair de France. Il mourut à Champrosay en 1844.

[500] Georges Villot, fils de son ami Frédéric Villot.

[501] Mme Barbier était la belle-mère de Frédéric Villot.

[502] Toile de 0m,60 X 0m,40. Galerie Bruyas, au Musée de Montpellier.(Voir Catalogue Robaut n° 1184.)


Paris, lundi 3 juin.—Ce jour, dîné chez Bixio avec Lamoricière[503], etc. Cavaignac devait y être. Le premier est charmant et plein de véritable esprit.

—Tous ces jours-ci, je ne vois personne, enfoncé que je suis dans mon esquisse.

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Jeudi 6 juin.—Passé la journée au Jardin des plantes. Jussieu [504] m'a conduit partout.

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Samedi 8 juin.—Quinze jours sans avoir rien écrit ici!...

Revenu de Champrosay il y a quinze jours, jour pour jour.

Jenny y est retournée aujourd'hui pour y prendre les lunettes du maire et les lui rendre.

—Je suis resté jusqu'à midi sur mon canapé, dormant et lisant l'évasion de mon cher Casanova.

—Je me disais, en regardant ma composition du plafond qui ne me plaît que depuis hier, grâce aux changements que j'ai faits dans le ciel avec du pastel, qu'un bon tableau était exactement comme un bon plat, composé des mêmes éléments qu'un mauvais: l'artiste fait tout. Que de compositions magnifiques ne seraient rien sans le grain de sel du grand cuisinier! Cette puissance du je ne sais quoi est étonnante dans Rubens; ce que son tempérament,—vis poetica,—ajoute à une composition, sans qu'il semble qu'il la change, est prodigieux. Ce n'est autre chose que le tour dans le style; la façon est tout, le fond est peu en comparaison.

Le nouveau est très ancien, on peut même dire que c'est toujours ce qu'il y a de plus ancien.

—Pour imprimer le mur de l'église, huile de lin et non autre, bouillante, blanc de céruse et non pas blanc de zinc, qui ne tient pas. L'ocre jaune serait la meilleure impression.

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Lundi 10 juin.—La partie du ciel[505]après les plus grands clairs du soleil, c'est-à-dire déjà foncé: Jaune chrome foncé blanc—blanc laque et vermillon.

La terre de Cassel et blanc forme la demi-teinte décroissante. En général, excellent pour demi-teinte.

Les clairs jaune clair sur les nuages au-dessous du char: Cadmium, blanc, une pointe de vermillon.

La partie du ciel plus orangé, à partir du cercle lumineux: Sur une préparation orangée, frôler à sec un ton de jaune de Naples, vert bleu et blanc, en laissant un peu paraître le ton orangé.

Ton orangé, très beau pour le ciel: Terre d'Italie naturelle, blanc, vermillon.—Vermillon, blanc, laque et quelquefois un peu de cadmium et de blanc.

Robe de Minerve, sur une préparation convenable: Clairs des plis peints avec bleu de Prusse et blanc assez cru, peut-être un peu de laque.—A sec, par-dessus, clairs avec blanc et chrome; enfin ton citron. Glacer par-dessus à sec avec cobalt et laque.—Enfin, rehauts sombres et chauds avec terre d'Italie brûlée et carmin fixe.

Apollon, la robe peinte d'un ton rouge un peu fade dans les clairs, glacé avec laque jaune et laque rouge.

Localité des chairs de la Diane: Terre de Cassel, blanc et vermillon. Assez gris partout. Clairs: blanc et vermillon, un peu de vermillon.

Les reflets ton chaud, presque citron; il y entre un peu d'antimoine, le tout très franchement.

Localité des cheveux de l'Apollon: Terre d'ombre, blanc, cadmium, très peu de terre d'Italie ou d'ocre.

Pour la tunique de la Diane, un ton de reflet analogue à celui de sa chair dans l'ombre: Antimoine, cadmium, etc.

Localité chaude des nuages sous le char: Cadmium et blanc, un peu foncé, et terre de Cassel et blanc, touché par-dessus avec ton froid de terre de Cassel et blanc (tout ceci pour l'ombre).

Demi-teinte du Cheval soupe de lait (l'Arabe passant un gué)[506]: Terre d'ombre naturelle et blanc, antimoine, blanc et brun rouge: le rouge ou le jaune prédominant, suivant la convenance.

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Vendredi 14 juin.—Un architecte qui remplit véritablement toutes les conditions de son art me paraît un phénix plus rare qu'un grand peintre, un grand poète et un grand musicien. Il me saute aux yeux que la raison en est dans cet accord absolument nécessaire d'un grand bon sens avec une grande inspiration. Les détails d'utilité qui forment le point de départ de l'architecte, détails qui sont l'essentiel, passent avant tous les ornements. Cependant il n'est artiste qu'en prêtant des ornements convenables à cet Utile, qui est son thème. Je dis convenables; car même après avoir établi en tous points le rapport exact de son plan avec les usages, il ne peut orner ce plan que d'une certaine manière. Il n'est pas libre de prodiguer ou de retrancher les ornements. Il les faut aussi appropriés au plan, comme celui-ci l'a été aux usages. Les sacrifices que le peintre et le poète font à la grâce, au charme, à l'effet sur l'imagination, excusent certaines fautes contre l'exacte raison. Les seules licences que se permette l'architecte peuvent peut-être se comparer à celles que prend le grand écrivain, quand il fait en quelque sorte sa langue. En réservant des termes qui sont à l'usage de tout le monde, le tour particulier en fait des termes nouveaux; de même l'architecte, par l'emploi calculé et inspiré en même temps des ornements qui sont le domaine de tous les architectes, leur donne une nouveauté surprenante et réalise le beau qu'il est donné à son art d'atteindre. Un architecte de génie, copiera un monument et saura, par des variantes, le rendre original; il le rendra propre à la place, il observera dans les distances, les proportions, un ordre tel qu'il le rendra tout nouveau. Les architectes vulgaires, nos modernes architectes, ne savent que copier littéralement, de sorte qu'ils joignent à l'humiliant aveu qu'ils semblent faire de leur impuissance le défaut de succès dans l'imitation même; car le monument qu'ils ont imité à la lettre ne peut jamais être exactement dans les mêmes conditions que celui qu'ils imitent. Non seulement ils ne peuvent inventer une belle chose, mais ils gâtent la belle invention qu'on est tout surpris de retrouver, entre leurs mains, plate et insignifiante.

Ceux qui ne prennent pas le parti d'imiter en bloc et exactement, font pour ainsi dire au hasard. Les règles leur apprennent qu'il faut orner certaines parties, et ils ornent ces parties, quel que soit le caractère du monument et quel que soit son entourage.

(Joindre à ce qui précède ce que je dis de la proportion des monuments imités avec l'ouvrage définitif, par exemple le Parthénon ou la Maison carrée, et la Madeleine et l'Arc de triomphe.)



[503] Le général Lamoricière était alors député à l'Assemblée législative et combattait avec le général Cavaignac la politique du Prince Président, dont il entrevoyait les projets.

[504] Adrien de Jussieu avait, en 1820, remplacé son père, Joseph de Jussieu, dans la chaire de botanique au Muséum.

[505] Il est question ici du plafond de la galerie d'Apollon du Louvre. Apollon vainqueur du serpent Python: tel est le titre définitif de la composition. Toile 8m X 7m,50. M. Robaut, dans son Catalogue, écrit que le prix fut d'abord fixé à 18,000 francs, et que l'architecte Duban fit de son propre mouvement élever la somme à 24,000 francs. Voici en quels termes Delacroix décrit le sujet de sa décoration:

«Le dieu, monté sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits; Diane, sa sœur, volant à sa suite, lui présente son carquois. Déjà percé par les flèches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre sanglant se tord en exhalant dans une vapeur enflammée les restes de sa vie et de sa rage impuissante. Les eaux du déluge commencent à tarir et déposent sur les sommets des montagnes ou entraînent avec elles les cadavres des hommes et des animaux. Les dieux se sont indignés de voir la terre abandonnée à des monstres difformes, produits impurs du limon; ils se sont armés comme Apollon. Minerve, Mercure s'élancent pour les exterminer, en attendant que la sagesse éternelle repeuple la solitude de l'univers; Hercule les écrase de sa massue, Vulcain, le dieu du feu, chasse devant lui la nuit et les vapeurs impures, tandis que Borée et les Zéphyrs sèchent les eaux de leur souffle et achèvent de dissiper les nuages. Les nymphes des fleuves et des rivières ont retrouvé leur lit de roseaux et leur urne encore souillée par la fange et les débris. Des divinités plus timides contemplent à l'écart ce combat des dieux et des éléments. Cependant, du haut des cieux, la Victoire descend pour couronner Apollon vainqueur, et Iris, la messagère des dieux, déploie dans les airs son écharpe, symbole du triomphe de la lumière sur les ténèbres et sur la révolte des eaux.»

[506] Voir Catalogue Robaut, n° 1347.

FIN DU TOME PREMIER.


TABLE ALFABÉTHIQUE DES NOMS ET DES ŒUVRES
CITÉS DANS LE JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX.